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>>> Tombée des nues de Violaine Bérot

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Baptiste et Marion vivent ensemble et sont heureux. Ils ont repris une ferme, à la lisière d'un village un peu paumé et élèvent des bêtes. Une nuit, Marion est prise de douleurs foudroyantes et accouche, à son plus grand étonnement, d'une petite fille. Le roman, qui fait entendre les voix des différents personnages, raconte ces quelques journées sidérantes.

Première page :

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Baptiste et Marion vivent ensemble et sont heureux. Ils ont repris une ferme, à la lisière d'un village un peu paumé et élèvent des bêtes. Une nuit, Marion est prise de douleurs foudroyantes et accouche, à son plus grand étonnement, d'une petite fille. Le roman, qui fait entendre les voix des différents personnages, raconte ces quelques journées sidérantes.

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Ce que j’en pense :

Je n’ai pas lu ce livre dans l’ordre chronologique mais par personnage (comme l’édition nous donne la possibilité). C’est vrai qu’il ne faut pas avoir peur de tourner les pages, de revenir en arrière, mais c’est un type de lecture que j’ai bien apprécié. Et puis l’écriture, pourtant très simple, de l’autrice est tout simplement splendide. Le sujet, qui n’était pourtant pas facile, est traité de façon remarquable. On a beaucoup d’empathie pour chaque personnage. Je ne comprends pas pourquoi cette autrice n’est pas plus mise en avant par les médias.

 

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>>> Corps de ferme

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

« Quand on prend leur veau, les vaches chargent. Même si elles n’ont plus de cornes. Elles courent comme des génisses, sans la joie. Leur plainte envahit l’air froid. Traverse les prés. Frappe les carreaux de la ferme. S’insinue dans les oreilles. Elle devient un bourdonnement qui empêche de penser à autre chose. Qu’à cette mère qui appelle son veau. »

Tandis qu’ils œuvrent à leur survie, rien n’échappe aux animaux de la ferme. L’inquiétude de l’éleveur acculé par les échéanciers, les batailles des fils à mesure qu’ils grandissent, les pas de la femme, plus lourds que d’ordinaire. La vache, la chienne, le chat sont les vigies d’un monde rythmé par la vie et la mort. Leur ronde silencieuse ne connaît pas le contretemps. Mais dans cette ferme une tragédie a cours et personne n’en devine rien. Parce que les hommes sont aveugles, les bêtes vont témoigner.Avec ce huis clos à ciel ouvert, où les cris des bêtes se mêlent aux secrets des hommes, Agnès de Clairville s’attache à renverser le regard. Qu’ont à nous dire les animaux sur notre rapport à la naissance et à la filiation ? Ici, l’animalité commande tout et les mots bousculent, jusqu’à l’inattendu.

Extrait :

La stagiaire demande au fermier quelques renseignements sur les bêtes, la synchronisation des chaleurs pour les inséminations, et d'ailleurs comment fait-il pour les repérer, ces fameuses chaleurs ? A moitié dans ses factures, il répond, ben c'est simple, dès qu'elles commencent à se monter dessus, je prends mon carnet et je note lesquelles. La jeune fille, tout haut, finalement l'homosexualité est bien présente dans la nature alors, malgré ce que peuvent dire les curés. Le fermier hausse un sourcil vers le crucifix au-dessus de la porte, et, méprisant, ça n'a rien à voir, elles n'ont pas le choix, ça fait dix ans qu'elles n'ont pas vu de taureau. Et les taurillons, c'est aussi pour ça ? Parce que eux vont jusqu'au bout, j'en ai même vu... elle hésite, considère les garçons. Trop tard, ils n'en ont pas perdu une miette, et le petit lance, ben oui, papa, y en a même qui se lèchent le zizi (...).

Ce que j’en pense :

D’accord, l’autrice peint un milieu paysan qu’elle a l’air de bien connaître. Donner la parole aux animaux me semblait une excellente idée… Pour moi ce livre m’a bien plu pendant une quarantaine de pages, et puis ça ne « fonctionnait » plus : le procédé m’a paru beaucoup trop artificiel, la parole des animaux n’était plus que la parole de l’autrice. Je me suis donc ennuyé et j’ai terminé le livre « en diagonale ».

 

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>>>> Marcher dans tes pas

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

" Je suis sur ta clavicule, sur ton poignet, dans tes mains. Je suis dans tes cheveux, sur ton sein, dans tes yeux. Je regarde ta bouche, tes mouvements, ta robe. Je te connais sans te connaître, Enriqueta. "

La vie d'Enriqueta bascule le 18 août 1936, quand, en quelques minutes, elle doit fuir la maison familiale d'Irun menacée par les franquistes. Ce jour-là, elle perd tout.

Quarante ans plus tard, sa petite-fille, Léonor, naît française. Pourtant, lorsqu'une loi espagnole permet aux descendants d'exilés politiques d'obtenir la nationalité perdue, elle décide de la demander. Pourquoi tourner et retourner une terre emplie de fantômes ? Et qui était au juste Enriqueta ?

Tissant souvenirs d'enfance, imaginaire romanesque et regard poétique, Léonor de Récondo se fraie un chemin vers celles et ceux que la guerre civile a voulu effacer. Un livre pour dire l'amour. Et ne jamais oublier.

Première page :

Il fait chaud dans cette cuisine, si chaud. C'est le matin et déjà, tu transpires sur ton fourneau. Tu es inquiète depuis la mi-juillet. Maintenant, tu fronces les sourcils au-dessus de la casserole.

De là où je suis aujourd'hui, un siècle plus tard — je me répète un siècle, sans y croire tout à fait —, je te vois.

Je vois le mouvement de ton front, ce sillon, cette ride d'inquiétude, qui ne se détendra plus. Sauf pour rire parfois. Mais le rire est aussi une déchirure du visage, un coup de canif à la tristesse. Je suis sur ta clavicule, dans tes yeux.

Ce que j’en pense :

C’est une biographie plus qu’un roman. Le récit est touchant et plein d’humanité. On suit les questionnements de l’autrice sur l’exil, sur l’histoire familiale, les racines, la guerre, la langue (espagnol, français, basque)… et finalement sur son identité. L’histoire alterne passé et présent de manière très habile. Des pauses poétiques très émouvantes viennent donner une autre respiration au texte.

 

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>>> Western

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

C’est à cette éternelle logique de l’Ouest que se rend Alexis Zagner, « la gueule du siècle », poussé par l’intuition d’un danger. Comédien renommé qui devait incarner Dom Juan, il abandonne brusquement le rôle mythique et quitte la ville à la façon des cow-boys – ceux-là qui craignent la loi et cherchent à fondre leur peur dans le désert. Qu’a-t-il fait pour redouter l’époque qui l’a pourtant consacré ? Et qu’espère-t-il découvrir à l’ouest du pays ? Pas cette femme, Aurore, qui l’arrête en pleine cavale et semble n’avoir rien de mieux à faire que retenir le fuyard et percer son secret. Tandis que dans le sillage d’Alexis se lève une tempête médiatique, un face à face sensuel s’engage entre ces deux exilés revenus de tout, et surtout de l’amour, qui les désarme et les effraie.

Dans ce roman galopant porté par une écriture éblouissante, Maria Pourchet livre, avec un sens de l’humour à la mesure de son sens du tragique, une profonde réflexion sur notre époque, sa violence, sa vulnérabilité, ses rapports difficiles à la liberté et la place qu’elle peut encore laisser au langage amoureux.

Première page :

Cela commence à Paris, au théâtre, sur la scène, au centre et au fond, dans l’humeur et l’impatience. Le théâtre c’est comme une mine, un volcan ou une fille. Tout se passe dans le ventre.

Pour le moment le théâtre est fermé, il ouvrira bientôt pour la première du Dom Juan de Molière. Pour le moment, on y travaille. Le plateau est éclairé et presque nu : un écran de projection d’environ quatre mètres sur six et, plantée au centre, une porte de saloon ouvrant sur le vide. Rien autour. Sur l’écran gigantesque s’anime à peine un paysage minéral en plein soleil. Une étendue de terre sèche, une chaîne de montagnes jaunes que limitent au tout premier plan quelques végétaux étendant une ombre courte qu’un cheval recherche. L’image assoiffe.

Une répétition en costumes est en cours, enfin pas vraiment en cours, pas encore, comme suspendue. On devrait jouer mais l’on ne joue pas parce qu’on attend quelqu’un. Six acteurs en quête d’un septième patientent autour du metteur en scène dans des appareils contrastés.

Ce que j’en pense :

L’écriture de Maria Pourchet est vraiment très particulière. Il faut une bonne dizaine de pages pour s’y faire : on peut s’y perdre, trouver des phrases incompréhensibles à la première lecture…Et puis ce titre « Western » nous parait un peu bizarre même si l’autrice pense que son histoire a les mêmes codes que les westerns. Mais malgré tout, on continue à lire en appréciant de mieux en mieux le style et son originalité : c’est complexe, parfois très froid presque clinique, avec plusieurs types de narration et beaucoup de ruptures de rythmes. A découvrir.

 

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>>> Du côté des vivants de Violaine Bérot

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Dans la chambre 308 d'un petit hôpital de province, il y a deux patients :

Greg, qui a failli mourir. Les médecins du grand centre sont paraît-il les meilleurs. Sauf qu'il s'est vu mourir. Alors remettre ça, il n'en est pas question. Greg ne reprendra pas la chimio. Les heures qui vont suivre lui montreront que tout n'est pas si simple.

Et Alphonse, un vieil homme au coeur usé, qui se dit qu'il est bien temps pour lui de mourir.

Autour d'eux, pendant cette journée décisive, il y a tous les autres, parce qu'il passe toujours beaucoup de monde dans une chambre d'hôpital : une dame du ménage qui pense à son homme tant aimé. Une toubib argentine, convaincue que son rôle est de sauver les gens. Paul, le grand ami de Greg, qui n'en peut plus de croire Greg près de mourir puis de le découvrir ressuscité. Une jeune fille étrange qui devine des présences que personne ne voit. Et d'autres encore...

Et puis il y a les morts, les défunts de chacun. Ils tournent autour de la chambre 308, discrets, quasi imperceptibles. N'empêche qu'ils s'entêtent à rester du côté des vivants.

Première page :

Il a décidé. Il est sûr de lui. Pour une fois sûr, absolument sûr, convaincu. Il dira non. À tout ce qu’on lui proposera, il répondra non. Il se donne six mois. Six mois maximum, sans doute moins. Six mois de fêtes furieuses.

Il a tout élaboré point par point. Il tourne les pages de son carnet, relit. Il est fier de son audace. Il s’étonne lui-même. Il va dire non.

Bien que six mois, il en est conscient, risquent d’être un délai trop optimiste. Mais il lui faut une date limite, une ligne d’horizon. Six mois c’est bien, ça sonne rond. Et si ça doit se réduire à trois, ce sera trois.

Ce que j’en pense :

Un très beau coup de cœur. Avec une écriture d’un grande simplicité, l’autrice nous fait partager de façon intense et émouvante ces morceaux de vies de personnages encore vivants. C’est doux, tendre, poétique, débordant d’humanité, avec souvent quelques petites piques d’humour. Je me suis complètement laissé « prendre » par ce livre.

(livre à paraitre le 21 aout 2025. Merci aux libraires de la maison de la presse des Herbiers)

 

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>>> Bel abîme

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Yamen Manai nous conte avec fougue le cruel éveil au monde d’un adolescent révolté par les injustices. Heureusement, il a Bella. Entre eux, un amour inconditionnel et l’expérience du mépris dans cette société qui honnit les faibles jusqu’aux chiens qu’on abat « pour que la rage ne se propage pas dans le peuple ».Mais la rage est déjà là.

Première page :

Maître Bakouche ? Vous plaisantez ? Vous pouvez me cogner, comme l’ont fait tous les autres, mais je ne vous appellerai pas maître. Vous pouvez vous brosser, je ne le dirai pas, je ne suis pas votre chien. Monsieur, c’est tout ce que je vous dois, et encore, c’est parce que je ne vous connais pas. Peut-être en vous connaissant mieux, je finirai par vous appeler l’enculé.

Que je me calme ? Détrompez-vous. Calme, je le suis. Ne croyez pas, à cause de ma gueule retournée, que je suis échaudé pour autant. Vous êtes là pour m’aider ? Permettez-moi d’en douter. Vous ne me connaissez ni d’Ève ni d’Adam, et vous voulez m’aider ? Les êtres les plus proches m’ont toujours enfoncé, alors comprenez bien que j’ai du mal à croire à la main tendue d’un inconnu. C’est que c’est votre métier, vous êtes un avocat commis d’office ? C’est étrange. Je ne savais pas qu’on pouvait être maître et commis à la fois. Que je baisse d’un ton, vous n’êtes pas mon ennemi ? Qu’en savez-vous ? Avez-vous des enfants, monsieur Bakouche ? Les aimez-vous ?

Ce que j’en pense :

Beaucoup de colère dans ce court roman. Colère de l’adolescent envers le père, la famille, les adultes, les responsables religieux, politiques….ce n’est pas sa chienne qui a la rage, c’est lui ! Il manque quelque chose à ce monologue pour qu’il soit vraiment bouleversant… sans doute le style et en particulier cette façon de répéter en début de paragraphe des questions qui seraient posées par l’avocat.

 

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>>> Seul l'océan pour me sauver

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Une ville de pêcheurs sur la côte est américaine, loin des axes et gangrenée par la pauvreté et l'alcoolisme. Face à l’océan, une jeune femme attend le retour de son père, disparu dans l'eau, onze ans auparavant sans laisser de traces. Il lui a laissé un lourd secret: elle est une sirène perdue parmi les humains. Entourée par une famille aimante mais excentrique, composée d’un grand-père absorbé par la création d’un dictionnaire inédit et une mère ayant grandi sur une île peuplée uniquement de malentendants, la jeune femme tombe amoureuse jusqu’à l’obsession de Jude. Vétéran de la guerre en Irak, de retour au pays avec de nombreux traumatismes, ce dernier se refuse à elle. Pourtant, notre héroïne ne désespère pas de quitter cette vie qui la retient et de prendre la fuite à ses côtés. Par la route. Ou par la mer, pour retrouver son père et accepter enfin une vie de sirène, loin des hommes.
Comment échapper à la réalité, au deuil et à une condition sociale difficile quand on n’a plus rien? En réinventant le réalisme magique dans une Amérique au bord du gouffre social et économique, Samantha Hunt offre une histoire d’amour d’un genre unique, pétrie de poésie, d’images surréalistes et d’une subversion toujours teintée d’humanisme.

Première page :

La carte : un prologue

            Ici l'autoroute ne part que vers le sud. C'est dire comme on est au nord. Peu de routes quittent la ville, ce qui explique pourquoi si peu de gens s'en éloignent. Les choses qui ne nous sont pas familières sont loin d'ici et aucune voie directe n'y mène. Tout ce qu'on a, c'est une rue qui donne sur une rue qui passe sur la digue jusqu'à une route qui mène à un pont aboutissant sur une route puis sur une autre avant d'atteindre l'autoroute.     

            Si tu tentes de partir, des gens que tu auras côtoyés depuis ta naissance reconnaîtront ta voiture et te verront t'en aller. Ils se demanderont où tu vas et te gratifieront d'un petit signe de main, un signe qui ressemblera à un «stop » ou à un avertissement à quiconque tenterait d'oublier cette toute petite ville. Ce sera beaucoup plus simple de rester.        

            La ville est bâtie sur une côte aussi escarpée que rocheuse où les maisons usées par les intempéries sont empilées comme des galets, ou comme les rangées de barbelés d'une prison. De petites ruelles et d'étroits chemins serpentent entre ces demeures, de sorte qu'il n'y a aucune intimité nulle part. Si tu rentres chez toi ivre un soir, tout le monde sera au courant dès le lendemain matin. Non qu'ils s'en soucient. Les gens d'ici sont habitués aux ivrognes. On a le taux d'alcoolisme le plus élevé du pays, et ce simple fait est répété si souvent qu'on devrait l'inscrire sur le panneau de la chambre de commerce qui accueille les touristes à l'entrée de la ville. Le plus haut taux d'alcoolisme du pays ! Passez un bon séjour !        

            La majeure partie du front de mer est couverte d'amarrages, de jetées qui empestent l'huile de moteurs….

Ce que j’en pense :

C’est un livre très original, qui va laisser des traces assez fortes après la lecture. C’est souvent questionnant : qui est vraiment cette fille ? Est-ce vraiment une sirène ? Est-elle folle, dérangée ? Vit-elle dans le réel ou s’est-elle inventée un monde imaginaire ? Et cet homme, Jude, qui est –il ? … Malgré toutes ces questions, qui pourraient nous empêcher de rentrer dans ce roman, on est « embarqués » par l’écriture… Un coup de cœur.

 

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>>> "La colère" de S A Cosby

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

La vengeance de deux pères unanimement acclamée par la presse américaine. Un état des lieux sans concession de l'Amérique des marges dans un thriller sous pression

Ike Randolph est noir. Buddy Lee Jenkins est blanc. En Virginie-Occidentale, cela revient à dire que tout les oppose. Ils ont pourtant été tous les deux pareillement lamentables en dénigrant avec la même violence l'homosexualité de leurs fils, maintenant mariés l'un à l'autre. Alors, quand Isiah et Derek sont assassinés, la douleur a un goût de culpabilité. Qui a tôt fait de se transformer en colère, une colère viscérale, qui réclame un exutoire.

Première page :

Ike eut beau fouiller sa mémoire, il ne se rappelait pas avoir déjà vu des policiers à sa porte au petit matin sans que cela soit synonyme de malheur.

Les deux hommes se tenaient côte à côte sur le petit perron de béton, les mains passées à la ceinture entre d’un côté leur arme de service, et de l’autre leur insigne qui brillait au soleil comme une pépite d’or. Physiquement, tout les opposait : le premier était un grand sec d’origine asiatique au visage taillé à la serpe alors que le second, un Blanc rougeaud, était bâti comme un haltérophile, avec une tête massive posée sur un cou de taureau. Tous deux portaient une chemise blanche et une cravate à clip. L’haltérophile avait au niveau des aisselles deux taches de transpiration qui évoquaient respectivement la carte de l’Angleterre et celle de l’Irlande.

Les intestins d’Ike se mirent à gargouiller. Pourtant, depuis quinze ans qu’il avait été libéré de la prison de Coldwater, il faisait mentir les statistiques sur la récidive : il n’avait pas même une infraction routière à se reprocher. Mais sous le regard de ces deux flics, il avait la gorge sèche. Quand on était noir au pays de la liberté, la moindre interaction avec un représentant des forces de l’ordre avait quelque chose de terrifiant. On avait l’impression de marcher en permanence le long d’un dangereux précipice.

Ce que j’en pense :

Il y a de la colère bien sûr dans cette histoire, et beaucoup de violence aussi. Mais il y a surtout beaucoup d’humanité, d’amour, de tendresse… même si les personnages principaux ne savent pas toujours le montrer. L’auteur nous décrit une Amérique raciste, intolérante et homophobe. Mais il nous fait percevoir que tout n’est peut-être pas perdu, à l’image de Ike et Buddy Lee.

 

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>>> Watergang

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Paul a douze ans et habite à Middelbourg, petit village perdu au milieu des polders. Il y vit avec sa mère, divorcée et contrainte de travailler dans un supermarché, et sa grande sœur, pas encore tout à fait sortie de l’adolescence mais déjà enceinte. Son père est parti refaire sa vie de l’autre côté de la mer. Mais Paul n’est pas un garçon comme les autres. Paul voudrait être écrivain. Il passe ses journées à courir le long des canaux, au bord de l’eau, et à remplir son carnet de notes farfelues sur tout ce qu’il voit. Watergang est son histoire, celle de ceux qu’il aime, et de ce village niché au bout du monde.

Première page :

Paul

J'écrirai mon premier roman à treize ans. Treize, ça porte bonheur. J'ai tant de choses à dire sur Middelbourg mais je vais attendre. J'y tiens. Je suis superstitieux. Mon roman commencera par: « J'ai treize ans, j'habite Middelbourg et ma soeur est enceinte. » Cette phrase, je l'ai écrite sur un carnet pour ne pas l'oublier. Et le carnet, je l'ai planqué quelque part dans les polders, loin du village.

Toutes les nuits, à la même heure, je vois le téléphone de ma soeur s'allumer sous ses draps. Elle fait comme une tente sur son lit, une sorte d'origami géant qui se gonfle et se dégonfle au rythme de sa respiration. J'aimerais croire qu'elle braque la torche sur son ventre pour communiquer avec le bébé en faisant courir le faisceau sur sa peau, sauf qu'en réalité, elle parle à Jeroen, son petit ami. Elle finit toujours par pleurer. Jeroen est le père, mais il ne le sait pas, ça doit être pour ça.

Moi, je pourrais ne jamais pleurer. Seulement voilà, de temps en temps, je me force, je le fais exprès, histoire de ne pas attirer l'attention. Les gens trouveraient ça trop bizarre. Déjà que ma santé mentale suscite des interrogations. Ne pas pleurer à treize ans, ce n'est pas normal, automatiquement ça fait de vous un petit monstre.

Ce que j’en pense :

C’est un roman assez étonnant dans la forme et dans la conduite du récit. Tout gravite autour de ce petit garçon de 12 ans qui a un univers très particulier. L’auteur donne la parole à plusieurs personnages qui entourent Paul. C’est souvent très poétique mais parfois un peu fastidieux ou redondant. J’ai préféré son livre suivant « La femme de cabane » où la poésie est beaucoup plus présente.

 

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>>> 34 m²

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Il y a deux heures ou peut-être mille ans, Juliette s’est réveillée. Elle a effectué les gestes qu’elle répète tous les jours : écouter le souffle de sa fille de huit mois, la prendre dans ses bras, chauffer le biberon et attendre Clare, la voisine qui toque chaque matin. Juliette ouvre la porte, seulement ce n’est pas Clare, c’est lui.

Première page :

Elle compte. Il a dit « Allez » en regardant la porte de la chambre et elle a perdu le fil, alors elle reprend du début. Elle compte parce qu’il faut faire quelque chose, elle doit faire quelque chose, alors elle compte, car compter ce n’est pas faire rien. Elle ne peut pas ne rien faire, mais elle ne peut rien faire d’autre. Alors elle compte. Et elle essaye

de

ne

pas

compter

trop

vite.

Elle essaye de persuader son corps que c’est la tête qui donne le rythme. Elle essaye de laisser goutter les nombres à travers elle le plus calmement possible, pour que son cœur cesse d’éclater dans ses tempes, si fort, si vite, peut-être qu’il va vraiment exploser et elle espère que oui, peut-être, peut-être qu’elle espère que oui, mais qu’est-ce que l’homme ferait au bébé qui dort dans le lit, juste à côté, qu’est-ce qu’il ferait, elle ne peut pas mourir parce qu’il faut protéger le bébé, alors elle compte.

Ce que j’en pense :

C’est un roman dont on ne sort pas indemne. J’avais beaucoup aimé son premier roman « La deuxième femme », un peu moins le suivant « Petite sale », mais celui-ci est d’une grande force. Une claque ! Le style de Louise Mey nous met directement en lien très étroit avec Juliette (et avec sa fille), on ressent ses peurs, ses angoisses, on est enfermés avec elle et, pour terminer on fait la même chose qu’elle pour être délivrés.

 

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