• En nous beaucoup d'hommes respirent

    "En nous beaucoup d'hommes respirent" de Marie-Aude Murail - L'Iconoclaste

    Présentation de l'éditeur :

    Des albums photo, des menus de mariage, des images de communion, des dents de lait, des documents administratifs, des centaines de lettres, des journaux intimes… Voilà le trésor que Marie-Aude découvre en vidant la maison de ses parents. En ouvrant les boites à archives, les morts se réaniment. Devant elle se déroule ce grand roman familial. C’est l’histoire des Murail qui se dessine. Mais plus encore, celle de toute famille française. En nous beaucoup d’hommes respirent est une enquête intime. Une plongée dans un récit familial, à la fois commun et singulier.

    Première page :

    "J'oublie mes romans, à peine les ai-je écrits. J'ai même tendance ces derniers temps à oublier que je suis écrivain. Si l'inspiration est ce qu'en dit Jules Renard, « rien d'autre que la joie d'écrire », j'ai perdu l'inspiration. À défaut, j'ai un carnet de citations que je rouvre chaque fois que je veux en faire une, parce que j'ai oublié de qui elle est. À tout hasard, je dis qu'elle est de Jules Renard.

    La cousine Colette était un inépuisable répertoire de blagues. La dernière fois que je l'ai vue, elle en était réduite à chercher ses mots et, quand nous nous sommes séparées, je l'ai regardée s'éloigner, toute grêle, à demi chancelante au milieu des projectiles humains que sont les voyageurs dans le hall de la gare de l'Est. Non, du Nord. Ou Saint-Lazare ? Bon, une gare. Je n'éprouve pas pour ma part les symptômes précurseurs de la maladie d'Alzheimer, mais j'ai l'impression que le matériau psychique qui me constitue, au lieu de s’épaissir au fil des années, s’est aminci au point que je ne suis plus qu’un trait dans l’azur."

    Ce que j'en pense :

    Ce n’est pas un roman, c’est à la fois des histoires d’amour, des réflexions sur la filiation et aussi sur l’écriture. Ce récit fait la part belle aux écrits de plusieurs membres de la famille de Marie-Aude Murail. Cela pourrait paraître parfois décousu ou un peu difficile à suivre mais il y a régulièrement des passages très forts qui nous font continuer la lecture avec plaisir.

    En nous beaucoup d'hommes respirent

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  • Changer l'eau des fleurs

    "Changer l'eau des fleurs" de Valérie Perrin - Albin Michel

    Présentation de l'éditeur :

    Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se réchauffer dans sa loge où rires et larmes se mélangent au café qu’elle leur offre. Son quotidien est rythmé par leurs confidences. Un jour, parce qu’un homme et une femme ont décidé de reposer ensemble dans son carré de terre, tout bascule. Des liens qui unissent vivants et morts sont exhumés, et certaines âmes que l’on croyait noires, se révèlent lumineuses.
    Après l’émotion et le succès des Oubliés du dimanche, Valérie Perrin nous fait partager l’histoire intense d’une femme qui, malgré les épreuves, croit obstinément au bonheur. Avec ce talent si rare de rendre l’ordinaire exceptionnel, Valérie Perrin crée autour de cette fée du quotidien un monde plein de poésie et d’humanité.

    Un hymne au merveilleux des choses simples.

    Première page :

    "Un seul être nous manque et tout est dépeuplé.

    Mes voisins de palier n'ont pas froid aux yeux. Ils n'ont pas de soucis, ne tombent pas amoureux, ne se rongent pas les ongles, ne croient pas au hasard, ne font pas de promesses, de bruit, n'ont pas de sécurité sociale, ne pleurent pas, ne cherchent pas leurs clés, leurs lunettes, la télécommande, leurs enfants, le bonheur.

    Ils ne lisent pas, ne payent pas d'impôts, ne font pas de régime, n'ont pas de préférences, ne changent pas d'avis, ne font pas leur lit, ne fument pas, ne font pas de listes, ne tournent pas sept fois leur langue dans la bouche avant de parler. Ils n'ont pas de remplaçants.

    Ils ne sont pas lèche-cul, ambitieux, rancuniers, coquets, mesquins, généreux, jaloux, négligés, propres, sublimes, drôles, accros, radins, souriants, malins, violents, amoureux, râleurs, hypocrites, doux, durs, mous, méchants, menteurs, voleurs, joueurs, courageux, feignants, croyants, vicelards, optimistes.

    Ils sont morts.

    La seule différence entre eux, c'est le bois de leur cercueil : chêne, pin ou acajou."

    Ce que j'en pense :

    Lorsque l'on a fini ce roman, on se demande comment en parler, comment traduire en mots les émotions que l’on a eu en le lisant. C'est une très belle histoire pleine d’humanité, avec des drames, des rencontres, de l’humour (juste ce qu’il faut). Le lecteur passe d’un lieu à un autre, d’une époque à une autre, d’un personnage à l’autre sans être perdu. Bien sûr il y a quelques petits défauts (autour du jardinage par exemple) et certains personnages sont moins crédibles que d’autres…mais… il y a un Gabriel qui pleure en regardant « Sur la route de Madison » !

    Changer l'eau des fleurs

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  • Trois fois la fin du monde

    "Trois fois la fin du monde" de Sophie Divry - Notabilia

    Présentation de l'éditeur :

    Après un braquage avec son frère qui se termine mal, Joseph Kamal est jeté en prison. Gardes et détenus rivalisent de brutalité, le jeune homme doit courber la tête et s’adapter. Il voudrait que ce cauchemar s’arrête. Une explosion nucléaire lui permet d’échapper à cet enfer. Joseph se cache dans la zone interdite. Poussé par un désir de solitude absolue, il s’installe dans une ferme désertée. Là, le temps s’arrête, il se construit une nouvelle vie avec un mouton et un chat, au cœur d’une nature qui le fascine.

    Trois fois la fin du monde est une expérience de pensée, une ode envoûtante à la nature, l’histoire revisitée d’un Robinson Crusoé plongé jusqu’à la folie dans son îlot mental. L’écriture d’une force poétique remarquable, une tension permanente et une justesse psychologique saisissante rendent ce roman crépusculaire impressionnant de maîtrise.

    Première page :

    "Ils ont tué mon frère. Ils l'ont tué devant la bijouterie parce qu'il portait une arme et qu'il leur tirait dessus. Ils n'ont pas fait les sommations réglementaires, j'ai répété ça pendant toute la garde à vue. Vous n'avez pas fait les trois sommations, salopards, crevards, assassins. Les flics ne me touchent pas. à quoi bon, ils savent que je vais en prendre pour vingt ans pour complicité. Moi j'attendais dans la voiture volée. Quand j'ai vu la bleusaille, il était trop tard pour démarrer, ils se sont jetés sur moi, m'ont plaqué à terre. C'est de là que j'ai vu la scène, rien de pire ne pouvait m'arriver : Tonio tué sous mes yeux. Mais pourquoi ce con a-t-il fait feu ?

    Il était mon dernier lien, ma dernière famille. Notre mère est morte quand on avait vingt ans, on n'a jamais eu de père. Tonio assassiné, je suis désormais seul sur la terre, je n'ai plus d'amis, tous se sont détournés de moi, m d'amantes, j'étais à ce moment-là célibataire, je n'ai plus qu'un immense chagrin qui me déchire, me révolte. J'en veux à mort aux flics, je m'en veux à moi aussi. J'aurais dû empêcher Tonio de faire cette connerie. J'étais sûr que ce braquage était une mauvaise idée, qu'il allait à sa perte. Mais comment est-il fait celui qui laisserait perdre son frère sans prendre le risque de se perdre avec lui ? En ces temps-là, il y avait des frères, on se rendait des services et il y avait des hommes pour vous punir. Voilà pourquoi je me retrouve un soir devant la porte de la prison de F."

    Ce que j'en pense :

    C'est un livre où l'on trouve des moments très forts( surtout dans la partie concernant la prison) et d'autres moments beaucoup moins crédibles (dans la deuxième partie. Le style de l'auteure, mélangeant la narration à la troisième personne et le monologue intérieur est intéressant, même si, pour certains, cela peut paraitre déstabilisant.

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  • La chaleur des mammifères

    "La chaleur des mammifères" de Biz - éditions Leméac

    Présentation de l'éditeur :

    René McKay, cinquante-cinq ans, est prof de littérature à l’université. Fraîchement divorcé de sa femme, Vicky, il a peu de contact avec son fils de vingt ans, Mathieu. Renfrogné, désillusionné, il s’est au long des années isolé du monde. Il ne vit pas, il végète, se contentant de répéter à des étudiants distraits des vérités d’un autre âge, des concepts qui n’allument plus personne.

                Un malheureux séjour en Suède pour prononcer une conférence inepte devant une poignée de blasés est la goutte qui fait déborder le vase. Plus rien de tout ça ne vaut la peine. Fini, l’amour, le sexe ; fini, les illusions, les rêves, les espoirs, l’enthousiasme. Cependant, à son retour, une grève étudiante bat son plein. Et tout est à nouveau possible.

                Dressant un portrait à l’acide du milieu universitaire, Biz n’épargne ni les profs ni les étudiants. Mais il célèbre l’union, la harde, la horde, c’est-à-dire le peuple en mouvement quand il n’agit pas en troupeau.

    Première page :

    "J'ai signé les papiers de divorce d'une main tremblante, j'ai balbutié à Vicky : «Je te souhaite d'être heureuse », et je suis sorti du bureau de l'avocat. Le stylo avait manqué d'encre et j'ai dû terminer ma signature en la gravant sur le papier. Sur le trottoir, j'étais enfin libre mais je ne savais pas quoi faire.

    Sans trop de conviction, j'ai marché vers mon nouveau condo. Le temps était glacial. Les assauts de novembre annonçaient l'imminence d'un hiver éprouvant. Je courbais la tête pour limiter le vent qui s'engouffrait dans mon col. Des feuilles et des déchets tourbillonnaient dans les rues.

    Voilà, c'était fait. J'avais anticipé ce moment depuis des années. Je m'étais imaginé délivré d'un grand poids, mais au lieu de ça, j'étais plutôt écrasé par une sourde mélancolie; un sentiment d'échec diffus et de regrets culpabilisants. A cinquante-cinq ans, divorcé après vingt et un ans de mariage usant, j'allais probablement finir ma vie seul. C'était aussi bien.

    Une étude publiée dans Science a démontré que seulement 9 % des mammifères et 30 % des primates sont monogames. Chez l'humain, la monogamie est une anomalie. Historiquement, elle apparaît dans les sociétés oû le pouvoir se transmet par le sang; la fidélité des couples garantit alors la lignée du géniteur. Mais depuis l'avènement des tests de paternité, le couple monogame n'a plus lieu d'être."

    Ce que j'en pense :

    Un bon roman. Le discours sur les profs, les étudiants et l’université est assez désabusé, parfois cynique, au moins dans la première partie. On s’attend à ce que le personnage principal s’enfonce profondément dans la dépression. Et puis, brusquement (trop brusquement) tout change avec les manifestations étudiantes : notre héro retrouve le plaisir d’enseigner, découvre l’amour…sans que l’on sache vraiment comment cette transformation a été possible. J’ai déjà constaté ce genre de « défaut » dans un  autre de ses romans : « Naufrage »

    La chaleur des mammifères

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  •  "Ces morts heureux et héroïques" de Luke Mogelson - Gallmeister

    Présentation de l'éditeur :

    Un vétéran cherche à reconquérir sa femme et part la retrouver chez ses parents, là où elle s’est réfugiée après qu’il l’a frappée. Une mère célibataire fait de longs trajets pour aller voir son fils en prison – il a tué un homme d’un coup de poing lors d’une permission. Un infirmier de retour de mission élit domicile dans un réduit de l’arsenal de la garde nationale de New York, incapable de rentrer chez lui. Un journaliste raconte sa vie en Afghanistan, entre ironie et désespoir, avant qu’une bombe ne fasse sauter le café dans lequel il se trouve.

    En dix histoires subtilement liées les unes aux autres, Luke Mogelson dépeint les conséquences de la guerre sur les combattants et les civils, et la manière dont la violence subie ou infligée à l’autre bout du monde se répercute jusqu’aux États-Unis.

    Première page :

    "Bill avait été colonel dans l’armée américaine, mais il n’y avait qu’un seul chef dans la famille. Chaque fois que je téléphonais, j’entendais ses murmures maléfiques empoisonner l’oreille de Bill. “Encore ?” disait cette femme, Caroline. Puis la baie vitrée s’ouvrait dans un souffle, se refermait dans un claquement – un repli sur la terrasse – et Bill disait : “Calmez vous” ou “Vous avez été à une réunion aujourd’hui ?” Bill dehors dans la neige, observant les femelles au-dedans, main levée en un geste du type “Je maîtrise la situation”.

    Ça faisait près d’un mois que Lilly habitait chez ses parents, une maison en bord de lac dans le Vermont. Elle était partie après qu’on eut cassé la fenêtre – après que j’eus cassé la fenêtre d’un coup de poing. Ça n’avait pas été beau à voir : les ambulances et la police, les voisins inquiets qui affluaient en robe de chambre. Je l’avais laissée partir. Je savais que Caroline – qui, aujourd’hui encore, j’en suis sûr, reste persuadée que j’ai frappé Lilly – ferait tout ce qu’elle pourrait pour la détourner de moi. Mais je faisais confiance au colonel. Bill avait été soldat en temps de paix – ses vingt ans à lui étaient tombés en plein dans la période idyllique entre Vietnam et Tempête du désert – et dans son esprit, pour une raison ou une autre, il avait contracté une dette dont il ne s’était jamais tout à fait acquitté.

    Il n’y avait pas de réseau à la maison du lac ; chaque fois que j’appelais le fixe, Bill décrochait, disait que Lilly n’était pas prête à me parler."

    Ce que j'en pense :

    10 nouvelles que j’ai trouvées inégales, bien qu’elles tournent toutes autour du même sujet : la guerre et ses séquelles sur l’homme. L’écriture très « particulière » de l’auteur y est sans doute pour quelque chose. Une nouvelle est nettement au dessus du lot, il s’agit de « Visites ». Quelques autres sont intéressantes :"Du bar", "Proche est le port"

     

     

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  • Cold in hand

     

    "Cold in hand" de John Harvey - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Le jour de la Saint-Valentin, une confrontation entre gangs rivaux dégénère, et une adolescente est tuée. Lynn Kellogg, collègue et maîtresse de Charlie Resnick, est impliquée dans la fusillade, et le père de la victime l'accuse de s'être servie de sa fille comme d'un bouclier humain. Charlie Resnick tente d'aider sa partenaire à sortir de cette situation, mais il commet plusieurs erreurs. Simultanément, l'enquête que menait Kellogg sur une affaire d'homicide s'enfonce dans une impasse. Les ramifications de cette affaire, beaucoup plus étendues qu'ils le croyaient au départ, plongent Kellogg et Resnick dans un maelstrom de dangers.

    Première page :

    "C'était ce moment étrange, ni jour ni nuit, ni même véritablement le crépuscule, où la lumière commençait à décliner, les phares de quelques automobilistes trop prudents allumant un reflet pâle, fugace, sur la surface luisante de la route, l'itinéraire le plus direct pour regagner la ville. Quelques enseignes au passage : Ezee-Fit, atelier de montage de pneus ; Quality Decking ; Matériaux de Construction de Nottingham ; Mondial Moquette. Et, par intervalles, une petite enfilade de boutiques en retrait de la chaussée : marchands de journaux, fleuristes, traiteurs chinois, bookmakers, vins et spiritueux à prix réduits.

    Lynn Kellogg conduisait une berline banalisée qui tressauta légèrement quand elle rétrograda en troisième, la radio de la police murmurant des petits riens entre deux rafales de parasites. Elle portait un blue-jean et des Timberland éraflées, avec son gilet pare-balles encore attaché sous son anorak de ski rouge et noir, fermeture-éclair baissée.

    Des deux côtés de la rue, des écoliers envahissaient les trottoirs, se bousculant, jouant des coudes, chemises dépenaillées, sac à dos jeté sur l'épaule...

    Ce que j'en pense :

    L'avant dernier polar de la série "Ressnick" est encore une belle réussite. C'est sans doute un livre un peu plus "noir" que d'autres de la série, un livre où Ressnick est plus impliqué personnellement. On retrouve le regard empathique que Harvey porte sur le monde, sur la société. On y découvre surtout une admirable réflexion autour de la mort, du deuil.

    Cold in hand

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  • Autour d'elle

    "Autour d'elle" de Sophie Bienvenu - éditions Le cheval d’Août

    Présentation de l'éditeur :

    En 1996, une adolescente de seize ans accouche d’un garçon dans l’anonymat d’un hôpital de Montréal. Autour d’elle retrace vingt ans des vies de Florence Gaudreault et de son fils biologique à travers le prisme d’une vingtaine de personnages qui ont croisé leurs chemins et qui racontent, chacun à leur tour, leur propre histoire.
    Jeunes, vieux, familles, couples ou solitaires en rupture de ban : de secrets en rebondissements, Bienvenu sonde les faillites et espoirs de tout un pan d’humanité, et dévoile ce qui affleure de fragile sous la dure écorce des cicatrices du passé.

    Première page :

    "Elle va dire oui. C’est sûr, ce soir, elle va dire oui. Ça fait des semaines qu’elle me laisse aller plus loin, de fois en fois. Hier, je lui ai dit que Marie-Ève, elle le fait, elle. Pis qu’elle me veut. Pour vrai, je m’en sacre, de Marie-Ève. C’est quoi le point d’avoir une fille que tout le monde peut avoir? Il est où, le défi, là-dedans? La première fois que j’ai vu Florence, elle s’était cachée en arrière de ses livres. Elle les tenait contre elle comme si c’était ce qui l’empêchait de partir en courant. Elle avait un drôle de bandeau dans les cheveux avec un nœud sur le côté, le col de son polo était boutonné jusqu’en haut, et sa jupe trop grande lui tombait sous les genoux. Je me suis dit que ça se pouvait quasiment pas. Les filles, normalement, je sais pas trop comment elles font, mais elles savent s’arranger pour avoir l’air de quelque chose avec n’importe quoi, même un uniforme. Je peux pas dire que j’aime pas ça. Mais Florence, elle est spéciale. Elle le sera p’têt’ toujours. Le premier cours de l’année avait commencé depuis quelques minutes quand ç’a toqué à la porte. Le prof a dit d’entrer, mais ç’a recogné. «Entrez!» qu’il a répété, déjà fru. Quelques secondes sont passées avant que la porte s’ouvre…"

    Ce que j'en pense :

    Ce roman est souvent qualifié de roman choral car il donne la parole à beaucoup de personnages qui ont quelque chose à voir avec Florence. C’est très bien écrit et très bien ficelé, mais, et c’est souvent le cas dans ce genre d’écrit, tous les chapitres n’ont pas la même force. C’est quand même une auteure qui mérite amplement d’être suivie.

    Autour d'elle

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  • Et au pire on se mariera

    "Et au pire on se mariera" de Sophie Bienvenu - éditions La Meche

    Présentation de l'éditeur :

    Avant de rencontrer Baz, Aïcha était tout le temps enragée. Elle traînait son enfance brisée en essayant d’éviter sa mère, les vieux puants et les seringues usées du parc. Maintenant qu’elle est amoureuse, elle voit les balançoires dans les parcs de Centre-Sud. Voilà pourquoi, pour Baz, Aïcha ferait tout, même le pire. Tout, c’est ce qu’elle doit raconter à cette femme qui la regarde comme une page de faits divers. Mais suivre le récit d’Aïcha, c’est entrer dans un labyrinthe pour s’y perdre autant qu’elle.

    Première page :

    "Ouais, Aïcha, c’est vraiment mon prénom. À cause de la chanson, tu sais ? Non, tu sais pas. Personne la connaît, mais c’est pas grave. Je sais que j’ai plutôt la tête à m’appeler Rosalie ou Camille, mais je m’appelle Aïcha. Aïcha Saint-Pierre. Saint-Pierre, c’est le nom de ma mère, et Aïcha… c’est parce que mon père est algérien. O.K., pas mon père « père », mais… le gars avec qui elle était quand elle est tombée enceinte de moi. Il est resté un moment, quand même. Jusqu’à ce qu’il arrête d’espérer que mes cheveux deviennent bruns et mes yeux aussi. Et ma peau aussi. Il était nice. Et il était beau. J’ai une photo de lui dans mon sac. Si tu veux la voir, je pourrais te la montrer, à un moment donné. Plus tard, genre… quand ils m’auront rendu mon sac. Ils vont me rendre mon sac, hein ? Parce que j’ai des trucs importants dedans. Ils vont fouiller dedans ?"

    Ce que j'en pense :

    C'est un criss de bouquin... même si on n'est pas complètement en phase avec le parler québécois. Un long cri d'amour et de rage. On a vraiment envie de lire ce livre à voix haute (très haute). Ce qui fait la force de ce roman (ou théâtre?) c'est qu'on ne sait jamais si l'héroïne  raconte ses envies et ses fantasmes ou si elle dit à sa manière ce qui s'est réellement passé ; beaucoup de choses (très graves) sont ainsi laissées en suspens.

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  • Bonheur à gogos !

    "Bonheur à gogos!" de Jean-Louis Fournier - Payot

    Présentation de l'éditeur :

    "J'ai toujours cru que je serai heureux demain. C'est quand demain ?" Exercices pratiques de confiance en soi, méditation, huiles essentielles, pierre de rhinocérite, croisière du bien-être... Jean-Louis Fournier a testé pour vous les thérapies en tout genre et la montagne de petits conseils qui peuvent tout changer pour être heureux. Ce qu'il livre est drôle, sensible et d'une grande justesse, et sa dérision nous libère de la tyrannie du bonheur.

    Première page :

    "Allô, bonjour, comment vas-tu ?

    Elle a gloussé et elle a dit : « Que du bonheur. »

    J’ai raccroché.

    Qu’elle aille se faire foutre la pintade.

    Depuis que tout va mal, jamais expression n’a été aussi « tendance ».

    On est obligé d’être heureux.

    Le bonheur à perpète…

    Aucune excuse.

    Si on est malheureux, c’est vraiment qu’on le cherche.

    Les malheureux sont mal vus, ils doivent raser les murs, se cacher.

    Avoir honte."

    Ce que j'en pense :

    Fournier, comme à son habitude, épingle les petits travers de notre société et la mode des livres de psy et de développement personnel. C’est souvent bien vu et drôle. Il manque cependant la causticité avec un petit grain de méchanceté et de colère que l’on trouvait dans certains de ses livres précédents.

    Bonheur à gogos !

    Bonheur à gogos !

     

     

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  • Naufrage

    "Naufrage" de Biz - Leméac éditions

    Présentation de l'éditeur :

    Frédérick, fonctionnaire de trente-neuf ans, a une maison qui est une ambassade à l'abri des soucis du monde, une femme au sourire solaire et un petit garçon âgé d'un an qui fonce vers lui sur ses jambes neuves comme un obus chargé d'amour. Mais voilà qu'au travail on le mute aux Archives, façon de dire qu'on le met sur une tablette pour qu'il y accumule la poussière. Etre payé à ne rien faire ? C'est un scandale intime, honteux, qui engendre une révolution personnelle, et Frédérick décide bientôt qu'il devra tout faire pour dénoncer publiquement cette situation. Et ensuite... Eh bien, la suite ne se raconte pas. Il vous faudra la vivre en la lisant. Il vous faudra, comme Frédérick, l'éprouver dans votre chair. Et il vous faudra la garder pour vous, lecteurs, car plus rien ne sera jamais pareil. Naufrage est un roman qui fait mal.

    Première page :

    "La grosse secrétaire s'est plantée devant mon cubicule et m'a lancé sèchement, assez fort pour que mes voisins entendent :

    Ils veulent te voir aux RH.

    Moi, pourquoi ? —Je sais pas.

    Quand ?

    Cette convocation à la Direction des ressources humaines n'augurait rien de bon. Je me suis levé en grommelant. La secrétaire s'est mise en marche en ondulant ses grosses fesses. Prisonnières de son pantalon de fortrel, ses cuisses frottaient l'une sur l'autre en un chuintement obscène. Je la suivais comme un condamné à l'échafaud. Je sentais glisser sur moi les regards à la fois compatissants et soulagés de mes collègues de cubicules. Ils étaient en sursis, mais c'étaient eux les prochains.

    Depuis la fusion des ministères, il y avait beaucoup de chambardements de personnel. Licenciement, mutation, retraite anticipée, toutes les options étaient dans le barillet et c'était à mon tour de jouer à la roulette russe. J'avais le canon de l'austérité appuyé sur la tempe. Le hamster de la panique courait dans ma tête. Qu'est-ce que j'allais faire? A quarante ans, j'étais trop jeune pour prendre ma retraite et trop vieux pour me réorienter.

    Les Ressources humaines occupaient tout le cinquième étage. Je n'y étais allé qu'une seule fois…"

    Ce que j'en pense :

    Voilà un roman québécois plein de fraicheur, d’allant, de tendresse … mais uniquement dans la première partie. Ensuite, lorsqu’arrive le « basculement » on est dans un autre livre qui m’a moins plu. L’auteur semble bien plus crédible et plus impliqué dans la partie surréaliste que dans la partie « descente aux enfers ».

    Naufrage

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