• La cuve du diable

    "La cuve du diable" de Alexandra Schwartzbrod
    Stock

    Présentation de l'éditeur :

    Qui a voulu tuer Lino Wang, le tycoon de Hong-Kong devenu en très peu de temps le plus gros vendeur de textile de Naples ? Quelle alliance la Camorra, qui contrôle depuis toujours la ville, a-t-elle bien pu conclure avec les triades chinoises ? Venu enquêter sur cette guerre des mafias, un journaliste français découvre l'envers de Naples, cité oubliée de l'Europe où règne le culte de la misère et du bon Dieu. Quels secrets dissimulent les femmes fatales qui croisent sa route ? A s'approcher trop près, ne risque-t-on pas d'être englouti dans les tréfonds d'une ville peut-être maudite ? Une plongée sensuelle et violente au cœur de la cuve du diable.

    Première page :

    "Il avait encore dans les narines les odeurs de chou et de ciboule qui lui parvenaient par bouffées dans la cour de son palais pékinois. C'était quand ? La veille ? Le mois précédent ? Naples s'était refermée sur lui telle une plante Carnivore, éliminant l'impatience, la hargne, et il se laissait dévorer avec une lascivité qu'il ne s'était jamais connue, lui qui, d'ordinaire, aimait à planter ses crocs le premier.

    Il avait quitté la Chine plutôt serein, sûr de boucler son enquête en quelques jours et de revenir vite. Mais le temps avait filé sans qu'il en remplisse compulsivement les cases. Un moment déjà qu'il traînait dans les ruelles obscures ; humant l'air de vieille Europe qui se dégageait du moindre basso ; brûlant les pavés de la piazza Garibaldi où s'entremêlaient dans un même trafic Ukrainiens avinés, Blacks en faux Armani et petits lieutenants de la pègre locale ; dévisageant les filles qui mâchouillaient clopes et chewing-gums dans leurs bouches grandes ouvertes ; dévorant Ortese et Malaparte au soleil, dans les fauteuils en rotin du café littéraire de la piazza Bellini."

    Ce que j'en pense :

    Portrait bien documenté et sans concession de la ville de Naples. L'auteure sait nous tenir en haleine par petits chapitres et paragraphes qui s'interrompent "au bon moment" (à la manière d'auteurs scandinaves à succès) mais, en procédant ainsi, les personnages manquent un peu d'épaisseur.

    La cuve du diable

     

     

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  • "Train perdu, wagon mort" de Jean Bernard Pouy
    Points

    Présentation de l'éditeur :

    Au cœur de la nuit, un wagon se détache d'un train-couchettes et s'arrête soudain. D'abord persuadés qu'il s'agit d'une panne, les occupants découvrent qu'ils sont perdus au milieu de nulle part. Abandonnés, oubliés par les secours, certains partent en éclaireurs et disparaissent. Leurs cadavres sont retrouvés, dans une ville déserte et en ruine. La terreur s'empare alors des survivants...

    Première page :

    "Un dernier sursaut de tôle et le train s'arrête.

    La sensation d'être dans une gare. Une addition d'éléments : des sons résonnant sous une hypothétique marquise, des raclements lointains de pas, des portières qui claquent doucement. En pleine nuit, les bruits disparaissent vite, comme avalés par la soudaine torpeur du monde. Un haut-parleur, loin, au bout d'un quai. Paroles déformées, rendues floues par l'obscurité. Une gare.

    Je m'étire, me retourne difficilement sur la couchette du bas, ramasse la couverture tombée à terre. Je bois un peu d'eau. Ça y est, je ne dors plus.

    Lentement, avec précaution, je soulève à peine le rideau sur le glauque du décor : un quai désert éclairé au sodium. Un peu de lueur orange entre dans le compartiment.

    Au-dessus de moi, ça bouge, l'homme de la couchette du haut allume sa veilleuse pour regarder l'heure. Comme moi, il doit calculer, selon les horaires approximatifs, dans quelle gare nous sommes arrivés. Solmert, sans doute. Tant mieux. Après, il y a les deux cents kilomètres de ligne droite dans la plaine du Malbürg. Finis les cahots, vivement le long glissement de presque deux heures, à petite vitesse, …"

    Ce que j'en pense :

    Histoire agréable comme d'habitude chez Pouy, à la fois noire, tendre et fantastique. On est vraiment rendus dans cette plaine immense en compagnie de ces gens bloqués dans le wagon. Un bémol quand même : le final en forme de pirouette un peu facile.

     

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  • Trop près du bord

    "Trop près du bord" de Pascal Garnier
    Points (Zulma)

    Présentation de l'éditeur :

    Eliette est veuve et s'ennuie dans sa maison ardéchoise. Ses enfants sont grands, et elle n'a pour amis que ses voisins, un couple de braves gens. Et puis surgit Etienne, un petit truand frais sorti de prison. Une voiture en panne, un ou deux mensonges improvisés, la fille d'Etienne entre en scène et plus rien ne tourne vraiment rond. C’est avec un malin plaisir que Pascal Garnier dépeint ces vies qui dérapent, et réveille la folie là où elle sommeille.

    Première page :

    "En tombant dans la casserole pleine d'eau, la pomme de terre pelée émit un plouf sonore dont les ondes se répercutèrent comme une balle de tennis entre les quatre murs de la cuisine. L'épluche-légumes en suspens, Éliette s'immobilisa avec, au plus profond de son être, l'intime conviction de vivre un instant de bonheur parfait.

    Son cœur, qui depuis un an flottait et ballottait au gré de sanglots plus ou moins bien contenus, venait de se stabiliser, pareil à la bulle verte d'un niveau de charpentier. Il n'y avait pas de raison particulière à cela ou bien il y en avait mille, parce qu'il était onze heures du matin, parce qu'on était en mai, que la pluie battait les vitres, que France Musique diffusait de la musique baroque, qu'elle était en train de préparer sa première jardinière de légumes de l'année (petits pois frais, cœur de laitue, carottes, pommes de terre, navets et oignons nouveaux, plus lardons !), que la biographie de Colette dégottée la veille à la bibliothèque de Meysse était ouverte à la page 48 sur la table du salon, qu'elle n'attendait personne et que personne ne l'attendait.

    Tout cela, et une infinité de petits riens, faisait que, pour la première fois depuis le décès de Charles, elle ne se sentait plus seule dans la maison mais une et indivisible."

    Ce que j'en pense :

    C'est un roman à l'intrigue bien maitrisée, où la voiturette de l'héroïne occupe une place prépondérante. L'écriture est peut être un peu différente des autres livres de Garnier, moins percutante, un peu plus "convenue" et les personnages sont sans doute moins "vraisemblables".

    Trop près du bord

    Trop près du bord

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  • Jour de gloire

    "Jour de gloire" de Pascale Fonteneau
    éditions du Masque

    Présentation de l'éditeur :

    Monique et Sylvie sont copines, copines d'usine parce que voisines sur la chaîne. Quand leur entreprise est délocalisée, elles sont avec les autres ouvriers devant les grilles pour crier leur colère. Galvanisées par les discours syndicaux, Monique et Sylvie se croient enfin actrices de leur destin. Hélas, leurs espoirs de justice sociale seront balayés par la télé-réalité et les rêves de star de la fille de Monique. Sans oublier ces morts violentes qu'il faudra bien venger. Accablé, chacun va devoir réviser son idéal de vie à la baisse. A moins que le jour de gloire...

    Première page :

    "Trois semaines avant de s'achever dans un bain de sang, l'histoire commence dans la cuisine de Monique. Elle m'y attend avec une figure comme on en voit à la télé quand les journalistes parlent de la faim dans le monde ou de la mort accidentelle d'une vedette de la chanson.

    Comme eux, Monique secoue la tête d'un air navré. Par mimétisme, je le suis aussi.

    Monique et moi sommes assises dans la cuisine de Monique où elle tient à me résumer l'histoire entendue à la radio juste avant mon arrivée.

    - Une histoire horrible, m'a-t-elle prévenue.

    Il s'agit d'une femme, une Danoise âgée de trente-deux ans, qui, après avoir fait appel aux techniques de la fécondation artificielle, a mis au monde des jumeaux de couleur noire. L'histoire est horrible parce que son mari est très blond et très blanc comme tous les Danois. En théorie, c'est pourtant son sperme qui devait être utilisé."

    Ce que j'en pense :

    Pascale Fonteneau ne se prend pas au sérieux dans ce roman. C'est léger, plein d'ironie (pour le monde ouvrier mais surtout pour le monde de la télé) et ça se lit avec plaisir.

    Jour de gloire

    Jour de gloire

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  • Les petits polars du Monde

    "Les petits polars du monde" - 2 tomes de 13 nouvelles inédites

    Présentation de l'éditeur :

    Cette collection de deux fois treize nouvelles inédites propose un portrait de groupe du polar français d’aujourd’hui. Elle réunit quelques-uns des maîtres du genre, qui ont écrit pour vous des histoires étonnantes, effrayantes ou amusantes sur le thème des vacances et du voyage. Parmi eux, plusieurs lauréats du Prix SNCF du polar, qui, depuis 2000, contribue à la promotion et à la reconnaissance du genre. Le Monde et SNCF sont heureux de vous présenter ce florilège, illustré par les plus grands dessinateurs.

    Au programme :

    Les Négatifs de la Canebière et Voiles de mort -  Didier Daeninckx, illustré par Loustal
    Ce crétin de Stendhal et Plein le dos -  Jean-Bernard Pouy, illustré par Florence Cestac et François Avril
    Tessa et La Cavale de Lina - Marc Villard, illustré par Jean Christophe Chauzy et Cabanes
    Parfums d’été - Dominique Sylvain. Illustration, Lorenzo Mattotti
    Famille nucléaire et Chérie noire -  Caryl Ferey, illustré par Charles Berberian  et Jean-Christophe Chauzy
    Momo et Ava et Marilyn -  Alexandra Schwartzbrod, illustré par Miles Hyman
    Crise de nerfs - Chantal Pelletier. Illustration, François Avril
    Le Grand Voyage et Hostiles -  Franck Thilliez, illustré par Dominique Corbasson  et Jean-Philippe Peyraud
    Triste comme un enfant - Michel Quint. Illustration, Miles Hyman
    Un été 22 - Tito Topin. Illustration, Cabanes
    Les Indiens - Marcus Malte. Illustration, Jean-Philippe Peyraud
    Le Temps égaré - Sylvie Granotier. Illustration, Loustal
    Roman de gare - Pierre Pelot. Illustration, Jean-Christophe Chauzy
    Monsieur Meurtre - Jean Vautrin, illustré par Baru
    Que ta volonté soit faite - Marin Ledun, illustré par Götting
    Dix doigts dans l’engrenage - Christian Roux, illustré par Anthony Pastor
    Le Machiniste - Anne Secret, illustré par Jean-Philippe Peyraud
    Dernier été -  Patrick Pécherot, illustré par Joe Pinelli
    Boulevard du Midi - Brigitte Aubert, illustré par Max Cabanes
    Hématomes - Romain Slocombe, illustré par Jean-Claude Denis

    Extrait : (Première page de "Le Machiniste" de Anne Secret)

    "Juin 1982. Métro Belleville. Victor glisse un ticket dans la machine. Il n'utilise pas sa carte de service : inutile de se faire remarquer. La chaleur est étouffante. Il y a du monde sur le quai. À cette heure tardive, l'intervalle entre les rames est d'une bonne vingtaine de minutes.

    Rambuteau. Il sort de terre à l'angle de la rue Beaubourg. Le côté pair de la voie n'a pas bougé. En face, c'est le nouveau quartier de l'Horloge : une catastrophe.

    Il longe l'îlot entièrement reconstruit. La rue Brantôme est juste derrière, mais il n'a jamais eu le courage d'aller voir à quoi elle ressemble maintenant.

    Sur la piazza du Centre Pompidou stagne la faune habituelle : touristes, jeunes désargentés, provinciaux...

    Pendant cinq minutes, Victor considère le jeu savant d'un jongleur. Personne ne fait attention à lui.

    Boulevard de Sébastopol, il repère Gilles, scotché à la devanture d'une librairie. Ils ne se font pas signe. Victor prend la rue Berger. Il se sent à la fois épuisé et excité. Des palissades, place du Bellay. Un ensemble monstrueux est prévu là."

    Ce que j'en pense :

    Évidemment tous les textes ne se valent pas mais l'ensemble est très agréable. On peut ainsi de temps en temps passer une heure de plaisir noir. De plus, à côté des "grosses pointures", il y a des auteurs qui sont vraiment à découvrir.

     

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  • Comme dans un miroir

    "Comme dans un miroir" de Gunnar Staalesen
    folio policier

    Présentation del'éditeur :

    Berit Breheim s’inquiète : sa sœur Bodil et son mari n’ont pas donné signe de vie depuis une quinzaine de jours. Elle demande à Varg Veum de les chercher discrètement. Or le détective ne cesse de se heurter à l’histoire familiale des deux sœurs : trente-cinq ans plus tôt, leur mère s’est tuée en voiture en s’enfuyant avec son amant, un saxophoniste de jazz. Officiellement, il s’agissait d’un pacte macabre. Bodil a-t-elle suivi les traces de sa mère? Il ne faut pas oublier que le passé peut parfois renvoyer une image déformée...

    Première page :

    "Je l'avais vue bien avant que nous nous croisions.
    Nous allions chacun dans sa direction sur la portion de montagne que les Berguénois appellent Vidden, le haut plateau, comme s'il n'y en avait qu'un. Elle arrivait d'Ulriken, en direction de Floien. Je venais de faire l'ascension de Trappefjellet, et je longeais l'alignement de cairns sur ce qui s'appelle depuis très longtemps Alfjellet. C'était un jeudi de la mi-avril, et la température hésitait encore entre des valeurs à un ou deux chiffres. Plus bas, sur Midtfjellet, j'avais entendu le cri strident caractéristique du bécasseau. Sous les nuages qui filaient dans le ciel, la première formation d'oies sauvages volait vers le nord, mystérieusement attirées par le More. Le printemps arrivait. Mais sur Vidden, il restait des névés. Du côté des marais en face de Hyttelien, on s'enfonçait sérieusement dans la boue quand on quittait le sentier.
    Tout à coup, elle disparut, telle une fée des forêts. Sur le dernier tronçon avant le Borgaskar, un coup d'index de géant en travers de Vidden, je la perdis de vue. "

    Ce que j'en pense :

    Comme d'habitude chez Gunnar Staalesen l'enquête se déroule à un rythme plutôt lent. La lecture est souvent ralentie par les nombreux noms propres en norvégien. Mais on est plongé dans une atmosphère à la Simenon, il y a de l'humour et l'intrigue est plaisante.

     

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  • Purgatoire des innocents

    "Purgatoire des innocents" de Karine Giebel
    Fleuve Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Je m’appelle Raphaël, j’ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. 
    Avec mon frère, William, et deux autres complices, nous venons de dérober trente millions d’euros de bijoux. 
    Ç’aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. 
    Deux morts et un blessé grave. 
    Le blessé, c’est mon frère. Alors, je dois chercher une planque sûre où Will pourra reprendre des forces.

    Je m’appelle Sandra. 
    Je suis morte, il y a longtemps, dans une chambre sordide. 
    Ou plutôt, quelque chose est né ce jour-là…

    Je croyais avoir trouvé le refuge idéal. 
    Je viens de mettre les pieds en enfer.

    Quelque chose qui marche et qui parle à ma place. 
    Et son sourire est le plus abominable qui soit…

    Première page :

    "15 h 00 - Paris, place Vendôme.

    - Collier en platine, incrusté d'un diamant blanc en poire de huit carats, de deux diamants jaunes de sept et cinq carats et de deux diamants roses de deux carats chacun.
    Il a psalmodié avec élégance et distinction. Presque à voix basse, tellement c'est indécent.
    Il scrute désormais le visage de la jeune femme, sûr de son effet. Elle a des yeux étonnants, qui le mettent légèrement mal à l'aise. Le gauche est bleu, irisé d'un soupçon de vert. Le droit est marron foncé. Deux bijoux sertis dans un visage délicat à la peau mate. D'ailleurs, elle n'est pas maquillée. Ses yeux n'ont vraiment besoin d'aucun artifice.
    Ce collier lui irait à merveille. Toutes les femmes ne sont pas faites pour porter trois millions d'euros autour du cou.
    Elle, si.
    Maintien de reine, élégance naturelle. Pourtant, elle ne doit pas nager dans le luxe depuis très longtemps. Ça aussi, le bijoutier le sent. Ayant l'habitude de voir défiler les clientes richissimes au milieu de ses vitrines, il distingue bien vite celles qui sont nées dans l'opulence de celles qui viennent d'y accéder."

    Ce que j'en pense :

    C'est un bon "page-turner", comme disent les anglais. En effet, on veut savoir comment tout cela va se passer et comment ça va se terminer (même si cela manque assez souvent de crédibilité). Il y a de l'angoisse, de la tension, le style est alerte, rapide mais on est très loin de retrouver la force  d'un de ses précédents romans  : "Juste une ombre".  Dans "Purgatoire des innocents…" tout semble beaucoup plus formel (au point d'avoir l'impression que l'auteure a ajouté des pages pour obtenir l'épaisseur d'un vrai thriller)  et, surtout, il n'y a plus cette adéquation entre le style et le contenu qui faisait de "Juste une ombre" un très bon livre.

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  • Bienvenue à Oakland

    "Bienvenue à Oakland" de Eric Miles Williamson
    traduction Alexandre Thiltges - Fayard

    Présentation de l'éditeur :

    États-Unis, de nos jours. T-Bird Murphy, la quarantaine, fils d’immigrés irlandais, se terre dans un box de parking. On le soupçonne d’un crime qu’il n’a peut-être pas commis.
          Incarnation du quart-monde occidental, T-Bird écrit sa rage. Un long monologue intérieur, animé par les figures de son passé, qui vient tromper sa solitude et mettre des mots sur la violence de l’exclusion.
          T-Bird a grandi dans le ghetto noir et mexicain d’Oakland, une ville industrielle qui rejette les Noirs, les Chicanos et les Blancs pauvres vers les décharges, sur les bords pollués de la baie de San Francisco.
          Pour faire mentir le destin, il a sacrifié à la sainte trinité : études, mariage et consommation. Il a fait tous les petits boulots, vécu dans les pires conditions. Mais on n’a jamais voulu voir en lui que l’enfant de ses origines, fauteur de troubles en puissance.
          Renvoyé à sa misère et du fond du chaos qui l’a englouti, il revendique la déchéance comme nouvelle forme de liberté, et la solidarité comme espérance de dignité.

    Première page :

     Rien ne me rend plus heureux que de vivre dans un trou, et je dois dire que j'ai vécu dans des sacrés trous de merde.

    J'ai vécu dans des cabanons de jardin qui puaient l'engrais et la tondeuse à essence, dans des entrepôts de matériaux de construction où j'inhalais des gaz d'échappement à longueur de nuit, dans des box soi-disant aménagés mais qui en fait ne l'étaient pas, avec sol en béton et établis branlants contre les murs, dans des relents de pisse de chat et d'opossums crevés. Ou alors, quand je trouvais où me garer sans avoir à me soucier des flics, des voisins, des commerçants et des veilleurs de nuit, je pionçais à l'arrière de mon break.

    Mais là, franchement, je suis le plus heureux des hommes.

    Je vis dans un garage individuel, au milieu de nulle part, dans ce putain de Missouri. Warrensburg. Deux cents dollars par mois. Le sol en béton est taché d'huile parce que les précédents locataires étaient des Chevy et des Ford.

    Ce que j'en pense :

    Dès les premières pages le ton est donné et tout le monde s'en prend plein la figure (le lecteur également)… on se demande si on tiendra les 405 pages. Et finalement on tient. C'est dur, violent, très noir, avec de l'humour (très noir lui aussi) mais au final, c'est un livre puissant, de la très bonne littérature "noire" (décidémént, le noir lui va très bien à ce bouquin, mais il y a quand même de belles lueurs surtout vers la fin). 

       

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  • Toi

    Toi

    "Toi" de Zoran Drvenkar
    Sonatine

    Présentation de l'éditeur :

    Imagine une tempête de neige sur l’autoroute. Un bouchon qui s’étire sur plusieurs kilomètres, aucune visibilité. Un homme sort de sa voiture et en silence assassine méticuleusement, à mains nues, vingt-six personnes dans les véhicules alentours. C’est le début d’une série de meurtres sans mobiles apparents commis par celui que la presse surnomme Le Voyageur. Imagine maintenant cinq adolescentes. Cinq amies avec leurs espoirs et leurs peurs, leurs envies et leurs problèmes. Cinq jeunes filles que rien ne peut séparer, qui vont être prises au piège d’une situation qui les dépasse. Prises en chasse par un homme à qui tu ne voudrais pas avoir affaire, elles vont se jeter dans une fuite en avant sauvage et désespérée. Imagine enfin un voyage jusqu’à un hôtel isolé en Norvège où tous ces protagonistes vont se retrouver pour une confrontation à la tension extrême et un dénouement qui te laissera sans voix. Zoran Drvenkar n’est pas un auteur comme les autres. Après Sorry (Sonatine Éditions, 2010), il subvertit une nouvelle fois tous les codes du genre et revient avec un thriller remarquable, à la construction vertigineuse. C’est dans un véritable piège qu’il entraîne un lecteur impliqué comme jamais, vibrant pour des personnages aussi complexes que fascinants.

    Première page :

    "Nous avons beau aspirer à la lumière, nous avons besoin de l’ombre. Le désir qui nous fait rechercher l’harmonie nous pousse aussi, dans un obscur recoin de notre cœur, vers le chaos. Un chaos tout relatif, nous ne sommes pas des barbares. Pourtant, c’est bien ce que nous devenons dès que notre monde déraille. Le chaos est toujours à l’affût.

    Jamais les pensées n’ont eu un impact aussi rapide. Les histoires ne se transmettent plus oralement, elles nous arrivent en kilo-octets à une vitesse vertigineuse, impossible désormais de détourner les yeux. Et quand l’excès se fait sentir, nous réagissons comme les barbares : nous transformons le chaos en mythe.

    Un de ces mythes est né il y a quatorze ans, en hiver, sur l’autoroute A4 entre Bad Hersfeld et Eisenach. Nous ne donnerons pas la date exacte, chacun peut se documenter s’il le souhaite. D’ailleurs, les mythes ne se soucient guère des dates, ils sont intemporels, ils sont l’ici et maintenant. Retournons donc dans le passé pour le transformer en présent.

    Nous sommes en novembre.

    Nous sommes en 1995.

    Nous sommes en pleine nuit.

    Depuis une heure déjà, le bouchon s’étire sur plusieurs kilomètres, d’abord sur trois voies, puis sur deux, enfin sur une avant l’arrêt complet. L’autoroute est balayée par la neige. La visibilité est réduite à quelques mètres. "

    Ce que j'en pense :

    Forme percutante, alerte. Intrigue assez prenante. Écriture originale avec  l'emploi de la deuxième personne du singulier qui s'adresse à chaque personnage, mais aussi au lecteur. C'est du travail bien fait mais il manque un petit quelque chose qui en ferait un très bon bouquin (une âme ?).

     

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  • Les derniers jours d'un homme

    "Les dernirs jours d'un homme" de Pascal Dessaint
    Rivages

    Présentation de l'éditeur :

    Une cité industrielle du Nord-Pas-de-Calais où la pollution a tout gangrené, une cité séparée du monde "sain et normal" par une autoroute, une cité qu'on ne quitte pas, sinon pour aller au cimetière. A une quinzaine d'années d'intervalle, deux voix se répondent. Celle d'un père, Clément, et celle de sa fille Judith. Les deux sont marqués par le deuil. Clément raconte la mort de sa jeune épouse et l'horreur de l'usine qu'il finit par lâcher, même si c'est pour trouver la précarité, pour arriver au drame qui va faire basculer sa vie. Judith, elle, est âgée de 18 ans et orpheline, elle a été élevée par son oncle Etienne, un homme à part, né avec un bras atrophié et qui, peut-être, boit pour oublier le malheur. Judith raconte sa vie avec l'oncle Etienne et cherche à éclaircir le mystère de la mort de son père. L'usine n'est plus là, il n'en reste que des traces indélébiles: crassiers, pollution, maladies et chômage. Cette usine était la vie des gens, leur gagne-pain; elle a aussi été leur mort.

    L'histoire de cette famille décimée, c'est l'histoire de toute une communauté doublement victime: à la fois de pratiques industrielles dévastatrices pour l'homme et son environnement, et aussi du cynisme d'affairistes voyous qui n'ont pas hésité à liquider une entreprise et ses ouvriers sur l'autel du profit.
    De manière transparente — seuls les noms propres sont légèrement modifiés —, Pascal Dessaint évoque le scandale de l'usine Metaleurop à Noyelles-Godault, qui, après avoir été le premier site mondial pour la production du germanium (sans parler des autres métaux), fut liquidée sans préavis pour les salariés et rasée en 2003 et 2006

     Avec ce roman choc sur un drame écologique et humain d'une rare ampleur, Pascal Dessaint, auteur d’une quinzaine d’ouvrages chez Rivages, élargit encore sa palette de romancier noir. Il quitte cette fois le pays toulousain pour renouer avec ses origines d'homme du Nord. Entre révolte et compassion, ni le ton ni le fond de ce livre ne peuvent laisser indifférent.

    Première page :

    "Automne

    Quelques jours avant sa mort, nous nous sommes cha­maillés. C'était parfaitement ridicule. Judith était déjà assise sur son rehausseur et je venais de vérifier que sa ceinture était bien mise. J'étais content, nous partions, pas longtemps et pas loin, mais nous partions. J'étais content et j'aurais pu être plus détendu. Depuis plusieurs semaines, je me faisais l'effet d'une meule de foin dans une prairie, une prairie près d'une forêt, une forêt en flammes. Je n'avais pas encore mis la clé dans le contact et Sabine a remarqué la toile d'araignée.

    Tu peux enlever cette toile d'araignée ? elle m'a demandé, un peu nerveuse.

    L'araignée avait tissé sa toile dans la coque du rétrovi­seur extérieur. C'était un rétroviseur réglable au tableau de bord. D'une pression du doigt, je pouvais faire pivoter le miroir. Les araignées ont parfois de drôles d'idées, ai-je pensé. Sabine attendait que je me décide. En quoi ça la gênait ? En quoi c'était gênant ? Nous ne prenions presque jamais la voiture. À l'époque où je travaillais à l'usine, je n'en avais pas besoin. Désormais, Thomas pas­sait me prendre et me raccompagnait tous les jours. Cette bagnole ne bougeait pas de la semaine, souvent de plusieurs semaines."

    Ce que j'en pense :

    Pas vraiment un roman noir, ni un polar, car tout est gris dans ce livre. On sent que Pascal Dessaint a retrouvé ses racines, c'est intime, émouvant. Bien sûr il y a parfois, comme dans d'autres romans de l'auteur, un excès de documentation qui peut paraitre superflu...

     

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