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papa part maman ment mémé meurt

papa part maman ment mémé meurt - Fabienne Yvert
Editions Harpo &
Présentation de l'éditeur :
Trilogie familiale écrite "sur le vif" en 1985-1986 : papa veut s'en aller, maman est désespérée, et “ta grand-mère va en mourir”...
Extrait :
"maman ment
elle se tient le ventre comme si elle attendait un bébé, elle va nous faire le coup du cancer, elle a mal au cœur, elle se tord la tête dans tous les sens pour essorer ses idées, elle est allergique à la solitude, il lui pousse des petites cornes, ça lui fait mal, elle devient très bête
elle mange exprès sans nous attendre, elle mange exprès tout le pain, elle fait à manger que des choses qu'on n'aime pas exprès, elle passe l'aspirateur exprès quand on dort, elle fait exprès une lessive quand on prend une douche pour qu'on n'ait plus d'eau, elle fait exprès de faire une tarte brûlée, elle fait exprès des haricots pas assez cuits, elle roule exprès sur les hortensias, elle fait exprès de rentrer dans la porte du garage quand elle fait une marche arrière, c'est elle qui a empoisonné le chat sans le faire exprès"
Mon avis :
Une façon très originale de traiter les "ruptures". Livre à lire à voix haute.

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Fuck America

Fuck America - de Edgar Hilsenfath - éditions Attila
Traduction de Jorg Stickan
Présentation de l'éditeur :
1952 : dans une cafétéria juive de Broadway, Jakob Bronsky, tout juste débarqué aux Etats-Unis, écrit son roman sur son expérience du ghetto pendant la guerre : Le Branleur ! Au milieu des clodos, des putes, des maquereaux et d'autres paumés, il survit comme il peut, accumulant les jobs miteux, fantasmant sur le cul de la secrétaire de son futur éditeur, M Doublecrum. Dans la lignée de Fante, Roth et Bukowski, Fuck America est un témoignage étourdissant sur l'écrivain immigré crève-la-faim.
Extrait :
"LE DONALD'S PUB À TIMES SQUARE TOURNE À PLEIN. Surtout les toilettes pour hommes. À côté de moi se tient un noir gigantesque — foulard rouge autour du cou, chapeau mou blanc — urinant contre le mur carrelé avec un jet puissant.
« Dis-donc, petit. Pourquoi tu mates ma queue noire ? » « Je ne la mate pas. » « Si, tu la mates. » « Je ne la mate pas. » « Si, tu la mates. »
« Tu veux la sucer un peu ? »
« Non. »
« Pourquoi non ? »
« Parce que non. »
« Attention, petit. Si tu veux pas la sucer, la mate pas, pigé ? »
« Je la mate pas. » « Si, tu la mates. » « Je la mate pas. »
« Écoute, petit. Pour trois balles, tu peux la sucer. Alors, ça te dit ? »
« Rien du tout. »
« T'as bien trois balles dans la poche ? »
« Non. »
« Je parie que ça fait pas longtemps que t'es là. »
« Exact. »
« Tu viens d'où ? »
« D'Europe. »
« J'ai vu ça tout de suite. »
« Comment ça ? »
« À ta braguette. »
« Qu'est-ce qu'elle a, ma braguette ? »
« Y a pas de zip. Que des boutons. »
« T'as quelque chose contre les boutons ? »
« Ben non. »
« Ben voilà. »"
Mon avis :
Un roman (plus ou moins autobiographique) complètement fou où l'humour (noir, souvent), la fantaisie, le réalisme, l'horreur (parfois) se mélangent agréablement.

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L'angoisse du héron

"L'angoisse du héron" - Gaétan Soucy
L'escampette éditions
Présentation de l'éditeur :
En littérature, les choses ne sont pas racontées parce qu'elles se produisent ; elles se produisent parce qu'elles sont racontées. Gaétan Soucy adhère à cette foi en la fiction. Écrivain le plus brillant de sa génération, indiscutablement l'un des flambeaux de la littérature contemporaine en langue française, il n'a cessé d'insister sur la nature thaumaturgique de la narration. La littérature crée un modèle du monde afin que nous ayons la possibilité d'explorer le monde réel, mais il revient au lecteur de créer ses propres cartes et de déterminer son propre itinéraire.
Alberto Manguel
Gaétan Soucy est né à Montréal en 1958. Très célèbre au Québec, sa notoriété commence à gagner la France et, plus largement, l'Europe.
Extrait :
"J'ai rencontré l'Acteur, une fois, j'ai assisté à son étrange spectacle. Je dis l'Acteur car c'est ainsi que lui-même se nommait, se définissait. À la question du médecin, c'est ce qu'il avait répondu. Il n'avait pas dit je suis acteur, ce que du reste il n'était pas, ayant toute sa jeunesse travaillé dans le bâtiment. Il a répondu : « Je suis l'Acteur. » C'était un grand piqué de la tête. J'ai assisté à son spectacle dans un célèbre institut voué aux soins de ses pairs, où je suppose qu'il est toujours, s'il n'est pas mort. Il n'est pas rare que ces gens-là vivent très vieux. Cette longévité constitue un raffinement, en quelque sorte ; elle épure l'atrocité de leur destin, en l'étirant, tel un fil d'or. On l'avait catalogué catatonique avec brusques et imprévisibles explosions de fureur. Ce qui avait valu à sa photographie l'honneur des journaux. Les membres de sa famille, au sens anatomique, ceux de ses trois petits frères, de ses deux sœurs et de sa mère, cela prit des semaines pour les retrouver un à un, éparpillés dans le jardin jouxtant la maison familiale quelque part près de Saint-Aldor. Il n'était pas ce qu'on appelle un individu fréquentable."
Mon avis :
De cet auteur j'avais lu, il y a presque 10 ans "La petite fille qui aimait trop les allumettes", un grand moment de lecture. Je retrouve dans" l'angoisse du héron" une écriture magnifique et une profondeur qui laisse des traces.

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À la vitesse de la lumière

À la vitesse de la lumière - Javier Cercas - Actes Sud (Babel)
Traduction Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic
Présentation de l'éditeur :
Dans une université américaine, un écrivain débutant, qui pourrait s'appeler Gerças, se lie d'amitié avec un vétéran du Vietnam anéanti par le poids de son passé.A son retour en Espagne, le succès de l'un de ses romans le propulse soudain au firmament et, gorgé de suffisance, il ne sait pas voir qu'il a perdu son âme. Un drame se produit auquel, peut-être, il faudrait survivre. Aux portes de l'enfer, qui s'ouvrent béantes sur le mépris de soi et le désir de mort, il unit son destin à celui de l'ami américain.
Dans une impunité souveraine, l'un a ressenti la jouissance de tuer sans raison, l'autre a connu le vertige d'abuser de son piètre pouvoir. A la vitesse de la lumière, ils se sont pris pour des dieux pour se retrouver, brisés, dans ce sentiment archaïque et latent qu'est la culpabilité. Dès lors, seul raconter l'un peut sauver l'autre.Si Javier Gerças pointe notre capacité illimitée à faire le mal et l'effroyable nature de la guerre et du succès, il établit surtout le pouvoir de la littérature pour affronter toutes les réalités du monde.
Extrait :
"À présent, je vis une fausse vie, une vie apocryphe, clandestine et invisible, bien que plus réelle que si elle était vraie, mais j'étais encore moi-même quand j'ai fait la connaissance de Rodney Falk. C'était il y a longtemps et c'était à Urbana, une ville du Middle West américain dans laquelle j'ai passé deux ans à la fin des années 1980. A vrai dire, chaque fois que je me demande pourquoi c'est précisément là-bas que je me suis retrouvé, je me dis que je m'y suis retrouvé comme j'aurais pu me retrouver n'importe où. Je raconterai pourquoi, au lieu de me retrouver n'importe où, c'est précisément là-bas que je me suis retrouvé.
Ç'a été par hasard. À l'époque - dix-sept ans ont passé depuis -, j'étais très jeune, je venais de terminer mes études et je partageais avec un ami un appartement sombre et insalubre rue Pujol, à Barcelone, tout près de la place Bona-nova. Mon ami s'appelait Marcos Luna, il était de Gérone comme moi et, en réalité, il était à la fois plus et moins qu'un ami : nous avions grandi ensemble, joué ensemble, nous étions allés ensemble au collège, nous avions les mêmes fréquentations. Depuis toujours, Marcos voulait être peintre ; moi, non : je voulais être écrivain."
Mon avis :
Ce roman aborde différents thèmes : la guerre, le succès, l'échec... Mais il questionne essentiellement sur la littérature et l'écriture. Peut-on (faut-il) raconter des histoires? Quel est le rôle (et le destin) de l'écrivain? Et tout cela avec beaucoup d'habileté, de talent pour raconter une vraie histoire qui nous captive.

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Mon coeur a des dents
"Mon coeur a des dents" de Bernard Friotillustrations Bruno Douin - éditions Milan (Macadam)
Présentation de l'éditeur :
Macadam " innove en publiant de la poésie pour les adolescents : des textes d'une force incroyable, comme des petits concentrés de vie, d'amour ou de violence. Un lyrisme d'une vitalité et d'une modernité cinglantes, signé Bernard Friot.
Extrait :
"mon coeur a des dents
des dents
il mord qui approche dévore ceux qui m'aiment
j'entends les os craquer les hurlements glacés des assassinés
c'est pas
appétissant
sage mon coeur sage
es-tu rassasié maintenant
cesse s'il te plaît de grincer
des dents
j'habite un ogre en mon sein
moi qui suis végétarien
c'est un peu
embarrassant
je vais l'entourer de fil barbelé planter une pancarte
attention danger
au moins vous serez prévenu
mon coeur minotaure en son labyrinthe
vous attend
à pleines dents "
Mon avis :
C'est de la poésie sans rime (ni raison), un peu folle, loufoque (mais parfois très sérieuse). Des textes à lire à voix haute pour jeunes (ou très vieux) ados (il y a sans doute un âge pour commencer mais il n'y en a pas pour s'arrêter!).
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