• Anatomie de l'amant de ma femme

    "Anatomie de l'amant de ma femme" de Raphaël Rupert - L'arbre vengeur

    Présentation de l'éditeur :

    A trop fréquenter la littérature, il arrive qu’on tombe dedans. Lecteur invétéré, époux d’une écrivaine nantie d’un petit renom, architecte en rupture de plans, le héros de ce premier roman n’est pas avare de confidences sur son grand projet : écrire un livre, lui aussi.

    Mais son écran d’ordinateur ne se remplit que d’images qui ralentissent son travail tout en accélérant son flux sanguin…Les affres de la création deviennent de terribles compagnons dont on se distrait d’un poignet actif.

    Alors, le jour où par ennui ou par dépit, notre homme commet l’incorrection de parcourir le journal intime de sa femme, il en est puni par une découverte qui porte un nom : Léon, et par une révélation : c’est un amant hors normes.

    Affolé, vexé mais stimulé, il se lance dans une enquête qui a tout d’une quête : pourquoi chez lui sexualité et littérature sont-elles autant liées ? Cet amateur de théories cocasses s’épanche et nous entraîne, l’air de rien, dans la dernière des grandes aventures : celle qui mène à soi.

    Un livre réjouissant avec des hauts, débats, et quelques ébats.

    Première page :

    "À MIDI, JE SUIS ALLÉ faire un tour et je me suis souvenu de quelque chose concernant les débuts de roman. Plus précisément l’introduction des personnages principaux dans un récit. L’auteur se sent parfois tenu de justifier le choix de l’identité qu’il a réservée à ses personnages. Une anecdote relative à la genèse du patronyme, ou à sa sonorité, illustre pourquoi Machin s’appelle Machin et pas MachinChose. Et plus l’anecdote semble crédible, plus l’auteur essaie, dans un effort un peu vain, de justifier son choix, le choix de la première pierre sur laquelle va s’appuyer tout l’édifice de sa fiction.

    Car en effet, pourquoi Paul plus que Jacques, pourquoi Estelle plus que Marion ? Et pourquoi Machin plus que MachinChose ?

    La sonorité, la sociologie, bien sûr, guident le choix de l’auteur. Un Jean-Jacques, un Jacky feront mauvaise figure pour un entrepreneur du web de 25 ans issu des beaux quartiers, alors qu’un Théo ou un Ferdinand feront parfaitement l’affaire."

    Ce que j'en pense :

    Dans ce livre il y a des choses originales, drôles, inventives, plutôt (dé)culottées et quelques réflexions intelligentes sur l’écriture, la fiction et les écrivains. Mais au fil des pages on se lasse de toujours tourner autour du même sujet : la bite et les pets !

    Anatomie de l'amant de ma femme

     

     

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  • Les gratitudes

    "Les gratitudes" de Delphine de Vigan - JCLarrès

    Présentation de l'éditeur :

    Michka est en train de perdre peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes se retrouvent  : Marie, une jeune femme dont elle est très proche, et Jérôme, l’orthophoniste chargé  de la suivre.

    Première page :

    "Vous êtes-vous déjà demandé combien de fois par jour vous disiez merci? Merci pour le sel, pour la porte, pour le renseignement.

    Merci pour la monnaie, pour la baguette, pour le paquet de cigarettes.

    De merci de politesse, de convenance sociale, automatiques, mécaniques. Presque Vides.

    Parfois omis.

    Parfois exagérément soulignés: Merci à toi. Merci pour tout. Merci infiniment.

    Grand merci.

    Des merci de profession: Merci pour votre Réponse, attention Votre collaboration de Votre.

     Vous êtes-vous déjà demandé combien de fois dans votre vie aviez-vous vraiment dit? Un vrai merci. L'expression de votre gratitude, de votre reconnaissance, de votre dette.

    À qui?

    Au professeur qui vous guidé vers les livres? A jeune homme qui est intervenu le jour où vous avez été agressé dans la rue? Au médecin qui vous a sauvé la vie?"

    Ce que j'en pense :

    Le sujet du livre est intéressant, les personnages sont touchants mais je ne suis jamais complètement entré dans ce roman, comme si l’autrice restait à la surface des choses, sans doute engluée par trop de « bons sentiments ». Certaines parties sont plus fortes, en particulier lorsqu’elle relatent des rêves sans que l’on sache vraiment si c’est ou non la réalité.

    Les gratitudes

     

     

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  • Moi, Marthe et les autres

    "Moi, Marthe et les autres" de Antoine Wauters - Verdier

    Présentation de l'éditeur :

    Dans un Paris dévasté par une catastrophe (accident nucléaire, cataclysme naturel, guerre de religion ?), un groupe de jeunes gens arpentent les rues, tentent de survivre en mangeant ce qu’ils trouvent, chantent des airs de John Holiways et fuient la violence de leurs ennemis en cherchant un ailleurs.

    Car ce monde en lambeaux, il s’agit malgré tout de l’habiter, de s’y vêtir et d’y trouver des raisons d’espérer. Comment tenir ? Comment trouver en soi de quoi réjouir la vie quand tout a sombré ? Ce sont les questions que se posent, avec humour et cruauté, les protagonistes de cette aventure.

     

    Première page :

    1. Nous arpentons le boulevard SainGerm et inspectons les restes des combats de nuit. Nous regardons devant nous, nous agenouillons, Josh dit: y a que des macchabées par ici, Hardy, que de la chair carbonisée. Il prend ma main et nous nous en allons, empruntant les petites rues et le funicul nous menant en droite ligne chez nous.
    2. Je n’aime pas quand Josh s’approche trop quand il parle. Une odeur de charogne, Josh, à chaque fois qu’il s’approche trop près. Le monde est un lieu terrible, dis-je à Ossip en me collant à lui de retour dans la grotte, mais la bouche de Josh est encore plus infecte. Ossip sourit et me prend dans ses bras: t’es bête, Hardy. On s’endort en fixant la lune. La lune est bleue.
    3. Nous fouillons les poubelles. Entrons dans de vieux magasins. Marthe nous devance, obsédée à l’idée de trouver du lait pour nourrissons. Ça sert à rien, Marthe, on lui dit. Tu le sais bien. Mais nos petits vont mourir si les choses continuent! hurle-t-elle. Et elle verse des larmes à peine perceptibles, que nous ne regardons pas, que nous ne regardons plus: nous avançons.

      Ce que j'en pense :

    Petit roman, par le nombre de pages, mais grand livre par sa force et sa densité. C’est un roman de survie et d’oubli, d’amour et de renaissance, d’espoir et de désespoir mêlés. C’est écrit de façon splendide, très poétique, avec quelques touches d’humour. Auteur à découvrir absolument.

    Moi, Marthe et les autres

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  • Vagabond

    "Vagabond" de Frank Bouysse - livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    La journée, il erre dans les rues et s’arrête parfois pour écrire des chansons, voyant à peine ceux qui sillonnent la ville d’un pas pressé. Ses soirées, il les passe à jouer du blues dans les cafés, habité par sa musique. La nuit, il rejoint son hôtel miteux pour dormir, pour rêver à Alicia, celle avec qui il y a quinze ans il partageait la scène, celle qui est partie et lui a brisé le cœur. Et justement Alicia est en ville pour y chanter. L’apparition de ce fantôme va pousser l’homme à replonger dans son passé, dans son enfance et ses mystères.
    Errant sur les traces de ce vagabond, Franck Bouysse nous entraîne sur une trajectoire incertaine, guidés par une voix littéraire profonde et puissante, dans une mélopée poétique qui côtoie autant l’ombre que la lumière.

    Première page :

    L'homme releva la tête à l'heure où le jour sombrait. Des gouttes d'asphalte sur son visage, à demi. Sous son crâne, le blues­man Robert Johnson, à presque un siècle de distance, disait sa rencontre avec le diable. L'homme pensa que lui aussi avait rencon­tré l'un, ou l'autre. Il reposa sa tête, regar­dant l'envers des feuilles des platanes, entre lesquelles le gris et le bleu le confortèrent dans l'idée qu'il n'était pas à sa place, qu'il n'en avait pas vraiment, qu'il ne serait mieux nulle part, alors il fit une volte et sa face se désagrégea contre des gravillons épars et la douleur lui fit définitivement reprendre contact avec une réalité de bruits.

    Ce que j'en pense :

     Encore un des premiers livres de Bouysse réédités après qu'il ait connu le succès à partir de "Grossir le ciel". On voit bien que dans ce petit livre la forme et le fond ne sont pas vraiment en harmonie. C'est du bon blues mais on ne rentre pas complètement dedans; on ne rentre pas entièrement dans cette poésie noire qui traine sa mélancolie entre bar et désespoir.

    Vagabond

    Vagabond

     

     

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  • Né un mardi

    "Né un mardi" de Elnathan John - Métailié

    Présentation de l'éditeur :

    Dantala vit dans la rue avec les voyous de Bayan Layi, fume la wee-wee sous le baobab, fait le coup de poing pour le Petit Parti. Souvent, les bagarres tournent mal mais, comme on dit, tout ce qui arrive est la volonté d’Allah. Un soir d’émeutes, pris en chasse par la police, il doit s’enfuir. 
    Sans famille, il trouve refuge à Sokoto auprès d’un imam salafiste. Il apprend l’anglais avec son ami Jibril, tombe amoureux, psalmodie l’appel à la prière, lit tout ce qu’il peut. Le gamin naïf mais curieux découvre l’étendue de ses contradictions et la liberté de la pensée, et gagne sa place et son nom dans un monde chaotique et violent. Alors que les tensions entre communautés ne cessent de croître, un imam irascible fait sécession et part à la campagne fonder une secte extrémiste.
    Loin de l’exotisme et du tiers-mondisme bien-pensant, Elnathan John nous emmène dans une région dont on ignore presque tout : harmattan, poussière des routes, vendeurs de koko, et le goût du dernier morceau de canne à sucre – le meilleur. On brandit des machettes, on assiste à des matchs de lutte, on prend toutes sortes de transports, on marche, on court, on aime, on est Dantala de bout en bout, passionnément. Un formidable roman d’apprentissage, sensible et poignant, dont on sort complètement retourné.

    Première page :

    "2003

    Les garçons qui dorment sous les branches du kuka à Bayan Layi aiment bien se vanter à propos des gens qu'ils ont tués. Je ne me joins jamais à la conversation car je n'ai jamais tué un homme. Banda oui, mais il n'aime pas en parler. Tout ce qu'il fait, c'est fumer de la wee-wee pendant que les autres parlent tous en même temps. La voix de Gobedanisa est toujours la plus forte. Il aime bien rappeler à tout le monde le jour où il a étranglé un homme. Je n'interromps jamais son histoire même si j étais avec lui ce jour-là et si j'ai vu ce qui s'est passé. Gobedanisa et moi, on avait été dans un lambu pour voler des patates douces, mais le fermier nous a surpris pendant qu'on y était. Alors qu'il nous poursuivait, en jurant de nous tuer s'il nous attrapait, il est tombé dans un piège à antilopes. Gobedanisa ne l'a pas touché. On est seulement restés à côté de lui et on l'a regardé se débattre et se débattre et puis arrêter de se débattre.

    Je me moque que Gobedanisa mente à propos de ce qui s'est passé mais parfois j'ai juste envie de lui dire de la fermer. À l'entendre parler de meurtre, on pourrait croire qu'il espère que ça lui vaudra Al Djannah, qu'Allah lui réservera la meilleure place. Je sais pourquoi il parle comme ça. Il raconte ça pour impressionner les garçons plus jeunes. Et pour qu'ils aient peur de lui. Son visage est couvert de cicatrices, la plus voyante étant une mince et longue entaille qui s'étire du coin droit de sa bouche à son oreille droite. …"

    Ce que j'en pense :

    On a peu l’occasion de lire des romans de jeunes auteurs l’Afrique anglophone. Voilà un écrivain qui mérite d’être suivi. Son roman est puissant et original. A travers le parcours de Banda on découvre la montée des extrémismes au Nigéria (et l’actualité est malheureusement là pour nous le rappeler). Ce n’est pas un livre très facile à lire car il est parsemé de textes du Coran en langue locale, mais il faut vraiment aller jusqu’au bout, c’est une lecture qui laisse des traces.

    Né un mardi

    Né un mardiNé un mardi

     

     

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  • Pour services rendus

    "Pour services rendus" de Iain Levinson - Liana Levi

    Présentation de l'éditeur :

    En 1969, ils étaient au Vietnam, embourbés dans la jungle et dans une guerre de plus en plus absurde. Fremantle, sergent aguerri, à la tête d’une section de combat, Drake, jeune recrue pas très douée. En 2016, ces deux-là se retrouvent, après quarante-sept ans… L’ancien sergent dirige sans enthousiasme le commissariat d’une petite ville du Michigan, et le soldat malhabile est un sénateur en campagne pour sa réélection. Ce dernier a raconté ses faits d’armes au Vietnam, version Disney Channel, pour s’attirer un électorat de vétérans, et il recourt à son ancien chef pour les valider. Ce ne sera qu’une petite formalité, une interview télévisée amicale, dans laquelle Fremantle ne devra pas vraiment mentir, non, il devra juste omettre de dire toute la vérité. Pas de quoi fouetter un flic…

    Un roman au vitriol, où le mensonge est le nerf de la guerre et de la politique.

    Première page :

    "Tunnels de Cu Chi, 30 km au nord de Saïgon Mai 1969

    La première chose que voit Billy Drake en descendant du camion est le corps d’un homme mort étendu par terre. Celui-ci ne porte qu’un pantalon noir qui n’est guère plus qu’une guenille, et ses cheveux sont emmêlés autour de son visage comme s’ils étaient mouillés. Billy remarque qu’il est petit et très maigre. On distingue nettement ses côtes. Il ne repère aucune blessure sur le cadavre étendu au soleil, manifestement vietnamien, et se demande s’il est mort de faim. Des soldats fument à proximité et Billy s’approche d’eux. «Hé, fait-il, je cherche la deuxième section, compagnie Bravo. » Un des hommes le regarde, un grand, décharné, à la peau comme du cuir. Il indique sa gauche sans un mot. Aucun des autres soldats ne lève les yeux sur lui. Billy tourne la tête et remarque des camions-citernes à l’arrêt et deux hommes qui discutent, penchés sur une carte étalée sur le capot d’une jeep. Il y a d’autres corps alignés sur le sol, en guenilles noires, sans chemise, tous maigres et les cheveux collés au visage; pas de blessures ni de sang apparents. …"

    Ce que j'en pense :

    Pas de manichéisme dans ce très beau roman mais beaucoup de lucidité. L’ancien sergent au Vietnam et le sénateur en campagne sont très bien décrits avec leurs ambigüités, mais avec beaucoup d’empathie. La critique de la politique aux États-Unis (on peut élargir à bien d’autres pays) est cinglante, ironique et très efficace.

    Pour services rendus

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  • La chambre des merveilles

    "La chambre des merveilles" de Julien Sandrel - Le livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    Louis a douze ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, sûrement encore à son travail. Alors il part avec son skate, fâché et déçu, et traverse la rue à toute vitesse. Un camion le percute de plein fouet. Le pronostic est sombre.
    Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a répertorié toutes les expériences qu’il aimerait vivre un jour : la liste de ses « merveilles ». Thelma prend une décision : une par une, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Et les lui raconter. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut-être que ça l’aidera à revenir. Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans...

    Première page :

    — Louis, c'est l'heure ! Allez, je ne le répète plus, s'il te plaît lève-toi et habille-toi, on va être à la bourre, il est déjà 9 h 20.

    C'est à peu près comme ça qu'a commencé ce qui allait devenir la pire journée de toute mon existence. Je ne le savais pas encore, mais il y aurait un avant et un après ce samedi 7 janvier 2017,10 h 32. Pour toujours il y aurait cet avant, cette minute précédente que je désirerais figer pour l'éternité, ces sourires, ces bonheurs fugaces, ces photographies gravées à jamais dans les replis sombres de mon cerveau. Pour toujours il y aurait cet après, ces " pourquoi ", ces " si seulement ", ces larmes, ces cris, ce mascara hors de prix sur mes joues, ces sirènes hurlantes, ces regards remplis d'une compassion dégueulasse, ces soubresauts incontrôlables de mon abdomen refusant d'accepter.

    Ce que j'en pense :

     La plupart du temps je n'aime pas trop ce genre de livres remplis de bons sentiments, mais là c'est un peu différent.  Le sujet est original : réaliser les rêves (souvent complètement improbables et extravagants) de son fils pour le faire revenir à la vie. Bien sûr il y a des "clichés"  et le final laisse "rêveur" mais c'est  malgré tout un agréable moment de lecture.

    La chambre des merveillesLa chambre des merveilles

     

     

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  • Trois saisons d'orage

     "Trois saisons d'orage" de Cécile Coulon - Points

    Présentation de l'éditeur :

    Les Trois-Gueules, forteresse de falaises, happent régulièrement un enfant au bord de leurs pics, et si les villageois l'acceptent, c'est qu'elles sont l'antichambre du paradis. Au village, Benedict prend la relève de son père, médecin au service des habitants. Il fait la rencontre d'Agnès. C'est le coup de foudre. Des années après, Agnès vit un autre choc, plus violent, dévastateur.

    Première page :

    "La maison, ou ce qu'il en reste, surplombe la vallée ; ses fenêtres, quatre grands yeux vides, veillent, à l'est du massif des Trois-Gueules.

    Les Fontaines, ce village minuscule, tachent le paysage, morceau de craie dérivant au cœur d'une mer végétale et calcaire. La forêt crache les hommes comme des pépins, les bois bruissent, des traînées de brume couronnent leurs faîtes au lever du soleil, la lumière les habille. A l'automne, des vents furieux secouent les arbres. Les racines émergent alors du sol, les cimes retournent à la poussière, le sable, les branches et la boue séchée s'enlacent en tourbillons au-dessus des toits. Les fourmis s'abritent dans le ventre des collines, les renards trouent le sol, les cerfs s'enfuient ; les corbeaux, eux, résistent toujours à la violence des éléments.

    Les hommes, pourtant, estiment pouvoir dominer la nature, discipliner ses turbulences, ils pensent la connaître. Ils s'y engouffrent pour la combler de leur présence, en oubliant, dans un terrible excès d'orgueil, qu'elle était là avant eux, qu'elle ne leur appartient pas, mais qu'ils lui appartiennent. Elle peut les broyer à la seule force de sa respiration, elle n'a qu'à frémir pour qu'ils disparaissent."

    Ce que j'en pense :

    Déçu par ce livre. Après avoir lu « Les ronces » je m’attendais à autre chose. Ici, tout est trop parfait. Les personnages sont tous courageux, honnêtes, serviables. Les paysages sont merveilleux. Le récit est plein de redites, parfois de mièvrerie. C’est froid, l’émotion n’arrive pas à transpirer sous les mots. On est vraiment très loin des grandes sagas de Wassmo, Fergus ou Gaudé… pour ne citer que leurs romans.

    Trois saisons d'orage

     

     

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  • Je voudrais que la nuit me prenne

    "Je voudrais que la nuit me prenne" de Isabelle Desesquelles - Belfond

    Présentation de l'éditeur :

    " Leur mensonge préféré aux parents, ils viennent le soir vous dire au revoir, on est à moitié endormis et eux vous murmurent "Je serai toujours là, mon délice, mon ange de la joie douce, merveille de l'amour enchanté', ils caressent votre front, que ça rentre bien dans votre tête. Ce doit être pour cela que ça fait si mal le jour où ce n'est plus vrai, où la main d'un père ou d'une mère ne se posera plus sur le front d'un enfant que l'on n'est plus depuis longtemps. Et si cela 
    arrive vraiment trop tôt, on est fauché net. On peut mourir et vivre longtemps. " 
    Loin du bruit du monde, Clémence grandit auprès de parents rivalisant de fantaisie. Mais elle n'a pas la voix d'une petite fille et ses mots sont ceux d'un mystère cruel. Que s'est-il passé pour que l'innocence se borde ainsi de noir ? 
    Plongée vertigineuse et poétique dans l'univers de l'enfance, Je voudrais que la nuit me prenne raconte le danger du bonheur. Entre trouble et éclairs de joie, ce roman explore le lien fragile et inaltérable qui nous unit à nos plus proches. 
    Et la redoutable force du souvenir. 

    Première page :

    « Au début, j'étais grande comment ? Au tout début dans le ventre, j'étais grande comme ça ? » Et de lui montrer mon pouce de gamine de huit ans.

    Il le divise en deux. « Mais j'arrivais à manger ?! Ça ne pouvait pas passer ! »

    De sa voix qui n'est pas encore rauque de ces brutes de sanglots, il m'offre un mot. Ombilicœur.

    Moi aussi je veux en inventer un, et je me lance, agitée, si désireuse de l'impressionner, mon père. Ça fait de moi une enfant vibrante, certainement éreintante, autant pour moi que pour lui. « Passionnaliter ! On décide que ça se dit, d'accord ? On le mettra dans les verbes du premier groupe ? Ce serait bien, non, que tout soit de la passion ? »

    Il y en a tant de mots qui bourdonnent depuis seize années sans nous lâcher. Je voudrais que la nuit me prenne moi aussi.

    Ce que j'en pense :

    Le regard porté par la petite fille Clémence sur la vie, sur ses parents, sur ce qui l’entoure… est magnifique, plein de poésie. Ce livre nous enchante, nous transporte jusque vers la moitié du roman. Ensuite cela devient différent, beaucoup plus grave (même si la gravité transparaissait aussi avant) et sans doute un peu plus perturbant. Ce livre nous montre comment l’absence, l’impossibilité de l’oubli peuvent nous perdre.

    Je voudrais que la nuit me prenne

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  • Le guetteur

    "Le guetteur" de Christophe Boltanski - Stock

    Présentation de l'éditeur :

    Mais qui guette qui ? Lorsque le narrateur découvre dans l’appartement de sa mère le manuscrit d’un polar qu’elle avait entamé, « Le Guetteur », il est intrigué. Des recensements de cigarettes fumées, les pneus des voitures voisines crevés - comment vivait cette femme fantasque et insaisissable ? Elle qui aimait le frisson, pourquoi s’est-elle coupée du monde ?
    Elle a vécu à Paris avec pour seul compagnon son chien Chips. Maintenant qu’elle est morte, le mystère autour d’elle s’épaissit. Alors il décide de la prendre en filature. Et de remonter le temps. Est-ce dans ses années d’études à la Sorbonne, en pleine guerre d’Algérie, où l’on tracte et l’on se planque, que la jeune femme militante bascule ?
    Le Guetteur est le roman bouleversant d’une femme qui s’est perdue. La quête d’un fils qui cherche à retrouver sa mère. La confirmation d’un grand écrivain.

    Première page :

    "Suis-je le seul à l’espionner ? Je l’aperçois à travers la vitre embuée du café. Posée sur la banquette en skaï jaune, droite comme une ballerine, elle écoute deux garçons qui se font face. Fidèle à son habitude, elle fume une cigarette. Les volutes bleuâtres de sa Gauloise nimbent les contours de son visage et l’amènent à plisser ses yeux bruns. Elle correspond aux photos que j’ai conservées d’elle. Avec son attitude réservée, discrète, presque boudeuse, son pantalon pied-de-poule, sa marinière à rayures, ses souliers plats et sa frange longue, lissée à droite, qui lui barre la vue et qu’elle s’évertue à repousser d’un bref battement de tête, elle paraît vouloir imiter une chanteuse yé-yé à la mode, plus jeune de quelques années, dont elle partage le prénom.

    Ses compagnons, jambes étendues, épaules voûtées, affectent une allure plus décontractée, presque avachie. Le premier tient le rôle du boute-en-train. Le second, celui du beau ténébreux. Elle trône entre les deux. Avec son port haut, elle les domine d’une mèche malgré sa petite taille. Le cendrier plein et les tasses vides accumulés devant eux témoignent qu’ils sont assis là depuis longtemps. "

    Ce que j'en pense :

    Encore un livre de journaliste des « milieux  parisiens » ; encore un livre critiqué avec beaucoup de fraternité par des journalistes de ce même milieu… Je me suis dit « Allez, pas d’a priori,  c’est peut être un très bon livre ». J’ai donc lu la moitié du livre, en me forçant un peu, en essayant d’effacer les « blocages »… le côté militant de base contre la guerre d’Algérie m’a intéressé mais cela n’a pas fonctionné longtemps, j’ai abandonné à la moitié du livre. Ah, il écrit très bien, c'est riche... trop riche !

    Le guetteur

     

     

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