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La grâce des brigands

Publié le par GéHa

La grâce des brigands

"La grâce des brigands" de Véronique Ovaldé
éditions de l'Olivier

Présentation de l'éditeur :

Maria Cristina Väätonen a seize ans lorsqu’elle quitte la ville de son enfance, une bourgade située dans le grand Nord, entourée de marais et plongée dans la brume la plupart de l’année. Elle laisse derrière elle un père taciturne, une mère bigote et une soeur jalouse, pour s’installer à Santa Monica (Los Angeles). C’est le début des années 70 et des rêves libertaires.

Elle n’a pas encore écrit le roman dans lequel elle réglera ses comptes avec sa famille, et qui la propulsera sur la scène littéraire. Et elle n’est pas encore l’amante de Rafael Claramunt. Séducteur invétéré, cet excentrique a connu son heure de gloire et se consacre désormais à entretenir sa légende d’écrivain nobélisable. Est-il un pygmalion ou un imposteur qui cherche à s’approprier le talent de Maria Cristina ?

Première page :

"Maria Cristina Väätonen, la vilaine soeur, adorait habiter à Santa Monica.
La première raison de cette inclination, celle qu'elle n'avouerait sans doute pas ou alors seulement sous forme de boutade, en riant très fort et très brièvement, c'est qu'elle avait la possibilité à tout moment de déguster des cocktails de crevettes et des glaces à la pastèque sur le front de mer.
Elle pouvait s'asseoir dans un restaurant pour touristes aisés où le serveur l'interpellait par son prénom et ajoutait toujours des cacahuètes pilées à ses crevettes - il ne disait pas cacahuètes, il disait, Je vous ai mis des arachides, Maria Cristina, et il roulait les r suavement, peut-être pour faire croire qu'il n'était pas du coin. Et elle pouvait s'installer sur la terrasse du restaurant à une table qu'aucun client de passage n'aurait eu le droit d'occuper. La terrasse surplombait la baie du haut de ses pilotis, et on y sirotait des sangrias avec lenteur en contemplant le soleil qui disparaissait au fond du Pacifique dans une apothéose fuchsia. Puis Maria Cristina pouvait décider de prendre sa décapotable verte et rouler le plus vite possible sur l'autoroute, remonter la nuit Mulholland Drive au volant de sa voiture et sentir le vent frais qui vient des jardins des multimillionnaires, les jardins qu'on arrose à minuit pour que les orchidées et les roses au nom latin se sentent à leur aise …"

Ce que j'en pense :

Des personnages hauts en couleur (surtout des femmes mais aussi des hommes et des enfants!) ; une histoire surprenante, drôle, noire, poétique où il est question de racine, d'émancipation, de transmission et de création littéraire ; un roman à la fois riche et léger.

La grâce des brigands

La grâce des brigands La grâce des brigands

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Tropismes

Publié le par GéHa

Tropismes

"Tropismes" de Nathalie Sarraute
éditions de Minuit

Présentation de l'éditeur :

Mon premier livre contenait en germe tout ce que, dans mes ouvrages suivants, je n'ai cessé de développer. Les tropismes ont continué d"être la substance vivante de tous mes livres.
Nathalie Sarraute, préface à L’Ère du soupçon, Gallimard, 1964.


Initialement publié par Denoël en 1939, le premier livre de Nathalie Sarraute (1900-1999) est paru aux Éditions de Minuit en 1957, dans une nouvelle version où l’auteur avait retranché un chapitre pour en ajouter six nouveaux.

Extrait :

"Maintenant ils étaient vieux, ils étaient tout usés, « comme de vieux meubles qui ont beaucoup servi, qui ont fait leur temps et accompli leur tâche », et ils poussaient parfois (c'était leur coquetterie) une sorte de soupir sec, plein de résignation, de soulagement, qui ressemblait à un craquement.

Par les soirs doux de printemps, ils allaient se promener ensemble, « maintenant que la jeunesse était passée, maintenant que les passions étaient finies », ils allaient se promener tranquillement, « prendre un peu le frais avant d'aller se coucher », s'asseoir dans un café, passer quelques instants en bavardant.

Ils choisissaient avec beaucoup de précautions un coin bien abrité (« pas ici : c'est dans le courant d'air, ni là : juste à côté des lavabos »), ils s'asseyaient - « Ah ! ces vieux os, on se fait vieux. Ah ! Ah !» - et ils faisaient entendre leur craquement.

La salle avait un éclat souillé et froid, les garçons circulaient trop vite, d'un air un peu brutal, indifférent, les glaces reflétaient durement des visages fripés et des yeux clignotants.

Mais ils ne demandaient rien de plus, c'était cela, ils le savaient, il ne fallait rien attendre, rien demander, c'était ainsi, il n'y avait rien de plus, c'était cela, « la vie ».

Rien d'autre, rien de plus, ici ou là, ils le savaient maintenant.

Il  ne fallait pas se révolter, rêver, attendre, faire des efforts, s'enfuir, il fallait juste choisir attentivement (le garçon attendait), serait-ce une grenadine ou un café ? crème ou nature ? en acceptant modestement de vivre - ici ou là - et de laisser passer le temps."

Ce que j'en pense :

Ni roman, ni nouvelles plutôt 24 fragments qui relatent des faits anodins en apparence mais qui nous révèlent des sensations, des paysages intérieurs, la puissance des conventions  sociales face à l'individu. Le style parait "neutre" et reprend parfois des clichés de la vie de tous les jours. L'ironie alliée à la lucidité se retrouvent tout au long de ce livre qu'il faut lire et relire.

Tropismes

Tropismes Tropismes Tropismes

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Jour de gloire

Publié le par GéHa

Jour de gloire

"Jour de gloire" de Pascale Fonteneau
éditions du Masque

Présentation de l'éditeur :

Monique et Sylvie sont copines, copines d'usine parce que voisines sur la chaîne. Quand leur entreprise est délocalisée, elles sont avec les autres ouvriers devant les grilles pour crier leur colère. Galvanisées par les discours syndicaux, Monique et Sylvie se croient enfin actrices de leur destin. Hélas, leurs espoirs de justice sociale seront balayés par la télé-réalité et les rêves de star de la fille de Monique. Sans oublier ces morts violentes qu'il faudra bien venger. Accablé, chacun va devoir réviser son idéal de vie à la baisse. A moins que le jour de gloire...

Première page :

"Trois semaines avant de s'achever dans un bain de sang, l'histoire commence dans la cuisine de Monique. Elle m'y attend avec une figure comme on en voit à la télé quand les journalistes parlent de la faim dans le monde ou de la mort accidentelle d'une vedette de la chanson.

Comme eux, Monique secoue la tête d'un air navré. Par mimétisme, je le suis aussi.

Monique et moi sommes assises dans la cuisine de Monique où elle tient à me résumer l'histoire entendue à la radio juste avant mon arrivée.

- Une histoire horrible, m'a-t-elle prévenue.

Il s'agit d'une femme, une Danoise âgée de trente-deux ans, qui, après avoir fait appel aux techniques de la fécondation artificielle, a mis au monde des jumeaux de couleur noire. L'histoire est horrible parce que son mari est très blond et très blanc comme tous les Danois. En théorie, c'est pourtant son sperme qui devait être utilisé."

Ce que j'en pense :

Pascale Fonteneau ne se prend pas au sérieux dans ce roman. C'est léger, plein d'ironie (pour le monde ouvrier mais surtout pour le monde de la télé) et ça se lit avec plaisir.

Jour de gloire

Jour de gloire

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1945

Publié le par GéHa

1945

"1945" de Michel Chaillou
éditions de la différence

Présentation de l'éditeur :

L'histoire que nous conte Michel Chaillou dans 1945 n'est pas seulement les souvenirs d'un enfant, l'auteur a entre 9 et 15 ans, pendant la guerre, c'est la généalogie d'une sensibilité confrontée aux agissements incompréhensibles des adultes qui l'entourent. Cela se passe en Bretagne pendant l'Occupation allemande. Sa mère, Éva, est très jeune et séparée de son père, Alex, qui a le même âge qu'elle. Remariée avec un médecin, Robert Le Floch, surnommé Bob, homme taciturne et glacial vis-à-vis de l'enfant, elle va commettre l'irréparable, en ces temps où rien n'est innocent, frayer avec l'ennemi. La progressive prise de conscience de l'adolescent de la faute de sa mère, son désarroi, puis son désespoir d'ignorer où elle se trouve quand la guerre se termine, la recherche éperdue de sa trace dans la France à l'heure des règlements de compte, sont parmi les plus belles pages de ce livre magnifique où Nantes et la Bretagne sont sublimées par l'écriture du grand écrivain qu'est Michel Chaillou.

Première page :

"Je couche avec un soldat allemand. Je crierais trop la nuit à cause de la nuit. Mais qu'y puis-je si cette mégère tarde à devenir ma soeur inconsolable ? Aussi pour me faire taire m'a-t-on fourré dans le lit du cuisinier. Un «on» unanime à casquettes galonnées qui ricane de mes cauchemars à travers les étages, se moque sur tous les tons de cette frayeur sans nom qui me catapulte dans l'épouvante. A-t-on idée de croire à toutes ces bêtises du sommeil ! On a déjà bien assez de ce que l'aube nous propose en ces années terribles. Comment se peut-il qu'un grand garçon comme moi se pelotonne d'effroi dès que s'enhardit le crépuscule... ? D'ici que ces Prussiens s'imaginent que les Français sont tous peureux ! Je dois montrer l'exemple, entrer en résistance, question d'honneur ! Si bien que dans la journée j'essaie d'attraper du courage, du menton. Hélas aux premières ténèbres, je défaille, remonte le drap. Il y a déjà trop de recoins d'ombre dans cette bâtisse et comme j'y ajoute les miens !
Une nuit, le cuisinier et moi, on a été réveillés. Un autre soldat gueulait dans la cour accompagné d'une «gretchen» en uniforme qui chantait aussi."
 

Ce que j'en pense :

Des souvenirs par morceaux, avec beaucoup d'interrogations, d'allers-retours dans le temps, des répétitions, des traces qui semblent se dérober…comme si l'auteur reconstituait à tâtons ses blessures d'enfance. C'est écrit dans une langue très imagée, poétique ; c'est un livre à la fois sensible et lucide.


1945 1945 1945 1945

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Le doux parfum des temps à venir

Publié le par GéHa

Le doux parfum des temps à venir

"Le doux parfum des temps à venir" de Lyonel Trouillot
Actes Sud - Essences

Présentation de l'éditeur :

Pour la collection “Essences”, Lyonel Trouillot s’est prêté au jeu des réminiscences olfactives. Sans précision de lieu ni d’époque, une mère parle à sa fille. Fugitive marquée au fer d’une fleur de honte, elle revisite les parfums violents de ses haltes et de ses errances. Un voyage dans le souvenir de cités délabrées, de paysages désertiques, de musiques barbares, de corps défaits et de rêves interdits qui fait naître en elle, comme après chaque épreuve, dans la promesse de l’enfant à naître à qui elle raconte aujourd’hui son histoire, le doux parfum des temps à venir.

Première page :

Femme je suis.

 Et ta mère.

 Je ne tiens pas rigueur à l’aube qui s’annonce pour moi

comme une fin de route.

Car qui passe la main au lever du soleil laisse à

ceux qui survivent

un jour pour eux tout seuls.

Au point du jour je te quitterai.

Je fus et ne serai plus.

Tu seras. Vous serez.

 N’embaume pas mon corps.

 Il me suffira que mes yeux morts donnent face

à la mer.

Garde tes philtres pour ta route.

Et souviens-toi qu’une femme libre est maîtresse

de son parfum.

 Ce que j'en pense :

Ode à  la femme, à la mère, à la fille.  Il y a de la tristesse, de la nostalgie, de la sensualité et cette odeur de «fruit pur, de rosée franche » qui revient régulièrement du début à la fin du texte.

  

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Les petits polars du Monde

Publié le par GéHa

Les petits polars du Monde

"Les petits polars du monde" - 2 tomes de 13 nouvelles inédites

Présentation de l'éditeur :

Cette collection de deux fois treize nouvelles inédites propose un portrait de groupe du polar français d’aujourd’hui. Elle réunit quelques-uns des maîtres du genre, qui ont écrit pour vous des histoires étonnantes, effrayantes ou amusantes sur le thème des vacances et du voyage. Parmi eux, plusieurs lauréats du Prix SNCF du polar, qui, depuis 2000, contribue à la promotion et à la reconnaissance du genre. Le Monde et SNCF sont heureux de vous présenter ce florilège, illustré par les plus grands dessinateurs.

Au programme :

Les Négatifs de la Canebière et Voiles de mort -  Didier Daeninckx, illustré par Loustal
Ce crétin de Stendhal et Plein le dos -  Jean-Bernard Pouy, illustré par Florence Cestac et François Avril
Tessa et La Cavale de Lina - Marc Villard, illustré par Jean Christophe Chauzy et Cabanes
Parfums d’été - Dominique Sylvain. Illustration, Lorenzo Mattotti
Famille nucléaire et Chérie noire -  Caryl Ferey, illustré par Charles Berberian  et Jean-Christophe Chauzy
Momo et Ava et Marilyn -  Alexandra Schwartzbrod, illustré par Miles Hyman
Crise de nerfs - Chantal Pelletier. Illustration, François Avril
Le Grand Voyage et Hostiles -  Franck Thilliez, illustré par Dominique Corbasson  et Jean-Philippe Peyraud
Triste comme un enfant - Michel Quint. Illustration, Miles Hyman
Un été 22 - Tito Topin. Illustration, Cabanes
Les Indiens - Marcus Malte. Illustration, Jean-Philippe Peyraud
Le Temps égaré - Sylvie Granotier. Illustration, Loustal
Roman de gare - Pierre Pelot. Illustration, Jean-Christophe Chauzy
Monsieur Meurtre - Jean Vautrin, illustré par Baru
Que ta volonté soit faite - Marin Ledun, illustré par Götting
Dix doigts dans l’engrenage - Christian Roux, illustré par Anthony Pastor
Le Machiniste - Anne Secret, illustré par Jean-Philippe Peyraud
Dernier été -  Patrick Pécherot, illustré par Joe Pinelli
Boulevard du Midi - Brigitte Aubert, illustré par Max Cabanes
Hématomes - Romain Slocombe, illustré par Jean-Claude Denis

Extrait : (Première page de "Le Machiniste" de Anne Secret)

"Juin 1982. Métro Belleville. Victor glisse un ticket dans la machine. Il n'utilise pas sa carte de service : inutile de se faire remarquer. La chaleur est étouffante. Il y a du monde sur le quai. À cette heure tardive, l'intervalle entre les rames est d'une bonne vingtaine de minutes.

Rambuteau. Il sort de terre à l'angle de la rue Beaubourg. Le côté pair de la voie n'a pas bougé. En face, c'est le nouveau quartier de l'Horloge : une catastrophe.

Il longe l'îlot entièrement reconstruit. La rue Brantôme est juste derrière, mais il n'a jamais eu le courage d'aller voir à quoi elle ressemble maintenant.

Sur la piazza du Centre Pompidou stagne la faune habituelle : touristes, jeunes désargentés, provinciaux...

Pendant cinq minutes, Victor considère le jeu savant d'un jongleur. Personne ne fait attention à lui.

Boulevard de Sébastopol, il repère Gilles, scotché à la devanture d'une librairie. Ils ne se font pas signe. Victor prend la rue Berger. Il se sent à la fois épuisé et excité. Des palissades, place du Bellay. Un ensemble monstrueux est prévu là."

Ce que j'en pense :

Évidemment tous les textes ne se valent pas mais l'ensemble est très agréable. On peut ainsi de temps en temps passer une heure de plaisir noir. De plus, à côté des "grosses pointures", il y a des auteurs qui sont vraiment à découvrir.

 

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Auschwitz et après (tomes 1, 2 et 3)

Publié le par GéHa

 

Auschwitz et après (tomes 1, 2 et 3)

Auschwitz et après (tomes 1, 2 et 3)

Auschwitz et après (tomes 1, 2 et 3)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AUSCHWITZ ET APRÈS  1. AUCUN DE NOUS NE REVIENDRA, 2. UNE CONNAISSANCE INUTILE, 3. MESURE DE NOS JOURS

Charlotte Delbo - éditions de Minuit

Présentation de l'éditeur :

Charlotte Delbo était une des 230 femmes qui, dans Le Convoi du 24 janvier, partirent en 1943 de Compiègne pour Auschwitz. Aucun de nous ne reviendra est, plus qu'un récit, une suite de moments restitués. Ils se détachent sur le fond d'une réalité impossible à imaginer pour ceux qui ne l'ont pas vécue. Charlotte Delbo évoque les souffrances subies et parvient à les porter à un degré d'intensité au-delà duquel il ne reste que l'inconscience ou la mort. Elle n'a pas voulu raconter son histoire, non plus que celle de ses compagnes ; à peine parfois des prénoms. Car il n'est plus de place en ces lieux pour l'individu. « Une voix qui chuchote, déchirante. Un chuchotement à fleur de vie et d'horreur. Cette voix une fois entendue vous obsède, ne vous quitte plus. Je ne connais pas d'oeuvre comparable à celle de Charlotte Delbo, sinon Guernica, sinon le film Nuit et brouillard, même pudeur, même déchirure, même atroce tendresse, chez cette femme, chez Alain Resnais. Cette douloureuse et bouleversante incantation est de ces livres rares qui laissent soudain le lecteur en pays étranger à lui-même. » (François Bott, L'Express).

Extrait :

"RUE DE L’ARRIVÉE, RUE DU DÉPART

Il y a les gens qui arrivent. Ils cherchent des yeux dans la foule de ceux qui attendent ceux qui les attendent. Ils les embrassent et ils disent qu’ils sont fatigués du voyage.

Il y a les gens qui partent. Ils disent au revoir à ceux qui ne partent pas et ils embrassent les enfants.

Il y a une rue pour les gens qui arrivent et une rue pour les gens qui partent.

Il y a un café qui s’appelle « À l’arrivée » et un café qui s’appelle « Au départ ».

Il y a des gens qui arrivent et il y a des gens qui partent.

 Mais il est une gare où ceux-là qui arrivent sont justement ceux-là qui partent

une gare où ceux qui arrivent ne sont jamais arrivés, où ceux qui sont partis ne sont jamais revenus.

C’est la plus grande gare du monde.

 C’est à cette gare qu’ils arrivent, qu’ils viennent de n’importe ou.

Ils y arrivent après des jours et après des nuits

ayant traversé des pays entiers

ils y arrivent avec les enfants même les petits qui ne devaient pas être du voyage.

Ils ont emporté les enfants parce qu’on ne se sépare pas des enfants pour ce voyage-là.

Ceux qui en avaient ont emporté de l’or parce qu’ils croyaient que l’or pouvait être utile.

Tous ont emporté ce qu’ils avaient de plus cher parce qu’il ne faut pas laisser ce qui est cher quand on part au loin.

Tous ont emporté leur vie, c’était surtout sa vie qu’il fallait prendre avec soi.

 

Ce que j'en pense :

 Je n'ai pas pu lire les trois tomes à la suite tellement ces livres sont puissants, bouleversants. C'est plus qu'un témoignage ou qu'un récit, c'est une œuvre écrite dans une langue à la fois simple et profonde. La prose poétique de Charlotte Delbo nous donne à entendre longtemps la voix des disparus, des revenants, des survivants  de ces années noires. A lire absolument, pour ne pas oublier ... que nous sommes actuellement dans des années grises.

   

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La lettre à Helga

Publié le par GéHa

La lettre à Helga

"La lettre à Helga" de Bergsveinn Birgisson
traduction Catherine Eyjolfsson - Zulma

Présentation de l'éditeur :

« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre l’âpre existence qui fut la sienne tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d'attention émerveillée à la nature sauvage.

Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis islandais, d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie.

Première page :

"À Kolkustadir, le 29 août 1997
Chère Helga,
Certains meurent de causes extérieures. D’autres meurent parce que la mort depuis longtemps soudée à leurs veines travaille en eux, de l’intérieur. Tous meurent. Chacun à sa façon. Certains tombent par terre au milieu d’une phrase. D’autres s’en vont paisiblement dans un songe. Est-ce que le rêve s’éteint alors, comme l’écran à la fin du film? Ou est-ce que le rêve change simplement d’aspect, acquérant une autre clarté et des couleurs nouvelles ? Et celui qui rêve, s’en aperçoit-il tant soit peu ?
Ma chère Unnur est morte. Elle est morte en rêvant, une nuit où il n’y avait personne. Bénie soit sa mémoire.
Pour ma part, la carcasse tient encore le coup, à part la raideur des épaules et des genoux. La vieillesse fait son œuvre. Il y a, bien sûr, des moments où l’on regarde ses pantoufles en pensant qu’un jour elles seront encore là, tandis qu’on n’y sera plus pour les enfiler. Mais quand ce jour viendra, qu’il soit le bienvenu, comme dit le psaume. C’est comme ça, ma Belle ! Bien assez de vie a coulé dans ma poitrine. Et j’ai eu l’occasion d’y goûter – à la vie."

Ce que j'en pense :

 Un roman sensuel à l'écriture légère, drôle, un peu nostalgique. Un très bel hommage à la femme aimée, à la terre d'Islande. L'auteur se met parfaitement dans la peau de vieux berger islandais et nous fait découvrir quelques poésies, chants et mythes de ce pays nordique.

   

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Comme dans un miroir

Publié le par GéHa

Comme dans un miroir

"Comme dans un miroir" de Gunnar Staalesen
folio policier

Présentation del'éditeur :

Berit Breheim s’inquiète : sa sœur Bodil et son mari n’ont pas donné signe de vie depuis une quinzaine de jours. Elle demande à Varg Veum de les chercher discrètement. Or le détective ne cesse de se heurter à l’histoire familiale des deux sœurs : trente-cinq ans plus tôt, leur mère s’est tuée en voiture en s’enfuyant avec son amant, un saxophoniste de jazz. Officiellement, il s’agissait d’un pacte macabre. Bodil a-t-elle suivi les traces de sa mère? Il ne faut pas oublier que le passé peut parfois renvoyer une image déformée...

Première page :

"Je l'avais vue bien avant que nous nous croisions.
Nous allions chacun dans sa direction sur la portion de montagne que les Berguénois appellent Vidden, le haut plateau, comme s'il n'y en avait qu'un. Elle arrivait d'Ulriken, en direction de Floien. Je venais de faire l'ascension de Trappefjellet, et je longeais l'alignement de cairns sur ce qui s'appelle depuis très longtemps Alfjellet. C'était un jeudi de la mi-avril, et la température hésitait encore entre des valeurs à un ou deux chiffres. Plus bas, sur Midtfjellet, j'avais entendu le cri strident caractéristique du bécasseau. Sous les nuages qui filaient dans le ciel, la première formation d'oies sauvages volait vers le nord, mystérieusement attirées par le More. Le printemps arrivait. Mais sur Vidden, il restait des névés. Du côté des marais en face de Hyttelien, on s'enfonçait sérieusement dans la boue quand on quittait le sentier.
Tout à coup, elle disparut, telle une fée des forêts. Sur le dernier tronçon avant le Borgaskar, un coup d'index de géant en travers de Vidden, je la perdis de vue. "

Ce que j'en pense :

Comme d'habitude chez Gunnar Staalesen l'enquête se déroule à un rythme plutôt lent. La lecture est souvent ralentie par les nombreux noms propres en norvégien. Mais on est plongé dans une atmosphère à la Simenon, il y a de l'humour et l'intrigue est plaisante.

 

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Le garçon incassable

Publié le par GéHa

Le garçon incassable

"Le garçon incassable" de Florence Seyvos
Editions de l'Olivier

Présentation de l'éditeur :

«Ce matin, elle a la chambre d'hôtel pour elle toute seule. Elle est à Los Angeles.»
Lorsqu'elle arrive à Hollywood pour y mener des recherches sur la vie de Buster Keaton, elle ne sait pas encore que son enquête va la conduire au plus près d'elle-même, réveillant le souvenir d'Henri, ce frère «différent» qui l'a accompagnée pendant toute sa jeunesse.
Henri et Buster ont en partage une enfance marquée par des expériences physiques très brutales, une solitude inguérissable, une capacité de résistance aux pires épreuves, une forme singulière d'insoumission. Et une passion pour les trains. À travers leur commune étrangeté au monde (ne passent-ils pas tous deux pour des idiots ?), et cette fragilité qui semble les rendre invulnérables, Henri et Buster sont peut-être détenteurs d'un secret bouleversant.
C'est ce mystère qu'éclaire Florence Seyvos dans ce roman dense et subtil.

Première page :

"Ce matin, elle a la chambre d'hôtel pour elle toute seule. Elle est à Los Angeles, elle a mangé du pain perdu, French toast, ce qu'elle ne ferait jamais en France, ni chez elle, ni à l'hôtel. Ensuite elle a étalé ses affaires partout et s'est demandé comment elle allait s'habiller. Sur la table de nuit est posée une feuille de papier sur laquelle il est écrit : La maison où a vécu Buster Keaton est au 1018 Pamela Drive. Il a également vécu au 1004 Hatford Way. Il s'agit d'une résidence privée et on ne peut la visiter. En espérant que ces informations vous seront utiles... Suit le nom du propriétaire de la maison de Pamela Drive, orthographié de deux façons différentes, l'une avec deux t, l'autre avec th. Si elle doit le prononcer, il faudra choisir entre les deux prononciations, et donc prendre un risque. C'est embêtant. Mais elle n'ose pas déranger de nouveau la personne qui lui a si gentiment procuré les adresses.
Elle se regarde dans la glace, ses mains disparaissent entièrement dans les manches du peignoir. Elle s'assoit, prend un stylo et fait son exercice de convergence. Elle tend le bras, met la pointe du stylo bien en face de ses yeux et la fixe tout en la rapprochant lentement du bout de son nez. À trente centimètres du nez, le stylo se dédouble inexorablement. Il faut forcer sur les yeux pour que les deux pointes reviennent l'une sur l'autre."

Ce que j'en pense :

La vie de deux personnes "incassables" chacune à leur manière. Les personnages sont attachants, curieux, insolites. C'est un livre sensible, poétique, avec la présence discrète de la narratrice (comme sœur et comme enquêtrice)

  

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