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>>>> Marcher dans tes pas

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

" Je suis sur ta clavicule, sur ton poignet, dans tes mains. Je suis dans tes cheveux, sur ton sein, dans tes yeux. Je regarde ta bouche, tes mouvements, ta robe. Je te connais sans te connaître, Enriqueta. "

La vie d'Enriqueta bascule le 18 août 1936, quand, en quelques minutes, elle doit fuir la maison familiale d'Irun menacée par les franquistes. Ce jour-là, elle perd tout.

Quarante ans plus tard, sa petite-fille, Léonor, naît française. Pourtant, lorsqu'une loi espagnole permet aux descendants d'exilés politiques d'obtenir la nationalité perdue, elle décide de la demander. Pourquoi tourner et retourner une terre emplie de fantômes ? Et qui était au juste Enriqueta ?

Tissant souvenirs d'enfance, imaginaire romanesque et regard poétique, Léonor de Récondo se fraie un chemin vers celles et ceux que la guerre civile a voulu effacer. Un livre pour dire l'amour. Et ne jamais oublier.

Première page :

Il fait chaud dans cette cuisine, si chaud. C'est le matin et déjà, tu transpires sur ton fourneau. Tu es inquiète depuis la mi-juillet. Maintenant, tu fronces les sourcils au-dessus de la casserole.

De là où je suis aujourd'hui, un siècle plus tard — je me répète un siècle, sans y croire tout à fait —, je te vois.

Je vois le mouvement de ton front, ce sillon, cette ride d'inquiétude, qui ne se détendra plus. Sauf pour rire parfois. Mais le rire est aussi une déchirure du visage, un coup de canif à la tristesse. Je suis sur ta clavicule, dans tes yeux.

Ce que j’en pense :

C’est une biographie plus qu’un roman. Le récit est touchant et plein d’humanité. On suit les questionnements de l’autrice sur l’exil, sur l’histoire familiale, les racines, la guerre, la langue (espagnol, français, basque)… et finalement sur son identité. L’histoire alterne passé et présent de manière très habile. Des pauses poétiques très émouvantes viennent donner une autre respiration au texte.

 

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>>> Western

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

C’est à cette éternelle logique de l’Ouest que se rend Alexis Zagner, « la gueule du siècle », poussé par l’intuition d’un danger. Comédien renommé qui devait incarner Dom Juan, il abandonne brusquement le rôle mythique et quitte la ville à la façon des cow-boys – ceux-là qui craignent la loi et cherchent à fondre leur peur dans le désert. Qu’a-t-il fait pour redouter l’époque qui l’a pourtant consacré ? Et qu’espère-t-il découvrir à l’ouest du pays ? Pas cette femme, Aurore, qui l’arrête en pleine cavale et semble n’avoir rien de mieux à faire que retenir le fuyard et percer son secret. Tandis que dans le sillage d’Alexis se lève une tempête médiatique, un face à face sensuel s’engage entre ces deux exilés revenus de tout, et surtout de l’amour, qui les désarme et les effraie.

Dans ce roman galopant porté par une écriture éblouissante, Maria Pourchet livre, avec un sens de l’humour à la mesure de son sens du tragique, une profonde réflexion sur notre époque, sa violence, sa vulnérabilité, ses rapports difficiles à la liberté et la place qu’elle peut encore laisser au langage amoureux.

Première page :

Cela commence à Paris, au théâtre, sur la scène, au centre et au fond, dans l’humeur et l’impatience. Le théâtre c’est comme une mine, un volcan ou une fille. Tout se passe dans le ventre.

Pour le moment le théâtre est fermé, il ouvrira bientôt pour la première du Dom Juan de Molière. Pour le moment, on y travaille. Le plateau est éclairé et presque nu : un écran de projection d’environ quatre mètres sur six et, plantée au centre, une porte de saloon ouvrant sur le vide. Rien autour. Sur l’écran gigantesque s’anime à peine un paysage minéral en plein soleil. Une étendue de terre sèche, une chaîne de montagnes jaunes que limitent au tout premier plan quelques végétaux étendant une ombre courte qu’un cheval recherche. L’image assoiffe.

Une répétition en costumes est en cours, enfin pas vraiment en cours, pas encore, comme suspendue. On devrait jouer mais l’on ne joue pas parce qu’on attend quelqu’un. Six acteurs en quête d’un septième patientent autour du metteur en scène dans des appareils contrastés.

Ce que j’en pense :

L’écriture de Maria Pourchet est vraiment très particulière. Il faut une bonne dizaine de pages pour s’y faire : on peut s’y perdre, trouver des phrases incompréhensibles à la première lecture…Et puis ce titre « Western » nous parait un peu bizarre même si l’autrice pense que son histoire a les mêmes codes que les westerns. Mais malgré tout, on continue à lire en appréciant de mieux en mieux le style et son originalité : c’est complexe, parfois très froid presque clinique, avec plusieurs types de narration et beaucoup de ruptures de rythmes. A découvrir.

 

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>>> Du côté des vivants de Violaine Bérot

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Dans la chambre 308 d'un petit hôpital de province, il y a deux patients :

Greg, qui a failli mourir. Les médecins du grand centre sont paraît-il les meilleurs. Sauf qu'il s'est vu mourir. Alors remettre ça, il n'en est pas question. Greg ne reprendra pas la chimio. Les heures qui vont suivre lui montreront que tout n'est pas si simple.

Et Alphonse, un vieil homme au coeur usé, qui se dit qu'il est bien temps pour lui de mourir.

Autour d'eux, pendant cette journée décisive, il y a tous les autres, parce qu'il passe toujours beaucoup de monde dans une chambre d'hôpital : une dame du ménage qui pense à son homme tant aimé. Une toubib argentine, convaincue que son rôle est de sauver les gens. Paul, le grand ami de Greg, qui n'en peut plus de croire Greg près de mourir puis de le découvrir ressuscité. Une jeune fille étrange qui devine des présences que personne ne voit. Et d'autres encore...

Et puis il y a les morts, les défunts de chacun. Ils tournent autour de la chambre 308, discrets, quasi imperceptibles. N'empêche qu'ils s'entêtent à rester du côté des vivants.

Première page :

Il a décidé. Il est sûr de lui. Pour une fois sûr, absolument sûr, convaincu. Il dira non. À tout ce qu’on lui proposera, il répondra non. Il se donne six mois. Six mois maximum, sans doute moins. Six mois de fêtes furieuses.

Il a tout élaboré point par point. Il tourne les pages de son carnet, relit. Il est fier de son audace. Il s’étonne lui-même. Il va dire non.

Bien que six mois, il en est conscient, risquent d’être un délai trop optimiste. Mais il lui faut une date limite, une ligne d’horizon. Six mois c’est bien, ça sonne rond. Et si ça doit se réduire à trois, ce sera trois.

Ce que j’en pense :

Un très beau coup de cœur. Avec une écriture d’un grande simplicité, l’autrice nous fait partager de façon intense et émouvante ces morceaux de vies de personnages encore vivants. C’est doux, tendre, poétique, débordant d’humanité, avec souvent quelques petites piques d’humour. Je me suis complètement laissé « prendre » par ce livre.

(livre à paraitre le 21 aout 2025. Merci aux libraires de la maison de la presse des Herbiers)

 

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>>> Bel abîme

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Yamen Manai nous conte avec fougue le cruel éveil au monde d’un adolescent révolté par les injustices. Heureusement, il a Bella. Entre eux, un amour inconditionnel et l’expérience du mépris dans cette société qui honnit les faibles jusqu’aux chiens qu’on abat « pour que la rage ne se propage pas dans le peuple ».Mais la rage est déjà là.

Première page :

Maître Bakouche ? Vous plaisantez ? Vous pouvez me cogner, comme l’ont fait tous les autres, mais je ne vous appellerai pas maître. Vous pouvez vous brosser, je ne le dirai pas, je ne suis pas votre chien. Monsieur, c’est tout ce que je vous dois, et encore, c’est parce que je ne vous connais pas. Peut-être en vous connaissant mieux, je finirai par vous appeler l’enculé.

Que je me calme ? Détrompez-vous. Calme, je le suis. Ne croyez pas, à cause de ma gueule retournée, que je suis échaudé pour autant. Vous êtes là pour m’aider ? Permettez-moi d’en douter. Vous ne me connaissez ni d’Ève ni d’Adam, et vous voulez m’aider ? Les êtres les plus proches m’ont toujours enfoncé, alors comprenez bien que j’ai du mal à croire à la main tendue d’un inconnu. C’est que c’est votre métier, vous êtes un avocat commis d’office ? C’est étrange. Je ne savais pas qu’on pouvait être maître et commis à la fois. Que je baisse d’un ton, vous n’êtes pas mon ennemi ? Qu’en savez-vous ? Avez-vous des enfants, monsieur Bakouche ? Les aimez-vous ?

Ce que j’en pense :

Beaucoup de colère dans ce court roman. Colère de l’adolescent envers le père, la famille, les adultes, les responsables religieux, politiques….ce n’est pas sa chienne qui a la rage, c’est lui ! Il manque quelque chose à ce monologue pour qu’il soit vraiment bouleversant… sans doute le style et en particulier cette façon de répéter en début de paragraphe des questions qui seraient posées par l’avocat.

 

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>>> Seul l'océan pour me sauver

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Une ville de pêcheurs sur la côte est américaine, loin des axes et gangrenée par la pauvreté et l'alcoolisme. Face à l’océan, une jeune femme attend le retour de son père, disparu dans l'eau, onze ans auparavant sans laisser de traces. Il lui a laissé un lourd secret: elle est une sirène perdue parmi les humains. Entourée par une famille aimante mais excentrique, composée d’un grand-père absorbé par la création d’un dictionnaire inédit et une mère ayant grandi sur une île peuplée uniquement de malentendants, la jeune femme tombe amoureuse jusqu’à l’obsession de Jude. Vétéran de la guerre en Irak, de retour au pays avec de nombreux traumatismes, ce dernier se refuse à elle. Pourtant, notre héroïne ne désespère pas de quitter cette vie qui la retient et de prendre la fuite à ses côtés. Par la route. Ou par la mer, pour retrouver son père et accepter enfin une vie de sirène, loin des hommes.
Comment échapper à la réalité, au deuil et à une condition sociale difficile quand on n’a plus rien? En réinventant le réalisme magique dans une Amérique au bord du gouffre social et économique, Samantha Hunt offre une histoire d’amour d’un genre unique, pétrie de poésie, d’images surréalistes et d’une subversion toujours teintée d’humanisme.

Première page :

La carte : un prologue

            Ici l'autoroute ne part que vers le sud. C'est dire comme on est au nord. Peu de routes quittent la ville, ce qui explique pourquoi si peu de gens s'en éloignent. Les choses qui ne nous sont pas familières sont loin d'ici et aucune voie directe n'y mène. Tout ce qu'on a, c'est une rue qui donne sur une rue qui passe sur la digue jusqu'à une route qui mène à un pont aboutissant sur une route puis sur une autre avant d'atteindre l'autoroute.     

            Si tu tentes de partir, des gens que tu auras côtoyés depuis ta naissance reconnaîtront ta voiture et te verront t'en aller. Ils se demanderont où tu vas et te gratifieront d'un petit signe de main, un signe qui ressemblera à un «stop » ou à un avertissement à quiconque tenterait d'oublier cette toute petite ville. Ce sera beaucoup plus simple de rester.        

            La ville est bâtie sur une côte aussi escarpée que rocheuse où les maisons usées par les intempéries sont empilées comme des galets, ou comme les rangées de barbelés d'une prison. De petites ruelles et d'étroits chemins serpentent entre ces demeures, de sorte qu'il n'y a aucune intimité nulle part. Si tu rentres chez toi ivre un soir, tout le monde sera au courant dès le lendemain matin. Non qu'ils s'en soucient. Les gens d'ici sont habitués aux ivrognes. On a le taux d'alcoolisme le plus élevé du pays, et ce simple fait est répété si souvent qu'on devrait l'inscrire sur le panneau de la chambre de commerce qui accueille les touristes à l'entrée de la ville. Le plus haut taux d'alcoolisme du pays ! Passez un bon séjour !        

            La majeure partie du front de mer est couverte d'amarrages, de jetées qui empestent l'huile de moteurs….

Ce que j’en pense :

C’est un livre très original, qui va laisser des traces assez fortes après la lecture. C’est souvent questionnant : qui est vraiment cette fille ? Est-ce vraiment une sirène ? Est-elle folle, dérangée ? Vit-elle dans le réel ou s’est-elle inventée un monde imaginaire ? Et cet homme, Jude, qui est –il ? … Malgré toutes ces questions, qui pourraient nous empêcher de rentrer dans ce roman, on est « embarqués » par l’écriture… Un coup de cœur.

 

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>>> "La colère" de S A Cosby

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

La vengeance de deux pères unanimement acclamée par la presse américaine. Un état des lieux sans concession de l'Amérique des marges dans un thriller sous pression

Ike Randolph est noir. Buddy Lee Jenkins est blanc. En Virginie-Occidentale, cela revient à dire que tout les oppose. Ils ont pourtant été tous les deux pareillement lamentables en dénigrant avec la même violence l'homosexualité de leurs fils, maintenant mariés l'un à l'autre. Alors, quand Isiah et Derek sont assassinés, la douleur a un goût de culpabilité. Qui a tôt fait de se transformer en colère, une colère viscérale, qui réclame un exutoire.

Première page :

Ike eut beau fouiller sa mémoire, il ne se rappelait pas avoir déjà vu des policiers à sa porte au petit matin sans que cela soit synonyme de malheur.

Les deux hommes se tenaient côte à côte sur le petit perron de béton, les mains passées à la ceinture entre d’un côté leur arme de service, et de l’autre leur insigne qui brillait au soleil comme une pépite d’or. Physiquement, tout les opposait : le premier était un grand sec d’origine asiatique au visage taillé à la serpe alors que le second, un Blanc rougeaud, était bâti comme un haltérophile, avec une tête massive posée sur un cou de taureau. Tous deux portaient une chemise blanche et une cravate à clip. L’haltérophile avait au niveau des aisselles deux taches de transpiration qui évoquaient respectivement la carte de l’Angleterre et celle de l’Irlande.

Les intestins d’Ike se mirent à gargouiller. Pourtant, depuis quinze ans qu’il avait été libéré de la prison de Coldwater, il faisait mentir les statistiques sur la récidive : il n’avait pas même une infraction routière à se reprocher. Mais sous le regard de ces deux flics, il avait la gorge sèche. Quand on était noir au pays de la liberté, la moindre interaction avec un représentant des forces de l’ordre avait quelque chose de terrifiant. On avait l’impression de marcher en permanence le long d’un dangereux précipice.

Ce que j’en pense :

Il y a de la colère bien sûr dans cette histoire, et beaucoup de violence aussi. Mais il y a surtout beaucoup d’humanité, d’amour, de tendresse… même si les personnages principaux ne savent pas toujours le montrer. L’auteur nous décrit une Amérique raciste, intolérante et homophobe. Mais il nous fait percevoir que tout n’est peut-être pas perdu, à l’image de Ike et Buddy Lee.

 

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>>> Watergang

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Paul a douze ans et habite à Middelbourg, petit village perdu au milieu des polders. Il y vit avec sa mère, divorcée et contrainte de travailler dans un supermarché, et sa grande sœur, pas encore tout à fait sortie de l’adolescence mais déjà enceinte. Son père est parti refaire sa vie de l’autre côté de la mer. Mais Paul n’est pas un garçon comme les autres. Paul voudrait être écrivain. Il passe ses journées à courir le long des canaux, au bord de l’eau, et à remplir son carnet de notes farfelues sur tout ce qu’il voit. Watergang est son histoire, celle de ceux qu’il aime, et de ce village niché au bout du monde.

Première page :

Paul

J'écrirai mon premier roman à treize ans. Treize, ça porte bonheur. J'ai tant de choses à dire sur Middelbourg mais je vais attendre. J'y tiens. Je suis superstitieux. Mon roman commencera par: « J'ai treize ans, j'habite Middelbourg et ma soeur est enceinte. » Cette phrase, je l'ai écrite sur un carnet pour ne pas l'oublier. Et le carnet, je l'ai planqué quelque part dans les polders, loin du village.

Toutes les nuits, à la même heure, je vois le téléphone de ma soeur s'allumer sous ses draps. Elle fait comme une tente sur son lit, une sorte d'origami géant qui se gonfle et se dégonfle au rythme de sa respiration. J'aimerais croire qu'elle braque la torche sur son ventre pour communiquer avec le bébé en faisant courir le faisceau sur sa peau, sauf qu'en réalité, elle parle à Jeroen, son petit ami. Elle finit toujours par pleurer. Jeroen est le père, mais il ne le sait pas, ça doit être pour ça.

Moi, je pourrais ne jamais pleurer. Seulement voilà, de temps en temps, je me force, je le fais exprès, histoire de ne pas attirer l'attention. Les gens trouveraient ça trop bizarre. Déjà que ma santé mentale suscite des interrogations. Ne pas pleurer à treize ans, ce n'est pas normal, automatiquement ça fait de vous un petit monstre.

Ce que j’en pense :

C’est un roman assez étonnant dans la forme et dans la conduite du récit. Tout gravite autour de ce petit garçon de 12 ans qui a un univers très particulier. L’auteur donne la parole à plusieurs personnages qui entourent Paul. C’est souvent très poétique mais parfois un peu fastidieux ou redondant. J’ai préféré son livre suivant « La femme de cabane » où la poésie est beaucoup plus présente.

 

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>>> 34 m²

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Il y a deux heures ou peut-être mille ans, Juliette s’est réveillée. Elle a effectué les gestes qu’elle répète tous les jours : écouter le souffle de sa fille de huit mois, la prendre dans ses bras, chauffer le biberon et attendre Clare, la voisine qui toque chaque matin. Juliette ouvre la porte, seulement ce n’est pas Clare, c’est lui.

Première page :

Elle compte. Il a dit « Allez » en regardant la porte de la chambre et elle a perdu le fil, alors elle reprend du début. Elle compte parce qu’il faut faire quelque chose, elle doit faire quelque chose, alors elle compte, car compter ce n’est pas faire rien. Elle ne peut pas ne rien faire, mais elle ne peut rien faire d’autre. Alors elle compte. Et elle essaye

de

ne

pas

compter

trop

vite.

Elle essaye de persuader son corps que c’est la tête qui donne le rythme. Elle essaye de laisser goutter les nombres à travers elle le plus calmement possible, pour que son cœur cesse d’éclater dans ses tempes, si fort, si vite, peut-être qu’il va vraiment exploser et elle espère que oui, peut-être, peut-être qu’elle espère que oui, mais qu’est-ce que l’homme ferait au bébé qui dort dans le lit, juste à côté, qu’est-ce qu’il ferait, elle ne peut pas mourir parce qu’il faut protéger le bébé, alors elle compte.

Ce que j’en pense :

C’est un roman dont on ne sort pas indemne. J’avais beaucoup aimé son premier roman « La deuxième femme », un peu moins le suivant « Petite sale », mais celui-ci est d’une grande force. Une claque ! Le style de Louise Mey nous met directement en lien très étroit avec Juliette (et avec sa fille), on ressent ses peurs, ses angoisses, on est enfermés avec elle et, pour terminer on fait la même chose qu’elle pour être délivrés.

 

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>>> Bastion

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Lorsque Jean-Marc Balzan, vieux garçon sans enfant, prend enfin sa retraite, il est persuadé qu’il va se la couler douce. Petits restos, voyages, la liberté, quoi. Mais c’est compter sans Bernard, son plus vieil ami. Ils sont potes à la vie à la mort depuis l’école maternelle. Et ce que Jean-Marc fait de mieux dans la vie, c’est rattraper les conneries de Bernard. Ce dernier est sympa, il peut faire preuve d’intelligence, mais il est aussi capable d’être très con. Aussi, lorsqu’il s’engage dans l’équipe de campagne d’Éric Zemmour pour la présidentielle de 2027, Jean-Marc craint le pire.

Soucieux de protéger Bernard, Jean-Marc s’enfonce insidieusement dans la mouvance d’ultradroite lyonnaise. Il rencontre des néonazis amateurs de voitures de collection, des gendarmes qui veulent faire de lui une balance, des entrepreneurs véreux, des ultras qui fomentent un attentat, des maires de village sans étiquette, et même Éric Z himself.

Bref, c’est l’histoire d’une retraite bien pourrie.

Durant vingt-cinq ans, Jacky Schwartzmann a enchaîné les petits boulots, autant pour gagner sa vie que pour observer ses contemporains. Il est maintenant auteur et scénariste de bandes dessinées et de longs-métrages. Son parcours à la fois schizophrène et formateur a façonné sa plume incomparable. SHIT !, son précédent roman, a obtenu le prix Le Point du polar européen et les suffrages unanimes de la presse et des lecteurs.

Première page :

Bon week-end

Je suis un bâtard en retraite. J'étais commercial, dans l'industrie. Un grand groupe. Mon job consistait à vendre très vite et très cher, afin d'augmenter nos marges et de gonfler notre trésorerie. Et c'est tout. Plusieurs révolutions ont secoué l'industrie ces trente dernières années : les chefs de service sont passés de la clope au running, de l'apéro aux infusions froides et du droit de cuissage au consentement. Une bienveillance d'ahuris. Une façade, en réalité. Rien n'a changé, il n'est toujours question que d'une chose, vieille comme le commerce, le monde et les hommes : augmenter nos marges. J'ai été un cadre de ce merdier, une petite main aux fesses dans cette partouze globalisée. Je triquais pour la boîte, me battais pour vendre, vendre et vendre. C'était une guerre que je menais contre des centaines de commerciaux inversés, à savoir des acheteurs. Nous faisions le même taf : gratter. On se lançait dans des joutes à coups de norme ISO 9001', de qualité des matières, de délais de livraison et de volumes de commandes. L'arène dans laquelle nous nous affrontions était toujours la même, une salle de réunion au mobilier d'un IICEA de mormons, éclairage au néon, viennoiseries douteuses et café dégueu dans de grandes thermos.

Ce que j’en pense :

J’ai abandonné la lecture de ce livre après une centaine de pages. Je suis très déçu car j’avais lu trois autres livres de cet auteur, dont l’excellent « Shit » et je m’attendais à retrouver son univers un peu loufoque et plutôt irrespectueux mais toujours teinté d’un humour caustique… Mais ici, pour moi, rien ne fonctionne. De plus, les analyses politiques sont du genre café du commerce et très réactionnaires.

 

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>>> Congo Inc. Le testament de Bismarck

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Le jeune Isookanga, Pygmée ekonda, piaffe dans son village de la forêt équatoriale où un vieil oncle prétend régir son existence. Depuis qu’il a découvert l’Internet et les perspectives d’enrichissement immédiat que promettent mille variantes de la mondialisation, il n’a plus qu’un objectif : planter là les cases, les traditions, la canopée millénaire et le grincheux ancêtre pour monter à Kinshasa faire du business. Il débarque donc un matin dans la capitale, trouve l’hospitalité auprès des enfants des rues et rencontre Zhang Xia, un Chinois qui fait commerce de sachets d’eau potable et dont il devient l’associé. L’avenir est à lui !

Pendant ce temps, à Kinshasa et ailleurs, le monde continue de tourner moyennement rond : des seigneurs de guerre désoeuvrés aux pasteurs vénaux, des conseils d’administration des multinationales aux allées du Grand Marché, les hommes ne cessent d’offrir des preuves de leur concupiscence, de leur violence, de leur bêtise et de leur cynisme.

Qui sauvera le Congo, spolié par l’extérieur, pourri de l’intérieur ? L’innocence et les rêves, les projets et la solidarité. La littérature, bien sûr, quand elle est comme ici servie par un conteur hors pair, doté d’un humour caustique et d’une détermination sans faille.

Première page :

TERRES ET TEMPS 

— Putain de chenilles !

L’exaspération provoquée par les innocentes bestioles depuis plus d'une heure avait stimulé les facultés d'Isookanga, lui permettant de tracer plus rapidement sa route à travers la forêt, d'éviter les branches basses, d'ouvrir des brèches dans le feuillage aussi sûrement          que l'étrave d'un brise-glace en période de réchauffement climatique. La silhouette du jeune homme vêtu d'une simple culotte en écorce battue paraissait insignifiante parmi les arbres qui se dressaient, cathédrales sur leur socle de racines géantes. La canopée, de temps à autre, ouvrait des puits de lumière qui faisaient luire les gouttelettes d'humidité en suspension, au milieu desquelles dansaient des insectes se disputant la place avec des fougères venues du pléistocène, des lianes tombant de nulle part, des troncs agonisants luttant contre la décomposition. Dans cet enchevêtrement de vie et de mort, pendant que la sève luttait pour monter, des orchidées aux couleurs invraisemblables se pavanaient dans la bruine gorgée d'odeurs de sucs, de déchets organiques et de glandes animales abandonnés là pour marquer le territoire.

Ce que j’en pense :

L’auteur nous plonge littéralement dans ce Congo immense et très complexe et en particulier dans la ville de Kinshasa. Rien ne nous est épargné, c’est parfois très violent. La satire est souvent féroce et ne ménage pas grand monde : les églises, l’ONU, la police, les politiques, les militaires, la mondialisation, les occidentaux….Heureusement qu’il y a l’humour ! Ce livre a aussi une valeur documentaire sur ce qui se passe encore maintenant dans ce Congo.

 

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