• Off Minor

    "Off Minor" de John Harvey - Rivages/noir

    Présentation de l'éditeur :

    Une fois que le patron serait au courant, il se chargerait sans doute de prévenir lui-même les parents de la gosse. Et c'était une chose que Millington détestait plus que tout, et qui lui soulevait le coeur : regarder en face des gens dont le visage se décompose, et leur raconter des mensonges." Quand la petite Emily est enlevée, Charlie Resnick craint le pire. A peine quelques jours plus tôt, le corps d'une autre fillette de six ans a été découvert, caché dans deux sacs poubelles, à l'intérieur d'un entrepôt désaffecté. Pour le policier, l'affaire est particulièrement difficile , l'opinion publique s'impatiente, les médias se déchaînent et Resnick lui-même est hanté par l'idée qu'un assassin pédophile rôde dans la ville. Pour cette quatrième enquête de l'inspecteur Resnick (Coeurs solitaires, Les Etrangers dans la maison, Scalpel), placée sous le signe du morceau de Thelonious Monk Off Minor, John Harvey s'attaque au délicat sujet de la pédophilie. Il le fait avec la justesse, la pudeur et l'humanité qui caractérisaient ses précédents romans."

    Première page :

    Il est assis de l'autre côté du bar, juste en face de Raymond, et ne le quitte pas des yeux, le mettant au défi de venir l'aborder - le type qui lui a planté sa lame dans la peau, l'homme au couteau.

    Cela remonte à six semaines. Un samedi soir comme celui-ci, mais plus froid. L'air que Raymond rejette se condense en petits nuages blancs. Pour rejoindre la place, il tourne devant le Royal. À ce moment, Raymond n'a aucune raison de remarquer ces gars-là plus que d'autres ; quatre jeunes, en bras de chemise, dix-neuf, vingt ans, qui font une virée en ville. Chemises blanches et cravates neuves, achetées le matin même chez River Island ou Top Man. Les mains enfoncées dans les poches de leurs pantalons, qui sont de couleur sombre et coupés amples à la taille. Des grandes gueules. Ils apostrophent les filles en minijupe ou en short qui pressent le pas et s'esclaffent, dans un cliquetis de talons aiguilles.

    • Hé, toi, là-bas !
    • Quoi ? -Toi !
    • Ouais ?

    Ce que j'en pense :

    On finit par bien connaître tous ces personnages de l'entourage de Resnick. Harvey sait leur donner du corps. On suit bien sûr l'enquête mais elle vient presque au second plan. L'auteur nous fait pénétrer dans le Nottingham des années 90, avec la misère, la délinquance, le chômage… mais cela est abordé de façon très humaine et pudique.

    Off Minor

    Off MinorOff Minor

     

     

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  • Scalpel

    "Scalpel" de John Harvey - Rivages/noir

    Présentation de l'éditeur :

    Existe-t-il un lien entre les agressions sauvages perpétrées contre deux membres du personnel du centre hospitalier de la ville ? Obligée d'enquêter dans toutes les directions, l'équipe de Charlie Resnick passe au crible la vie privée des victimes, hésite entre plusieurs suspects et se perd en conjectures face à un milieu médical enclin au secret, voire à la dissimulation... Jusqu'à ce que l'agresseur frappe à nouveau et assassine cette fois une jeune étudiante apparemment sans histoires. Orientée de manière décisive, l'enquête s'achemine alors vers un terrifiant secret...

    Première page :

    Il songeait à Karen, en train d'attendre dans une chambre à deux pas de l'hôpital. Fletcher l'imaginait dégustant un second verre de vin et regardant sa montre par intermittence pour tromper l'attente. Il avait fait sa connaissance deux mois plus tôt à un bal, et la première fois qu'elle s'était déshabillée devant lui, il lui avait dit qu'elle était parfaite. Comme ça, sans le vouloir. Les mots étaient sortis naturellement.

    Parfaite.                                      

    - Vous avez l'air plus mort que vif.

    Instantanément, la voix le ramena à la réalité et il leva les yeux vers l'infirmière en face de lui qui tirait sur sa blouse d'uniforme là où elle bâillait légèrement par-dessus sa ceinture.

    - Merci, dit Fletcher.

    Sarah Léonard sourit.

    - La nouvelle admission..., commença-t-elle.

    Fletcher cligna des paupières et fit un effort pour se concentrer. Sur les dernières vingt-quatre heures, il n'en avait passé que trois à dormir, ce qui faisait onze heures de sommeil en tout dans les trois jours écoulés. Il se sen­tait guetté par les troubles hallucinatoires.

    Ce que j'en pense :

    Intrigue très bien conduite. Harvey approfondit tous les personnages. On en apprend toujours un peu plus sur Resnick et son équipe. Ce livre nous plonge à la manière de Simenon dans l'atmosphère de Nottingham à la fin du XX ème siècle.

    Scalpel

    ScalpelScalpel

     

     

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  • Les étrangers dans la maison

    "Les étrangers dans la maison" de John Harvey - Rivages/noir

    Présentation de l'éditeur :

    Maria Roy a menti en décrivant les cambrioleurs qu'elle a surpris chez elle, comme deux petits noirs en blousons. Harold, son mari, n'a pas tout dit sur ce que contenait son coffre-fort. Quant au grand type élégant qui s'est courageusement interposé contre un commando venu saccager le restaurant chinois où il dînait, il est autant industriel du textile que Lester Young était chanteur d'opéra... Tant que ces gens-là se mentent les uns aux autres, tout le monde y trouve plus ou moins son compte. Mais lorsque chacun à leur tour, ils viennent mentir au détective-inspecteur Charlie Resnick, il cherche le lien entre les menteurs, un kilo de cocaïne en vadrouille et une vague de cambriolages non éclaircis. Quitte à mettre son nez dans les affaires d'un collègue indélicat et à fréquenter l'univers impitoyable de la télévision...

    Première page :

    "- Bon, alors, qu'est-ce qu'on fait ? On y va ? fit Grice.

    Il sentait le froid commencer à s'insinuer dans les muscles de son dos. Janvier lui collait la haine.

    De son côté, Grabianski trouvait la nuit plus douce qu'à l'ordinaire. Une nuit comme il les aimait.

    - Minute.

    Il s'avança vers le garage. Il bougeait avec une grâce surprenante pour un homme de son poids.

    A travers l'objectif grand-angle d'un agent immobilier, la maison aurait pu passer pour une demeure ou une propriété, mais de là où se tenait Grice, devant l'allée de gravillons, ce n'était qu'une villa surdimensionnée de plus, comme on en trouve au sud de la ville.

    La lumière du jour aurait rendu plus évident encore l'état des peintures, qui n'avaient pas été refaites depuis l'été dernier, voire même l'été d'avant, ainsi que le revêtement des fausses boiseries, qui semblaient comme ravagées d'eczéma. De chaque côté du portail, deux sapins miniatures s'étiolaient dans des barriques. Grice n'avait que trois pas à faire pour tirer la sonnette. Il essaya de se rappeler la dernière fois où il était entré chez quelqu'un en sonnant à la porte.

    - Alors ?

    Les mains dans les poches, Grabianski répondit par un haussement d'épaules.

    - Ça veut dire quoi ?"

    Ce que j'en pense :

    On retrouve avec plaisir l'inspecteur Resnick, ses chats, son humour, sa maison, ses disques de jazz. L'intrigue au rythme lent, est plutôt originale, sans meurtre mais avec des personnages très attachants et particulièrement bien décrits (y compris les "malfaiteurs" et les collègues de l'inspecteur). je crois que je vais poursuivre la série des enquêtes de Resnick.

    Les étrangers dans la maison

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  • Cœurs solitaires

    "Coeurs solitaires" de John Harvey - Rivages/noir

    Présentation de l'éditeur :

     Shirley Peters a été tuée, et son ancien amant l'avait menacée de mort. Pour l'inspecteur Resnick, il s'agit là d'un drame passionnel, ce genre de drame auquel il a l'impression d'être confronté tous les jours. Mais quand une seconde femme est sauvagement violée et assassinée, il semble évident qu'un serial killer est à l'œuvre et qu'il choisit ses victimes parmi les femmes esseulées qui cherchent un compagnon dans la rubrique locale des cœurs solitaires.

    Première page :

    "Voilà longtemps qu'elle n'avait plus pensé à lui.

    A cette manière qu'il avait de rester adossé à l'encadrement de la porte pour l'observer tandis qu'elle s'habillait. Attendant de voir quel pull elle allait choisir, le vert tendre, ou peut-être bien le rouge. Tu le sais, hein?... Sa voix. Elle se tenait devant le miroir et entendait sa voix, à l'intérieur d'elle-même, aussi claire, aussi proche qu'autrefois. Quand je te regarde, les gestes que tu fais, je ne peux pas résister à l'envie de te toucher.

    Au début, lorsqu'ils avaient commencé à vivre ensemble, il lui semblait n'avoir jamais une minute de répit. Parfois, elle se réveillait au milieu de la nuit et le trouvait appuyé sur un coude, en train de la regarder. Une fois, même, il avait garé sa voiture en face du bureau où elle travaillait et il était resté là toute la journée, à attendre de l'apercevoir der­rière les fenêtres. Dans leur appartement, lorsqu'elle passait près de lui, ses mains se tendaient vers elle, cherchant à la toucher, à la prendre. Puis, juste au moment où elle commençait à croire que les choses dureraient ainsi pour toujours, il s'était mis à changer.

    Tony.

    Des petites choses, au début, à peine perceptibles : il ne lui prenait plus la main lorsqu'ils regardaient la télévision; il oubliait de venir poser la tête dans le creux de son épaule pendant qu'elle préparait les œufs brouillés du dimanche matin."

    Ce que j'en pense :

    Voilà un roman très bien écrit, qui se lit tranquillement, avec beaucoup de plaisir. Ce livre nous fait pénétrer dans la ville de Nottingham. On y découvre la vie d'un commissariat, les relations entre les gens (spécialement entre homme et femme), la solitude. On a envie de suivre cet inspecteur amoureux des chats et du jazz. Petit bémol (cela tient au travail de l'éditeur) : quelques paragraphes pas assez séparés, des tirets qui ne correspondent pas à des dialogues…

    Cœurs solitaires

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  • L'affaire Sadorski

    "L'affaire Sadorski" de Romain Slocombe - Robert Laffont

    Présentation de l'éditeur :

    Avril 1942. Au sortir d'un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l'Occupation. Pétainiste et antisémite, l'inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d'un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d'intervenir contre les " terroristes ".
    Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, où on le jette en prison. Le but des Allemands est d'en faire leur informateur au sein de la préfecture de police... De retour à Paris, il reçoit l'ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d'appartenir à un réseau antinazi.

    Première page :

    "TOUS LES MATINS, Mme Léon Sadorski, Yvette de son prénom, émerge des brumes du sommeil animée d'une envie immodérée de faire l'amour. La température de son corps s'élève d'un petit degré, son sexe s'humidifie rapidement, elle se blottit contre l'inspecteur principal adjoint Sadorski en poussant un léger soupir. Son époux, en règle générale, répond à ces avances, mais, ce matin du 1er avril 1942, des préoccupations d'ordre moins frivole se présentent à son esprit à peine le réveille-matin a-t-il sonné. L'homme se dégage avec douceur, gagne la salle de bains ; il urine, se rase, puis, en maillot de corps, se rend à la cuisine afin de préparer le café. Les aiguilles de la pendule indiquent 7 h 38 (heure allemande ; l'aube se lève à peine). Il écarte les épais rideaux noirs de la défense passive, repousse les volets. Le ciel au-dessus de l'île Saint-Louis, derrière les fenêtres du petit trois pièces quai des Célestins que le couple loue depuis l'avant-guerre, annonce, tout comme la veille, une belle journée de printemps. L'air est extraordinairement pur…"

    Ce que j'en pense :

    Ce livre aborde un sujet et une période trouble de notre histoire. L'auteur reconstitue très bien cette époque et nous donne quelques noms d'industriels, de banquiers, d'hommes politiques, d'artistes… qui ont collaboré sans état d'âme avec l'occupant. Il réussit presque à nous rendre sympathique le policier au centre du récit. Mais le rythme de ce roman est plutôt lent et l'intrigue semble un peu décousue. Dommage !

    L'affaire Sadorski

    L'affaire Sadorski

     

     

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  • "Dans l'ombre" de Arnaldur Indridason - Métailié

    Présentation de l'éditeur :

    Un représentant de commerce est retrouvé dans un petit appartement de Reykjavik, tué d’une balle de Colt et le front marqué d’un “SS” en lettres de sang. Rapidement les soupçons portent sur les soldats étrangers qui grouillent dans la ville en cet été 1941. 
    Deux jeunes gens sont chargés des investigations : Flovent, le seul enquêteur de la police criminelle d’Islande, ex-stagiaire à Scotland Yard, et Thorson, l’Islandais né au Canada, désigné comme enquêteur par les militaires parce qu’il est bilingue. 
    L’afflux des soldats britanniques et américains bouleverse cette île de pêcheurs et d’agriculteurs qui évolue rapidement vers la modernité. Les femmes s’émancipent. Les nazis, malgré la dissolution de leur parti, n’ont pas renoncé à trouver des traces de leurs mythes et de la pureté aryenne dans l’île. Par ailleurs on attend en secret la visite d’un grand homme.
    Les multiples rebondissements de l’enquête dressent un tableau passionnant de l’Islande de la “Situation”, cette occupation de jeunes soldats qui sèment le trouble parmi la population féminine. Ils révèlent aussi des enquêteurs tenaces, méprisés par les autorités militaires mais déterminés à ne pas se laisser imposer des coupables attendus.
    Dans ce roman prenant et addictif, le lecteur est aussi fasciné par le monde qu’incarnent les personnages que par l’intrigue, imprévisible.

    Première page :

    "Le Sudin contourna soigneusement les frégates et les torpilleurs avant d’accoster au port de Reykjavik. Quelques instants plus tard, les passagers descendirent du ferry. Titubants, certains étaient très soulagés de retrouver la terre ferme. Pendant qu’ils traversaient le golfe de Faxafloi, le vent avait subitement forci et avait tourné au sud-ouest, il s’était mis à pleuvoir et, après une navigation plutôt calme, le bateau avait beaucoup tangué. La plupart des passagers étaient restés à l’abri dans les cabines exiguës à l’air saturé d’humidité du fait de leurs vêtements mouillés. Quelques-uns, parmi lesquels Eyvindur, avaient souffert du mal de mer sur la dernière partie du trajet.

    Monté à bord à Isafjördur en traînant ses deux valises éculées, il avait dormi presque tout le voyage, éreinté après sa tournée. Les bagages contenaient du cirage Meltonian et du vernis Poliflor, ainsi que des échantillons de faïence qu’il avait essayé de vendre dans les villages, les fermes et hameaux des fjords de l’Ouest: assiettes, tasses et couverts fabriqués en Hollande, que le grossiste avait importés en Islande juste avant que la guerre n’éclate.

    Eyvindur avait plutôt bien écoulé le cirage et le vernis, s’efforçant également de vanter les qualités de la faïence, mais en cette époque incertaine ce type d’achats n’était pas une priorité. De plus, cette fois-ci, il n’avait pas eu le cœur à l’ouvrage. Ne se sentant pas très bien, il avait négligé de s’arrêter à plusieurs endroits qui faisaient pourtant partie de sa tournée habituelle. D’une certaine manière, il avait perdu toute force de conviction, ce pouvoir presque divin dont le grossiste affirmait qu’il était nécessaire à tous les bons vendeurs. Eyvindur avait engrangé très peu de commandes sur son carnet, et il avait mauvaise conscience. Il se disait qu’il aurait pu se démener davantage,…"

    Ce que j'en pense :

    Livre de Indridason très décevant, même s'il y a une volonté de décrire l'Islande pendant la guerre 39/45. On ne retrouve pas le charme de ses autres romans. Pas envie de lire les autres tomes de cette trilogie. Le récit est conduit de manière "poussive". L'écriture (et/ou la traduction) laisse à désirer. Pour moi c'est un livre à éviter.

     

     

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  • "Meurtres en bleu marine" de C. J. Box - Seuil

    Présentation de l'éditeur :

    S’ils n’étaient pas allés à la pêche en ce début de printemps, Annie Taylor, douze ans, et son frère cadet, William, n’auraient pas dû fuir à toutes jambes après avoir vu trois hommes en exécuter un quatrième. Et leur mère, Monica, ne mourrait pas d’inquiétude en ne les voyant pas revenir. Plus grave encore, les assassins, d’anciens flics de Los Angeles à la retraite, ne pourraient pas persuader le shérif de ce coin perdu de l’Idaho de… les laisser mener l’enquête !

    Heureusement, Jess Rawlins, un rancher au bord de la faillite, recueille les deux enfants et, après pas mal d’hésitations, décide de croire ce qu’ils lui disent avoir vu et de les protéger au péril de sa vie.

    Rêves brisés par le manque d’argent, mais aussi courage et droiture d’individus qui savent dominer leur peur quand il faut défendre des innocents, Meurtres en bleu marine nous fait découvrir un monde en proie à un conflit entre des flics pourris et un cowboy intègre.

    Première page :

    "Si Annie Taylor, douze ans, n'avait pas emmené son petit frère William à la pêche ce vendredi après-midi d'un mois d'avril humide du nord de l'Idaho, elle n'aurait jamais assisté à l'exécution, ni croisé le regard des assassins. Mais elle était en colère contre sa mère.

    Avant d'être témoins du meurtre, les deux enfants, vêtus de grands sacs-poubelle qui devaient les garder au sec, s'étaient frayé un chemin entre les saules encore chargés de pluie qui longeaient Sand Creek. À la suite d'une averse matinale, l'eau s'était accumulée au creux des feuilles d'aulnes et les toiles d'araignée perlées de gouttelettes ployaient entre les branches. Lorsque le soleil avait disparu derrière les gros nuages noirs qui encombraient le ciel, le jour s'était soudain obscurci, effaçant le contour net des ombres et plongeant la forêt dans une pénombre désolante. Noire et spongieuse sous les arbres, la terre était glissante le long du sentier. Les semelles des chaussures des enfants faisaient des bruits de succion tandis qu'ils remontaient péniblement les berges de la rivière.

    Après avoir quitté leur maison située à l'extérieur de la ville, Annie et William avaient été pris en stop par Fiona, la préposée au courrier. Elle les avait déposés quelques kilomètres plus loin et ils avaient marché deux bonnes heures, cherchant en vain un endroit où la rivière serait plus calme.

    - Ce n'était peut-être pas une si bonne idée, avait dit le garçon de dix ans en haussant la voix par-dessus le grondement furieux du cours d'eau gonflé par la pluie.

    Annie s'était immobilisée, tournée vers son frère et l'avait toisé du regard. Une longue canne à pêche dépassait du plastique qui recouvrait ses vêtements."

    Ce que j'en pense :

    Polar de construction et d'écriture plutôt classiques. L'auteur sait raconter des histoires, ce qui permet au lecteur de lire ce livre jusqu'au bout sans s'ennuyer.

    Meurtres en bleu marine

     

     

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  • La dent du serpent

    "La dent du serpent" de Craig Johnson - Gallmeister

    Présentation de l'éditeur :

    Toute cette affaire n’avait au départ l’air de rien : un gamin fugueur qui se réfugie dans un cabanon et se nourrit en se servant dans les placards d’une vieille dame. Mais quand le shérif Walt Longmire essaie de ramener Cord chez lui, il se retrouve face à une propriété gardée par des miradors qui abrite une communauté polygame. Et tout ce petit monde, orchestré par un patriarche habile et un homme de main au passé trouble, affirme ne rien savoir de l’adolescent. Le shérif s’engage alors avec son équipe dans une enquête très glissante dont ils ne ressortiront pas indemnes. Le Dent du serpent place le shérif du comté le moins peuplé de l’État de moins peuplé des États-Unis face au pire des adversaires qu’il ait jamais eu à affronter.

    Première page :

    "Je gardai les yeux rivés sur le bouquet orange et noir qui ornait le revers de Barbara Thomas pour ne pas avoir à regarder autre chose.

    Je n'aime pas les enterrements, et cela fait un moment que j'ai cessé d'y assister Je considère la cérémonie comme une forme de déni, et quand ma femme est décédée et que ma fille, Cady. m'a dit que, à sa connaissance, aller à l'enterrement de quelqu'un ne l'avait jamais fait revenir, j'ai tout simplement renoncé.

    Mme Thomas avait été élue reine du bal de fin de promo au lycée de Durant l'année où Truman avait fait en sorte de porter le chapeau, d'où la présence de l'ornement un tantinet voyant épingle sur son tailleur beige, à la fois strict et propret. La semaine suivante se jouerait le match tant attendu des Durant Dogies contre leurs ennemis jurés, les Worland Warriors ; une frénésie d'orange et noir s'était emparée de toute la ville. Assister à l'enterrement de quelqu'un qu'on connaît est moins insupportable qu'être présent à celui de quelqu'un qu'on ne connaît pas. On est planté, là, on écoute des discours sur un parfait inconnu, et chaque fois, j'ai l'impression d'avoir laissé passer ma chance.

    Je l'avais certainement laissée passer avec Dulcie Meriwether, qui avait été une des citoyennes modèles de Durant - après tout, je suis le shérif du comté d'Absaroka, alors les citoyens modèles vivent et trépassent souvent sans que je m'en aperçoive. C'était un bel après-midi d'octobre, j'étais adossé à la grille qui entourait la Première Église méthodiste, et j'étais là pour parler d'anges plutôt que pour faire l'éloge de Dulcie Meriwether - ou l'enterrer.

    Je tendis la main et redressai le bouquet de Barbara Thomas."

    Ce que j'en pense :

    Bien sûr, chez Gallmeister, tout est bon (presque, parce que cela fait deux livres à la suite de cette maison d'édition qui me déçoivent). Bien sûr Craig Johnson est un excellent auteur, qui sait faire vivre ses personnages, avec un style plein d'humour…. Mais cette "dent du serpent" n'est pas très acérée. Les 200 dernières pages sauvent un peu le livre car, auparavant cela traîne en longueur (on peut même s'y ennuyer !)

    La dent du serpent

     

     

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  • Le verger de marbre

     "Le verger de marbre" de Alex Taylor - Gallmeister

    Présentation de l'éditeur :

    En plein Kentucky rural, la Gasping River déploie son cours au milieu des falaises de calcaire et des collines couvertes de champs de maïs et de soja. Un soir où il remplace son père, qui conduit le ferry parcourant la rivière dans les deux sens, le jeune Beam Sheetmire tue un passager qui tente de le dévaliser. Mais sa victime est le fils de Loat Duncan, puissant homme d’affaires local et assassin sans pitié. Toujours accompagné de ses chiens menaçants, Loat est lui-même porteur d’un lourd secret concernant le passé de Beam. Aidé par son père, le jeune homme prend la fuite, tandis que Loat et Elvis, le shérif, se lancent à ses trousses.

    Le Verger de marbre est un thriller littéraire à la prose incandescente dans la veine des grands textes sudistes de Cormac McCarthy ou Daniel Woodrell. Ce premier roman hypnotique est une inoubliable descente au cœur des ténèbres.

    Première page :

    "Beam y croyait à présent.

    Debout dans l'ombre brûlante du sycomore qui se répandait sur l'herbe épaisse battue par le vent, il observait les tables de pique-nique alignées avec leurs nappes blanches chargées de plats et de cocottes - œufs mimosa, viandes en sauce, corbeilles de petits pains et tranches de pain de maïs, bols de soupe de haricots, poisson grillé et dinde grillée et filets de cerf grillé, l'enfilade de tables remontant la pente légère pour disparaître dans le vieux grenier à tabac, sans toit et désaffecté depuis des dizaines d'années, avant de ressortir par la porte de derrière, le buffet tout entier envahi par une nuée de moucherons et de mouches noires, poussière frénétique dans la brume pâle du ciel - et il croyait à présent les rumeurs qu'il avait entendues pendant des années sans leur apporter crédit: qu'il n'était pas un Sheetmire parce qu'un autre sang fiévreux rugissait dans ses veines.

    Il était avec sa mère et son père. Personne ne leur avait parlé depuis leur arrivée dans le pick-up familial, un GMC rouillé beige et vert olive que son père nommait Old Dog. Ils attendaient à côté du véhicule, Clem caressant la benne cabossée en broyant du noir, Derna adossée à la porte passager, bras croisés sur la poitrine. Beam gardait le silence, une basket calée sur un pneu lisse à l'avant du pick-up, observant la file de cousins descendre la rangée de tables pour remplir leur assiette, une série de Sheetmire copies conformes les uns des autres: tête épaisse, cou rentré, grandes joues plates, lèvres charnues et menton imberbe suggérant une pointe de sang cherokee ou peut-être chickasaw."

    Ce que j'en pense :

    Encore un livre de chez Gallmeister qui se passe dans les tréfonds d'une campagne américaine assez cauchemardesque. L'auteur y a reconstitué une sorte de tragédie grecque avec des personnages très noirs, très violents et quelques innocents. Bien sûr on suit l'intrigue jusqu'au bout même si la fin nous laisse un peu dubitatif. Mais ce livre n'a vraiment rien à voir avec du Ron Rash par exemple, ou du Cormac McCarthy; et c'est le style qui fait l'énorme différence. Ici il y a beaucoup trop d'adjectifs, comme si l'auteur voulait en rajouter dans le "rural noir", parce que c'est vendeur.

    Le verger de marbre

     

     

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  • Cabossé

    "Cabossé" de Benoit Philippon - série noire Gallimard

    Présentation de l'éditeur :

    Quand Roy est né, il s'appelait Raymond. C'était à Clermont. Il y a quarante-deux ans. Il avait une sale tronche. Bâti comme un Minotaure, il s'est taillé son chemin dans sa chienne de vie à coups de poing : une vie de boxeur ratée et d'homme de main à peine plus glorieuse. Jusqu'au jour où il rencontre Guillemette, une luciole fêlée qui succombe à son charme, malgré son visage de «tomate écrasée»... Et jusqu'au soir où il croise Xavier, l'ex jaloux et arrogant de la belle – lequel ne s'en relèvera pas... 
    Roy et Guillemette prennent alors la fuite sur une route sans but. Une cavale jalonnée de révélations noires, de souvenirs amers, d'obstacles sanglants et de rencontres lumineuses.

    Première page :

    "Roy s'assoit dans son bon vieux fauteuil Chesterfield. Le cuir déchiqueté émet un petit gémissement pas déplaisant qui ferait presque office de présence. Ça pourrait être un animal de compa­gnie. Si c'était un chien, il l'appellerait Evinrude. Roy a toujours bien aimé ce nom : Evinrude. Mais c'est pas un chien, c'est un fau­teuil. Un Chesterfield, hein, mais un fauteuil. II va quand même pas commencer à donner un nom à un fauteuil. On s'inquiéterait pour sa santé mentale. En même temps, qui s'en soucie, de sa santé men­tale? Il a peu de plaisirs dans la vie, alors pourquoi il se priverait? «Hein, Evinrude? On va pas se laisser emmerder», il pense en se lovant avec le soupir d'un type qui vous emmerde, vous, les bien-pensants, qui le jugez pour sa pauvreté intellectuelle. Et, Evinrude, il est peut-être moche et pas présentable, tout comme Roy, mais il est confortable, et c'est tout ce qu'on demande à un fauteuil.

    — Aïe, c'est quoi cette merde? lâche Roy dans une grimace.

    Avec toute l'affection que Roy lui donne, ce reste de cuir avarié lui crache un vieux clou rouillé au cul. Quelle ingratitude!

    Roy pose le clou sur son guéridon patiné et y remarque son smart-phone. Piqûre de rappel. Au sens propre. S'il s'est assis sur Evinrude, c'est pour se plonger dans la cyber-solitude des sites de rencontre."

    Ce que j'en pense :

    Très beau coup de cœur pour ce roman noir rempli de tendresse et d'amour. On y croise de magnifiques personnages : les deux principaux bien cabossés par la vie, la grand-mère, la fillette, le manager de boxe… C'est beau et rempli d'émotions comme dans des dialogues d'Audiard, comme dans un film de Tarentino … avec, en plus, une belle et une bête, du Roméo et Juliette, un Minotaure … A lire de toute urgence.

    Cabossé

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