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>>> "Ne cherche pas le chaos"

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Pablo, exilé chilien installé en France depuis plus de trente ans, a élevé sa fille dans l’amour et le silence, prenant soin de lui cacher un passé marqué par la dictature, la prison et l’exil. Lorsque, à dix-huit ans, Victoria part seule au Chili, laissant son père sans nouvelles du jour au lendemain, ce dernier est contraint de revenir dans le pays qu’il a fui. Soudain confronté à une page terrifiante de sa vie autant qu’à son propre enfermement dans la douleur, sa quête devient dès lors un chemin de vérité.

Première page :

Victoria

S'il était capable de raconter lui-même son histoire, Pablo commencerait par se taire, la gorge encombrée d'un poème ou d'une plainte impossible à rugir. Ses mains larges, brunes, aux phalanges un peu poilues, se perdraient sur sa nuque, dans ses cheveux bouclés. Après un silence épais, gênant pour son interlocuteur, il lâcherait peut-être un Conchesumadre adressé à personne, ou à tout le monde. Il finirait par sortir une clope de son paquet souple et, merveille, la trachée libérée par le goudron, il choisirait de raconter la naissance de Victoria.

Ce qui a saisi Pablo, lorsqu'il a reçu son enfant contre lui la première fois, ce n'est pas seulement l'insoutenable douceur de sa peau ou son évidente fragilité, exacerbée par contraste avec ses grandes mains de travailleur. C'est tout cela et autre chose : Pablo a su qu'il ne faudrait jamais parler de sa vie d'avant. Jamais. Car on ne peut pas tout dire à son enfant, n'est-ce pas? Il le savait déjà mais la légèreté de sa fille entre ses bras de boxeur le lui a rappelé.

Ce que j’en pense :

Il faut un peu de temps (une bonne dizaine de pages) pour entrer dans ce roman car Pablo laisse derrière lui de grandes sones d’ombre. Au fil des pages tout prend beaucoup de profondeur et cela va crescendo jusqu’à la fin. C’est un roman très tendre, émouvant, pudique et aussi avec une grande force sur la souffrance, la violence et le silence. C’est à la fois l’histoire intime de Pablo et l’histoire du Chili. En ce sens on peut parler d’une dimension politique.

 

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>>> "Indian Creek" de Pete Fromm

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j’avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer. — Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m’expliqua-t-il. Fais attention à ça. Tu dois t’en constituer toute une réserve avant que la neige n’immobilise ton camion. Je ne voulais pas poser cette question, mais comme cela semblait important, je me lançai : — Heu... C’est quoi, une corde de bois ? Ainsi débute le long hiver que Pete Fromm s’apprête à vivre seul au cœur des montagnes Rocheuses, et dont il nous livre ici un témoignage drôle et sincère, véritable hymne aux grands espaces sauvages. Indian Creek est un captivant récit d’aventures et d’apprentissage, un Walden des temps modernes. Ce classique contemporain a établi Pete Fromm comme une des grandes voix de l’Ouest américain.

Première page :

APRÈS le départ des gardes, la tente que nous avions dressée me parut encore plus petite. Je me tenais devant elle, et un frisson que je croyais dû à une bourrasque me parcourut le cou. Allais-je vraiment vivre là-dedans désormais ? Serait-ce là mon foyer pour les sept mois à venir ? Seul, durant tout un hiver ? Je jetai un coup d’œil vers la rivière sinueuse, entre les parois sombres et accidentées du canyon qui découpaient déjà le soleil de ce milieu d’après-midi. Il n’y avait rien au-delà de ces murs de pierre et de verdure, si ce n’est les étendues sauvages de la Selway-Bitterroot, à l’infini. J’étais seul, au cœur même de la solitude.

L’ombre envahit le canyon et je m’en éloignai rapidement pour rejoindre la lumière du soleil qui inondait la prairie. L’herbe m’arrivait aux genoux et bruissait sous mes pas, le vent faisait onduler les sapins immenses et les cèdres imposants qui dessinaient l’entrée de la clairière. Le doux murmure de la rivière embrassait ce tableau et produisait une quiétude insistante qui m’entourait comme un linceul.

Je m’arrêtai au poteau téléphonique dont le garde m’avait assuré qu’il serait mon seul lien avec le monde extérieur.

Ce que j’en pense :

L’auteur sait nous faire découvrir une véritable communion avec une nature plutôt sauvage mais aussi de grands moments de solitude. C’est écrit de façon agréable et avec humour. Évidemment, parfois, on a du mal à croire à l’entière véracité des faits rapportés lors du récit qui veut être autobiographique.

 

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>>> "Valet de pique" de Joyce Carol Oates

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Quel auteur n’envierait le sort d’Andrew J. Rush ? Écrivain de romans policiers vendus à plusieurs millions d’exemplaires, père de famille heureux, Andrew vit dans une petite ville du New Jersey où il trouve le calme nécessaire pour édifier son œuvre.
Mais Andrew a un secret que même ses plus proches ignorent : sous le pseudonyme de Valet de pique, il écrit des romans noirs, violents, pervers, qui scandalisent autant qu’ils intriguent le monde littéraire.

Cet équilibre tout en dissimulation qu’Andrew a patiemment élaboré est soudain menacé. Tout commence par la plainte d’une voisine, Mme Haider, qui l’accuse d’avoir plagié ses textes. Parallèlement sa fille lui pose des questions gênantes après avoir trouvé des traces autobiographiques dans un récit du Valet de pique ; sa femme Irina est soupçonnée par Andrew d’entretenir une liaison avec un professeur de maths. Ces éléments menaçants vont faire ressurgir le passé, mais aussi réveiller la voix désormais plus insistante, plus terrifiante du Valet de pique…

Première page :

La hache

Et soudain, la hache. On ne sait comment il y avait une hache et décrivant une courbe sauvage en direction de ma tête elle s'éleva et s'abattit à l'instant même où je cherchais à me relever et perdais l'équilibre en tentant désespérément de fuir, mes jambes se dérobant sous moi, et cette voix rauque, implorante : « Non! Non je vous en supplie ! Non » — (était-ce ma propre voix, étranglée, méconnaissable?) — et la lame de la hache frappa et fendit le bureau manquant ma tête de quelques centimètres ; je m'étais alors écroulé lourdement sur le sol, un sol dur, inhospitalier, sous le tapis d'Orient élimé. Je m'efforçais de me redresser, d'empoigner la hache, avec un désespoir farouche, aveugle, mes bras battant l'air, et la voix (la mienne ? celle de mon agresseur?) suraiguë et à peine humaine — « Non! N000n» — un aperçu fugitif des doigts courtauds de l'agresseur, de bras livides et noueux sous les manches vaporeuses d'un vêtement de nuit, et un grognement de triomphe et de fureur; et de nouveau la terrible élévation de la hache, …

Ce que j’en pense :

L’autrice sait nous mettre dans une ambiance plutôt dérangeante. On ne sait jamais si on est dans le réel ou la fiction (ou le mensonge). On ne sait pas non plus, mais on le pressent tout de même, si notre héros et son double ont basculé dans la folie, la schizophrénie. C’est très bien ficelé, efficace  et c’est un très bon moment de lecture.

 

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>>> "Norferville" de Franck Thilliez

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Détective et criminologue à Lyon, Teddy Schaffran apprend que le corps de sa fille a été découvert dans une ville minière très isolée du Grand Nord québécois, Norferville. Morgane a été sauvagement mutilée, abandonnée dans la neige non loin d'une réserve autochtone. Sans réfléchir, Teddy plaque tout pour se rendre sur place, bien décidé à comprendre ce qui s'est passé.
Là-bas, Léonie Rock, une flic métisse, est mise sur l'affaire. Elle est alors contrainte de renouer avec cet endroit coupé de tout où elle est née et où, adolescente, trois inconnus l'ont violée. Un retour vers son enfer, alors que les températures frôlent les
-20°C.
Ensemble, ces deux êtres éprouvés par la vie vont se démener pour trouver des réponses malgré l'inhospitalité de la nature et des hommes.

Première page :

Prologue, 1996

Léonie n’aurait pas dû prendre ce dernier verre, mais l’ivresse l’avait enveloppée dans son cocon moelleux, d’une telle douceur qu’elle ne souhaitait plus s’en extraire. À ses côtés, sa copine Maya avait déjà franchi la frontière depuis longtemps. Ses lèvres luisaient d’un mélange de sirop d’érable, de vin rouge et de vodka, sa tête dodelinait à contretemps de la musique nord‑américaine diffusée dans la salle. Bientôt, elle serait incapable de rentrer chez ses parents. Léonie colla ses lèvres sur celles de l’adolescent à sa droite. Il s’appelait Todd.— On y va, avec Maya. Todd ne proposa pas de les raccompagner, trop occupé à boire des coups avec ses copains. Demain, ils n’avaient pas cours, la soirée ne faisait que commencer. Alors Léonie se leva, enfila son manteau d’hiver lourd comme un gilet pare‑balles, sa tuque ainsi que ses gants fourrés en peau d’orignal, et secoua son amie.— Allez, Maya, on rentre. Le Bliz était sans doute le bar le plus ringard de tout le Québec, avec ses photos d’explorateurs en chapeau de feutre qui ornaient les murs, ses bois de caribou accrochés derrière le comptoir et ses tables colorées des années 70.

Ce que j’en pense :

C’est du polar bien ficelé, réalisé par un spécialiste français de la discipline. C’est agréable à lire. Le lieu est assez dépaysant et le sujet qui tourne autour des autochtones du Québec est intéressant et mérite qu’on s’y intéresse. …  Mais quelque chose fait qu’on n’est pas complètement embarqués dans cette histoire. Certaines situations sont un peu trop prévisibles. Quelques « découvertes » faites par le criminologue paraissent un peu « magiques ». Ce n’est donc pas le meilleur Thilliez.

 

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>>> "Fin de siècle" de Sébastien Gendron

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Une femme est sauvagement assassinée dans sa villa de Cap-Martin. Ses voisins n’ont rien entendu. Pour Armel Kœstler, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase clos et luxueux où son mari et elle s’étiolent. Il faut fuir à tout prix. Mais c’est oublier les mégalodons, ces requins géants revenus de façon inexplicable du fond des âges. Personne ne s’aventure plus sur l’eau. Seule la Méditerranée est protégée par deux herses et les ultra-riches sont concentrés là, entre Gibraltar et Port-Saïd. Sauf que voilà ! L’entreprise publique qui gérait ces grilles a été vendue à un fonds de pension canadien qui en a négligé l’entretien. La grille de Gibraltar vient de céder et personne ne le sait encore.

Première page :

Preghero

Villa Stellar, Roquebrune-Cap-Martin, France

43045720W / 7°29'8.57"E

Élév. 35 m.

Alors qu'elle baisse la tête pour considérer le pot de Ben & Jerry's Blondie Brownie qui lui échappe des mains, Perdita Baron a le temps d'apercevoir ce bout de lame crantée qui lui surgit du plexus. Une seconde plus tôt, un violent coup de poing entre les omoplates lui a fait lâcher sa crème glacée. Deux secondes plus tard, alors que la lame crantée disparaît et qu'un peu de sang commence à couler vers son nombril, elle a le temps de penser que celui qui se tient derrière a fait le nécessaire pour la conduire jusqu'à la cuisine. Force est de constater qu'elle a parfaitement suivi la manoeuvre.

À l'horloge lumineuse du four, il est 0:53 am. Il ne reste plus à la jeune femme que dix minutes à vivre.

Ce que j’en pense :

Au début tout peut paraître un peu déroutant. Les chapitres sont courts, se passent dans des lieux différents, avec des personnages nouveaux qui n’ont pas de lien entre eux. On semble être dans une dystopie un peu déjantée. Il faut donc abandonner une certaine logique pour continuer la lecture. Si c’est le cas on ne le regrette pas car l’auteur nous offre une fable délirante, féroce et cruelle sur l’avenir de notre monde s’il continue à évoluer comme il le fait actuellement

 

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>>> "Tout ce qui brûle" de Lisa Harding

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Sonya est une jeune mère célibataire, ancienne comédienne en mal de paillettes, au besoin irrépressible d’amour et de reconnaissance. Elle aime plus que tout son fils de quatre ans, Tommy, et avec leur chien Herbie ils forment un trio indéfectible. Dans la banlieue dublinoise, la famille vit en vase clos, au rythme des excès de Sonya : excès de vitesse, excès d’amour, excès d’alcool. Car Sonya boit, parfois au point de mettre la vie de son fils en danger.
Un jour, son père fait un retour décisif dans sa vie, et l’emmène dans un couvent réaménagé en centre de désintoxication pendant que Tommy est placé par l’assistance sociale. Seule, Sonya va devoir affronter les angoisses et la paranoïa qui ressurgissent, raccrochée à cette volonté de reformer sa famille, pour, enfin, apprendre à composer une vie normale avec Tommy.
Première page :

Elle est là, létale, irrésistible, mon acolyte survoltée, et j'entends cette chanson scélérate, Impossibly Beautiful. Le ciel si haut, la lumière si vive, et le sable, un velours chaud sous mes plantes de pieds ; alors arrive une bouffée de bonheur absolu, le sentiment intense d'être connectée à tout ce qui est juste et bon dans ce monde : la main poisseuse de mon fils dans la mienne tandis qu'il regarde le ciel, mon chien trottant à nos côtés, ses poils noirs brillant dans la lumière du soleil.

«Ne regarde pas le soleil en face, mon coeur, ça brûle les yeux. — Mais, Yaya, toi tu le fais.»

Je me penche pour l'embrasser sur le front, encore et encore, et il éclate de rire et fait semblant de me chahuter. Tandis que nous déambulons le long de Sandymount Strand, nous ressemblons à tous les autres ; chien et enfant, marques de normalité. Pas d'homme, certes, mais ça n'a rien d'inhabituel de nos jours. Tommy me lâche la main et il court en zigzaguant comme s'il était ivre — non, pas ça, oublie —, il part en titubant en direction des vagues, les langues d'écume qui lèchent le sable. «Va Herbie, va surveiller Tommy ! » Le chien bondit à sa suite et tous deux folâtrent au bord de l'eau et je ressens, par vagues successives, des choses délicieuses, mon corps vibre en rythme, le bout de mes doigts électriques, une bouffée de chaleur pulse en moi.

Ce que j’en pense :

C’est un roman très dur car l’écriture de l’autrice nous met vraiment à la place de cette jeune mère célibataire qui s’auto détruit à petit feu mais essaie de prendre les moyens de vivre avec un fils qu’elle adore. Plusieurs sujets sont abordés avec beaucoup de justesse : l’alcoolisme, la cure de désintoxication, les relations familiales, l’amour possessif…. tous ces sujets « qui brûlent ». Pour moi c’est un grand roman mais il faut accepter d’en être remué à sa lecture.

 

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>>> "Les ogres" de Louise Mey

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Enquêtrice à la Brigade des crimes et délits sexuels du nord de Paris, Alex Dueso ne compte plus les affaires de violences conjugales, de viols ou de harcèlements en tout genre auxquelles elle a dû faire face depuis des années. Loin de s’y habituer, elle sent néanmoins le besoin d’une pause. Son compagnon lui propose alors de partir quelques jours dans le Puy-de-Dôme pour se ressourcer. Mais les prédateurs se fondent comme personne dans les situations les plus banales, et Alex, qui ne peut s’empêcher de voir le mal partout, est bien placée pour le savoir. Instinct ou paranoïa ? La flic peut-elle encore se faire confiance ou est-elle en train de perdre pied ?

Première page :

Mardi 12 septembre

— Marre, lâcha Alex en se baissant.

En rentrant une heure plus tôt, elle avait laissé tomber sa veste sur le sol. Il faisait encore chaud et le vêtement l'avait encombrée toute la journée. dès qu'elle avait passé la porte de chez elle, elle l'avait abandonné par terre. Elle avait aussi jeté son sac dans un coin de sa minuscule entrée, et retiré ses chaussures avec des grognements d'ourse maussade. Ensuite, elle avait traîné les pieds jusqu'à sa chambre, enfilé un bas de jogging râpé puis avait rejoint son canapé

trop vieux, dans son salon trop petit, et s'était calée contre les coussins.

D'un geste mou, elle avait récupéré sur la table basse un magazine laissé par la baby-sitter d'Ana, et passé de

longues minutes à commenter sa lecture à voix haute, avec une hargne assumée.

— « Notre sélection de crèmes antirides ». À deux cents balles le pot? «Sculptez vos bras comme Wonder Woman ». Ah, ça y est, ça ne suffit plus d'avoir des bras qui servent à porter des trucs, maintenant. Quand j'étais jeune on complexait sur nos cuisses, nos ventres et nos seins, mais je suppose que ça ne vendait pas assez, il a fallu inventer autre chose, démultiplier les opportunités marketing ou je ne sais quoi. Un oeuf en jade pour stimuler son... Son quoi ? Son yoni ??? Son YONI ?! Oh mon Dieu, elles se mettent ça dans le vagin. Marco, tu entends ? Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? …

Ce que j’en pense :

On va dire que ce livre est un polar très documenté sur un sujet très sensible : les violences sexuelles envers les femmes et les enfants. Il y a bien une enquête policière mais c’est plutôt lent. Le style n’est pas toujours fluide. Ce n’est donc pas un livre qui se dévore comme d’autres de la même autrice (par exemple « La deuxième femme ») mais il nous fait prendre conscience de cette terrible réalité.

 

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>>> "Tenir debout" de Melissa Da Costa

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Jusqu’où peut-on aimer ? Jusqu’à s’oublier…

Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous plonge au cœur de l’intimité d’un couple en miettes et affronte, avec une force inouïe, la réalité de l’amour, du désespoir, et la soif de vivre, malgré les épreuves.

Première page :

Éléonore

Les mines sont lugubres dans cette salle d'attente à l'odeur de désinfectant et de vieux magazines. Les regards sont fermés, fuyants. Nul ne songerait à croiser celui de son voisin. Tout juste si les yeux se posent sur l'écran de télévision allumé. Les actualités du jour n'intéressent personne. On suit les allées et venues des soignants dans le couloir à travers la porte entrebâillée, on jette un coup d'oeil furtif au-dehors comme pour s'assurer que le monde extérieur continue de tourner et on s'étonne de trouver un ciel toujours bleu, automnal, des oiseaux qui volent avec insouciance.

Contrairement à mes voisins, j'ignore l'extérieur, et le couloir ne m'intéresse pas vraiment. Je sais qu'on ne viendra pas me chercher tout de suite. Sauf si cela tournait mal. Sauf s'il mourait pendant l'intervention. C'est possible. Je n'ai pas lu les statistiques avant de venir. D'ailleurs je ne sais même pas vraiment ce qu'ils sont censés réparer. Je sais juste que c'est sérieux, qu'il faudra six à dix heures d'intervention. Ils ont parlé de « polytraumatisme ». Qu'est-ce que c'est censé signifier ? Je sortais de la salle de sport quand j'ai écouté le message vocal. Je suis venue sans réfléchir. Maintenant, j'ai les cheveux luisants et plaqués en arrière par la transpiration, une légère hypoglycémie me donne le tournis…

Ce que j’en pense :

Bien sûr c’est un roman qui peut beaucoup plaire avec le sujet du handicap. C’est vrai également que l’écriture en est fluide et l’autrice connaît bien son travail pour intéresser lecteurs et lectrices. Mais que c’est long, beaucoup trop long ! Et le pathos ! Je ne déconseille pas forcément ce roman mais il faut éviter de le lire juste après un excellent livre (pour moi c’était « Les grues volent vers le sud »)

 

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>>> "Les grues volent vers le sud" de Lisa Ridzén

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Bo n’a plus beaucoup de temps devant lui. À quatre-vingt-neuf ans, il vit isolé dans un village suédois et sa santé décline rapidement. Sa solitude n’est troublée que par le va-et-vient de ses aides à domicile. Parmi les rares choses qui lui restent, il y a les appels à son meilleur ami et la fidèle compagnie de Sixten, son gros chien auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux. Bo aime s’endormir avec lui, sa main enfouie dans l’épais pelage. Quand son fils juge qu’il ne peut plus s’occuper d’un tel animal, l’orgueilleux Bo plonge dans un tourbillon d’émotions. Père et fils n’ont jamais su communiquer. Comment dire aujourd’hui ce qui compte vraiment? Bo dresse le bilan de sa vie, de ses liens familiaux, et se penche sur la façon imparfaite dont il a exprimé son amour au fil des ans.

Première page :

JE RÊVE DE LE DÉSHÉRITER, de faire en sorte qu'il ne reçoive pas un centime.

Il prétend que s'il veut m'enlever Sixten, c'est autant pour mon bien que pour le sien. Que les personnes âgées comme moi ne devraient pas se promener dans la forêt et que les chiens comme Sixten ont besoin de balades plus longues qu'un simple aller-retour jusqu'à la route.

Je regarde Sixten, allongé à côté de moi sur la banquette de la cuisine. Il ouvre sa gueule dans un grand bâillement, puis pose sa tête sur mon ventre. je plonge mes doigts gonflés dans son pelage, avant de secouer la tête, agacé. Qu'est-ce qu'il en sait d'ailleurs, cet idiot ? Il n'aura pas ce qu'il veut, c'est hors de question.

Ingrid, assise à la table de la cuisine, soupire.

— Je ne peux rien te promettre, Bo, mais je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir. Parce que c'est vraiment pas acceptable, elle insiste en continuant à écrire dans le cahier de liaison des aides à domicile.

Je hoche la tête et esquisse un sourire. Si quelqu'un peut m'aider avec Sixten, c'est bien Ingrid.

Le feu crépite. Je ne peux pas détacher mon regard des flammes qui dansent autour des bûches de bouleau. Mes pensées reviennent à la conversation de ce matin avec Hans, je suis fou de rage. Pour qui se prend-il, notre fils ? Ce n'est quand même pas à lui de décider où Sixten doit vivre.

Ce que j’en pense :

C’est un roman qui a l’air de faire l’unanimité et j’ai plutôt tendance à me méfier quand c’est trop consensuel… Mais là, je n’hésite pas à dire que pour moi c’est un très beau coup de cœur. L’autrice a parfaitement rendu par son écriture, la fin de vie de cet homme : on a vraiment l’impression de retrouver un parent très proche ou même de se mettre à la place de Bo. C’est bouleversant de vérité, de tendresse, de retenue et rempli d’humanité.

 

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>>> "Que sur toi se lamente le tigre" de Emilienne Malfatto

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Dans l’Irak rural d’aujourd’hui, sur les rives du Tigre, une jeune fille franchit l’interdit absolu : hors mariage, une relation amoureuse, comme un élan de vie. Le garçon meurt sous les bombes, la jeune fille est enceinte : son destin est scellé. Alors que la mécanique implacable s’ébranle, les membres de la famille se déploient en une ronde d’ombres muettes sous le regard tutélaire de Gilgamesh, héros mésopotamien, porteur de la mémoire du pays et des hommes.

Inspirée par les réalités complexes de l’Irak qu’elle connaît bien, Emilienne Malfatto nous fait pénétrer avec subtilité dans une société fermée, régentée par l’autorité masculine et le code de l’honneur.  

Première page :

C'est venu comme une vague. Une lame de fond qui montait du fond de moi. D'abord, je n'ai pas compris. La terre tremblait dans mon ventre. Comme un coup sur une porte, comme un raz-de-marée. Je n'ai pas voulu comprendre. J'ai levé la tête. Des colombes volaient en cercle contre les nuages. Dedans, la vague refluait. Le ciel a vacillé. Je suis tombée les mains dans la poussière, au milieu des voiles noirs. Un morceau de coton me caressait la joue. Le deuxième coup est arrivé, deuxième déchirement de tonnerre, deuxième tremblement de terre. À ce moment-là, contre le sol, au milieu des voiles noirs, dans la poussière, j'ai compris. Et l'univers s'est écrasé sur moi.

La mort est en moi. Elle est venue avec la vie. Ces coups dans mon ventre, ce déchirement de la chair portent en eux la mort et la mort est en chemin. Elle va arriver tout à l'heure, au coucher du soleil…

Ce que j’en pense :

C’est concis, précis et la dénonciation est sans ambiguïté , on ne peut qu’être d’accord avec l’autrice et, en ce sens, c’est une réussite. Je pense qu’il aurait fallu un peu plus de temps pour cerner mieux les personnages. L’écriture, dans l’ensemble, sauf les paroles du fleuve Tigre, laisse un goût d’inachevé.

 

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