• Samedi 14

    "Samedi 14" de Jean-Bernard Pouy - éditions la branche (pocket)

    Présentation de l'éditeur :

    Maxime s'était rangé des voitures et retiré à la campagne, pour cultiver son bout de jardin, et faire pousser quelques légumes et autres plantes moins légales mais tout aussi utiles. Bref, pour se la couler douce après une dure vie de labeur. Et voilà que, sous prétexte que les Kowa, ses gentils petits vieux de voisins, sont les parents du nouveau ministre de l'Intérieur, les CRS viennent lui chatouiller les orteils et piétiner son potager. Mais on ne réveille pas impunément un ancien terroriste à la retraite ! Surtout un vendredi 13

    Première page :

    "Ce putain de lumbago.
    Au réveil, faut déplier la carcasse avec précaution, en espérant que ça ne couine pas trop, en guettant les coups de poignard dans le bas du dos, et il faut mettre en pratique toute une stratégie ergonomique pour enfiler les chaussettes. Mais on tient le choc, car on pense au café brûlant qui va suivre, au long moment pendant lequel on va l'aspirer, les lèvres en cul de dinde, le regard perdu en direction de la petite fenêtre de bois bleu, vers les noisetiers immobiles, les bourdons bedonnants, coincés dans les fleurs de balsamine, et les roses trémières avec les merles qui cavalent dessous.
    Une journée se profile alors, une journée de plus. Hier, c'était soi-disant un jour béni. Mais rien n'est venu troubler ma verte retraite, en bien ou en mal, chance ou malchance, ça fait quatre ans maintenant que les jours ressemblent aux jours, que j'ai quitté la noirceur de ma vie d'avant. Je ne regrette rien car je l'ai bien mérité, ce repos de l'âme. C'est une décision intime. Un jour, le couvercle de la marmite a sauté. A peine cinquante balais, une petite bicoque prêtée par un pote définitivement parti pour les Iles se dorer la couenne et le RSA qui tombe aussi régulièrement que la pluie…"

    Ce que j'en pense :

    Du très bon Pouy ! Une belle intrigue (avec de belles références à Raymond Queneau), prenante; de l'humour, comme toujours chez Pouy. Pour moi Pouy est bien l'un des meilleurs auteurs français de roman noir.

    Samedi 14

    Samedi 14

    Samedi 14

     

     

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  • Funérarium

    "Funérarium" de Brigitte Aubert
    Seuil

    Présentation de l'éditeur :

    Fils d'une " hôtesse " violée par des Marines en virée dans le port de Cannes, Léonard " Chib " Moreno exerce le métier de thanatopracteur. Heureusement pour sa santé mentale, son meilleur ami, Gregory, dit " le nanti ", l'emmène souvent en boîte pour le distraire. Tout se passe bien jusqu'au jour où une certaine Blanche Andrieu lui demande d'embaumer sa petite fille morte, Elilou, qu'elle a l'intention d'exposer dans sa chapelle privée. Très réticent, Léonard finit par accepter, mais s'aperçoit en faisant son travail que la petite a été sans doute victime de sévices. Intrigué, il commence à poser des questions et, séduit par cette femme assez déséquilibrée, entame une enquête où l'horreur et l'incompréhension d'un milieu auquel il est étranger sont constamment au rendez-vous.

    Première page :

    "Entièrement nu, bras et jambes écartés, le vieil homme était sanglé sur l'étal carrelé de blanc, souillé de sang et de matières. Ses rares cheveux gris avaient été soigneusement coiffés en arrière, dégageant son visage creusé aux traits anguleux. Sa bouche distendue révélait un bridge impeccable.

    Ses yeux reposaient à côté de lui dans un bol en inox, boules bleues et gluantes.

    Léonard « Chib » Moreno retira ses gants en plastique extra-fin tout tachés, les roula en boule et les jeta dans la poubelle d'où débordaient des tampons d'ouate imbibés de sanies. Il enfila une paire de gants neufs et tendit la main vers la collection d'instruments chirurgicaux étincelants accrochés au mur, à côté de la paillasse encombrée de fioles, de pots scellés à la cire, de seringues et de tubes. Il choisit un scalpel, le fit sauter dans sa main brune en chantonnant Hisjelly Roll is Nice and Hot.

    Puis, sans cesser de chantonner, il saisit le pénis flasque entre les jambes poilues et blanches du vieillard et le trancha net. Il déposa le morceau de chair sanguinolent dans la cuvette en émail prévue à cet effet.

    Le bourdonnement du climatiseur évoquait un essaim de mouches. Il devait faire beau dehors. Beau et chaud. Brise légère dans les palmiers. Mer piquetée de blanc. Matelas pneumatiques. Martinis on thé rocks. Corps vautrés dans le sable. Mais ici il faisait froid, un froid à l'odeur de formol et de sang. Il fit glisser le curseur du climatiseur vers la position « max. » avant d'enfiler son gilet en Gore-tex sans manches."

    Ce que j'en pense :

    Un sujet intéressant, une intrigue qui tient en haleine, même si cela parait parfois un peu "club des 5". C'est plutôt bien écrit (malgré cette vilaine manie de citer des marques à chaque instant), avec de l'humour mais le final est assez décevant.

    Funérarium

     

     

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  • L'enfant aux cailloux

    "L'enfant aux cailloux" de Sophie Loubière
    Pocket

    Présentation de l'éditeur :

    Elsa Préau est une retraitée bien ordinaire. De ces vieilles dames trop seules et qui s'ennuient tellement - surtout le dimanche - qu'elles finissent par observer ce qui se passe chez leurs voisins. Elsa, justement, connaît tout des habitudes de la famille qui vient de s'installer à côté de chez elle. Et très vite, elle est persuadée que quelque chose ne va pas. Les deux enfants ont beau être en parfaite santé, un autre petit garçon apparaît de temps en temps - triste, maigre, visiblement maltraité. Un enfant qui semble l'appeler à l'aide. Un enfant qui lui en rappelle un autre... Armée de son courage et de ses certitudes, Elsa n'a plus qu'une obsession : aider ce petit garçon qui n'apparaît ni dans le registre de l'école, ni dans le livret de famille des voisins. Mais que peut-elle contre les services sociaux et la police qui lui affirment que cet enfant n'existe pas ?

    Première page :

    "Le jeu du vent et du soleil amusait les rideaux. Depuis sa chaise, le petit garçon eut un sourire. Il lui semblait qu'un être invisible, sensible aux caresses de ce dimanche d'été, jouait à cache-cache derrière le tissu en jacquard. Les yeux clos, l'enfant aurait juré entendre des gloussements de plaisir sous le motif de médaillon.

    — Gérard !

    Dos droit, les paumes de chaque côté de l'assiette, le garçonnet détourna le regard de la fenêtre donnant sur le jardin. Des bouquets de glaïeuls, de lis et de dahlias distillaient un parfum exaltant. Leurs couleurs éblouissantes formaient des taches de lumière dans la pénombre de la pièce. Les petits pois roulaient dans la sauce du poulet, balayés par les lames des couteaux, indifférents à la conversation de ce déjeuner.

    Gérard reprit sa mastication, nez en l'air, martelant les pieds de sa chaise à coups de talon. Il ne s'intéressait guère aux sujets abordés par son oncle, ses parents et grands-parents : il était question de revendications salariales…"

    Ce que j'en pense :

    Le personnage principal de la grand-mère est superbement décrit : parfois agaçante, souvent désarmante, toujours à la fois étrange, naïve et attachante… C'est bien elle qui "conduit" ce roman, très bien écrit, avec une intrigue originale.

    L'enfant aux cailloux

    L'enfant aux cailloux

    L'enfant aux cailloux

     

     

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  • L'étoile du diable

    "L'étoile du diable" de Jo Nesbo
    traduction Alex Fouillet - foliio policier

    Présentation de l'éditeur :

    " L'index gauche de Camilla Loen avait été sectionné. Et sous une paupière, on avait trouvé un diamant rouge en forme d'étoile à cinq branches. " Ce crime n'est que le premier d'une étrange série débutée lors d'un été caniculaire sur Oslo. La presse à sensation peut annoncer en une et sans mentir que " Le voisin a goûté le sang " de la morte. Intuitif, acharné, rongé par le désespoir et confronté à des éléments corrompus de ses propres services, Harry Hole s'empare de l'enquête. Le modus operandi est toujours le même : l'ablation de l'un des doigts des victimes et la présence à proximité des corps mutilés d'un diamant en forme de pentagramme, symbole occulte plus connu sous le nom d'" étoile du diable ". La police doit se rendre à l'évidence : un serial killer opère dans les rues de la capitale norvégienne et, si le signe est celui du démon, le diable est rarement celui auquel on pense...

    Première page :

    "L'immeuble avait été construit en 1898 sur un terrain argileux qui s'était insensiblement affaissé vers l'ouest, de sorte que l'eau passa le seuil du côté où la porte était gondée, plus à l'ouest. Elle coula sur le sol de la chambre à coucher en tirant un trait mouillé sur le parquet de chêne, toujours vers l'ouest. Le flux s'arrêta un instant dans un renfoncement du parquet avant que davantage d'eau n'arrive de derrière, avant de filer comme un rat inquiet jusqu'au mur. L'eau s'étala alors dans les deux sens, cherchant et reniflant presque sous la plinthe jusqu'à trouver un interstice entre le bout des lattes et le mur. Dans cet interstice se trouvait une pièce de cinq couronnes frappée du profil de saint Olaf et marquée de l'année 1987, un an avant que la pièce ne tombe de la poche du menuisier. Mais c'était alors une période de vaches grasses, il y avait beaucoup d'appartements sous les toits à remettre rapidement en état, et le menuisier ne s'était pas donné la peine d'essayer de la retrouver.

    L'eau ne mit pas longtemps à trouver un chemin à travers le sol sous le parquet."

    Ce que j'en pense :

    Très bonne intrigue, personnages complexes, bien décrits, du suspense… une belle écriture. Encore un bon polar de Jo Nesbo.

    L'étoile du diable

    L'étoile du diable

     

     

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  • Mort sur la route

    "Mort sur la route" par David Le Breton
    éditions Métailié

    Présentation de l'éditeur :

    Il est difficile de se construire à seize ans, on en meurt parfois. Laure et Olivier sont partis sur la route, en stop, pour échapper à la violence de leur vie familiale, ils ont fui l'enfer. Max les a suivis mais lui, ses parents l'aiment, ce sont juste des parents ordinaires, une vie ordinaire. Jetés dans un monde ennemi, ils connaissent la misère des squats, la saleté, la promiscuité, et parfois ils rencontrent l'horreur, l'indicible.
    Ana, elle, a fui la misère des Balkans. Thomas est un peu cassé par ses missions sur les théâtres de guerre, le hasard va le projeter violemment dans cet univers adolescent où la douleur permet de fuir la souffrance. Il découvre que des jeunes disparaissent, que des prédateurs sont à l'affût, et mène en solitaire une enquête dangereuse, dans cette ville de Strasbourg si belle et si cruelle.
    David Le Breton écrit ici un roman noir passionnant et très documenté sur la douleur de grandir dans un monde hostile. 

    Première page :

    "Ils marchaient le long de la nationale, frigorifiés, se retournant et levant parfois le pouce quand une voiture s'approchait. Manifestement, personne ne souhaitait s'embarrasser de trois jeunes avec leurs sacs à dos. Ils cheminaient depuis des heures. Ils étaient partis en fin d'après-midi de Saint-Chély après avoir tenté de prendre le train, mais le chef de gare avait menacé d'appeler la police. Il les savait sans billets et tenait les squatters en horreur.
    Ils allaient non loin de là, à une trentaine de kilomètres, à Marvejols. On était en février, il faisait froid mais quand ils s'étaient mis en marche le soleil de la fin de l'après midi rendait la température encore supportable. Peu à peu avec la tombée du soir le froid ne cessa d'augmenter. Ils étaient trop loin de la ville pour revenir, trop loin aussi de leur but. Pris au piège, ils continuèrent à avancer. Ensuite la neige fit son apparition. De petits flocons tout d'abord, et puis la tempête rendit leur progression difficile. Le vent cinglait leurs visages. La neige les transforma peu à peu en choses informes sur le bord de la nationale.
    Max, dix-sept ans, était sur les routes depuis quelques heures seulement. Son père, médecin, n'était jamais là. Sa mère enseignait la physique dans une université à une centaine de kilomètres de leur maison. Pour ses parents il était une sorte de Martien. Ils lui donnaient le vivre et le couvert, l'associaient aux fêtes de famille les rares fois où il y en avait. Le reste du temps il disposait de la clé de la maison et du frigidaire pour se débrouiller. Il ne manquait de rien, comme lui avait dit une fois sa mère qui lui trouvait l'air un peu triste et le rabrouait à ce propos.
    - On t'a toujours tout donné."

    Ce que j'en pense :

    Le sujet est intéressant. C'est assez bien construit. L'auteur (universitaire et scientifique reconnu) semble bien connaître l'univers des squats. Mais cela ne suffit pas pour faire un bon polar. Le lecteur ne "rentre" pas vraiment dans cette histoire.

    Mort sur la route

     

     

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  • Guide de survie en milieu hostile

    "Guide de survie en milieu hostile" de Shane Kuhn
    traductionKarine Lalechère - éditions Sonatine

    Présentation de l'éditeur :

    Le stagiaire se caractérise par son insignifiance. On lui demande d’être corvéable à merci, mais pour le reste personne ne lui prête attention. Passant facilement inaperçu, le stagiaire est ainsi un parfait assassin en puissance. C’est la raison pour laquelle, depuis une dizaine d’années, John Iago enchaîne les stages en entreprise afin d’éliminer les cibles qu’on lui assigne : quelle meilleure couverture, en effet, pour un tueur à gage ? Ainsi vient-il tout juste de rejoindre l’un des plus grands cabinets d’avocats new-yorkais avec pour mission d’assassiner un des associés.
    À ses heures perdues, John a décidé d’écrire un Guide de survie à l'intention des jeunes stagiaires, illustré d’exemples tirés de sa propre expérience. Ce qui lui permet de donner quelques précieux conseils aux nouvelles recrues de Human Resources, Inc, la mystérieuse organisation qui l’emploie, spécialisée dans l’entraînement et le placement des « stagiaires ». 
    Le problème, c’est que John n’est plus au top de sa forme. À chacun des trente-quatre meurtres qu’il a commis, quelque chose est mort en lui. Et, alors que l’heure de se retirer du jeu a sonné, la mission qu’on lui a confiée va s’avérer la plus dangereuse et la plus inattendue de toutes.

    Entre American Psycho et Un employé modèleGuide de survie en milieu hostile nous fait pénétrer dans l’esprit d’un tueur particulièrement attachant qui, à son grand désespoir, devient de plus en plus humain à mesure que ses chances de survie diminuent. À la fois drôle, cruel et grinçant, ce premier roman impose d’emblée Shane Kuhn comme l’un des auteurs de thriller les plus inventifs de la scène littéraire.

    Extrait :

    "Si tu lis ces mots, c’est que tu es un nouvel employé de RH Inc. Félicitations. Et condoléances. Le moins que l’on puisse dire est que tu te lances dans une carrière que tu ne pourras jamais qualifier d’ennuyeuse. Tu visiteras des lieux intéressants. Tu rencontreras des personnages hors du commun et stimulants, venant de tous les horizons. Et tu les assassineras. Tu gagneras beaucoup d’argent, mais cela ne signifiera plus rien pour toi une fois ta première mission accomplie. Tuer, c’est facile au cinéma. Dans la vraie vie, c’est la profession la plus pénible, la plus stressante et la plus solitaire qui soit. Désormais, chaque fois que tu entendras quelqu’un se plaindre de son travail, il te faudra faire un effort surhumain pour ne pas lui rire au nez. Tout le monde n’est pas taillé pour ce job. Toi et tes condisciples ne tarderez pas à l’apprendre à vos dépens, car vous serez presque tous morts avant la fin du mois. Et il ne s’agit que de la phase de formation.

    Tu hésites ? C’est une réaction naturelle. S’il y a une chose qui doit faire hésiter, c’est bien l’idée de tuer pour gagner sa vie. Et au cas où tu te demanderais si parfois tu seras écœuré et découragé, si tu auras constamment la peur au ventre et si tu songeras même à mettre fin à tes jours, je n’ai qu’une réponse à te donner : oui. Tous tes pires cauchemars vont se réaliser, et à un point que tu n’imagines même pas. Soit tu surmonteras l’épreuve, soit tu finiras par te faire sauter le caisson. D’une manière ou d’une autre, après, tu seras tranquille."

    Ce que j'en pense :

    C'est excessif, drôle, grinçant, parfois assez subversif ; il y a des cadavres, du sang, du suspens, des rebondissements ; il y a beaucoup de références cinématographique … Polar très original, belle découverte des éditions Sonatine.

    Guide de survie en milieu hostile

    Guide de survie en milieu hostile

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  • Les impliqués

    "Les impliqués" de Zygmunt Miloszewski
    traduction Kamil Barbarski - Mirobole éditions

    Présentation de l'éditeur :

    Un dimanche matin, au milieu d’une session de thérapie collective organisée dans un ancien monastère de Varsovie, l’un des participants est retrouvé mort, une broche à rôtir plantée dans l’œil. L’affaire est prise en main par le procureur Teodore Szacki. Las de la routine bureaucratique et de son mariage sans relief, Szacki ne sait même plus si son quotidien l’épuise ou l’ennuie.  Il veut du changement, et cette affaire dépassera ses espérances. 

    Cette méthode de la constellation familiale, par exemple, une psychothérapie peu conventionnelle basée sur les mises en scène… Son pouvoir semble effrayant. L’un des participants à cette session se serait-il laissé absorber par son rôle au point de commettre un meurtre ? Ou faut-il chercher plus loin, avant même la chute du communisme? 

    Première page :

    "« Permettez-moi de vous raconter une histoire, commença l’homme  assis dans la crypte. Il y a fort longtemps, dans un petit village de province, vivait paisiblement un menuisier. Les habitants du village n’étaient pas très riches et ne pouvaient s’offrir de nouvelles tables ou de nouvelles chaises, si bien que le menuisier restait pauvre lui aussi. Il réussissait difficilement à joindre les deux bouts et plus il vieillissait, moins il pensait pouvoir changer le cours de son destin. Pourtant, ayant une fille d’une grande beauté, il l’espérait de tout cœur et rêvait pour elle d’une vie bien meilleure que celle qu’il avait menée lui-même. En une splendide journée d’été, un riche seigneur vint lui rendre visite et lui dit : “Maître menuisier, je recevrai bientôt mon frère que je n’ai pas vu depuis des années. Je voudrais l’accueillir avec un présent grandiose, mais puisqu’il vient d’un pays où l’or, l’argent et les pierres précieuses coulent à flots, j’ai décidé de lui offrir un écrin en bois d’une élégance enchanteresse. Si tu parviens à le confectionner avant le dimanche qui suivra la prochaine pleine lune, alors ta fortune sera faite.” Bien évidemment, le menuisier accepta et se mit à l’ouvrage. Il s’agissait d’une tâche particulièrement fastidieuse et difficile, parce que l’artisan voulait réunir plusieurs essences de bois précieux et incruster le coffret de minuscules motifs représentant des créatures mythologiques. Il cessa de s’alimenter, chassa le sommeil, travailla sans relâche nuit et jour. Pendant ce temps, la nouvelle de l’étrange visite du riche seigneur s’était répandue à travers le village. Les habitants appréciaient leur modeste menuisier et celui-ci recevait chaque jour la visite de voisins venus lui donner du cœur à l’ouvrage."

    Ce que j'en pense :

    Découverte d'un jeune auteur polonais et d'une Varsovie moderne où la crise économique est bien présente et où les tourments de l'histoire récente n'ont pas complètement disparus. Le personnage principal du procureur est attachant. L'intrigue est assez bien menée même s'il y a quelques longueurs.

    Les impliqués

    Les impliqués

     

     

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  • Une histoire d'amour radioactive

    "Une histoire d'amour radioactive" de Antoine Chainas
    folio policier

    Présentation de l'éditeur :

    Le capitaine Javier et Plancher, son lieutenant, vivent une histoire d'amour passionnée et secrète. Parce que Javier ne croit pas aux coïncidences, les deux amants décident d'enquêter sur une étrange vague de suicides : toutes les victimes avaient un cancer en phase terminale. 

    DRH est cadre dans une grosse boîte, il travaille sans cesse, licencie à tour de bras sans se poser de question et ne voit jamais sa famille. Jusqu'au jour où il croise Veronika, une photographe belle comme la mort...

    Première page :

    "Les toilettes sont excessivement propres. DRH, de La Boîte, se tient devant l’urinoir, les jambes légèrement fléchies, la verge pointée dans la direction adéquate.

    Au moment où l’autre fait irruption, DRH l’observe par l’intermédiaire de l’immense miroir mural qui s’arrête, comme de juste, au niveau de la ceinture.

    Un autre cadre. Bimotel Corporate, ou Agenciel et Associés, quelque chose comme ça.

    Optimisation des coûts oblige, ils sont tellement, dans cet immeuble, qu’il est parfois difficile de s’y retrouver.

    — Ça va ? s’enquiert DRH d’un ton neutre.

    — Ouais, mon pote, impec, réplique l’autre en ouvrant sa braguette. Je te raconte pas la valdingue. J’ai explosé tous les objectifs.

    — Vrai ?

    — Ouais. La crise, mec, la crise. J’ai jamais rien vu de plus beau. 70 000 suppressions annoncées dans la journée. Je te jure, c’est dément."

    Ce que j'en pense :

    La critique de la société (du monde de l'entreprise en particulier) est plutôt juste. Le style direct, précis souvent glauque et morbide. Mais, malheureusement, on a l'impression que l'auteur en rajoute parfois dans l'excès et l'histoire d'amour entre les deux policiers n'est pas loin d'être ridicule… Pour moi, Antoine Chainas, malgré ce que pense la critique "parisienne", n'est pas encore un "grand" du polar.

    Une histoire d'amour radioactive

     

     

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  • Travail soigné

    "Travail soigné" de Pierre Lemaitre
    Livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    Dès le premier meurtre, épouvantable et déroutant, Camille Verhoeven comprend que cette affaire ne ressemblera à aucune autre. Et il a raison. D’autres crimes se révèlent, horribles, gratuits… La presse, le juge, le préfet se déchaînent bientôt contre la « méthode Verhoeven ». Policier atypique, le commandant Verhoeven ne craint pas les affaires hors normes mais celle-ci va le placer totalement seul face à un assassin qui semble avoir tout prévu. Jusque dans le moindre détail. Jusqu’à la vie même de Camille qui n’échappera pas au spectacle terrible que le tueur a pris tant de soin à organiser, dans les règles de l’art…

    Première page :

    "— Alice... dit-il en regardant ce que n'importe qui, sauf lui, aurait appelé une jeune fille.

     Il avait prononcé son prénom pour lui faire un signe de connivence mais sans parvenir à créer chez elle la moindre faille. Il baissa les yeux vers les notes jetées au fil de la plume par Armand au cours du premier interrogatoire : Alice Vandenbosch, 24 ans. Il tenta d'imaginer à quoi pouvait normalement ressembler une Alice Vandenbosch de 24 ans. Ça devait être une fille jeune, au visage long, aux cheveux châtain clair, avec un regard droit. Il leva les yeux et ce qu'il vit lui sembla parfaitement improbable. Cette fille ne se ressemblait pas à elle-même : des cheveux, autrefois blonds, pla­qués sur le crâne, avec de longues racines sombres, une blancheur de malaise, un large hématome violacé sur la pommette gauche, un mince filet de sang séché au coin de la lèvre... et pour les yeux, hagards et fuyants, plus rien d'humain que la peur, une terrible peur qui lui provoquait encore des frissons comme si elle était sortie sans manteau un jour de neige. Elle tenait son gobelet de café à deux mains, comme la rescapée d'un naufrage."

    Ce que j'en pense :

    Je suis "rentré" dans Lemaitre par "Au revoir là-haut". J'ai lu sa trilogie "Verhoeven" dans le désordre, en terminant par le premier de la série (ce qui n'est pas conseillé). L'intrigue est bien ficelée. Faire références aux classiques de la littérature policière est intéressant. C'est donc un livre qui se lit bien, avec quand même des scènes très violentes, mais, comme pour les autres livres de  la trilogie, certains personnages paraissent un peu "fabriqués".

    Travail soigné

     

     

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  • Alex

    "Alex" de Pierre Lemaitre
    Albin Michel

    Présentation de l'éditeur :

    Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante. Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée et livrée à l'inimaginable ? Mais quand le commissaire Verhoeven découvre enfin sa prison, Alex a disparu. Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne. Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve le talent de l'auteur de Robe de marié.

    Première page :

    "Alex adore ça. Il y a déjà près d'une heure qu'elle essaye, qu'elle hésite, qu'elle ressort, revient sur ses pas, essaye de nouveau. Perruques et postiches. Elle pourrait y passer des après-midi entiers.

    Il y a trois ou quatre ans, par hasard, elle a découvert cette boutique, boulevard de Strasbourg. Elle n'a pas vraiment regardé, elle est entrée par curiosité. Elle a reçu un tel choc de se voir ainsi en rousse, tout en elle était transformé à un tel point qu'elle l'a aussitôt achetée, cette perruque.

    Alex peut presque tout porter parce qu'elle est vraiment jolie. Ça n'a pas toujours été le cas, c'est venu à l'adolescence. Avant, elle a été une petite fille assez laide et terriblement maigre. Mais quand ça s'est déclenché, c'a été comme une lame de fond, le corps a mué presque d'un coup, on aurait dit du morphing en accéléré, en quelques mois, Alex était ravissante. Du coup, comme personne ne s'y attendait plus, à cette grâce soudaine, à commencer par elle, elle n'est jamais parvenue à y croire réellement."

    Ce que j'en pense :

    Une intrigue bien ficelée, avec des passages assez violents ; un style direct, simple ; des personnages assez bien dépeints et originaux (sauf le juge et l'un des policiers) ; et au final, un bon thriller de série B.

    Alex

    Alex

     

     

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