>>> "L'homme de ses rêves" de John Cheever
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Présentation de l’éditeur :
Ce recueil est composé de douze nouvelles publiées au cours des années 1930 et 1940, dans un large choix de magazines : depuis des revues littéraires confidentielles de gauche jusqu'aux périodiques de luxe à gros tirage, en passant par des quotidiens nationaux. Ces textes étonneront sans aucun doute les lecteurs qui ne connaissent que l'œuvre de Cheever postérieure à 1947. Loin des banlieues cossues de la côte Est des États-Unis qui constituent le cadre de Déjeuner de famille et du Ver dans la pomme (publiés en 2007 et 2008 aux Éditions Joëlle Losfeld), l'auteur nous plonge au cœur d'une Amérique en pleine dépression, où vivent chômeurs, parieurs et plus généralement représentants d'une société en mal d'espoirs. Ces histoires (les premières qu'il a écrites) portent la marque incontestable de celui que beaucoup considèrent comme le grand maître de la nouvelle.
Première page:
La chute
Tout le monde le savait depuis deux ans, mais pendant l'hiver, cela devint évident. Les filatures étaient à l'arrêt, les grandes roues immobilisées aux plafonds. Les métiers å tisser encombraient le sol comme des décors au rebut dans un vieux théâtre. Par terre, sur les poutres et les flancs en métal luisant, la trame du tissu était couverte d'une poussière comme de la veiille neige.
La bâtisse où nous habitions se dressait sur une colline à pic, et nous avions vue sur les marais salants et le profond fleuve gris qui coulait en direction de la mer. C'était l'hiver, mais il n'y avait pas de neige, et durant toute la saison, les routes restèrent poussiéreuses, le ciel parut lourd et les arbres avaient perdu leurs feuilles. Le ciel demeura lourd et les routes poussiéreuses pendant trois bonnes semaines, et quand le printemps surgit, nous eûmes du mal à parler de la neige, tellement il y en avait eu peu.
La ville sombre s'élevait au-dessus du fleuve, et tout l'hiver les flèches de l'église en bois restèrent tendues contre le ciel tels d'énormes doigts. De notre fenêtre, nous voyions la masse de la colline surgir de l'eau et les maisons sales entourées de fumée rougeaudes dans le soleil.
Ce que j’en pense :
Ce sont de très belles tranches de vie qui peuvent avoir une valeur historique mais qui sont quand même d’une belle modernité. J’ai particulièrement apprécié les portraits de personnages et, en particulier ceux des femmes. Je retiendrai par exemple la mère et la fille de la dernière nouvelle.
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