• Au fer rouge

    "Au fer rouge" de Martin Ledun - J'ai lu

    Présentation de l'éditeur :

    Madrid, 11 mars 2004, dix bombes explosent dans des trains de banlieue. Rescapée, le lieutenant Emma Lefebvre entre en guerre contre le terrorisme. La découverte d'une valise contenant le cadavre d'un trafiquant de drogue espagnol, échouée sur une plage landaise, dix ans plus tard, ravive les vieilles blessures. Emma met bientôt au jour une véritable organisation mafieuse, avec à sa tête Javier Cruz, seigneur de l'antiterrorisme. Des rives du fleuve Nervión aux bas-fonds de Bayonne, des banlieues déshéritées de Madrid aux palaces de la côte basque, la géographie de la corruption n'a pas de frontières.

    Première page :

    "Le type était encore en vie quand ils l'enfermèrent dans une valise et le larguèrent en haute mer, au large de la côte basque.
    Joyeux anniversaire et retour au bercail :
    Le soir même, il prévoyait de fêter ses vingt-sept ans avec sa petite amie dans son appartement de Vallecas, au sud-est de Madrid, après un aller-retour express de près de mille bornes Espagne-France-Espagne en Ford Mondeo. Cent cinq kilos de cocaïne étaient planqués dans les portières, le coffre et les doublures des sièges, pour une valeur marchande totale d'environ six millions d'euros.
    Deux coéquipiers. Le premier avec lui, l'autre au volant d'une Clio «sentinelle» immatriculée dans les Pyrénées-Atlantiques qui ouvrait la route à deux kilomètres de distance. Le type ne les connaissait ni l'un ni l'autre et il ne voulait rien savoir sur eux. Conduire pour les autres et fermer sa gueule, c'est ce qu'il faisait de mieux.
    Depuis leur départ, six heures plus tôt, il n'avait qu'une chose en tête : dix-huit mille euros de prime de risque à se partager à l'arrivée, plus le règlement de ses trois dernières livraisons.
    Encaisser le pactole à Bayonne et retourner dare-dare à Madrid souffler ses bougies avant une bonne partie de baise sur un matelas de billets.
    Ça, c'était le plan."

    Ce que j'en pense :

    On sent un vrai travail de journaliste dans ce pays basque, en paix "artificielle", avec ses corruptions, trafics, antiterrorisme, pollutions… Mais cela reste une fiction parfaitement conduite, avec des personnages originaux. Un bon polar, même si le final nous laisse sur un constat plutôt pessimiste.

    Au fer rougeAu fer rougeAu fer rouge

     

     

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  • La ronde des mensonges

    "La ronde des mensonges" de Elizabeth Georges" - Presses de la Cité

    Présentation de l'éditeur :

    Un jeune homme est retrouvé noyé dans le hangar à bateaux d'un château du Lake District. S'agit-il d'une mort accidentelle ? L'oncle de la victime, le richissime industriel Bernard Fairclough, demande que Lynley enquête dans la plus grande discrétion sur ce drame. Les suspects sont nombreux : l'héritier, ex-drogué repenti, ses sœurs, sa femme, une ravissante Argentine dont il est passionnément épris, ainsi que la galerie de personnages hauts en couleur qui les entourent... et qui ont tous un secret à cacher. De rebondissements en fausses pistes, Elizabeth George analyse avec brio les travers de l'âme humaine.

    Première page :

    "C'était la première fois que Zed Benjamin était convoqué dans le bureau de son rédacteur en chef. Ce qu'il éprouvait se situait entre appréhension et euphorie. Une appréhension qui inondait ses aisselles de sueur et une euphorie qui faisait battre son cœur, pour une raison obscure, dans la pulpe de ses pouces. Mais puisqu'il avait décidé d'emblée qu'il était essentiel de considérer Rodney Aronson comme n'importe quel autre confrère de son journal, The Source, il attribua sa transpiration excessive aussi bien que la curieuse pulsation au bout de ses pouces au fait qu'il avait troqué à une date quelque peu prématurée son unique costume d'été contre son unique costume d'hiver. Il se promit de repasser au plus léger dès le lendemain, si tant est que sa mère, voyant qu'il avait procédé à son changement saisonnier, ne l'ait pas déjà déposé chez le teinturier. Ce serait elle tout craché, se dit Zed. Sa maman était tout à la fois serviable et organisée. Un peu trop même à son goût.

    Il regarda autour de lui : les sujets de distraction ne manquaient pas dans le bureau de Rodney Aronson. Pendant que ce dernier lisait son article, il passa en revue les gros titres des vieux exemplaires du tabloïd encadrés au mur. Scabreux et stupides, à l'instar des articles qui flattaient les plus bas instincts de la psyché humaine."

    Ce que j'en pense :

    J'avais choisi un livre d'Elizabeth Georges en me fiant à sa réputation de "grande dame du polar" mais j'ai été assez déçu. Il y a bien un peu d'humour et quelques personnages sont bien décrits et intéressants. Mais c'est trop long (plus de 600 pages) et on finit par s'ennuyer.

    La ronde des mensonges

     

     

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  • Face à la nuit

    "face à la nuit" de Peter Robinson - Le livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    Bill Quinn, officier de police médaillé, est assassiné par un tireur à l’arbalète dans un paisible centre de rééducation. Près de la scène du crime, on découvre des photos compromettantes montrant Quinn avec une superbe jeune fille, vraisemblablement mineure. Était-il victime d'un chantage ? À l’inverse de Joanna Passero de l'Inspection générale de la police, l’inspecteur Alan Banks ne croit pas à une affaire de corruption interne. Et si la mort de Quinn était liée à une enquête menée six ans plus tôt après la disparition d'une jeune Anglaise en Estonie ? La piste va conduire Banks et son équipière jusque dans les sombres dédales du vieux Tallin, où certains n'ont manifestement aucune envie que l'on remue le passé...

    Première page :

    "Les nuits où la douleur la tenait éveillée. Lorraine Jenson se levait au point du jour, quand tout donnait encore à l'intérieur du centre, et allait s'installer dehors dans un fauteuil en osier. Les épaules drapées d'un plaid en tartan qui la protégeait de la fraîcheur matinale, elle écoutait le gazouillis des oiseaux en savourant une lasse d'earl grey brûlant, dont l'arôme, subtil et exquis, s'élevait en volutes odorantes. Là, elle allumait sa première cigarette de la journée - la meilleure de toutes.

    Certains matins, le petit lac artificiel, en contrebas de la pelouse en pente, était couvert d'une brume dont le voile estompait les contours des arbres sur la rive la plus éloignée. D'autres fois, la surface ressemblait à un miroir sombre et lisse qui reproduisait fidèlement chaque détail des branches et des feuillages. En ce beau matin du mois d'avril, les eaux étaient claires, à peine troublées par un vent léger qui faisait trembloter les reflets.

    Sous l'effet des analgésiques. Lorraine sentit la douleur se détacher d'elle comme une peau morte, tandis que le thé et le tabac apaisaient ses nerfs à vif."

    Ce que j'en pense :

    C'est un bon roman policier, assez classique, à l'écriture fluide. Lorsqu'on a lu plusieurs enquêtes de Banks on retrouve avec plaisir certains personnages ainsi que l'univers musical de l'inspecteur. On aurait aimé quand même qu'il y ait un peu plus de rythme.

    Face à la nuit

    Face à la nuit

     

     

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  • Chaos de famille

    "Chaos de famille" de Franz Bartelt - folio policier

    Présentation de l'éditeur :

    Plonque a vraiment tiré le gros lot : sa femme Camina, en plus de refuser de coucher avec lui, a un caractère épouvantable et une famille qui donnerait envie à n’importe qui d’être orphelin ! Mère, frères et sœurs, tous sont dépressifs, bourrés de cachets et sujets aux accidents. Heureusement qu’il y a la voisine, Mme Quillard, qu’il surnomme «Lamoule». Pendant les enterrements, ça occupe les fantasmes…

    Première page :

    "Je grossis. Aujourd'hui, j'ai failli me sentir le courage de tuer Camina. Par surprise. Oh, la bonne ! J'en rêve depuis dix-huit ans. Je l'aurais assommée à coups de chaise, je l'aurais poussée par la fenêtre du premier étage, je lui aurais roulé dessus avec la voiture. Mais je n'ai pas une nature furieuse. Je manque même de cette forme de prétention qui me permettrait d'en vouloir vraiment aux gens que je n'aime pas.

    Je suis un faible. Peut-être un lâche, aussi.

    Un jour, j'ai presque eu envie de me suicider. Le contact de la corde contre mon cou m'a paru désagréable. J'ai renoncé. Je ne suis pas non plus d'un genre à me balancer d'un pont ou d'un quai de gare. Je m'en voudrais, post mortem, de déranger du monde, des gens, de retarder des trains, d'abîmer les aiguilles d'un barrage. Je ne veux pas être à l'origine d'un souci.

    Elle s'appelle donc Camina. Nom déjeune fille : Rachot. Nom de femme : Plonque. Mme Camina Plonque. Ma femme. Je devrais dire « épouse »."

    Ce que j'en pense :

    On retrouve la plume acide de Bartelt, son humour très noir. Il faut accepter ce côté à la fois glauque et hilarant pour pouvoir jouir de ce livre aux personnages grotesques, excessifs et pas sympathiques.

    Chaos de famille

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  • Exit music

     

    "Exit music" de Ian Rankin - Livre de poche policier

    Présentation del'éditeur :

    À une semaine de son départ à la retraite, John Rebus enquête sur le meurtre d’un poète russe dissident. Il met au jour les liens qui unissent Cafferty, l’intouchable caïd d’Édimbourg, des oligarques moscovites qui se pavanent en ville, une députée nationaliste du Parlement écossais et une banque d’affaires. Contre l’avis de sa hiérarchie, l’irréductible inspecteur s’obstine... Va-t-il enfin l’emporter contre le monde des nantis et des corrompus et régler ses comptes avant de partir ?

    Première page :

    "La jeune fille hurla une fois, une seule, mais ce lut suffisant. Quand le couple d'âge mûr arriva au pied de Raeburn Wynd, elle était à genoux sur !e sol, les mains sur le visage, les épaules secouées de sanglots. L'homme examina le corps pendant quelques instants, puis voulut empêcher sa femme de voir, mais elle avait déjà tourné la tête. Il sortit son téléphone et appela police secours. Dix minutes s'écoulèrent jusqu'à l'arrivée de la voiture de police, durant lesquelles la jeune fille tenta de s'en aller ; mais l'homme lui expliqua calmement qu'elle devait rester, en lui frot­tant l'épaule. Sa femme était assise sur la bordure du trottoir malgré la fraîcheur de la soirée. Novembre à Edimbourg : pas assez froid pour qu'il gèle, mais presque. King's Stables Road n'était pas une artère animée. Un sens interdit empêchait les véhicules de l'emprunter comme raccourci entre Grassmarket et Lothian Road. Le soir, elle était souvent déserte, avec seulement un parking à étages d'un côté, Castle Rock et un cimetière de l'autre. L'éclairage était médiocre et les piétons restaient vigilants. Le couple d'âge mûr sortait d'un concert de Noël à St Cuthbert, destiné à collecter de l'argent pour l'hôpital des enfants. La femme avait acheté une couronne de houx…"

    Ce que j'en pense :

    Bonne intrigue, personnages bien campés, environnement social et politique fortement présent (en particulier cette ville écossaise d'Édinbourg) . Ce serait un excellent polar s'il n'y avait cette fin un peu décevante.

    Exit music

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  • L'enfer de Church Street

    "L'enfer de Church Street" de Jake Hinkson - Gallmeister

    traduit de l'américain par Sophie Aslanides

    Présentation de l'éditeur :

    Geoffrey Webb est en train de se faire braquer sur un parking. Et cette situation lui convient bien, il en redemanderait même. À son agresseur, il propose un marché : empocher les trois mille dollars qui se trouvent dans son portefeuille, le dépouiller de tout s'il le faut, en échange de cinq heures de voiture jusqu'à Little Rock, en Arkansas. Webb a besoin de se confesser. Ce braquage et ce pistolet pointé sur lui, il les mérite. Et il est prêt à expliquer pourquoi.

    Première page :

    "JE travaillais depuis trois semaines dans une usine de plastiques dans le Mississippi lorsque le contremaître – un bouseux à la dentition en décapsuleur du nom de Cyrus Broadway – commit l’erreur de me traiter de connard feignant. Alors bon, je suis peut-être feignant, mais je suis aussi méchant comme une teigne. J’ai fréquenté des prisons et des cellules de dégrisement partout dans ce pays, depuis les cachots poussiéreux à la frontière du désert Mojave jusqu’aux cabanes humides sur une île au large de la côte du Maine. Et personne ne peut m’insulter impunément, même si, pour ce gars-là, ce n’est qu’une plaisanterie. Le temps qu’on me sépare de Cyrus Broadway, je lui avais tellement écrasé la gueule qu’elle n’était plus que de la chair à saucisse. Ses grandes dents de cheval étaient dispersées sur le sol de l’atelier, à côté de lui.

    Je ne me suis pas donné la peine d’attendre les flics du Mississippi pour leur raconter. Je suis parti le soir même. J’ai traversé la Louisiane en catimini, je me suis infiltré au Texas, et j’ai fini par me retrouver à traîner autour d’une station Texaco à la sortie de Sallisaw, dans l’Oklahoma. J’essayais de me faire discret, mais après deux jours sans manger, je décidai de chercher quelqu’un à braquer. Je repérai deux femmes, mais braquer des femmes, ça rapporte souvent plus d’ennuis que de fric. Les flics réagissent plus vite quand la victime est une femme …"

    Ce que j'en pense :

    C'est un bon roman noir avec beaucoup d'ironie sur la religion et l'hypocrisie. L'auteur nous plonge dans l'horreur sans jugement moral, avec une écriture presque plate, sans exagération. En lisant le début  on s'attend à quelque chose d'encore un peu plus fort. Même si on éprouve une toute petite déception en refermant le livre je considère que ce roman, plutôt grinçant, est vraiment plaisant.

    L'enfer de Church Street

    L'enfer de Church StreetL'enfer de Church Street

     

     

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  • Aux animaux la guerre

    "Aux animaux la guerre" de Nicolas Mathieu - Actes sud (actes noirs)

    Présentation de l'éditeur :

    Une usine qui ferme dans les Vosges, tout le monde s'en fout. Une centaine de types qui se retrouvent sur le carreau, chômage, RSA, le petit dernier qui n'ira pas en colo cet été, un ou deux reportages au 19/20 régional et puis basta. Sauf que les usines sont pleines de types dangereux qui n'ont plus rien à perdre. Comme Martel, le syndicaliste qui planque ses tatouages, ou Bruce, le bodybuilder sous stéroïdes. Des types qui ont du temps et la mauvaise idée de kidnapper une fille sur les trottoirs de Strasbourg pour la revendre à deux caïds qui font la pluie et le beau temps entre Epinal et Nancy. Une fille, un Colt 45, la neige, à partir de là, tout s'enchaîne. Aux animaux la guerre, c'est le roman noir du déclassement, des petits Blancs qui savent désormais que leurs mômes ne feront pas mieux et qui vomissent d'un même mouvement les patrons, les Arabes, les riches, les assistés, la terre entière. C'est l'histoire d'un monde qui finit. Avec une fille, un Colt .45, la neige.

    Première page :

    "Cet automne-là, on tuait en plein jour. En pleine rue. En toute bonne foi.

    Le centre d'Oran était tout barbouillé de slogans. Trois lettres majuscules résonnaient sur les murs jaunis, suscitant l'espoir ou bien la peur, selon qu'on voulait rester ou les voir partir. Comme si la guerre faisait de la réclame.

    Le fond de l'air était chargé d'une perpétuelle odeur de bois brûlé. Les jeunes filles ne se promenaient plus, bras dessus bras dessous, affriolantes et farouches sur les boulevards ascendants. Les beaux bruns en mocassins avaient rangé leurs sourires. Ils lisaient les journaux et affichaient des mines butées aux terrasses des cafés.

    Dans les quartiers européens, on dormait mal et la chaleur n'avait rien à y voir. Sous les oreillers, des pères inquiets planquaient des revolvers d'avant-guerre. Les grands-mères mêmes, hagardes et venimeuses, se préparaient à tuer ou mourir.

    Oran était une monstrueuse pièce montée, un imbroglio de monuments pompeux et de rues étroites où la peur et la haine coulaient comme des oueds au printemps.

    Quand tombait le soir, on s'attardait encore sur les places, à l'ombre des figuiers, pour jouer aux cartes ou boire une anisette en bavardant. Mais déjà, plus personne ne croyait à cette douceur de vivre. Les hommes avaient perdu le rythme. Leur ton était bas, leurs gestes plus mesurés. Ils passaient sur leurs nuques des mouchoirs brûlants, s'épongeaient avec lassitude. La blancheur n'existait plus. Les draps, les chemises, les jupons avaient un air continuellement malpropre…"

    Ce que j'en pense :

    L'intrigue est maîtrisée, les personnages (nombreux) sont bien campés, l'environnement social et la région des Vosges sont présents… C'est donc un bon premier roman. Évidemment il reste à l'auteur quelques petites marches à franchir avant d'arriver au niveau de Pierre Pelot, Vosgien lui aussi. On attend donc confirmation dans un second roman.

    Aux animaux la guerre

    Aux animaux la guerre

     

     

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  • Terminus Belz

    "Terminus Belz" de Emmanuel Grand - Liana Levi

    Présentation de l'éditeur :

    Il s’appelle Marko Voronine. Il est en danger. La mafia le poursuit. Il croit trouver refuge sur Belz, une petite île bretonne au large de Lorient coupée de tout sauf du vent. Mais quand le jeune Ukrainien débarque du ferry, l’accueil est plutôt rude. Le métier du grand large en a pris un coup, l’embauche est rare sur les chalutiers et les marins rechignent à céder la place à un étranger. Et puis de curieuses histoires agitent en secret ce port de carte postale que les locaux appellent «l’île des fous». Les hommes d’ici redoutent par-dessus tout les signes de l’Ankou, l’ange de la mort, et pour Marko, les vieilles légendes peuvent se montrer aussi redoutables que les flingues de quelques tueurs roumains.

    Tricotant avec brio un huis clos inquiétant et une course-poursuite haletante, Emmanuel Grand mène son thriller d’est en ouest à un train d’enfer.

    Première page :

    "Son corps transi était plaqué au sol. Immobile. Recroquevillé pour mieux lutter contre le froid qui enserrait ses membres et paralysait ses articulations. Un froid intense qui l'avait ramené à la conscience. Il avait senti une étoffe rugueuse sur sa peau nue. Ses pieds avaient durci dans ses bottes en caoutchouc. Il avait tenté de se retourner, de se débattre, mais ses bras, ses jambes ne répondaient plus. Son cerveau envoyait les ordres, niais à l'autre bout les petits muscles exécutants avaient déserté. Il n'était plus qu'une masse inerte et pétrifiée.

    L'engourdissement l'aurait bientôt englouti si une douleur pénible ne s'était rappelée à lui. Une migraine lancinante qui, à mesure qu'il reprenait conscience, devenait de plus en plus insupportable, comme si une boule de billard rebondissait à toute allure contre les parois de sa boîte crânienne. Sa tête pesait une tonne et lui faisait un mal de chien. Le sang, sous ses tempes, tapait comme un torrent de montagne et des centaines de micro-décharges électriques convergeaient vers son front pour s'évanouir brutalement dans une sorte de trou noir. Il ne sentait plus son visage, son nez, ses joues. Il passa sa langue sur ses lèvres et rencontra une croûte. Il chercha à remonter vers ses narines. Un filet de liquide tiède s'en écoulait. Il avait le goût tout à la fois inquiétant et rassurant de son propre sang, mêlé à nue écœurante odeur de pétrole brûlé. En remuant la langue, il avait senti un corps étranger, petit et pointu. Tout d'abord il pensa avoir perdu un morceau de dent, mais c'était trop mou.

    II se souvint du souffle, de cette douleur atroce sur son front. Du craquement. Son corps qui glissait sur le sol. Puis le noir."

    Ce que j'en pense :

    Le début est très prometteur. Le sujet est original ; le huis clos dans cette ile bretonne (un condensé de Groix, de Ouessant…) avec ce monde de la pêche, est intéressant, les légendes bretonnes apportent un côté fantastique et inquiétant à l'intrigue… et puis cela ne tient pas sur la longueur. Ce qui était plaisant au départ devient plus lourd au fil des pages.

    Terminus Belz

     

     

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  • Du sang sur Abbey Road

    "Du sang sur Abbey Road" de William Shaw - Les escales noires

    Présentation del'éditeur :

    Londres, 1968, quartier d'Abbey Road. Le corps nu d'une jeune femme est retrouvé sous un matelas. En charge de l'enquête, le détective Cathal Breen pense à une des fans des Beatles qui campent près du célèbre studio. Après avoir terni sa réputation par un inexplicable acte de lâcheté, Breen sait que cette affaire est son unique chance de sauver sa carrière. Mais ce vieux garçon, encore sous le choc de la mort de son père, va devoir faire face à une société en pleine mutation qui le dépasse. Et personne n'incarne mieux cette nouvelle réalité que la jeune inspectrice chargée de l'assister. Le duo improbable est loin d'imaginer que, dans le swinging London où sexe, drogue et pop music échauffent les esprits, il va se retrouver plongé dans un cocktail explosif de corruption, de tensions raciales et de trafic d'armes...

    Première page :

    "- Pourquoi n'y es-tu pas allé quand je te l'ai dit, avant de quitter la maison ?
    La question est adressée à un petit garçon en culotte courte et en colère. Nounou, les cheveux fous dans le vent d'octobre, conduit l'immense poussette Silver Cross de la main droite et traîne le garçon de la gauche. Bébé a abandonné Ninou, son éléphant en peluche, et pleurniche sous la couverture jaune. Ils reviennent du parc. Aucune autre nounou n'y était. Il faisait trop froid, mais la mère des enfants tient à ce qu'ils sortent tous les matins avant la collation de 11 heures. Maman croit aux bienfaits du grand air et de l'exercice, bien qu'elle-même préfère rester chez elle à fumer ses Park Drived et à parler pendant des heures au téléphone comme si ça ne coûtait rien, ou à jouer au solitaire.
    - Je te l'avais bien dit, non ?
    Nounou se débat pour avancer, façon crabe, les deux bras tendus, l'un poussant, l'autre tirant.
    - Non ?
    Elle porte la cape bleu marine qu'elle déteste. Des mocassins de grand-mère, noirs à pompons. Maquillage interdit. Jupes sous le genou. Et Papa a les mains baladeuses.
    Le garçon possède déjà l'assurance de celui qui sait que Nounou n'est qu'une employée rémunérée - trois livres dix par semaine, pension comprise - et peut donc être traitée comme telle."

    Ce que j'en pense :

    Excellent roman. L'atmosphère de l'année 1968 est très bien rendue, avec le Biafra, les Beatles, le Vietnam… le sexisme, le racisme ordinaire… L'auteur a su éviter les clichés sur cette époque.

    Les personnages sont admirablement bien campés et c'est magnifiquement écrit (et traduit) avec ce qu'il faut d'humour, de tendresse, de rythme. On attend la suite de la trilogie annoncée.

    Du sang sur Abbey Road

    Du sang sur Abbey RoadDu sang sur Abbey Road

     

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  • fantôme

    "Fantôme" de Jo Nesbo - folio policier

    Présentation de l'éditeur :

    Harry Hole avait choisi de fuir la Norvège et ses échecs. Aujourd’hui il doit revenir à Oslo pour enquêter sur le meurtre d’un dealer dont l'assassin ne serait autre qu’Oleg, son fils adoptif. Ses investigations le conduisent dans les bas-fonds d’une ville ravagée par la fioline, une nouvelle drogue terriblement addictive. La police et le pouvoir politique semblent indifférents au problème. Ne pouvant compter que sur lui-même pour se battre contre un système corrompu, Harry doit également affronter ses ennemis intimes : ses propres fantômes…

    Première page :

    "Les cris l'appelaient. Telles des lances sonores, ils transperçaient tous les autres bruits du soir dans le centre d'Oslo, le ronronnement régulier de la circulation sous les fenêtres, la sirène lointaine qui montait et descendait, les cloches de l'église qui venaient de se mettre à sonner. C'était maintenant, à la tombée de la nuit, et éventuellement juste avant le lever du soleil, qu'elle partait en quête de nourriture. Elle promena son nez sur le linoléum crasseux de la cuisine. Enregistra et classa à toute vitesse les odeurs en trois catégories : comestibles, menaçantes ou sans intérêt pour la survie. Le parfum acre de la cendre de tabac. Le goût doucereux et sucré du sang sur un coton. L'exhalaison amère de la bière dans une capsule de Ringnes. Des molécules de soufre, de salpêtre et de dioxyde de carbone s'élevaient d'une douille métallique vide adaptée à une balle de 9 x 18 mm, appelée aussi Makarov, d'après le pistolet pour lequel le calibre avait été conçu. La fumée d'un mégot encore chaud à filtre jaune et papier noir frappé de l'aigle impérial russe. Le tabac était comestible. Et là : des effluves d'alcool, de cuir, de graisse et d'asphalte. Une chaussure."

    Ce que j'en pense :

    L'intrigue est bien conduite (bien qu'un peu longue), la description sans complaisance de la société scandinave est toujours sans complaisance… mais tout cela parait un peu poussif, les rebondissements qui permettent à l'inspecteur de s'en sortir sont de plus en plus invraisemblables… Bref, ce n'est pas le meilleur des Nesbo.

    fantôme

     

     

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