• Le cœur de Berlin

    "Le cœur de Berlin" de Elie Maure - Les allusifs

    Présentation de l'éditeur :

    Simon ne vit que pour le temps qu’il consacre à l’écriture et au vélo. À la mort de son chien, ses repères s’effritent, et lentement remonte à la surface le souvenir de Béatrice, sa sœur depuis longtemps disparue et dont il était autrefois si proche. Convaincu qu’elle se trouve encore quelque part, il décide de retrouver sa trace et de refermer le cercle d’injustice créé autour d’elle. Il trompe l’ennui d’un été caniculaire en reconstituant le vénéneux récit familial à travers ses souvenirs et l’évocation de son enfance vécue en Algérie. Mais il se lance aussi dans une quête plus profonde, celle de l’identité qu’un fils construit à partir d’un père qu’il ne connaît pas.
    De choses tues en révélations, de personnages brisés en êtres dédiés à la vie, Le cœur de Berlin brosse dans un style intimiste et émouvant un portrait cru du mal parfois fait aux siens, du désir d’exister et des conséquences du mensonge.

    Première page :

    "ÉTÉ

    J écris un livre pour y cacher mes pensées. Ma sœur est comme un astre noir, j'essaie de le regarder mais je n'y vois que de l'obscurité. Cette nuit m'envahit et crée autour de moi une densité dont je n'arrive plus à me détacher. J'erre dans l'été comme un Inuit dans une immensité glacée, je parcours la ville à vélo et il me semble qu'il s'agit toujours de la même rue. Je vois les arbres, les érables généreux qui ploient vers moi et, m'enfonçant dans ce tunnel vert, je fixe cet asphalte que je déteste si ce n'est quand il est lisse et sec et que j'entends à peine le crissement de mes pneus. J'avance aveuglément avec cette crainte constante que le mal paralyse à nouveau mes jambes et je redoute ce poison insidieux qui s'infiltre dans mes muscles alors que des sources dont j'ignorais l'existence se mettent à jaillir et répandent le liquide de l'inertie sous mes sens affolés. Je pédale plus rapidement, profitant de chaque accélération pour échapper au sort qui m'attend, mais mes cuisses s'engourdissent déjà et je pousse sur chaque pédale avec bientôt des jambes de bois. Il fait chaud, c'est la belle saison, je ne l'oublie pas, les gens sont légers et moi plus profondément malheureux que je ne l'ai jamais été. Je me dirige vers le quartier de Verdun et délaissant la piste cyclable du canal de Lachine devant le pont piétonnier qui mène au marché…"

    Ce que j'en pense :

    Ce n’est pas un livre qui se lit facilement. On sent bien qu’il y a le poids de lourds secrets mais c’est volontairement lent, comme si l’auteure réservait les révélations pour la fin… et c’est ce qu’elle fait ! J’ai lu d’autres romans plus forts sur le même thème (et par des auteurs québécois). Reste quand même une belle description d’une presque impossibilité à vivre lorsque les non-dits commencent à se révéler.

    Le cœur de Berlin

    Le cœur de Berlin

     

     

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  • La vraie vie

    "La vraie vie" de Adeline Dieudonné - L'Iconoclaste

    Présentation de l'éditeur :

    C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
    Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

    D’une plume drôle et fulgurante, Adeline Dieudonné campe des personnages sauvages, entiers. Un univers acide et sensuel. Elle signe un roman coup de poing.

    Première page :

    "À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres. 

    Des daguets, des sangliers, des cerfs. Et puis des têtes d’antilopes, de toutes les sortes et de toutes les tailles, springboks, impalas, gnous, oryx, kobus… Quelques zèbres amputés du corps. Sur une estrade, un lion entier, les crocs serrés autour du cou d’une petite gazelle. 

    Et dans un coin, il y avait la hyène. 

    Tout empaillée qu’elle était, elle vivait, j’en étais certaine, et elle se délectait de l’effroi qu’elle provoquait dans chaque regard qui rencontrait le sien. Aux murs, dans des cadres, mon père posait, fier, son fusil à la main, sur des animaux morts…"

     

    Ce que j'en pense :

    J’ai toujours beaucoup de méfiance lorsqu’un livre fait l’unanimité dans la presse et dans la blogosphère… mais là … je m’associe au concert de louanges à la publication de ce premier roman d’une auteure belge (il y a quand même beaucoup de gens talentueux chez les belges !). Je n’ai pas pu lâcher le livre avant la fin. C’est une écriture magnifique à la fois pleine d’humour, d’inventions et de forces. On se dit, après avoir lu une dizaine de pages, que ça ne va pas pouvoir tenir avec cette énergie jusqu’au bout… et bien si, ça tient ! C’est un conte sauvage, initiatique, drôle, cruel, sensuel, poétique, sombre… (et on pourrait ajouter d’autres adjectifs pour monter la richesse de ce livre). 

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  • Le jour d'avant

    "Le jour d'avant" de Sorj Chalandon - Le livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    « Venge-nous de la mine, avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis. À sa mort, mes poings menaçant le ciel. Je n’ai jamais cessé de le lui promettre. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J’allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n’avaient jamais payé leurs crimes. »

    Suite au décès de son frère Joseph, mineur, à cause du grisou dans la fosse Saint-Amé à Liévin en décembre 1974, Michel Flavent se promet de le venger un jour et quitte le nord de la France. Quarante ans après, veuf et sans attache, il rentre au pays pour punir le dernier survivant, un vieux contremaître, et enfin tourner la page.

    Première page :

    "Joseph, mon frère

    (Liévin, jeudi 26 décembre 1974)

    Joseph, serré tout contre moi. Lui sur le porte-bagages, jambes écartées par les sacoches comme un cow-boy de rodéo. Moi penché sur le guidon, main droite agaçant la poignée d'accélération. Il était bras en l'air. Il chantait fort. Des chansons à lui, sans paroles ni musique, des mots de travers que la bière lui soufflait.

    Les hurlements de notre moteur réveillaient la ville endormie.

    Mon frère a crié.

    — C'est comme ça la vie !

    Jamais je n'avais été aussi fier.

    J'avais conduit la mobylette de Jojo une seule fois avant cette nuit-là. En rond dans notre cour de ferme, comme un cheval de manège empêché par sa longe. Il avait acheté cette Motobécane pour remplacer la vieille Renault qu'il n'utilisait plus. Il ne réparait pas sa voiture, il la ranimait. Et la laissait vieillir le long du trottoir."

    Ce que j'en pense :

    C’est un roman qu’on lit avec beaucoup d’émotion. Chalandon a vraiment beaucoup de talent pour nous faire pénétrer dans cet univers des corons, dans ce monde des mineurs. Il sait aussi nous réserver des surprises et des rebondissements… Il faut lire les romans de Chalandon !

    Le jour d'avant

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  • Les bracassées

    "Les bracassées" de Marie-Sabine Roger - La brune au Rouergue

    Présentation de l'éditeur :

    Fleur et Harmonie ont des prénoms un peu... trompeurs. Harmonie est jeune, nerveuse, sensible. Elle est affligée d'un syndrome pénible, et se collète résolument avec une vie qui ne lui fait pas de cadeaux. Fleur est âgée, obèse, pétrie d'angoisses, de manies. Elle vit seule avec son chien Mylord et son armoire à pharmacie. Elle se méfie de tout le monde, sauf de son thérapeute, le cher docteur Borodine. Autour d'elles, Elvire, Tonton, le merveilleux Monsieur Poussin. Autant de personnages singuliers, touchants et drôles. Rien n'aurait dû les rassembler, si ce n'est leur étrangeté et le fait que la société fait d'eux des inclassables, incapables, déclassés, bras cassés. Dans ce roman, il y a de la musique russe, un petit chien en surpoids, des gens un peu fêlés, des monstres improbables, de très beaux portraits en noir et blanc, de la traîtrise et du drame, et - ce n'est pas du luxe - un peu de tolérance.

    Première page :

    "Lundi 26 juin 16 h 38

    J’ai rendez-vous à 18 h 15 avec la jeune femme qui m’a téléphoné pour l’annonce, et je me suis aperçue après son appel que je n’avais même pas pensé à lui demander son nom. C’est stupide de ma part, et d’une telle indélicatesse ! Je n’ai pas osé la rappeler. Je me le suis vertement reproché, même si j’ai des excuses, car parler au téléphone est bien trop pénible pour moi. Le docteur Borodine m’encouragerait à ce genre d’exercice, j’en suis sûre. Il aurait certainement raison. Malgré tout, si je peux éviter de me mettre toute seule dans des situations que je déteste, je ne vais pas m’en priver. Thérapie ou pas thérapie.

    Je ne sais pas de quelle façon cette jeune femme aura interprété mon manque de curiosité. Je ne voudrais pas passer à ses yeux pour une de ces personnes prétentieuses pour lesquelles une employée de maison en vaut une autre, sans qu’il soit nécessaire de connaître son nom.

    De plus, elle m’a fait très bonne impression, même si j’ai eu par moments quelques difficultés à la comprendre."

    Ce que j'en pense :

    Dans ce livre on retrouve chez Marie Sabine Roger l’humour, la tolérance, le respect et l'empathie pour les personnes « différentes ». Il y a bien sûr des portraits très réussis et c’est le cas de la jeune « Harmonie ». Pour la vieille « Fleur » c’est beaucoup moins crédible.

    Les bracassées

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  • Je n'ai pas toujours été un vieux con

    "Je n'ai pas toujours été un vieux con" de Alexandre Feraga - J'ai lu

    Présentation de l'éditeur :

    «Je n'ai pas toujours été un vieil homme dépendant. Lorsque l'on nous voit pour la première fois, nous les ancêtres, les croulants, les débris, les soixante-dix-huit tours, on nous aborde ridés, arthritiques et séniles. Il devient impensable que le papy amarré à son lit d'hôpital ait pu un jour envoyer une saloperie de balle de golf avec un balancement souple du tronc.» Léon, armé de son humour, refuse de se laisser écraser par les outrages de la vieillesse. Amateur de coups tordus, il est encore prêt à jouer un dernier tour à tous ceux qui croient qu'un vieux, ce n'est jamais qu'un... vieux. 

    Première page :

    "Je n'ai pas toujours été un vieil homme dépendant. On ne s'imagine pas assez tout ce qu'un corps peut traverser dans une vie, surtout quand les canons sont muets. Lorsque l'on nous voit pour la première fois, nous les ancêtres, les croulants, les débris, les soixante-dix-huit tours, on nous aborde ridés, édentés, arthritiques et séniles. Usés en somme. Il est presque impossible de croire que nos vieilles cellules ont eu leur chance. Nous aurions toujours vécu dans cet état comme par magie, nous aurions toujours été baignés de lumière crépusculaire. Il devient impensable que le papy amarré à son lit d'hôpital ait pu un jour envoyer une saloperie de balle de golf avec un balancement souple du tronc. Un vieux est un vieux, point à la ligne.

    L'infirmière qui en ce moment lave ma verge est à mille lieues de penser à des aventures lubriques. Elle se dit qu'elle tient une trompe flasque, un objet asexué tout juste bon à remplir un slip. Je ne lui en veux pas et ne possède de toute façon plus d'arguments visibles pour lui prouver le contraire. J'aurais bien envie de lui narrer mes exploits passés, non par fierté,…"

    Ce que j'en pense :

    Le titre est intéressant, le reste du livre un peu moins. On le lit sans difficulté mais avec l’impression que tout cela manque de quelque chose. Le personnage principal n’est pas sympathique, on a du mal à s’y attacher. Les allers-retours entre présent et passé finissent par lasser.

    Je n'ai pas toujours été un vieux con

     

     

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  • Un œil en moins

    "Un oeil en moins" de Nathalie Quintane - POL

    Présentation de l'éditeur :

    «Bergen, Berlin, Rio, Paris – et la province française. Des gens s’assemblent, discutent, écrivent sur des murs, certains tapent dans des vitrines. 
    En échange, on leur tape dessus, on les convoque au tribunal et, à l’occasion, on leur ôte un œil. 
    C’est la vie démocratique. 
    Alors, je me suis dit : Tiens, et si, pour une fois, je sortais un pavé?»

    Première page :

    "Nous apportons des dessins de presse imprimés en noir et blanc sur des pages A4 représentant des hommes politiques du moment : Emmanuel Macron, Emmanuel Valls, François Hollande, Monsieur Gattaz.

    Ils sont étalés sur la table.

    Nous les soulevons, nous les regardons, nous les déplaçons, la définition n’est pas très bonne.

    Nous nous proposons d’en tirer deux cents. Quelqu’un a tiré deux cents tracts dans une diff. précédente.

    Sans doute faut-il d’abord décider ce que nous allons en faire, où les distribuer, pendant combien de temps, en parlant ou en se taisant, sous des masques ou notre visage ?

    Au bout de la table sont posés deux pages format A4 sur lesquelles on a imprimé le nom de notre mouvement, la date, l’heure, et le lieu où il se tient deux fois par semaine…"

    Ce que j'en pense :

    C’est une chronique de ce qui a pu se passer autour de « Nuit debout », avec des choses le plus souvent banales afin de montrer comment s’imbriquent politique et quotidien. Cela est souvent très fort mais il y a parfois (rarement) un côté « militant dans l’entre-soi » assez horripilant. L’ensemble est plaisant et enrichissant.

    Un œil en moins

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  • Changer l'eau des fleurs

    "Changer l'eau des fleurs" de Valérie Perrin - Albin Michel

    Présentation de l'éditeur :

    Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se réchauffer dans sa loge où rires et larmes se mélangent au café qu’elle leur offre. Son quotidien est rythmé par leurs confidences. Un jour, parce qu’un homme et une femme ont décidé de reposer ensemble dans son carré de terre, tout bascule. Des liens qui unissent vivants et morts sont exhumés, et certaines âmes que l’on croyait noires, se révèlent lumineuses.
    Après l’émotion et le succès des Oubliés du dimanche, Valérie Perrin nous fait partager l’histoire intense d’une femme qui, malgré les épreuves, croit obstinément au bonheur. Avec ce talent si rare de rendre l’ordinaire exceptionnel, Valérie Perrin crée autour de cette fée du quotidien un monde plein de poésie et d’humanité.

    Un hymne au merveilleux des choses simples.

    Première page :

    "Un seul être nous manque et tout est dépeuplé.

    Mes voisins de palier n'ont pas froid aux yeux. Ils n'ont pas de soucis, ne tombent pas amoureux, ne se rongent pas les ongles, ne croient pas au hasard, ne font pas de promesses, de bruit, n'ont pas de sécurité sociale, ne pleurent pas, ne cherchent pas leurs clés, leurs lunettes, la télécommande, leurs enfants, le bonheur.

    Ils ne lisent pas, ne payent pas d'impôts, ne font pas de régime, n'ont pas de préférences, ne changent pas d'avis, ne font pas leur lit, ne fument pas, ne font pas de listes, ne tournent pas sept fois leur langue dans la bouche avant de parler. Ils n'ont pas de remplaçants.

    Ils ne sont pas lèche-cul, ambitieux, rancuniers, coquets, mesquins, généreux, jaloux, négligés, propres, sublimes, drôles, accros, radins, souriants, malins, violents, amoureux, râleurs, hypocrites, doux, durs, mous, méchants, menteurs, voleurs, joueurs, courageux, feignants, croyants, vicelards, optimistes.

    Ils sont morts.

    La seule différence entre eux, c'est le bois de leur cercueil : chêne, pin ou acajou."

    Ce que j'en pense :

    Lorsque l'on a fini ce roman, on se demande comment en parler, comment traduire en mots les émotions que l’on a eu en le lisant. C'est une très belle histoire pleine d’humanité, avec des drames, des rencontres, de l’humour (juste ce qu’il faut). Le lecteur passe d’un lieu à un autre, d’une époque à une autre, d’un personnage à l’autre sans être perdu. Bien sûr il y a quelques petits défauts (autour du jardinage par exemple) et certains personnages sont moins crédibles que d’autres…mais… il y a un Gabriel qui pleure en regardant « Sur la route de Madison » !

    Changer l'eau des fleurs

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  • Trois fois la fin du monde

    "Trois fois la fin du monde" de Sophie Divry - Notabilia

    Présentation de l'éditeur :

    Après un braquage avec son frère qui se termine mal, Joseph Kamal est jeté en prison. Gardes et détenus rivalisent de brutalité, le jeune homme doit courber la tête et s’adapter. Il voudrait que ce cauchemar s’arrête. Une explosion nucléaire lui permet d’échapper à cet enfer. Joseph se cache dans la zone interdite. Poussé par un désir de solitude absolue, il s’installe dans une ferme désertée. Là, le temps s’arrête, il se construit une nouvelle vie avec un mouton et un chat, au cœur d’une nature qui le fascine.

    Trois fois la fin du monde est une expérience de pensée, une ode envoûtante à la nature, l’histoire revisitée d’un Robinson Crusoé plongé jusqu’à la folie dans son îlot mental. L’écriture d’une force poétique remarquable, une tension permanente et une justesse psychologique saisissante rendent ce roman crépusculaire impressionnant de maîtrise.

    Première page :

    "Ils ont tué mon frère. Ils l'ont tué devant la bijouterie parce qu'il portait une arme et qu'il leur tirait dessus. Ils n'ont pas fait les sommations réglementaires, j'ai répété ça pendant toute la garde à vue. Vous n'avez pas fait les trois sommations, salopards, crevards, assassins. Les flics ne me touchent pas. à quoi bon, ils savent que je vais en prendre pour vingt ans pour complicité. Moi j'attendais dans la voiture volée. Quand j'ai vu la bleusaille, il était trop tard pour démarrer, ils se sont jetés sur moi, m'ont plaqué à terre. C'est de là que j'ai vu la scène, rien de pire ne pouvait m'arriver : Tonio tué sous mes yeux. Mais pourquoi ce con a-t-il fait feu ?

    Il était mon dernier lien, ma dernière famille. Notre mère est morte quand on avait vingt ans, on n'a jamais eu de père. Tonio assassiné, je suis désormais seul sur la terre, je n'ai plus d'amis, tous se sont détournés de moi, m d'amantes, j'étais à ce moment-là célibataire, je n'ai plus qu'un immense chagrin qui me déchire, me révolte. J'en veux à mort aux flics, je m'en veux à moi aussi. J'aurais dû empêcher Tonio de faire cette connerie. J'étais sûr que ce braquage était une mauvaise idée, qu'il allait à sa perte. Mais comment est-il fait celui qui laisserait perdre son frère sans prendre le risque de se perdre avec lui ? En ces temps-là, il y avait des frères, on se rendait des services et il y avait des hommes pour vous punir. Voilà pourquoi je me retrouve un soir devant la porte de la prison de F."

    Ce que j'en pense :

    C'est un livre où l'on trouve des moments très forts( surtout dans la partie concernant la prison) et d'autres moments beaucoup moins crédibles (dans la deuxième partie. Le style de l'auteure, mélangeant la narration à la troisième personne et le monologue intérieur est intéressant, même si, pour certains, cela peut paraitre déstabilisant.

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  • La chaleur des mammifères

    "La chaleur des mammifères" de Biz - éditions Leméac

    Présentation de l'éditeur :

    René McKay, cinquante-cinq ans, est prof de littérature à l’université. Fraîchement divorcé de sa femme, Vicky, il a peu de contact avec son fils de vingt ans, Mathieu. Renfrogné, désillusionné, il s’est au long des années isolé du monde. Il ne vit pas, il végète, se contentant de répéter à des étudiants distraits des vérités d’un autre âge, des concepts qui n’allument plus personne.

                Un malheureux séjour en Suède pour prononcer une conférence inepte devant une poignée de blasés est la goutte qui fait déborder le vase. Plus rien de tout ça ne vaut la peine. Fini, l’amour, le sexe ; fini, les illusions, les rêves, les espoirs, l’enthousiasme. Cependant, à son retour, une grève étudiante bat son plein. Et tout est à nouveau possible.

                Dressant un portrait à l’acide du milieu universitaire, Biz n’épargne ni les profs ni les étudiants. Mais il célèbre l’union, la harde, la horde, c’est-à-dire le peuple en mouvement quand il n’agit pas en troupeau.

    Première page :

    "J'ai signé les papiers de divorce d'une main tremblante, j'ai balbutié à Vicky : «Je te souhaite d'être heureuse », et je suis sorti du bureau de l'avocat. Le stylo avait manqué d'encre et j'ai dû terminer ma signature en la gravant sur le papier. Sur le trottoir, j'étais enfin libre mais je ne savais pas quoi faire.

    Sans trop de conviction, j'ai marché vers mon nouveau condo. Le temps était glacial. Les assauts de novembre annonçaient l'imminence d'un hiver éprouvant. Je courbais la tête pour limiter le vent qui s'engouffrait dans mon col. Des feuilles et des déchets tourbillonnaient dans les rues.

    Voilà, c'était fait. J'avais anticipé ce moment depuis des années. Je m'étais imaginé délivré d'un grand poids, mais au lieu de ça, j'étais plutôt écrasé par une sourde mélancolie; un sentiment d'échec diffus et de regrets culpabilisants. A cinquante-cinq ans, divorcé après vingt et un ans de mariage usant, j'allais probablement finir ma vie seul. C'était aussi bien.

    Une étude publiée dans Science a démontré que seulement 9 % des mammifères et 30 % des primates sont monogames. Chez l'humain, la monogamie est une anomalie. Historiquement, elle apparaît dans les sociétés oû le pouvoir se transmet par le sang; la fidélité des couples garantit alors la lignée du géniteur. Mais depuis l'avènement des tests de paternité, le couple monogame n'a plus lieu d'être."

    Ce que j'en pense :

    Un bon roman. Le discours sur les profs, les étudiants et l’université est assez désabusé, parfois cynique, au moins dans la première partie. On s’attend à ce que le personnage principal s’enfonce profondément dans la dépression. Et puis, brusquement (trop brusquement) tout change avec les manifestations étudiantes : notre héro retrouve le plaisir d’enseigner, découvre l’amour…sans que l’on sache vraiment comment cette transformation a été possible. J’ai déjà constaté ce genre de « défaut » dans un  autre de ses romans : « Naufrage »

    La chaleur des mammifères

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  • Autour d'elle

    "Autour d'elle" de Sophie Bienvenu - éditions Le cheval d’Août

    Présentation de l'éditeur :

    En 1996, une adolescente de seize ans accouche d’un garçon dans l’anonymat d’un hôpital de Montréal. Autour d’elle retrace vingt ans des vies de Florence Gaudreault et de son fils biologique à travers le prisme d’une vingtaine de personnages qui ont croisé leurs chemins et qui racontent, chacun à leur tour, leur propre histoire.
    Jeunes, vieux, familles, couples ou solitaires en rupture de ban : de secrets en rebondissements, Bienvenu sonde les faillites et espoirs de tout un pan d’humanité, et dévoile ce qui affleure de fragile sous la dure écorce des cicatrices du passé.

    Première page :

    "Elle va dire oui. C’est sûr, ce soir, elle va dire oui. Ça fait des semaines qu’elle me laisse aller plus loin, de fois en fois. Hier, je lui ai dit que Marie-Ève, elle le fait, elle. Pis qu’elle me veut. Pour vrai, je m’en sacre, de Marie-Ève. C’est quoi le point d’avoir une fille que tout le monde peut avoir? Il est où, le défi, là-dedans? La première fois que j’ai vu Florence, elle s’était cachée en arrière de ses livres. Elle les tenait contre elle comme si c’était ce qui l’empêchait de partir en courant. Elle avait un drôle de bandeau dans les cheveux avec un nœud sur le côté, le col de son polo était boutonné jusqu’en haut, et sa jupe trop grande lui tombait sous les genoux. Je me suis dit que ça se pouvait quasiment pas. Les filles, normalement, je sais pas trop comment elles font, mais elles savent s’arranger pour avoir l’air de quelque chose avec n’importe quoi, même un uniforme. Je peux pas dire que j’aime pas ça. Mais Florence, elle est spéciale. Elle le sera p’têt’ toujours. Le premier cours de l’année avait commencé depuis quelques minutes quand ç’a toqué à la porte. Le prof a dit d’entrer, mais ç’a recogné. «Entrez!» qu’il a répété, déjà fru. Quelques secondes sont passées avant que la porte s’ouvre…"

    Ce que j'en pense :

    Ce roman est souvent qualifié de roman choral car il donne la parole à beaucoup de personnages qui ont quelque chose à voir avec Florence. C’est très bien écrit et très bien ficelé, mais, et c’est souvent le cas dans ce genre d’écrit, tous les chapitres n’ont pas la même force. C’est quand même une auteure qui mérite amplement d’être suivie.

    Autour d'elle

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