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>>> "Sicario bébé" de Fanny Taillandier

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

« Laisse-moi régler deux ou trois choses avant de débouler, petit être. Quelque part, c’était la marche entière du monde qu’il eût fallu que je règle. Mais on ne peut pas dire toute la vérité aux enfants. »

Dans la petite ville de V., Blaise et Djen, dix-sept ans et amoureux fous, attendent un bébé. Mais ni l’un ni l’autre n’a les ressources pour l’accueillir. Leur camarade Bobby a une idée : cinquante mille euros contre un assassinat commandité par un redoutable narcotrafiquant du secteur… Commence alors une folle cavalcade à travers le pays ¬ – de la cité en démolition au grand port maritime, du foyer de travailleurs à une ZAD cachée dans les bois, des bancs de l’école jusqu’à l’océan - une course contre la montre, un récit de passion et de sang.

Inspiré de plusieurs faits divers, Sicario bébé propose de regarder notre monde à travers les yeux grands ouverts de jeunes gens confrontés au mal, mais portés par une seule force : le désir de vivre.

Première page :

Elle me regardait avec ses yeux profonds, profonds,tellement profonds, j'ai jamais vu un truc pareil. En moi ça faisait comme d'habitude cette sorte de chaleur, mais aussi quelque chose d'autre, de nouveau. Comme une fente lumineuse qui s'ouvre entre deux tours quand le soleil se lève ou décline et qu'on est ébloui, on ne voit que le halo et les deux lignes noires du contre-jour sur le béton. Un truc très grand et peu visible, un truc de ouf.

J'ai dit C'est trop bien.

Djen a pas bougé, à peine frémi, je pense après coup qu'elle hésitait à me croire. Mais je veux dire : c'est pas parce qu'on a le droit d'avorter qu'on est obligé de le faire, on peut aussi se dire allez, ça part de là, et j'ai dit Allez, ça part de là.

On était assis collés l'un contre l'autre sur le bord du lit, chez elle. La télé dans le séjour m'a paru plus forte que précédemment. Elle s'est serrée contre moi et elle a dit Je t'aime.

J'ai dit Moi aussi je t'aime.

 Ce que j’en pense :

C’est un roman d’amour et de jeunesse. L’histoire souvent pleine d’invraisemblance se lit quand même avec un certain intérêt car les personnages principaux sont assez attachants. On y évoque la réalité d’aujourd’hui : les banlieues, les trafics, la précarité, les ZAD…L’écriture se veut être en phase avec le milieu mais un peu trop peut-être.

 

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>>> "Quelle est la couleur du ciel aujourd'hui" de Marilou Rytz

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Aujourd’hui, Dominique rit, danse, t’aime. Aujourd’hui le ciel est bleu. Bleu comme l’aquarelle au bout de ton pinceau, bleu comme l’orange de Paul Eluard, bleu comme ces taches sur tes poignets, souvenir d’un matin plus gris. Chaque jour, tu scrutes le ciel de Dominique, ses éclaircies que tu dessines pour oublier les orages. De quelle couleur le ciel sera-t-il demain ? Une nouvelle sur les violences conjugales.

Première page :

Tu prépares le repas, c'est ton tour aujourd'hui. Tu mets l'eau à bouillir. Tu fais des pâtes fraîches, tu les accompagnes d'un pesto maison, ail, basilic et tomates séchées.

Il est 18h30 et Dominique va arriver.

Dominique aime. les pâtes au pesta et toi, tu aimes Dominique. Tu veux lui montrer que tu l'aimes, lui montrer combien tu l'aimes, lui dire que ce n'est pas grave. Que rien n'est grave, que tu comprends. Que tu l'aimes toujours autant. Tu as écouté, tu as compris : ce n'est pas sa faute. Son travail est éreintant, ses collègues irritants, ton sourire agaçant, le métro toujours bondé, le ciel gris. Tu as compris même si toi, le ciel gris ne te dérange pas. Tu inventes que le soleil a disparu, qu'il o été volé par un éteigneur de réverbères qui en avait assez de devoir se lever

Ce que j’en pense :

C’est un texte qui peut paraître déconcertant au départ car on se demande qui est la personne qui parle en utilisant le « tu ». Il s’agit bien sûr de violences conjugales dans le couple (au sens large) et la dernière phrase nous incite à faire une relecture de ce texte très court mais percutant.

 

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>>> "Stardust" de Léonora Miano

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

« Lasse de l’errance en couple, elle avait préféré se débrouiller seule. Impossible de rester auprès d’un garçon qui ne parvenait pas à devenir un homme. En une fraction de seconde, elle avait décidé de sauter sans filet. C’était le seul moyen d’empêcher la haine de s’installer là où il n’y avait déjà plus de respect. Elle avait emmené Bliss, serrant contre son cœur la plus belle part de lui. Alors qu’un soleil pâle s’apprêtait à trouer les nuages, Louise avait dit : Je pars avec la petite. Pas un mot de plus. »

Écrit il y a plus de vingt ans, ce roman relate la période au cours de laquelle Léonora Miano, jeune mère de 23 ans sans domicile ni titre de séjour, fut accueillie avec sa fille dans un centre de réinsertion et d’hébergement d’urgence du 19e arrondissement de Paris. C’est en fréquentant la rudesse de ses marges qu’elle a le plus intimement connu la France

Première page :

Mbambe1,

Tu me manques. Je n’ai pas répondu à ta dernière lettre. Que dois-tu penser. Souvent, je la regarde plus que je ne la lis. Je la connais par cœur. Le tracé malhabile de ton écriture me bouleverse. Tu n’as pas terminé tes études primaires. Je crois que tu avais seize ans, en classe de CE1, lorsque Pépé, alors instituteur, a voulu t’épouser. Tu n’as donc pas obtenu ton certificat d’études.

Pourtant, tu m’écris. Tu y tiens. Je suis ta petite-fille. La première. Un cadeau du ciel pour ton cinquantième anniversaire. Et tu m’aimes d’un amour sans pareil, qui ne demande ni n’attend rien. Pas plus, en tout cas, qu’une réponse à ta lettre.

Tu me demandes si je vais bien. Surtout, il ne faut pas m’inquiéter de ce que disent les gens. J’ai eu un enfant, ce n’est pas un crime. Même si je ne suis pas mariée. Même si j’ai dû cesser d’aller à l’université. Tu dis que je suis une femme. Et les femmes mettent au monde des enfants. Tu demandes des nouvelles de ton arrière-petite-fille.

Ce que j’en pense :

C’est un roman témoignage où l’on sent la colère envers cette France qui devrait être une « terre d’asile ». On perçoit également une grande volonté de sortir de ses galères avec fierté, pour elle-même mais surtout pour sa fille. C’est un récit intime mais très lucide qui est écrit avec une grande intensité.

 

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>>> "Trois fois la colère" de Laurine Roux

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Le temps des croisades. D’un coup d’épée, une jeune fille tue son grand-père, dit Hugon le Terrible. Ce geste prend racine plusieurs générations en arrière, aux confins des Alpes, où jadis sont nés des triplés affublés d’une mystérieuse tache au cou. Aucun des enfants – séparés au berceau – ne saura rien des deux autres, jusqu’à ce que le destin les entraîne tous dans une formidable épopée mêlant rébellion, vengeance et soif de justice.

Dans Trois fois la colère, Laurine Roux s’empare des grandes questions qui taraudent notre modernité : la domination masculine, l’emprise du passé, les identités à inventer, la réparation des victimes. Le tout campé dans une nature souveraine, symbole de l’amour et de l’espoir.

Première page :

LE SAC BRINQUEBALE CONTRE LE FLANC DU CHEVAL. La jeune fille goûte le corps à corps avec la bête, ses cuisses et son sexe collés aux mouvements de l’animal, cadence régulière, heurt des sabots cherchant appui entre les pierres. La cavalière goûte au branle du sac contre l’abdomen de l’alezan, la tête empaquetée dans le balluchon roulant d’avant en arrière, prisonnière du chanvre. De temps à autre, à la faveur d’un emballement, le barda cogne son mollet. Alors la vengeresse sourit : il lui semble qu’Hugon de Bure lui baise la jambe, la suppliant depuis ses ténèbres de ne pas aller plus loin.

N’écoutant que son dessein, l’adolescente franchit ruisseaux et forêts, cap sur Bure, la tête d’Hugon solidement arrimée au flanc de sa monture. Pas un jour ne s’est passé sans qu’elle se remémore l’instant où, voilà une semaine, elle a fait face au seigneur dans le fracas des armes. D’abord ils ont été cent, puis dix, les autres fauchés, embrochés, éventrés ou garrottés par des adversaires peu enclins à se faire catéchiser. Au seuil de la reddition, elle s’est trouvée aux côtés de son maître. Il l’a fixée avec l’expression de qui s’amarre à un visage ami en plein chaos – son fidèle écuyer, sa lanterne! La jeune fille a relevé sa tignasse, exhibé la tache rouge à sa nuque, enfin arraché son plastron. Deux cerises jolies au milieu de l’albâtre.

Ce que j’en pense :

C’est un conte moyenâgeux  avec ce qu’il faut de violence, de sauvagerie, de méchant seigneur qui sème la terreur, d’enfants abandonnés… et de mots anciens (qui se veulent moyenâgeux !). C’est bien écrit, sans doute un peu trop car parfois on ne voit que cela. On se laisse entraîner par cette histoire de vengeance malgré certaines invraisemblances et facilités.

 

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>>> "Ne cherche pas le chaos"

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Pablo, exilé chilien installé en France depuis plus de trente ans, a élevé sa fille dans l’amour et le silence, prenant soin de lui cacher un passé marqué par la dictature, la prison et l’exil. Lorsque, à dix-huit ans, Victoria part seule au Chili, laissant son père sans nouvelles du jour au lendemain, ce dernier est contraint de revenir dans le pays qu’il a fui. Soudain confronté à une page terrifiante de sa vie autant qu’à son propre enfermement dans la douleur, sa quête devient dès lors un chemin de vérité.

Première page :

Victoria

S'il était capable de raconter lui-même son histoire, Pablo commencerait par se taire, la gorge encombrée d'un poème ou d'une plainte impossible à rugir. Ses mains larges, brunes, aux phalanges un peu poilues, se perdraient sur sa nuque, dans ses cheveux bouclés. Après un silence épais, gênant pour son interlocuteur, il lâcherait peut-être un Conchesumadre adressé à personne, ou à tout le monde. Il finirait par sortir une clope de son paquet souple et, merveille, la trachée libérée par le goudron, il choisirait de raconter la naissance de Victoria.

Ce qui a saisi Pablo, lorsqu'il a reçu son enfant contre lui la première fois, ce n'est pas seulement l'insoutenable douceur de sa peau ou son évidente fragilité, exacerbée par contraste avec ses grandes mains de travailleur. C'est tout cela et autre chose : Pablo a su qu'il ne faudrait jamais parler de sa vie d'avant. Jamais. Car on ne peut pas tout dire à son enfant, n'est-ce pas? Il le savait déjà mais la légèreté de sa fille entre ses bras de boxeur le lui a rappelé.

Ce que j’en pense :

Il faut un peu de temps (une bonne dizaine de pages) pour entrer dans ce roman car Pablo laisse derrière lui de grandes sones d’ombre. Au fil des pages tout prend beaucoup de profondeur et cela va crescendo jusqu’à la fin. C’est un roman très tendre, émouvant, pudique et aussi avec une grande force sur la souffrance, la violence et le silence. C’est à la fois l’histoire intime de Pablo et l’histoire du Chili. En ce sens on peut parler d’une dimension politique.

 

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>>> "Indian Creek" de Pete Fromm

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j’avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer. — Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m’expliqua-t-il. Fais attention à ça. Tu dois t’en constituer toute une réserve avant que la neige n’immobilise ton camion. Je ne voulais pas poser cette question, mais comme cela semblait important, je me lançai : — Heu... C’est quoi, une corde de bois ? Ainsi débute le long hiver que Pete Fromm s’apprête à vivre seul au cœur des montagnes Rocheuses, et dont il nous livre ici un témoignage drôle et sincère, véritable hymne aux grands espaces sauvages. Indian Creek est un captivant récit d’aventures et d’apprentissage, un Walden des temps modernes. Ce classique contemporain a établi Pete Fromm comme une des grandes voix de l’Ouest américain.

Première page :

APRÈS le départ des gardes, la tente que nous avions dressée me parut encore plus petite. Je me tenais devant elle, et un frisson que je croyais dû à une bourrasque me parcourut le cou. Allais-je vraiment vivre là-dedans désormais ? Serait-ce là mon foyer pour les sept mois à venir ? Seul, durant tout un hiver ? Je jetai un coup d’œil vers la rivière sinueuse, entre les parois sombres et accidentées du canyon qui découpaient déjà le soleil de ce milieu d’après-midi. Il n’y avait rien au-delà de ces murs de pierre et de verdure, si ce n’est les étendues sauvages de la Selway-Bitterroot, à l’infini. J’étais seul, au cœur même de la solitude.

L’ombre envahit le canyon et je m’en éloignai rapidement pour rejoindre la lumière du soleil qui inondait la prairie. L’herbe m’arrivait aux genoux et bruissait sous mes pas, le vent faisait onduler les sapins immenses et les cèdres imposants qui dessinaient l’entrée de la clairière. Le doux murmure de la rivière embrassait ce tableau et produisait une quiétude insistante qui m’entourait comme un linceul.

Je m’arrêtai au poteau téléphonique dont le garde m’avait assuré qu’il serait mon seul lien avec le monde extérieur.

Ce que j’en pense :

L’auteur sait nous faire découvrir une véritable communion avec une nature plutôt sauvage mais aussi de grands moments de solitude. C’est écrit de façon agréable et avec humour. Évidemment, parfois, on a du mal à croire à l’entière véracité des faits rapportés lors du récit qui veut être autobiographique.

 

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>>> "Valet de pique" de Joyce Carol Oates

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Quel auteur n’envierait le sort d’Andrew J. Rush ? Écrivain de romans policiers vendus à plusieurs millions d’exemplaires, père de famille heureux, Andrew vit dans une petite ville du New Jersey où il trouve le calme nécessaire pour édifier son œuvre.
Mais Andrew a un secret que même ses plus proches ignorent : sous le pseudonyme de Valet de pique, il écrit des romans noirs, violents, pervers, qui scandalisent autant qu’ils intriguent le monde littéraire.

Cet équilibre tout en dissimulation qu’Andrew a patiemment élaboré est soudain menacé. Tout commence par la plainte d’une voisine, Mme Haider, qui l’accuse d’avoir plagié ses textes. Parallèlement sa fille lui pose des questions gênantes après avoir trouvé des traces autobiographiques dans un récit du Valet de pique ; sa femme Irina est soupçonnée par Andrew d’entretenir une liaison avec un professeur de maths. Ces éléments menaçants vont faire ressurgir le passé, mais aussi réveiller la voix désormais plus insistante, plus terrifiante du Valet de pique…

Première page :

La hache

Et soudain, la hache. On ne sait comment il y avait une hache et décrivant une courbe sauvage en direction de ma tête elle s'éleva et s'abattit à l'instant même où je cherchais à me relever et perdais l'équilibre en tentant désespérément de fuir, mes jambes se dérobant sous moi, et cette voix rauque, implorante : « Non! Non je vous en supplie ! Non » — (était-ce ma propre voix, étranglée, méconnaissable?) — et la lame de la hache frappa et fendit le bureau manquant ma tête de quelques centimètres ; je m'étais alors écroulé lourdement sur le sol, un sol dur, inhospitalier, sous le tapis d'Orient élimé. Je m'efforçais de me redresser, d'empoigner la hache, avec un désespoir farouche, aveugle, mes bras battant l'air, et la voix (la mienne ? celle de mon agresseur?) suraiguë et à peine humaine — « Non! N000n» — un aperçu fugitif des doigts courtauds de l'agresseur, de bras livides et noueux sous les manches vaporeuses d'un vêtement de nuit, et un grognement de triomphe et de fureur; et de nouveau la terrible élévation de la hache, …

Ce que j’en pense :

L’autrice sait nous mettre dans une ambiance plutôt dérangeante. On ne sait jamais si on est dans le réel ou la fiction (ou le mensonge). On ne sait pas non plus, mais on le pressent tout de même, si notre héros et son double ont basculé dans la folie, la schizophrénie. C’est très bien ficelé, efficace  et c’est un très bon moment de lecture.

 

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>>> "Norferville" de Franck Thilliez

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Détective et criminologue à Lyon, Teddy Schaffran apprend que le corps de sa fille a été découvert dans une ville minière très isolée du Grand Nord québécois, Norferville. Morgane a été sauvagement mutilée, abandonnée dans la neige non loin d'une réserve autochtone. Sans réfléchir, Teddy plaque tout pour se rendre sur place, bien décidé à comprendre ce qui s'est passé.
Là-bas, Léonie Rock, une flic métisse, est mise sur l'affaire. Elle est alors contrainte de renouer avec cet endroit coupé de tout où elle est née et où, adolescente, trois inconnus l'ont violée. Un retour vers son enfer, alors que les températures frôlent les
-20°C.
Ensemble, ces deux êtres éprouvés par la vie vont se démener pour trouver des réponses malgré l'inhospitalité de la nature et des hommes.

Première page :

Prologue, 1996

Léonie n’aurait pas dû prendre ce dernier verre, mais l’ivresse l’avait enveloppée dans son cocon moelleux, d’une telle douceur qu’elle ne souhaitait plus s’en extraire. À ses côtés, sa copine Maya avait déjà franchi la frontière depuis longtemps. Ses lèvres luisaient d’un mélange de sirop d’érable, de vin rouge et de vodka, sa tête dodelinait à contretemps de la musique nord‑américaine diffusée dans la salle. Bientôt, elle serait incapable de rentrer chez ses parents. Léonie colla ses lèvres sur celles de l’adolescent à sa droite. Il s’appelait Todd.— On y va, avec Maya. Todd ne proposa pas de les raccompagner, trop occupé à boire des coups avec ses copains. Demain, ils n’avaient pas cours, la soirée ne faisait que commencer. Alors Léonie se leva, enfila son manteau d’hiver lourd comme un gilet pare‑balles, sa tuque ainsi que ses gants fourrés en peau d’orignal, et secoua son amie.— Allez, Maya, on rentre. Le Bliz était sans doute le bar le plus ringard de tout le Québec, avec ses photos d’explorateurs en chapeau de feutre qui ornaient les murs, ses bois de caribou accrochés derrière le comptoir et ses tables colorées des années 70.

Ce que j’en pense :

C’est du polar bien ficelé, réalisé par un spécialiste français de la discipline. C’est agréable à lire. Le lieu est assez dépaysant et le sujet qui tourne autour des autochtones du Québec est intéressant et mérite qu’on s’y intéresse. …  Mais quelque chose fait qu’on n’est pas complètement embarqués dans cette histoire. Certaines situations sont un peu trop prévisibles. Quelques « découvertes » faites par le criminologue paraissent un peu « magiques ». Ce n’est donc pas le meilleur Thilliez.

 

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>>> "Fin de siècle" de Sébastien Gendron

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Une femme est sauvagement assassinée dans sa villa de Cap-Martin. Ses voisins n’ont rien entendu. Pour Armel Kœstler, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase clos et luxueux où son mari et elle s’étiolent. Il faut fuir à tout prix. Mais c’est oublier les mégalodons, ces requins géants revenus de façon inexplicable du fond des âges. Personne ne s’aventure plus sur l’eau. Seule la Méditerranée est protégée par deux herses et les ultra-riches sont concentrés là, entre Gibraltar et Port-Saïd. Sauf que voilà ! L’entreprise publique qui gérait ces grilles a été vendue à un fonds de pension canadien qui en a négligé l’entretien. La grille de Gibraltar vient de céder et personne ne le sait encore.

Première page :

Preghero

Villa Stellar, Roquebrune-Cap-Martin, France

43045720W / 7°29'8.57"E

Élév. 35 m.

Alors qu'elle baisse la tête pour considérer le pot de Ben & Jerry's Blondie Brownie qui lui échappe des mains, Perdita Baron a le temps d'apercevoir ce bout de lame crantée qui lui surgit du plexus. Une seconde plus tôt, un violent coup de poing entre les omoplates lui a fait lâcher sa crème glacée. Deux secondes plus tard, alors que la lame crantée disparaît et qu'un peu de sang commence à couler vers son nombril, elle a le temps de penser que celui qui se tient derrière a fait le nécessaire pour la conduire jusqu'à la cuisine. Force est de constater qu'elle a parfaitement suivi la manoeuvre.

À l'horloge lumineuse du four, il est 0:53 am. Il ne reste plus à la jeune femme que dix minutes à vivre.

Ce que j’en pense :

Au début tout peut paraître un peu déroutant. Les chapitres sont courts, se passent dans des lieux différents, avec des personnages nouveaux qui n’ont pas de lien entre eux. On semble être dans une dystopie un peu déjantée. Il faut donc abandonner une certaine logique pour continuer la lecture. Si c’est le cas on ne le regrette pas car l’auteur nous offre une fable délirante, féroce et cruelle sur l’avenir de notre monde s’il continue à évoluer comme il le fait actuellement

 

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>>> "Tout ce qui brûle" de Lisa Harding

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Sonya est une jeune mère célibataire, ancienne comédienne en mal de paillettes, au besoin irrépressible d’amour et de reconnaissance. Elle aime plus que tout son fils de quatre ans, Tommy, et avec leur chien Herbie ils forment un trio indéfectible. Dans la banlieue dublinoise, la famille vit en vase clos, au rythme des excès de Sonya : excès de vitesse, excès d’amour, excès d’alcool. Car Sonya boit, parfois au point de mettre la vie de son fils en danger.
Un jour, son père fait un retour décisif dans sa vie, et l’emmène dans un couvent réaménagé en centre de désintoxication pendant que Tommy est placé par l’assistance sociale. Seule, Sonya va devoir affronter les angoisses et la paranoïa qui ressurgissent, raccrochée à cette volonté de reformer sa famille, pour, enfin, apprendre à composer une vie normale avec Tommy.
Première page :

Elle est là, létale, irrésistible, mon acolyte survoltée, et j'entends cette chanson scélérate, Impossibly Beautiful. Le ciel si haut, la lumière si vive, et le sable, un velours chaud sous mes plantes de pieds ; alors arrive une bouffée de bonheur absolu, le sentiment intense d'être connectée à tout ce qui est juste et bon dans ce monde : la main poisseuse de mon fils dans la mienne tandis qu'il regarde le ciel, mon chien trottant à nos côtés, ses poils noirs brillant dans la lumière du soleil.

«Ne regarde pas le soleil en face, mon coeur, ça brûle les yeux. — Mais, Yaya, toi tu le fais.»

Je me penche pour l'embrasser sur le front, encore et encore, et il éclate de rire et fait semblant de me chahuter. Tandis que nous déambulons le long de Sandymount Strand, nous ressemblons à tous les autres ; chien et enfant, marques de normalité. Pas d'homme, certes, mais ça n'a rien d'inhabituel de nos jours. Tommy me lâche la main et il court en zigzaguant comme s'il était ivre — non, pas ça, oublie —, il part en titubant en direction des vagues, les langues d'écume qui lèchent le sable. «Va Herbie, va surveiller Tommy ! » Le chien bondit à sa suite et tous deux folâtrent au bord de l'eau et je ressens, par vagues successives, des choses délicieuses, mon corps vibre en rythme, le bout de mes doigts électriques, une bouffée de chaleur pulse en moi.

Ce que j’en pense :

C’est un roman très dur car l’écriture de l’autrice nous met vraiment à la place de cette jeune mère célibataire qui s’auto détruit à petit feu mais essaie de prendre les moyens de vivre avec un fils qu’elle adore. Plusieurs sujets sont abordés avec beaucoup de justesse : l’alcoolisme, la cure de désintoxication, les relations familiales, l’amour possessif…. tous ces sujets « qui brûlent ». Pour moi c’est un grand roman mais il faut accepter d’en être remué à sa lecture.

 

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