•  "Kim Jiyoung, née en 1982" de Nam-joo Cha - éditions NIL

    Présentation de l'éditeur :

    Kim Jiyoung est une femme ordinaire, affublée d'un prénom commun – le plus donné en Corée du Sud en 1982, l'année de sa naissance. Elle vit à Séoul avec son mari, de trois ans son aîné, et leur petite fille. Elle a un travail qu'elle aime mais qu'il lui faut quitter pour élever son enfant. Et puis, un jour, elle commence à parler avec la voix d'autres femmes. Que peut-il bien lui être arrivé ?
    En six parties, qui correspondent à autant de périodes de la vie de son personnage, d'une écriture précise et cinglante, Cho Nam-joo livre une photographie de la femme coréenne piégée dans une société traditionaliste contre laquelle elle ne parvient pas à lutter. Mais qu'on ne s'y trompe pas : Kim Jiyoung est bien plus que le miroir de la condition féminine en Corée – elle est le miroir de la condition féminine tout court.

    Première page :

    Kim Jiyoung a trente-cinq ans. Elle s'est mariée il y a trois ans et a en une fille l'an dernier. Elle; son mari Jeong Daehyeon et leur fille Jeong Jiwon, sont locataires dans une résidence de la banlieue de Séoul. Jeong Daehyeon travaille dans une importante entreprise de high-tech; Kim Jiyoung a travaillé dans une société de communication jusqu'à la naissance de sa fille. Jeong Daehyeon rentre chez lui tous les jours de la semaine vers minuit et passe au moins un jour par week-end seul au bureau. Sa belle-famille 'vivant à Busan et ses propres parents tenant un restaurant, Kim Jiyoung s'occupe seule de sa fille. Quand Jeong Jiwon a eu un an. elle a commencé les matinées aménagées à la garderie située au rez-de-chaussée d'un immeuble de leur résidence.

    C'est le 8 septembre que pour la première fois un étrange symptôme a fait son apparition chez Kim Jiyoung. Son mari se souvient parfaitement de la date car c'était le jour de Baengno. Il prenait son petit-déjeuner - des toasts et du lait -quand Kim Jiyoung est sortie sur la loggia et a ouvert la fenêtre. Le soleil brillait dans le ciel mais un air frais s'est glissé dans la cuisine. Kim Jiyoung est revenue vers la table, les épaules contractées.

    Ce que j'en pense :

    L’intérêt principal de ce livre est de nous faire découvrir de l’intérieur la Corée du sud et de nous montrer que les problèmes des femmes sont universels. Cela ressemble à un essai qui voudrait devenir roman mais n’y parvient pas vraiment. L’écriture (traduction ?) est désolante de platitude. Lorsque l’humour est présent c’est sans le faire exprès (« lui offrant un verre quand elle essuyait un nouveau revers »).

     

     

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  • Les contours de la mélancolie

    "Les contours de la mélancolie" de Léa Herbreteau - Calmann Lévy

    Présentation de l'éditeur :

    Madeleine est assise dans le fauteuil de ma soeur, ses mains jointes sur les cuisses. Sourire aux lèvres. Depuis quand exactement est-elle ici ?

    Avant, Elena était consultante en philosophie et rédigeait une thèse, jusqu'au jour où tout s'est effondré. Depuis, elle passe ses journées enroulée dans sa couette, un café au sauvignon à portée de main, et pense à Théo. Théo qui est parti, mais qui est encore partout.

    Un matin, sa voisine Madeleine frappe à sa porte. Ses cheveux sont longs et gris, ses vêtements sont noirs. Sa peau est constellée de taches de vieillesse et elle pue le médicament. Elle dit qu’elle vient juste pour le café. Juste pour discuter.

    Mais les jours passent et Madeleine est toujours là, bien décidée à s’insinuer dans la vie d’Elena, à lui chuchoter des pensées de plus en plus sombres.

    Première page :

    Je ne voyais pas l’intérêt de m’habiller. Mais je me suis pliée aux convenances. J’ai mis un pantalon, des chaussures et même un slip propre.

    — Comment ça va, Elena ?

    Les yeux de Corinne me scannent derrière ses lunettes rondes. Elle porte encore son chandail vert, assorti à son pantalon kaki. De nouvelles taches brunes constellent ses mains.

    — Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vues. Tu ne viens plus vraiment au bureau.

    Un début de chaleur inconfortable s’installe dans ma poitrine. Je me force à sourire. Ma N + 1 touille son café. Elle ne m’en a même pas proposé.

    — Je suis en arrêt maladie.

    Elle joint ses mains et se penche au-dessus de son bureau, en souriant avec ses gencives.

    — Six mois d’absence, tout de même… Nous aimons t’avoir ici, Elena. Ta collaboration et le travail réalisé autour de ta thèse sont très utiles à notre cabinet.

    Pendant une seconde, je la crois presque et me tortille sur ma chaise, les mains jointes dans une position de pénitence.

    Ce que j'en pense :

    Façon très originale d’aborder le thème de la dépression, en faisant apparaître un personnage qui la représente. L’écriture est alerte, vive et se veut très moderne avec parfois un vocabulaire  assez cru qui peut dérouter. La tonalité du roman est plutôt sombre (malgré des notes d’humour) et c’est même assez violent psychologiquement. On se dit souvent que ça va se terminer très mal….

    Question pour l’éditeur : Pourquoi mettre le nom de l’autrice en plus gros caractères que le titre du roman ?

    Les contours de la mélancolieLes contours de la mélancolieLes contours de la mélancolie

     

     

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  • L'écart

    "L'écart" de Amy Liptrot - Pocket

    Présentation de l'éditeur :

    Dans l'oubli hypnotique des nuits londoniennes, une jeune femme noie sa solitude grâce à l'alcool. Mais au bout de dix ans de fêtes tristes, dix ans d'excès, dix ans perdus, elle est épuisée. Elle retourne alors sur son île natale, au sein de cet archipel des Orcades isolé au nord de l'Écosse. Elle échange la bouteille assassine pour la Thermos de café, la contemplation de la faune interlope pour celle des étoiles et des nuages. Elle se découvre assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté.
    Et si le fragile râle des genêts, cet oiseau en voie d'extinction aussi farouche qu'elle, était plus fort qu'il n'y paraît ?

    Première page :

    Sous les pales vrombissantes d’un hélicoptère prêt à décoller, une jeune femme en chaise roulante serre son nouveau-né dans ses bras tandis qu’un infirmier la conduit vers un homme également en fauteuil, entravé dans une camisole de force, qui arrive en sens inverse sur l’unique piste de l’aéroport.

    Tous deux âgés de vingt-huit ans, ils sortent du petit hôpital local, le seul de l’archipel, où ils ont été pris en charge quelques heures auparavant. La femme vient de donner naissance à son premier enfant. L’homme, qui criait et gesticulait de manière incontrôlable, a dû être sanglé et mis sous calmants.

    Situées au nord de l’Écosse, entre la mer du Nord et l’océan Atlantique, les îles Orcades sont constamment battues par les vents et frappées par les flots. Quoique très isolées, elles sont dotées de bonnes infrastructures : on y trouve un hôpital, un aéroport, un cinéma, deux établissements d’enseignement secondaire, un supermarché.

    Ce que j'en pense :

    Ce n’est pas un roman mais plutôt un témoignage autobiographique couplé à un documentaire sur l’archipel écossaise des Orcades. On passe de la dépendance à l’alcool et de sa façon de s’en libérer à de l’ornithologie, de l’astrologie, de la géographie… en passant par le dépliant touristique ! Il n’y a aucune construction romanesque et cela peut sembler un peu décousu. On peut quand même dire que ce livre est bien écrit et que de belles choses sont décrites mais cela ne m’a pas touché profondément. Je suis resté sur le bord.

    L'écart

     

     

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  • Là où chantent les écrevisses

    "Là où chantent les écrevisses" de Delia Owens - Seuil

    Présentation de l'éditeur :

    Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur " la Fille des marais " de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n'est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
    A l'âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l'abandonne à son tour.
    La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
    Lorsque l'irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même..

    Première page :

    1969

    Un marais n’est pas un marécage. Le marais, c’est un espace de lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel. Des ruisseaux paresseux charrient le disque du soleil jusqu’à la mer, et des échassiers s’en envolent avec une grâce inattendue – comme s’ils n’étaient pas faits pour rejoindre les airs – dans le vacarme d’un millier d’oies des neiges.

    Puis, à l’intérieur du marais, çà et là, de vrais marécages se forment dans les tourbières peu profondes, enfouis dans la chaleur moite des forêts. Parce qu’elle a absorbé toute la lumière dans sa gorge fangeuse, l’eau des marécages est sombre et stagnante. Même l’activité des vers de terre paraît moins nocturne dans ces lieux reculés. On entend quelques bruits, bien sûr, mais comparé au marais, le marécage est silencieux parce que c’est au cœur des cellules que se produit le travail de désagrégation. La vie se décompose, elle se putréfie, et elle redevient humus : une saisissante tourbière de mort qui engendre la vie.

    Le matin du 30 octobre 1969, le corps de Chase Andrews fut retrouvé dans le marécage, qui, sans surprise, l’aurait englouti en silence….

    Ce que j'en pense :

    C’est un roman dépaysant au vrai sens du terme. Il nous amène au cœur d’un pays marécageux, sauvage, plein de mystère et de merveille. C’est une histoire de solitude et de survie d’une enfant (puis d’une femme) qui a apprivoisé son environnement dans un environnement humain hostile. Livre très agréable, à l’écriture simple et poétique avec juste ce qu’il faut de romance amoureuse et d’intrigue policière mais avec, à la fin, un peu trop de scène de tribunal (les américains ne peuvent pas s’en empêcher !).

    Là où chantent les écrevisses

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  • Jour de courage

    "Jour de courage" de Brigitte Giraud - Flammarion

    Présentation de l'éditeur :

    Lors d’un exposé en cours d’histoire sur les premiers autodafés nazis, Livio, 17 ans, retrace l’incroyable parcours de Magnus Hirschfeld, ce médecin juif-allemand qui lutta pour l’égalité hommes-femmes et les droits des homosexuels dès le début du XXe siècle. Homosexuel, c’est précisément le mot que n’arrive pas à prononcer Livio : ni devant son amie Camille, dont il voit bien qu’elle est amoureuse de lui, ni devant ses parents. Magnus Hirschfeld pourrait-il parler pour lui ? Sous le regard interdit des élèves de sa classe, Livio accomplit alors ce qui ressemble à un coming out.
    Deux histoires se mêlent et se répondent pour raconter ce qu’est le courage, celui d’un jeune homme prêt à se livrer, quitte à prendre feu, et celui d’un médecin qui résiste jusqu’à ce que sa bibliothèque de recherche soit brûlée vive. À un siècle de distance, est-il possible que Magnus Hirschfeld et Livio se heurtent à la même condamnation ?

    Première page :

    "Il y avait eu cette matinée, pendant laquelle Livio avait longuement pris la parole. Il avait bravé le regard de tous, debout pendant une heure sur l’estrade, et n’avait pas dévié de son cap quand il avait raconté l’existence et le combat de Magnus Hirschfeld, dont personne dans la classe n’avait entendu parler. Mais cela lui importait peu, il avait été brillant et ncroyablement gonflé, comme s’il n’avait plus rien à perdre. Ses yeux étaient cernés de la nuit sans sommeil qu’il venait de passer, il avait décidé de bousculer chacun et de rompre avec cette image de garçon convenable qui lui collait à la peau. On ne l’avait jamais vu si déterminé, si libre. Alors que les recherches pour retrouver Livio viennent de prendre fin, on doit admettre qu’il lui fallait tout dire. …"

    Ce que j'en pense :

    L’autrice a beaucoup de talent pour décrire les tourments d’un jeune qui découvre son homosexualité. C’est habile de mêler ces deux histoires à presque 100 ans d’écart. C’est émouvant, juste et efficace comme toujours chez Brigitte Giraud. En refermant le livre on se dit, avec une pointe de tristesse, que peu de choses ont vraiment changé dans la famille, dans la société pour accepter les différences.

    Jour de courage

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  • De pierre et d'os

    "De pierre et d'os" de Bérengère Cournut" - Le Tripode

    Présentation de l'éditeur :

    Dans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d’une quête qui, au-delà des vastitudes de l’espace arctique, va lui révéler son monde intérieur.
    Deux ans après son roman Née contente à Oraibi, qui nous faisait découvrir la culture des indiens hopis, Bérengère Cournut poursuit sa recherche d’une vision alternative du monde avec un roman qui nous amène cette fois-ci dans le monde inuit. Empreint à la fois de douceur, d’écologie et de spiritualité, De pierre et d’os nous plonge dans le destin solaire d’une jeune femme eskimo. 

    Première page :

    "C'est la troisième lune depuis que le soleil a disparu derrière la ligne d'horizon — et la première fois de ma vie que j'ai si mal au ventre. Me décoller du corps chaud de ma sœur et de mon frère, me dégager des peaux qui nous recouvrent, descendre de la plate-forme de glace.

    Sous son dôme, ma famille ressemble à une grosse bête roulée sur elle-même. D'ordinaire, je respire comme tous du même grognement de mon père, mais cette nuit une douleur me déchire et m'extraie. Enfiler un pantalon, des bottes, une veste - me glisser hors de la maison de neige.

    L'air glacé entre dans mes poumons, descend le long de ma colonne vertébrale, vient apaiser la brûlure de mes entrailles. Au-dessus de moi, la nuit est claire comme une aurore. La lune brille comme deux couteaux de femme assemblés, tranchants sur les bords. Tout autour court un vaste troupeau d'étoiles.

    La lumière faible et bleutée qui tombe du ciel révèle sous moi un liquide sombre et visqueux. J'approche mon nez de la neige : on dirait que mon ventre délivre du sang et des foies d'oiseaux. Qu'est-ce encore que cela ?"

    Ce que j'en pense :

    C’est un livre qui promettait beaucoup mais qui, au final, me déçoit un peu. C’est plus un livre d’anthropologue qu’un véritable roman. C’est vrai qu’on apprend énormément sur la vie et les croyances des Inuits et c’est souvent intéressant…Mais j’avoue que toutes ces histoires de chamanisme ont fini par me lasser. De plus, la partie poétique n’est pas toujours de grande qualité. (Il serait très drôle de voir comment des « vegans » pourraient lire ce livre et survivre dans ces régions :-)).

    De pierre et d'os

    De pierre et d'os

     

     

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  • Nos mères

    "Nos mères" de Antoine Wauters - Verdier

    Présentation de l'éditeur :

    Dans un pays du Proche-Orient, un enfant et sa mère occupent une maison jaune juchée sur une colline. La guerre vient d’emporter le père. Mère et fils voudraient se blottir l’un contre l’autre, s’aimer et se le dire, mais tandis que l’une arpente la terrasse en ressassant ses souvenirs, l’autre, dans le grenier où elle a cru opportun de le cacher, se plonge dans des rêveries, des jeux et des divagations que lui permet seule la complicité amicale des mots.
    Soudain la guerre reprend. Commence alors pour Jean une nouvelle vie, dans un pays d’Europe où une autre mère l’attend, Sophie, convaincue de trouver en lui l’être de lumière qu’elle pourra choyer et qui l’aidera, pense-t-elle, à vaincre en retour ses propres fantômes.
    Ce texte, cruel et tendre à la fois, est avant tout le formidable cri d’un enfant qui, à l’étouffement et au renoncement qui le menacent, oppose une affirmation farouche et secrète de la vie. C’est ce dur apprentissage, fait d’intuition et de solitude, qui lui ouvrira plus tard des perspectives insoupçonnées.

    Extrait :

    "Tout bas, nous, en attendant qu’elles rentrent, on plante dans le ciel les racines du rêve et on voit apparaître, au loin, puis tout près, la même petite fille triste.
    La même magnifique petite fille.
    Elle descend des séries d’escaliers devant chez Nisrine la marchande de jouets, les descend et les remonte les genoux couverts de bleus. Et dans son regard, malheur, on sait qu’il n’y a personne. Nulle part on ne l’attend.
    Nos mères, toujours aux portes de nos pensées, nous disent que nous la rencontrerons bientôt, cette petite fille, à la fin de l’été c’est sûr, quand on se séparera, elles et nous, elles et moi. Car il faudra qu’on y arrive disent-elles, à se séparer, à ce que tu me quittes…
    Mais nos mères ne pensent pas ce qu’elles disent et ce qu’elles disent, évidemment, en est la preuve, alors nous gardons le silence et nous sourions encore."

    Ce que j'en pense :

    Ce livre nous montre d’abord comment l’enfant peut résister à la guerre, à la solitude, au changement de pays (de mère !) en s’inventant des histoires, des personnages. Puis, grâce à l’amour et à l’écriture l’enfant grandit et peut affronter le monde. L’écriture de l’auteur est magnifique, à la fois poétique, lyrique mais aussi très concrète et sensuelle. Pour mieux apprécier ce livre et se laisser emporter par l’imaginaire de l’enfant il serait souhaitable de ne pas lire la quatrième de couverture qui en dit trop.

    Nos mères

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  • Station Eleven

    "Station Eleven" de Emily St John Mandel - Rivages

    Présentation de l'éditeur :

    Une pandémie foudroyante a décimé la civilisation. Une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Ce répertoire classique en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu des étendues dépeuplées de l’Amérique du Nord.
    Centré sur la pandémie mais s’étendant sur plusieurs décennies avant et après, Station Eleven entrelace les destinées de plusieurs personnages dont les existences ont été liées à celle d’un acteur connu, décédé sur scène la veille du cataclysme en jouant Le Roi Lear. Un mystérieux illustré, Station Eleven, étrangement prémonitoire, apparaît comme un fil conducteur entre eux…

    Première page :

    "Le roi se tenait, à la dérive, dans une flaque de lumière bleue. C'était l'acte IV du Roi Lear, un soir d'hiver à l'Elgin Théâtre de Toronto. En début de soirée, pendant que les spectateurs entraient dans la salle, trois fillettes - versions enfantines des filles de Lear -avaient joué à se taper dans les mains sur le plateau, et elles revenaient maintenant sous forme d'hallucinations dans la scène de la folie. Le roi titubant essayait de les attraper tandis qu'elles gambadaient çà et là dans les ombres. Il s'appelait Arthur Leander et avait cinquante et un ans. Des fleurs ornaient ses cheveux.

    « Me reconnais-tu ? demanda le comédien qui interprétait Gloucester.

    - Je me rappelle assez bien tes yeux », répondit Arthur, distrait par la version enfantine de Cordelia.

    Ce fut à ce moment-là que la chose se produisit. Son visage se crispa, il trébucha et tendit le bras vers une colonne, mais, évaluant mal la distance, se cogna durement le tranchant de la main.

    « Au-dessous de la taille ce sont des Centaures », dit-il. Non seulement ce n'était pas la bonne réplique, mais il la prononça d'une voix sifflante, à peine audible. Il nicha sa main contre sa poitrine, à la manière d'un oiseau blessé. L'acteur qui incarnait Edgar l'observait attentivement. On pouvait encore croire en cet instant qu'Arthur était emporté par son rôle…"

    Ce que j'en pense :

    C’est un roman post-apocalyptique qui peut paraître assez classique au début mais il est bien conduit avec des retours en arrière et des personnages qui se croisent, s’éloignent et se retrouvent (au moins pour quelques uns). L’idée sous jacente est intéressante : c’est par l’art (la musique, le théâtre, le musée…) qu’un nouveau monde peut renaitre. J’ai bien aimé également  le regard critique porté sur notre société qui est esclave de l’électricité, des moyens de transport et de communication. C’est donc un très bon roman mais il lui manque ce petit quelque chose de puissant et profond qui en ferait un chef d’œuvre, comme « La route » de McCarthy. De l’auteure j’ai préféré « Dernière nuit à Montréal ».

    Station Eleven

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  • Et tu te soumettras à la loi de ton père

    "Et tu te soumettras à la loi de ton père" par Marie-Sabine Roger - Babel

    Présentation de l'éditeur :

    Une fillette d’une dizaine d’années témoigne du quotidien de sa famille, tyrannisée par un père intégriste, qui soumet les siens à sa vision altérée de la religion catholique. Chez elle, on ne doit pas poser de questions, pas demander d’explications. Seule compte la parole du Seigneur, faite de mots compliqués, alambiqués, inintelligibles, débitée par cet homme au cœur sec. Les aînés partis, la mère consacre toute son attention à Fabien, le petit dernier, qui ne grandit pas, ne sait pas tenir sa tête, ne vivra sans doute pas bien longtemps.
    Pour tenter de rendre plus supportable cette atmosphère pesante, celle à qui l’on vole son enfance s’obstine, invente ses propres réponses, se fraie un chemin à travers les mots et découvre le goût de l’insoumission.
    Dans ce court récit écrit sous la forme d’un monologue de plus en plus glaçant, Marie-Sabine Roger livre entre les lignes un vibrant plaidoyer pour la vie.

    Première page :

    "Je te crains.

    C'est une angoisse si présente qu'elle fait partie de moi, quotidienne à tel point que je ne la vois plus. Le côté pile de l'enfance.

    Et les lèvres qui tremblent, le cœur fou qui voudrait s'échapper de sa frêle prison de côtes resserrées en cerceau sur ma respiration, tout cela fait partie de ma vie, quand tu es là.

    Il suffit que tu apparaisses pour que je sois tétanisée. Je suppose que c'est ainsi qu'il faut aimer un père : avec la peur au ventre et la gorge nouée. Je n'ai reçu aucun exemple du contraire. Je ne vais pas chez d'autres gens, je ne suis jamais invitée.

    Pourtant tu ne dis rien, ou presque. Et lorsque tu t'adresses à nous, rarement, tu ne le fais que par sentences et maximes, phrases empruntées à d'autres et que je t'attribue. Tu es le chef, le patriarche, et tu règnes en tyran sur toute ta tribu. Il faut courber le front, ne pas faite de bruit, ne pas hausser le ton lorsqu'on s'adresse à toi."

    Ce que j'en pense :

    Ce livre se lit très vite, tellement on est happés par cette histoire. C’est un long monologue d’une fille de 10 ans, mais on voit bien que ce n’est pas un discours enfantin, on reconnaît la « patte » de MS Roger derrière les mots de la fillette. L’auteure nous montre comment l’intégrisme en religion conduit à la soumission, à la terreur, à la négation de la vraie vie. C’est dur, glaçant avec toutefois un petit espoir vers  la fin.

    Et tu te soumettras à la loi de ton père

    Et tu te soumettras à la loi de ton pèreEt tu te soumettras à la loi de ton pèreEt tu te soumettras à la loi de ton père

     

     

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  • Toute une vie et un soir

    "Toute une vie et un soir" de Anne Griffin - Delcourt

    Présentation de l'éditeur :

    Dans une bourgade du comté de Meath, Maurice Hannigan, un vieux fermier, s’installe au bar du Rainsford House Hotel. Il est seul, comme toujours – sauf que, ce soir, rien n’est pareil : Maurice, à sa manière, est enfin prêt à raconter son histoire. Il est là pour se souvenir – de tout ce qu’il a été́ et de tout ce qu’il ne sera plus. Au cours de la soirée, il va porter cinq toasts aux cinq personnes qui ont le plus compté pour lui. Il lève son verre à son grand frère Tony, à l’innocente Noreen, sa belle-sœur un peu timbrée, à la petite Molly, son premier enfant trop tôt disparu, au talent de son fils journaliste qui mène sa vie aux États-Unis, et enfin à la modestie de Sadie, sa femme tant aimée, partie deux ans plus tôt. Au fil de ces hommages, c’est toute une vie qui se révèle dans sa vérité franche et poignante… Un roman plein de pudeur et de grâce qui contient toute l’âme de l’Irlande.

    Première page :

    "18 h 25 Samedi 7 juin 2014 Bar du Rainsford IIousc Motel Rainsford, comte de Mcath, Irlande

    C'est moi ou leurs tabourets sont plus bas ? Peut-être que je me ratatine. À 84 ans, ce sont des choses qui arrivent. Ça et les poils dans les oreilles.

    Ouelle heure il est aux Étals-Unis, fiston ? 1 heure, 2 heures de l'après-midi ? Tu dois être collé à cet ordina­teur dans ton bureau climatisé, en train de taper sur ton clavier*. Ou bien chez, toi, sur la galerie, dans le fauteuil relax dont l'accoudoir est cassé, à lire l'article que tu viens d'écrire dans ce journal pour lequel tu travailles... C'est quoi, déjà, son nom ? Bon sang, impossible de le retrouver. Je t'imagine, le Iront plissé, essayant de te concentrer pendant qu'Adam et Caitriona font les fous pour* que tu les remarques.

    lei, c'est calme plat. Pas un pékin en vue. Il n'y a que moi, qui marmonne dans ma barbe et qui tambourine sur* le bar*, pressé de boire ma première gorgée. Si je réussis à me la faire servir*... Est-ce que je t'ai raconté, Kevin, que mon père tambourinait comme un as ? Sur la table, mon épaule, n'importe quelle surface où il pouvait poser l'index, pour enfoncer* ses arguments et obtenir l'attention qu'il méritait…."

    Ce que j'en pense :

    Voilà un excellent roman, à  la fois drôle, tendre et tragique. L’auteure nous fait rentrer dans l’univers de ce vieux monsieur de 84 ans de façon magnifique. Elle sait nous transmettre beaucoup d’émotions avec pudeur et sans pathos, en nous faisant partager les toutes petites choses du quotidien avec des bonheurs tout simples. On est tellement bien dans ce livre, avec ce vieux monsieur qu’on n’a pas envie de le quitter !

    Toute une vie et un soir

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