• Sous l'aile noire des rapaces

    "Sous l'aile noire des rapaces" de Pierre Siniac - Rivages noir

    Présentation de l'éditeur :

    Juin 1940. Les Allemands avancent sur Paris. Les ministères ont quitté la capitale et la Banque de France a évacué ses réserves d'or. Mais, par une erreur de libellé sur un bordereau, deux tonnes d'or sont restées dans une chambre forte de Saint-Ouen. Il faut trouver un fourgon blindé et les évacuer en toute hâte. Deux tonnes d'or en balade sur les routes bloquées par l'exode des populations, bombardées et mitraillées par l'aviation ennemie, c'est le coup rêvé pour une bande d'aventuriers qui veulent profiter de la débâcle pour prendre un nouveau départ, quitte à mener leur propre guerre à côté de l'officielle. Mais la mort n'oublie personne... Entre Les douze salopards, Le salaire de la peur et Le bon, la brute et le truand, un grand roman d'aventures et de suspense. Sous l'aile noire des rapaces a été publié en 1975 par les éditions Lattès sous le titre L'Or des Fous.

    Première page :

    "Aberschweiller

    Vingt-quatre heures d'attente dans l'appartement obscur. Une nappe de silence avait envahi peu à peu l'immeuble. L'oreille collée à la porte du palier, son revolver Mauser 7,65 mm au poing, Aberschweiller avait perçu les bruits accompagnant chaque départ : défilés dans l'escalier, familles encombrées de bagages, adieux entre locataires. La réplique de ce qui se passait dans l'immeuble était visible sur les façades d'en face où, en quarante-huit heures, les neuf dixièmes des persiennes s'étaient fermées, en plein jour, pour ne plus bouger.

    Le 4 juin, une autre tragédie en toile de fond, les ennuis avaient commencé pour Aberschweiller. Le fait d'avoir été quelque peu mêlé à l'affaire Weidmann et d'avoir tiré habilement son épingle du jeu avait enhardi l'ancien catcheur sarrois. Weidmann, il avait été à deux doigts de marcher avec lui. Il avait trempé dans des combines de contrebande de tabac en Sarre où il s'était lié avec le receleur Roger Million. Il avait même été plusieurs fois des partouzes de La Voulzie. Puis, entre 38 et le printemps 40, il s'était mis à faire ses petits coups en solo."

    Ce que j'en pense :

    On est loin des meilleurs livres de Siniac. On a l’impression d’être plutôt dans « La grande vadrouille » que dans un roman noir. Rien de réaliste dans ce roman, malgré un regard parfois original sur l’exode de l’été 1940. Les péripéties ne manquent pas, il n’y a même que cela ! Reste toutefois l’anarchisme rampant de Siniac qui transparait dans ces aventures.

    Sous l'aile noire des rapaces

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  • Bien connu des services de police

    "Bien connu des services de police" de Dominique Manotti - folio policier

    Présentation de l'éditeur :

    Été 2005 à Panteuil, en banlieue parisienne, l’ambitieuse commissaire Le Muir a décidé d’appliquer la «nouvelle politique sécuritaire» prônée par le ministre de l’Intérieur. Sur le terrain, les policiers s’arrangent comme ils le peuvent avec la réalité des cités et de leurs petits trafics. Des jeunes flics fraîchement débarqués aux vétérans de la BAC de nuit, tous sont confrontés à la violence et à la peur. Il suffit d’un incendie dans un squat de sans-papiers, d’une bavure ou de quelques vols de voitures pour que Panteuil s’embrase…

    Première page :

    "La voiture roule au ralenti, phares allumés, dans les ruelles désertes d’un quartier d’entrepôts à la périphérie nord de Paris. À cette heure tardive, au milieu de la nuit, l’ambiance de ce coin de banlieue est sinistre: grilles fermées sur des cours encombrées de détritus, rideaux de fer baissés et tagués, pavés défoncés, trottoirs effondrés, lampadaires éteints, silhouettes massives et noires des entrepôts, tassés les uns contre les autres. Le silence, l’immobilité sont tels que toute présence humaine évoluant à l’air libre ne pourrait être perçue que comme une menace. Dans l’habitacle de la voiture, faiblement éclairé, trois hommes, le chauffeur et ses deux passagers. Ils se ressemblent. Jeunes, costauds, cheveux ras, blousons de toile légère, jeans et baskets. Leurs gestes, leurs mots, leurs silences s’accordent, bouts de phrases sans importance, chewing-gums, rires, regards traînant aux alentours, dans une familiarité décontractée. Une radio grésille en bruit de fond sans que personne n’y prête attention. On se rapproche de Paris. Un cube de béton, coincé entre la zone d’entrepôts et le boulevard périphérique, apparaît au détour d’une ruelle."

    Ce que j'en pense :

    Comme d’habitude chez l’auteure c’est merveilleusement documenté, presque à la façon d’une historienne. On sent que derrière la fiction (bien ficelée) il y a une terrible réalité. Manotti nous fait pénétrer de façon réaliste à l’intérieur d’un commissariat et ce n’est pas très réjouissant car tout est plausible (et on peut même reconnaître certains personnages de la « vraie vie »).

    Bien connu des services de police

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  • Sans défense

    "Sans défense" de Harlan Coben - Pocket

    Présentation de l'éditeur :

    Dix ans que le privé Win Lockwood attend ce moment. Dix ans qu'il tente de retrouver la trace de deux enfants kidnappés. Et l'un d'eux est là, devant lui, dans cette ruelle malfamée de Londres. Win touche au but. Le happy end est proche. Mais le garçon lui échappe. Retour à la case départ. Le moment est venu pour Win d'appeler du renfort : son associé, son meilleur ami, le détective Myron Bolitar. 
    Après huit ans d'absence, Bolitar fait son grand retour dans une enquête explosive, à très haute fréquence artérielle. 

    Première page :

    "LE GARÇON DISPARU DEPUIS DIX ANS s’avance dans la lumière.

    Je ne suis pas du genre hystérique ni même enclin au sentiment qu’on nomme communément la stupéfaction. Durant mes quarante et quelques années d’existence, j’en ai vu de toutes les couleurs. J’ai failli être tué… et j’ai tué. J’ai été confronté à une perversité que beaucoup trouveraient difficile à imaginer, voire inconcevable. D’aucuns argueraient que j’en ai fait autant. J’ai appris au fil des ans à contrôler mes émotions et, qui plus est, mes réactions dans des situations stressantes ou explosives. Je peux frapper vite et violemment, mais je n’agis jamais sur un coup de tête ni de manière irréfléchie.

    Disons que ces qualités m’ont sauvé, moi et ceux qui me sont chers, à plus d’une occasion.

    J’avoue cependant que, en voyant ce garçon – du reste, c’est un adolescent maintenant –, je sens mon pouls s’accélérer. Mes oreilles se mettent à bourdonner. Inconsciemment, je serre les poings."

    Ce que j'en pense :

    L’intrigue est très bien ficelée, les personnages sont presque tous bien campés (on peut se demander ce que certains viennent faire dans ce livre si on n’a pas lu les précédents aventures avec les mêmes enquêteurs). L’écriture est agréable avec beaucoup d’humour, des dialogues assez mordants. Pas vraiment un coup de cœur mais un bon moment de lecture.

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  • Oxymort

    "Oxymort" de Franck Bouysse - Moissons Noires

    Présentation de l'éditeur :

    Je jure que, s'il m'en laisse la moindre occasion, je le tuerai.
    Je me demande depuis combien de temps je suis enfermé ici. Je ne sens plus les muscles de mon corps. J'ai beau chercher, je ne comprends pas ce que je fais là.
    La chaîne mesure environ trois mètres. La longueur nécessaire pour atteindre la porte, l'effleurer. On me glisse toujours mon repas lorsque je dors. Plus d'une fois, j'ai tenté de rester éveillé pour surprendre l'arrivée du plateau, mais je n'y suis jamais parvenu. À croire qu'on m'épie en permanence...
    Enfermé.
    La pire des choses à vivre pour un homme.

    Première page :

    "C’était tout de même pas si difficile que ça de mourir. Quelque chose qu’il fallait faire un jour ou l’autre. Ça ne devait pas faire bien mal, vingt centimètres de lame froide dans le ventre. Il ne s’était pas foutu de la gueule du type. Du premier choix, cette lame. Achetée à un armurier de la rue de la Cité aux airs de Robert Mitchum.

    Avant d’enfoncer la lame dans les tripes du type, il s’était renseigné, puis entraîné à chercher le foie et les poumons. Au moment de passer à l’acte, l’instinct avait parlé. Un surgissement primal. Il s’était vite rendu à l’évidence que trouver l’un ou l’autre des organes visés n’était pas important ; que ça laissait suffisamment de traces pour entraîner la mort. "

    Ce que j'en pense :

    Livre décevant lorsqu’on a lu les autres livres de Franck Bouysse. C’est une mauvaise idée des éditions « Moissons noires » d’avoir réédité ce livre en faisant croire que c’est un nouveau « Bouysse ». On ne retrouve pas la force et la profondeur de l’auteur. Son style est trop « visible » et on trouve l’intrigue et les personnages assez formels ; on ne rentre pas complètement dans ce thriller.

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  • L'homme craie

    "L'homme craie" de C. J. Tudor - J'ai lu

    Présentation de l'éditeur :

    «Nous n'étions pas d'accord sur la manière dont ça avait commencé. Était-ce lorsqu'on s'était mis à dessiner les bonshommes à la craie, ou lorsqu'ils sont apparus tout seuls ?» 1986. Le jeune Eddie et ses amis élaborent un langage secret pour communiquer : de petits bonshommes tracés à la craie. Ce qui n'est qu'un jeu prend une tournure tragique lorsque l'un de ces dessins les conduit jusqu au cadavre d'une jeune fille. Trente ans après le drame, alors qu'Eddie le pense derrière lui, le passé refait surface... Le jeu n'est pas terminé.

    Première page :

    "La tête de la fille reposait sur un petit tas de feuilles orange et marron.

    Ses yeux en amande fixaient la canopée des sycomores, des hêtres et des chênes, sans voir les doigts du soleil s'enfoncer timidement entre les branches pour saupoudrer d'or les sous-bois. Les paupières ne clignaient pas alors même que des scarabées noirs et brillants s'affairaient sur les pupilles. Ses yeux ne voyaient plus rien, sinon les ténèbres.

    À quelque distance de là, une main pâle sur son propre linceul de feuilles mortes semblait se tendre en quête d'assistance, ou simplement d'une présence. Elle ne trouverait ni l'une ni l'autre. Le reste du corps gisait, hors de portée, caché dans d'autres recoins de la forêt.

    Tout près, une brindille craqua – détonation dans le silence immobile –, provoquant l'envol d'une nuée d'oiseaux sous les branches. Quelqu'un approchait.

    Quelqu'un qui s'agenouilla à côté de la fille aveugle, caressa doucement sa chevelure et sa joue froide, les doigts frémissant d'impatience."

    Ce que j'en pense :

    C’est un bon polar qui aborde des sujets de société, comme l’avortement, la maladie d’Alzheimer. Les personnages sont crédibles et c’est intéressant de les voir évoluer sur deux époques : à l’adolescence et trente ans après. Les procédés pour maintenir le suspens sont assez classiques et le final est habile. Reste cependant l’impression de longueurs après la moitié du livre.

    L'homme craie

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  • Maudite!

    "Maudite" de Denis Zott - Hugo Thriller

    Présentation de l'éditeur :

    " Marseille à feu et à sang dans un polar incandescent. " Hubert Artus

    Marseille. En face du stade Vélodrome, le dixième étage des Mimosas est en flammes. C'est l'appartement de Tony Beretta, petit dealer mais légende parmi les supporters ultras de l'Ohème. 
    Une jeune femme, blessée, parvient à s'échapper du brasier. Luce, seize ans, une gueule d'ange, enceinte jusqu'aux yeux, n'est pas partie les mains vides : elle s'est enfuie avec l'argent et la drogue de Tony. 

    Et l'argent et la drogue, ça attire du monde. Canari, le flic pourri de la BAC. Les hommes de main de Tony. Ceux du Libyen, jeune caïd qui a pour ambition de renverser les anciens, tel le vieux Topin. Et même Yasmina, l'infirmière trop belle pour être innocente, qui veille sur Luce et ses jumeaux. Impossible, pour Luce, d'espérer se sortir seule de ce piège qu'est devenue sa ville. 

    Mais à qui faire confiance, et comment survivre et protéger ses bébés, quand sa propre mère dit d'elle qu'elle est maudite, et que son ange protecteur pourrait bien s'avérer être un démon ? 
    Pour trouver la lumière, Luce n'aura d'autre choix que de faire face à ses pires cauchemars.

    Extrait :

    "Trente-quatrième minute.

    La télé hurle : «Marseille à l'attaque... Balbuena déborde sur l'aile droite... son centre trouve Signac au point de penalty... tête décroisée... la balle file vers la lucarne et...»

    Tony s'éjecte du divan.

    «POTEAU !»

    Le cri me soulève le cœur, souffle coupé. Les jumeaux sursautent.

    «MAIS Y A MAIN, MERDE ! Y A PENALTY !»

    Le Vélodrome tousse.

    «EH, L'ARBITRE ! ENCULÉÉÉÉ !

    Tony boxe le mur qui résonne sous ses coups de poing.

    Je voudrais être une huître ou un escargot.

    Une minute plus tard, j'ai envie de pisser. Ma vessie gonflée, aussi grosse qu'un pamplemousse. Et les jumeaux qui tapent dessus. Manquait plus que ça...

    J'ai peur de pas me contenir. Tony me fera lécher le sol si je me retiens pas.

    Uriner dans une casserole ou dans un bol ?

    Et s'il me surprend ?

    Je l'entends déjà gueuler : T'as pas honte, salope ? T'es une femme ou une chienne ?"

    Ce que j'en pense :

    Au départ on pense que le sujet va être original : supporters de l'équipe de foot de l'OM. Mais très vite on tombe dans les stéréotypes. Les personnages sont tous dealers, violents, accrocs, flics pourris...L'intrigue est complètement invraisemblable. Sous prétexte de tenir le lecteur en haleine, l'auteur multiplie les rebondissements incroyables (et souvent ridicules) et les scènes de violence gratuites et complaisante. Cerise sur le gâteau : des coquilles dans le texte !! Je suis allé au bout d'abord parce que je n'avais rien d'autre à lire et puis pour pouvoir écrire ce que je pense de ce genre de livre : à éviter...malgré les louangeuses critiques sur pas mal de sites mais n'oublions pas que l'auteur travaille dans la communication.

    Maudite!

     

     

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  • Le cri

    "Le cri" de Nicolas Beuglet - Pocket

    Présentation de l'éditeur :

    À quelques kilomètres d'Oslo, l'hôpital psychiatrique de Gaustad dresse sa masse sombre parmi les pins enneigés. Appelée sur place pour un suicide, l'inspectrice Sarah Geringën pressent d'emblée que rien ne concorde. Le patient 488, ainsi surnommé suivant les chiffres cicatrisés qu'il porte sur le front, s'est figé dans la mort, un cri muet aux lèvres – un cri de peur primale. Soumise à un compte à rebours implacable, Sarah va découvrir une vérité vertigineuse sur l'une des questions qui hante chacun d'entre nous : la vie après la mort...

    Première page :

    Sarah claqua la porte derrière elle. Essoufflée par ses propres cris, elle demeura debout, sans bouger, reprenant sa respiration.

    Le silence du couloir n'était plus troublé que par le bourdonnement étouffé d'une télévision encore allumée à cette heure avancée de la nuit.

    Le cœur battant trop vite, elle chemina vers la cage d'escalier, lentement, certaine qu'il allait rouvrir la porte d'une seconde à l'autre, lui déclarer qu'il l'aimait et n'avait toujours aimé qu'elle, que cette tromperie était une erreur, une faiblesse qui ne se reproduirait plus jamais.

    La minuterie automatique parvint à son terme et le couloir plongea dans l'obscurité. Elle se figea. Elle devait patienter encore quelques secondes, il finirait par sortir et, après des excuses balbutiantes qu'elle ferait mine de n'accepter qu'à moitié, tout redeviendrait comme avant.

    Mais à l'inquiétude succéda l'angoisse. La porte de l'appartement restait close, le couloir aussi sombre que silencieux. Le visage effleuré par la tremblante lueur orangée de l'interrupteur, Sarah chercha l'appui d'un mur.

     Ce que j'en pense :

    Le point de départ pourrait être intéressant mais on se rend vite compte que les personnages manquent cruellement de consistance. Tout parait assez formel. Le récit est conduit de façon à ce qu’on ait envie de tourner les pages… et on les tourne ! Cela devient cependant proche du ridicule : des bagarres, une poursuite, un dénouement proche puis de nouvelles bagarres, de nouvelles poursuites …etc. Et ces réflexions sur la vie après la mort c’est d’une bêtise !!! On peut lire ce livre si on n’a vraiment rien d’autre à lire (ce qui était mon cas).

    Le cri

     

     

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  • Né d'aucune femme

    "Né d'aucune femme" de Franck Bouysse - La manufacture de livres

    Présentation de l'éditeur :

    " Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
    — Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
    — Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
    — De quoi parlez-vous ?
    — Les cahiers… Ceux de Rose."
    Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

    Première page :

    "Il se trouvait quelque part plus loin que les aiguilles de ma montre.

    Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradés de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion. Puis il y a les sons, les bruits, les cris, qui expriment, divulguent, agitent, déglinguent. Il y a du bleu dans le ciel et des ombres au sol, qui étirent la forêt et étendent l’horizon. Et ce n’est pas grand-chose, parce qu’il y a aussi tout ce qui ne peut se nommer, s’exprimer, sans risquer de laisser en route la substance d’une émotion, la grâce d’un sentiment. Les mots ne sont rien face à cela, ils sont des habits de tous les jours, qui s’endimanchent parfois, afin de masquer la géographie profonde et intime des peaux ; les mots, une invention des hommes pour mesurer le monde.

    A l’époque, je m’attendais à rien plus dans ma vie.

    Taire les mots. Laisser venir. Il ne resterait alors rien que la peau nue, les odeurs, les couleurs, les bruits et les silences."

    Ce que j'en pense :

    Écriture et intrigue parfaitement maitrisées pour ce roman noir, mais noir à la façon de Ron Rash. Après ses romans précédents, l’auteur nous surprend en se mettant dans la peau d’une femme qui va connaître la cruauté, la souffrance, la résistance face à l’innommable. C’est sans doute le roman le plus fort de Franck Bouysse. On se souviendra de ce roman, l’un des plus forts que j’ai lus depuis longtemps.

    Né d'aucune femme

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  • Plateau

    "Plateau" de Franck Bouysse - Le livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    Plateau de Millevaches. Judith et Virgile tiennent une petite ferme dans un hameau. Le couple a élevé Georges, un neveu dont les parents sont morts dans un accident de la route quand il avait cinq ans. Il vit dans une caravane tout près de chez son oncle et sa tante. Lorsqu'une jeune femme vient s'installer chez lui, lorsque Karl, ancien boxeur tiraillé entre pulsions sexuelles et croyance en Dieu, emménage dans une maison du même village, et lorsqu'un mystérieux chasseur sans visage rôde alentour, les masques s'effritent et des coups de feu résonnent sur le Plateau.
    Une écriture ciselée pour exprimer la rudesse du paysage et la profondeur des caractères. Comme Grossir le ciel, noir et bouleversant.

    Première page :

    " Cet endroit, on s’y jette avec dévotion. On s’y perd, aussi, guidé par l’instinct, quelque chose de sacré. Quand les voix se muent en mortelles suppliques et les chants en discours primitifs. Un endroit où se tenir debout, dans l’orgueilleuse posture de l’initié. Un endroit où le monde s’arrête chaque jour pour des armées d’êtres vivants incapables d’en imaginer un autre, et si quelque fou avait l’idée d’y bâtir une ville, il s’en trouverait toujours un pour sculpter sa propre folie dans le tronc d’un chêne centenaire, et remiser l’âme égarée dans la profondeur des enfers.

    Un endroit où l’on prie encore à l’édification d’une simple maison de pierres grises parfumées de torchis, et même qu’on n’en voudrait à personne que des dieux anciens se risquent à émettre un avis contraire. On s’en remettrait à eux sans discussion. Car aucun homme sain de corps et d’esprit n’est en mesure d’offrir quoi que ce soit à cette terre et, prenant conscience d’une telle évidence, il peut y demeurer, la servir en quelque manière, chevaucher les montagnes, dépenser un bonheur asservi durant le temps d’une existence, et puis pourrir dans la vallée."

    Ce que j'en pense :

    On retrouve bien sûr la façon qu’a l’auteur de nous mettre au cœur d’un paysage plutôt rude, de nous montrer des personnages taiseux, complexes, secrets mais souvent sympathiques. Reconnaissons toutefois que l’arrivée du personnage du chasseur parait un peu étonnante et peu crédible. L’écriture est toujours aussi riche, poétique. Mais il y a quelque chose qui pourrait lasser, comme si l’auteur avait tiré le bon filon. On ne retrouve que rarement la force et la puissance de « Grossir le ciel ». Sans doute faut-il éviter de lire trop de Bouysse à la suite.

    Plateau

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  • Trouver l'enfant

    "Trouver l'enfant" de René Denfeld - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Madison Culver a disparu alors que ses parents choisissaient un arbre de Noël dans la forêt nationale de Skookum, Oregon. Elle aurait aujourd'hui huit ans. Certains qu'elle est encore vivante, les Culver se tournent vers Naomi Cottle. Enquêtrice privée connue de la police comme "la femme qui retrouve les enfants", Naomi est leur dernier espoir. Sa recherche méthodique l'emmène dans les terres sauvages du Nord-Ouest Pacifique, et au cœur de son propre passé. Alors que Naomi suit la piste de l'enfant, les fragments d'un rêve sombre viennent lui rappeler une perte terrible depuis longtemps refoulée.

    Première page :

    "C’était une petite maison jaune donnant sur une rue déserte. Elle dégageait une impression de découragement, mais de cela, Naomi avait l’habitude. La jeune mère qui ouvrit la porte était frêle et paraissait beaucoup plus âgée qu’elle ne l’était. Ses traits semblaient tirés et fatigués.

    « C’est vous qui retrouvez les enfants », dit-elle.

    Elles s’assirent sur un canapé dans la salle de séjour vide. Naomi remarqua un tas de livres d’enfants entassés sur la table près d’un fauteuil à bascule. Elle aurait pu jurer que rien n’avait changé dans la chambre de la fillette.

    « Je m’en veux de ne pas avoir entendu parler de vous plus tôt, dit le père en frottant ses mains l’une contre l’autre dans le fauteuil proche de la fenêtre où il était assis. Nous avons tout essayé. Tout ce temps…

    – Même un médium, compléta la mère avec un sourire douloureux.

    – On dit que vous êtes la meilleure pour retrouver les enfants qui ont disparu, reprit le père. Je ne savais même pas qu’il existait des enquêteurs spécialisés, pour ça.

    – Vous pouvez m’appeler Naomi », leur dit-elle.

    Du regard, ils la scrutaient : ossature robuste, mains tannées que le travail ne semblait pas rebuter, longs cheveux bruns, un sourire désarmant."

    Ce que j'en pense :

    La disparition d’enfant, voilà un sujet très sensible. Le cauchemar vécu par la fillette est décrit avec beaucoup de pudeur et cela en a encore plus de force. L’autrice a traité ce roman de façon admirable en ajoutant plusieurs points de vue. Elle sait nous entrainer dans ces paysages de forêt enneigée et glaciale de l’Oregon. Le personnage de Naomi est d’une belle complexité mais la description des autres protagonistes est également bien réussie.

    Trouver l'enfant

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