• Que moi

    "Que moi" de Rémi Checchetto
    éditions Espaces 34

    Présentation de l'éditeur :

    Que moi est un portrait du « moi » (rien d’autobiographique), seulement une tentative de dire le « je » qui parle et de ne dire que cela, c’est-à-dire ce qui le différencie, le singularise.

    C’est un portrait en lutte contre plus fort que soi. 

    Portrait dans la modestie, l’immodestie de l’effort, du balbutiement. Pas dans la prétention du discours.

    Se dessine alors l’immensité de ce qui l’entoure – de ce qui entoure tout être au monde.

    Dans la lignée des textes précédents, Que moi est une forme d’aboutissement de ce questionnement sur l’identité qu’explore Rémi Checchetto par une forme proche du monologue dans laquelle la parole est donnée à de multiples voix.

    Première page :

    "Parfois, de loin en loin ou parfois souvent, un homme s’avance vers moi, il sort d’entre deux noirs cyprès, d’entre deux mondes de marbre, et avance tout droit, fatigué mais déterminé, voûté mais brave, vient à moi, cherche le sens du vent afin que sa voix porte et m’annonce que non, il n’est pas tout à fait mort, que peu s’en faut mais il vit encore, qu’il lui faudrait un signe, un souffle de moi, une fleur pourquoi pas, un quignon de jour, mon visage dans son trou inquiet, m’annonce cela et me dit aussi qu’il est assis et attend sur le bord du temps qui ravine fort les bords, qui bientôt s’effondreront, bientôt l’engloutiront, me dit cela et ajoute que si je n’y prends pas garde bientôt même l’écho de sa voix s’effondrera, et que cela se fera en toute inquiétude

    que moi ? 

    moi, dans le groupe du nous, dans la soupe, le tas, le mou du nous, suis là, inclus, y suis 
    qui moi ? 
    quoi moi ? 
    où ? 
    où qui quoi moi que moi ? 
    moi tout encombré et bifurqué, tant tiré à hue et poussé à dia, tant renversé et démantibulé, tout rempli garni farci formules faits et gestes et mots prémâchés jusqu’au sommet du crâne, bouts des doigts, portions de voix 
    où suis-je moi ? 
    qui suis-je moi ? "

    Ce que j'en pense :

    Se séparer du nous, ne plus être avec mais être uniquement soi, que soi… C'est un texte à lire à voix haute en cherchant sa propre voie (voix), à tâtons, en s'arrêtant, en reprenant.. en explorant quelque chose qui nous ressemble profondément.

    Que moi

    Que moi

    Que moi

    Que moi

     

     

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  • Je marche dans la nuit par un chemin mauvais

    "Je marche dans la nuit par un chemin mauvais" de Ahmed Madani
    Actes Sud-Papiers

    Présentation de l'éditeur :

    Après s'être disputé avec son père, Gus est envoyé pour l'été chez son grand-père à Argentan. Le mode de vie y est différent : pas de télé, pas d'Internet, ni de consoles vidéo. Il faut se lever tôt, se nourrir à heures fixes et surtout passer ses journées à débroussailler le jardin à la faux. Gus ne rêve que de s'échapper pour retrouver sa vie d'adolescent moderne. Mais progressivement, chacun va apprendre à vivre avec l'autre.

    Extrait :

    "GUS. Qu'est-ce qu'on mange

    PIERRE. De la soupe

    GUS. Je déteste la soupe

    je savais que ça allait commencer par ça

    la soupe

    j'ai pas faim

    PIERRE. Ils donnent n'importe quoi à manger à leurs gosses et après ils s'étonnent qu'ils n'aiment plus rien mange ta soupe

    GUS. J'ai pas faim

    PIERRE. Il n'y a rien d'autre

    GUS. Je vais manger cette soupe mais elle me dégoûte

    PIERRE. Elle le dégoûte mais il la mangera alors l'école ça va

    GUS. Elle est où la télé

    PIERRE. À la cave

    GUS. T'as toujours pas Internet

    PIERRE. Sais pas ce que c'est et veux pas le savoir

    GUS. Y a un cyber en ville

    PIERRE. Sais pas ce que c'est et veux pas l'savoir

    GUS. Je sens que ça va être cool ici

    PIERRE. Ta chambre est en face de la mienne demain je te réveille à sept heures il y a du débroussaillage à faire bonne nuit

    GUS. C'est quoi ce plan

    PIERRE. À sept heures

    GUS. Demain j'me tire"

    Ce que j'en pense :

    Récit très adroitement mené, il y a en même temps un dialogue entre un petit-fils et son grand-père, et des monologues en aparté. Bien qu'il perde la mémoire, le grand-père retrouve son passé en regardant son petit-fils : deux "mal-être" se rejoignent.

    Je marche dans la nuit par un chemin mauvais

     Je marche dans la nuit par un chemin mauvais Je marche dans la nuit par un chemin mauvais

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  • Les diablogues

    "Les diablogues et autres inventions à deux voix" de Roland Dubillard
    folio

    Présentation de l'éditeur :

    Si Camille me voyaitNaïves hirondellesLa maison d'osLe jardin aux betteravesLes crabesOù boivent les vachesLe bain de vapeur - autant de pièces qui ne se ressemblent entre elles que le moins possible. Roland Dubillard n'aime pas se répéter. Elles ont toutefois en commun ce mélange d'humour, d'émotion, de surprise dans l'invention poétique et dramatique, qui fait de leur auteur un des plus représentatifs du théâtre d'aujourd'hui. On trouvera ici un ensemble facile à lire, de courtes scènes à deux, dont la seule prétention est de faire rire sans bêtise. Écrites pour le théâtre, le cabaret ou la radio, Roland Dubillard leur a accordé le même soin qu'à ses œuvres de plus d'ampleur. Le même sourire intérieur nous y attend, qui ne demande qu'à être partagé.

    Extrait :

    "UN : Un, deux, trois, hop ! 
    DEUX : Voila, ça, c'est bien vous ! Vous dites "Hop !" et puis vous ne sautez pas. 
    UN : Mais comment donc ! Je n'ai pas sauté, parce que vous, vous n'avez pas sauté ! 
    DEUX : Comment je n'ai pas sauté ! Bien entendu, je n'ai pas sauté ! Je n'allais pas sauter tout seul ! 
    UN : Comment, tout seul ! Nous avons dit qu'à "Hop !", nous plongerions tous les deux ensemble. Si vous ne plongez pas, moi, je ne plonge pas non plus, voilà tout. 
    DEUX : Mais si vous ne plongez pas, ne dites pas "Hop !". Parce que quand vous avez dit "Hop !" moi, pour un peu, je plongeais. Il s'en est fallu d'un rien. Heureusement que je vous ai regardé. 
    UN : Mais moi aussi, je vous ai regardé ! Et c'est même pour ça que je me suis retenu. J'ai même failli perdre l'équilibre. Si je ne m'étais pas retenu juste à temps… 
    DEUX : Quel menteur vous faites ! Vous avez dit " Hop ! " pour que moi je plonge, mais vous, vous n'aviez pas du tout l'intention de plonger. Ça se voyait bien, que vous n'étiez pas décidé. 
    UN : J'étais pas décidé parce que je ne veux pas plonger tout seul et que je n'ai pas confiance en vous. Et j'ai eu raison de me méfier, parce qu'enfin quoi ! Avez-vous plongé oui ou non ? 
    DEUX : Non, j'ai pas plongé, parce que j'étais sûr que vous ne plongeriez pas. "

    Ce que j'en pense :

    C'est incongru, loufoque, humoristique, poétique, un merveilleux voyage dans un imaginaire complètement libre. À entendre et à déguster.

    Les diablogues Les diablogues Les diablogues Les diablogues

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