• Quai des enfers

    "Quai des enfers" de Ingrid Astier
    Série noire Gallimard

    Présentation de l'éditeur :

    Paris, l'hiver. Noël s'approche avec l'évidence d'un spectre. Au cœur de la nuit, une barque glisse sur la Seine, découverte par la Brigade fluviale à l'escale du quai des Orfèvres. À l'intérieur, un cadavre de femme, sans identité. Sur elle, la carte de visite d'un parfumeur réputé. Une première dans l'histoire de la Brigade criminelle, qui prend en main l'enquête, Jo Desprez en tête. Mais quel esprit malade peut s'en prendre à la Seine ? Qui peut vouloir lacérer ce romantisme universel ? Exit les bateaux-mouches et les promenades. Le tueur sème la psychose : celle des naufrages sanglants. Désormais, son ombre ne quittera plus le fleuve. S'amorce alors une longue descente funèbre qui délivre des secrets à tiroirs. Jusqu'à la nuit, la nuit totale, celle où se cache le meurtrier. Pour le trouver, nul ne devra redouter les plongées. À chacun d'affronter ses noyades.

    Première page :

    "« Hé Steph, qu'est-ce qu'y a de plus noir que les eaux de la Seine la nuit ?

    —   J'sais pas moi... L'œil de Satan ?...

    —   Pourquoi l'œil, tocard, tu crois qu'il est borgne ? »

    Phil, le chef d'intervention de la Brigade fluviale, sondait les eaux noires du regard. Il les palpait, déshabillait en connaisseur cette femme-fleuve. Il hésita avant de répondre :

    « Pour ne voir que le mauvais côté... il doit avoir vendu un œil, non ? »

    Des rires fusèrent du Zodiac, qui fendait la Seine et passait à l'instant le pont d'Arcole. Un bruit d'avion montait des puissants moteurs, tandis que le Cronos rebondissait sur l'onde épaisse, couleur soutane de curé.

    Paris dormait ferme.

    Les visages des policiers, réfugiés sous leurs bonnets, scrutaient les zones d'ombre. Il ne faisait pas froid : il gelait à en faire crever un olivier. Phil avait ramené l'expression de son dernier stage de plongée à Amibes. Les paroles, comme les promeneurs, filaient rares."

    Ce que j'en pense :

    Livre bien structuré, avec une intrigue qui pourrait être intéressante, des retournements de situation, des fausses pistes... l'auteure s'est donc appliquée à respecter les règles du polar mais tout cela ne fonctionne pas, ou mal. Les dialogues paraissent parfois étrangers aux personnages (sans doute trop nombreux). Il y a souvent des digressions complètement inutiles, ou encore des allusions fréquentes et agaçantes aux milieux de la mode, de la musique de la peinture. Ingrid Astier qui avait auparavant publié des livres de cuisine maitrise bien les recettes mais si elle veut continuer dans le genre polar il va lui falloir revoir ses ingrédients !

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  • La chambre des morts

    "La chambre des morts" de Franck Thilliez
    Pocket

    Présentation de l'éditeur :

    Imaginez... Vous roulez en pleine nuit avec votre meilleur ami, tous feux éteints. Devant vous, un champ d'éoliennes désert. Soudain le choc, d'une violence inouïe. Un corps gît près de votre véhicule. À ses côtés, un sac de sport. Dedans, deux millions d'euros, à portée de main. Que feriez-vous ? Vigo et Sylvain, eux, ont choisi.

    Première page :

    "Depuis la nuit dernière, l'odeur avait encore empiré. L'infection ne se contentait plus d'imprégner les draps ou les taies d'oreiller, elle se diluait dans toute la chambre, tenace et nauséeuse. Une fois son tee-shirt ôté, la fillette l'avait écrasé sur son nez avant de nouer les extrémités autour de sa tête. Stratagème inefficace. Malgré la barrière de tissu, les molécules olfactives distribuaient leur poison invisible. Il est des fois où l'on ne peut rien contre plus petit que soi.

    À travers les fenêtres verrouillées, l'été déversait une moiteur grasse, les mouches bourdonnaient, agglutinées en losanges émeraude sur un trognon de pomme pourri. De plus en plus, l'enfant se sentait impuissante face aux hordes ailées. Les insectes se multipliaient à une vitesse prodigieuse et fondaient sur le lit, trompes en avant, à chaque fois que la petite relâchait son attention. Bientôt, épuisée, affamée, elle serait forcée de capituler.

    Même pas neuf ans et pourtant, déjà, l'envie de mourir.

    Sa gorge brûlait, sa langue gonflait, son organisme se liguait contre elle en un arc douloureux. Il fallait boire, absolument. Ce qui impliquait quitter la couche, s'éloigner de la chambre et foncer jusqu'à la salle de bains."

    Ce que j'en pense :

    Un thriller (sanglant) assez bien écrit dans une région sinistrée (le Nord) ; mais la dimension sociale n'est sans doute pas assez mise en avant. L'intrigue est bien conduite mais assez "prévisible". Certains rebondissements sont un peu "tirés par les cheveux". On devine que le lieutenant de police Lucie Henebelle doit rester en vie afin d'apparaitre dans d'autres livres !

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  • Une femme seule

    "Une femme seule" de Marie Vindy
    Fayard noir

    Présentation de l'éditeur :

    Un petit matin de janvier, au lieu-dit de L’Ermitage, Marianne Gil est réveillée par une pluie de coups frappés à sa porte. Son ami Joe, affolé, a découvert le corps sans vie d’une jeune fille derrière les granges, au fond de la propriété. Ils préviennent les autorités. 

    Le capitaine Francis Humbert, de la brigade de recherches de Chaumont, prend la tête des opérations. Les premières constatations révèlent que la victime a été étranglée, mais rien ne permet d’établir son identité. Qui est-elle ? Et que faisait-elle seule, dans les bois, en plein hiver ? 
    Mystérieuse Marianne, qui vit cachée et porte un secret que ni le silence ni la solitude n’ont su consoler. Écrivain de renom, cette femme seule à la beauté sauvage dégage une fragilité à laquelle Humbert sent confusément qu’il ne peut résister. Divorcé, englué dans une vie de caserne qui ne lui convient plus, cet enquêteur acharné va tout risquer pour la protéger de son passé...

    Première page :

    "La fatigue accumulée les trois derniers jours l'avait saisie la veille, à son retour. Marianne dormait d'un sommeil profond, lourd et sans rêve, quand une pluie de coups contre la porte la réveilla en sursaut. Elle ouvrit les yeux, désorientée.

    Le jour se levait à peine, mais quelqu'un l'appelait. On criait son prénom. Elle reconnut la voix et son cœur fit un bond dans sa poitrine. La présence de Joe de si bonne heure ne pouvait avoir qu'une seule explication : les chevaux, ses chevaux. Elle passa un pull sur son tee-shirt et descendit pieds nus au rez-de-chaussée.

    La trentaine, grand et osseux, des cheveux bruns toujours très courts, Joe avait dû prendre appui sur le chambranle de la porte pour ne pas flancher, lui qui se tenait d'habitude campé sur ses jambes comme si elles étaient faites de la même glaise que le sol."

    Ce que j'en pense :

    Il y a bien dans ce livre un point de départ intéressant, un endroit assez original et une certaine recherche d'atmosphère mais l'intrigue est assez lente. Les personnages manquent d'épaisseur et l'histoire d'amour entre les deux principaux protagonistes n'est pas crédible.

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  • Zulu

    "Zulu" de Caryl Ferey
    Série noire Gallimard

    Présentation de l'éditeur :

    Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l'Inkatha, en guerre contre l'ANC, alors clandestin. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu'elles lui ont fait... Aujourd'hui chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l'Afrique du Sud, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs : la violence et le sida, dont le pays, première démocratie d'Afrique, bat tous les records. Les choses s'enveniment lorsqu'on retrouve la fille d'un ancien champion du monde de rugby cruellement assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch. Une drogue à la composition inconnue semble être la cause du massacre. Neuman qui, suite à l'agression de sa mère, enquête en parallèle dans les townships, envoie son bras droit, Brian Epkeen, et le jeune Fletcher sur la piste du tueur, sans savoir où ils mettent les pieds... Si l'apartheid a disparu de la scène politique, de vieux ennemis agissent toujours dans l'ombre de la réconciliation nationale...

    Première page :

    "- Tu as peur, petit homme ?... Dis : tu as peur ?
    Ali ne répondait pas — trop de vipères dans la bouche.

    - Tu vois ce qui arrive, petit Zoulou ? Tu vois ?!

    Non, il ne voyait rien. Ils l'avaient saisi par la racine des cheveux et tiré devant l'arbre du jardin pour le forcer à regarder. Ali, buté, rentrait la tête dans les épaules. Les mots du géant cagoule lui mordaient la nuque. Il ne voulait pas relever les yeux. Ni crier. Le bruit des torches crépitait à ses oreilles. L'homme serra son scalp dans sa main calleuse :

    - Tu vois, petit Zoulou ?

    Le corps se balançait, chiffe molle, à la branche du jacaranda. Le torse luisait faiblement sous la lune mais Ali ne reconnaissait pas le visage : cet homme pendu par les pieds, ce sourire sanglant au-dessus de lui, ce n'était pas celui de son père. Non» ce n'était pas lui.

    Pas tout à fait.

    Plus vraiment.

    Le sjambock claqua de nouveau.

    Ils étaient tous là, réunis pour la curée, les « Haricots verts » qu'on avait formés pour maintenir l'ordre dans les townships, ..."

    Ce que j'en pense :

    Livre très bien documenté (parfois trop) sur l'Afrique du Sud. Intrigue captivante, bien menée. Les trois personnages principaux sont bien campés, avec leurs secrets, leurs défauts, leurs fêlures... Au final, malgré quelques longueurs, un bon polar, très noir et très "saignant".

      

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  • Pike

    "Pike" de Benjamin Whitmer
    traduction Jacques Mailhos - éditions Gallmeister

    Présentation de l'éditeur :

    Douglas Pike n'est plus l'effroyable truand d'autrefois, mais il a beau s'être rangé, il n'en est pas plus tendre. De retour dans sa ville natale proche de Cincinnati, dans les Appalaches, il vit de petits boulots avec son jeune comparse Rory, qui l'aide à combattre ses démons du mieux qu'il peut. Lorsque sa fille Sarah, disparue de longue date, meurt d'une overdose, Pike se retrouve chargé de sa petite-fille de douze ans. Mais tandis que Pike et la gamine commencent à s'apprivoiser, un flic brutal et véreux, Derrick Krieger, manifeste un intérêt malsain pour la fillette. Pour en apprendre davantage sur la mort de Sarah, Pike, Rory et Derrick devront jouer à armes égales dans un univers sauvage, entre squats de junkies et relais routiers des mauvais quartiers de Cincinnati.

    Première page :

    Le bras gauche du gosse saille en biais de la neige sale comme une branche de bois noir cassée. Derrick tâte le corps de la pointe de sa botte de cow-boy. Aucun mouvement. Il rengaine son Colt 911 et balaye la ruelle du regard. Les anciens bâtiments industriels en brique rouge le dominent de trop haut; un antique escalier de secours se décolle et pend d'une façade, menaçant d'entraîner le mur délabré dans sa chute. Droit devant, la ruelle s'achève en cul-de-sac sur un chenil grillagé abritant deux pit-bulls entraînés à déchiqueter le corps des flics blancs. Derrick tourne les talons et repart vers la Grand-rue de Cincinnati. Stase du matin, bottes qui crissent sur la neige dure au rythme du cœur qui bat, froid et métronomique, sous sa cage thoracique.

     Pas le moindre putain de doute : le gosse avait senti le coup venir. C'était forcé, vu comme il l'avait jouée cool jusqu'au moment où il avait surpris Derrick, visage penché sur une cigarette rougeoyante, pour faire alors volte-face et filer par la porte de la cuisine en ne lui laissant voir qu'une traînée afro floue et le dessous de ses talons. Le temps que Derrick sorte son .45 de son holster, le gosse avait déjà dix mètres d'avance et cavalait pour sauver sa peau.

     Puis il avait continué à bien jouer le coup sur les deux premiers blocs. Il s'était tenu à l'écart des petites rues latérales et avait rameuté tout le quartier. Et tous les autochtones ne dormaient pas; assis sur leurs perrons décatis, quelques-uns d'entre eux suivaient la scène de leurs yeux rougis par la bière....

    Ce que j'en pense :

    Roman noir où tout est très noir : paysage, neige, personnages, humour... Les descriptions de scènes violentes sont sèches et froides, les dialogues sont courts et percutants. L'auteur réussit malgré tout à nous faire aimer la plupart de ses personnages. Il joue beaucoup avec les métaphores, souvent de façon originale.

      

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  • Les ombres mortes

    "Les ombres mortes" de Christian Roux
    Rivages Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Geoffrey Martin, ce n'est pas son vrai nom. Sauf qu'il y a huit ans, quand sa voiture a percuté un arbre et qu'il a repris conscience, c'est celui qui figurait sur ses papiers. De faux papiers, d'après la police. Mais personne n'a pu en savoir plus car il a laissé sa mémoire dans l'accident. " Geoffrey " a donc commencé une nouvelle vie. Il a même rencontré le grand amour avec Josepha. Pourtant, il est hanté par un cauchemar récurrent et inexplicable : un œil détaché de son orbite vient rouler dans le caniveau et se perdre dans les égouts. Et puis, une nuit, c'est la réalité qui devient cauchemar quand i apprend que Josepha s'est suicidée. Il n'y croit pas, le lieutenant Lancelot non plus. Qui était Geoffrey Martin dans sa première vie ? Quel secret si lourd cachait-il, au point d'avoir effacé ses souvenirs ? Remarqué pour son premier roman Braquages, Christian Roux entraîne son lecteur dans un jeu de perpétuels rebondissements où le suspense fait sans cesse écho au tragique.

    Première page :

    "On m'appelait Geoffrey Martin depuis que, huit ans auparavant, par un beau et frais jour d'avril, on avait extirpé mon corps d'un monceau de ferraille encastré dans un arbre. On a dit que j'avais eu beaucoup de chance de m'en sortir non seulement vivant mais en plus entier. Ce n'était qu'en partie vrai. Il y avait tout de même une chose que j'avais perdue, probablement fichée dans le recoin d'une taule déchiquetée, peut-être même lacérée par elle avant de finir compressée dans un cube de métal : ma mémoire. Et avec elle, mon nom.

    On m'a alors donné le nom et le prénom qui étaient inscrits sur mes papiers. Je ne les ai jamais aimés. Ce mélange d'anglais et de français, pour surprenant qu'il fut, ne m'évoquait rien ; en plus, à cause de lui, ma nouvelle vie a débuté dans un hôpital pénitentiaire : les papiers en question étaient faux et la police a préféré enquêter là-dessus avant de me relâcher. Parallèlement, une armée de médecins s'est acharnée sur mon cas, mais il leur a fallu se rendre à l'évidence : mon amnésie était bien réelle.

    Au bout de six mois passés à subir une quantité astronomique d'interrogatoires policiers et médicaux qui ont bien failli me rendre définitivement fou Je me suis retrouvé sur un trottoir avec, cette fois, de vrais papiers en poche, l'adresse d'une association qui aidait les gens à obtenir le RMI et, bien calé au fond de mon crâne, un cauchemar dont, très vite, j'ai décidé de ne parler à personne."

    Ce que j'en pense :

    Polar bien ficelé, avec des personnages attachants mais les évènements sont assez prévisibles. Les analyses politiques qui viennent au fil du livre font plaisir aux lecteurs d'extrême gauche mais n'apportent pas grand chose à l'intrigue.

     

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  • L'homme à la bombe

    "L'homme à la bombe " de Christian Roux
    Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Dans une France minée par le chômage et les plans sociaux, Larry, ingénieur acousticien, perd son emploi. Même pour un travail non qualifié, on ne veut pas de lui. Trop diplômé. Lassé des entretiens d'embauche qui ne mènent nulle part, écoeuré, aux abois, il fait une bêtise. Fabrique une bombe. Elle est fausse, mais lui seul le sait et le pouvoir de persuasion de la bombe est immense...

     Depuis Le Couperet de Westlake, la souffrance au travail, la peur du chômage et la détresse induite par la perte d'emploi, sont des thèmes plus actuels que jamais. Christian Roux s'en empare dans ce road-novel intense aux accents de fable politique.

    Première page :

    "Au début, évidemment, Larry n'avait pas la bombe. Il se rendait à ses entretiens en essayant d'y croire. Mais très vite, à chaque fois, il devait admettre qu'il n'y avait aucune chance pour que ça marche. Quelle que soit l'heure à laquelle il arrivait - et il arrivait parfois avec une heure d'avance -, quinze à trente personnes étaient déjà là, à attendre leur tour. Toutes entraient et sortaient par la même porte, la mine plus ou moins déconfite. Toutes postulaient pour un même emploi, qui ne demandait pas de qualifications particulières. Ranger des boîtes dans des rayons, établir un bon de commande ou un bordereau de livraison, saisir des entrées et des sorties, appuyer sur une touche pour qu'un ordinateur calcule un différentiel... n'importe qui sachant lire et écrire pouvait faire ça. Le Brevet des Collèges, pour ce genre de boulot, c'était déjà beaucoup, et il était prêt à parier qu'un bon quart des prétendants possédaient au minimum un diplôme universitaire.

    Quand enfin venait son tour, il poussait la porte et entrait dans une pièce presque vide. Deux ou trois tables, une chaise, une plante verte dans le meilleur des cas ; au sol, de la moquette premier prix, sur les murs, du papier gaufré à peindre ..."

    Ce que j'en pense :

    À la fois road movie et fable sociale, l'auteur nous livre un texte sombre mais non dépourvu d'humour. Le scénario est très efficace, les thèmes très actuels et l'écriture directe... Voilà en 150 pages un très bon roman noir.

      

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  • Le camion

    "Le camion" de Per Wahlöö
    traduction Philippe Bouquet - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Espagne, début des années 1960. Willi Möhr, un jeune peintre marginal, a fui l’Allemagne de l’Est pour s’installer dans un village de pêcheurs où il cohabite avec un couple d’artistes scandinaves. Möhr est tiré de sa torpeur et de sa passivité morale le jour où ils disparaissent, pendant une partie de pêche. Il est persuadé qu’ils ont été assassinés. Mais dans cet univers étouffant, où les rapports humains ont été subtilement corrompus par la dictature de Franco, on ne parle guère et la police veille.

    Première page :

     "Willi Mohr fut arrêté le 7 octobre vers 2 heures de l'après-midi, au milieu de la sieste.

     Il vivait seul dans une maison de deux étages en mauvais état du Barrio Son Jofre, dans la partie sud de la ville, qui était aussi la plus ancienne et celle située le plus en hauteur.

     L'homme qui vint l'interpeller était un garde civil d'âge mûr au visage somnolent, aux traits marqués et à la moustache grise coupée court. Il portait sa carabine en bandoulière et était venu à pied du cantonnement, à une certaine distance de là. À son arrivée dans la petite ruelle pavée qui montait en serpentant vers le Barrio, il observa une pause pour reprendre son souffle. Il n'était pas pressé.

    Cinq minutes avant, Willi Mohr savait déjà que quelqu'un était en route vers son domicile. Il était couché sur le dos dans la pénombre, les mains jointes derrière la nuque, et regardait le plafond sans penser à quoi que ce soit en particulier. Il perçut un léger frottement et tourna la tête. Il vit alors le chat pénétrer par la chatière et pro­jeter une petite ombre oblique sur le losange de soleil qui éclairait le sol. Comme il passait directement de l'ombre au soleil, ses pupilles se dilatèrent au point de dévorer presque entièrement ses iris vert clair et de prendre une forme totalement circulaire. L'animal ne s'enfonça pas dans la pièce et s'arrêta près de la porte en jetant des regards prudents en direction de la ruelle. "

     Ce que j'en pense :

    Ce livre paru en 1962 décrit parfaitement la chape de plomb qui existait dans l'Espagne franquiste. Silences, non-dits, vengeance, culpabilité, réalisme social... et puis : chaleur, humidité, odeur de poisson... mais également : écriture, intrigue, personnages... tout cela fait de ce roman noir un très bon livre.

      

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  • Les Milanais tuent le samedi

    "Les Milanais tuent le samedi " de Giorgio Scerbanenco
    traduction Laurent Lombard - Rivages Noir

    Présentation de l'éditeur :

    "Avec la civilisation de masse naît la criminalité de masse. Aujourd'hui, la police ne peut plus rechercher tel ou tel criminel, ni enquêter sur telle ou telle affaire. Aujourd'hui on fait d'énormes coups de filet... On pêche dans cette mer fangeuse du crime et on en sort de répugnants poissons, des petits et des gros ; et c'est comme ça qu'on fait le ménage. Mais on n'a pas le temps de s'occuper d'une fille qui mesure presque deux mètres, pèse cent kilos, simple d'esprit, et qui a disparu de chez elle, volatilisée dans l'immense Milan où une personne disparaît chaque jour sans qu'on puisse la retrouver."

    Duca Lamberti, lui, va prendre le temps de s'intéresser à cette affaire.

    Première page :

    "- Oui ? dit Duca Lamberti.

    C'était moins une question qu'une approbation.

    De l'autre côté de la table, l'homme vieux mais robuste, solide, large, musclé, les oreilles et les sourcils broussailleux, se remit alors à parler :

    - Chaque fois que j'allais au commissariat,  le commissaire me disait : « Ne vous inquiétez pas, on va la retrouver, votre fille, laissez-nous le temps, on a tellement de travail vous savez. » J'y suis allé une fois par semaine et le commissaire me répondait toujours la même chose : qu'on allait la retrouver, ma gamine. Mais ça fait cinq mois et toujours rien, et moi je ne vis plus. Brigadier, je vous en supplie, retrouvez-la-moi, sinon je ne sais pas ce que je vais faire.

    Duca Lamberti n'était pas brigadier, mais il ne corrigea pas ; il n'aimait pas corriger qui que ce soit, faire la leçon à qui que ce soit. Il regarda le vieil homme - pas si vieux au fond, il ne devait pas encore avoir soixante ans - il regarda ce visage de vieux taureau brave et débonnaire que déformait, à ce moment-là, un rictus proche des larmes.

    - Bien entendu, nous ferons tout ce qu'il faut, lui dit-il."

    Ce que j'en pense :

    On retrouve pour la dernière fois les enquêtes d l'inspecteur Duca Lamberti, qui nous entraine dans les bas-fonds de la ville de Milan. Pour moi, l'intérêt principasl de ce roman est de permettre de redécouvrir l'univers de Giorgio Sverbanenco dans les années 60.

     

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  • Les murs de sang

    "Les murs de sang" de Jérôme Camut et Nathalie Hug
    calmann-lévy

    Présentation de l'éditeur :

    Douze ans que Jack van Bogaert est séparé de sa fille, Lucie. Après une jeunesse tumultueuse et un séjour prolongé dans une prison balinaise, il coule des jours paisibles auprès de Libby, la femme qu’il aime, sur une petite île paradisiaque. Un bonheur inespéré auquel s’ajoutent des retrouvailles avec Lucie, dont la mère vient de mourir et qu’il est venu récupérer en Suisse. Survient un stupide accident de voiture sur une route de montagne, et tout bascule.

     Avec cette intrigue ingénieuse filée sur trois époques, Jérôme Camut et Nathalie Hug nous offrent un thriller complexe, sensible, virtuose.

    Première page :

    "Le matin du jour où sa vie bascula, Jack van Bogaert prit la route du volcan. À mi-chemin du sommet, il se gara sur le bas-côté et coupa le moteur de sa Jeep. De cet endroit d'Elisabeth Island, le regard portait loin et l'altitude créait l'illusion d'une courbure de l'horizon. Jack s'arrêtait là chaque jour pour scruter le relief des îles Vierges et la longue silhouette de Saint-Domingue, plus à l'ouest.

    Il s'abîma longtemps dans la contemplation du paysage avant de s'engager sur une route défoncée et caillouteuse, jusqu'à une paillette nichée sur les berges du cratère. Cette bicoque enfouie sous un entrelacs de palmiers, décolorée par le soleil, servait à la fois de résidence et de magasin à une vieille Créole surnommée Gnokie.

    Le carton occupée placardé sur la vitrine de l'épicerie indiquait que la propriétaire des lieux jardinait. Jack entra dans le magasin, se fraya un chemin entre les piles de caisses et les rayonnages branlants, puis poussa la petite porte rouge qui donnait sur le potager.

    Le dos courbé entre deux rangs de tomates, Gnokie binait la terre en marmonnant, ses quelques dents serrées sur une pipe en écume. D'un rapide coup d'oeil, Jack repéra la demi-douzaine de cagettes qui s'entassaient dans l'ombre d'un auvent ; sa commande du jour."

    Ce que j'en pense :

    Ce livre est bien fait pour qu'on le lise jusqu'au bout : suspense, rythme, émotions...Mais on avance dans l'intrigue sans vraiment y croire : il y a des invraisemblances géographiques, les ficelles sont souvent très grosses et le style frôle parfois le ridicule. On peut lire ce livre pour s'occuper, se vider la tête...

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