• Et au pire on se mariera

    "Et au pire on se mariera" de Sophie Bienvenu - éditions La Meche

    Présentation de l'éditeur :

    Avant de rencontrer Baz, Aïcha était tout le temps enragée. Elle traînait son enfance brisée en essayant d’éviter sa mère, les vieux puants et les seringues usées du parc. Maintenant qu’elle est amoureuse, elle voit les balançoires dans les parcs de Centre-Sud. Voilà pourquoi, pour Baz, Aïcha ferait tout, même le pire. Tout, c’est ce qu’elle doit raconter à cette femme qui la regarde comme une page de faits divers. Mais suivre le récit d’Aïcha, c’est entrer dans un labyrinthe pour s’y perdre autant qu’elle.

    Première page :

    "Ouais, Aïcha, c’est vraiment mon prénom. À cause de la chanson, tu sais ? Non, tu sais pas. Personne la connaît, mais c’est pas grave. Je sais que j’ai plutôt la tête à m’appeler Rosalie ou Camille, mais je m’appelle Aïcha. Aïcha Saint-Pierre. Saint-Pierre, c’est le nom de ma mère, et Aïcha… c’est parce que mon père est algérien. O.K., pas mon père « père », mais… le gars avec qui elle était quand elle est tombée enceinte de moi. Il est resté un moment, quand même. Jusqu’à ce qu’il arrête d’espérer que mes cheveux deviennent bruns et mes yeux aussi. Et ma peau aussi. Il était nice. Et il était beau. J’ai une photo de lui dans mon sac. Si tu veux la voir, je pourrais te la montrer, à un moment donné. Plus tard, genre… quand ils m’auront rendu mon sac. Ils vont me rendre mon sac, hein ? Parce que j’ai des trucs importants dedans. Ils vont fouiller dedans ?"

    Ce que j'en pense :

    C'est un criss de bouquin... même si on n'est pas complètement en phase avec le parler québécois. Un long cri d'amour et de rage. On a vraiment envie de lire ce livre à voix haute (très haute). Ce qui fait la force de ce roman (ou théâtre?) c'est qu'on ne sait jamais si l'héroïne  raconte ses envies et ses fantasmes ou si elle dit à sa manière ce qui s'est réellement passé ; beaucoup de choses ( très graves) sont ainsi laissées en suspens.

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  • Naufrage

    "Naufrage" de Biz - Leméac éditions

    Présentation de l'éditeur :

    Frédérick, fonctionnaire de trente-neuf ans, a une maison qui est une ambassade à l'abri des soucis du monde, une femme au sourire solaire et un petit garçon âgé d'un an qui fonce vers lui sur ses jambes neuves comme un obus chargé d'amour. Mais voilà qu'au travail on le mute aux Archives, façon de dire qu'on le met sur une tablette pour qu'il y accumule la poussière. Etre payé à ne rien faire ? C'est un scandale intime, honteux, qui engendre une révolution personnelle, et Frédérick décide bientôt qu'il devra tout faire pour dénoncer publiquement cette situation. Et ensuite... Eh bien, la suite ne se raconte pas. Il vous faudra la vivre en la lisant. Il vous faudra, comme Frédérick, l'éprouver dans votre chair. Et il vous faudra la garder pour vous, lecteurs, car plus rien ne sera jamais pareil. Naufrage est un roman qui fait mal.

    Première page :

    "La grosse secrétaire s'est plantée devant mon cubicule et m'a lancé sèchement, assez fort pour que mes voisins entendent :

    Ils veulent te voir aux RH.

    Moi, pourquoi ? —Je sais pas.

    Quand ?

    Cette convocation à la Direction des ressources humaines n'augurait rien de bon. Je me suis levé en grommelant. La secrétaire s'est mise en marche en ondulant ses grosses fesses. Prisonnières de son pantalon de fortrel, ses cuisses frottaient l'une sur l'autre en un chuintement obscène. Je la suivais comme un condamné à l'échafaud. Je sentais glisser sur moi les regards à la fois compatissants et soulagés de mes collègues de cubicules. Ils étaient en sursis, mais c'étaient eux les prochains.

    Depuis la fusion des ministères, il y avait beaucoup de chambardements de personnel. Licenciement, mutation, retraite anticipée, toutes les options étaient dans le barillet et c'était à mon tour de jouer à la roulette russe. J'avais le canon de l'austérité appuyé sur la tempe. Le hamster de la panique courait dans ma tête. Qu'est-ce que j'allais faire? A quarante ans, j'étais trop jeune pour prendre ma retraite et trop vieux pour me réorienter.

    Les Ressources humaines occupaient tout le cinquième étage. Je n'y étais allé qu'une seule fois…"

    Ce que j'en pense :

    Voilà un roman québécois plein de fraicheur, d’allant, de tendresse … mais uniquement dans la première partie. Ensuite, lorsqu’arrive le « basculement » on est dans un autre livre qui m’a moins plu. L’auteur semble bien plus crédible et plus impliqué dans la partie surréaliste que dans la partie « descente aux enfers ».

    Naufrage

    Naufrage

     

     

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  • Tout homme est une nuit

    "Tout homme est une nuit" de Lydie Salvayre - Seuil

    Présentation de l'éditeur :

    Des hommes retournent sur d'autres la brutalité d'un ordre dont ils souffrent. Ils s'inventent à peu de frais de commodes ennemis. Certaines frayeurs en eux les agissent.

    Des questions vieilles comme le monde mais d'une brûlante actualité, auxquelles Lydie Salvayre donne ici forme littéraire.

    Un roman, donc, et d'une causticité jubilatoire, où vont se faire face, d'une part : un solitaire, un lettré, un pas-tout-à-fait-pareil, un pas-tout-à-fait-conforme, un homme malade qui a choisi de se retirer dans un lieu de beauté, et de l'autre : les habitants d'un paisible village que l'arrivée de ce nouveau, de cet intrus, bouscule et profondément déconcerte.

    Très vite surgiront, entre l'un et les autres, l'incompréhension et la méfiance, puis les malentendus et les soupçons mauvais, puis les grandes peurs infondées et les violences que sourdement elles sécrètent. Puisque tout homme est une nuit.

    Première page :

    "Plus jamais ! C’est l’injonction que je me fis en traversant au pas de gymnastique le village où je pensais trouver le repos, sans bien savoir si cette injonction relevait du dépit, de la colère, ou d’une combinaison des deux. Je n’y remettrai plus jamais les pieds !

    Mais arrivé chez moi, dans ce qui me tenait lieu de chez-moi, j’essayai de réfléchir posément à l’accueil assez frais que m’avaient réservé les clients du Café des Sports (mes pensées fonctionnaient toujours à retardement). Et comme je ne voulais à aucun prix que mon séjour ici commençât par une défaite, je minimisai la gravité de ma mésaventure et m’en fis le seul responsable.

    Je me dis que je n’aurais jamais dû entrer aussi légèrement dans ce café, qu’entrer dans ce café exigeait peut-être je ne sais quels laissez-passer préalables, je ne sais quelles autorisations plus ou moins tacites que, par ignorance, j’avais enfreints. "

    Ce que j'en pense :

    Je suis plutôt déçu par ce livre de Lydie Salvayre. Le sujet est intéressant, la forme aussi, au moins au début car ensuite cela finit par lasser - cette confrontation des deux styles (le "populaire" et le "bien parlé"). L'ensemble est quand même assez manichéen, plein de clichés et finalement je ne suis pas certain qu'un tel livre fasse changer quelque chose dans les mentalités par rapport à l'étranger.

    Tout homme est une nuit

     

     

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  • Les loyautés

    "Les loyautés" de Delphine De Vigan - JC Lattès

    Présentation de l'éditeur :

    Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d'innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ?

    Première page :

    "HÉLÈNE

    J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi, on ne me la fait pas. Je dis le gamin parce que franchement il faut les voir, les garçons, à cet âge-là, avec leurs cheveux fins comme ceux des filles, leur voix de petit poucet, et cette incertitude qui colle à leurs mouvements, il faut les voir s’étonner grands yeux écarquillés, ou se faire engueuler, mains nouées derrière le dos, la lèvre tremblotante, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, il n’y a aucun doute, c’est à cet âge-là que ça commence, les vraies conneries."

    Ce que j'en pense :

    Voilà un très bon roman choral avec 4 personnages. Ils ont chacun leurs blessures plus ou mois visibles. La force de l'auteure c'est de montrer sans juger, d'esquisser sans démontrer, de ne pas tout décrire, de laisser l'histoire continuer après avoir fermé le livre.

    Les loyautés

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  • Comment j'ai rencontré les poissons

    "Comment j'ai rencontré les poissons" de Ota Pavel - éditions do

    Présentation de l'éditeur :

    Les poignantes mais souvent joyeuses histoires de ce livre composent la tendre chronique d un homme qui se souvient de son père, génial représentant de commerce et grand amoureux de la pêche, géant captivant et charmeur aux yeux de l enfant qu il était. Elles commencent simplement, par ce regard de l enfance, puis elles se développent pour illustrer la prise de conscience d un garçon qui grandit et observe le monde autour de lui. Et si elles reconstituent l'histoire de sa famille, avec en arrière-plan celle de l Europe centrale, elles sont en réalité beaucoup plus que cela : de touchantes méditations sur la vie et la survie, la mort et la mémoire, l'humour, la justice et la compassion.

    Première page :

    "LE PLUS CHER DE TOUTE L’EUROPE CENTRALE

    Avant la guerre, maman avait une envie folle de se rendre en Italie. Ce n’était pas tellement pour voir les statues de Michel-Ange ou les tableaux de Léonard de Vinci, mais plutôt pour se baigner au moins une fois dans une mer tiède. Originaire de Drin près de Kladno, où il n’y avait qu’une pauvre petite mare aux canards sur laquelle flottait une couche épaisse et verte de lentilles d’eau, elle n’avait jamais pu, dans sa jeunesse, profiter d’une bonne baignade. Alors, à chaque printemps, elle posait à papa la même question : — Mon petit Leo, est-ce qu’on y va cette année ? Mon papa Leo répondait généralement que justement cette année nous n’avions pas assez d’argent et qu’à son avis, on serait beaucoup mieux près de Krivoklat, sur la rivière Berounka. Car papa avait bien d'autres préoccupations. Au premier rang de ses intérêts se trouvaient le commerce et les poissons. Il était exceptionnellement doué pour ces deux activités, mais donnait une préférence aux poissons, ce qui était fort préjudiciable tant à notre famille qu’à la maison suédoise Electrolux, où il était représentant en réfrigérateurs et aspirateurs. Parfois il disparaissait carrément de sa tournée et on le retrouvait sur la Berounka avec son meilleur ami le batelier Karel Prosek, à pêcher le brochet en appâtant avec des perches."

    Ce que j'en pense :

    Un peu déçu par ce livre dont on m'avait dit le plus grand bien. Certes, il y a de beaux passages, de l'humour. La vie en Tchécoslovaquie dans ces années avant et après la guerre est assez bien décrite et le personnage du père est magnifique... mais il faut vraiment beaucoup aimer les poissons ! Et, à partir du milieu du livre il nous arrive de nous ennuyer.... j'avoue avoir sauter quelques passages.

    Comment j'ai rencontré les poissons

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  • Une autre saison comme le printemps

    "Une autre saison comme le printemps" de Pierre Pelot - Héloïse d'Ormesson

    Présentation de l'éditeur :

    Devenu un auteur à succès aux États-Unis, où il vit désormais, François Dorall revient en France pour participer à un festival de polar, à Metz. Une nuit, lorsque Elisa, une amie d’enfance, le supplie de retrouver son fils de 9 ans qui a été kidnappé, il a soudain l’étrange impression d’être plongé dans l’un de ses livres. N’est-il pas spécialiste des disparitions mystérieuses ? Dorall hésite, mais ne lui doit-il pas cela ? Le romancier se mue en enquêteur. Et pendant ce temps-là, un petit garçon se dirige vers le Sud en compagnie d’un homme qu’il appelle papa.

    Une autre saison comme le printemps est une histoire qui ne ressemble à aucune autre, où les indices de l’énigme sont savamment distillés au détour des mots. Mais c’est avant tout une interprétation poignante de ce que peut faire l’amour quand la mort l’a privé de son objet.

    Première page :

    "AVANT, LES PRÉS DESCENDAIENT en pente douce jusqu’à la rivière, en dessous de la maison. Des arbres bordaient le cours d’eau. La route passait de l’autre côté, à une dizaine de mètres au plus près de la rive, calquant ses méandres sur ceux de la rivière. Avant, quand les arbres avaient des feuilles, on ne voyait même pas la route.

    Et puis le tout-venant des hommes politiques se retrouva à même de prendre des décisions, et ces gens-là ne s’adressaient plus à des « citoyens » mais à des « consommateurs », des « électeurs », des « automobilistes ». Ces gens-là estimaient manquer leur carrière s’ils n’avait pas à leur actif la création d’une portion quelconque d’autoroute, une voie de contournement ou une zone industrielle.

    Ils tracèrent donc la route de ce côté-ci de la rivière, en plein milieu des prés, ce qui coupa quelques virages, permit aux usagers de rouler un peu plus vite, aux accidents de se multiplier. Au trafic des camions de s’écouler sans discontinuer.

    Un de ces camions avait tué le chien du vieil homme.

    Le chien n’était plus tout jeune. Lui aussi avait vécu le temps où l’ancienne route passait de l’autre côté de la rivière…"

    Ce que j'en pense :

    Voilà une histoire complexe où il est question de revenants, de deuil… mais ce n'est pas un roman fantastique, ni complètement un polar. Difficile de le faire entrer dans une case (c'est souvent le cas chez Pelot). Les retours en arrière sont fréquents. Les indices sont distribués au compte goutte. C'est plaisant à  lire à condition d'accepter de se laisser surprendre.

    Une autre saison comme le printemps

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  • Rêves oubliés

    "Rêves oubliés" de Léonor de Récondo - Points

    Présentation de l'éditeur :

    À l’ombre des pins, ils ont oublié le bruit de la guerre et la douleur de l’exil. Dans cette ferme au cœur des Landes, Aïta, Ama et leurs trois enfants ont reconstruit le bonheur. Dans son journal, Ama raconte leur quotidien, l’amour, la nécessité de s’émerveiller des choses simples et de vivre au présent. Même dans la fuite, même dans la peur, une devise : être ensemble, c’est tout ce qui compte.

    Première page :

    "Aïta est assis sur le lit défait, il tient sa tête entre ses mains. Partir maintenant. Ces mots martèlent sa pensée. Partir maintenant à Irún. Il se lève, fait quelques pas dans la chambre. Il jette un coup d’œil distrait au miroir qui surplombe la commode. Il scrute un instant cette vie qu’il laisse. Pour combien de temps ? Quelques mois, tout au plus. Le temps de retrouver Ama et les enfants. Être ensemble, c’est tout ce qui compte. Il s’approche de la commode et prend une des photos encadrées, celle qu’il préfère, celle qu’il regarde chaque soir avant de se coucher. Il y a Ama et son sourire, Ama et leurs trois fils. Le petit est dans ses bras, les deux autres s’accrochent à sa jupe. Bonheur furtif, piégé sur du papier, volé par lui un après-midi ensoleillé, alors qu’ils se promenaient dans les jardins d’Aranjuez, cette ville qu’il doit quitter. Il sort la photo de son cadre en verre biseauté. Il la caresse du regard, puis la glisse dans la poche de sa chemise."

    Ce que j'en pense :

    C'est un livre rempli de mélancolie et de tristesse. Il y a aussi bien sûr de l'émotion à suivre le parcours de ces exilés espagnols. On se dit que c'est un beau texte mais on ne réussit pas complètement à y entrer comme si tout cela était trop lisse.

    Rêves oubliés

     

     

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  • Une longue impatience

    "Une Longue impatience" de Gaëlle Josse - Notabilia

    Présentation de l'éditeur :

    Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille. 

    Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. Pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini. 

    Avec Une longue impatience, Gaëlle Josse signe un roman d’une grande retenue et d’une humanité rare, et un bouleversant portrait de femme, secrète, généreuse et fière. Anne incarne toutes les mères qui tiennent debout contre vents et marées. 

    « C’est une nuit interminable. En mer le vent s’est levé, il secoue les volets jusqu’ici, il mugit sous les portes, on croirait entendre une voix humaine, une longue plainte, et je m’efforce de ne pas penser aux vieilles légendes de mer de mon enfance, qui me font encore frémir. Je suis seule, au milieu de la nuit, au milieu du vent. Je devine que désormais, ce sera chaque jour tempête. »

     

    Première page :

    "Ce soir, Louis n’est pas rentré. Je viens d’allumer les lampes dans le séjour, dans la cuisine, dans le couloir. Leur lumière chaude et dorée, celle qui accompagne la tombée du jour, si réconfortante, ne sert à rien. Elle n’éclaire qu’une absence. Dans leur chambre, baignés, séchés, au chaud dans leurs pyjamas aux couleurs douces, les petits sont à leurs  jeux, à leurs leçons, à leur monde. Puis ils ont faim, les voilà à la cuisine, qui me demandent pourquoi Louis n’est pas là. Je ne sais que leur dire. Peut-être vais-je leur expliquer qu’il va arriver ; il sera resté faire ses devoirs chez un ami, ils auront bavardé, il se sera attardé et aura laissé passer l’heure. Et j’essaierai de croire mes propres paroles tout en préparant le repas, en surveillant le four, en disposant les assiettes, les verres, en rangeant la vaisselle superflue empilée sur l’évier, il ne va pas tarder, venez dîner."

    Ce que j'en pense :

    Un livre d'une très belle écriture, légère, poétique, qui nous donne une grande émotion. C'est à la fois d'une immense tristesse et d'un amour considérable, au point de ressembler à une tragédie grecque.  En peu de mots les atmosphères sont présentes, respirables. C'est un très beau portrait de femme, un des meilleurs livres de Gaëlle Josse.

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  • La tresse

    "La tresse" de Laetitia Colombani - Grasset

    Présentation de l'éditeur :

    Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
    Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
    Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
    Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
    Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

    Première page :

    "Smita

    Village de Badlapur, Uttar Pradesh, Inde.

    Smita s’éveille avec un sentiment étrange, une urgence douce, un papillon inédit dans le ventre. Aujourd’hui est une journée dont elle se souviendra toute sa vie. Aujourd’hui, sa fille va entrer à l’école.

    À l’école, Smita n’y a jamais mis les pieds. Ici à Badlapur, les gens comme elle n’y vont pas. Smita est une Dalit. Intouchable. De ceux que Gandhi appelait les enfants de Dieu. Hors caste, hors système, hors tout. Une espèce à part, jugée trop impure pour se mêler aux autres, un rebut indigne qu’on prend soin d’écarter, comme on sépare le bon grain de l’ivraie. Comme Smita, ils sont des millions à vivre en dehors des villages, de la société, à la périphérie de l’humanité.

    Tous les matins, c’est le même rituel. À la manière d’un disque rayé rejouant à l’infini une symphonie infernale, Smita s’éveille dans la cahute qui lui sert de maison, près des champs cultivés par les Jatts. Elle lave son visage et ses pieds à l’eau rapportée la veille du puits, celui qui leur est réservé. Pas question de toucher à l’autre, celui des castes supérieures, pourtant proche et plus accessible. Certains sont morts pour moins que ça. Elle se prépare, coiffe Lalita, embrasse Nagarajan. Puis elle prend son panier de jonc tressé, ce panier que sa mère portait avant elle et qui lui donne des haut-le-cœur rien qu’à le regarder, ce panier à l’odeur tenace, âcre et indélébile, qu’elle porte toute la journée comme on porte une croix, un fardeau honteux. Ce panier, c’est son calvaire. Une malédiction. Une punition. Quelque chose qu’elle a dû faire dans une vie antérieure, il faut payer, expier, après tout cette vie n’a pas plus d’importance que les précédentes, ni les suivantes, c’est juste une vie parmi les autres, disait sa mère. C’est ainsi, c’est la sienne."

    Ce que j'en pense :

    Écriture simple, l'auteure va directement au but en racontant succinctement trois histoires qui se croisent. C'est bien fait, émouvant (surtout pour la partie Indes), c'est fait pour plaire. J'aurai souhaité que le récit de Smita, l'indienne intouchable, soit plus approfondi, plus long, plus fouillé car on est à la fois attiré et révolté par cette civilisation.

    La tresse

    La tresse

     

     

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  • Point cardinal

    "Point cardinal" de Léonor de Récondo - Sabine Weispieser

    Présentation de l'éditeur :

    Sur le parking d’un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille méticuleusement, tristement. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, volait quelques instants de joie et dansait à corps perdu sera devenue méconnaissable. Laurent, en tenue de sport, a remis de l’ordre dans sa voiture et dissimulé dans le coffre la mallette contenant ses habits de fête. Il s’apprête à retrouver femme et enfants pour le dîner. Petit garçon, Laurent passait des heures enfermé dans la penderie de sa mère, détestait l’atmosphère virile et la puanteur des vestiaires après les matchs de foot. Puis il a grandi, a rencontré Solange au lycée, il y a vingt ans déjà. Leur complicité a été immédiate, ils se sont mariés, Thomas et Claire sont nés, ils se sont endettés pour acheter leur maison. Solange prenait les initiatives, Laurent les accueillait avec sérénité. Jusqu’à ce que surviennent d’insupportables douleurs, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus réfréner ses envies incontrôlables de toucher de la soie, et que la femme en lui se manifeste impérieusement. De tout cela, il n’a rien dit à Solange. Sa vie va basculer quand, à la faveur de trois jours solitaires, il se travestit pour la première fois chez eux. À son retour, Solange trouve un cheveu blond… Léonor de Récondo va alors suivre ses personnages sur le chemin d’une transformation radicale. Car la découverte de Solange conforte Laurent dans sa certitude : il lui faut laisser exister la femme qu’il a toujours été. Et convaincre son entourage de l’accepter. La détermination de Laurent, le désarroi de Solange, les réactions contrastées des enfants – Claire a treize ans, Thomas seize –, l’incrédulité des collègues de travail : l’écrivain accompagne au plus près de leurs émotions ceux dont la vie est bouleversée. Avec des phrases limpides, des mots simples et d’une poignante justesse, elle trace le difficile chemin d’un être dont toute l’énergie est tendue vers la lumière. Par-delà le sujet singulier du changement de sexe, Léonor de Récondo écrit un grand roman sur le courage d’être soi.

    Première page :

    "Mathilda conduit jusqu'au rond-point, puis se gare sur le parking du supermarché. Presque personne à cette heure-ci. Elle choisit une place loin de l’entrée, éteint le moteur, insère le disque dans la fente du tableau de bord. À l’ombre de la grande enseigne, la musique surgit, le volume à son maximum.

    Oh Lord who will comfort me ?

    Mathilda cale un miroir sur le volant, se regarde, se trouve belle et triste à la fois, observe son menton, son nez, ses lèvres. C’est le moment du dépouillement, le pire de tous.

    Elle sort de la voiture, ouvre le coffre. Sous la moquette, la roue de secours a disparu pour abriter une mallette. Elle la saisit en tremblant. Combien de temps encore ? Mathilda se rassoit, la mallette en aluminium lui glace les cuisses. Elle actionne les petits clapets, qui se soulèvent avec un bruit sec. Elle prend une lingette démaquillante, se frotte doucement les yeux,…"

    Ce que j'en pense :

    C'est l'histoire d'une "transformation" vue de l'intérieur. L'auteure aurait pu tomber facilement dans le cliché ou le voyeurisme, ce n'est pas le cas. Son écriture est à la fois très simple mais délicate et sensible. Un très bon livre sur le thème, souvent méconnu, de la transidentité.

    Point cardinal

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