• Zébu boy

    "Zébu Boy" de Aurélie Champagne - Monsieur Toussaint Louverture

    Présentation de l'éditeur :

    Madagascar, mars 1947, l’insurrection gronde. Peuple saigné, soldats déshonorés, ce soir, l’île va se soulever, prendre armes et amulettes pour se libérer. Et avec elle, le bel Ambila, Zébu Boy, fierté de son père, qui s’est engagé pour la Très Grande France, s’est battu pour elle et a survécu à la Meuse, aux Allemands, aux Frontstalags. Héros rentré défait et sans solde, il a tout perdu et dû ravaler ses rêves de citoyenneté. Ambila qui ne croit plus en rien, sinon à l’argent qui lui permettra de racheter le cheptel de son père et de prouver à tous de quoi il est fait. Ambila, le guerrier sans patrie, sans uniforme, sans godasses, sans mère, qui erre comme arraché à la vie et se retrouve emporté dans les combats, dans son passé, dans la forêt.

    Roman de la croyance, du deuil et de la survie, Zébu Boy fait naître les fleurs et se changer les balles en eau. Tout entier traversé d’incantations, ce premier roman qui oscille entre destin et pragmatisme, est porté par une langue puissante et fait entendre la voix mystérieuse qui retentit en chaque survivant.

     

    Première page :

    "Quarante-quatre fois treize. Moins soixante-quatorze. Moins soixante. Il trancha :

    « Il m’en faut cent… »

    Un caisson de bois au milieu de la pièce faisait office de guéridon. Ambila y posa une liasse de billets de vingt et tenta vainement d’ériger en piles un tapis de pièces éparses :

    « Quatre cents francs… C’est ce que j’ai. »

    Randrianantoandro éclata d’un rire théâtral.

    « Pour ça, je t’en donne quatre-vingts. Et c’est déjà trop. »

    Ambila se pinça les lèvres. Ses lunettes glissaient sur son nez.

    L’ombiasy était tenu par tous comme le meilleur de l’île. Impossible de repartir avec si peu. Quatre-vingts amulettes. Pas après tout ce chemin. Ni la route à venir. Il insista et, face au refus du sorcier, sortit sa chaussette.

    L’ombiasy resta un moment en arrêt devant les renflements du bas de laine qu’il soupesa d’une main à l’autre. Chaque roulis provoquait un petit bruit sec qui semblait ricocher sur les murs humides. Il vida le contenu sur la caisse.

    Une centaine de dents se dispersa sur le bois au milieu des pièces : incisives, molaires, canines de toute taille et tout aspect. La plupart avaient encore leur émail naturel. Certaines, jaunies de tabac ou d’alcool, paraissaient gâtées, friables. D’autres, serties d’un placage en métal, mouchetées de plombage ou d’amalgame. La plupart étaient composées d’or et roulaient à l’air libre dans un tintement cristallin."

    Ce que j'en pense :

    Voilà un roman original qui évoque de façon documentée le soulèvement de 1947 à Madagascar, insurrection en partie gommée de la mémoire collective en France. En lisant ce livre on pénètre vraiment dans un autre univers social, religieux, culturel…nourri de croyances, de révoltes, de solidarité. C’est parfois déroutant, mais toujours puissant et dépaysant. Cependant la présence d’un lexique pour expliquer les nombreux termes malgaches n’aurait pas été superflue.

    Zébu boy

    Zébu boyZébu boy

     

     

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  • Ni poète ni animal

    "Ni poète ni animal" de Irina Teodorescu - Flammarion

    Présentation de l'éditeur :

    Carmen apprend la mort soudaine du Grand Poète, sa seule attache à la Roumanie, au moment où elle traverse un rond-point occupé par un peuple prêt à tout renverser. Alors, elle a comme un éblouissement : les souvenirs d’une autre révolution, conduite par ce poète autrefois dissident, lui reviennent, intacts. 
    1989. Elle avait dix ans et écrivait des poèmes à sa « camarade maîtresse» pendant que sa mère, cachée dans la salle de bains, enregistrait des K7 audio à destination d’une amie passée à l’Ouest et que son père échangeait les savons de son usine contre des petits pains. À l’époque, tout cela lui paraissait aussi banal que la folie de sa grand-mère, surveillée depuis toujours par les autorités, ou que les ours des Carpates dont on disait qu’ils mangeaient les enfants. 
    De quel genre de vague à l’âme naît une révolution ? Est-ce une impulsion animale ou poétique ? En conteuse aussi insolite qu’inspirée, Irina Teodorescu puise dans les souvenirs vifs de son enfance pour mettre en scène trois générations de femmes - et quelques animaux à leur suite - que rien ne préparait à voir la grande Histoire tout bousculer.

    Première page :

    "De mon père j'ai hérité ce goût effronté, j'aime rouler de nuit à travers des gangs d'arbres – et il y a un mot dans ma langue natale pour désigner les arbres auxquels je pense, mais pour le traduire, gang est celui qui s'en approche le mieux.

    Avant-hier j'ai appris dans un journal en ligne, puis dans un autre, qu'un grand poète de mon pays était mort. Peut-être n'était-il pas le plus grand, mais je le connaissais personnellement, alors je me suis mise à chercher les détails concernant sa soudaine disparition. Différents journaux annonçaient la triste nouvelle : le grand poète, héros de la révolution, penseur de la première Constitution libre, ex-Premier ministre, journaliste, talentueux homme d'affaires et oenologue, est décédé, enterrement tel jour telle heure, messe, discours, etc.

    Puisque personne n'était au courant de notre amitié, aucun de ses proches ne m'avait appelée pour me dire quand le grand poète avait trépassé…"

    Ce que j'en pense :

    Roman très original dans sa façon d'aborder l'histoire de la Roumanie en 1989 juste avant la chute de Ceaucescu. Ce qu'en révèle Carmen, une fille de 10 ans, est à la fois poétique, décalé mais aussi formaté par la société roumaine de l'époque. Le style d'écriture, avec ses digressions, ses parenthèses, ses incises entre tirets, en ajoute encore aux incertitudes, questionnements et étonnements de l'enfance face à ce monde à la fois inquiétant et séduisant.

    Ni poète ni animal

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  • Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

    "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" de jean-Paul Dubois - l'Olivier

    Présentation de l'éditeur :

    Cela fait deux ans que Paul Hansen purge sa peine dans la prison provinciale de Montréal. Il y partage une cellule avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre.

    Retour en arrière: Hansen est superintendant a L’Excelsior, une résidence où il déploie ses talents de concierge, de gardien, de factotum, et – plus encore – de réparateur des âmes et consolateur des affligés. Lorsqu’il n’est pas occupé à venir en aide aux habitants de L’Excelsior ou à entretenir les bâtiments, il rejoint Winona, sa compagne. Aux commandes de son aéroplane, elle l’emmène en plein ciel, au-dessus des nuages. Mais bientôt tout change. Un nouveau gérant arrive à L’Excelsior, des conflits éclatent. Et l’inévitable se produit.

    Une église ensablée dans les dunes d’une plage, une mine d’amiante à ciel ouvert, les méandres d’un fleuve couleur argent, les ondes sonores d’un orgue composent les paysages variés où se déroule ce roman.

    Première page :

    "Il neige depuis une semaine. Près de la fenêtre je regarde la nuit et j’écoute le froid. Ici il fait du bruit. Un bruit particulier, déplaisant, donnant à croire que le bâtiment, pris dans un étau de glace, émet une plainte angoissante comme s’il souffrait et craquait sous l’effet de la rétraction. À cette heure, la prison est endormie. Au bout d’un certain temps, quand on s’est accoutumé à son métabolisme, on peut l’entendre respirer dans le noir comme un gros animal, tousser parfois, et même déglutir. La prison nous avale, nous digère et, recroquevillés dans son ventre, tapis dans les plis numérotés de ses boyaux, entre deux spasmes gastriques, nous dormons et vivons comme nous le pouvons.

    Le pénitentier de Montréal, dit de Bordeaux pour avoir été construit sur l’ancien territoire d’un quartier éponyme, est situé au numéro 800 du boulevard Gouin Ouest, à la lisière de la rivière des Prairies. 1 357 détenus. 82 mis à mort par pendaison jusqu’en 1962. Autrefois, avant que l’on édifie cet univers de contention, l’endroit devait être magnifique, avec ce qu’il fallait de bouleaux, d’érables, de sumacs vinaigriers et d’herbes hautes couchées par les passages des animaux sauvages. Aujourd’hui, les rats et les souris sont les seuls survivants de cette faune. Et puisque telle est leur nature peu regardante, ils ont repeuplé ce monde clos fait de souffrance encagée. "

    Ce que j'en pense :

    L’auteur sait donner vie à ses personnages même si (et surtout) leur futur est incertain. Le père et le codétenu, en particulier, sont des protagonistes superbes avec leurs folies, leurs passions, leurs fêlures… C’est à la fois drôle et douloureux et c’est écrit avec beaucoup d’élégance et d’émotion, sans pathos. Un bon coup de cœur.

    Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

    Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

    Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façonTous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

     

     

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  • Pense aux pierres sous tes pas

    "Pense aux pierres sous tes pas" de Antoine Wauters - Verdier

    Présentation de l'éditeur :

    Dans un pays dont on ignore le nom, où se succèdent des dictateurs qui tentent de le moderniser, une sœur et son frère jumeau vivent à la ferme de leurs parents, au milieu des plaines.

    Marcio travaille aux champs avec le père, un homme violent, tandis que Léonora s’occupe de la maison avec sa mère. Ils ont douze ans à peine et leur complicité semble totale, leurs jeux interdits irrépressibles. Mais un soir, alors que leurs corps se rapprochent doucement dans le fenil, le père surgit et voit se confirmer ce qu’il a toujours suspecté.

    Tandis qu’un nouveau coup d’État vient de se produire,  les parents décident de séparer les jumeaux. Commence alors un combat long et incertain, celui de la réinvention de soi et de la quête obstinée de liberté.

    Véritable hymne à la désobéissance, Pense aux pierres sous tes pas est également un cri d’espoir. Et d’amour fou.

    Première page :

    "Le déguisement

    On était nés jumeaux, pourtant mon frère avait toujours été comme un aîné pour moi. Parce qu’il était le garçon et devait s’occuper des cheptels avec Paps, il partait le matin dans les vallées pleines de brume où il n’y avait pas le moindre habitant, mais une forte présence de fleuves. Et, à la seule évocation de ces choses, moi qui n’en pouvais plus d’être enfermée, d’entendre Mams me reprendre de volée quand je rêvais au lieu de l’aider, que j’étais seule et que je rêvais, que je pensais à lui, à mon frère, mon ventre se craquelait d’envie: je rêvais de m’enfuir avec eux et, comme eux, de toucher le ventre des bêtes. L’immensité. Le ciel et les moissons et les sommets.

    Tous les deux, on était encombrants pour eux, et on l’avait toujours été. Au point que Paps aurait préféré ne pas nous avoir et rester toute sa vie comme ça, avec Mams, qui le rendait complètement dingue avec ses hanches en montagne de massepain et ses seins lourds toujours luisants.

    Pour autant, je ne crois pas qu’il nous détestait. Mais le seul fait de nous voir courir devant lui, et parfois simplement de nous entendre, l’irritait à la puissance mille: il mettait des coups de pied dans les chaises, cassait des vases, hurlait, puis se taillait pendant des heures on n’a jamais su où.

    Pauvre Paps."

    Ce que j'en pense :

    Dans ce drôle de roman le lecteur est entrainé dans du burlesque, du poétique, du fantastique, du politique… C’est parfois complètement déjanté à la manière d’un conte utopiste vu à travers les yeux de l’enfance. On peut aussi penser à la traversée des déserts, mythe biblique, recherche d’une nouvelle vie. Et si c’était cela l’avenir de notre planète : revenir à du petit, du local, retrouver une vraie citoyenneté ?

    Pense aux pierres sous tes pas

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  • L'enfant qui

    "L'enfant qui" de Jeanne Benameur - actes sud

    Présentation de l'éditeur :

    Trois trajectoires, trois personnages mis en mouvement par la disparition d'une femme, à la fois énigme et clé. L'enfant marche dans la forêt, adossé à l'absence de sa mère. Il apprend peu à peu à porter son héritage de mystère et de liberté. Avec un chien pour guide, il découvre des lieux inconnus. A chaque lieu, une expérience nouvelle. Jusqu'à la maison de l'à-pic. Le père, menuisier du village, délaisse le chemin familier du Café à la maison vide. En quête d'une autre forme d'affranchissement, il cherche à délivrer son corps des rets du désir et de la mémoire. Et puis il y a la grand-mère, qui fait la tournée des fermes voisines, dont le parcours encercle et embrasse le passé comme les possibles. Porté par la puissance de l'imaginaire, L'Enfant qui raconte l'invention de soi, et se déploie, sensuel et concret, en osmose avec le paysage et les élans des corps, pour mieux tutoyer l'envol.

    Première page :

    "Dans ta tête d’enfant, il y a de brusques ciels clairs arrachés à une peine lente, basse, impénétrable. Ta mère a disparu. Elle avait beau ne jamais être complètement là, c’est à son odeur, à sa chaleur, à ses mains silencieuses que tu prenais appui pour sentir que tu existais vraiment. Maintenant tu te tiens comme tu peux. Sur une crête. D’un côté, les cris du père. De l’autre, le silence. Abrupt. Toute ta vie désormais au bord de quelque chose qui n’a pas de nom. Dans le monde, ta place s’est réduite. Est-ce qu’elle va s’amenuiser encore? Faudra-t-il pour y tenir que tu te réduises juste à un point? À un trait? Tu ne connais pas encore les peintures des maîtres chinois, l’encre déposée par le pinceau, à peine une trace, et le vide. Si tu les connaissais, tu sau - rais que maintenant, c’est toi. Mais il y a ton corps. Même si tu t’apprends à respirer en laissant le moins d’air possible entrer entre tes côtes. Tous tes os sont là…."

    Ce que j'en pense :

    J’aime beaucoup les livres de Jeanne Benameur mais pour celui-ci je suis un peu réservé. L’écriture est toujours aussi magnifique mais elle ne me touche pas vraiment… comme si la forme prenait le pas sur le fond, l’impression de lire presque du Bobin sans beaucoup d’émotion. Et pourtant les premières pages m’avaient mis en bel appétit !

    L'enfant qui

    L'enfant qui

     

     

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  • Un silence brutal

    "Un silence brutal" de Ron Rash - Gallimard

    Présentation de l'éditeur :

    Dans ce coin des Appalaches, entre rivière et montagnes, que l'œuvre de Ron Rash explore inlassablement depuis Un pied au paradis, un monde s'efface devant un autre : à l'enracinement des anciens à leur terre succède la frénésie de profit des entrepreneurs modernes. 
    Le shérif Les, à trois semaines de la retraite, et Becky, poétesse obsédée par la protection de la nature, incarnent le premier. Chacun à sa manière va tenter de protéger Gerald, irréductible vieillard, contre les accusations de Tucker, propriétaire d'un relais pour riches citadins curieux de découvrir la pêche en milieu sauvage. Dans leur esprit, Gerald est incapable d'avoir versé du kérosène dans l'eau, provoquant la mort des truites qu'il aime tant. Mais alors, qui est le coupable? 
    La voix de Becky incarne la poésie infinie de la prose de Ron Rash, dont la colère s'exprime dans la description des ravages de la meth, fléau des régions frappées par le chômage et délaissées par les pouvoirs publics.

    Première page :

    "Alors que le soleil colore encore les montagnes, des êtres aux ailes de cuir noir tournoient déjà à faible hauteur. Les premières lucioles clignotent, indolentes. Au-delà de cette prairie des cigales s'emballent et ralentissent comme autant de machines à coudre. Tout le reste paré pour la nuit, hormis la nuit elle-même. Je regarde l'ultime lueur s'élever au-dessus de la rase campagne. Au sol des ombres suintent et s'épaississent. Des arbres en cercle forment des rives. La prairie se mue en étang qui s'emplit, à la surface des dizaines de suzannes-aux-yeux-noirs.

    Je m'assieds sur un sol qui fraîchit, bientôt humide de rosée. Près de moi une charrue à versoir abandonnée de longtemps. Des lianes de chèvrefeuille enroulent leurs verts cordons, des fleurs blanches accrochées là comme de petites ampoules de Noël. J'effleure un manche qu'ont poli rotations de poignet et suantes étreintes. Le souvenir des mains de mon grand-père, rondes de cals et aussi lisses que des pièces de monnaie usées. Un matin je l'avais regardé parcourir le champ, la rame d'acier faisant onduler la terre"

    Ce que j'en pense :

    Beaucoup de sensibilité, de poésie, d’amour de la nature et d’empathie pour ses personnages… comme d’habitude dans les romans de Ron Rash. Mais il manque quelque chose pour retrouver la force d’autres romans de l’auteur, comme dans « Une terre d’ombre » ou « Par le vent pleuré ». J'ai pensé que cela pouvait être du à la traduction mais c'est toujours la même traductrice... je vais donc attendre le prochain roman de l'auteur en espérant que je retrouverai le souffle des autres récits.

    Un silence brutal

    Un silence brutal

     

     

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  • Anatomie de l'amant de ma femme

    "Anatomie de l'amant de ma femme" de Raphaël Rupert - L'arbre vengeur

    Présentation de l'éditeur :

    A trop fréquenter la littérature, il arrive qu’on tombe dedans. Lecteur invétéré, époux d’une écrivaine nantie d’un petit renom, architecte en rupture de plans, le héros de ce premier roman n’est pas avare de confidences sur son grand projet : écrire un livre, lui aussi.

    Mais son écran d’ordinateur ne se remplit que d’images qui ralentissent son travail tout en accélérant son flux sanguin…Les affres de la création deviennent de terribles compagnons dont on se distrait d’un poignet actif.

    Alors, le jour où par ennui ou par dépit, notre homme commet l’incorrection de parcourir le journal intime de sa femme, il en est puni par une découverte qui porte un nom : Léon, et par une révélation : c’est un amant hors normes.

    Affolé, vexé mais stimulé, il se lance dans une enquête qui a tout d’une quête : pourquoi chez lui sexualité et littérature sont-elles autant liées ? Cet amateur de théories cocasses s’épanche et nous entraîne, l’air de rien, dans la dernière des grandes aventures : celle qui mène à soi.

    Un livre réjouissant avec des hauts, débats, et quelques ébats.

    Première page :

    "À MIDI, JE SUIS ALLÉ faire un tour et je me suis souvenu de quelque chose concernant les débuts de roman. Plus précisément l’introduction des personnages principaux dans un récit. L’auteur se sent parfois tenu de justifier le choix de l’identité qu’il a réservée à ses personnages. Une anecdote relative à la genèse du patronyme, ou à sa sonorité, illustre pourquoi Machin s’appelle Machin et pas MachinChose. Et plus l’anecdote semble crédible, plus l’auteur essaie, dans un effort un peu vain, de justifier son choix, le choix de la première pierre sur laquelle va s’appuyer tout l’édifice de sa fiction.

    Car en effet, pourquoi Paul plus que Jacques, pourquoi Estelle plus que Marion ? Et pourquoi Machin plus que MachinChose ?

    La sonorité, la sociologie, bien sûr, guident le choix de l’auteur. Un Jean-Jacques, un Jacky feront mauvaise figure pour un entrepreneur du web de 25 ans issu des beaux quartiers, alors qu’un Théo ou un Ferdinand feront parfaitement l’affaire."

    Ce que j'en pense :

    Dans ce livre il y a des choses originales, drôles, inventives, plutôt (dé)culottées et quelques réflexions intelligentes sur l’écriture, la fiction et les écrivains. Mais au fil des pages on se lasse de toujours tourner autour du même sujet : la bite et les pets !

    Anatomie de l'amant de ma femme

     

     

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  • Les gratitudes

    "Les gratitudes" de Delphine de Vigan - JCLarrès

    Présentation de l'éditeur :

    Michka est en train de perdre peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes se retrouvent  : Marie, une jeune femme dont elle est très proche, et Jérôme, l’orthophoniste chargé  de la suivre.

    Première page :

    "Vous êtes-vous déjà demandé combien de fois par jour vous disiez merci? Merci pour le sel, pour la porte, pour le renseignement.

    Merci pour la monnaie, pour la baguette, pour le paquet de cigarettes.

    De merci de politesse, de convenance sociale, automatiques, mécaniques. Presque Vides.

    Parfois omis.

    Parfois exagérément soulignés: Merci à toi. Merci pour tout. Merci infiniment.

    Grand merci.

    Des merci de profession: Merci pour votre Réponse, attention Votre collaboration de Votre.

     Vous êtes-vous déjà demandé combien de fois dans votre vie aviez-vous vraiment dit? Un vrai merci. L'expression de votre gratitude, de votre reconnaissance, de votre dette.

    À qui?

    Au professeur qui vous guidé vers les livres? A jeune homme qui est intervenu le jour où vous avez été agressé dans la rue? Au médecin qui vous a sauvé la vie?"

    Ce que j'en pense :

    Le sujet du livre est intéressant, les personnages sont touchants mais je ne suis jamais complètement entré dans ce roman, comme si l’autrice restait à la surface des choses, sans doute engluée par trop de « bons sentiments ». Certaines parties sont plus fortes, en particulier lorsqu’elle relatent des rêves sans que l’on sache vraiment si c’est ou non la réalité.

    Les gratitudes

     

     

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  • Moi, Marthe et les autres

    "Moi, Marthe et les autres" de Antoine Wauters - Verdier

    Présentation de l'éditeur :

    Dans un Paris dévasté par une catastrophe (accident nucléaire, cataclysme naturel, guerre de religion ?), un groupe de jeunes gens arpentent les rues, tentent de survivre en mangeant ce qu’ils trouvent, chantent des airs de John Holiways et fuient la violence de leurs ennemis en cherchant un ailleurs.

    Car ce monde en lambeaux, il s’agit malgré tout de l’habiter, de s’y vêtir et d’y trouver des raisons d’espérer. Comment tenir ? Comment trouver en soi de quoi réjouir la vie quand tout a sombré ? Ce sont les questions que se posent, avec humour et cruauté, les protagonistes de cette aventure.

     

    Première page :

    1. Nous arpentons le boulevard SainGerm et inspectons les restes des combats de nuit. Nous regardons devant nous, nous agenouillons, Josh dit: y a que des macchabées par ici, Hardy, que de la chair carbonisée. Il prend ma main et nous nous en allons, empruntant les petites rues et le funicul nous menant en droite ligne chez nous.
    2. Je n’aime pas quand Josh s’approche trop quand il parle. Une odeur de charogne, Josh, à chaque fois qu’il s’approche trop près. Le monde est un lieu terrible, dis-je à Ossip en me collant à lui de retour dans la grotte, mais la bouche de Josh est encore plus infecte. Ossip sourit et me prend dans ses bras: t’es bête, Hardy. On s’endort en fixant la lune. La lune est bleue.
    3. Nous fouillons les poubelles. Entrons dans de vieux magasins. Marthe nous devance, obsédée à l’idée de trouver du lait pour nourrissons. Ça sert à rien, Marthe, on lui dit. Tu le sais bien. Mais nos petits vont mourir si les choses continuent! hurle-t-elle. Et elle verse des larmes à peine perceptibles, que nous ne regardons pas, que nous ne regardons plus: nous avançons.

      Ce que j'en pense :

    Petit roman, par le nombre de pages, mais grand livre par sa force et sa densité. C’est un roman de survie et d’oubli, d’amour et de renaissance, d’espoir et de désespoir mêlés. C’est écrit de façon splendide, très poétique, avec quelques touches d’humour. Auteur à découvrir absolument.

    Moi, Marthe et les autres

    Moi, Marthe et les autresMoi, Marthe et les autresMoi, Marthe et les autres

     

     

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  • Vagabond

    "Vagabond" de Frank Bouysse - livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    La journée, il erre dans les rues et s’arrête parfois pour écrire des chansons, voyant à peine ceux qui sillonnent la ville d’un pas pressé. Ses soirées, il les passe à jouer du blues dans les cafés, habité par sa musique. La nuit, il rejoint son hôtel miteux pour dormir, pour rêver à Alicia, celle avec qui il y a quinze ans il partageait la scène, celle qui est partie et lui a brisé le cœur. Et justement Alicia est en ville pour y chanter. L’apparition de ce fantôme va pousser l’homme à replonger dans son passé, dans son enfance et ses mystères.
    Errant sur les traces de ce vagabond, Franck Bouysse nous entraîne sur une trajectoire incertaine, guidés par une voix littéraire profonde et puissante, dans une mélopée poétique qui côtoie autant l’ombre que la lumière.

    Première page :

    L'homme releva la tête à l'heure où le jour sombrait. Des gouttes d'asphalte sur son visage, à demi. Sous son crâne, le blues­man Robert Johnson, à presque un siècle de distance, disait sa rencontre avec le diable. L'homme pensa que lui aussi avait rencon­tré l'un, ou l'autre. Il reposa sa tête, regar­dant l'envers des feuilles des platanes, entre lesquelles le gris et le bleu le confortèrent dans l'idée qu'il n'était pas à sa place, qu'il n'en avait pas vraiment, qu'il ne serait mieux nulle part, alors il fit une volte et sa face se désagrégea contre des gravillons épars et la douleur lui fit définitivement reprendre contact avec une réalité de bruits.

    Ce que j'en pense :

     Encore un des premiers livres de Bouysse réédités après qu'il ait connu le succès à partir de "Grossir le ciel". On voit bien que dans ce petit livre la forme et le fond ne sont pas vraiment en harmonie. C'est du bon blues mais on ne rentre pas complètement dedans; on ne rentre pas entièrement dans cette poésie noire qui traine sa mélancolie entre bar et désespoir.

    Vagabond

    Vagabond

     

     

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