• L'enfer de Church Street

    "L'enfer de Church Street" de Jake Hinkson - Gallmeister

    traduit de l'américain par Sophie Aslanides

    Présentation de l'éditeur :

    Geoffrey Webb est en train de se faire braquer sur un parking. Et cette situation lui convient bien, il en redemanderait même. À son agresseur, il propose un marché : empocher les trois mille dollars qui se trouvent dans son portefeuille, le dépouiller de tout s'il le faut, en échange de cinq heures de voiture jusqu'à Little Rock, en Arkansas. Webb a besoin de se confesser. Ce braquage et ce pistolet pointé sur lui, il les mérite. Et il est prêt à expliquer pourquoi.

    Première page :

    "JE travaillais depuis trois semaines dans une usine de plastiques dans le Mississippi lorsque le contremaître – un bouseux à la dentition en décapsuleur du nom de Cyrus Broadway – commit l’erreur de me traiter de connard feignant. Alors bon, je suis peut-être feignant, mais je suis aussi méchant comme une teigne. J’ai fréquenté des prisons et des cellules de dégrisement partout dans ce pays, depuis les cachots poussiéreux à la frontière du désert Mojave jusqu’aux cabanes humides sur une île au large de la côte du Maine. Et personne ne peut m’insulter impunément, même si, pour ce gars-là, ce n’est qu’une plaisanterie. Le temps qu’on me sépare de Cyrus Broadway, je lui avais tellement écrasé la gueule qu’elle n’était plus que de la chair à saucisse. Ses grandes dents de cheval étaient dispersées sur le sol de l’atelier, à côté de lui.

    Je ne me suis pas donné la peine d’attendre les flics du Mississippi pour leur raconter. Je suis parti le soir même. J’ai traversé la Louisiane en catimini, je me suis infiltré au Texas, et j’ai fini par me retrouver à traîner autour d’une station Texaco à la sortie de Sallisaw, dans l’Oklahoma. J’essayais de me faire discret, mais après deux jours sans manger, je décidai de chercher quelqu’un à braquer. Je repérai deux femmes, mais braquer des femmes, ça rapporte souvent plus d’ennuis que de fric. Les flics réagissent plus vite quand la victime est une femme …"

    Ce que j'en pense :

    C'est un bon roman noir avec beaucoup d'ironie sur la religion et l'hypocrisie. L'auteur nous plonge dans l'horreur sans jugement moral, avec une écriture presque plate, sans exagération. En lisant le début  on s'attend à quelque chose d'encore un peu plus fort. Même si on éprouve une toute petite déception en refermant le livre je considère que ce roman, plutôt grinçant, est vraiment plaisant.

    L'enfer de Church Street

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  • Aux animaux la guerre

    "Aux animaux la guerre" de Nicolas Mathieu - Actes sud (actes noirs)

    Présentation de l'éditeur :

    Une usine qui ferme dans les Vosges, tout le monde s'en fout. Une centaine de types qui se retrouvent sur le carreau, chômage, RSA, le petit dernier qui n'ira pas en colo cet été, un ou deux reportages au 19/20 régional et puis basta. Sauf que les usines sont pleines de types dangereux qui n'ont plus rien à perdre. Comme Martel, le syndicaliste qui planque ses tatouages, ou Bruce, le bodybuilder sous stéroïdes. Des types qui ont du temps et la mauvaise idée de kidnapper une fille sur les trottoirs de Strasbourg pour la revendre à deux caïds qui font la pluie et le beau temps entre Epinal et Nancy. Une fille, un Colt 45, la neige, à partir de là, tout s'enchaîne. Aux animaux la guerre, c'est le roman noir du déclassement, des petits Blancs qui savent désormais que leurs mômes ne feront pas mieux et qui vomissent d'un même mouvement les patrons, les Arabes, les riches, les assistés, la terre entière. C'est l'histoire d'un monde qui finit. Avec une fille, un Colt .45, la neige.

    Première page :

    "Cet automne-là, on tuait en plein jour. En pleine rue. En toute bonne foi.

    Le centre d'Oran était tout barbouillé de slogans. Trois lettres majuscules résonnaient sur les murs jaunis, suscitant l'espoir ou bien la peur, selon qu'on voulait rester ou les voir partir. Comme si la guerre faisait de la réclame.

    Le fond de l'air était chargé d'une perpétuelle odeur de bois brûlé. Les jeunes filles ne se promenaient plus, bras dessus bras dessous, affriolantes et farouches sur les boulevards ascendants. Les beaux bruns en mocassins avaient rangé leurs sourires. Ils lisaient les journaux et affichaient des mines butées aux terrasses des cafés.

    Dans les quartiers européens, on dormait mal et la chaleur n'avait rien à y voir. Sous les oreillers, des pères inquiets planquaient des revolvers d'avant-guerre. Les grands-mères mêmes, hagardes et venimeuses, se préparaient à tuer ou mourir.

    Oran était une monstrueuse pièce montée, un imbroglio de monuments pompeux et de rues étroites où la peur et la haine coulaient comme des oueds au printemps.

    Quand tombait le soir, on s'attardait encore sur les places, à l'ombre des figuiers, pour jouer aux cartes ou boire une anisette en bavardant. Mais déjà, plus personne ne croyait à cette douceur de vivre. Les hommes avaient perdu le rythme. Leur ton était bas, leurs gestes plus mesurés. Ils passaient sur leurs nuques des mouchoirs brûlants, s'épongeaient avec lassitude. La blancheur n'existait plus. Les draps, les chemises, les jupons avaient un air continuellement malpropre…"

    Ce que j'en pense :

    L'intrigue est maîtrisée, les personnages (nombreux) sont bien campés, l'environnement social et la région des Vosges sont présents… C'est donc un bon premier roman. Évidemment il reste à l'auteur quelques petites marches à franchir avant d'arriver au niveau de Pierre Pelot, Vosgien lui aussi. On attend donc confirmation dans un second roman.

    Aux animaux la guerre

    Aux animaux la guerre

     

     

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  • Terminus Belz

    "Terminus Belz" de Emmanuel Grand - Liana Levi

    Présentation de l'éditeur :

    Il s’appelle Marko Voronine. Il est en danger. La mafia le poursuit. Il croit trouver refuge sur Belz, une petite île bretonne au large de Lorient coupée de tout sauf du vent. Mais quand le jeune Ukrainien débarque du ferry, l’accueil est plutôt rude. Le métier du grand large en a pris un coup, l’embauche est rare sur les chalutiers et les marins rechignent à céder la place à un étranger. Et puis de curieuses histoires agitent en secret ce port de carte postale que les locaux appellent «l’île des fous». Les hommes d’ici redoutent par-dessus tout les signes de l’Ankou, l’ange de la mort, et pour Marko, les vieilles légendes peuvent se montrer aussi redoutables que les flingues de quelques tueurs roumains.

    Tricotant avec brio un huis clos inquiétant et une course-poursuite haletante, Emmanuel Grand mène son thriller d’est en ouest à un train d’enfer.

    Première page :

    "Son corps transi était plaqué au sol. Immobile. Recroquevillé pour mieux lutter contre le froid qui enserrait ses membres et paralysait ses articulations. Un froid intense qui l'avait ramené à la conscience. Il avait senti une étoffe rugueuse sur sa peau nue. Ses pieds avaient durci dans ses bottes en caoutchouc. Il avait tenté de se retourner, de se débattre, mais ses bras, ses jambes ne répondaient plus. Son cerveau envoyait les ordres, niais à l'autre bout les petits muscles exécutants avaient déserté. Il n'était plus qu'une masse inerte et pétrifiée.

    L'engourdissement l'aurait bientôt englouti si une douleur pénible ne s'était rappelée à lui. Une migraine lancinante qui, à mesure qu'il reprenait conscience, devenait de plus en plus insupportable, comme si une boule de billard rebondissait à toute allure contre les parois de sa boîte crânienne. Sa tête pesait une tonne et lui faisait un mal de chien. Le sang, sous ses tempes, tapait comme un torrent de montagne et des centaines de micro-décharges électriques convergeaient vers son front pour s'évanouir brutalement dans une sorte de trou noir. Il ne sentait plus son visage, son nez, ses joues. Il passa sa langue sur ses lèvres et rencontra une croûte. Il chercha à remonter vers ses narines. Un filet de liquide tiède s'en écoulait. Il avait le goût tout à la fois inquiétant et rassurant de son propre sang, mêlé à nue écœurante odeur de pétrole brûlé. En remuant la langue, il avait senti un corps étranger, petit et pointu. Tout d'abord il pensa avoir perdu un morceau de dent, mais c'était trop mou.

    II se souvint du souffle, de cette douleur atroce sur son front. Du craquement. Son corps qui glissait sur le sol. Puis le noir."

    Ce que j'en pense :

    Le début est très prometteur. Le sujet est original ; le huis clos dans cette ile bretonne (un condensé de Groix, de Ouessant…) avec ce monde de la pêche, est intéressant, les légendes bretonnes apportent un côté fantastique et inquiétant à l'intrigue… et puis cela ne tient pas sur la longueur. Ce qui était plaisant au départ devient plus lourd au fil des pages.

    Terminus Belz

     

     

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  • Du sang sur Abbey Road

    "Du sang sur Abbey Road" de William Shaw - Les escales noires

    Présentation del'éditeur :

    Londres, 1968, quartier d'Abbey Road. Le corps nu d'une jeune femme est retrouvé sous un matelas. En charge de l'enquête, le détective Cathal Breen pense à une des fans des Beatles qui campent près du célèbre studio. Après avoir terni sa réputation par un inexplicable acte de lâcheté, Breen sait que cette affaire est son unique chance de sauver sa carrière. Mais ce vieux garçon, encore sous le choc de la mort de son père, va devoir faire face à une société en pleine mutation qui le dépasse. Et personne n'incarne mieux cette nouvelle réalité que la jeune inspectrice chargée de l'assister. Le duo improbable est loin d'imaginer que, dans le swinging London où sexe, drogue et pop music échauffent les esprits, il va se retrouver plongé dans un cocktail explosif de corruption, de tensions raciales et de trafic d'armes...

    Première page :

    "- Pourquoi n'y es-tu pas allé quand je te l'ai dit, avant de quitter la maison ?
    La question est adressée à un petit garçon en culotte courte et en colère. Nounou, les cheveux fous dans le vent d'octobre, conduit l'immense poussette Silver Cross de la main droite et traîne le garçon de la gauche. Bébé a abandonné Ninou, son éléphant en peluche, et pleurniche sous la couverture jaune. Ils reviennent du parc. Aucune autre nounou n'y était. Il faisait trop froid, mais la mère des enfants tient à ce qu'ils sortent tous les matins avant la collation de 11 heures. Maman croit aux bienfaits du grand air et de l'exercice, bien qu'elle-même préfère rester chez elle à fumer ses Park Drived et à parler pendant des heures au téléphone comme si ça ne coûtait rien, ou à jouer au solitaire.
    - Je te l'avais bien dit, non ?
    Nounou se débat pour avancer, façon crabe, les deux bras tendus, l'un poussant, l'autre tirant.
    - Non ?
    Elle porte la cape bleu marine qu'elle déteste. Des mocassins de grand-mère, noirs à pompons. Maquillage interdit. Jupes sous le genou. Et Papa a les mains baladeuses.
    Le garçon possède déjà l'assurance de celui qui sait que Nounou n'est qu'une employée rémunérée - trois livres dix par semaine, pension comprise - et peut donc être traitée comme telle."

    Ce que j'en pense :

    Excellent roman. L'atmosphère de l'année 1968 est très bien rendue, avec le Biafra, les Beatles, le Vietnam… le sexisme, le racisme ordinaire… L'auteur a su éviter les clichés sur cette époque.

    Les personnages sont admirablement bien campés et c'est magnifiquement écrit (et traduit) avec ce qu'il faut d'humour, de tendresse, de rythme. On attend la suite de la trilogie annoncée.

    Du sang sur Abbey Road

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  • fantôme

    "Fantôme" de Jo Nesbo - folio policier

    Présentation de l'éditeur :

    Harry Hole avait choisi de fuir la Norvège et ses échecs. Aujourd’hui il doit revenir à Oslo pour enquêter sur le meurtre d’un dealer dont l'assassin ne serait autre qu’Oleg, son fils adoptif. Ses investigations le conduisent dans les bas-fonds d’une ville ravagée par la fioline, une nouvelle drogue terriblement addictive. La police et le pouvoir politique semblent indifférents au problème. Ne pouvant compter que sur lui-même pour se battre contre un système corrompu, Harry doit également affronter ses ennemis intimes : ses propres fantômes…

    Première page :

    "Les cris l'appelaient. Telles des lances sonores, ils transperçaient tous les autres bruits du soir dans le centre d'Oslo, le ronronnement régulier de la circulation sous les fenêtres, la sirène lointaine qui montait et descendait, les cloches de l'église qui venaient de se mettre à sonner. C'était maintenant, à la tombée de la nuit, et éventuellement juste avant le lever du soleil, qu'elle partait en quête de nourriture. Elle promena son nez sur le linoléum crasseux de la cuisine. Enregistra et classa à toute vitesse les odeurs en trois catégories : comestibles, menaçantes ou sans intérêt pour la survie. Le parfum acre de la cendre de tabac. Le goût doucereux et sucré du sang sur un coton. L'exhalaison amère de la bière dans une capsule de Ringnes. Des molécules de soufre, de salpêtre et de dioxyde de carbone s'élevaient d'une douille métallique vide adaptée à une balle de 9 x 18 mm, appelée aussi Makarov, d'après le pistolet pour lequel le calibre avait été conçu. La fumée d'un mégot encore chaud à filtre jaune et papier noir frappé de l'aigle impérial russe. Le tabac était comestible. Et là : des effluves d'alcool, de cuir, de graisse et d'asphalte. Une chaussure."

    Ce que j'en pense :

    L'intrigue est bien conduite (bien qu'un peu longue), la description sans complaisance de la société scandinave est toujours sans complaisance… mais tout cela parait un peu poussif, les rebondissements qui permettent à l'inspecteur de s'en sortir sont de plus en plus invraisemblables… Bref, ce n'est pas le meilleur des Nesbo.

    fantôme

     

     

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  • Les arpenteurs

    "Les arpenteurs" de Kim Zupan, traduction Laura Derajinski - Gallmeister

    Présentation de l'éditeur :

    Nuit après nuit, dans une prison du Montana, le jeune Val Millimaki s'assied face aux barreaux qui le séparent de John Gload, 77 ans, en attente de son procès. Astreint aux pires heures de garde, l'adjoint du shérif se retrouve à écouter le criminel qui, d'instinct, est prêt à lui révéler en partie son passé. Petit à petit, Millimaki se surprend à parler, lui aussi, et à chercher conseil auprès de l'assassin. En dépit des codes du devoir et de la morale, une troublante amitié commence à se tisser entre les deux hommes. Dans un subtil jeu d'échos, entre non-dits, manipulations et sombres confessions, le jeune shérif cherche des réponses à ses propres tourments et, chaque matin, il tente vainement de reprendre pied dans la réalité. Mais sa vie, comme son mariage, lui échappe chaque jour un peu plus.
    Premier roman hypnotique et crépusculaire, Les Arpenteurs met en scène deux personnages poursuivis par leur conscience et hantés par la mélancolie d'un paysage qui les a faits tous deux à son image.

    Première page :

    "À l'automne de cette année-là, le garçon descendit du bus au bout de la route sèche, la haie de buissons vrombissant du crissement des sauterelles affolées qui bondissaient à son passage depuis les hautes herbes et le feuillage pâle et poussiéreux des oliviers de Bohême, se heurtaient à son pantalon et se précipitaient contre les pans de sa chemise. Une fois par mois, on leur permettait de quitter l'école plus tôt et on les encourageait à mettre ce temps libre au profit des œuvres de charité. Val était un garçon sérieux. Tandis qu'il faisait passer ses livres d'une main à l'autre en avançant vers la maison au loin, il entreprit d'établir une liste : rendre visite aux malades, vêtir ceux qui sont nus, ensevelir les morts. Quoi d'autre ? Les vaches noires du voisin baissaient les yeux vers lui depuis le promontoire, leurs silhouettes ondulant et flottant étrangement dans la brume de chaleur. Visiter les prisonniers, voilà encore autre chose. Donner à boire aux assoiffés. A l'ouest, au pied du promontoire, il apercevait son père sur le Minneapolis-Moline qui décrivait des cercles au milieu du champ des Schmidt dans un nuage de poussière.

    L'écriture de sa mère était faite de boucles splendides, perfectionnées sous la menace et les cannes agitées de ces mêmes sœurs de la Providence intimidantes qui enseignaient aujourd'hui à Val, cette écriture dessinée sur les petits mots qu'elle lui laissait avec son déjeuner de l'école, sur les marges d'une carte d'anniversaire ou, plus rarement, lorsqu'elle et son père sortaient…"

    Ce que j'en pense :

    Encore une belle découverte des éditions Gallmeister. C'est un livre qui chemine lentement dans cette nature du Montana, comme la relation qui s'installe entre le jeune shérif et le vieil assassin. C'est un roman noir, sur l'insomnie, le crépuscule, l'ombre et la lumière ; un roman qui se lit à petits pas dans ces paysages magnifiquement décrits.

    Les arpenteurs

    Les arpenteursLes arpenteurs

     

     

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  • Face à face

    "Face à face" de Gunnar Staalesen - folio policier

    Présentation de l'éditeur :

    Curieuse manière de commencer une enquête : découvrir l'identité et les préoccupations d'un client venu mourir dans votre salle d'attente. Varg Veum plonge rapidement dans le passé, à la recherche d'étudiants marxistes-léninistes qui partageaient une maison à Bergen. A la fin des années 1970, l'arrivée d'Hildegunn, une jeune femme séduisante, a bouleversé le fragile équilibre du groupe. Que s'est-il passé pour qu'elle se suicide quelques mois plus tard ? Pourquoi cette histoire ressurgit-elle aujourd'hui alors que tous sont devenus des notables et préféreraient que certaines histoires restent secrètes ?

    Première page :

    "Il y avait un mort dans ma salle d'attente.
    La fin du mois d'octobre approchait, j'étais de retour d'une mission qui m'avait conduit jusqu'à Ølve, l'un de ces endroits du Vestland qui fait penser que Dieu a donné de la confiture aux cochons et n'a jamais récupéré le pot. Ils étaient quand même assez débonnaires, à Ølve, puisqu'ils lui avaient érigé une église, malgré tout. Le pasteur y rassemblait les fidèles un dimanche de temps à autre, quand son planning le menait dans ces contrées. À moins qu'on ne doive dire «la menait», ce qui, dans cette ville, était invariablement source de scepticisme. Ma mission avait été un véritable cas d'école. Il s'agissait de quelques bornes frontalières qui se déplaçaient toutes seules la nuit. J'en avais passé deux dans une étable décrépite, dans l'espoir de prendre le criminel en flagrant délit. Le succès avait été au rendez-vous. Mais l'origine de ces manipulations sur les bornes remontait si loin dans la longue histoire des deux fermes voisines que j'avais proposé à mon employeur de s'adresser au directeur du Musée des antiquités nationales. Je m'étais donc contenté de l'avance versée..."

    Ce que j'en pense :

    Bon petit polar, une intrigue bien ficelée, de l'humour (comme toujours chez Staalesen). L'auteur nous emmène à la suite de son héros, de fausse piste en fausse piste jusqu'au grand déballage final.

    Face à face

    Face à face

     

     

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  • Rouge-Gorge

    "Rouge-Gorge" de Jo Nesbo - folio policier

    Présentation de l'éditeur :

    Rouge-Gorge, c'est le surnom d'un soldat mort qui continue pourtant de faire parler de lui. C'est aussi l'oiseau, discret comme le destin, qui vient à chaque porte, un jour, prendre son dû… Harry Hole, à la suite d'une bévue diplomatiquement grave, est muté à la surveillance des milieux néo-nazis de Norvège. Une seule consigne : faire le mort. Hole le voudrait qu'il n'y parviendrait pas. Surtout si sa meilleure amie est retrouvée littéralement brisée sur un chemin de neige. Surtout s'il découvre que l'un des fusils les plus rares au monde, spécifiquement utilisé par le terrorisme international, est arrivé sur le territoire… Le passé, prompt à rattraper le présent, refait surface avec une question lancinante : que s'est-il réellement passé cinquante ans plus tôt dans les tranchées de Leningrad ?

    Première page :

    "Un oiseau gris passa dans le champ de vision de Harry, qui tambourinait sur le volant. Temps ralenti. La veille au soir, quelqu'un à la télé avait parlé du temps ralenti. C'en était un exemple. Comme le 24 décembre au soir, lorsqu'on attend le Père Noël. Ou sur la chaise électrique, avant la décharge.

    Il tambourina de plus belle.

    Ils étaient garés sur le parking découvert, derrière les cabines du péage. Ellen augmenta d'un cran le volume de l'autoradio. Le reporter parlait d'une voix solennelle et recueillie :

    « L'avion a atterri il y a cinquante minutes, et le Président a posé le pied sur le sol norvégien à 6 h 38 exactement. C'est le porte-parole de la commune de Jevnaker qui lui a souhaité la bienvenue. C'est une belle journée d'automne, ici à Oslo, un joli cadre norvégien à cette rencontre au sommet. Écoutons à nouveau ce que le Président a dit à la presse, il y a une demi-heure. »"

    Ce que j'en pense :

    Ce livre nous fait découvrir l'histoire de la Norvège dans les années 40 avec les volontaires norvégiens dans l'armée allemande. L'intrigue est très bien ficelée et nous balade sur deux époques avec 50 ans d'intervalle. On peut parfois se sentir perdu parmi tous les personnages mais tout prend sens petit à petit. Nesbo est vraiment une des meilleures références dans le polar nordique.

    Rouge-Gorge

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  • L'homme dans la vitrine

    "L'homme dans la vitrine" de Kjelle Ola Dahl - Gallimard série noire

    Présentation de l'éditeur :

    Un matin d'hiver, Reidar Folke Jespersen, antiquaire à Oslo, va se poster dans un café non loin de chez lui.
    Après quelques heures d'attente, il aperçoit son épouse qui va retrouver son amant. Ensuite, Jespersen quitte son poste d'observation pour se rendre chez ses frères pour un important rendez-vous d'affaires. La réunion se passe mal et les frères se séparent fâchés. Le lendemain matin, on retrouve le corps sans vie de Jespersen, placé nu dans un fauteuil de la vitrine de son magasin. Le commissaire Gunnarstranda arrive sur les lieux du crime avec l'inspecteur Frank Frolich.
    Les indices dont ils disposent ne sont pas nombreux : une série de chiffres tracés au feutre sur le cadavre et des objets volés. L'enquête s'annonce d'autant plus difficile que de nombreuses personnes semblent très contentes de la disparition du vieil homme. Avec L'homme dans la vitrine, Kjell Ola Dahl signe un roman dense et complexe, une histoire d'amour et de vengeance sur laquelle plane l'ombre du passé et des heures les plus sombres de l'histoire norvégienne.

    Première page :

    "Reidar Folke Jespersen entama ce vendredi 13 de la même manière qu'il avait commencé tous les matins des cinquante dernières années de sa vie qui en comptait déjà soixante-dix-neuf, avec une bouillie d'avoine, dans la cuisine, seul dans la pénombre hivernale du matin, les bretelles pendantes dans son dos, avec les petits tintements rythmés de sa cuillère contre le fond de l'assiette creuse pour tout accompagnement musical de sa solitude. Reidar Folke Jespersen avait des cernes marqués sous ses yeux bleu vif, le menton couvert d'une barbe blanche taillée court et avec soin. Les mains qui tenaient la cuillère étaient épaisses et ridées, avec des veines saillantes qui disparaissaient sous les plis de ses manches de chemise. Ses avant-bras n'auraient pas paru déplacés chez un bûcheron ou un forgeron.

    Il n'avait pas faim. Il n'avait jamais eu faim le matin, mais, en homme raisonnable et bien informé, il comprenait la nécessité pour l'estomac de travailler avec quelque chose de solide. Ainsi, il commençait chaque journée par une assiette de bouillie qu'il préparait lui-même. Si on lui avait demandé à quoi il pensait pendant ces minutes-là, il n'aurait su répondre. En mangeant, il se concentrait toujours pour compter le nombre de cuillerées …"

    Ce que j'en pense :

    L'intrigue est lente, et même un peu poussive. Le rythme s'accélère dans les dernières pages. L'auteur a voulu faire des efforts pour donner un peu d'épaisseur psychologique à ses deux enquêteurs mais c'est quand même un peu faible.

    L'homme dans la vitrine

     

     

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  • Le homard

    "Le homard" de Pascale Diétrich - Les éditions in8

    Présentation de l'éditeur :

    Quand Camille gagne un homard vivant à la tombola, elle ignore encore qu’elle ne pourra l'ébouillanter. Mais entre-temps, elle s'est débarrassée d’un pic à glace, car c’est l’utilité des tombolas : on fait le ménage dans les placards. Près des plages, un premier touriste anglais est retrouvé mort. Puis un second. Est-ce trop pour une petite ville bretonne de 3000 âmes ? Doit-on parler de serial killer ?

    Première page :

    "Le capitaine des pompiers se tenait tout droit sur l'estrade comme une bougie d'anniversaire sur un gâteau. Il était bedonnant et avait le visage marqué par la bière brune. Cette bière-là donne un teint et un air bouffi tout à fait particuliers, il n'y a pas à s'y tromper. Des auréoles de sueur s'étaient formées sur son uniforme au niveau des aisselles. Il chassa encore un chat dans sa gorge puis regarda avec circonspection le public, essentiellement composé de familles de pompiers.

    — Mesdames et messieurs, je vous souhaite un bon 14 Juillet, articula-t-il enfin. Vive la révolution ! Nous allons procéder au tirage des lots. Ma main est innocente, je le jure.

    Des ricanements parcoururent l'assemblée. Il avait visiblement sa réputation. Je me tournai vers Lucette qui lorgnait vers les jeunes soldats du feu aux cheveux ras, aux oreilles bien dégagées et aux képis, visière tombante sur les yeux. Tous se tenaient parfaitement droits, le torse bombé, prêts à sauver une vie."

    Ce que j'en pense :

    C'est un court roman à l'écriture précise qui vaut surtout pour l'atmosphère dans laquelle nous plonge l'auteure. Nous sommes entraînés dans une Bretagne étrange : manoirs aux pièces pleines de recoins, tombolas où l'on peut gagner homard, marteau, pic à glace, hache… Il y a de l'humour, de l'amour, de l'étrange.

    Le homard

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