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>>> "Tais-toi et meurs" de Alain Mabanckou

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Julien Makambo, jeune Congolais fraîchement débarqué à Paris sous le nom de José Montfort, est accueilli par Pedro. Figure de proue du milieu congolais de la capitale, sapeur à la pointe des tendances et « homme d'affaires », Pedro prend Julien sous son aile, l'initiant au monde des combines souterraines. Un jour, il propose à Julien une mystérieuse mission. Seule condition : ne poser aucune question...

Première page :

Je ne suis pas seul dans cette cellule. Je la partage avec Fabrice Lorient, un Français d’une quarantaine dannées, lui aussi en détention provisoire pour, mavait-il laisse entendre, une petite broutille de rien du tout . Je ne sais pas ce que signifie une petite broutille de rien du tout , mais lui, il est si confiant quil a juré de demander réparation pour sa détention quil qualifie d’illégale.

Fabrice occupe ces lieux depuis deux ans et, à voir comment il se débrouille, j’ai limpression quil maîtrise maintenant le fonctionnement de la machine judiciaire de ce pays, surtout son système pénitentiaire. Il a tenu à rédiger lui-même sa demande de liberté provisoire dont il attend avec impatience la réponse, alors que moi j’avais laisse maître Champollion le faire.

Il est grand, très beau garçon, une musculature saillante maculée de tatouages reproduisant avec le souci du détail les visages de sa femme et de son enfant. Dans une certaine mesure il me fait penser à mon compatriote Pedro, mon ≪ grand frère , mais en plus sportif. Alors que Fabrice tient a sa musculature comme à la prunelle de ses yeux, Pedro, lui, sintéresse plus à laccoutrement, aux habits extravagants de couleurs vives. Si mon codétenu me fait tant penser a lui, cest aussi parce qu’en partageant cette cellule je me sens comme dans notre studio de la rue de Paradis.

Ce que j’en pense :

Ce n’est pas le meilleur livre de Mabanckou (et il date un peu) mais cela se lit de façon très agréable. L’intrigue en tant que telle n’est pas d’un grand intérêt. Ce qui constitue l’originalité de ce roman c’est bien la description de la vie de la communauté congolaise à Paris.  On retrouve alors la « patte » de Mabanckou lorsqu’il décrit ce monde clos en marge de la légalité, avec des personnages assez originaux.

 

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>>> "La femme qui est dans mon lit" de Anne Révah

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Maleverne, ville figée entre son motel presque américain et sa zone commerciale, est le théâtre de la relation trouble entre Sam et Claire. Jumeaux inséparables depuis leur enfance, leur lien fusionnel fait parler. Au fil des années, Jean a pourtant appris à attendre Claire, à accepter ses silences et ses retours, à s’effacer devant son lien indéfectible avec ce frère mutique qu’elle protège envers et contre tout. Entre souvenirs d’adolescence, instants suspendus, et l’ombre persistante d’un passé familial délabré, se tisse une histoire de dépendances et de désirs inavoués.

Mais bientôt, dans cette petite ville de province sans histoire : plusieurs jeunes femmes sont assassinées. La peur d’un tueur en série se propage, les rumeurs s’emballent. Qui est vraiment Sam ? Que cache Claire ? Jusqu’où ira Jean, prisonnier de son amour silencieux et de sa patience sans limites ?

Première page :

Allongée sur le dos, la forme arrondie des seins blancs, les bras le long du corps, paumes ouvertes, le ventre plat se soulevant à chaque respiration, la taille étroite, le sexe ombragé, la ligne des cuisses jusqu’aux genoux, les jambes repliées, pieds posés sur des draps en désordre. La lumière avait des nuances de jaune, légère, elle semblait contourner les corps en suivant la forme, les angles. Le visage était immobile, les yeux grands ouverts.

Claire, debout, nue, peignait ses longs cheveux bouclés, noirs, lentement, face au miroir dans la chambre du motel. Enfant, c’était la mission de son père, il fredonnait pendant la cérémonie et, dans un coin de la chambre, Sam les observait.

Ce que j’en pense :

Au début du roman, avec ces chapitres courts et ces petites touches apportées aux trois personnages, j’ai pensé que j’allais beaucoup apprécier… Mais, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de répétitions et je n’ai pas réussi à comprendre et vraiment saisir les personnages de Claire et de Jean (avec un peu plus d’empathie pour Sam). L’écriture ne m’a pas non plus emballé ! Et le titre ?

 

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>>> Je rouille de Robin Watine

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Comme chaque été, les touristes affluent sur le littoral, quelque  part au sud de la France. Et Noé navigue entre ses amis, toujours les mêmes, et le restaurant de la plage où il travaille pour son père.

Comme chaque été, Noé n’attend qu’une chose  : retrouver Léna.

Léna est parisienne, charismatique, cultivée, rien ne semble l’atteindre. Elle rayonne tandis que Noé se perd dans ses incertitudes. Qu’est-ce qu’elle peut bien lui trouver, à lui qui n’a rien d’autre à offrir que ce bord de mer et cette bande de  copains un peu bancale  ? Il le sait, un amour de vacances, ça  ne dure pas. Mais est-ce une raison pour tout gâcher ?

Dans une langue nerveuse et ciselée, Je rouille dépeint  un  amour incandescent, à la fois unique et inquiétant. Et révèle ainsi un  jeune homme qui se cherche et qui pense trouver des  réponses dans le regard de l’autre.

Première page :

Le soleil, il tape moins fort. J’ai plus besoin de plisser les yeux comme un con pour regarder Léna. Ça fait ressortir mon bronzage, et avec le sel et le vent, je sais pas, ça fait un bon mélange et mes cheveux, ils sont comme je les aime. Et si je les aime comme ça, c’est surtout que Léna m’avait dit une fois que ça me rendait plus beau et que ça me donnait un air plus farouche. Je savais pas trop ce que ça voulait dire, mais j’avais déjà entendu ce mot et je crois que je comprenais un peu le sens au fond. De toute façon je m’en foutais, l’important c’est que ça me rendait plus beau. Et y a qu’à voir comment elle me regardait en disant ça.

Léna, son regard il ment jamais, et quand elle me trouve beau elle le dit soit avec la bouche, soit avec les yeux. Moi, je dis jamais des trucs comme ça, et encore moins quand je les pense. Mais ça Léna, elle s’en fout. Elle a pas besoin que je lui dise pour le savoir, qu’elle est belle.

Ce que j’en pense :

C’est un roman qui rend assez bien les pensées, les questionnements, les émois et les inquiétudes d’un adolescent sans doute amoureux. C’est écrit de façon simple et assez efficace car on réussit à avoir beaucoup d’empathie pour les deux personnages principaux. C’est un peu moins le cas pour  d’autres personnages qui paraissent un peu caricaturaux. En refermant le livre, on a comme un peu de nostalgie pour cette période de la vie où tout semble possible malgré le manque de confiance et cette fragilité propre à l’adolescence (mais pas que !).

 

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>>> Tombe, tombe au fond de l'eau de Mia Couto

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Au Mozambique, au bord de l’océan indien: Zeca Perpétuo, un ancien pêcheur, n’a d’yeux que pour sa voisine, Dona Luarmina qui passe le plus clair de son temps à effeuiller des fleurs invisibles. Leurs rencontres, à la fois cocasses et poignantes empruntent souvent des voies étranges. Ils en viennent à délivrer de lourds secrets. Iront-ils jusqu’au bout de leur dialogue alors que leur existence, déjà précaire, sombre inexorablement ?

Extrait :

Oui, je vous le dis, ma Dame. Il est dommage que vous alliez et veniez à fatiguer vos yeux de par le monde. Vous devriez plutôt vous passer un rêve sur le visage dès le matin. C'est ce qui retient le temps et retarde la ride. Vous savez ce que vous allez faire ? Étendez-vous là sur le sable, allongez-vous bien couchée, étirez votre âme en diagonale. Ensuite, restez ainsi, bien silencieuse, bien au ras du sol jusqu'à sentir la terre s'éprendre de vous. Je vous le dis, Dona : lorsque nous nous taisons pareils à une pierre, nous finissons par entendre les accents de la terre. A un certain moment, madame entendra un sol marin telle une mer sous la peau du sol. Profitez de cette berceuse, Dona Luarmina. Je tire de bons avantages de ces silences sous-marins. Encore aujourd'hui ce sont eux qui m'endorment. Je suis son enfant à elle, à la mer

 Ce que j’en pense :

C’est un récit assez court mais que l’on a envie de lire et relire. C’est un texte écrit de façon très poétique avec des inventions extraordinaires mais sans rien d’hermétique. Bien sûr il faut accepter de se laisser porter par ces histoires et surtout par le langage de Mia Couto. Il faut aussi rendre hommage à l’excellente traduction de Elisabeth Montero Rodrigues (également traductrice de Lidia Jorge.

 

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>>> Les enfants loups de Vera Buck

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Dans les montagnes, au cœur des forêts où rôdent encore les loups, se niche le hameau de Jakobsleiter. La vie y est rude et la nature impitoyable. Surtout pour la jeune Rebekka qui rêve de s’enfuir très loin. Puis, un jour, Rebekka disparaît. Elle n’est pas la première jeune femme engloutie par cette région hostile. S’agit-il d’accidents ou de meurtres en série ? Pour Smilla, stagiaire au journal local, une chose est certaine : sa meilleure amie, disparue il y a dix ans, a bien été enlevée. Pour découvrir la vérité elle est prête à tout, quitte à faire voler en éclats les sombres secrets enfouis au plus profond des montagnes.

Première page :

PROLOGUE

LES parois, noires. Le sol, noir. Ça sent la pourriture, la moisissure, et la pierre humide. Je respire vite, par à-coups. Trouve la sortie.

Je suis à quatre pattes, une fois de plus. J'étouffe ici. Un truc me grimpe sur la main, et je la lève si brusquement qu'elle frappe contre la roche. La douleur me lance dans les doigts jusqu'à mes ongles éraflés. Je secoue frénétiquement mon poignet. Aucune idée de ce que c'était, mais c'est parti, j'essaie de me rassurer. Sans doute un mille-pattes. Un cafard. Une scutigère. Il n'y a rien ici que tu ne connaisses pas.

Un mensonge que je me raconte pour que la panique ne me fasse pas perdre complètement la tête. Pour dire la vérité, je ne connais rien du tout ici. Je n'ai jamais vu cette grotte. Ce labyrinthe dans la montagne doté, paraît-il, d'une autre issue.

Trouve la sortie.

Une mission simple pourtant. Même les rats réussissent à sortir d'un labyrinthe. Mais ici, il fait nuit noire. Où que j'avance à tâtons : la nuit noire. Ça goutte quelque part.

Une secousse soudaine traverse mes jambes, mes chevilles. D'abord très légère.

Je supplie en silence : Pas déjà.

Ce que j’en pense :

J’aime bien ce genre de roman choral. Les personnages paraissaient très différents, originaux, avec leurs petits secrets, leurs fêlures. Jusqu’à une bonne moitié du roman j’ai beaucoup apprécié l’intrigue et le paysage particulièrement spécial où l’histoire se déroulait. Et puis cela s’est un peu effiloché au fil des pages et les cinquante dernières pages ne me donnent pas une bonne impression de ce thriller.

 

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>>> La joie peut-elle encore nous surprendre ?

Publié le par GéHa

Mon livre de poèmes vient d'être publié au début du mois de juillet. Vous pouvez vous le procurer à la librairie de la maison de la presse des Herbiers ou en me contactant.

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>>> Ce que vous trouverez caché dans mon oreille

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

En restituant les peines et les joies des habitants de Gaza dans sa poésie-reportage, Mosab Abu Toha donne chair à une terre en guerre, et à sa beauté insoupçonnée.
Sa plume concrète, fulgurante, raconte la violence qui s'infiltre dans tous les recoins de l'existence. Comme Gaza elle-même, ces textes sont remplis de décombres. Mais ils sont aussi empreints de beauté et d'une profonde humanité, nichées dans les objets du quotidien, les amitiés qui se nouent et la nature immuable. Ils sont imprégnés de l'odeur du thé et des roses en fleurs. Des enfants naissent, des étudiants vont à l'université, des bibliothèques sortent de leurs ruines, tandis que les Palestiniens trouvent de nouvelles façons de survivre et de créer de l'espoir.

Extrait :

À JAMAIS SANS PAYS

 

Avant mon long voyage, je fais

mes valises, je les remplis

du sable de chez nous,

des parfums de la cuisine de ma mère et

des chants des oiseaux du matin.

 

Et dans mes poches, je mets les points

cardinaux. Mes mains servent de boussole.

 

À l'aéroport, je supplie l'agent

de ne pas ouvrir mes valises

et, s'il le faut, de manier mes vêtements

avec précaution.

Car sinon je me retrouverais

debout sur rien

entouré de rien

ne voyant rien

sans poids

et à jamais sans pays.

Ce que j’en pense :

Tous ces textes ont été écrits avant les derniers évènements de Gaza mais c’est d’une terrible actualité, comme si rien ne pouvait changer dans cette région. Tous les textes (poèmes et entretien) sont d’une grande force et m’ont beaucoup ému. L’auteur nous fait partager les horreurs quotidiennes de cette guerre mais aussi les plus petites touches d’espoir, comme « la rose qui se relève au milieu des ruines »

 

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>>> Mon bel oranger

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

A cinq ans, tout le monde bat Zézé et lui dit qu'il est le diable... Mais ange ou démon, Zézé a un secret : un oranger, le seul confident de ses rêves, qui l'écoute et lui répond.

Première page :

À la découverte des choses

La main dans la main, nous marchions dans la rue, sans nous presser. Totoca m’apprenait la vie. Et moi, j’étais très content parce que mon frère aîné me donnait la main et m’apprenait les choses. Il m’apprenait les choses hors de la maison. Parce qu’à la maison je m’instruisais en faisant mes découvertes tout seul, et en les faisant seul je me trompais, et en me trompant je finissais toujours par recevoir une fessée. Avant, personne ne me battait. Mais ensuite ils découvrirent les choses et ils passaient leur temps à dire que j’étais le diable, que j’étais une peste, un maudit chat de gouttières. Je ne m’en préoccupais pas. Si je n’avais pas été dans la rue, je me serais mis à chanter.

Ce que j’en pense :

C’est un roman plein de bons sentiments (et de quelques mauvais aussi !) où rêve et réalité sont étroitement mêlés. J’ai eu beaucoup d’empathie pour Zézé et quelques autres personnages. Il y a de très beaux passages, avec beaucoup d’émotions. Je m’attendais à ce que ce « bel oranger » prenne plus de place dans l’histoire. C’est un roman jeunesse (à partir de 10 ans) qui convient parfaitement pour les adultes, d’autant plus que cette histoire semble avoir un caractère autobiographique.

 

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>>> C'est plus beau là-bas de Violaine Bérot

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

« Mais s'il ne s'agissait pas d'un jeu ? Si à force de leur donner matière à y croire tes étudiants t'avaient pris au mot, s'ils avaient voulu appliquer à la lettre le contenu de ce texte que tu leur offrais en fin de cycle, ce texte dans lequel tu détaillais point par point la mise en actes des théories étudiées pendant leur cursus ? Serait-il alors envisageable qu'ils aient réussi, comme tu le préconisais, à renverser le pouvoir en place ? Non, tu ne peux l'envisager, pas dans la vie réelle, car sans doute, et c'est la seule explication plausible, sans doute rêves-tu, sans doute patauges-tu dans un mauvais sommeil, et tout s'arrêtera net quand ton réveil sonnera, quand ta femme se retournera dans le lit, et enfin cessera ce grand n'importe quoi dans lequel tu t'enlises et t'épuises. » Énigmatique et poétique, C'est plus beau là-bas confirme le talent de Violaine Bérot. En ce début de millénaire, une autre vie est-elle encore possible ?

Première page :

et surtout ne pas te faire remarquer, te taire obstinément, t'effacer, te noyer dans la masse, t'appliquer à n'être qu'un détail, toi qui aimais briller. Dans ce hangar géant où l'on vous a regroupés, tant de corps autour du tien collés les uns aux autres, tu penses aux porcs, aux volailles, par dizaines de milliers entassés dans un même bâtiment, à ce projet de ferme aux mille vaches, mille vaches comme toi et les autres dans ce hangar bondé, toi et les autres comme les porcs, les volailles, sous l'épuisante lumière artificielle qui parfois, tu ne comprends pas selon quelles règles, selon quelles lois, brutalement s'éteint ou s'allume, toi et les autres dans ce local sans fenêtre, et ces bruits de moteur en fond, ces accélérations, ces ratés, ces enrouements, et par-dessus tout la puanteur et la chaleur…

Ce que j’en pense :

C’est un roman assez singulier qui pourrait dérouter par son sujet et son écriture mais lorsqu’on referme le livre on se questionne encore sur les rapports entre l’individu et la société, l’intime et le collectif, le progrès et l’avenir de la planète. Cela prend la forme d’une dystopie qui fait froid dans le dos à certains moments. Même si j’ai un peu moins apprécié ce livre il reste que, pour moi, Violaine Bérot est une grande autrice.

 

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>>> Autoportrait à l'encre noire

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Un autoportrait clairvoyant, où la littérature paraît comme le seul pays qui compte. Sensibilité, générosité, drôlerie nourrissent le baromètre intérieur d'une de nos plus grandes romancières contemporaines.

J'écris parce que je ne sais pas parler. De cela, je suis sûre. Ou peut-être que Lydie Salvayre ne peut pas parler. Dans cet autoportrait qui joue avec le genre, elle interroge son goût de la solitude et les racines de son allergie aux codes sociaux. Sensibilité, générosité, drôlerie nourrissent le baromètre intérieur d'une de nos plus grandes romancières. Et derrière son humour canaille, elle dessine les paysages du seul pays qui compte à ses yeux, celui de la littérature.

Première page :

Présentation

J’ai vieilli. J’ai mochi.

J’ai le cheveu rare, les chairs flasques, le visage las. Mais voilà que je commence par décrire les outrages du temps plutôt que d’attaquer classiquement ma biographie par le début, je veux dire par ma naissance et par mon nom tels qu’ils figurent sur mes papiers.

Nom : Arjona. Peut-être d’origine arabe. Qui est aussi celui d’un village andalou proche de Jaén où mon père naquit.

Un patronyme que j’exècre, et que j’ai échangé, dès que je l’ai pu, avec celui du premier venu épousé : Salvayre.

Salvayre a fait l’affaire. Un nom bien français. Qui a mis sur-le-champ l’Espagne à la porte. Mais l’Espagne en moi s’est déplacée avec le temps et a trouvé d’autres refuges, dans l’écriture notamment, ce dont je parlerai le moment venu.

Ce que j’en pense :

A la lecture de cet autoportrait je me suis senti très proche de Lydie Salvayre. Il y a beaucoup de clairvoyance dans ce qu’elle dit d’elle-même, de la littérature et de certains milieux littéraires « parisiens ». J’ai beaucoup aimé ces dialogues, souvent plein de mauvaise foi, entre elle et sa voisine Albane : une excellente façon de se moquer de ses certitudes.

 

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