• La chambre des merveilles

    "La chambre des merveilles" de Julien Sandrel - Le livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    Louis a douze ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, sûrement encore à son travail. Alors il part avec son skate, fâché et déçu, et traverse la rue à toute vitesse. Un camion le percute de plein fouet. Le pronostic est sombre.
    Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a répertorié toutes les expériences qu’il aimerait vivre un jour : la liste de ses « merveilles ». Thelma prend une décision : une par une, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Et les lui raconter. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut-être que ça l’aidera à revenir. Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans...

    Première page :

    — Louis, c'est l'heure ! Allez, je ne le répète plus, s'il te plaît lève-toi et habille-toi, on va être à la bourre, il est déjà 9 h 20.

    C'est à peu près comme ça qu'a commencé ce qui allait devenir la pire journée de toute mon existence. Je ne le savais pas encore, mais il y aurait un avant et un après ce samedi 7 janvier 2017,10 h 32. Pour toujours il y aurait cet avant, cette minute précédente que je désirerais figer pour l'éternité, ces sourires, ces bonheurs fugaces, ces photographies gravées à jamais dans les replis sombres de mon cerveau. Pour toujours il y aurait cet après, ces " pourquoi ", ces " si seulement ", ces larmes, ces cris, ce mascara hors de prix sur mes joues, ces sirènes hurlantes, ces regards remplis d'une compassion dégueulasse, ces soubresauts incontrôlables de mon abdomen refusant d'accepter.

    Ce que j'en pense :

     La plupart du temps je n'aime pas trop ce genre de livres remplis de bons sentiments, mais là c'est un peu différent.  Le sujet est original : réaliser les rêves (souvent complètement improbables et extravagants) de son fils pour le faire revenir à la vie. Bien sûr il y a des "clichés"  et le final laisse "rêveur" mais c'est  malgré tout un agréable moment de lecture.

    La chambre des merveillesLa chambre des merveilles

     

     

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  • Trois saisons d'orage

     "Trois saisons d'orage" de Cécile Coulon - Points

    Présentation de l'éditeur :

    Les Trois-Gueules, forteresse de falaises, happent régulièrement un enfant au bord de leurs pics, et si les villageois l'acceptent, c'est qu'elles sont l'antichambre du paradis. Au village, Benedict prend la relève de son père, médecin au service des habitants. Il fait la rencontre d'Agnès. C'est le coup de foudre. Des années après, Agnès vit un autre choc, plus violent, dévastateur.

    Première page :

    "La maison, ou ce qu'il en reste, surplombe la vallée ; ses fenêtres, quatre grands yeux vides, veillent, à l'est du massif des Trois-Gueules.

    Les Fontaines, ce village minuscule, tachent le paysage, morceau de craie dérivant au cœur d'une mer végétale et calcaire. La forêt crache les hommes comme des pépins, les bois bruissent, des traînées de brume couronnent leurs faîtes au lever du soleil, la lumière les habille. A l'automne, des vents furieux secouent les arbres. Les racines émergent alors du sol, les cimes retournent à la poussière, le sable, les branches et la boue séchée s'enlacent en tourbillons au-dessus des toits. Les fourmis s'abritent dans le ventre des collines, les renards trouent le sol, les cerfs s'enfuient ; les corbeaux, eux, résistent toujours à la violence des éléments.

    Les hommes, pourtant, estiment pouvoir dominer la nature, discipliner ses turbulences, ils pensent la connaître. Ils s'y engouffrent pour la combler de leur présence, en oubliant, dans un terrible excès d'orgueil, qu'elle était là avant eux, qu'elle ne leur appartient pas, mais qu'ils lui appartiennent. Elle peut les broyer à la seule force de sa respiration, elle n'a qu'à frémir pour qu'ils disparaissent."

    Ce que j'en pense :

    Déçu par ce livre. Après avoir lu « Les ronces » je m’attendais à autre chose. Ici, tout est trop parfait. Les personnages sont tous courageux, honnêtes, serviables. Les paysages sont merveilleux. Le récit est plein de redites, parfois de mièvrerie. C’est froid, l’émotion n’arrive pas à transpirer sous les mots. On est vraiment très loin des grandes sagas de Wassmo, Fergus ou Gaudé… pour ne citer que leurs romans.

    Trois saisons d'orage

     

     

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  • Je voudrais que la nuit me prenne

    "Je voudrais que la nuit me prenne" de Isabelle Desesquelles - Belfond

    Présentation de l'éditeur :

    " Leur mensonge préféré aux parents, ils viennent le soir vous dire au revoir, on est à moitié endormis et eux vous murmurent "Je serai toujours là, mon délice, mon ange de la joie douce, merveille de l'amour enchanté', ils caressent votre front, que ça rentre bien dans votre tête. Ce doit être pour cela que ça fait si mal le jour où ce n'est plus vrai, où la main d'un père ou d'une mère ne se posera plus sur le front d'un enfant que l'on n'est plus depuis longtemps. Et si cela 
    arrive vraiment trop tôt, on est fauché net. On peut mourir et vivre longtemps. " 
    Loin du bruit du monde, Clémence grandit auprès de parents rivalisant de fantaisie. Mais elle n'a pas la voix d'une petite fille et ses mots sont ceux d'un mystère cruel. Que s'est-il passé pour que l'innocence se borde ainsi de noir ? 
    Plongée vertigineuse et poétique dans l'univers de l'enfance, Je voudrais que la nuit me prenne raconte le danger du bonheur. Entre trouble et éclairs de joie, ce roman explore le lien fragile et inaltérable qui nous unit à nos plus proches. 
    Et la redoutable force du souvenir. 

    Première page :

    « Au début, j'étais grande comment ? Au tout début dans le ventre, j'étais grande comme ça ? » Et de lui montrer mon pouce de gamine de huit ans.

    Il le divise en deux. « Mais j'arrivais à manger ?! Ça ne pouvait pas passer ! »

    De sa voix qui n'est pas encore rauque de ces brutes de sanglots, il m'offre un mot. Ombilicœur.

    Moi aussi je veux en inventer un, et je me lance, agitée, si désireuse de l'impressionner, mon père. Ça fait de moi une enfant vibrante, certainement éreintante, autant pour moi que pour lui. « Passionnaliter ! On décide que ça se dit, d'accord ? On le mettra dans les verbes du premier groupe ? Ce serait bien, non, que tout soit de la passion ? »

    Il y en a tant de mots qui bourdonnent depuis seize années sans nous lâcher. Je voudrais que la nuit me prenne moi aussi.

    Ce que j'en pense :

    Le regard porté par la petite fille Clémence sur la vie, sur ses parents, sur ce qui l’entoure… est magnifique, plein de poésie. Ce livre nous enchante, nous transporte jusque vers la moitié du roman. Ensuite cela devient différent, beaucoup plus grave (même si la gravité transparaissait aussi avant) et sans doute un peu plus perturbant. Ce livre nous montre comment l’absence, l’impossibilité de l’oubli peuvent nous perdre.

    Je voudrais que la nuit me prenne

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  • Le guetteur

    "Le guetteur" de Christophe Boltanski - Stock

    Présentation de l'éditeur :

    Mais qui guette qui ? Lorsque le narrateur découvre dans l’appartement de sa mère le manuscrit d’un polar qu’elle avait entamé, « Le Guetteur », il est intrigué. Des recensements de cigarettes fumées, les pneus des voitures voisines crevés - comment vivait cette femme fantasque et insaisissable ? Elle qui aimait le frisson, pourquoi s’est-elle coupée du monde ?
    Elle a vécu à Paris avec pour seul compagnon son chien Chips. Maintenant qu’elle est morte, le mystère autour d’elle s’épaissit. Alors il décide de la prendre en filature. Et de remonter le temps. Est-ce dans ses années d’études à la Sorbonne, en pleine guerre d’Algérie, où l’on tracte et l’on se planque, que la jeune femme militante bascule ?
    Le Guetteur est le roman bouleversant d’une femme qui s’est perdue. La quête d’un fils qui cherche à retrouver sa mère. La confirmation d’un grand écrivain.

    Première page :

    "Suis-je le seul à l’espionner ? Je l’aperçois à travers la vitre embuée du café. Posée sur la banquette en skaï jaune, droite comme une ballerine, elle écoute deux garçons qui se font face. Fidèle à son habitude, elle fume une cigarette. Les volutes bleuâtres de sa Gauloise nimbent les contours de son visage et l’amènent à plisser ses yeux bruns. Elle correspond aux photos que j’ai conservées d’elle. Avec son attitude réservée, discrète, presque boudeuse, son pantalon pied-de-poule, sa marinière à rayures, ses souliers plats et sa frange longue, lissée à droite, qui lui barre la vue et qu’elle s’évertue à repousser d’un bref battement de tête, elle paraît vouloir imiter une chanteuse yé-yé à la mode, plus jeune de quelques années, dont elle partage le prénom.

    Ses compagnons, jambes étendues, épaules voûtées, affectent une allure plus décontractée, presque avachie. Le premier tient le rôle du boute-en-train. Le second, celui du beau ténébreux. Elle trône entre les deux. Avec son port haut, elle les domine d’une mèche malgré sa petite taille. Le cendrier plein et les tasses vides accumulés devant eux témoignent qu’ils sont assis là depuis longtemps. "

    Ce que j'en pense :

    Encore un livre de journaliste des « milieux  parisiens » ; encore un livre critiqué avec beaucoup de fraternité par des journalistes de ce même milieu… Je me suis dit « Allez, pas d’a priori,  c’est peut être un très bon livre ». J’ai donc lu la moitié du livre, en me forçant un peu, en essayant d’effacer les « blocages »… le côté militant de base contre la guerre d’Algérie m’a intéressé mais cela n’a pas fonctionné longtemps, j’ai abandonné à la moitié du livre. Ah, il écrit très bien, c'est riche... trop riche !

    Le guetteur

     

     

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  • La vague

    "La vague"  de Todd Strasser - Pocket

    Présentation de l'éditeur :

    Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d'histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort : " La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l'Action. " En l'espace de quelques jours, l'atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire : avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader.
    Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration ?

    Première page :

    Assise dans la salle du journal du lycée Gordon, Laurie Saunders mâchouillait le bout d’un stylo Bic. C’était une jolie fille aux cheveux châtains coupés court qui souriait presque tout le temps, sauf lorsqu’elle était préoccupée ou qu’elle mordillait un stylo. Ces derniers temps, elle en avait rongé des tonnes. En fait, il n’y avait pas un seul crayon ou stylo dans son sac qu’elle n’ait pas mâché nerveusement. Pour lutter contre le stress, c’était toujours mieux que la cigarette.

    Laurie balaya la petite salle du regard. Elle était remplie de bureaux, de machines à écrire et de tables lumineuses. À cette heure-ci, la rédaction du Gordon Grapevine, le journal de l’établissement, aurait dû être en pleine ébullition, les journalistes en herbe apportant la dernière touche à leurs articles et les maquettistes finalisant la mise en pages du dernier numéro. Pourtant, à part Laurie, la salle était déserte. Et tout ça pourquoi ? Parce que, dehors, il faisait un temps splendide.

    Elle sentit le bout du stylo craquer entre ses dents. Sa mère l’avait mise en garde contre cette manie, lui prédisant qu’un jour un de ses stylos finirait par se briser dans sa bouche et qu’elle s’étoufferait avec. Seule sa mère pouvait sortir un truc pareil, pensa Laurie en soupirant.

    Ce que j'en pense :

    Voilà un petit livre qui donne à réfléchir en ces temps plutôt troubles. Il est possible que nous ayons tous (presque tous) cette fascination pour un chef capable de nous entrainer vers des comportements radicaux, jusqu’à éliminer ce qui est « différent ». Le fascisme peut se révéler en chacun de nous, c’est bien ce que montre ce livre.

    La vague

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  • 14

    14

    "14" de Jean Echenoz - éditions de minuit

    Présentation de l'éditeur :

    Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état.

    Première page :

    "Comme le temps s’y prêtait à merveille et qu’on était samedi, journée que sa fonction lui permettait de chômer, Anthime est parti faire un tour à vélo après avoir déjeuné. Ses projets : profiter du plein soleil d’août, prendre un peu d’exercice et l’air de la campagne, sans doute lire allongé dans l’herbe puisqu’il a fixé sur son engin, sous un sandow, un volume trop massif pour son porte-bagages en fil de fer. Une fois sorti de la ville en roue libre, pédalé sans effort sur une dizaine de kilomètres plats, il a dû se dresser en danseuse quand une colline s’est présentée, se balançant debout de gauche à droite en commençant de suer sur son engin. Ce n’était certes pas une grosse colline, on sait jusqu’où montent ces hauteurs en Vendée, juste une légère butte mais assez saillante pour qu’on pût y bénéficier d’une vue."

    Ce que j'en pense :

    C’est un roman qui n’en fait pas des tonnes sur cette guerre 14/18 puisque « cela ayant déjà été décrit mille fois »), c’est concis et assez efficace (à la façon de la quatrième de couverture). C’est un livre merveilleusement écrit, souvent grave mais non dénué d’une certaine drôlerie, voire parfois d’un peu de désinvolture.

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  • Glaise

    "Glaise" de Franck Bouysse - Folio

    Présentation de l'éditeur :

    Au cœur du Cantal, dans la chaleur de l’été 1914, les hommes se résignent à partir se battre, là-bas, loin. Joseph, tout juste quinze ans, doit prendre soin de la ferme familiale avec sa mère, sa grand-mère et Léonard, vieux voisin devenu son ami. Dans la propriété d'à côté, Valette, tenu éloigné de la guerre en raison d'une main atrophiée, ressasse ses rancunes et sa rage. Et voilà qu'il doit recueillir la femme de son frère, Hélène, et sa fille, Anna, venues se réfugier chez lui. L'arrivée des deux femmes va finir de bouleverser un ordre jusque-là immuable et réveiller les passions enfouies.

    Première page :

    "Ce qu'il advint cette nuit-là, le ciel seul en décida. Les premiers signes s'étaient manifestés la veille au soir, quand les hirondelles s'étaient mises à voler au ras du sol. Dans la cour, un vent chaud giflait les ramures du grand marronnier et une cordillère de nuages noirs se dessinait sur l'anthracite de la nuit. Le tonnerre grondait, et des éclairs coulissaient au loin en éclairant le puy Violent.

    Assise sur le rebord du lit, Marie attendait, redoutant le moment où l'orage serait au-dessus de la ferme. Elle enflamma la mèche de la lampe à pétrole posée sur le chevet, chaussa ses lunettes rondes au cerclage rouillé, puis se leva pour effacer la distance qui séparait le lit de la commode en chêne, sept pas de vieille femme. Ouvrit le tiroir du haut, et. en sortit un coffret métallique fermé à clé. Tout ce qu'elle aurait pu faire les yeux fermés.

    Elle quitta la chambre avec le coffret, referma la porte pour éviter les courants d'air et rejoignit la cuisine à la lueur de la lampe, puis déposa le coffret et la lampe sur la table, s'assit, contrariée de voir que les autres ne fussent pas déjà debout."

    Ce que j'en pense :

    On retrouve l’univers rude des paysans du Cantal pendant la guerre de 14/18 mais avec des femmes, des jeunes et quelques estropiés de la vie dont la guerre n’a pas voulu. C’est un livre aussi rude que cette vie mais avec aussi quelques belles éclaircies amoureuses entre Joseph et Anna. On pourrait parler dans ce livre de « vies minuscules ». Il y a beaucoup de puissance, de force, de violence, de secrets, de silence et de souffrance dans ce roman. On sent bien que l’orage n’est jamais très loin.

    Glaise

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  • Frère d'âme

    "Frère d'âme" de David Diop - Seuil

    Présentation de l'éditeur :

    Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l'attaque contre l'ennemi allemand. Les soldats s'élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d'Alfa, son ami d'enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s'enfuit. Lui, le paysan d'Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l'effroi. Au point d'effrayer ses camarades. Son évacuation à l'Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d'ultime et splendide résistance à la première boucherie de l'ère moderne.

    Première page :

    "- ... je sais, j'ai compris, je n'aurais pas dû. Moi, Alfa Ndiaye, fils du très vieil homme, j'ai compris, je n'aurais pas dû. Par la vérité de Dieu, maintenant je sais. Mes pensées n'appartiennent qu'à moi, je peux penser ce que je veux. Mais je ne parlerai pas. Tous ceux à qui j'aurais pu dire mes pensées secrètes, tous mes frères d'armes qui seront repartis défigurés, estropiés, éventrés, tels que Dieu aura honte de les voir arriver dans son Paradis ou le Diable se réjouira de les accueillir dans son Enfer, n'auront pas su qui je suis vraiment. Les survivants n'en sauront rien, mon vieux père n'en saura rien et ma mère, si elle est toujours de ce monde, ne devinera pas. Le poids de la honte ne s'ajoutera pas à celui de ma mort. Ils ne s'imagineront pas ce que j'ai pensé, ce que j'ai fait, jusqu'où la guerre m’a conduit. …"

    Ce que j'en pense :

    Raconter ce qu’a été cette guerre du point de vue d’un tirailleur sénégalais, c’est absolument essentiel pour interroger les rapports plus que douteux que nous avions avec l’Afrique (et avons encore). La langue de ce livre, à la façon d’un conte africain, est puissante, rythmée, obsédante. Mais cela ne tient pas vraiment jusqu’au bout, on se lasse des répétitions,  sauf lorsque le héros  évoque son retour aux origines.

    Frère d'âme

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  • Une femme au téléphone

    "Une femme au téléphone" de Carole Fives - folio

    Présentation de l'éditeur :

    «Je tricote pour le petit. Je lui fais une écharpe avec une vieille pelote de laine qui me restait, j’ai voulu l’utiliser mais c’est trop épais pour moi, et puis la couleur est moche… Mais enfin du moment que c’est fait main, c’est bien. C’est combien de centimètres une écharpe pour un bébé ? Un mètre ? Tu es sûre ? Mais un mètre c’est énorme pour un bébé non ?»

    Charlène, la soixantaine, est restée jeune. Mais quand le vide l’envahit soudain, elle enchaîne les appels téléphoniques à sa fille. Mère touchante et toxique à la fois, elle l’atteint toujours là où ça fait mal.

    Première page :

    "C'est maman, j'ai la voix complètement cassée, je n'ai pas pu voir de toubib car ils sont tous en vacances, voilà, j'espère que toi ça va... Ton frère ne voulait pas que je t'en parle mais j'ai des soucis avec mes globules rouges, avec les blancs aussi d'ailleurs ; ils sont tous en baisse. Je refais des analyses de sang dans un mois, il faut surveiller ça. je suis morte de trouille et je ne vais pas très bien. Rappelle-moi si tu veux.

    Je te dérange ? Tu n'avais qu'à fermer ton téléphone. Moi je suis debout depuis six heures alors... Ça a réveillé tes amis ? Mais vous dormez tous ensemble dans cette maison de vacances ? C'est un vrai boui-boui ! Ah. je ne savais pas moi. Tu es impossible à joindre. Si tu le prends sur ce ton. je ne vous embêterai plus, j'ai compris. Je resterai dans mon coin, toute seule, sans nouvelles. Allez, amuse-toi bien, pense à moi un peu quand même.

    Mais si je dois te dire quelque chose, il faut que je puisse te joindre, comment je fais ? Eh bien tant pis. j'attendrai ton appel."

    Ce que j'en pense :

    C’est un livre en forme de longue « plainte » téléphonique, de dialogue à sens unique. On n’entend pas les répliques maison peut les deviner. Cette mère nous donne à la fois envie de la plaindre, de l’aimer, de la maudire. On ne sait jamais où se trouve  la vérité chez cette mère « toxique » et presque attachante (ah ces liens familiaux !!!). Un livre bien construit qui nous fait rire « jaune ».

    Une femme au téléphone

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  • Que nos vies aient l'air d'un film parfait

    "Que nos vies aient l'air d'un film parfait" de Carole Fives - Points

    Présentation de l'éditeur :

    T'as huit ans, Tom. Tes parents, pleins de larmes en dedans, s'entre-déchirent et divorcent. Même la grande sœur qui t'adore a lâché ta petite main. Prise au piège d'une machination d'adultes, elle a sacrifié votre enfance complice. Plus forte que la séparation, la voix libératrice de ton aînée tente d'inverser les pôles magnétiques pour te reconquérir. Puisse son chant d'amour te parvenir.

    Première page :

    "C'était Pâques, c'étaient les vacances et tes parents t'avaient emmené au bord de la mer, Harde-lot sûrement, une station de ce genre. Les plages se ressemblent toutes tellement là-bas, les hôtels et les gens aussi, tout le monde finit par s'y confondre. Parce qu'il n'y a que la mer, toujours la même mer immense qui t'avale et te recrache sur ses dunes de sable. Disons que tu étais à Hardelot, afin de prendre le bon air. Il fallait que tu prennes le bon air et surtout que tu puisses courir sur la plage et crier, vraiment crier, une fois que tu aurais entendu ce que tes parents avaient à te dire.

    Ta mère pleurait, comme à son habitude, jusque-là tu n'étais pas tellement désorienté et tu continuais à chercher tes œufs de Pâques dans la chambre d'hôtel. Sous la penderie ? Dans la petite poubelle de la salle de bains ? Juste derrière les rideaux gris assortis à la marine suspendue au-dessus du lit ? Tu cherchais, petit frère, tu cherchais.

    Le père a commencé, « Nous avons quelque chose à vous annoncer ». Ça t'a glacé d'un coup."

    Ce que j'en pense :

    Un divorce des années 80 qui laisse la parole aux parents et aux enfants (surtout à la grande sœur). C’est bien construit, agréable à lire mais, au final, un peu décevant lorsqu’on vient de lire l'excellent dernier roman de l’auteure (« tenir jusqu’à l’aube »), sans doute parce que j’en attendais trop.

    Que nos vies aient l'air d'un film parfait

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