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>>> "Un jour viendra" de Giulia Caminito

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

À Serra de’ Conti, sur les collines des Marches italiennes, Lupo et Nicola vivent dans une famille pauvre et sans amour. Fils du boulanger Luigi Ceresa, le jeune Lupo, fier et rebelle, s’est donné pour mission de protéger son petit frère Nicola, trop fragile, trop délicat avec son visage de prince. Flanqués de leur loup apprivoisé, les deux frères survivent grâce à l’affection indestructible qui les unit. Leur destin est intimement lié à celui de Zari, dite Sœur Clara, née au lointain Soudan et abbesse respectée du couvent de Serra de’ Conti. Car un mensonge sépare les frères et un secret se cache derrière les murs du monastère. Alors que souffle le vent de l’Histoire, et que la Grande Guerre vient ébranler l’Italie, le jour viendra où il leur faudra affronter la vérité. Dans une langue aussi tendre et rude que l’amour entre deux frères, Giulia Caminito donne voix à des personnages intenses en lutte face au chaos du monde.

Première page :

ON L’APPELAIT l’enfant mie de pain parce qu’il était le fils du boulanger et qu’il était faible, il n’avait pas de croûte, laissé à l’air libre il moisirait, bon ni pour la soupe ou le pancotto, ni pour nourrir les poules.

Il se tenait debout, au cœur de cette forêt qui protégeait les remparts du village, une forêt obscure, où Chien allait se cacher quand la pluie s’accompagnait d’éclairs et de tonnerre, une forêt de petite taille, comme eux, qui étaient des épingles dans la paille.

Les arbres soulevaient leurs feuilles abandonnées au vent, l’air torride montait des champs, poisseux d’été finissant. Nicola, c’était son prénom, tremblait et transpirait, la peur ruisselait sur son front.

En ces lieux les hommes n’importaient pas, c’était la terre qui gouvernait, car la terre restait alors que les hommes partaient, et quelqu’un comme lui, né au milieu des champs avec des bras mous, tendres et pâles, ne servait à rien.

Le seul endroit où Nicola se sentait en sécurité, c’était dans les ombres portées, il n’était doué que pour se faufiler dans des recoins oubliés, se glisser sous les lits, se cacher dans les troncs creux.

Ce que j’en pense :

C’est un roman sur la famille où d’autres récits sont étroitement imbriqués. Il y est question de l’histoire de l’Italie au début du XX ème siècle avec la guerre de 14/18, la montée de l’anarchisme, la main mise de la religion et la misère des campagnes. Tout cela pourrait paraître un peu trop fourni ou même décousu (cela a pu arriver à de rares occasions) mais l’autrice, grâce à son écriture, à la description de ces personnages et à sa maîtrise du récit, a su rendre son roman puissant et émouvant.

 

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>>> "Le chemin de la frontière" de Grete Weil

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Monika est une jeune femme éprise d'idéal qui grandit en Bavière au début du XXᵉ siècle. Esprit curieux et grande lectrice, elle épouse Klaus, comme elle issu de la bourgeoisie juive et passionné de philosophie. Mais les premières années de leur mariage sont loin de ce qu'ils avaient imaginé : autour d'eux gronde la menace nazie, qui s'étend progressivement et envahit leur quotidien. D'abord enclins à minimiser le danger ou à supposer qu'il ne les concernera pas, ils comprennent tardivement, quand Klaus est arrêté, que le piège s'est refermé sur eux aussi. Cachée à Amsterdam pendant l'hiver 1944 et alors que la guerre n'est pas encore finie, Grete Weil s'inspire de sa vie et transpose en un roman tragique son histoire d'amour brisée par la peste brune. En son centre le personnage de Monika, qui chemine vers la conscience politique et conserve son goût pour la vie en dépit de ce qui brise les existences, nous touche au coeur. Posant la délicate question de la responsabilité de chacun dans l'Allemagne nazie, Le chemin de la frontière est un livre d'une impressionnante clairvoyance qui n'a été publié en allemand qu'en 2022. Sa traduction en français, quatre-vingts ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, est un événement littéraire de premier ordre.

Première page :

« Au pays, au pays, c’est là que nous nous reverrons », chantaient en chœur garçons et filles, au son d’une guitare-luth et de deux harmonicas. C’était aux derniers jours de février 1936, dans un train qui, parti de Munich, convoyait des skieurs dans le haut pays bavarois. Le hasard seul avait réuni ces musiciens ; un grand gaillard au visage semé de taches de son, et vêtu de la chemise brune des SA, entonnait le premier couplet, tous ou presque joignaient leur voix à la sienne, et l’on chassait ainsi la fatigue de la nuit du Carnaval, trop courte car passée tout entière à danser. Les jeunes gens, d’une voix allègre et tonnante, clamaient qu’ils allaient vaincre la France, qu’une aurore sanglante éclairerait leur mort précoce, et que si, pour l’heure, l’Allemagne seule leur appartenait, le jour viendrait où le monde entier serait sous le joug.

Seuls à garder le silence, Monika Merton et Andreas von Cornides se faisaient face dans le compartiment, ne prenaient aucune part à cette liesse. Ils ne s’étaient pas donné rendez-vous pour une excursion dominicale ;

Ce que j’en pense :

Je me suis « forcé » à terminer ce livre car le sujet de ce roman un peu autobiographique me parait très important, surtout dans la période actuelle. Il y a bien sûr d’excellents passages mais alors, que de longueurs, en particulier avec les amours de Monika. Les réflexions sur la religion, la politique, l’engagement personnel… sont certes intéressantes mais apparaissent de manière plutôt factuelle dans le cours du récit.

 

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>>> "Haute-Folie" de Antoine Wauters

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

« Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n’existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom. »
Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu’il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu’est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n’ont nulle part où aller ?
Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l’histoire est ensevelie sous le silence.

Première page :

Qu’importe si celui qui s’apprête à briser le silence, si celui qui parle après que toute sa lignée s’est tue, si celui-là est pris pour un menteur ou pour un fou. À ce moment de mon histoire, moi, je ne pouvais plus faire autrement. Les trous d’ombre qui avaient digéré ma mémoire, je devais y plonger.

Impossible de dire comment ça s’est passé. Ce qui a fait que je suis finalement retourné là-bas, dans ce pays que j’avais perdu de vue et que ma mémoire même avait englouti. Il a fallu que ma mère s’en aille, qu’elle parte, que sa bouche se ferme à jamais pour que, par un étrange jeu d’inversion, ce qu’elle avait décidé de taire durant sa vie se donne à entendre, comme un appel lointain. Impossible de dire comment j’ai reçu cet appel. Peut-être que c’était en moi depuis toujours. Peut-être que ce qu’on croit avoir perdu continue de vivre en nous, comme dans une petite chambre à cheval entre mémoire et oubli, ou plus exactement, une petite chambre de mémoire en plein cœur de l’oubli. Je le crois.

Ce que j’en pense :

C’est un livre qu’il ne faut pas manquer, certainement un des meilleurs de l’auteur, qui semble y avoir mis un peu de lui-même. Les lieux, le temps ne sont pas définis mais cela ne nous empêche pas d’être happé par cette histoire de silences, de non dits, de secrets…et surtout sur ces liens invisibles qui continuent d’exister de père en fils. L’écriture, comme d’habitude chez Wauters, est magnifique. C’est un conte poétique qui nous transporte entre sagesse et folie.

 

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>>> "Vers la mère" de Lorena Salazar

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

«  Pourquoi je suis noir et toi blanche  ?  » Au fil de l’eau et au gré des souvenirs, un garçon et sa mère adoptive descendent le fleuve Atrato. L’enfant ne le sait pas encore, mais la pirogue doit les mener jusqu’à Bellavista, où habite sa mère biologique. La jungle colombienne est mystérieuse, âpre, parfois agressive, les conditions de la traversée ne sont pas idéales et l’embarcation doit s’arrêter pour que les voyageurs puissent passer la nuit sur la terre ferme. Le trajet durera quelques jours, l’occasion pour la mère adoptive de l’enfant de se confier à d’autres femmes et de replonger dans son passé afin de comprendre ce qui l’a amenée jusqu’ici.
Alors que la narratrice voudrait ne jamais arriver à destination, que l’expédition s’étire au fil des diverses étapes et des rencontres, une angoisse sourde s’installe. Au milieu de cette région bercée par la violence des luttes armées, les passagers croisent de plus en plus de personnes aux prises avec leur douloureux destin – un accouchement tragique, un incendie qui dévaste un village. Puis des coups de feu retentissent peu avant l’arrivée à Bellavista, où l’enfant retrouve finalement sa mère biologique qui l’avait abandonné à la naissance. Voudra-t-il rester avec elle ou bien faire le chemin inverse pour rester avec sa famille adoptive  ? À moins que la décision finale ne revienne aux Forces armées révolutionnaires de Colombie, les FARC…
Considérée comme l’étoile montante des lettres sud-américaines, Lorena Salazar nous offre ici un voyage lyrique, à la fois sensuel, tendre et d’une grande cruauté. Avec ce premier roman qui interroge toutes les facettes de la maternité, la jeune écrivaine fait une entrée fracassante en littérature.

Première page :

L’enfant et moi arrivons à l’embarcadère de Quibdó. Nous cherchons une pirogue qui nous emmène, lui, moi et le pingouin en tissu qu’il a pris en partant de chez nous, jusqu’au village de Bellavista. Nous nous asseyons sur les marches en béton qui descendent vers le fleuve Atrato, je lui achète une mangue au citron saupoudrée de sel vendue par une dame, et nous attendons. Les matinées appartiennent aux oiseaux qui chantent, perchés dans les arbres au bord de l’eau ; même les plus jeunes ont un nid rempli d’oisillons nus, sans défense, affamés.

— Ma, regarde, un bébé oiseau ! s’exclame-t-il.

Je lui réponds, la bouche pleine de mangue :

— Ce n’est pas un bébé oiseau mais un vautour.

Ce que j’en pense :

C’est un excellent premier roman qui nous fait découvrir la vie dans cette région de Colombie, avec en arrière plan la guérilla des FARC. C’est un voyage en bateau avec une lenteur calculée : l’héroïne retarde le moment où elle devra se séparer de l’enfant, elle souhaite que ce voyage ne se termine pas. L’écriture mélange les époques entre les évènements sur le bateau et la jeunesse de l’héroïne. C’est parfois assez poétique lorsque l’enfant parle, questionne.

 

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>>> "Albertine a disparu" de Guerrier Vignolle Bizzarri

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

L’histoire racontée ici est inspirée de faits réels. Les deux scénaristes, François Vignolle et Vincent Guerrier ont eu l’occasion de suivre cette affaire depuis le début dans le cadre de médias respectifs. Pendant la canicule de juillet 2022, Gilles Poulain, le maire d’un petit village de 1 400 habitants prend des nouvelles de toutes les personnes âgées du village pour s’assurer qu’elles sont bien prises en charge.

Albertine Buisson, qui a 99 ans, ne répond pas au téléphone. Sa belle-fille Evelyne ne lui parle plus depuis 41 ans, mais Christian, son mari, ancien chauffagiste du village, vient la ravitailler et sortir les poubelles régulièrement. Mais sa santé s’est dégradée.

Extrait :

Ce que j’en pense :

C’est une BD agréable à lire mais qui n’apporte pas grand-chose. Elle aborde le thème de la vieillesse et de la solitude mais on suit plutôt les activités quotidiennes d’un maire d’une petite commune rurale (ce qui n’est pas inintéressant). Mais, au final, on reste un peu sur notre faim.

 

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>>> "Sauver l'information..." de Olivier Legrain

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

En France, une poignée de milliardaires s’emparent depuis peu des sources d’information : médias, maisons d'édition, écoles de journalisme... Comme informer coûte cher et n’est que peu rentable, leur intérêt n’est pas économique. Il est urgent de lutter contre cette concentration dangereuse pour la démocratie.

Première page :

Une concentration inédite

Que les médias soient détenus par des grandes fortunes, notamment des industriels, cela n'a rien de neuf. Sous la IIIe République, la coalition de gauche du Front populaire regrettait les attaques venant de la presse qui appartenait aux « 200 familles », une expression désignant les deux cents familles les plus riches de France, des industriels qui, souvent, investissaient dans la presse (papier, à l'époque) pour influencer l'opinion. Un siècle plus tard, à l'heure du Nouveau Front populaire, les propriétaires des grands médias de ce pays tiennent sur les doigts de deux mains. Dix milliardaires qui accaparent à eux seuls 90 % des ventes de quotidiens nationaux, 55 % de l'audience des télévisions et 40 % de celle des radios'. En plus de cela, deux d'entre eux possèdent aussi 50 °A du marché de l'édition

Ce que j’en pense :

C’est un bon résumé de l’emprise de ces milliardaires sur les moyens d’information en France. Malheureusement, s’il n’y a pas de « bons » milliardaires, les multimillionnaires « de gauche » ont aussi parfois de sérieux problèmes : Une enquête de Mediapart parue vendredi 30 janvier, relate des faits présumés de violences sexistes et sexuelles de la part d’Olivier Legrain à l’encontre de plusieurs femmes. J’ai appris cette info après l’achat du livre et cela m’empêche de lui faire de la pub.

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>>> "Assaut contre la frontière" de Leila Slimani

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

« Il me semble que tout roman est la tentative de répondre à une question. Et que celle qui fut à l’origine et au centre de ma trilogie est celle-ci : pourquoi est-ce que je ne parle pas ma langue ? Cette langue arabe, qu’est-elle pour moi ? Penser à ça, à la langue arabe, c’est ressentir un mélange de chagrin et de honte, de colère et de frustration. Comment pourrais-je vous raconter, vous faire comprendre que je parle comme une enfant la langue qui devrait être la mienne ? Que je vis avec une langue fantôme comme on parle d’un membre fantôme dont on sent encore la présence bien qu’il ait été amputé. Cette langue, je l’ai cherchée partout. Je l’ai désirée, je l’ai poursuivie, j’ai pu suivre des inconnus dans la rue simplement pour les entendre prononcer ces syllabes familières. Je pourrais aisément reprendre à mon compte les mots de l’écrivaine et peintre libanaise Etel Adnan : “Je me suis retrouvée à la porte de cette langue. Je l’ai érigée en mythe, en une sorte de paradis perdu.” »

Première page :

Je fais souvent le même cauchemar. Un cauchemar terrifiant, dont le décor change sans que la peur, elle, s'atténue. Je suis dans une salle de tribunal, mais ça pourrait être une école ou même une église, puisque je me tiens debout, derrière une rangée de bancs en bois sombre. Autour de moi, il n'y a que des hommes. Je sais que ça va être à mon tour de parler, j'ai la gorge sèche et les mains moites. J'ai honte sans bien savoir pourquoi. Un juge au visage de souris et aux dents déchaussées m'invite à m'exprimer. Je commence par me justifier. Je parle très vite. Avec agitation. Je parle en français. Le juge me coupe sèchement. Il me dit: « On n'est pas en France ici. Parle en arabe. » Les larmes me montent aux yeux et l'angoisse me paralyse.

Ce que j’en pense :

Texte assez court mais percutant. Cela nous fait réfléchir et nous questionne sur le sens de ces « frontières » liées à la langue. C’est aussi un très beau plaidoyer sur la littérature qui nous fait voyager dans l’intime et dans la diversité. Les mots ne constituent pas des frontières mais plutôt des passerelles qui relient nos humanités semblables.

 

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>>> "Danser sous les cendres" de Najib Guerfi

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Najib Guerfi grandit dans une banlieue où les destins semblent écrits d'avance et où l'on devient homme trop tôt, rêveur trop tard. Entre un père fatigué, des murs trop étroits et un avenir d'ouvrier déjà tracé, quelque chose en lui refuse la résignation.

Un jour, le hip-hop surgit comme une révélation : un souffle, une échappée, une promesse de mouvement. La rue devient son premier studio, le bitume son premier maître. Autodidacte achar-né, Najib se fabrique une identité de danseur avant de devenir chorégraphe, comédien, passeur.

Danser sous les cendres : titre fort, évocateur et poétique. Le récit porte la douleur du passé, la destruction autour et cette volonté inébranlable de créer du mouvement.

Il suggère un être qui renaît sans effacer ses brûlures : un exemple de résilience artistique qui rend intimement hommage à la danse.

Première page :

Dans un futur proche.

Depuis l'effondrement des États-nations, les identités ne s'imprimaient plus sur des passeports. Elles pulsaient désormais dans la mémoire des corps, dans les rêves et les archives vivantes des familles dispersées. On ne naissait plus Français, Algérien ou Maltais. On naissait porteur de strates, tissé de migrations, de chants oubliés, de révoltes réprimées et d'amour en exil. Chaque citoyen, à sa majorité, recevait le droit, parfois l'obligation, d'accéder à ses récits enfouis. Certains le faisaient par l'image, d'autres par la danse, la transe, ou par ces élixirs rituels que l'administration tolérait sans jamais les reconnaître officiellement.

Mehdi-Charles avait longtemps repoussé l'échéance. Il n'aimait pas qu'on le résume à ses origines. Il se disait libre, affranchi. Il portait ses deux prénoms comme une provocation. Un manifeste.

Ce soir-là, il avait accepté de dîner chez son père, Najib. Un appartement calme, modeste, dans une tour boisée de la mégapole Sud-Est. Sur la table, des restes de chorba tiède, du pain au cumin, une bouteille d'eau filtrée. Et, en retrait, une boîte en bois gravée au burin, que Najib sortit sans un mot

après le dessert.

— Tu veux savoir, dit-il enfin. Alors bois.

Mehdi-Charles fronça les sourcils.

—C'est quoi ?

— Un rappel. Un passage. Tunisien, mais revisité. Tu comprendras.

Najib posa la petite fiole sur la table. Le verre était trouble, et l'intérieur contenait un liquide vert foncé, presque noir.

— Tu crois à ces trucs-là, toi?

— Ce n'est pas une question de croyance. C'est une question d'écoute.

Mehdi-Charles haussa les épaules, saisit la fiole et la porta à ses lèvres. L'odeur était forte. 11 but une gorgée. Une seule. Le goût lui monta au nez, amer, herbeux, brûlant, puis glacial. Le silence s'installa aussitôt. Mais ce n'était plus le silence familier d'un appartement après le café. C'était un silence dense, vivant.

Ce que j’en pense :

Cela ressemble à une autobiographie, et quelque part c’en est une. Le récit de la naissance de Najib et son arrivée en France sont des passages extraordinaires. Mais ce livre est beaucoup plus que cela : la danse comme moyen de survie, la dépendance à l’alcool racontée avec une grande justesse mais avec beaucoup de pudeur  et c’est aussi une histoire de filiation. L’écriture est pleine de souffle, elle est dynamique mais elle sait aussi se poser,s’apaiser pour repartir ensuite… bref, une écriture vivante. Un seul petit reproche (il fallait en trouver un !) concernant la mise en page : marge du bas trop étroite qui peut un peu gêner la lecture.

 

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>>> "Quand le monde dort..." de Francesca Albanese

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

L'esprit de la Palestine vit dans les récits qui peuplent ses rues. Récits qui disent la dignité face à la souffrance, la beauté au coeur du désastre, la vérité derrière les murs. Francesca Albanese écoute, recueille et raconte. Elle mêle sa voix à celles des femmes, hommes et enfants qui vivent l'injustice au quotidien en Palestine : une enfant tuée à Gaza, un chirurgien marqué par l'horreur dont il a été témoin, une artiste exilée, un penseur juif brisé par l'apartheid. Toutes ces voix s'engagent à dire NON à l'horreur et à l'inacceptable. Lucide et troublant, Quand le monde dort est un acte d'amour, de courage et de vérité.

L’œuvre en couverture de Quand le monde dort de Francesca Albanese est de l’artiste palestinienne Malak Mattar.

Première page :

J’écris ces lignes à un moment particulier de ma vie : les États-Unis viennent de me sanctionner. Depuis le 9 juillet 2025, le Département du Trésor m’a inscrite sur la liste des « ressortissants spécialement désignés », ce qui interdit à tout citoyen ou toute entreprise étatsunienne d’avoir le moindre lien financier avec moi.

Je deviens ainsi la première responsable des Nations Unies à être sous le coup d’une telle mesure – je partage désormais le même sort que Vladimir Poutine, l’ayatollah Ali Khamenei ou encore le président vénézuélien Nicolás Maduro – pour le « crime » absurde d’avoir, dit-on, collaboré avec la Cour pénale internationale. La réalité est tout autre : ce que l’on me reproche, c’est d’avoir dénoncé les violations des droits de la personne commises par Israël contre les Palestiniens. Les États-Unis choisissent d’appeler cela « antisémitisme ». Une accusation à la fois infondée et dangereuse, car elle dessert profondément les communautés juives du monde entier et banalise la mémoire ainsi que la réalité de la haine antisémite. Ces sanctions ne sont rien d’autre qu’une punition pour avoir exercé, avec constance, le mandat que m’a confié l’ONU, au moment même où Gaza et les territoires palestiniens occupés subissent des souffrances indescriptibles.

Je n’avais pas prévu, en commençant ma vie, de me retrouver dans un combat contre le pouvoir.

Ce que j’en pense :

Livre indispensable, essentiel pour comprendre ce qui se passe dans cette région du monde. L’autrice fait appel à des personnes impliquées dans la lutte du peuple palestinien. C’est très intéressant d’avoir des témoignages de personnalités israéliennes et palestiniennes qui se rejoignent. On mesure à quel point on peut être encore éloigné d’une solution de paix durable entre les deux peuples mais on peut garder un (petit) espoir.

 

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>>> "A la ligne" de Joseph Ponthus

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.
Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Première page :

En entrant à l’usine

Bien sûr j’imaginais

L’odeur

Le froid

Le transport de charges lourdes

La pénibilité

Les conditions de travail

La chaîne

L’esclavage moderne

 

Je n’y allais pas pour faire un reportage

Encore moins préparer la révolution

Non

L’usine c’est pour les sous

Un boulot alimentaire

Comme on dit

Parce que mon épouse en a marre de me voir traîner dans le canapé en attente d’une embauche dans mon secteur

Alors c’est

L’agroalimentaire

L’agro

Comme ils disent

 

Une usine bretonne de production et de transformation et de cuisson et de tout ça de poissons et de crevettes

Je n’y vais pas pour écrire

Mais pour les sous

Ce que j’en pense :

Magnifique chant-poème-hommage à tous ces ouvriers et ouvrières dont on ne parle pratiquement jamais comme de vraies personnes aussi dignes de respect et d’admiration que tous les « importants » que l’on aperçoit à longueur de journée sur les plateaux de télé. C’est bouleversant et on regrette que cet auteur soit parti si tôt. C’est un coup de cœur à partager, à lire à voix haute devant tous les types de public.

 

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