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L'ombre de ce que nous avons été
"L'ombre de ce que nous avons été " Luis Sepulvedatraduction Bertille Hausberg - MétailléPrésentation de l'éditeur :
Dans un vieil entrepôt d'un quartier populaire de Santiago, trois sexagénaires attendent avec impatience l'arrivée d'un homme, le Spécialiste. Il a convoqué ces trois anciens militants de gauche, de retour d'exil trente-cinq ans après le coup d'Etat de Pinochet, pour participer à une action révolutionnaire. Un tourne-disque jeté par une fenêtre au cours d'une dispute conjugale va tout remettre en question, jusqu'au moment où ressurgit dans la mémoire des complices l'expression favorite du Spécialiste : "On tente le coup ?" L'auteur nous propose les portraits cocasses et attachants de trois héros cassés par l'Histoire récente et l'exil, mais qui n'ont perdu ni leur humour ni leur capacité de croire aux rêves. Ce roman est un exercice de virtuosité littéraire au service d'une histoire émouvante et sombre jouée par des perdants. Un roman écrit avec le coeur et l'estomac pour toucher et faire rire et penser.
Première page :
"Pour nous les vieux, il ne reste plus que Carlitos Santana, se dit le vétéran et il se souvint d'un autre vétéran qui, tout en lui servant du vin quarante ans plus tôt, avait eu la même idée, à une différence près, celle du nom.
- Pour nous les vieux, il ne reste plus que Carlkos Gardel, à la santé du Morocho", avait alors soupiré son grand-père en regardant avec nostalgie le vin couleur de rubis.
Et c'est tout, se rappela le vétéran. Le lendemain, le grand-père s'était fait sauter la cervelle avec un Smith & Wesson, calibre 38 spécial, un flingue qu'il avait gardé pendant des décennies toujours propre, bien graissé, avec les six projectiles dans le barillet et enveloppé dans un morceau de feutre grenat résistant à l'humidité, aux mites et à l'oubli."
Ce que j'en pense :
De l'humour, du rythme dans ce livre. Sepulveda a échappé au piège de la nostalgie et de la mélancolie. Cependant il manque quelque chose à cette histoire. Les personnages n'ont sans doute pas assez d'épaisseur (sauf le policier).

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Espèces d'espaces
Georges Perec -Espèces d'espacesGalilée
Présentation :
Ce livre de Georges Perec est un essai philosophique. Tout ce qui touche au monde de la vie quotidienne intéresse Perec.
A l'origine, l'espace, c'est le vide. Mais il suffit de tracer en noir le périmètre d'un carré blanc pour que le vide ne soit plus le même. Le fil d'un tracé dessine aussitôt un dedans et un autour.
Les espaces s'empilent à la manière de poupées russes. Espace premier : la page sur laquelle vient s'écrire le livre. Et dans cet espace d'écriture viennent s'emboîter, chapitre après chapitre, le lit, la chambre, l'appartement, l'immeuble, la rue, le quartier, la ville, la campagne, le pays, l'Europe, le monde, l'espace.Extrait :
J’ai plusieurs fois essayé de penser à un appartement dans lequel il y aurait une pièce inutile, absolument et délibérément inutile. Ça n’aurait pas été un débarras, ça n’aurait pas été une chambre supplémentaire, ni un couloir, ni un cagibi, ou un recoin. Ç’aurait été un espace sans fonction. Ça n’aurait servi à rien, ça n’aurait renvoyé à rien.
Il m’a été impossible, en dépit de mes efforts, de suivre cette pensée, cette image, jusqu’au bout. Le langage lui-même, me semble-t-il, s’est avéré inapte à décrire ce rien, ce vide, comme si l’on ne pouvait parler que de ce qui est plein, utile, et fonctionnel.
Un espace sans fonction. Non pas "sans fonction précise", mais précisément sans fonction ; non pas pluri-fonctionnel (cela, tout le monde sait le faire), mais a-fonctionnel. Ça n’aurait évidemment pas été un espace uniquement destiné à "libérer" les autres (fourre-tout, placard, penderie, rangement, etc.) mais un espace, je le répète, qui n’aurait servi à rien.
Comment penser le rien ? Comment penser le rien sans automatiquement mettre quelque chose autour de ce rien, ce qui en fait un trou, dans lequel on va s’empresser de mettre quelque chose, une pratique, une fonction, un destin, un regard, un besoin, un manque, un surplus ?
Ce que j'en pense :
Livre très facile à lire (ce qui n'est pas le cas de tous les livres de Perec). Perec nous réapprend à voir l'ordinaire autour de nous, dans notre environnement, nos gestes...

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Le Grand Loin
Pascal Garnier - Le Grand LoinZulma
Présentation de l'éditeur :
Père placide et d’humeur conciliante, voilà Marc parti vers le sud avec sa fille Anne qu’il vient d’enlever à son hôpital psychiatrique pour le week-end. Mais la petite escapade tourne bientôt à la cavale. Anne ne veut plus rentrer, surtout pas à l’asile. Elle veut aller loin, très loin, le plus loin possible. Constellée d’incendies bizarres et semée de cadavres, la drôle d’équipée se transforme vite en un hallucinant road-movie.
Avec férocité, avec fragilité aussi, les personnages de Pascal Garnier s’accrochent à leurs rêves naïfs ou dérisoires, en éclopés de la solitude fuyant le réel pour davantage s’y perdre. Ange du mal déguisé en cordon bleu ou en tueur à gages flapi, ce sont décidément des gens comme vous et moi, des monstres candides en proie à leur plus chère folie.Première page :
—Moi aussi, je connais Agen !
Les convives s'étaient figés en se tournant vers Marc, la fourchette en suspens. Il avait prononcé ces paroles d'une voix si forte que lui-même en avait été surpris. C'est que depuis le début de la soirée, il n'avait pas réussi à en placer une. Cependant, à part cette révélation incongrue à propos d'Agen (d'ailleurs un peu audacieuse puisqu'il n'avait séjourné dans cette ville que quelques heures une dizaine d'années plus tôt), il n'avait absolument rien à dire. Plusieurs fois, par politesse, pour faire preuve d'un minimum de convivialité, il avait tenté de s'immiscer dans des conversations, n'importe lesquelles, de faire un bon mot, mais on aurait dit que sa voix ne portait pas aux oreilles des autres. Eux non plus n'avaient rien à échanger que de profondes banalités, mais enfin, ils avaient l'air de s’entendre, ils se répondaient. ...
Ce que j'en pense :
Un très bon livre de Pascal Garnier. On se sent proche de ses personnages et de leur folie mais on redoute cette familiarité qui s'installe car on est bringueballé dans une dérive sans espoir et on sent bien que la chute sera brutale.

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Les éclaireurs
Les éclaireurs - Antoine Bello
Gallimard
Présentation de l'éditeur :
C'est l'histoire de Sliv, agent spécial du CFR (Consortium de Falsification du Réel), qui veut comprendre pour quoi et pour qui il travaille. C'est l'histoire d'une organisation secrète internationale, qui tente d'influer sur l'histoire des hommes, et dont l'existence est brutalement remise en cause un certain 11 septembre 2001. C'est l'histoire de Youssef, tiraillé entre sa foi et son amitié ; de Maga, jeune femme moderne que son mariage précipite dans une famille d'intégristes ; de Lena, dont la rivalité professionnelle avec Sliv cache peut-être des sentiments d'une autre nature. C'est l'histoire d'une grande nation, l'Amérique, qui trahit ses valeurs quand le monde a le plus besoin d'elle. C'est, d'une certaine façon, l'histoire du siècle qui vient.
Première page :
Comme chaque fois que je poussais la lourde porte vitrée du cabinet Baldur, Furusci & Thorberg, je méditai brièvement sur le tour qu'avait failli prendre ma vie dix ans plus tôt, ce jour où j'avais répondu à une annonce pour un poste de Chef de projet en études environnementales, Si Gunnar Eriksson, le directeur des Opérations du cabinet qui m'avait embauché, n'avait pas décelé en moi des dispositions pour un autre type d'activités, je serais probablement aujourd'hui en train d'Évaluer les risques de pollution fluviale que fait courir l'implantation d'une usine d'incinération dans la banlieue de Copenhague,
La réceptionniste, occupée à renseigner un livreur, me salua d'un sourire. Voyant en moi un consultant indépendant qui travaillait épisodiquement pour le cabinet, elle ne s'étonnait ni de mes absences prolongées ni de mes horaires erratiques. Cette couverture que nous avions mise en place avec Gunnar à ma sortie de l'Académie nous donnait entièrement satisfaction : elle répondait à la curiosité du fisc islandais et expliquait mes déplacements aux quatre coins du monde.
Ce que j'en pense :
Un peu décevant après toutes les critiques favorables des principaux médias. C'est un livre très bien documenté (trop ?); il y a beaucoup d'explications (autour du 11 septembre) mais l'imagination fait défaut.

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La route
La route - Cormac McCarthytraduction François Hirsh - Points
Présentation de l'éditeur :
L'apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et son fils errent sur une route, poussant un Caddie rempli d'objets hétéroclites. Dans la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du Sud, la peur au ventre: des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l'humanité. Survivront-ils à leur voyage?
Né à Providence (Rhode Island) en 1933, Cormac McCarthy a passé sa jeunesse dans le Tennessee. Couronnée par de nombreux prix littéraires, dont le National Book Critics Circle Award et le National Book Award, son oeuvre est considérée aujourd'hui comme l'une des plus marquantes de la littérature américaine contemporaine.
Première page :
"Quand il se réveillait dans les bois dans l'obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l'enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d’avant. Comme l'assaut d'on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. À chaque précieuse respiration sa main se soulevait et retombait doucement. Il repoussa la bâche en plastique et se souleva dans les vêtements et les couvertures empuantis et regarda vers l’est en quête d'une lumière mais il n'y en avait pas. Dans le rêve dont il venait de s'éveiller il errait dans une caverne où l'enfant le guidait par la main. La lueur de leur lanterne miroitait sur les parois de calcite mouillées. Ils étaient là tous deux pareils aux vagabonds de la fable, engloutis et perdus dans les entrailles d'une bête de granit. De profondes cannelures de pierre où l'eau tombait goutte à goutte et chantait. Marquant dans le silence les minutes de la terre et ses heures et ses jours et les années sans s'interrompre jamais. Jusqu'à ce qu'ils arrivent dans une vaste salle de pierre où il y avait un lac noir et antique...."
Ce que j'en pense :
C'est un livre fort, très sombre, avec le style habituel chez McCarthy (les "et" à répétitions) qui nous parle de transmettre l'essentiel lorsqu'il ne reste que ruines et cendres : la lumière et le verbe.

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