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En marge(s)
Attente en automne
"Attente en automne" - Charles Juliet P.O.L.
Présentation de l'éditeur :
L'amour s'empare d'un homme, mais la femme qui le hante est trop jeune, ou elle regarde ailleurs, ou elle a conscience que la distance qui les sépare ne pourra être abolie.
Renvoyé à lui-même, à une solitude accrue, cet homme vit une crise qui l'ébranle en profondeur.
Il renonce, ou à l'inverse, il se bat, s'ingénie à vaincre les résistances.
Un jour, l'imprévu survient, à moins que le temps ait modifié la situation et rendu possible ce qui ne l'était pas.
Alors cet amour qui lancinait, érodait, déchirait, soudain il délivre, pacifie, ouvre largement les portes sur une vie qui s'éclaire et va multiplier ses dons...Première page :
"Je suis arrivé hier en fin d'après-midi. Dans le train, je continuais à m'interroger. Je me demandais encore si j'avais été bien inspiré en décidant de partir. Comment allais-je supporter la solitude dans ce hameau? Paris n'allait-il pas me manquer? Je me rassurais en me disant que je n'avais pris cet engagement qu'avec moi-même, et que si je ne me plaisais pas en ce lieu, rien ne m'y retiendrait. Tandis que je regardais fuir le paysage derrière la vitre, je songeais que j'avais une grande chance d'être à ce point libre de toute contrainte. Pourtant, je n'en ressentais aucune joie.
A Rodez, j'ai pris un taxi. Le chauffeur, un costaud d'une quarantaine d'années, avait un nez de boxeur, et j'ai aussitôt pensé qu'il était peut-être un ancien joueur de rugby. Je ne m'étais pas trompé..."
Ce que j'en pense :
Trois nouvelles autour de rencontres, magnifiquement et simplement écrites. De belles histoires d'amour à la fois sensuelles et pudiques.

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La femme en vert
La femme en vert - Arnaldur Indridason
traduit de l'islandais par Eric Boury - Métailié (points)
Dans un jardin sur les hauteurs de Reykjavik, un bébé mâchouille un objet étrange... Un os humain ! Enterré sur cette colline depuis un demi-siècle, le squelette mystérieux livre peu d'indices au commissaire Erlendur. L'enquête remonte jusqu'à la famille qui vivait là pendant la Seconde Guerre mondiale, mettant au jour les traces effacées par la neige, les cris étouffés sous la glace d'une Islande sombre et fantomatique...
Présentation de l'éditeur :
Première page :
"Il remarqua qu'il s'agissait d'un os humain dès qu'il l'enleva des mains de l'enfant qui le mâchouillait, assis par terre.
La fête d'anniversaire venait juste d'atteindre son point culminant dans un bruit assourdissant. Le livreur était venu puis reparti, et les garçons s'étaient goinfrés de pizzas en avalant des boissons gazeuses et en se criant constamment les uns sur les autres. Ensuite, ils avaient quitté la table à toute vitesse comme si quelqu’un leur en avait donné le signal et s'étaient remis à courir de tous côtés, certains armés de mitraillettes, d'autres de revolvers, pendant que d'autres, plus jeunes, brandissaient des voitures ou des dinosaures en plastique. Il ne comprenait pas vraiment en quoi consistait le jeu. A ses yeux, toute cette agitation se résumait à un bruit à vous rendre fou.
La mère de l'enfant dont c'était l'anniversaire avait mis du pop-corn à éclater dans le four à micro-ondes. Elle avait annoncé qu'elle allait essayer de calmer les enfants en allumant la télévision et en mettant une vidéo dans le magnétoscope. Si cela ne suffisait pas, elle les expédierait tous dehors. C'était la troisième fois qu'elle fêtait les huit ans de son fils et elle avait les nerfs à fleur de peau. La troisième fête d'anniversaire à la suite ! ..."
Ce que j'en pense :
Une intrigue originale, intéressante, qui remue le passé en plongeant au coeur d'un foyer où sévit la violence. Il manque cependant une certaine fluidité dans l'écriture (sans doute un problème de traduction).

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L'ombre de ce que nous avons été
"L'ombre de ce que nous avons été " Luis Sepulvedatraduction Bertille Hausberg - MétailléPrésentation de l'éditeur :
Dans un vieil entrepôt d'un quartier populaire de Santiago, trois sexagénaires attendent avec impatience l'arrivée d'un homme, le Spécialiste. Il a convoqué ces trois anciens militants de gauche, de retour d'exil trente-cinq ans après le coup d'Etat de Pinochet, pour participer à une action révolutionnaire. Un tourne-disque jeté par une fenêtre au cours d'une dispute conjugale va tout remettre en question, jusqu'au moment où ressurgit dans la mémoire des complices l'expression favorite du Spécialiste : "On tente le coup ?" L'auteur nous propose les portraits cocasses et attachants de trois héros cassés par l'Histoire récente et l'exil, mais qui n'ont perdu ni leur humour ni leur capacité de croire aux rêves. Ce roman est un exercice de virtuosité littéraire au service d'une histoire émouvante et sombre jouée par des perdants. Un roman écrit avec le coeur et l'estomac pour toucher et faire rire et penser.
Première page :
"Pour nous les vieux, il ne reste plus que Carlitos Santana, se dit le vétéran et il se souvint d'un autre vétéran qui, tout en lui servant du vin quarante ans plus tôt, avait eu la même idée, à une différence près, celle du nom.
- Pour nous les vieux, il ne reste plus que Carlkos Gardel, à la santé du Morocho", avait alors soupiré son grand-père en regardant avec nostalgie le vin couleur de rubis.
Et c'est tout, se rappela le vétéran. Le lendemain, le grand-père s'était fait sauter la cervelle avec un Smith & Wesson, calibre 38 spécial, un flingue qu'il avait gardé pendant des décennies toujours propre, bien graissé, avec les six projectiles dans le barillet et enveloppé dans un morceau de feutre grenat résistant à l'humidité, aux mites et à l'oubli."
Ce que j'en pense :
De l'humour, du rythme dans ce livre. Sepulveda a échappé au piège de la nostalgie et de la mélancolie. Cependant il manque quelque chose à cette histoire. Les personnages n'ont sans doute pas assez d'épaisseur (sauf le policier).

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Espèces d'espaces
Georges Perec -Espèces d'espacesGalilée
Présentation :
Ce livre de Georges Perec est un essai philosophique. Tout ce qui touche au monde de la vie quotidienne intéresse Perec.
A l'origine, l'espace, c'est le vide. Mais il suffit de tracer en noir le périmètre d'un carré blanc pour que le vide ne soit plus le même. Le fil d'un tracé dessine aussitôt un dedans et un autour.
Les espaces s'empilent à la manière de poupées russes. Espace premier : la page sur laquelle vient s'écrire le livre. Et dans cet espace d'écriture viennent s'emboîter, chapitre après chapitre, le lit, la chambre, l'appartement, l'immeuble, la rue, le quartier, la ville, la campagne, le pays, l'Europe, le monde, l'espace.Extrait :
J’ai plusieurs fois essayé de penser à un appartement dans lequel il y aurait une pièce inutile, absolument et délibérément inutile. Ça n’aurait pas été un débarras, ça n’aurait pas été une chambre supplémentaire, ni un couloir, ni un cagibi, ou un recoin. Ç’aurait été un espace sans fonction. Ça n’aurait servi à rien, ça n’aurait renvoyé à rien.
Il m’a été impossible, en dépit de mes efforts, de suivre cette pensée, cette image, jusqu’au bout. Le langage lui-même, me semble-t-il, s’est avéré inapte à décrire ce rien, ce vide, comme si l’on ne pouvait parler que de ce qui est plein, utile, et fonctionnel.
Un espace sans fonction. Non pas "sans fonction précise", mais précisément sans fonction ; non pas pluri-fonctionnel (cela, tout le monde sait le faire), mais a-fonctionnel. Ça n’aurait évidemment pas été un espace uniquement destiné à "libérer" les autres (fourre-tout, placard, penderie, rangement, etc.) mais un espace, je le répète, qui n’aurait servi à rien.
Comment penser le rien ? Comment penser le rien sans automatiquement mettre quelque chose autour de ce rien, ce qui en fait un trou, dans lequel on va s’empresser de mettre quelque chose, une pratique, une fonction, un destin, un regard, un besoin, un manque, un surplus ?
Ce que j'en pense :
Livre très facile à lire (ce qui n'est pas le cas de tous les livres de Perec). Perec nous réapprend à voir l'ordinaire autour de nous, dans notre environnement, nos gestes...

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Le Grand Loin
Pascal Garnier - Le Grand LoinZulma
Présentation de l'éditeur :
Père placide et d’humeur conciliante, voilà Marc parti vers le sud avec sa fille Anne qu’il vient d’enlever à son hôpital psychiatrique pour le week-end. Mais la petite escapade tourne bientôt à la cavale. Anne ne veut plus rentrer, surtout pas à l’asile. Elle veut aller loin, très loin, le plus loin possible. Constellée d’incendies bizarres et semée de cadavres, la drôle d’équipée se transforme vite en un hallucinant road-movie.
Avec férocité, avec fragilité aussi, les personnages de Pascal Garnier s’accrochent à leurs rêves naïfs ou dérisoires, en éclopés de la solitude fuyant le réel pour davantage s’y perdre. Ange du mal déguisé en cordon bleu ou en tueur à gages flapi, ce sont décidément des gens comme vous et moi, des monstres candides en proie à leur plus chère folie.Première page :
—Moi aussi, je connais Agen !
Les convives s'étaient figés en se tournant vers Marc, la fourchette en suspens. Il avait prononcé ces paroles d'une voix si forte que lui-même en avait été surpris. C'est que depuis le début de la soirée, il n'avait pas réussi à en placer une. Cependant, à part cette révélation incongrue à propos d'Agen (d'ailleurs un peu audacieuse puisqu'il n'avait séjourné dans cette ville que quelques heures une dizaine d'années plus tôt), il n'avait absolument rien à dire. Plusieurs fois, par politesse, pour faire preuve d'un minimum de convivialité, il avait tenté de s'immiscer dans des conversations, n'importe lesquelles, de faire un bon mot, mais on aurait dit que sa voix ne portait pas aux oreilles des autres. Eux non plus n'avaient rien à échanger que de profondes banalités, mais enfin, ils avaient l'air de s’entendre, ils se répondaient. ...
Ce que j'en pense :
Un très bon livre de Pascal Garnier. On se sent proche de ses personnages et de leur folie mais on redoute cette familiarité qui s'installe car on est bringueballé dans une dérive sans espoir et on sent bien que la chute sera brutale.

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