• Oxymort

    "Oxymort" de Franck Bouysse - Moissons Noires

    Présentation de l'éditeur :

    Je jure que, s'il m'en laisse la moindre occasion, je le tuerai.
    Je me demande depuis combien de temps je suis enfermé ici. Je ne sens plus les muscles de mon corps. J'ai beau chercher, je ne comprends pas ce que je fais là.
    La chaîne mesure environ trois mètres. La longueur nécessaire pour atteindre la porte, l'effleurer. On me glisse toujours mon repas lorsque je dors. Plus d'une fois, j'ai tenté de rester éveillé pour surprendre l'arrivée du plateau, mais je n'y suis jamais parvenu. À croire qu'on m'épie en permanence...
    Enfermé.
    La pire des choses à vivre pour un homme.

    Première page :

    "C’était tout de même pas si difficile que ça de mourir. Quelque chose qu’il fallait faire un jour ou l’autre. Ça ne devait pas faire bien mal, vingt centimètres de lame froide dans le ventre. Il ne s’était pas foutu de la gueule du type. Du premier choix, cette lame. Achetée à un armurier de la rue de la Cité aux airs de Robert Mitchum.

    Avant d’enfoncer la lame dans les tripes du type, il s’était renseigné, puis entraîné à chercher le foie et les poumons. Au moment de passer à l’acte, l’instinct avait parlé. Un surgissement primal. Il s’était vite rendu à l’évidence que trouver l’un ou l’autre des organes visés n’était pas important ; que ça laissait suffisamment de traces pour entraîner la mort. "

    Ce que j'en pense :

    Livre décevant lorsqu’on a lu les autres livres de Franck Bouysse. C’est une mauvaise idée des éditions « Moissons noires » d’avoir réédité ce livre en faisant croire que c’est un nouveau « Bouysse ». On ne retrouve pas la force et la profondeur de l’auteur. Son style est trop « visible » et on trouve l’intrigue et les personnages assez formels ; on ne rentre pas complètement dans ce thriller.

    Oxymort

     

     

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  • L'homme craie

    "L'homme craie" de C. J. Tudor - J'ai lu

    Présentation de l'éditeur :

    «Nous n'étions pas d'accord sur la manière dont ça avait commencé. Était-ce lorsqu'on s'était mis à dessiner les bonshommes à la craie, ou lorsqu'ils sont apparus tout seuls ?» 1986. Le jeune Eddie et ses amis élaborent un langage secret pour communiquer : de petits bonshommes tracés à la craie. Ce qui n'est qu'un jeu prend une tournure tragique lorsque l'un de ces dessins les conduit jusqu au cadavre d'une jeune fille. Trente ans après le drame, alors qu'Eddie le pense derrière lui, le passé refait surface... Le jeu n'est pas terminé.

    Première page :

    "La tête de la fille reposait sur un petit tas de feuilles orange et marron.

    Ses yeux en amande fixaient la canopée des sycomores, des hêtres et des chênes, sans voir les doigts du soleil s'enfoncer timidement entre les branches pour saupoudrer d'or les sous-bois. Les paupières ne clignaient pas alors même que des scarabées noirs et brillants s'affairaient sur les pupilles. Ses yeux ne voyaient plus rien, sinon les ténèbres.

    À quelque distance de là, une main pâle sur son propre linceul de feuilles mortes semblait se tendre en quête d'assistance, ou simplement d'une présence. Elle ne trouverait ni l'une ni l'autre. Le reste du corps gisait, hors de portée, caché dans d'autres recoins de la forêt.

    Tout près, une brindille craqua – détonation dans le silence immobile –, provoquant l'envol d'une nuée d'oiseaux sous les branches. Quelqu'un approchait.

    Quelqu'un qui s'agenouilla à côté de la fille aveugle, caressa doucement sa chevelure et sa joue froide, les doigts frémissant d'impatience."

    Ce que j'en pense :

    C’est un bon polar qui aborde des sujets de société, comme l’avortement, la maladie d’Alzheimer. Les personnages sont crédibles et c’est intéressant de les voir évoluer sur deux époques : à l’adolescence et trente ans après. Les procédés pour maintenir le suspens sont assez classiques et le final est habile. Reste cependant l’impression de longueurs après la moitié du livre.

    L'homme craie

    L'homme craie

     

     

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  • Maudite!

    "Maudite" de Denis Zott - Hugo Thriller

    Présentation de l'éditeur :

    " Marseille à feu et à sang dans un polar incandescent. " Hubert Artus

    Marseille. En face du stade Vélodrome, le dixième étage des Mimosas est en flammes. C'est l'appartement de Tony Beretta, petit dealer mais légende parmi les supporters ultras de l'Ohème. 
    Une jeune femme, blessée, parvient à s'échapper du brasier. Luce, seize ans, une gueule d'ange, enceinte jusqu'aux yeux, n'est pas partie les mains vides : elle s'est enfuie avec l'argent et la drogue de Tony. 

    Et l'argent et la drogue, ça attire du monde. Canari, le flic pourri de la BAC. Les hommes de main de Tony. Ceux du Libyen, jeune caïd qui a pour ambition de renverser les anciens, tel le vieux Topin. Et même Yasmina, l'infirmière trop belle pour être innocente, qui veille sur Luce et ses jumeaux. Impossible, pour Luce, d'espérer se sortir seule de ce piège qu'est devenue sa ville. 

    Mais à qui faire confiance, et comment survivre et protéger ses bébés, quand sa propre mère dit d'elle qu'elle est maudite, et que son ange protecteur pourrait bien s'avérer être un démon ? 
    Pour trouver la lumière, Luce n'aura d'autre choix que de faire face à ses pires cauchemars.

    Extrait :

    "Trente-quatrième minute.

    La télé hurle : «Marseille à l'attaque... Balbuena déborde sur l'aile droite... son centre trouve Signac au point de penalty... tête décroisée... la balle file vers la lucarne et...»

    Tony s'éjecte du divan.

    «POTEAU !»

    Le cri me soulève le cœur, souffle coupé. Les jumeaux sursautent.

    «MAIS Y A MAIN, MERDE ! Y A PENALTY !»

    Le Vélodrome tousse.

    «EH, L'ARBITRE ! ENCULÉÉÉÉ !

    Tony boxe le mur qui résonne sous ses coups de poing.

    Je voudrais être une huître ou un escargot.

    Une minute plus tard, j'ai envie de pisser. Ma vessie gonflée, aussi grosse qu'un pamplemousse. Et les jumeaux qui tapent dessus. Manquait plus que ça...

    J'ai peur de pas me contenir. Tony me fera lécher le sol si je me retiens pas.

    Uriner dans une casserole ou dans un bol ?

    Et s'il me surprend ?

    Je l'entends déjà gueuler : T'as pas honte, salope ? T'es une femme ou une chienne ?"

    Ce que j'en pense :

    Au départ on pense que le sujet va être original : supporters de l'équipe de foot de l'OM. Mais très vite on tombe dans les stéréotypes. Les personnages sont tous dealers, violents, accrocs, flics pourris...L'intrigue est complètement invraisemblable. Sous prétexte de tenir le lecteur en haleine, l'auteur multiplie les rebondissements incroyables (et souvent ridicules) et les scènes de violence gratuites et complaisante. Cerise sur le gâteau : des coquilles dans le texte !! Je suis allé au bout d'abord parce que je n'avais rien d'autre à lire et puis pour pouvoir écrire ce que je pense de ce genre de livre : à éviter...malgré les louangeuses critiques sur pas mal de sites mais n'oublions pas que l'auteur travaille dans la communication.

    Maudite!

     

     

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  • Le cri

    "Le cri" de Nicolas Beuglet - Pocket

    Présentation de l'éditeur :

    À quelques kilomètres d'Oslo, l'hôpital psychiatrique de Gaustad dresse sa masse sombre parmi les pins enneigés. Appelée sur place pour un suicide, l'inspectrice Sarah Geringën pressent d'emblée que rien ne concorde. Le patient 488, ainsi surnommé suivant les chiffres cicatrisés qu'il porte sur le front, s'est figé dans la mort, un cri muet aux lèvres – un cri de peur primale. Soumise à un compte à rebours implacable, Sarah va découvrir une vérité vertigineuse sur l'une des questions qui hante chacun d'entre nous : la vie après la mort...

    Première page :

    Sarah claqua la porte derrière elle. Essoufflée par ses propres cris, elle demeura debout, sans bouger, reprenant sa respiration.

    Le silence du couloir n'était plus troublé que par le bourdonnement étouffé d'une télévision encore allumée à cette heure avancée de la nuit.

    Le cœur battant trop vite, elle chemina vers la cage d'escalier, lentement, certaine qu'il allait rouvrir la porte d'une seconde à l'autre, lui déclarer qu'il l'aimait et n'avait toujours aimé qu'elle, que cette tromperie était une erreur, une faiblesse qui ne se reproduirait plus jamais.

    La minuterie automatique parvint à son terme et le couloir plongea dans l'obscurité. Elle se figea. Elle devait patienter encore quelques secondes, il finirait par sortir et, après des excuses balbutiantes qu'elle ferait mine de n'accepter qu'à moitié, tout redeviendrait comme avant.

    Mais à l'inquiétude succéda l'angoisse. La porte de l'appartement restait close, le couloir aussi sombre que silencieux. Le visage effleuré par la tremblante lueur orangée de l'interrupteur, Sarah chercha l'appui d'un mur.

     Ce que j'en pense :

    Le point de départ pourrait être intéressant mais on se rend vite compte que les personnages manquent cruellement de consistance. Tout parait assez formel. Le récit est conduit de façon à ce qu’on ait envie de tourner les pages… et on les tourne ! Cela devient cependant proche du ridicule : des bagarres, une poursuite, un dénouement proche puis de nouvelles bagarres, de nouvelles poursuites …etc. Et ces réflexions sur la vie après la mort c’est d’une bêtise !!! On peut lire ce livre si on n’a vraiment rien d’autre à lire (ce qui était mon cas).

    Le cri

     

     

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  • Né d'aucune femme

    "Né d'aucune femme" de Franck Bouysse - La manufacture de livres

    Présentation de l'éditeur :

    " Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
    — Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
    — Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
    — De quoi parlez-vous ?
    — Les cahiers… Ceux de Rose."
    Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

    Première page :

    "Il se trouvait quelque part plus loin que les aiguilles de ma montre.

    Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradés de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion. Puis il y a les sons, les bruits, les cris, qui expriment, divulguent, agitent, déglinguent. Il y a du bleu dans le ciel et des ombres au sol, qui étirent la forêt et étendent l’horizon. Et ce n’est pas grand-chose, parce qu’il y a aussi tout ce qui ne peut se nommer, s’exprimer, sans risquer de laisser en route la substance d’une émotion, la grâce d’un sentiment. Les mots ne sont rien face à cela, ils sont des habits de tous les jours, qui s’endimanchent parfois, afin de masquer la géographie profonde et intime des peaux ; les mots, une invention des hommes pour mesurer le monde.

    A l’époque, je m’attendais à rien plus dans ma vie.

    Taire les mots. Laisser venir. Il ne resterait alors rien que la peau nue, les odeurs, les couleurs, les bruits et les silences."

    Ce que j'en pense :

    Écriture et intrigue parfaitement maitrisées pour ce roman noir, mais noir à la façon de Ron Rash. Après ses romans précédents, l’auteur nous surprend en se mettant dans la peau d’une femme qui va connaître la cruauté, la souffrance, la résistance face à l’innommable. C’est sans doute le roman le plus fort de Franck Bouysse. On se souviendra de ce roman, l’un des plus forts que j’ai lus depuis longtemps.

    Né d'aucune femme

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  • Plateau

    "Plateau" de Franck Bouysse - Le livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    Plateau de Millevaches. Judith et Virgile tiennent une petite ferme dans un hameau. Le couple a élevé Georges, un neveu dont les parents sont morts dans un accident de la route quand il avait cinq ans. Il vit dans une caravane tout près de chez son oncle et sa tante. Lorsqu'une jeune femme vient s'installer chez lui, lorsque Karl, ancien boxeur tiraillé entre pulsions sexuelles et croyance en Dieu, emménage dans une maison du même village, et lorsqu'un mystérieux chasseur sans visage rôde alentour, les masques s'effritent et des coups de feu résonnent sur le Plateau.
    Une écriture ciselée pour exprimer la rudesse du paysage et la profondeur des caractères. Comme Grossir le ciel, noir et bouleversant.

    Première page :

    " Cet endroit, on s’y jette avec dévotion. On s’y perd, aussi, guidé par l’instinct, quelque chose de sacré. Quand les voix se muent en mortelles suppliques et les chants en discours primitifs. Un endroit où se tenir debout, dans l’orgueilleuse posture de l’initié. Un endroit où le monde s’arrête chaque jour pour des armées d’êtres vivants incapables d’en imaginer un autre, et si quelque fou avait l’idée d’y bâtir une ville, il s’en trouverait toujours un pour sculpter sa propre folie dans le tronc d’un chêne centenaire, et remiser l’âme égarée dans la profondeur des enfers.

    Un endroit où l’on prie encore à l’édification d’une simple maison de pierres grises parfumées de torchis, et même qu’on n’en voudrait à personne que des dieux anciens se risquent à émettre un avis contraire. On s’en remettrait à eux sans discussion. Car aucun homme sain de corps et d’esprit n’est en mesure d’offrir quoi que ce soit à cette terre et, prenant conscience d’une telle évidence, il peut y demeurer, la servir en quelque manière, chevaucher les montagnes, dépenser un bonheur asservi durant le temps d’une existence, et puis pourrir dans la vallée."

    Ce que j'en pense :

    On retrouve bien sûr la façon qu’a l’auteur de nous mettre au cœur d’un paysage plutôt rude, de nous montrer des personnages taiseux, complexes, secrets mais souvent sympathiques. Reconnaissons toutefois que l’arrivée du personnage du chasseur parait un peu étonnante et peu crédible. L’écriture est toujours aussi riche, poétique. Mais il y a quelque chose qui pourrait lasser, comme si l’auteur avait tiré le bon filon. On ne retrouve que rarement la force et la puissance de « Grossir le ciel ». Sans doute faut-il éviter de lire trop de Bouysse à la suite.

    Plateau

    Plateau

     

     

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  • Trouver l'enfant

    "Trouver l'enfant" de René Denfeld - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Madison Culver a disparu alors que ses parents choisissaient un arbre de Noël dans la forêt nationale de Skookum, Oregon. Elle aurait aujourd'hui huit ans. Certains qu'elle est encore vivante, les Culver se tournent vers Naomi Cottle. Enquêtrice privée connue de la police comme "la femme qui retrouve les enfants", Naomi est leur dernier espoir. Sa recherche méthodique l'emmène dans les terres sauvages du Nord-Ouest Pacifique, et au cœur de son propre passé. Alors que Naomi suit la piste de l'enfant, les fragments d'un rêve sombre viennent lui rappeler une perte terrible depuis longtemps refoulée.

    Première page :

    "C’était une petite maison jaune donnant sur une rue déserte. Elle dégageait une impression de découragement, mais de cela, Naomi avait l’habitude. La jeune mère qui ouvrit la porte était frêle et paraissait beaucoup plus âgée qu’elle ne l’était. Ses traits semblaient tirés et fatigués.

    « C’est vous qui retrouvez les enfants », dit-elle.

    Elles s’assirent sur un canapé dans la salle de séjour vide. Naomi remarqua un tas de livres d’enfants entassés sur la table près d’un fauteuil à bascule. Elle aurait pu jurer que rien n’avait changé dans la chambre de la fillette.

    « Je m’en veux de ne pas avoir entendu parler de vous plus tôt, dit le père en frottant ses mains l’une contre l’autre dans le fauteuil proche de la fenêtre où il était assis. Nous avons tout essayé. Tout ce temps…

    – Même un médium, compléta la mère avec un sourire douloureux.

    – On dit que vous êtes la meilleure pour retrouver les enfants qui ont disparu, reprit le père. Je ne savais même pas qu’il existait des enquêteurs spécialisés, pour ça.

    – Vous pouvez m’appeler Naomi », leur dit-elle.

    Du regard, ils la scrutaient : ossature robuste, mains tannées que le travail ne semblait pas rebuter, longs cheveux bruns, un sourire désarmant."

    Ce que j'en pense :

    La disparition d’enfant, voilà un sujet très sensible. Le cauchemar vécu par la fillette est décrit avec beaucoup de pudeur et cela en a encore plus de force. L’autrice a traité ce roman de façon admirable en ajoutant plusieurs points de vue. Elle sait nous entrainer dans ces paysages de forêt enneigée et glaciale de l’Oregon. Le personnage de Naomi est d’une belle complexité mais la description des autres protagonistes est également bien réussie.

    Trouver l'enfant

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  • Grossir le ciel

    "Grossir le ciel" de Franck Bouysse - Le livre de poche (policier)

    Présentation de l'éditeur :

    Les Doges, un lieu-dit au fin fond des Cévennes. C’est là qu’habite Gus, un paysan entre deux âges solitaire et taiseux. Ses journées  : les champs, les vaches, le bois, les réparations. Des travaux ardus, rythmés par les conditions météorologiques. La compagnie de son chien, Mars, comme seul réconfort. C’est aussi le quotidien d’Abel, voisin dont la ferme est éloignée de quelques mètres, devenu ami un peu par défaut, pour les bras et pour les verres. Un jour, l’abbé Pierre disparaît, et tout bascule  : Abel change, des événements inhabituels se produisent, des visites inopportunes se répètent.
    Un suspense rural surprenant, riche et rare.

    Première page :

    "C'était une drôle de journée, une de celles qui vous font quitter l'endroit où vous étiez assis depuis toujours sans vous demander votre avis. Si vous aviez pris le temps d'attraper une carte, puis de tracer une ligne droite entre Alès et Mende, vous seriez à coup sûr passe par ce coin paumé des Cévennes. Un lieu-dit appelé Les Doges, avec deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, quelques prairies, de la neige une partie de l'année, et de la roche pour poser le tout. Il y avait aussi des couleurs qui disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tour à tour espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le cœur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles.

    Le hameau le plus proche s'appelait Grizac, situé sur la commune du Pont-de-Montvert. Une route les reliait et devait bien mener quelque part si on prenait le temps de s'y attarder."

    Ce que j'en pense :

     Ce n'est pas un livre policier mais un très beau roman noir.  C'est, entre autre, un roman sur la terre, le silence, le secret, la montagne, le froid... un peu à la manière de l'auteur américain Ron Rash. Les personnages, leur relation, leur travail sont magnifiquement campés dans cette montagne cévenole. L'écriture très riche nous fait pénétrer avec une certaine tendresse dans cette atmosphère lourde et angoissante. 

    Grossir le ciel

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  • Aux animaux la guerre

    "Aux animaux la guerre" de Nicolas Mathieu - Babel noir

    Présentation de l'éditeur :

    Une usine qui ferme dans les Vosges, tout le monde s'en fout. Une centaine de types qui se retrouvent sur le carreau, chômage, RSA, le petit dernier qui n'ira pas en colo cet été, un ou deux reportages au 19/20 régional et puis basta. Sauf que les usines sont pleines de types dangereux qui n'ont plus rien à perdre. Comme Martel, le syndicaliste qui planque ses tatouages, ou Bruce, le bodybuilder sous stéroïdes. Des types qui ont du temps et la mauvaise idée de kidnapper une fille sur les trottoirs de Strasbourg pour la revendre à deux caïds qui font la pluie et le beau temps entre Epinal et Nancy. Une fille, un Colt 45, la neige, à partir de là, tout s'enchaîne. Aux animaux la guerre, c'est le roman noir du déclassement, des petits Blancs qui savent désormais que leurs mômes ne feront pas mieux et qui vomissent d'un même mouvement les patrons, les Arabes, les riches, les assistés, la terre entière. C'est l'histoire d'un monde qui finit. Avec une fille, un Colt .45, la neige.

    Première page :

    "Cet automne-là, on tuait en plein jour. En pleine rue. En toute bonne foi.

    Le centre d'Oran était tout barbouillé de slogans. Trois lettres majuscules résonnaient sur les murs jaunis, suscitant l'espoir ou bien la peur, selon qu'on voulait rester ou les voir partir. Comme si la guerre faisait de la réclame.

    Le fond de l'air était chargé d'une perpétuelle odeur de bois brûlé. Les jeunes filles ne se promenaient plus, bras dessus bras dessous, affriolantes et farouches sur les boulevards ascendants. Les beaux bruns en mocassins avaient rangé leurs sourires. Ils lisaient les journaux et affichaient des mines butées aux terrasses des cafés.

    Dans les quartiers européens, on dormait mal et la chaleur n'avait rien à y voir. Sous les oreillers, des pères inquiets planquaient des revolvers d'avant-guerre. Les grands-mères mêmes, hagardes et venimeuses, se préparaient à tuer ou mourir.

    Oran était une monstrueuse pièce montée, un imbroglio de monuments pompeux et de rues étroites où la peur et la haine coulaient comme des oueds au printemps.

    Quand tombait le soir, on s'attardait encore sur les places, à l'ombre des figuiers, pour jouer aux cartes ou boire une anisette en bavardant. Mais déjà, plus personne ne croyait à cette douceur de vivre. Les hommes avaient perdu le rythme. Leur ton était bas, leurs gestes plus mesurés. Ils passaient sur leurs nuques des mouchoirs brûlants, s'épongeaient avec lassitude. La blancheur n'existait plus. Les draps, les chemises, les jupons avaient un air continuellement malpropre…"

    Ce que j'en pense :

    J'avais déjà lu ce livre à sa sortie en juin 2015. Je n'ai pas lu le livre de Nicolas Mathieu qui a obtenu le prix Goncourt : "Leurs enfants après eux" et je n'ai pas non plus vu la série télévisée produite à partir de "Aux animaux la guerre". Je rejoins complètement la critique que j'avais faite en 2015 :  L'intrigue est maîtrisée, les personnages (nombreux) sont bien campés, l'environnement social et la région des Vosges sont présents… C'est donc un bon premier roman. Mais ce livre n'arrive pas à la hauteur des romans de Pierre Pelot, Vosgien comme Nicolas Mathieu. Il me reste à lire son dernier roman "Leurs enfants après eux".

    Aux animaux la guerre

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  • Salut à toi ô mon frère

    "Salut à toi ô mon frère" de Marin Ledun - Gallimard, série noire

    Présentation de l'éditeur :

    La grouillante et fantasque tribu Mabille-Pons : Charles, clerc de notaire pacifiste, Adélaïde, infirmière anarchiste et excentrique, les enfants libres et grands, trois adoptés. Le quotidien comme la bourrasque d'une fantaisie bien peu militaire. 
    Jusqu'à ce 20 mars 2017, premier jour du printemps, où le petit dernier manque à l'appel. Gus, l'incurable gentil, le bouc émissaire professionnel, a disparu et se retrouve accusé du braquage d'un bureau de tabac, mettant Tournon en émoi. Branle-bas de combat de la smala! Il faut faire grappe, retrouver Gus, fourbir les armes des faibles, défaire le racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, lutter pour le droit au désordre, mobiliser pour l'innocenter, lui ô notre frère.

    Première page :

    "La trappe du grenier se soulève en grinçant, libérant une avalanche de hurlements et de bruits de cavalcades. La voix de Camille s'élève en trémolos dans l'espace exigu de ma chambre, rauque et engageante comme un lundi matin.

    — Rose, c'est toi qui m'as encore piqué mon tee-shirt bleu, tu sais, celui avec des paillettes?

    Le réveil est brutal. En dessous, ça grouille. Dans tous les sens du terme et dans toute la maison. Ça s'agite en grand nombre. En quinconce. C'est rempli d'une masse confuse et en mouvement.

    C'est «plein de», tout court. Dixit le Larousse illustré.

    Huit au total.

    Un père, une mère et leurs six enfants. Deux filles, quatre garçons. Une équipe mixte de volley-ball et deux remplaçants, ma famille au grand complet. Neuf en comptant le chien. Onze si l'on ajoute les deux chats. Et douze si l'on compte la petite voix de l'oreiller qui me susurre en ce moment même, par ordre décroissant : de dire à ma sœur cadette que je l'aime d'un amour vrai et sincère, de l'étrangler, de la jeter en bas de l'escalier, puis de refermer cette maudite trappe…."

    Ce que j'en pense :

    C’est un beau portrait d’une famille très originale et décalée par rapport aux normes d’une société « bien pensante ». On retrouve les thèmes de l’auteur : dénonciation du racisme « ordinaire », de la bêtise et de l’intolérance. L’intrigue est assez légère mais l’écriture est agréable.  L’humour est omniprésent avec toutefois une propension trop grande à faire des clins d’œil, des allusions à des films, des séries, des chansons … C’est supposé participer au portrait de la narratrice mais cela exclut souvent le lecteur.

    Salut à toi ô mon frère

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