• Né d'aucune femme

    "Né d'aucune femme" de Franck Bouysse - La manufacture de livres

    Présentation de l'éditeur :

    " Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
    — Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
    — Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
    — De quoi parlez-vous ?
    — Les cahiers… Ceux de Rose."
    Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

    Première page :

    "Il se trouvait quelque part plus loin que les aiguilles de ma montre.

    Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradés de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion. Puis il y a les sons, les bruits, les cris, qui expriment, divulguent, agitent, déglinguent. Il y a du bleu dans le ciel et des ombres au sol, qui étirent la forêt et étendent l’horizon. Et ce n’est pas grand-chose, parce qu’il y a aussi tout ce qui ne peut se nommer, s’exprimer, sans risquer de laisser en route la substance d’une émotion, la grâce d’un sentiment. Les mots ne sont rien face à cela, ils sont des habits de tous les jours, qui s’endimanchent parfois, afin de masquer la géographie profonde et intime des peaux ; les mots, une invention des hommes pour mesurer le monde.

    A l’époque, je m’attendais à rien plus dans ma vie.

    Taire les mots. Laisser venir. Il ne resterait alors rien que la peau nue, les odeurs, les couleurs, les bruits et les silences."

    Ce que j'en pense :

    Écriture et intrigue parfaitement maitrisées pour ce roman noir, mais noir à la façon de Ron Rash. Après ses romans précédents, l’auteur nous surprend en se mettant dans la peau d’une femme qui va connaître la cruauté, la souffrance, la résistance face à l’innommable. C’est sans doute le roman le plus fort de Franck Bouysse. On se souviendra de ce roman, l’un des plus forts que j’ai lus depuis longtemps.

    Né d'aucune femme

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  • Plateau

    "Plateau" de Franck Bouysse - Le livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    Plateau de Millevaches. Judith et Virgile tiennent une petite ferme dans un hameau. Le couple a élevé Georges, un neveu dont les parents sont morts dans un accident de la route quand il avait cinq ans. Il vit dans une caravane tout près de chez son oncle et sa tante. Lorsqu'une jeune femme vient s'installer chez lui, lorsque Karl, ancien boxeur tiraillé entre pulsions sexuelles et croyance en Dieu, emménage dans une maison du même village, et lorsqu'un mystérieux chasseur sans visage rôde alentour, les masques s'effritent et des coups de feu résonnent sur le Plateau.
    Une écriture ciselée pour exprimer la rudesse du paysage et la profondeur des caractères. Comme Grossir le ciel, noir et bouleversant.

    Première page :

    " Cet endroit, on s’y jette avec dévotion. On s’y perd, aussi, guidé par l’instinct, quelque chose de sacré. Quand les voix se muent en mortelles suppliques et les chants en discours primitifs. Un endroit où se tenir debout, dans l’orgueilleuse posture de l’initié. Un endroit où le monde s’arrête chaque jour pour des armées d’êtres vivants incapables d’en imaginer un autre, et si quelque fou avait l’idée d’y bâtir une ville, il s’en trouverait toujours un pour sculpter sa propre folie dans le tronc d’un chêne centenaire, et remiser l’âme égarée dans la profondeur des enfers.

    Un endroit où l’on prie encore à l’édification d’une simple maison de pierres grises parfumées de torchis, et même qu’on n’en voudrait à personne que des dieux anciens se risquent à émettre un avis contraire. On s’en remettrait à eux sans discussion. Car aucun homme sain de corps et d’esprit n’est en mesure d’offrir quoi que ce soit à cette terre et, prenant conscience d’une telle évidence, il peut y demeurer, la servir en quelque manière, chevaucher les montagnes, dépenser un bonheur asservi durant le temps d’une existence, et puis pourrir dans la vallée."

    Ce que j'en pense :

    On retrouve bien sûr la façon qu’a l’auteur de nous mettre au cœur d’un paysage plutôt rude, de nous montrer des personnages taiseux, complexes, secrets mais souvent sympathiques. Reconnaissons toutefois que l’arrivée du personnage du chasseur parait un peu étonnante et peu crédible. L’écriture est toujours aussi riche, poétique. Mais il y a quelque chose qui pourrait lasser, comme si l’auteur avait tiré le bon filon. On ne retrouve que rarement la force et la puissance de « Grossir le ciel ». Sans doute faut-il éviter de lire trop de Bouysse à la suite.

    Plateau

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  • Trouver l'enfant

    "Trouver l'enfant" de René Denfeld - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Madison Culver a disparu alors que ses parents choisissaient un arbre de Noël dans la forêt nationale de Skookum, Oregon. Elle aurait aujourd'hui huit ans. Certains qu'elle est encore vivante, les Culver se tournent vers Naomi Cottle. Enquêtrice privée connue de la police comme "la femme qui retrouve les enfants", Naomi est leur dernier espoir. Sa recherche méthodique l'emmène dans les terres sauvages du Nord-Ouest Pacifique, et au cœur de son propre passé. Alors que Naomi suit la piste de l'enfant, les fragments d'un rêve sombre viennent lui rappeler une perte terrible depuis longtemps refoulée.

    Première page :

    "C’était une petite maison jaune donnant sur une rue déserte. Elle dégageait une impression de découragement, mais de cela, Naomi avait l’habitude. La jeune mère qui ouvrit la porte était frêle et paraissait beaucoup plus âgée qu’elle ne l’était. Ses traits semblaient tirés et fatigués.

    « C’est vous qui retrouvez les enfants », dit-elle.

    Elles s’assirent sur un canapé dans la salle de séjour vide. Naomi remarqua un tas de livres d’enfants entassés sur la table près d’un fauteuil à bascule. Elle aurait pu jurer que rien n’avait changé dans la chambre de la fillette.

    « Je m’en veux de ne pas avoir entendu parler de vous plus tôt, dit le père en frottant ses mains l’une contre l’autre dans le fauteuil proche de la fenêtre où il était assis. Nous avons tout essayé. Tout ce temps…

    – Même un médium, compléta la mère avec un sourire douloureux.

    – On dit que vous êtes la meilleure pour retrouver les enfants qui ont disparu, reprit le père. Je ne savais même pas qu’il existait des enquêteurs spécialisés, pour ça.

    – Vous pouvez m’appeler Naomi », leur dit-elle.

    Du regard, ils la scrutaient : ossature robuste, mains tannées que le travail ne semblait pas rebuter, longs cheveux bruns, un sourire désarmant."

    Ce que j'en pense :

    La disparition d’enfant, voilà un sujet très sensible. Le cauchemar vécu par la fillette est décrit avec beaucoup de pudeur et cela en a encore plus de force. L’autrice a traité ce roman de façon admirable en ajoutant plusieurs points de vue. Elle sait nous entrainer dans ces paysages de forêt enneigée et glaciale de l’Oregon. Le personnage de Naomi est d’une belle complexité mais la description des autres protagonistes est également bien réussie.

    Trouver l'enfant

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  • Grossir le ciel

    "Grossir le ciel" de Franck Bouysse - Le livre de poche (policier)

    Présentation de l'éditeur :

    Les Doges, un lieu-dit au fin fond des Cévennes. C’est là qu’habite Gus, un paysan entre deux âges solitaire et taiseux. Ses journées  : les champs, les vaches, le bois, les réparations. Des travaux ardus, rythmés par les conditions météorologiques. La compagnie de son chien, Mars, comme seul réconfort. C’est aussi le quotidien d’Abel, voisin dont la ferme est éloignée de quelques mètres, devenu ami un peu par défaut, pour les bras et pour les verres. Un jour, l’abbé Pierre disparaît, et tout bascule  : Abel change, des événements inhabituels se produisent, des visites inopportunes se répètent.
    Un suspense rural surprenant, riche et rare.

    Première page :

    "C'était une drôle de journée, une de celles qui vous font quitter l'endroit où vous étiez assis depuis toujours sans vous demander votre avis. Si vous aviez pris le temps d'attraper une carte, puis de tracer une ligne droite entre Alès et Mende, vous seriez à coup sûr passe par ce coin paumé des Cévennes. Un lieu-dit appelé Les Doges, avec deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, quelques prairies, de la neige une partie de l'année, et de la roche pour poser le tout. Il y avait aussi des couleurs qui disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tour à tour espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le cœur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles.

    Le hameau le plus proche s'appelait Grizac, situé sur la commune du Pont-de-Montvert. Une route les reliait et devait bien mener quelque part si on prenait le temps de s'y attarder."

    Ce que j'en pense :

     Ce n'est pas un livre policier mais un très beau roman noir.  C'est, entre autre, un roman sur la terre, le silence, le secret, la montagne, le froid... un peu à la manière de l'auteur américain Ron Rash. Les personnages, leur relation, leur travail sont magnifiquement campés dans cette montagne cévenole. L'écriture très riche nous fait pénétrer avec une certaine tendresse dans cette atmosphère lourde et angoissante. 

    Grossir le ciel

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  • Aux animaux la guerre

    "Aux animaux la guerre" de Nicolas Mathieu - Babel noir

    Présentation de l'éditeur :

    Une usine qui ferme dans les Vosges, tout le monde s'en fout. Une centaine de types qui se retrouvent sur le carreau, chômage, RSA, le petit dernier qui n'ira pas en colo cet été, un ou deux reportages au 19/20 régional et puis basta. Sauf que les usines sont pleines de types dangereux qui n'ont plus rien à perdre. Comme Martel, le syndicaliste qui planque ses tatouages, ou Bruce, le bodybuilder sous stéroïdes. Des types qui ont du temps et la mauvaise idée de kidnapper une fille sur les trottoirs de Strasbourg pour la revendre à deux caïds qui font la pluie et le beau temps entre Epinal et Nancy. Une fille, un Colt 45, la neige, à partir de là, tout s'enchaîne. Aux animaux la guerre, c'est le roman noir du déclassement, des petits Blancs qui savent désormais que leurs mômes ne feront pas mieux et qui vomissent d'un même mouvement les patrons, les Arabes, les riches, les assistés, la terre entière. C'est l'histoire d'un monde qui finit. Avec une fille, un Colt .45, la neige.

    Première page :

    "Cet automne-là, on tuait en plein jour. En pleine rue. En toute bonne foi.

    Le centre d'Oran était tout barbouillé de slogans. Trois lettres majuscules résonnaient sur les murs jaunis, suscitant l'espoir ou bien la peur, selon qu'on voulait rester ou les voir partir. Comme si la guerre faisait de la réclame.

    Le fond de l'air était chargé d'une perpétuelle odeur de bois brûlé. Les jeunes filles ne se promenaient plus, bras dessus bras dessous, affriolantes et farouches sur les boulevards ascendants. Les beaux bruns en mocassins avaient rangé leurs sourires. Ils lisaient les journaux et affichaient des mines butées aux terrasses des cafés.

    Dans les quartiers européens, on dormait mal et la chaleur n'avait rien à y voir. Sous les oreillers, des pères inquiets planquaient des revolvers d'avant-guerre. Les grands-mères mêmes, hagardes et venimeuses, se préparaient à tuer ou mourir.

    Oran était une monstrueuse pièce montée, un imbroglio de monuments pompeux et de rues étroites où la peur et la haine coulaient comme des oueds au printemps.

    Quand tombait le soir, on s'attardait encore sur les places, à l'ombre des figuiers, pour jouer aux cartes ou boire une anisette en bavardant. Mais déjà, plus personne ne croyait à cette douceur de vivre. Les hommes avaient perdu le rythme. Leur ton était bas, leurs gestes plus mesurés. Ils passaient sur leurs nuques des mouchoirs brûlants, s'épongeaient avec lassitude. La blancheur n'existait plus. Les draps, les chemises, les jupons avaient un air continuellement malpropre…"

    Ce que j'en pense :

    J'avais déjà lu ce livre à sa sortie en juin 2015. Je n'ai pas lu le livre de Nicolas Mathieu qui a obtenu le prix Goncourt : "Leurs enfants après eux" et je n'ai pas non plus vu la série télévisée produite à partir de "Aux animaux la guerre". Je rejoins complètement la critique que j'avais faite en 2015 :  L'intrigue est maîtrisée, les personnages (nombreux) sont bien campés, l'environnement social et la région des Vosges sont présents… C'est donc un bon premier roman. Mais ce livre n'arrive pas à la hauteur des romans de Pierre Pelot, Vosgien comme Nicolas Mathieu. Il me reste à lire son dernier roman "Leurs enfants après eux".

    Aux animaux la guerre

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  • Salut à toi ô mon frère

    "Salut à toi ô mon frère" de Marin Ledun - Gallimard, série noire

    Présentation de l'éditeur :

    La grouillante et fantasque tribu Mabille-Pons : Charles, clerc de notaire pacifiste, Adélaïde, infirmière anarchiste et excentrique, les enfants libres et grands, trois adoptés. Le quotidien comme la bourrasque d'une fantaisie bien peu militaire. 
    Jusqu'à ce 20 mars 2017, premier jour du printemps, où le petit dernier manque à l'appel. Gus, l'incurable gentil, le bouc émissaire professionnel, a disparu et se retrouve accusé du braquage d'un bureau de tabac, mettant Tournon en émoi. Branle-bas de combat de la smala! Il faut faire grappe, retrouver Gus, fourbir les armes des faibles, défaire le racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, lutter pour le droit au désordre, mobiliser pour l'innocenter, lui ô notre frère.

    Première page :

    "La trappe du grenier se soulève en grinçant, libérant une avalanche de hurlements et de bruits de cavalcades. La voix de Camille s'élève en trémolos dans l'espace exigu de ma chambre, rauque et engageante comme un lundi matin.

    — Rose, c'est toi qui m'as encore piqué mon tee-shirt bleu, tu sais, celui avec des paillettes?

    Le réveil est brutal. En dessous, ça grouille. Dans tous les sens du terme et dans toute la maison. Ça s'agite en grand nombre. En quinconce. C'est rempli d'une masse confuse et en mouvement.

    C'est «plein de», tout court. Dixit le Larousse illustré.

    Huit au total.

    Un père, une mère et leurs six enfants. Deux filles, quatre garçons. Une équipe mixte de volley-ball et deux remplaçants, ma famille au grand complet. Neuf en comptant le chien. Onze si l'on ajoute les deux chats. Et douze si l'on compte la petite voix de l'oreiller qui me susurre en ce moment même, par ordre décroissant : de dire à ma sœur cadette que je l'aime d'un amour vrai et sincère, de l'étrangler, de la jeter en bas de l'escalier, puis de refermer cette maudite trappe…."

    Ce que j'en pense :

    C’est un beau portrait d’une famille très originale et décalée par rapport aux normes d’une société « bien pensante ». On retrouve les thèmes de l’auteur : dénonciation du racisme « ordinaire », de la bêtise et de l’intolérance. L’intrigue est assez légère mais l’écriture est agréable.  L’humour est omniprésent avec toutefois une propension trop grande à faire des clins d’œil, des allusions à des films, des séries, des chansons … C’est supposé participer au portrait de la narratrice mais cela exclut souvent le lecteur.

    Salut à toi ô mon frère

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  • Monteperdido

     "Monteperdido" de Agustin Martinez - actes noirs, Actes Sud

    Présentation de l'éditeur :

    Monteperdido : un village de montagne acculé contre les plus hauts pics des Pyrénées. Des routes sinueuses, impraticables en hiver, des congères, des rivières qui débordent. Quelques familles, souvent coupées du monde, des sangliers et des chevreuils dans les forêts de peupliers et de pins noirs. C’est là que disparaissent un jour deux fillettes de onze ans qui, comme tous les soirs, traversaient la pinède de retour du collège. Malgré la mobilisation exemplaire du village, on n’a jamais retrouvé leurs traces.
    Cinq ans plus tard, au fond d’un ravin, une voiture accidentée et le cadavre d’un homme. À ses côtés, une adolescente désorientée mais vivante : Ana, une des fillettes disparues. Si l’autre est toujours en vie, le temps presse. Qui se cache derrière cet enlèvement ? Deux inspecteurs de Madrid viennent rouvrir l’enquête mais se heurtent à l’hostilité des habitants qui chassent en meute, faisant front contre l’élément exogène, prêts à lutter jusqu’à la mort pour cacher leurs terrifiants secrets. Il apparaît pourtant qu’Ana connaît son ravisseur. Est-ce uniquement la peur et la proximité de son bourreau qui la musellent ? Comment comprendre la troublante triangulation qui s’est jouée pendant cinq ans dans le sous-sol exigu d’un refuge de montagne ? 

    Première page :

    "Le glacier fondait sous la chaleur de l'été. Les plaques se lézardaient en émettant de légers craquements, et un fin ruissellement d'eau zébrait les parois du mont Perdu qui surplombait le village et lui donnait son nom : Monteperdido.

    A quelques kilomètres de là, plus bas, au fond d'un ravin, les roues avant de la voiture tournaient encore. Elle était à l'envers, le pare-brise brisé dessinait une toile d'araignée au milieu d'un nuage de poussière et de fumée. Quelques centaines de mètres plus haut, le chemin de terre d'où elle était tombée s'accrochait au flanc de la montagne. La chute avait laissé un sillon d'arbres arrachés et de terre labourée.

    Le vent balaya la fumée et révéla une flaque rouge à l'intérieur de la voiture, alimentée par un filet de sang, comme un robinet mal fermé, qui prenait sa source au front du chauffeur suspendu en l'air, retenu par la ceinture de sécurité. Le choc lui avait ouvert le crâne.

    Malgré les sifflements du vent, on percevait un gémissement. Presque un sanglot. Une fille, les bras marqués par une fine pluie de coupures, les vêtements en lambeaux et les cheveux sur le visage, se traînait hors du véhicule par la lunette arrière, également brisée. Les éclats de verre s'enfonçaient dans ses cuisses. Elle avait à peine seize ans. Elle surmonta la douleur et, dans un dernier effort, parvint à s'extraire entièrement.

    Elle se laissa tomber, épuisée. Sa respiration, encore irrégulière, la secouait tout entière chaque fois qu'elle cherchait à reprendre son souffle."

    Ce que j'en pense :

    Évidemment on a envie d’aller au bout de ce livre et l’auteur multiplie les « fausses pistes » afin de nous accrocher. Mais c’est long, on finit presque par s’ennuyer. Les personnages, nombreux, manquent d’épaisseur et, surtout, l’écriture (et/ou la traduction) est assez catastrophique (parfois cela frôle le ridicule). C’est sans doute la base d’un scénario pour une énième série policière mais ce n’est pas un bon polar.

    Monteperdido

     

     

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  • Mamie Luger

    "Mamie Luger" de Benoit Philippon - Les Arènes

    Présentation de l'éditeur :

    Six heures du matin, Berthe, cent deux ans, canarde l’escouade de flics qui a pris d’assaut sa chaumière auvergnate. Huit heures, l’inspecteur Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La grand-mère au Luger passe aux aveux et le récit de sa vie est un feu d’artifice. Il y est question de meurtriers en cavale, de veuve noire et de nazi enterré dans sa cave.
    Alors aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la vieille édentée, mais il sent qu’il va falloir creuser. Et pas qu’un peu.

    Première page :

    "6h08

    Blam ! Blam !

    Berthe recharge. Ses membres tremblent. Beaucoup d'émotions pour une vieille de cent deux ans. Elle pense à sa camomille qui prend la poussière sur l'étagère de sa cuisine et se dit qu'elle s'en ferait bien une tasse. Les sirènes qui résonnent au loin ne sonnent peut-être pas encore le glas, mais reculent inéluctablement la perspective du réconfort d'un bon pisse-mémère.

    De Gore gît à quelques pas de la niche de son chien. Du sang autour de lui. Il a un trou dans le dos, un autre dans le cul, en plus de l'officiel. Merde, elle y a peut-être été un peu fort. Berthe ne l'a jamais aimé, de Gore. Le digne descendant de sa raclure de père. Elle ne pensait pas pour autant qu'il finirait au bout de son canon. Même si l'idée l'a souvent titillée.

    Rien de ce qui est arrivé ce matin n'était prémédité. Roy et Guillemette avaient besoin d'un moyen de locomotion et de temps, et Berthe s'apprêtait à leur procurer les deux. À son âge, on ne peut plus…"

    Ce que j'en pense :

    On retrouve la petite vieille du roman précédent de Philippon « Cabossé ». On retrouve également la même plume truculente de l’auteur (on pense toujours à Audiard). Mais cela passe moins bien que dans le premier livre, il y a un essoufflement, une lassitude après les deux tiers du livre.

    Mamie Luger

    Mamie Luger

     

     

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  • La petite gauloise

    "La petite gauloise" de Jérôme Leroy - la manufacture de livres

    Présentation de l'éditeur :

    Dans une grande ville de l'Ouest, le temps est suspendu et l'on s'attend au pire. Enfin, si seulement on savait à quoi s'attendre... Mais il aurait fallu que l'indic parle plus tôt. Ou que le flic auquel il s'est confié avant d'être descendu ne soit pas lui aussi tué par erreur. Il aurait fallu que les types qui préparent le coup ne se retrouvent pas éparpillés aux quatre coins de la ville, planqués dans des caves et des entrepôts. Il aurait fallu que cette affaire là ressemble à ce que l'on connaît. Seulement qui pouvait prévoir que tout repose entre les mains d'une gamine encore au lycée, de cette petite gauloise mystérieuse et prête à tout pour que sa vie ait un sens. Après Le Bloc et L'Ange gardien, Jérôme Leroy, subtil observateur des dérives politiques et identitaires de notre société, nous offre un nouveau roman incisif et troublant.

    Première page :

    "La raison pour laquelle la tête du capitaine de police Mokrane Méguelati, de l'antenne régionale de la Direction générale de la sécurité intérieure, vient d'exploser sous l'effet d'une balle de calibre 12, sortie à une vitesse initiale de 380 mètres par seconde du canon de 51 cm d'un fusil à pompe Taurus, fusil lui-même tenu par le brigadier Richard Garcia, policier municipal, est sans doute à chercher dans des désordres géopolitiques bien éloignés de la banlieue caniculaire qui surplombe cette grande ville portuaire de l'Ouest, connu pour son taux de chômage aberrant, ses chantiers navals agonisants et sa reconstruction élégamment stalinienne après les bombardement alliés de 1944."

    Ce que j'en pense :

    C’est plein d’ironie assez mordante et parfois féroce mais pour moi c’est toujours clairvoyant. Il faut bien sûr rentrer dans l’écriture de Jérôme Leroy qui se situe souvent entre humour et désespoir. La vie dans le lycée, les personnages de profs, d’écrivain, d’élèves… sont parfaitement décrits. Très grand roman noir (plutôt court : 140p).

    La petite gauloiseLa petite gauloiseLa petite gauloiseLa petite gauloise

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  • Or noir

    "Or noir" de Dominique Manotti - folio policier

    Présentation de l'éditeur :

    Marseille, 1973. Le commissaire Daquin, vingt-sept ans, prend son premier poste au commissariat de l'Évêché. Il découvre une ville ensanglantée par les règlements de comptes liés à la liquidation de la French Connection. Il tente de faire son trou au sein des services de police en guerre larvée. Il assiste à la naissance mouvementée d'un nouveau marché de produits pétroliers, et à l'ascension fulgurante des traders assoiffés d'argent frais qui le mettent en œuvre. En somme, tout pour le pousser à constater sans tarder que les requins les plus dangereux ne sont pas ceux que l'on croit...

    Première page :

    "Mai 1966, New York

    Au mois de mai à New York, il fait beau, l’air est doux, loin des chaleurs écrasantes de l’été, un temps propice aux mondanités. Ce jour-là, Michael Frickx, le trader le plus en vue de CoTrade, société de trading de minerais dont le siège est à New York, épouse Emily Weinstein, la petite-fille de Nat Weinstein, le patron de la Société des Mines d’Afrique du Sud, à la grande synagogue de la 5e Avenue.

    Après la cérémonie religieuse et avant un grand dîner de plusieurs centaines de couverts dans un grand hôtel de la ville, Joshua Appelbaum, le patron de CoTrade, reçoit chez lui une cinquantaine de proches, pour leur présenter lui-même la jeune épouse, et arroser entre amis l’heureux événement.

    Il habite un appartement de deux étages au sommet d’un gratte-ciel sur la 5e Avenue. Debout dans le petit salon qui jouxte l’entrée, il reçoit ses invités en compagnie de la mariée, âgée de vingt ans. Les invités la dévisagent avec curiosité et une touche de méfiance. Personne ne la connaît, elle débarque directement de l’Afrique du Sud, …"

    Ce que j'en pense :

    Encore un polar bien écrit et très bien documenté de Dominique Manotti. Le rythme est un peu lent car il est ralenti par les explications politico-financiéro-mafieuse des environs de Marseille. Dommage.

    Or noir

    Or noir

     

     

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