• - Nouvelles

    "Le prédicateur" de Camilla Lâckberg
    actes noirs - Actes Sud

    Présentation de l'éditeur :

    Dans les rochers proches de Fjàllbacka, le petit port touristique suédois dont il était question dans La Princesse des glaces, on découvre le cadavre d'une femme. L'affaire se complique quand apparaissent, plus profond au même endroit, deux squelettes de femmes... L'inspecteur Patrik Hedstrôm est chargé de l'enquête en cette période estivale où l'incident pourrait faire fuir les touristes et qui, canicule oblige, rend difficiles les dernières semaines de grossesse d'Erica Falck, sa compagne. Lentement, le tableau se précise : les squelettes sont certainement ceux de deux jeunes femmes disparues vingt-quatre ans plus tôt. Revient ainsi en lumière la famille Hult, dont le patriarche, Ephraïm, magnétisait les foules accompagné de ses deux petits garçons, Gabriel et Johannes, dotés de pouvoirs de guérisseurs. Depuis cette époque et un étrange suicide, la famille est divisée en deux branches qui se haïssent. Alors que Patrik assemble les morceaux du puzzle, on apprend que Jenny, une adolescente en vacances dans un camping, a disparu. La liste s'allonge... Une nouvelle fois, Camilla Lâckberg excelle à tisser son intrigue, manipulant son lecteur avec jubilation, entre informations finement distillées et plaisir de nous perdre en compagnie de ses personnages dans une atmosphère provinciale lourde de secrets.

    Première page :

    "La journée commença de façon prometteuse. Il se réveilla tôt, avant le reste de la famille, s'habilla aussi discrètement que possible et réussit à filer sans se faire remarquer. Il emporta son casque de chevalier et l'épée de bois qu'il brandit triomphalement pendant qu'il courait sur les cent mètres séparant sa maison de l'entrée de la brèche du Roi. Il s'arrêta un instant et observa respectueusement la trouée escarpée fendant le roc. Deux mètres environ séparaient les parois et elles s'élevaient sur une bonne dizaine de mètres vers le ciel où le soleil avait commencé son ascension. Trois gros blocs de pierre étaient restés coincés à mi-hauteur constituant un spectacle impressionnant. L'endroit avait une force d'attraction magique sur un enfant de six ans, et le fait que la brèche du Roi soit territoire interdit la rendait d'autant plus attirante.

    La faille avait reçu son nom lors d'une visite d'Oscar II à Fjàllbacka à la fin des années 1880, mais, de cela, il ne savait rien, ou s'en fichait, lorsqu'il s'introduisit lentement parmi les ombres, son épée de bois prête à l'attaque. En revanche, son papa avait raconté que les scènes du gouffre de l'Enfer dans Ronya, fille de brigands avaient été tournées dans la brèche du Roi, et au cinéma il s'était senti tout excité en voyant Mattis, le chef des bandits, la franchir au galop sur son cheval. Parfois il venait jouer au brigand ici, mais aujourd'hui il était chevalier. Chevalier de la Table ronde, comme dans le livre de coloriage que sa grand-mère lui avait offert pour son anniversaire."

    Ce que j'en pense :

    Trame narrative identique au précédent de la série, avec peut être un peu trop de personnages... et toujours cette manie de créer un suspens avec vraiment de grosses ficelles.  Et finalement on se laisse "prendre" jusqu'au bout mais je vais attendre quelque temps avant de me replonger dans la suite des aventures de Patrick et d'Erica...

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  • - Nouvelles

    "La princesse des glaces" de Camilla Lâckberg
    actes noirs -Actes Sud

    Présentation de l'éditeur :

    Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d'une amie d'enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d'eau gelée. Impliquée malgré elle dans l'enquête (à moins qu'une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l'œuvre), Erica se convainc très vite qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Sur ce point - et sur beaucoup d'autres -, l'inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint. A la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge clans les strates d'une petite société provinciale qu'elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d'autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d'un peintre clochard - autre mise en scène de suicide. Au-delà d'une maîtrise évidente des règles de l'enquête et de ses rebondissements, Camilla Läckberg sait à merveille croquer des personnages complexes et - tout à fait dans la ligne de créateurs comme Simenon ou Chabrol - disséquer une petite communauté dont la surface tranquille cache des eaux bien plus troubles qu'on ne le pense.

     

    Biographie de l'auteur 

    Camilla Läckberg, née le 30 août 1974, est à ce jour l'auteur de cinq polars ayant pour héroïne Erica Falck et dont l'intrigue se situe toujours à Fjälbacka, port de pêche de la côte ouest en Suède, qui eut son heure de gloire mais désormais végète. En Suède, tous ses ouvrages se sont classés parmi les meilleures ventes de ces dernières années, au coude à coude avec Millénium de Stieg Larsson.

    Les cinq livres de la série :

    - La princesse des glaces

    - Le prédicateur

    - Le tailleur de pierres

    - L'oiseau de mauvais augure

    - L'enfant allemand

    Ce que j'en pense :

    Une histoire qu'on lit jusqu'au bout assez rapidement malgré une utilisation du suspens assez primaire mais on s'attache aux personnages principaux. Il faut lire ce livre si on veut lire les suivants (et on a envie d'en lire quelques uns ... c'est facile, ça change les idées...)

     

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    "Vents de Carême" - Léonardo Padura
    traduction François Gaudry - Métailié (Points)

    Présentation de l'éditeur :

    Pendant les jours étranges qui annoncent le printemps cubain et où commencent à souffler les vents de carême qui apportent la chaleur du Sud, l'inspecteur Mario Conde, mélancolique et désabusé, rencontre Karina, une éblouissante saxophoniste, amateur de jazz. Il se voit aussi confier une enquête délicate.

    Une jeune professeur de chimie de son ancien lycée est retrouvée assassinée chez elle. Cette jeune femme irréprochable et bien notée se trouvait en possession de marijuana. Au cours de son enquête, Mario Conde perd quelques illusions en découvrant le côté obscur de la société cubaine, la décomposition sociale, l'arrivisme, le trafic d'influences, les fraudes, la drogue. Parallèlement, il vit une histoire d'amour et de musique qui ne devrait jamais finir, si cela était possible dans le monde des inspecteurs de police mélancoliques.

    Première page :

    "C'était le mercredi des Cendres et, avec la ponctualité de l'éternel, un vent aride et suffocant, comme envoyé directement du désert pour remémorer le sacrifice nécessaire du Messie, s'engouffra dans le quartier, soulevant les détritus et les angoisses. Le sable des carrières et les vieilles haines se mêlèrent aux rancœurs, aux peurs et aux déchets débordant des poubelles, les dernières feuilles mortes de l'hiver s'envolèrent avec les émanations fétides de la tannerie et les oiseaux du printemps disparurent, comme s'ils avaient pressenti un tremblement de terre. L'après-midi se flétrit sous des nuées de poussière et respirer devint un exercice conscient et douloureux.

    Debout sous le porche de sa maison, Mario Conde observait les effets de cet ouragan apocalyptique : rues désertes, portes fermées, arbres abattus, le quartier paraissait dévasté par une guerre efficace et cruelle. "

    Ce que j'en pense :

    Suite des aventures de Mario Conde. Mieux que le premier, un peu plus direct et un peu moins de mélancolie. Style agréable. Cuba est toujours aussi présent.

      

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    "Passé parfait " - Léonardo Padura
    traduction Caroline Lepage - Métailié (Points)

    Présentation de l'éditeur :

    Le livre :Ce matin-là, le lieutenant Mario Conde, gueule de bois et moral en berne, n’aurait pas dû répondre au téléphone. À présent, il est chargé d’enquêter sur la disparition de Rafael Morín, directeur d’entreprise et homme exemplaire aux yeux de tous. Aux yeux de Conde, il reste avant tout l’étudiant qui lui a ravi la belle Tamara. Veut-il vraiment retrouver son ancien rival ?

    L'auteur: Leonardo Padura est né à La Havane en 1955. Diplômé de littérature hispano-américaine, il est romancier, essayiste, journaliste et auteur de scénari pour le cinéma.
    Il est l’auteur entre autres d’une tétralogie intitulée Les Quatre Saisons.

    Première page :

    "Il n'eut pas besoin de réfléchir pour comprendre que le plus difficile serait d'ouvrir les yeux. D'accepter sur ses pupilles la clarté du matin qui resplendissait sur les carreaux des fenêtres et peignait toute la pièce de sa glorieuse luminosité. Et de savoir alors que l'acte essentiel de soulever ses paupières revient à admettre qu'à l'intérieur de son crâne s'installe une masse glissante, toute prête à entamer une danse douloureuse au moindre mouvement de son corps. Dormir, peut-être rêver, se dit-il, répétant la phrase obsédante qui, cinq heures auparavant, l'avait accompagné au moment où, tombant sur son lit, il respirait le parfum profond et obscur de sa solitude. Dans une pénombre épaisse, il vit son image de pénitent coupable, agenouillé devant la cuvette des toilettes, déchargeant des cascades d'un vomi ambré et amer qui semblait ne jamais devoir s'arrêter. Mais la sonnerie du téléphone continuait à résonner, comme des rafales de mitraillette qui perforaient ses oreilles et trituraient son cerveau lacéré en une torture parfaite, cyclique, tout simplement brutale. Il s'y risqua..."

    Ce que j'en pense :

    L'intrigue de ce livre (le premier de la tétralogie) progresse très lentement et nous permet de découvrir le Cuba de l'inspecteur Conde... les amitiés, les saveurs, les odeurs... mais aussi la corruption et le dysfonctionnement du système. Beaucoup de mélancolie et du désanchantement.

      

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    "La dernière nuit blanche" de Alessandro Perissinotto
    traduction Patrick Vighetti - Gallimard

    Présentation de l'éditeur :

    Cela fait maintenant un an qu'Anna Pavesi a tout plaqué à Turin - son travail de psychologue et son mari - pour refaire sa vie à Bergame et travailler comme détective privée spécialisée dans la recherche de personnes disparues. Mais l'on n'échappe pas si facilement à son passé... Alors que les festivités des XXes Jeux olympiques d'hiver battent leur plein à Turin, Anna reçoit un appel à l'aide de Piera, une ancienne amie et collègue avec qui elle menait un travail de prévention auprès des jeunes toxicomanes turinois. Cette dernière lui apprend qu'une éducatrice appréciée des drogués locaux a disparu depuis plusieurs jours. A l'association d'aide aux toxicomanes on commence à s'inquiéter sérieusement, d'autant que la police semble plus intéressée à faire régner l'ordre olympique qu'à retrouver la jeune fille. Par amitié, Anna accepte de revenir dans cette ville pleine de souvenirs, bons et mauvais. À ses risques et périls...

    Première page :

    "Samedi 25 février 2006

    Impossible de me l'ôter de la tête, de m'en défaire une bonne fois pour toutes : l'image de ce baigneur pendu revient tel un sombre présage. Et avec elle, cette sensation de froid et de mort. Comme si la lame du couteau était là, sur ma gorge, la main gauche du copain de Jennifer, la main libre, encore sur mon sein, le serrant, le broyant pour me maintenir immobile; sa poitrine et son bas-ventre pressé contre mon dos. À chacun de mes pas retentissant sur le trottoir désert, cette sensation remonte, comme si la réalité revenait toujours au point de départ, et que le temps était cyclique. Un souvenir pareil ne s'efface pas de sitôt, et même, une psychologue devrait le savoir, il ne s'efface jamais.

    Impossible de ne pas me sentir suivie. C'est peut-être le cas. Peu importe. Bientôt surgira, je le sais, la foule immense de la grande fête, de la dernière nuit blanche. Je m'y plongerai et mènerai ma traque jusqu'au bout: la vérité est proche. Une vérité bien différente de celle que j'avais imaginée à la suite du coup de fil de Piera, il y a un peu plus d'une semaine."

    Ce que j'en pense :

    Intrigue et personnage principal intéressants mais il manque quelque chose à ce livre pour qu'il soit captivant. On ne pénètre pas vraiment dans l'univers de ce roman. Turin est sillonnée de long en large mais les images de la ville ne parviennent pas précisément au lecteur.

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    "L'homme inquiet" de Henning Mankell
    traduction Anna Gibson - Seuil

    Présentation de l'éditeur :

    Grand-père d’une petite Klara, Wallander a réalisé ses rêves : vivre à la campagne avec son chien.

    Après avoir évoqué avec le commissaire la guerre froide et une affaire de sous-marins russes dans les eaux territoriales suédoises, le beau-père de sa fille Linda, ancien officier de marine, disparaît, puis c’est le tour de la belle-mère. Soupçons d’espionnage. Au profit de la Russie ? Des États-Unis ? Parallèlement à la police de Stockholm et aux services secrets, Wallander mène sa dernière enquête. C’est alors qu’il amorce sa propre plongée en profondeur : les années écoulées et les femmes de sa vie défilent. Et la petite Klara devient son ultime balise.

    Au-delà de l’intrigue, la force et la beauté du roman résident dans le portrait riche et bouleversant de celui qui se dévoile ici sous la plume de son créateur, Henning Mankell.

    Extrait :

    L'année de ses cinquante-cinq ans, Kurt Wallander réalisa à sa propre surprise un rêve qu'il portait en lui depuis une éternité. Plus exactement depuis son divorce d'avec Mona, qui remontait à près de quinze ans maintenant. Ce rêve était de quitter l'appartement de Mariagatan, où les souvenirs douloureux étaient incrustés dans les murs, et de partir s'installer à la campagne. Chaque fois qu'il rentrait chez lui après une journée de travail plus ou moins désespérante, il se rappelait qu'il avait autrefois vécu là en famille. Il lui semblait que les meubles eux-mêmes le regardaient avec un air désolé et accusateur.  

    Il ne se faisait pas à l'idée qu'il continuerait à vivre là jusqu'au jour où il serait tellement vieux qu'il ne pourrait plus se débrouiller seul. Il n'avait même pas atteint la soixantaine, mais le souvenir de la vieillesse solitaire de son père le hantait. S'il avait une certitude, c'était qu'il ne voulait pas reproduire le modèle. Il lui suffisait d'apercevoir son reflet dans la glace en se rasant le matin pour constater qu'il ressemblait de plus en plus au vieux alors que, dans sa jeunesse, il avait eu plutôt les traits de sa mère. L'âge venant, son père paraissait peu à peu prendre possession de lui, tel un coureur qui serait resté longtemps embusqué dans le peloton de queue et qui, à l'approche de la ligne d'arrivée, passait à l'attaque.

    Ce que j'en pense :

    Avec ce dernier livre de la série des enquêtes de Wallander, le policier s'efface derrière l'homme. L'intrigue devient presque secondaire (il reste d'ailleurs beaucoup de points non éclaircis dans l'enquête) et on suit avec beaucoup d'empathie cet "homme inquiet" devant la vieillesse et la maladie.

      

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  • - Nouvelles

    "Toutes les couleurs des ténèbres" - Peter Robinson
    traduction Valérie Malfoy - Albin Michel

    Présentation de l'éditeur :

    Un cadavre est découvert pendu dans un bois près d'Eastvale. L'homme, rapidement identifié comme Mark Hardcastle, était le populaire et flamboyant décorateur de l'Othello donné par la troupe de théâtre locale. Tout indique un suicide. Mais quand on retrouve son riche amant baignant dans son sang, l'inspecteur Annie Cabbot s'interroge. Un crime passionnel aurait-il pu conduire Mark, désespéré, à se supprimer ? Prise de doute, elle appelle Alan Banks en renfort, quitte à le priver de ses vacances et l'arracher aux bras de sa nouvelle petite amie... Leur enquête les plonge dans un monde trouble et dangereux pour lequel semblent avoir été écrits les célèbres vers d'Othello : « Jalousie, trahison, envie, ambition, avidité, luxure, vengeance... toutes les couleurs des ténèbres. »

    Première page :

    Vraiment, c'était dommage d'avoir à passer cette splendide journée sur une scène de crime - surtout qu'il s'agissait d'une pendaison. Annie Cabbot avait horreur des pendus. Et un vendredi après-midi, par-dessus le marché !

    L'inspectrice avait été dépêchée avec sa collègue le brigadier Winsome Jackman à Hindswell Woods, au sud d'Eastvale Castle, où des écoliers consacrant leur dernière journée de vacances à barboter dans la rivière avaient téléphoné pour dire qu'ils croyaient avoir vu un cadavre.

    La rivière s'écoulait, large et peu profonde à cet endroit, couleur de bière fraîchement tirée, écumant autour des pierres moussues. Le long du sentier qui la bordait, les arbres étaient pour la plupart des frênes, aulnes ou ormes blancs. Leurs feuilles d'un vert pâle presque translucide tremblaient sous la brise. L'odeur forte d'ail des ours embaumait, des grappes de moucherons stagnaient au-dessus de l'eau et, sur l'autre rive, les prés étaient pleins de boutons d'or, de fougères et de géraniums sauvages. Des vanneaux criaient et faisaient la navette, inquiets de voir des êtres humains près de leurs nids. Quelques nuages cotonneux flottaient dans le ciel.

    Ce que j'en pense :

    On retrouve avec plaisir les habitués de Peter Robinson (en particulier l'inspecteur Banks). Histoire intéressante mais qui vaut surtout par les portraits des personnages et par l'atmosphère admirablement restituée.

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    Un tueur à Munich, Josef Kalteis - de Andréa Maria Schenkel
    traduction Stéphanie Lux - Actes Sud

    Présentation de l'éditeur :

    Munich, années 1930, Kathie, jeune provinciale venue tenter sa chance à la ville envisage de trouver une place de bonne, mais la fréquentation de citadines plus libres la fait rapidement changer d'avis. Elle voudrait tant vivre comme Mitzi, une amie entretenue par un fiancé lointain et " protégée " par un compagnon. L'atmosphère est aux cafés populaires, aux fêtes foraines et aux amourettes. Kathie adore la ville et apprend à utiliser le mensonge. La vie est belle, mais le danger rôde. Des yeux indiscrets sont rivés sur les jambes des jeunes filles à bicyclette. Comme dans La Ferme du crime, Andrea Maria Schenkel, en se basant sur un fait divers réel, développe son récit sous différents angles, raconte Kathie et ses espoirs comme elle donne la parole aux proches des jeunes femmes disparues ou retrouvées mortes ou à Josef Kalteis lui-même, accusé en 1939 du meurtre de plusieurs jeunes femmes à Munich et dans les environs, dans les réponses au juge lors de son procès. Et si on peut encore le croire, au début, lorsqu'il affirme ne s'en être pris qu'à une seule jeune fille mais qu'il n'aurait pas tuée, plus le récit avance, plus on découvre l'ampleur de sa folie meurtrière. Le lecteur attend alors avec effroi le moment où la jeune Kathie va croiser le chemin de Kalteis. Car Kathie n'était que sa première victime.

    Première page :

    "Note relative à l'issue du procès de Josef Kalteis. Classée secret d'Etat.

    Le condamné ne saurait être gracié. La sentence sera exécutée sans délai à la prison de Stadelheim. On évitera toute annonce publique.

    Motif : de nombreux crimes de ce genre ont été enregistrés depuis le début des années 1930. Ils n'ont pu proliférer que sur le sol putride de la république de Weimar. La démocratie est une tumeur, un foyer d'éléments asociaux. Mais que ces crimes soient toujours aussi présents depuis l'accession au pouvoir, maintenant nos honnêtes Volksgenossen dans l'inquiétude et l'insécurité, voilà qui est inacceptable. Le peuple allemand est sain et doit le rester. Il s'agit donc d'éliminer les éléments nocifs comme celui-ci. Il est intolérable que cet élément asocial ait pu sévir pendant des années dans l'Ouest de Munich et qu'il souille cette ville qui est le berceau du mouvement, et qui est si chère au cœur de notre Führer bien-aimé."

    Ce que j'en pense :

    Même construction que son précédent livre (La ferme du crime) mais beaucoup moins bien réussi en particulier dans la description d'un milieu et d'une époque (les années 30 en Allemagne). Les personnages manquent de consistance et le livre perd de son intérêt au fil des pages.

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  • - Nouvelles

    Avril rouge - Santiago Roncagliolo
    traduction Gabriel Iaculli - Points Seuil

    Présentation de l'éditeur :

    Félix Chacaltana Saldivar exerce depuis peu la fonction de substitut du procureur dans la ville péruvienne d'Ayacucho. Fonctionnaire tranquille et solitaire, il se voit confier l'enquête sur la mort d'un homme sauvagement assassiné dont le cadavre a été retrouvé calciné et dépecé. Il pense immédiatement à une réactivation de l'organisation terroriste Sentier lumineux. Malgré les réticences de la police et des autorités militaires, Chacaltana poursuit ses investigations, ne faisant que semer derrière lui toujours plus de cadavres atrocement mutilés, apparemment selon des rituels religieux. Et plus l'horreur le poursuit, plus il refuse de la voir et semble perdre l'esprit. Jusqu'au moment où l'évidence se fait si brutale, qu'il est impossible de la nier. Qui a tué tuera, et peu importe alors que l'on soit un ancien terroriste, un commandant des forces armées, un chef de la police ou un simple citoyen. En s'appuyant sur l'histoire du Sentier lumineux, Santiago Roncagliolo a écrit un roman magistral en forme de thriller sur les traumatismes individuels et collectifs de la guerre contre le terrorisme.

    Première page :

    "Le substitut du procureur écrivit le dernier mot et eut une moue dubitative. Il relut la déclaration, effaça un accent et ajouta une virgule à l'encre noire. Maintenant, ça allait. C'était un bon rapport. Il suivait toutes les pro­cédures réglementaires, choisissait ses verbes avec pré­cision, et ne tombait pas dans le jargon des épithètes propres aux écritures juridictionnelles. Il évitait les mots incluant un accent circonflexe - que son Olivetti de 1975 avait perdu -, mais son vocabulaire était assez étendu pour qu'il pût s'en passer. Il pouvait écrire « pareil » à la place de «même» et «se trouver» à la place d'«être». Satisfait, il se dit une nouvelle fois que, dans son cœur d'homme de loi, il y avait un poète qui ne demandait qu'à voir le jour.

    Il tira les feuilles hors du rouleau, rangea le papier carbone pour les documents à venir, et mit chaque copie de l'acte dans une chemise différente ; une irait aux archives, une autre au procureur, une serait jointe au dossier et une remise au commandement militaire de la région. Il ne lui restait qu'à ajouter le rapport du médecin légiste. Avant de se rendre au commissariat, il écrivit une fois de plus, comme tous les matins, sa requête de renouvel­lement de matériel, incluant une machine à écrire, deux crayons et une main de papier carbone. Il en avait déjà envoyé 36 semblables dont il gardait les copies signées."

    Ce que j'en pense :

    Un polar original surtout pour la description d'un univers géo politique très particulier : le Pérou, les Indiens, le terrorisme... La personnalité très étonnante du héros vaut également le détour.

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  • - Nouvelles

    "In nomine Patris" - Francis Zamponi
    Babel noir

    Présentation de l'éditeur :

    Printemps 1962. Pendant les derniers jours de la lutte sanglante que mènent les plus inconditionnels de l'Algérie française, deux lycéens plongent aveuglément dans l'action clandestine, avec la bénédiction de leur aumônier, le père Antonin. Mais l'OAS, qui multiplie attentats et assassinats, est déjà le jouet de nombreuses manipulations... Trente-sept ans plus tard, le même religieux est impliqué dans le décès d'un mineur handicapé mental dont il avait la charge. Son procès, et ses à-côtés les moins catholiques, sont alors l'occasion d'un amer et poignant déballage.

    Première page :

    "En traversant le hall du palais de justice, j'avais à tout hasard discrètement appuyé sur la porte de la cour d'assises. Elle s'était entrouverte. Je m'étais glissé, sur la pointe des pieds, dans l'immense salle déserte et obscure. Adossé à la barre des témoins j'examinais une allégorie du XIXe siècle accrochée au-dessus du fauteuil du président. Au centre du tableau, une femme grassouillette et dépoitraillée brandissait une épée sanglante au-dessus de la tête d'un misérable en haillons.

    Dans mon dos, une voix m'a fait sursauter.

    —     Un beau symbole, hein ! Une femme, la justice poursuivant un homme, le crime. Tout un programme !

    Gêné, je me suis retourné vers l'importune qui m'avait interpellé. Je me suis approché d'elle.

    —  La porte était ouverte. Excusez-moi d'être entré mais je suis..."

    Ce que j'en pense :

    Un sujet original, rarement traité par les romanciers mais l'écriture et l'intrigue laissent à désirer.

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