• La meute

    "La meute" de Thomas Bronnec - Les Arènes

    Présentation de l'éditeur :

    Un vieux président défait qui n’arrive pas à raccrocher et prépare son retour à l’occasion des prochaines élections : François Gabory. Face à lui, Claire Bontems, une jeune ambitieuse qui tente de faire main basse sur la gauche radicale en passant par-dessus les appareils politiques, aidée par Catherine Lengrand, la soeur de François Gabory.

    Le choc de deux ambitions. Le choc de deux générations. Le choc de deux visions de la gauche. Et dans cette guerre sans merci, les rumeurs sexuelles, hypertrophiées par les réseaux sociaux. Dans cette ère où les fake news entrent par effraction dans le débat public, la frontière entre la vérité et le mensonge s’estompe aussi rapidement que les souvenirs. Et si, dans la France post « balance ton porc », le clivage politique n’opposait plus la droite et la gauche, ni les patriotes et les mondialistes, mais les hommes et les femmes ?

    Première page :

    À pleine vitesse, les essuie-glaces ne peuvent rien contre les gouttes kamikazes qui cognent le pare-brise. Dans l'habitacle, personne ne parle. La visibilité ne dépasse pas dix mètres. En face, les lumières habillent des formes indistinctes. Les plus hautes sont les plus faibles aussi. Des camions par grappes, qui transportent des voitures depuis les usines alentour. L'allure du véhicule ne faiblit pas.

    À l'arrière, François Gabory sourit. C'est reparti. Seul contre tous, ou presque. Devant lui, la nuit noire et, irrégulièrement disséminés, les panneaux de signalisation sur le bas-côté, illuminés par ces phares blancs qui jouent les éclaireurs.

    Coulevon.

    Genevrey.

    Visoncourt.

    Les noms de communes s'enchaînent. En sourdine, le brouhaha de la radio. Peut-être France Inter. Il les aimait bien ces humoristes-là. …

    Ce que j'en pense :

    On voit bien que l’auteur connaît ce milieu où politiques et journalistes nagent comme des poissons dans l’eau. On croit reconnaître quelques éléments de l’actualité, on peut même se risquer à mettre de vrais noms derrière les personnages. On se dit que ce livre est une belle peinture de notre société et de nos mœurs politiques actuelles. Mais je pense que l’auteur se disperse auprès de trop nombreux personnages. j’aurai préféré qu’il se centre sur l’un des principaux protagonistes.

    La meute

    La meute

     

     

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  • J'ai d'abord tué le chien

    "J'ai d'abord tué le chien" de Philippe Laidebeur - Denoël

    Présentation de l'éditeur :

    Il est SDF, clodo, sans abri. Un échec sentimental, un désastre professionnel, et le voilà dans la rue. Il y vit depuis dix ans. Et touchera bientôt le fond de sa descente aux enfers. Vagabond solitaire, il gère son quotidien en évitant les pièges que lui tend la jungle urbaine. C'est tout du moins ce qu'il croit. Une nuit, pour une banale histoire de planches volées, il égorge un vigile et son chien. Il le fait machinalement, sans la moindre émotion. Ce sera le premier meurtre d'une longue série. Tuer pour ne pas être tué, sa vie est aussi primitive que cela. Un jour, il élimine un homme qui lui ressemble de façon étonnante et, tout naturellement, il prend sa place. Il usurpe l'identité d'un étrange et riche inconnu. Porte de sortie inattendue ? Chance ultime ou erreur fatale ? Peut-on entrer dans la peau d'un autre sans prendre le risque de voir un passé sulfureux rattraper un présent chaotique ? Sans payer le prix du sang ? ...

    Première page :

    "Je viens de tuer un homme. C’est une chose que je n’avais encore jamais faite. J’ai tué le chien, aussi. J’ai d’abord tué le chien. Un berger allemand de plus de cent livres, une bête énorme, dangereuse. Elle s’est jetée sur moi, gueule ouverte, crocs menaçants, mauvaise. J’avais mon rasoir à la main : un vieux coupe-chou de barbier que je maintiens toujours en état, par prudence. Un coup sec, précis : je n’ai même pas entendu le monstre gueuler. Il s’est affalé à mes pieds. Un flot de sang poisseux a giclé de sa gorge. Puis de grosses bulles rouges se sont formées au bord de sa blessure, au rythme de sa respiration finissante. Sa gueule produisait un drôle de sifflement. Ses yeux jaunes me fixaient avec une angoisse sauvage. Les bulles sont vite devenues plus petites. Le souffle plus court. Puis tout a été fini. Au total, cela n’a pas duré plus de trois secondes. Le type a marqué un temps d’hésitation. Son chien, je ne sais pas s’il l’aimait, mais c’était sans doute son arme favorite. Il a baissé les yeux sur moi, plus haineux que désemparé…."

    Ce que j'en pense :

    Cela pourrait être un bon roman, original, grinçant, glaçant, souvent inquiétant et amoral, où l’on ne sait plus où se situe le réel, le fantasme et la folie. On sent bien que l’auteur voulait nous entraîner dans tout cela mais il n’y parvient pas vraiment. Bien sûr on continue à lire jusqu’au bout avec un certain intérêt mais en se disant qu’on est passé à côté de quelque chose.

    J'ai d'abord tué le chien

    J'ai d'abord tué le chien

     

     

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  • Évangile pour un gueux

    "Évangile pour un gueux" de Alexis Ragougneau - points

    Présentation de l'éditeur :

    Entrailles de Paris, camps de fortune, bouches de métro fumantes. L'hiver est mortel pour les miséreux. À la veille de Noël, dix clochards se barricadent dans Notre-Dame. Mouss, leader proclamé par la presse " messie des gueux ", revendique leur droit au logement et déchaîne les médias. Des mois plus tard, le corps de Mouss est repêché dans la Seine, pieds et mains percés. Une blessure sur le flanc. Qui a été son Judas ?
    Nouvelle plongée dans les bas-fonds de Paris pour le père Kern et la juge Claire Kauffmann.

    Première page :

    "Le corps reposait sur le dos. La lumière blanche filtrant à travers les vitres ravivait les marbrures qui coloraient la peau, comme peintes sur un parchemin flétri par l'eau, le temps et la mort. Un drap avait été jeté sur le sexe - pudeur inhabituelle pour le lieu - et dissimulait également le haut des cuisses. La tête, inclinée sur la gauche, était calée sur un billot que recouvrait une chevelure brune collée par l'humidité, la saleté et le sang. Dans cette posture artificielle, le menton s'écrasait sur la pomme d'Adam et formait là un renflement, petit goitre qui conférait au visage un air poupon et attirait immanquablement le regard compte tenu de l'effarante maigreur du cadavre. Une barbe adolescente, bien qu'assez longue, encadrait des traits prématurément abîmés qui évoquaient un masque antique saisi entre clownerie et tragédie. Les mains et les pieds excitaient l'intérêt et, pour tout dire, une curiosité malsaine, si bien que le regard, une fois le survol du corps effectué, se fixait sur ces extrémités percées de part en part et ne les quittait plus, aimanté par les quatre trous noirs.

    Un métro aérien traversa la Seine, puis amorça son virage au-dessus de la voie Mazas dans un crissement de freins. Le docteur Saint-Omer fit son entrée dans la salle au lino d'un orange délavé, suivi d'un photographe de l'identité judiciaire et du garçon morguiste."

    Ce que j'en pense :

    Le sujet est original. Ce n’est pas fréquent en littérature de pénétrer ainsi le monde de la nuit, des sans abris, des clochards. La plupart des personnages sont  très attachants, même si certains font un peu trop « clichés ». Un livre intéressant mais il manque quelque chose pour que ça devienne un bon polar.

    Évangile pour un gueux

    Évangile pour un gueux

     

     

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  • La madone de Notre-Dame

    "La madone de Notre Dame" de Alexis Ragougneau - Points policier

    Présentation  de l'éditeur :

    À Notre-Dame de Paris, sous le soleil du 15 août, une jeune femme provocante, tout de blanc vêtue, sème le trouble dans la procession. Le lendemain, elle s'effondre en plein cœur de la cathédrale. Si la police et le parquet semblent pressés de clore une affaire qui entache le prestige de l'Église, le père Kern, suivant son intuition et sa propre piste, est prêt à remonter aux racines du mal...

    Première page :

    "LUNDI

    On a une alerte à la bombe, Gérard. Dans le déambulatoire. Cette fois c'est du sérieux, du lourd.

    Une épaule calée contre le cadre de la porte, son gigantesque trousseau de clés pendu au bout du bras, le surveillant observait le sacristain s'affairer, ouvrir une à une les armoires de la sacristie, en sortir des chiffons, des éponges, des produits d'entretien pour l'argenterie, marmonnant à intervalles réguliers quelques jurons de sa propre composition.

    Tu m'écoutes, Gérard ? Tu devrais aller jeter un coup d'oeil, je t'assure. Quinze ans de carrière, jamais vu un truc pareil. Il y a de quoi faire péter la cathédrale tout entière.

    Gérard interrompit ses recherches et parut enfin s'intéresser au surveillant. Celui-ci venait de suspendre le trousseau à un simple clou fiché dans le lambris de la sacristie.

    Tout à l'heure si tu veux j'irai voir. C'est bien comme ça ? Ça te va ?

    Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui, Gérard ? T'as plus le temps pour les trucs prioritaires ?

    Écoute, tu me les brises, je t'assure. Trente ans que je bosse ici ; chaque année c'est la même chose, tous les 15 août il faut qu'ils me foutent un foutoir pas possible dans la sacristie. 

    Ce que j'en pense :

    Après avoir lu « Opus 77 » j’avais très envie de lire des livres précédents de Alexis Ragougneau. Évidemment ce n’est pas la même écriture, c’est beaucoup plus « classique » et commun mais on est en présence d’un bon petit polar. Le sujet et les personnages sont originaux, même si la fin est un peut trop tôt « attendue ». Je pense que je vais poursuivre la découverte de cet auteur.

    La madone de Notre-Dame

    La madone de Notre-Dame

     

     

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  • Te laisser partir

    "Te laisser partir" de Clare Mackintosh - Le livre de poche thriller

    Présentation de l'éditeur :

    Un soir de pluie à Bristol, un petit garçon est renversé par un chauffard qui prend la fuite. L’enquête démarre, mais atteint rapidement son point mort. Le capitaine Ray Stevens et son équipe n’ont aucune piste. Rien. Après cette nuit tragique, Jenna a tout quitté et trouvé refuge au pays de Galles, dans un cottage battu par les vents. Mais plus d’un an après les faits, Kate, une inspectrice de la criminelle, rouvre le dossier du délit de fuite. Et si l’instant qui a détruit tant de vies n’était pas le fait du hasard  ?

    Première page :

    "Le vent rabat ses cheveux mouilles sur son visage et elle plisse les yeux pour se protéger de la pluie. Par ce temps, tous sont presses et filent a vive allure sur les trottoirs glissants, le menton enfoui dans le col. Les voitures qui passent éclaboussent leurs chaussures ; le bruit de la circulation l’empêche d’entendre plus de quelques bribes du flot de paroles qui a commence au moment ou les grilles de l’école se sont ouvertes. Les mots sortent pêle-mêle de sa bouche dans l’excitation suscitée par ce nouveau monde dans lequel il grandit. Elle saisit quelque chose a propos d’un meilleur ami, d’un expose sur l’espace, d’une nouvelle maitresse. Elle baisse les yeux et sourit de son enthousiasme, ignorant le froid qui se faufile sous son écharpe. Le garçon lui rend son sourire et lève la tete pour sentir la pluie, ses cils mouilles noircissant le contour de ses yeux.

    — Et je sais écrire mon nom, maman !

    — C’est très bien mon fils, dit-elle en s’arrêtant pour embrasser avec amour son front humide. Tu me montreras a la maison ?

    Ils marchent aussi vite que des jambes de cinq ans le permettent. De sa main libre, elle porte son sac d’école, qui claque contre ses genoux."

    Ce que j'en pense :

    On peut se laisser prendre par ce livre même s’il ne mérite pas le nom de thriller pendant plus de la moitié de la lecture. C’est conduit, de façon assez habile mais pas exempt de clichés. L’héroïne est bien décrite mais les personnages des deux policiers paraissent plutôt caricaturaux. De plus, l’écriture nous apparaît souvent un peu besogneuse.

    Te laisser partir

     

     

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  • Terreur dans les vignes

    "Terreur dans les vignes" de Peter May - Rouergue

    Présentation de l'éditeur :

    Gil Petty était un critique redoutable dans le monde des vins, de ceux qui font et défont les rois. La publication de ses notes de dégustation était un moment redouté, susceptible de ruiner un vigneron, ou de lui apporter la fortune. Il s'intéressait au vignoble de Gaillac lorsqu'il a disparu. Et ses fameuses notes semblent s'être évaporées en même temps que lui. Mais, un an après, son cadavre réapparaît, dressé comme un épouvantail dans les vignes, revêtu du costume de cérémonie de l'ordre de la Dive Bouteille, et dans un sale état. Il semble bien avoir séjourné un moment dans une barrique de rouge... Précédé de sa flatteuse réputation d'enquêteur hors pair et bien décidé à approfondir les subtilités des vins de Gaillac, Enzo Macleod décide de reprendre une enquête restée au point mort. C'est que Petty ne manquait pas d'ennemis, en particulier en France où l'on n'appréciait pas cet Américain ayant le culot de dire aux Français si leur vin était bon ou pas. Mais, entre les dégustations de grands crus et l'offensive de charme de la fille du défunt, c'est bel et bien sa peau que Macleod met en jeu. 

    Première page :

    "Une odeur plane sur les vignes. Une odeur de jus de raisin, de feuilles, de terre piétinée. Et une autre encore. Une odeur noire soulignée par le jaune de la pleine lune dont la lumière enveloppe les rangées plantées en ordre parfait le long de la pente. Cette odeur ne possède pas la douceur du fruit mûr. C'est une odeur pourrie qui pue la mort.

    L'air est empli du son des grappes qui tombent dans les seaux en plastique. Plop, plop. Du froissement des feuilles, du cliquetis des sécateurs. Chaque fois que les têtes se relèvent, les rayons des lampes frontales se croisent dans le noir et balayent le ciel comme s'ils cherchaient des étoiles.

    Annie est jeune. Tout juste seize ans. Elle fait sa première vendange. Une récolte de nuit, à la main, du mauzac blanc qui produira le vin mousseux. Elle ne sait pas comment on le fabrique - le secret a été volé des siècles plus tôt par un moine, Dom Pérignon, devenu célèbre dans une autre région de France. Annie est jeune et mûre comme les raisins. Prête à être cueillie. Elle sait que Christian la regarde…"

    Ce que j'en pense :

    Le seul intérêt de ce livre c’est qu’il se passe dans les vignobles de Gaillac et que l’on a au fil des pages quelques leçons d’œnologie.  Les personnages n’ont que peu de consistance (ils finissent presque tous en marinade !), l’intrigue fait penser au « club des cinq » et l’enquêteur n’est pas très crédible avec ses (demies !) conquêtes féminines qui prennent beaucoup de place dans cette histoire.

    Terreur dans les vignes

     

     

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  • Dans l’œil noir du corbeau

    "Dans l’œil noir du corbeau" de Sophie Loubière - Pocket

    Présentation de l'éditeur :

    Animatrice d'émissions culinaires, Anne Darney approche de la quarantaine en solitaire. Ses quelques histoires ressemblent à une succession de plats fades en comparaison de son premier boyfriend, Daniel, un Américain rencontré vingt-cinq ans plus tôt. 
    Pour s'affranchir de ce souvenir obsédant, Anne décide de partir à San Francisco. Mais l'affaire 
    " Daniel Harlig " qu'elle découvre là-bas n'a rien d'une bluette... 
    En contrepartie de la préparation d'un festin d'anthologie, le monumental inspecteur Bill Rainbow, un fin gourmet, va accepter de rouvrir pour elle une enquête au goût de cendres.

    Première page :

    "C'est un joli cadavre.

    L'homme approche un doigt du ventre encore tiède, le touche.

    Triste prodige que la mort.

    La dépouille repose sur le ponton de bois craquelé où l'homme est assis, à côté d'une grosse pierre, ses jambes balançant dans le vide au-dessus de l'eau grise. Parfois, les talons de ses bottes en caoutchouc se télescopent, se frottent au silence, et des morceaux de terre agglutinés sous les semelles tombent dans l'étang telle une pluie maudite. Bill ne porte rien d'autre qu'une vieille veste en daim marron doublée de fourrure et une paire de bottes usées.

    De l'autre côté du plan d'eau, le soleil blanchit les cimes des séquoias, efface leurs ramures brisées, avale jusqu'à leurs ombres. La forêt a souffert durant la dernière tempête. On distingue nettement le trajet emprunté par la tornade à travers bois ; des branches s'enchevêtrent au sol, rendant impraticable le sentier qui dessine un ovale autour de l'étang et du bun­galow. Bill va devoir débroussailler, retirer les branchages gorgés d'eau barrant la rive, mettre le bois à sécher…"

    ce que j'en pense :

     Il manque sans doute un peu de rythme dans ce livre. On peut s'ennuyer un peu en suivant les pérégrinations de Bill et Anne dans les épiceries fines de San Francisco. Les deux personnages sont cependant bien campés, avec leur côté parfois antipathique, leurs fêlures, leur solitude, leur passion pour la cuisine.... Ce livre aurait pu être savoureux mais je suis resté un peu sur ma faim.

    Dans l’œil noir du corbeau

    Dans l’œil noir du corbeau

     

     

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  • L'été circulaire

    "L'été circulaire" de Marion Brunet - Le livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    Une petite ville du Midi, ses lotissements, son quotidien morne et ses interminables jours d’été. Jo et Céline, deux sœurs de quinze et seize ans, errent entre fêtes foraines, centres commerciaux et descentes nocturnes dans les piscines des villas cossues de la région. Trop jeunes encore pour renoncer à leurs rêves et suivre le chemin des parents qui triment pour payer les traites de leur pavillon.
    Mais quand Céline tombe enceinte, c’est le cataclysme. Comme elle refuse de livrer le nom de son amant, la rage du père se libère, sourde et violente, tandis que la jeune sœur tente de s’extraire du carcan familial et que la mère assiste, impuissante, au délitement de sa famille. Jusqu’à l’irréparable.

    Première page :

    "Chez eux, se souvient Johanna, une main au cul c’était un truc sympa, une façon d’apprécier la chose, de dire « t’as de l’avenir » – à mi-chemin entre une caresse et une tape sur la croupe d’une jument. Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie. Mais aucune d’elles – ni Jo ni sa sœur Céline – n’a jamais gagné aucune partie. C’était mort au départ, atout ou appât, elles pouvaient s’asseoir sur l’idée même du jeu, vu qu’elles n’avaient pas écrit les règles.

    Ce soir, Céline, c’est pas une main au cul qu’elle se prend, c’est une main dans la gueule. Le père, fou de rage, s’en étouffe à moitié. Déjà qu’il n’a pas beaucoup de vocabulaire, là, c’est pire. Il retourne la tête de sa fille de son énorme paluche de maçon ; elle s’écroule sur le sol de la cuisine – un tas de tissu mouillé. Ça fait un bruit bizarre, comme si des petits bouts d’elle s’étaient brisés.

    — C’est qui ?

    Céline est bien incapable de répondre, même si elle avait décidé de parler…"

    Ce que j'en pense :

    En lisant ce roman où on ne cesse de se dire « Ça pourrait être un bon livre, mais il manque quelque chose, ou il y a quelque chose en trop ». L’histoire pourrait être intéressante mais il manque de la chair, de la profondeur. On ne croit pas tout à fait aux personnages (sauf à celui de la sœur). L’écriture essaie de donner corps au désarroi de l’adolescence mais peut parfois prêter à sourire : « …l’enfant endormie près d’elle et ses cercles de parturiente la propulsent en altitude… »

    L'été circulaire

     

     

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  • Hével

    "Hével" de Patrick Pécherot - série noire Gallimard

    Présentation de l'éditeur :

    Janvier 1958. À bord d’un camion fatigué, Gus et André parcourent le Jura à la recherche de frets hypothétiques. Alors que la guerre d’Algérie fait rage, les incidents se multiplient sur leur parcours. Tensions intercommunautaires, omniprésence policière exacerbent haines et rancœurs dans un climat que la présence d’un étrange routard rend encore plus inquiétant… 
    2018. Gus se confie à un écrivain venu l’interroger sur un meurtre oublié depuis soixante ans. Il se complaît à brouiller les cartes et à se jouer de son interlocuteur. Quelles vérités se cachent derrière les apparences? 

    Première page :

    "On chargeait le bahut quand je l’ai aperçu. Dans le petit matin engourdi de sommeil, une pluie sournoise nous trempait la couenne, André et moi. Sous sa porte cochère, lui nous observait. Il aurait aussi bien contemplé les rails du tramway ou compté les mégots dans les flaques. Ce genre d’occupation qu’on se donne quand on n’en a plus d’autres. Ça le gênait pas de se tourner les pouces en nous regardant prendre l’eau avec nos cageots. À travers le rideau de pluie, on distinguait sa silhouette et le point rouge d’une cigarette. C’est ça qui m’a fichu en rogne. L’idée du tabac au sec quand nos cibiches jouaient les buvards dans nos poches. On ne pourrait pas en griller une avant longtemps et lui restait là, à se les rouler, dans son encoignure.

    Bien trempés, on a chargé encore une pile de cageots. Mon aigreur montait en proportion. « T’as rien d’autre à foutre ? » j’ai lancé. Il s’est décollé de sa porte cochère. J’ai envoyé mon cageot dans le camion et, d’instinct, j’ai gardé les mains libres, planté sous la flotte qui me coulait dans le cou. « Passe-m’en un », il a dit, les bras tendus. Je me sentais con…"

    Ce que j'en pense :

    La guerre d’Algérie est au centre de ce roman même s’il se passe dans le Jura, et cela mérite d’être souligné car c’est plutôt rare. L’auteur nous livre de beaux portraits sans complaisance de gens du peuple dans ces fins d'années 50. C’est écrit sous forme de confession d’un des protagonistes plus de 60 ans après les faits. J’avoue que cela m’a parfois gêné, c'est le seul bémol que j'apporterai à ce roman.

    Hével

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  • Bondrée

    "Bondrée" de Andrée A. Michaud - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    À l’été 67, une jeune fille disparaît dans les épaisses forêts entourant Boundary Pond, un lac aux confins du Québec rebaptisé Bondrée par un trappeur enterré depuis longtemps. Elle est retrouvée morte, sa jambe déchirée par un piège rouillé. L’enquête conclut à un accident : Zaza Mulligan a été victime des profondeurs silencieuses de la forêt. Mais lorsqu’une deuxième adolescente disparaît à son tour, on comprend que les pièges du trappeur ressurgissent de la terre et qu’un tueur court à travers les bois de Bondrée.
    Une écriture raffinée au service d’atmosphères angoissantes et de subtiles explorations psychologiques, dans la plus pure tradition de Twin Peaks de David Lynch.

    Première page :

    "Bondrée est un territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues, une enclave dont l’abondante végétation conserve le souvenir des forêts intouchées qui couvraient le continent nord-américain il y a de cela trois ou quatre siècles. Son nom provient d’une déformation de « boundary », frontière. Aucune ligne de démarcation, pourtant, ne signale l’appartenance de ce lieu à un pays autre que celui des forêts tempérées s’étalant du Maine, aux États-Unis, jusqu’au sud-est de la Beauce, au Québec. Boundary est une terre apatride, un no man’s land englobant un lac, Boundary Pond, et une montagne que les chasseurs ont rebaptisée Moose Trap, le Piège de l’orignal, après avoir constaté que les orignaux s’aventurant sur la rive ouest du lac étaient vite piégés au flanc de cette masse de roc escarpée avalant avec la même indifférence les soleils couchants. Bondrée comprend aussi plusieurs hectares de forêt appelés Peter’s Woods, du nom de Pierre Landry, un trappeur canuck installé dans la région au début des années 40 pour fuir la guerre, pour fuir la mort en la donnant. C’est dans cet éden qu’une dizaine d’années plus tard, quelques citadins en mal de silence ont choisi d’ériger des chalets…"

    Ce que j'en pense :

    Voilà un polar très original à la fois sur la forme et sur le fond. Au début on peut être surpris par l’écriture qui mêle québécois et américain mais cela fait partie de l’atmosphère voulue par l’auteure. L’intrigue se situe à la frontière américano-québécoise. L’écriture, que l’on peut qualifier d’hybride, traduit bien cette diversité linguistique des protagonistes. Tous les personnages sont étonnants et admirablement campés. J’ai particulièrement apprécié les chapitres où l’auteure donne la parole à Andrée (même prénom que l’auteurs !) une petite fille avec un regard poétique et décalé. C’est rare de lire un polar aussi merveilleusement écrit.

    Bondrée

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