• Point cardinal

    "Point cardinal" de Léonor de Récondo - Sabine Weispieser

    Présentation de l'éditeur :

    Sur le parking d’un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille méticuleusement, tristement. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, volait quelques instants de joie et dansait à corps perdu sera devenue méconnaissable. Laurent, en tenue de sport, a remis de l’ordre dans sa voiture et dissimulé dans le coffre la mallette contenant ses habits de fête. Il s’apprête à retrouver femme et enfants pour le dîner. Petit garçon, Laurent passait des heures enfermé dans la penderie de sa mère, détestait l’atmosphère virile et la puanteur des vestiaires après les matchs de foot. Puis il a grandi, a rencontré Solange au lycée, il y a vingt ans déjà. Leur complicité a été immédiate, ils se sont mariés, Thomas et Claire sont nés, ils se sont endettés pour acheter leur maison. Solange prenait les initiatives, Laurent les accueillait avec sérénité. Jusqu’à ce que surviennent d’insupportables douleurs, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus réfréner ses envies incontrôlables de toucher de la soie, et que la femme en lui se manifeste impérieusement. De tout cela, il n’a rien dit à Solange. Sa vie va basculer quand, à la faveur de trois jours solitaires, il se travestit pour la première fois chez eux. À son retour, Solange trouve un cheveu blond… Léonor de Récondo va alors suivre ses personnages sur le chemin d’une transformation radicale. Car la découverte de Solange conforte Laurent dans sa certitude : il lui faut laisser exister la femme qu’il a toujours été. Et convaincre son entourage de l’accepter. La détermination de Laurent, le désarroi de Solange, les réactions contrastées des enfants – Claire a treize ans, Thomas seize –, l’incrédulité des collègues de travail : l’écrivain accompagne au plus près de leurs émotions ceux dont la vie est bouleversée. Avec des phrases limpides, des mots simples et d’une poignante justesse, elle trace le difficile chemin d’un être dont toute l’énergie est tendue vers la lumière. Par-delà le sujet singulier du changement de sexe, Léonor de Récondo écrit un grand roman sur le courage d’être soi.

    Première page :

    "Mathilda conduit jusqu'au rond-point, puis se gare sur le parking du supermarché. Presque personne à cette heure-ci. Elle choisit une place loin de l’entrée, éteint le moteur, insère le disque dans la fente du tableau de bord. À l’ombre de la grande enseigne, la musique surgit, le volume à son maximum.

    Oh Lord who will comfort me ?

    Mathilda cale un miroir sur le volant, se regarde, se trouve belle et triste à la fois, observe son menton, son nez, ses lèvres. C’est le moment du dépouillement, le pire de tous.

    Elle sort de la voiture, ouvre le coffre. Sous la moquette, la roue de secours a disparu pour abriter une mallette. Elle la saisit en tremblant. Combien de temps encore ? Mathilda se rassoit, la mallette en aluminium lui glace les cuisses. Elle actionne les petits clapets, qui se soulèvent avec un bruit sec. Elle prend une lingette démaquillante, se frotte doucement les yeux,…"

    Ce que j'en pense :

    C'est l'histoire d'une "transformation" vue de l'intérieur. L'auteure aurait pu tomber facilement dans le cliché ou le voyeurisme, ce n'est pas le cas. Son écriture est à la fois très simple mais délicate et sensible. Un très bon livre sur le thème, souvent méconnu, de la transidentité.

    Point cardinal

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  • Des femmes en noir

    "Des femmes en noir" de Anne-Isabelle Lacassagne - Rouergue

    Présentation de l'éditeur :

    À la mort d’un vieux prêtre, les responsables de son diocèse découvrent qu’il s’agissait d’une femme. Sans que personne ne s’en doute, elle exerçait paisiblement sa vocation depuis des années. Abasourdi, consterné, l’évêque décide de diligenter une enquête, chargeant un prêtre plus jeune et la chancelière de l’évêché de comprendre comment, pourquoi et avec quelles complicités une telle supercherie a été possible. Le père Bernard-Marie, aussi ardent qu’austère, et Charlotte, la juriste qui aime son Église passionnément sans s’aveugler sur ses faiblesses, ont beau avoir des visions divergentes sur la juste manière d’affronter la vérité, ils vont ensemble sonder la vie de Pascal Foucher et rassembler les témoignages de tous ceux qui l’ont, sinon connu, du moins côtoyé. Mais si l’un aimerait instruire à charge, l’autre ne peut se défendre d’admirer le courage de celle qui a enfreint l’interdit.
    Dans ce roman libre et singulier, Anne-Isabelle Lacassagne interroge avec humour et tendresse la vocation féminine mais aussi les rapports homme-femme dans l’Église d’aujourd’hui.

    Première page :

    "L'homme s'arrêta un moment avant de continuer à écrire. Le père Foucher l'avait laissé libre. Libre d'inventer, de mentir ou de dire la vérité, dans son intégralité ou par petits bouts. C'était une des choses qui le touchaient chez lui. Cette capacité du curé à faire confiance.

    Il était particulier. Un peu trop. C'était bien là le problème.

    Pourtant il avait aimé cela chez lui. Cette singularité. Cette liberté.

    Ses choix n'avaient pas de logique, sinon ceux de ses propres désirs, comme des sentiers de braconnage dans sa tête. Le père Foucher aimait s'évader des chemins tout tracés. C'était sûrement pour cela qu'il l'avait choisi comme médecin traitant, lui le petit généraliste qui soignait surtout des grippes et des infections urinaires. Parce qu'il l'avait vu qui filait au cinéma quand cela se bousculait trop dans la salle d'attente. Le médecin, comme le prêtre, refusait parfois de faire ce qu'on attendait de lui. Il pratiquait la fugue, comme un art de vivre…"

    Ce que j'en pense :

     Sujet original et intéressant. "L'enquête" permet d'aborder des sujets liés à l'église catholique, en particulier les "femmes-prêtres". Mais cela m'a paru un peu mou et certains personnages pas assez bien cernés, parfois peu crédibles (Bernard-Marie entre autres).

    Des femmes en noir

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  • Un simple viol

    "Un simple viol" de Marie-Sabine Roger - Babel

    Présentation de l'éditeur :

    Planquée derrière un regard hostile, Maud, dix-sept ans, mordrait si on lui disait que la vie est belle. Elle a laissé son enfance, sa légèreté et son avenir au fond de l'impasse où, un soir d'hiver, un homme a violé la fille de douze ans qu'elle était. Depuis, elle ne sait plus vivre. Ce qui la tient, c'est la rage, et cette certitude qu'elle reconnaît au premier coup d'oeil les dégueulasses, les salauds, les prédateurs. De proie, elle est devenue sentinelle, se promène avec un cutter dans la poche. A tous, elle voudrait faire payer.

    Première page :

    "Maud est mauvaise.

    Elle est mauvaise jusqu'au fond, jusqu'aux tréfonds. Tout le monde sait ça.

    On peut creuser, creuser, c'est rien que de la bile, de la haine jalouse, de la colère, du mépris. Maud déteste les gens, la vie. Le monde, elle le partage en deux moitiés. La frontière est simple à tracer. Tu baises, ou tu es baisé.

    Elle n'a pas choisi de venir. Elle est issue d'un coup foireux, d'un oubli de pilule. On ne l'a pas voulue, elle n'a rien demandé. Elle vit. Et puis après ?

    Pas trop de quoi se sentir fière. Ni d'être là, ni d'exister.

    Maud a dix-sept ans, pas de but, pas d'espoir. Elle a bien mieux que ça : la rage.

    La vraie rage, comme les bêtes, à vouloir mordre au sang, au plus vif de la chair. A vouloir déchirer le premier qui la cherche, ou la trouve. Ou la touche.

    Peut-être qu'au début, elle n'était pas comme ça. Peut-être qu'il y a eu des jours heureux, …"

    Ce que j'en pense :

    On retrouve le style incisif, direct de Marie-Sabine Roger. Elle sait parfaitement entrer dans la tête (et le corps) de cette jeune fille, nous faire partager sa souffrance, sa violence et son immense colère. Il n'y a pas de pathos, c'est dur et implacable.

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  • Le camp des autres

    "Le camp des autres" de Thomas Vinau - Alma éditeur

    Présentation de l'éditeur :

    Gaspard fuit dans la forêt avec son chien. Il a peur, il a froid, il a faim, il court, trébuche, se cache, il est blessé. Un homme le recueille. L’enfant s’en méfie : ce Jean-le-blanc, est-ce un sorcier, un contrebandier ?

    En 1907, Georges Clemenceau crée les Brigades du Tigre pour en finir avec « ces hordes de pillards, de voleurs et même d’assassins, qui sont la terreur de nos campagnes ». Au mois de juin, la toute nouvelle police arrête une soixantaine de voleurs, bohémiens et déserteurs réunis sous la bannière d’un certain Capello qui terrorisait la population en se faisant appeler la Caravane à Pépère. C’est avec eux, que Gaspard, l’enfant insoumis, partira un matin sur les routes.

    Première page :

    "Le givre fait gueuler la lumière. Lorsqu'il a voulu ouvrir les yeux, sa paupière gauche était encore collée par le sang. Il passe plusieurs minutes, mains en coupe autour du visage, à tenter de réchauffer lentement par son haleine la peau tuméfiée de ses joues, les croûtes sur ses arcades fendues, l'arc-en-ciel de coups sur sa petite tronche d'ange écrasée. Blotti sous un buisson d'acacias, la buée s'échappait de son corps recroquevillé. Il reprend ses esprits lentement après le jeu de massacre de cette nuit et la longue course effrénée dans les nœuds noirs de la forêt. On avait dû retrouver le corps à présent, bleu et glacé, à se taire enfin la bouche pleine de fumier, immergée dans l'auge des porcs. Cette fois il était bon pour vraiment prendre la route et puis tant mieux ce serait toujours mieux et puis merde à la merde qui lui servait de nid. Le froid réveille la douleur. Il s'extirpe de son cocon d'épines, renfroque ses loques et crache un bon coup l'île de glaires, de fer et de sang qui flottait au fond de sa gorge. Petit à petit, du plat de la main, il explore laborieusement son corps endolori."

    Ce que j'en pense :

    C'est un roman d'apprentissage sauvage de la liberté, un roman engagé et enragé. L'écriture est riche et foisonnante, fine et poétique. Vinau nous montre la vie des insoumis du début du XXème siècle, "la liberté crue de l'enfance" et nous laisse entrevoir ce que pourrait être actuellement la solidarité et l'insoumission.

    Le camp des autres

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  • Trois jours chez ma tante

    "Trois jours chez ma tante" de Yves Ravey - Minuit

    Présentation de l'éditeur :

    Après vingt ans d’absence, Marcello Martini est convoqué par sa tante, une vieille dame fortunée qui finit ses jours dans une maison de retraite médicalisée, en ayant gardé toute sa tête.
    Elle lui fait savoir qu’elle met fin à son virement mensuel et envisage de le déshériter.
    Une discussion s’engage entre eux et ça démarre très fort.

    Première page :

    "Il pleuvait. L’eau s’écoulait du toit en tôle sur la terrasse de l’école, couvrait le chant des enfants durant la pause, et s’infiltrait sous la porte. Je contemplais sa progression sur le sol, en flux continu, assis à mon bureau, devant la lampe éteinte, à redouter ma prochaine rencontre avec ma tante : elle avait soi-disant tant de choses à me reprocher.

    C’était écrit dans son dernier message, accompagné d’une convocation chez le notaire, où elle annonçait l’arrêt de son virement mensuel. La privation de cette source régulière de revenu m’a donc conduit, ce matin d’octobre 2015, à traverser la route principale de Buchanan – Liberia, comté de Grand Bassa –, à réserver un billet d’avion aller-retour pour la France. Le temps de revoir ma tante et de rétablir ma situation financière."

    Ce que j'en pense :

    Roman minimaliste, comme sait le faire l'auteur. Il nous laisse deviner, imaginer, tout est suggéré. On sent bien dès le départ que les personnages ne sont pas très nets mais on les suit presque avec sympathie jusqu'à la pirouette finale.

    Trois jours chez ma tante

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  • Les hommes

    "Les hommes" de Richard Morgiève - Joëlle Losfield

    Présentation de l'éditeur :

    C’est un hymne aux hommes perdus des années 1950 et 1960, de ceux qui ressemblent à Lino Ventura ou à Gabin, des petits gangsters qui roulent des mécaniques et qui n’ont pas toujours le courage d’affronter la réalité. Ils aiment les femmes et les femmes le leur rendent bien car, au-delà de leur carapace, ils sont émouvants. Parfois cruels. C’est surtout l’histoire de Mietek, un individu en déshérence,amoureux d’une femme qui ne peut pas l’aimer. Mietek ne s’en sort pas, s’enlise dans des histoires dont le dénouement risque d’entraver sa liberté. 
    «Depuis pas mal de temps, je me disais que c’était fini les hommes, que c’était vraiment une espèce en voie de disparition – ce qu’on appelait les hommes, c’était les derniers singes, quoi. J’ai écrit une cinquantaine de pages – et ils sont venus les hommes de ma jeunesse et ma jeunesse avec. Mais dans toutes les histoires d’hommes, il y a une fille, et même il faut une fille – sans fille, pas d’homme. Et l’autre raison du livre m’est apparue, c’était elle – ma fille, Cora. C’était pas une histoire d’homme que je voulais écrire, pas exactement, c’était une histoire de père et de fille.»  Richard Morgiève.

    Première page :

    "J’ai poussé la porte comme j’ai pu, à cause du paquet que je portais. Il était couché, évidemment. On aurait dit un pneu crevé, un pneu tout blanc. Il n’y avait que moi qui venais le voir : il ne voulait pas qu’on se rende compte de ce qu’il était devenu. Il avait les yeux ouverts, mais il n’a pas bougé. Je me suis dit qu’il sommeillait, ou qu’il était sourd ou aveugle. J’ai posé le paquet sur la table roulante, j’ai tiré la chaise et je me suis installé près de lui.

    Par la fenêtre, on voyait un parking, des bâtiments, et plus loin un cimetière pour faire quelque chose des corps qu’on avait ratés ici, à l’hôpital. De toute façon, Robert-le-Mort était couché, il ne pouvait voir que le ciel – à condition de tourner la tête.

    — Comment tu es habillé ? a-t-il murmuré.

    Il avait vu le paquet, ce n’était pas le genre à poser des questions.

    — Comme d’habitude.

    — Dis ?

    — Mon Perfecto…

    — Et tes santiags ?

    — Tu sais bien… Oui, je les ai. Comme le triphasé à portée de main dans la bagnole, un bas nylon dans la boîte à gants au cas où… Tu sais bien."

    Ce que j'en pense :

     Il faut se laisser entraîner par cette histoire, comme si Morgiève nous amenait en voyage dans les années soixante dix. C'est dépaysant, nostalgique, avec ce qu'il faut de charme, de crapulerie, d'humour, de belles bagnoles, de femmes,, d'enfants, de vieux, de tendresse et d'amour. Sans doute un des meilleurs romans de Richard Morgiève.

    Les hommes

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  • Les Peaux rouges

    "Les Peaux rouges" de Emmanuel Brault - Grasset

    Présentation de l'éditeur :

    «  Ce matin, je sors, plutôt pressé, et j’ai pas fait trente mètres, que paf… une rouge avec sa marmaille me rentre dedans au coin de la rue. Elle se casse la figure et me gueule dessus. Elle me dit que je l’ai fait exprès, que c’est une agression. En temps normal, on se serait excusés, j’aurais fait mon sourire de faux cul et tout serait rentré dans l’ordre. Mais non, je trouve rien de mieux que de lui cracher  : “fais pas chier sale rougeaude” et manque de pot, une passante qui arrive derrière moi a tout entendu. C’était puni par la loi du genre super sévère depuis les événements, à égalité avec viol de gamin ou presque. On était à trente mètres de chez moi, ils m’ont facilement retrouvé. Et là mes amis, mes problèmes ont commencé, et des vrais comme on n’en fait plus.  »
    Amédée Gourd est raciste. Il pense comme il parle. Mal.
    La société entreprend de le rééduquer.
    Grinçant par son sujet, ce roman tendre et loufoque met en scène un antihéros comme on en voit si peu dans les livres, et si souvent dans la vie.
    Une histoire d’amours ratées mais de haine réussie.
    Une fable humaine, trop humaine.  

    Première page :

    "Les rouges. Tout un poème mais à l'envers. Je peux vous en parler, moi. Vous en faire un roman. Je sais pas d'où ils viennent. Leur dieu s'est tapé un délire en les peignant en rouge un soir de beuverie. Ou c'est leur Eve qui a mal tourné, elle a attrapé un truc louche et shplaf deux jumeaux rouges qu'elle a cachés dans la montagne. Et ils se sont reproduits, treize à la douzaine, vu que les mômes ça leur fait pas peur. Enfin, je sais pas trop, tout ce que je sais, c'est qu'ils sont nombreux dans les rues autour, partout, et qu'ils ont pas fini de nous faire chier. Ils sont éboueurs le matin sur les camions-poubelles, balayeurs derrière les stands les jours de marché, ouvriers à saloper le boulot quand je vais à l'entrepôt, je les aperçois dans les cuisines des restos où je vais jamais, ils mettent trois plombes à rendre la monnaie au supermarché, ils nous font chier en mendiant à chaque coin de rue, leurs mômes craignos passent leur temps à fumer sur les bancs publics…"

    Ce que j'en pense :

    C'est rare de donner la parole en littérature à des héros violents, racistes, presque analphabètes. Amédée fait partie de "ces gens-là", ordinaires, mal dégrossis qui vivent dans une presque misère sans le savoir. Évidemment ce roman est loin du politiquement correct , on peut même, dans certains passages, se sentir mal à l'aise. L'auteur écrit à la façon d'Amédée, en transformant des mots ou expressions. C'est parfois réussi mais pas toujours. C'est le seul bémol que j'apporterai à cette lecture qui laisse des traces.

    Les Peaux rouges

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  • Par le vent pleuré

    "Par le vent pleuré" de Ron Rash - Seuil

    Présentation de l'éditeur :

    Dans une petite ville paisible au cœur des Appalaches, la rivière vient de déposer sur la grève une poignée d’ossements, ayant appartenu à une jeune femme. Elle s’appelait Ligeia, et personne n’avait plus entendu parler d’elle depuis un demi-siècle.

    1967 : le summer of love. Ligeia débarque de Floride avec l’insouciance et la sensualité de sa jeunesse, avide de plaisirs et de liberté. C’est l’époque des communautés hippies, du Vietnam, de la drogue, du sexe et du Grateful Dead. Deux frères, Bill et Eugene, qui vivent bien loin de ces révolutions, sous la coupe d’un grand-père tyrannique et conservateur, vont se laisser séduire par Ligeia la sirène et emporter dans le tourbillon des tentations. Le temps d’une saison, la jeune fille bouleversera de fond en comble leur relation, leur vision du monde, et scellera à jamais leur destin – avant de disparaître aussi subitement qu’elle était apparue.

    À son macabre retour, les deux frères vont devoir rendre des comptes au fantôme de leur passé, et à leur propre conscience, rejouant sur fond de paysages grandioses l’éternelle confrontation d’Abel et de Caïn.

    Première page :

    "Dès le début, la faculté d’apparaître et de disparaître qu’avait Ligeia a semblé magique. La première fois, il y a de cela quarante-six ans, c’était à Panther Creek, l’été qui a précédé mon entrée en première. Tous les dimanches, après la messe et le déjeuner chez notre grand-père, Bill, mon grand frère, et moi, nous enfilions un T-shirt et un jean coupé, jetions notre matériel de pêche dans le pick-up Ford 1962 que nous avait acheté Grand-père, et partions vers l’ouest en sortant de Sylva. Une fois franchie l’autoroute, nous nous enfoncions dans une forêt domaniale, puis nous roulions un bon kilomètre sur la route de gravier qui longeait la rivière ; cannes et moulinets s’entrechoquaient à l’arrière quand Bill s’engageait sur l’ancienne piste forestière. Des branches et de jeunes arbres venaient bientôt racler le capot et le pare-brise. Ensuite il n’y avait plus de chemin, rien qu’une trouée entre les arbres dans laquelle Bill se faufilait avant de s’arrêter en faisant patiner les pneus. À même pas trois kilomètres de là, on pouvait trouver dans la Tuckaseegee des truites plus grosses et des bassins plus profonds où se baigner, mais les truites et les plans d’eau d’ici nous suffisaient. Mieux encore, nous avions cette portion de la rivière à nous seuls et nous tenions à ce que rien ne change, voilà pourquoi Bill se garait à un endroit où l’on n’apercevait pas le pick-up depuis le chemin. Nous nous glissions dans un fourré"

    Ce que j'en pense :

    On retrouve dans ce livre des thèmes chers à l'auteur, en particulier la famille, les non-dits  et ses conflits. L'enquête policière est plus présente que dans ses autres romans. Les personnages sont toujours aussi bien décrits. Mais, dans cet ouvrage, on ne parvient pas toutefois à la force de quelques uns de ses romans précédents.

    Par le vent pleuré

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  • Femme à la mobylette

    "Femme à la mobylette" de Jean-Luc Seigle - Flammarion

    Présentation de l'éditeur :

    Abandonnée par tous avec ses trois enfants, Reine n’arrive plus à faire face. Sa vie finit par ressembler à son jardin qui n’est plus qu’une décharge. Son horizon paraît se boucher chaque jour davantage, alors qu’elle porte en elle tant de richesses. Seul un miracle pourrait la sauver... Et il se présente sous la forme d’une mobylette bleue. Cet engin des années 1960 lui apportera-t-il le bonheur qu’elle cherche dans tous les recoins de ce monde et, surtout, à quel prix ?
    Jean-Luc Seigle dresse le portrait saisissant d’une femme ordinaire au bord du gouffre. Ce faisant, c’est une partie de la France d’aujourd’hui qu’il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie.

    Première page :

    "Reine est une grosse dormeuse. Cette nuit elle n'a pas fermé l'œil. Même pas couchée. Pas déshabillée non plus. Devant sa fenêtre elle est toute débobinée. C'est le mot qu'elle a inventé pour donner un nom à cette fatigue qui la défait et la met en morceaux qu'elle a bien du mal à rassembler ensuite. Elle finit de boire son café. Ça, elle peut encore se le payer. De sa fenêtre, elle mesure pour la première fois de sa vie le poids du silence, le vrai silence, celui sans le chant des oiseaux. C'est implacable. Floconneux. Sourd. Dedans comme dehors. Une impression de tombe. En s'enfuyant, la nuit ne laisse plus derrière elle qu'une sorte de laitance grisâtre. Tout finit dans l'absence et le silence absolu du monde. Ça lui arrive quelquefois d'avoir des phrases qui lui viennent. Pas des phrases du dedans, des phrases du dehors qui s'encastrent en elle. Loin de la calmer, la phrase excite encore davantage une chose monstrueuse qui ne l'a pas laissée tranquille de toute la nuit. Une obsession…"

    Ce que j'en pense :

    C'est le premier livre que je lis de cet auteur et j'ai envie d'en découvrir d'autres. Très belle écriture, un bon roman "social". Seigle sait parfaitement se mettre dans la peau, dans la pensée de cette femme qui pourrait passer pour "simplette" mais qui a beaucoup de ressource. On croit un moment que cette histoire va finir en conte de fée, mais il y a un retour du réel assez dramatique.

    Femme à la mobylette

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  • Fils du feu

    "Fils du feu" de Guy Boley - Grasset

    Présentation de l'éditeur :

    Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.
    Dans une langue splendide, Guy Boley signe ainsi un premier roman stupéfiant de talent et de justesse. 

    Première page :

    "Souvent il arrivait que papa et Jacky martèlent de concert. Pas un mot, pas un cri, juste des souffles mêlés comme font les amants. De lourds coups sur l’acier, de petits sur l’enclume, en rythme cadencé, sorte de concerto pour enclume et marteaux où la basse continue n’était autre que celle de leurs respirations. Et puis ces escarbilles, toujours ces escarbilles, petites étoiles filantes que chacun d’eux apprivoisait pour qu’elles n’aillent pas, comme des baisers voraces, mordre le corps de l’autre. Et assis sur un banc ou sur un tas de ferraille, un enfant de cinq ans regarde leurs poitrails, écoute leurs silences dans cet orage d’acier et ne croit plus à rien, ni à Dieu, ni à Diable, ni à tous ces héros que déjà il pressent puisqu’il sent bien, ce gosse, qu’il arrive à la vie de parfois défaillir, ou simplement faillir, et qu’il faut certains soirs, pour supporter son poids, accepter les légendes et les mythes qu’ont inventés les hommes afin de s’endormir un petit peu plus grand et à peine moins mortel. "

    Ce que j'en pense :

    Voilà un premier roman superbement bien écrit (ce qui n'est pas toujours le cas!) qui nous emporte par petites touches dans l'enfance du narrateur (sans doute de l'auteur). Ce livre nous parle d'absence, de folie, de deuil d'une façon délicate et tendre. "Fils du feu" est un livre magnifique et puissant. On attend la prochaine parution de l'auteur.

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