• Les yeux ouverts Propos sur le temps présent

    "Les yeux ouverts Propos sur le temps présent" de Jean Pierre Siméon - Le Passeur

    Présentation de l'éditeur :

    Il y a certes bien des façons d'agir quand, citoyen alerté, on juge mauvais le cours des choses et en péril les valeurs essentielles d'humanité : manifester dans la rue, militer dans des associations ou des partis politiques, lancer des pétitions... Je ne suis jamais dérobé pour ma part à ce genre de nécessités. Mais je suis poète et contrairement à de vieux préjugés à la peau dure qui veulent que la poésie soit hors du monde, je considère que le poète qui tient parole a son mot à dire sur la marche du monde, ni plus ni moins que les sociologues, psychologues, politologues et autres machinologues en tout genre... La parole du poète n'est sûrement pas meilleure ni plus avisée que les leurs mais, nourrie de l'effort de conscience et de l'exigence d'une langue libre et indocile qui sont ses caractères fonciers, elle est peut-être autre. Parole intempestive, intransigeante autant que fraternelle, elle peut, révolte d'âme, rappeler, au-delà des débats de circonstance, qu'en toutes choses doit prévaloir sans compromis le vœu d'une humanité ouverte et affranchie de ses peurs. 

    Extrait :

    "Éloge du bistrot

    Je le dis tout net, je ne crains ni les sarcasmes ni les froncements de sourcils, je suis un amateur, un collectionneur, un spécialiste, un entiché du bistrot. Oui-da, vous m'avez bien lu, du bistrot, du bistrot dans tous ses états, troquet minable ou café rupin, caboulot louche ou bar à snobs, sombre taverne ou pub branché, boui-boui de quartier ou brasserie chic, tout m'est égal plaisir, tout m'est confort.

    Qu'on ne se méprenne pas pourtant, je suis plus sobre qu'un grain de sable du Sahel : au bistrot, je ne vais pas pour boire. C'est autre chose. Je tiens le bistrot pour une des plus heureuses inventions de l'homme et j'en veux faire ici l'éloge convaincu, ému, reconnaissant.

    D'ailleurs, j'écris ces lignes sur une table du Richelieu entre deux portes ouvertes sur une charmante nuit d'octobre, face à un peuple de chaises vides dont je devine les confidences goguenardes. C'est qu'elles savent ces chaises-là ce que pèse un homme. Oh, je ne parle pas du poids des corps dont le souci n'intéresse que notre vanité, je parle de ce poids de joies, de colères, d'inquiétudes, d'espoir, de détresse et d'ennui…"

    Ce que j'en pense :

    Une succession de chroniques (qui malheureusement ne sont pas datées) avec la verve, l’humour, l’intelligence, la malice et le talent que l’on connaît à Jean Pierre Siméon. Tous les textes ne se valent pas, bien sûr, mais c’est un livre qui fait du bien. On y apprécie la grande culture de l’auteur, son humanité et son amour de la poésie.

    Les yeux ouverts Propos sur le temps présent

    Les yeux ouverts Propos sur le temps présentLes yeux ouverts Propos sur le temps présent

     

     

    __________


    votre commentaire
  • Une croix sur l'enfance

    "Une croix sur l'enfance en Vendée"  de Jean Pierre Sautreau - Geste

    Présentation de l'éditeur :

    Je viens d’avoir 11 ans cet avril 1960, et j’apprends que je vais partir au Séminaire de Chavagnes-En-Paillers rejoindre des dizaines d’autres enfants. Comme eux, on m’a découvert la vocation sacerdotale. J’ai soi-disant reçu un mystérieux appel à être prêtre. En réalité, cette élection ne résulte ni d’un événement extraordinaire, ni d’un choix personnel, mais de la conjuration d’adultes : enseignant, abbés de la paroisse, recruteur spécial autour du bon élève d’une famille catholique modèle plus ou moins subjuguée.

    Je deviens ainsi l’agneau sacrifié d’une Église en mal de troupes pour assurer son développement. Mon enfance va m’être arrachée, ma singularité piétinée. Je vais connaître l’humiliation et la souillure, la solitude et la mélancolie avant d’être chassé six ans plus tard du troupeau et revenir vers des parents déçus et incompréhensifs. Bousculé dans ma construction d’être, privé notamment d’adolescence, je resterai marqué à vie par ces années, blessé en particulier par la distension du lien avec une mère qui m’a alors laissé partir.

    Extrait :

    "Séminaire, le mot funeste est dans l'en-tête du feuillet que ma mère me déplie début août. Le mot du printemps totalement gommé par l'enivrante parenthèse de juillet. Le courrier du Petit séminaire De Chavagnes-en-Paillers détaille les modalités de ma rentrée mi-septembre, les conditions pécuniaires de ma pension, liste le trousseau et les fournitures nécessaires. Cette fois je dégringole de ma marelle. Je reste planté bêtement. Les anneaux se resserrent. Je découvre qu'on m'a inscrit dans cet établissement dans la foulée de ma retraite pascale. La décision a été forcément prise conjointement entre la paroisse et mes parents. Pourquoi ne m'ont-ils rien dit? Ont-ils été manœuvrés? Ont-ils simplement donné leur bénédiction ou épousent-ils la flatteuse vaticination de ce Monseigneur à la pince alerte? Aucun mot, aucune larme, je suis totalement pris de court, décontenancé. Je ne sais pas même rebondir au t'as l'air surpris que ma figure, sans doute défaite, inspire à ma mère. Je file dans le jardin auprès du vieux cerisier boursouflé et gommeux. Je n'ai pas de chambre où laisser aller ma douleur, mon lit est toujours parmi eux. Je n'ai pour refuge que cet arbre cabane.

    J'ai onze ans et je ne veux pas être différent des autres. J'ai onze ans et je me vois comme les autres."

    Ce que j'en pense :

    Un livre qui démonte de manière implacable cette « chasse aux vocations » organisée par l’église catholique de Vendée dans les années 1960. L’auteur démontre comment des parents aimants peuvent ainsi confier un enfant à une « machine à broyer l’esprit » et surtout comment on peut réussir à imposer le silence pendant autant d’années. On retrouve bien sûr dans ce livre la plume ciselée et riche de Jean Pierre Sautreau.

    Un livre puissant, indispensable pour comprendre le poids de l'église dans ces années, en particulier en milieu rural.

     Une croix sur l'enfanceUne croix sur l'enfanceUne croix sur l'enfanceUne croix sur l'enfance

    __________

     


    votre commentaire
  • Qui a tué mon père

    "Qui a tué mon père" de Edouard Louis - Seuil

    Présentation de l'éditeur :

    « L’histoire de ton corps

    accuse l’histoire politique. »

    Édouard Louis a publié deux romans, En finir avec Eddy Bellegueule et Histoire de la violence, qui ont été traduits dans une trentaine de langues.

    Première page :

    "Si ce texte était un texte de théâtre, c’est avec ces mots-là qu’il faudrait commencer : Un père et un fils sont à quelques mètres l’un de l’autre dans un grand espace, vaste et vide. Cet espace pourrait être un champ de blé, une usine désaffectée et déserte, le gymnase plastifié d’une école. Peut-être qu’il neige. Peut-être que la neige les recouvre petit à petit jusqu’à les faire disparaître. Le père et le fils ne se regardent presque jamais. Seul le fils parle, les premières phrases qu’il dit sont lues sur une feuille de papier ou un écran, il essaye de s’adresser à son père mais on ne sait pas pourquoi c’est comme si le père ne pouvait pas l’entendre."

    Ce que j'en pense :

    Livre trop court, qui se veut percutant (et qui l’est parfois). Il y a des émotions dans ces relations père/fils mais cela passe vite et n’atteint jamais la profondeur du livre de Didier Eribon. L’analyse politique qui vient se plaquer sur les dernières pages parait plutôt sommaire.

    Qui a tué mon père

    Qui a tué mon père

     

     

    __________


    votre commentaire
  • Mes soirs sans tweet

    "Mes soirs sans tweet" de Jean Bernard Pouy - Folies d'encre

    Présentation de l'éditeur :

    En 2008, dans Mes soixante huîtres, le repas dominical se terminait par un parricide symbolique de "l'ex-soixante-huitard-attardé". En 2018, autour de la blanquette, "ça ne crie plus, ça oublie les noms d'oiseaux, et ça parle encore moins, et ça sent l'huile essentielle". Non, la descendance pianote sur le Smart-phone. Mais le soixante-huitard est de moins en moins attardé, il s'est offert un Iphone, a musclé ses pouces, est devenu l'Art Tatum du smartfaune. Alors, par portables interposés, s'engage une conversation qui commence par : #JeSuisPapa : Je trouve que la blanquette, maman l'a vraiment réussie. Non ? Macron, lui, adorerait. Et vous ? Mais ceci n'est que le début, continuons le repas, les tweets, le combat !

    Première page :

    "Ça y est ! Cinquante balais ! Les nuits bleues parisiennes, la France en grève quasi générale, les rues pleines de gens rieurs, aimez-vous les uns sur les autres, ça fait cinquante ans, un demi-siècle. Et c'est quoi, cinquante ans ? L'espérance de vie en 1900 ? La ménopause, l'andropause ? La France en Marche ?

    2001 l'Odyssée de l'Espace, ça fait cinquante ans, bordel...

    Il n'y avait pas encore de TGV... Et surtout, il y a cinquante ans, pas encore de Smartphones. La troisième révolution (sic) industrielle n'avait pas commencé.

    A table, le dimanche, ça s'engueulait…"

    Ce que j'en pense :

    C’est un jeu, une pochade de la part d’un anar libertaire qui ne se prend pas au sérieux. Et ça marche ! La critique sociale est bien présente et on se marre. Pour moi c’est typiquement un livre qui fait du bien (rien à voir avec un livre « feel good »). C'est court mais c'est bon.

    Mes soirs sans tweet

    Mes soirs sans tweetMes soirs sans tweetMes soirs sans tweet

     

     

    __________


    votre commentaire
  • En nous beaucoup d'hommes respirent

    "En nous beaucoup d'hommes respirent" de Marie-Aude Murail - L'Iconoclaste

    Présentation de l'éditeur :

    Des albums photo, des menus de mariage, des images de communion, des dents de lait, des documents administratifs, des centaines de lettres, des journaux intimes… Voilà le trésor que Marie-Aude découvre en vidant la maison de ses parents. En ouvrant les boites à archives, les morts se réaniment. Devant elle se déroule ce grand roman familial. C’est l’histoire des Murail qui se dessine. Mais plus encore, celle de toute famille française. En nous beaucoup d’hommes respirent est une enquête intime. Une plongée dans un récit familial, à la fois commun et singulier.

    Première page :

    "J'oublie mes romans, à peine les ai-je écrits. J'ai même tendance ces derniers temps à oublier que je suis écrivain. Si l'inspiration est ce qu'en dit Jules Renard, « rien d'autre que la joie d'écrire », j'ai perdu l'inspiration. À défaut, j'ai un carnet de citations que je rouvre chaque fois que je veux en faire une, parce que j'ai oublié de qui elle est. À tout hasard, je dis qu'elle est de Jules Renard.

    La cousine Colette était un inépuisable répertoire de blagues. La dernière fois que je l'ai vue, elle en était réduite à chercher ses mots et, quand nous nous sommes séparées, je l'ai regardée s'éloigner, toute grêle, à demi chancelante au milieu des projectiles humains que sont les voyageurs dans le hall de la gare de l'Est. Non, du Nord. Ou Saint-Lazare ? Bon, une gare. Je n'éprouve pas pour ma part les symptômes précurseurs de la maladie d'Alzheimer, mais j'ai l'impression que le matériau psychique qui me constitue, au lieu de s’épaissir au fil des années, s’est aminci au point que je ne suis plus qu’un trait dans l’azur."

    Ce que j'en pense :

    Ce n’est pas un roman, c’est à la fois des histoires d’amour, des réflexions sur la filiation et aussi sur l’écriture. Ce récit fait la part belle aux écrits de plusieurs membres de la famille de Marie-Aude Murail. Cela pourrait paraître parfois décousu ou un peu difficile à suivre mais il y a régulièrement des passages très forts qui nous font continuer la lecture avec plaisir.

    En nous beaucoup d'hommes respirent

    En nous beaucoup d'hommes respirent

     

     

    __________


    votre commentaire
  •  "Ces morts heureux et héroïques" de Luke Mogelson - Gallmeister

    Présentation de l'éditeur :

    Un vétéran cherche à reconquérir sa femme et part la retrouver chez ses parents, là où elle s’est réfugiée après qu’il l’a frappée. Une mère célibataire fait de longs trajets pour aller voir son fils en prison – il a tué un homme d’un coup de poing lors d’une permission. Un infirmier de retour de mission élit domicile dans un réduit de l’arsenal de la garde nationale de New York, incapable de rentrer chez lui. Un journaliste raconte sa vie en Afghanistan, entre ironie et désespoir, avant qu’une bombe ne fasse sauter le café dans lequel il se trouve.

    En dix histoires subtilement liées les unes aux autres, Luke Mogelson dépeint les conséquences de la guerre sur les combattants et les civils, et la manière dont la violence subie ou infligée à l’autre bout du monde se répercute jusqu’aux États-Unis.

    Première page :

    "Bill avait été colonel dans l’armée américaine, mais il n’y avait qu’un seul chef dans la famille. Chaque fois que je téléphonais, j’entendais ses murmures maléfiques empoisonner l’oreille de Bill. “Encore ?” disait cette femme, Caroline. Puis la baie vitrée s’ouvrait dans un souffle, se refermait dans un claquement – un repli sur la terrasse – et Bill disait : “Calmez vous” ou “Vous avez été à une réunion aujourd’hui ?” Bill dehors dans la neige, observant les femelles au-dedans, main levée en un geste du type “Je maîtrise la situation”.

    Ça faisait près d’un mois que Lilly habitait chez ses parents, une maison en bord de lac dans le Vermont. Elle était partie après qu’on eut cassé la fenêtre – après que j’eus cassé la fenêtre d’un coup de poing. Ça n’avait pas été beau à voir : les ambulances et la police, les voisins inquiets qui affluaient en robe de chambre. Je l’avais laissée partir. Je savais que Caroline – qui, aujourd’hui encore, j’en suis sûr, reste persuadée que j’ai frappé Lilly – ferait tout ce qu’elle pourrait pour la détourner de moi. Mais je faisais confiance au colonel. Bill avait été soldat en temps de paix – ses vingt ans à lui étaient tombés en plein dans la période idyllique entre Vietnam et Tempête du désert – et dans son esprit, pour une raison ou une autre, il avait contracté une dette dont il ne s’était jamais tout à fait acquitté.

    Il n’y avait pas de réseau à la maison du lac ; chaque fois que j’appelais le fixe, Bill décrochait, disait que Lilly n’était pas prête à me parler."

    Ce que j'en pense :

    10 nouvelles que j’ai trouvées inégales, bien qu’elles tournent toutes autour du même sujet : la guerre et ses séquelles sur l’homme. L’écriture très « particulière » de l’auteur y est sans doute pour quelque chose. Une nouvelle est nettement au dessus du lot, il s’agit de « Visites ». Quelques autres sont intéressantes :"Du bar", "Proche est le port"

     

     

    __________


    votre commentaire
  • Bonheur à gogos !

    "Bonheur à gogos!" de Jean-Louis Fournier - Payot

    Présentation de l'éditeur :

    "J'ai toujours cru que je serai heureux demain. C'est quand demain ?" Exercices pratiques de confiance en soi, méditation, huiles essentielles, pierre de rhinocérite, croisière du bien-être... Jean-Louis Fournier a testé pour vous les thérapies en tout genre et la montagne de petits conseils qui peuvent tout changer pour être heureux. Ce qu'il livre est drôle, sensible et d'une grande justesse, et sa dérision nous libère de la tyrannie du bonheur.

    Première page :

    "Allô, bonjour, comment vas-tu ?

    Elle a gloussé et elle a dit : « Que du bonheur. »

    J’ai raccroché.

    Qu’elle aille se faire foutre la pintade.

    Depuis que tout va mal, jamais expression n’a été aussi « tendance ».

    On est obligé d’être heureux.

    Le bonheur à perpète…

    Aucune excuse.

    Si on est malheureux, c’est vraiment qu’on le cherche.

    Les malheureux sont mal vus, ils doivent raser les murs, se cacher.

    Avoir honte."

    Ce que j'en pense :

    Fournier, comme à son habitude, épingle les petits travers de notre société et la mode des livres de psy et de développement personnel. C’est souvent bien vu et drôle. Il manque cependant la causticité avec un petit grain de méchanceté et de colère que l’on trouvait dans certains de ses livres précédents.

    Bonheur à gogos !

    Bonheur à gogos !

     

     

    __________


    votre commentaire
  • L'art presque perdu de ne rien faire

    "L'art presque perdu de ne rien faire" de Dany Laferrière - Grasset

    Présentation de l'éditeur :

    La nonchalance est une affaire de connaisseur. « J’étais devenu un spécialiste mondial de la sieste », nous révèle Dany Laferrière dès le début de son livre. Cela n’interdit pas de lire et de réfléchir – la sieste y est, au contraire, propice. Elle permet aux pensées de jaillir, s’attachant aux petites et aux grandes choses, aux rêves et aux lectures. Dany Laferrière nous parle d’Obama et de l’Histoire, de ses premières amours nimbées d’un parfum d’ilang-ilang, de Salinger et de Borges, de la guitare hawaïenne, du nomadisme et de la vie – car cet Art presque perdu de ne rien faire est, ni plus ni moins, un art de vivre.

    Première page :

    "Dès qu’on commence à se plaindre que le son est trop fort dans les discothèques, que les policiers sont trop jeunes et qu’ils nous font rire sous cape quand ils prennent cette allure de faux cow-boys, que les voitures roulent trop vite, que les gens ne respectent plus les règles de la circulation et que plus personne ne sait à quoi sert le feu jaune, que la politesse est devenue une forme de flatterie publique, que les femmes qu’on a connues rajeunissent à si folle allure qu’on a l’impression de les croiser en remontant le temps, que les médecins sont devenus insensibles aux états d’âme de patients eux-mêmes survoltés, qu’on n’arrive pas à comprendre ce que disent ces animateurs de la télé qui n’articulent pas et parlent décidément trop vite, dès qu’on se plaint que des gens qu’on connaît à peine vous téléphonent tôt le dimanche matin, qu’il n’y a plus de bons écrivains comme du temps de Malraux et Miller, que le cinéma italien a connu son âge d’or dans les années 60 et qu’on n’aura plus jamais de cinéastes comme Fellini, Rossellini et Antonioni, que Kerouac et sa bande nous semblent décidément trop insouciants pour qu’on les suive aveuglément dans cette joyeuse balade à travers une Amérique qui tente timidement de s’échapper de ces molles années 50, que l’injustice et le racisme restent les deux mamelles du capitalisme comme du communisme, que c’était plus rassurant pour l’équilibre du monde quand la Russie pouvait encore faire face aux États-Unis, dès qu’on ne se souvient plus de ce qu’on faisait le jour de la mort de John Kennedy,…"

    Ce que j'en pense :

    Des réflexions sages, philosophiques au fil de la vie, sur des sujets très divers. C'est à la fois simple et érudit, familier et grave, il y a de l'humour, de l'ironie. Ce n'est pas un livre à lire d'une traite (on risquerait de le trouver trop long) mais il faut l'ouvrir au hasard et déguster quelques pages.

    L'art presque perdu de ne rien faire

    L'art presque perdu de ne rien faire

     

     

    __________


    votre commentaire
  • Ton père

    "Ton père" de Christophe Honoré - Mercure de France

    Présentation de l'éditeur :

    «Je m'appelle Christophe et j'étais déjà assez âgé quand un enfant est entré dans ma chambre avec un papier à la main.» 
    C'est par cette première phrase que Christophe Honoré nous fait entrer dans le fulgurant autoportrait romancé d'un homme d'aujourd'hui qui lui ressemble mais qui n'est pas tout à fait lui. Lui, le cinéaste, le metteur en scène de théâtre et d'opéra, mais avant tout l'écrivain. 
    Sur le papier que sa fille de dix ans a trouvé épinglé à la porte de son appartement, ces mots griffonnés au feutre noir : « Guerre et Paix : contrepèterie douteuse». Alors, très vite, tout s'emballe et devient presque polar. Qui a écrit ces mots? Qui le soupçonne d'être un mauvais père? Peut-on être gay et père? Le livre nous conduit soudain dans tous les recoins d'une vie mais aussi au cœur de l'adolescence – en Bretagne, avec la découverte du désir, des filles, des garçons, du plaisir, de la drague. 
    Un livre à la fois puissant et énigmatique, d'une merveilleuse liberté, à la mesure de son sujet.

    Première page :

    "Je m’appelle Christophe et j’étais déjà assez âgé quand un enfant est entré dans ma chambre avec un papier à la main. Il a agité le papier. Il a agité une punaise dans l’autre main. Il a continué et rapproché ses mains et les a éloignées et un courant magnétique a semblé circuler entre ses bras.

    — J’ai trouvé ça sur la porte d’entrée.

    Il était neuf heures moins le quart.

    — J’ai le droit de dormir un peu plus longtemps un dimanche non ?

    J’étais nu sous la couette et je ne bougeais pas. L’enfant avait gardé son blouson. Il se balançait d’un pied sur l’autre comme un petit garçon qui se retient et il me fixait ; je me suis baissé péniblement vers le parquet, plus péniblement j’ai ramassé mon caleçon, sans ménager mes soupirs, décidé à ne rien prendre au sérieux de si bonne heure, et lui s’inquiétait.

    — Alors ?

    — C’est moi qui suis inquiet. Tu devrais faire attention avec cette punaise parce que tu vas te blesser.

    — Tu ne veux pas lire ?

    — Non et je ne veux pas que tu te crèves un œil.

    — Pourquoi ?

    — Je n’aime pas qu’on abîme mes affaires, vois-tu !"

    Ce que j'en pense :

    Roman (autobiographique?) d'une grande sincérité. L'auteur se pose beaucoup de question autour de la paternité et de l'homosexualité. Il affirme ses choix  et nous montre sa fragilité. C'est à la fois une enquête et un témoignage,  et c'est très bien écrit.

    Ton père

    Ton pèreTon père

     

     

    __________


    votre commentaire
  • Petit éloge de lecteurs

    "Petit éloge de lecteurs" de Pef - folio

    Présentation de l'éditeur :

    "Je vais de ma plume survoler l'immense petit peuple de mes lecteurs. Je jetterai mes filets à souvenirs décalés. Ma vue, parfois, me jouera des tours, le temps aussi... Le jeu de mes rencontres échappe aux lieux, aux objectifs, aux impératifs de la pédagogie. Je ne peux, comme dans les cours d'école, ordonner aux enfants de se mettre en rang par deux au tintement de la cloche ou à la sonnerie d'usine du savoir lire, écrire, compter et fabriquer des avions de papier au vol fugace de quelques pauvres secondes. Une activité que j'aimerais encore partager avec eux, car luit dans le regard de chaque écolier qui s'y essaie l'image furtive d'une petite victoire sur l'impossible". Dans ce texte-voyage, Pef ravive par l'écriture le souvenir de mille et une rencontres - émouvantes, graves ou insouciantes - avec ses lecteurs, petits et grands...

    Première page :

    "Avec vue sur le balcon du ciel

    À Blagnac, banlieue de Toulouse, existe une friche métallisée riveraine de la nurserie des Airbus. Sur le panneau de l’entrée, un titre nostalgique : Les ailes anciennes. Mes ailes, à moi, le sont tout autant. Le gardien du lieu, en ce jour de juillet, est un petit bonhomme, sans doute un mécanicien retraité du Royal Cambouis.

    Sur son crâne chauve, une rustine large comme la main, un gros pansement. Où s’est-il cogné ? A-t-il chopé un mal invisible derrière cette porte de sparadrap ? Il me tend le plan de ce jardin des airs, de ce jardin désert où reposent une cinquantaine de vieux avions, poissons d’argent remisés entre ciel et terre, que j’ai connus au temps de leur splendeur en mon adolescence, au mitan de l’autre siècle. Ils attendent une hypothétique résurrection muséale. Me voici englouti dans ce passé industriel de ruines métalliques. Mais revenu à la vitesse du son vers mes neuves années dont la mémoire aviatrice est intacte, toujours disponible et soudain libérée. Avec vue sur le balcon du ciel où ces oiseaux rares se donnaient parfois en spectacle au fil des meetings annuels du Bourget.

    Engins de mort ou avions de ligne, ils ont disparu derrière un horizon toujours en mutation d’époque. "

    Ce que j'en pense :

    C'est un livre truffé d'anecdotes prises au gré des animations et voyages que l'auteur a fait. Très belle écriture, plaidoyer  pour une écriture inventive, complètement libre des contraintes des institutions. Cela s'adresse plutôt aux adultes. Pef nous parle de son expérience d'écrivain et nous renvoie à nos souvenirs de lecteur.

    Petit éloge de lecteurs

    Petit éloge de lecteursPetit éloge de lecteurs

     

     

    __________


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique