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>>> "Les habitantes" de Pauline Peyrade

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

L’histoire se déroule entre la fin du printemps et celle de l’été, dans un hameau et ses alentours, au cœur de collines couvertes de forêts, de champs et de routes. Emily vit seule avec sa chienne Loyse dans la maison héritée de sa grand-mère. C’est là qu’elle a grandi, quand son père est parti fonder une nouvelle famille. Elle y mène une existence en marge, rythmée par les promenades rituelles, les baignades à l’étang, le travail chez Aude dans la ferme voisine. Un jour, des lettres arrivent, lui signifiant la mise en vente imminente de la maison.

Première page :

Il y a environ cent soixante millions d’années, la terre d’ici baignait dans une mer tiède et peu profonde, peuplée de coraux. Des souches diverses grandissaient les unes près des autres, en bouquets multicolores. À leur mort, certaines devenaient poussière ou plancton. D’autres, aux squelettes calcaires, se changeaient en pierre. Avec le temps, leurs corps minuscules, accumulés, ont formé des falaises. Certaines affleurent, ouvrent les pentes douces des collines, troublent le confort des forêts. La plus grande s’écoule sur une vallée discrète, à peine marquée, quelques dizaines de mètres creusés jusqu’à une petite clairière inondée, cachée dans un pli, abreuvée par une source. Les blocs qui la composent ressemblent à des animaux étranges, dinosaures, baleines bleues sculptées de tatouages, bas-reliefs à moitié gommés, anémones géantes, poulpes à cent tentacules.

Ce que j’en pense :

On retrouve l’écriture très particulière de son livre précédent « L’âge de détruire ». C’est un style  très descriptif, pointilliste, assez froid, fait de phrases plutôt courtes. Ce type d’écriture convenait merveilleusement au premier livre mais m’a paru problématique pour ce roman. Il y avait trop de distance prise avec l’héroïne, et par le fait même avec le lecteur.

 

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>>> "Killing me softly" de Jacky Schwartzmann

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Tueur à gages, Madjid Müller accepte un contrat inhabituel : exécuter un homme accusé de pédophilie sous les yeux de celui qui fut sa victime, devenu prof à Sciences Po. Quand Madjid découvre que la cible est un vieillard sénile domicilié dans un EHPAD à Besançon, il estime que cette vengeance n’a aucun sens. C’est le début des embrouilles…

Première page :

RAMAYA

Les festivals de musique m’ont toujours ennuyé. Ils sont l’équivalent, pour le foie gras, d’une quinzaine promotionnelle chez Système U. Rock en Seine n’y échappe pas, malgré une programmation de qualité. Mon immense regret est que je ne serai plus là dimanche, pour le concert de Baxter Dury. Un réel crève-coeur, moi qui suis fan. Voilà le genre de gars capable de me faire me déhancher, sur une piste de danse, ou seul dans mon salon. Je vous parle d’une dynastie, d’une lignée royale dont le premier monarque a été le King : Elvis Ier.

Le groupe Måneskin, je ne connais pas. Ce sont de jeunes Italiens en passe de devenir un groupe monstre, à l’image de Queen ou de Kiss. Je ne parle que du nombre de spectateurs lors des tournées, pas de leur musique. Pour commencer, excellent storytelling. Les trois garçons et la fille se sont rencontrés au lycée, à Rome. Vous savez, c’est ce groupe qui a remporté l’Eurovision en 2021…

Ce que j’en pense :

L’auteur est vraiment un spécialiste du polar déjanté où les situations peuvent paraître absurdes, exagérées, invraisemblables. Mais, grâce à l’écriture, à sa façon de traiter parfois les personnages avec beaucoup d’humanité et d’humour, il réussit à nous captiver par cette histoire. On retrouve comme dans la plupart de ses romans la ville de Besançon.

 

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>>> "Hurlements" de Alexis Laipsker

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

« Plus vous chercherez à comprendre, plus le piège se refermera sur vous. »

Cinq femmes kidnappées. Quatre victimes introuvables. Trois enquêteurs sur la brèche. Deux jours seulement.

Un tueur diabolique. Zéro chance d’en sortir indemne.

Première page :

Olivia Montalvert se redressa brutalement dans son lit. Elle venait d'être arrachée au sommeil par un bruit diffus. Une sorte de grincement. Ou peut-être un craquement, elle ne savait pas bien.

Elle parcourut la chambre du regard, interrogeant l'obscurité. Elle ne vit rien d'anormal. Elle s'attarda sur la porte qu'elle avait laissée entrebâillée. Le couloir plongé dans les ténèbres ne lui apporta aucune réponse. Elle tendit l'oreille.

Rien.

Elle avait bloqué sa respiration afin de mieux entendre.

Elle demeura ainsi un long moment à sonder le silence.

À demi endormie, encore embuée par la fatigue de cette nuit inachevée, elle se frotta le visage et écarquilla les yeux.

Après quelques secondes supplémentaires, elle dut se rendre à l'évidence : son imagination lui avait joué des tours. Elle reposa sa tête sur l'oreiller et tira la couette jusqu'au menton. Confortablement blottie, elle referma les yeux.

La journée avait été éprouvante. Tant moralement que physiquement. Elle avait été convoquée très tôt par le substitut du procureur…

Ce que j’en pense :

C’est un excellent polar addictif que l’on a envie de lire d’une traite. L’intrigue est bien construite par chapitres courts. L’auteur sait y faire pour mettre du suspens. Évidemment c’est assez violent et certaines descriptions sont difficiles à soutenir. Il y a quelques « clichés » comme ce personnage principal du flic macho mais quand même sympa avec sa jeune et belle collègue. Mais dans l’ensemble c’est percutant et très agréable à lire.

 

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>>> "Petit fruit" de Marion Fayolle

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

« Novembre, décembre, janvier, elle calcule sur ses doigts en même temps qu’elle marche. Si elle tombait enceinte ce mois-ci, ça serait pour juillet. Elle préférerait un bébé de printemps mais c’est raté. Et puis, non, c’est la saison des fruits, ça tomberait mal pour les cueillettes. Un bébé d’hiver, ce serait idéal, ils auraient plus de temps pour l’accueillir. Janvier, décembre, novembre, elle rembobine les saisons. »

Une femme dont le ventre reste vide, un mari qui ne trouve pas les mots pour la rassurer, un inconnu qui frappe à la porte et s’immisce entre eux. La rencontre de trois solitudes, quelque part, dans une ferme. Ici, on glane des prunelles en attendant le petit fruit dans la chair, on jette ses peurs au feu, on peint pour se parler.

Dans ce deuxième roman, Marion Fayolle évoque le désir d’enfant avec une délicatesse qui n’élude pas le chagrin. Elle écrit comme on rêve, avec des images, des sensations et des symboles. Elle invente un monde où l’on transforme ce dont les autres ne veulent pas, où les amours déteignent et où la poésie se cueille à même le sauvage.

Première page :

La chambre du fond  

La déception perle entre ses cuisses, coule le long de ses jambes. Elle avait pourtant mal aux seins depuis quelques jours, elle y croyait. Ils ont fait l'amour au bon moment, elle en est sûre, elle regarde à nouveau sa courbe de température. Ça pleure tout rouge dans sa culotte. C'est pas compliqué pourtant d'avoir un enfant, tout le monde y arrive, pourquoi pas eux. Son corps se vide, sa serviette hygiénique absorbe tous ses espoirs, elle baigne dans sa désillusion.

Son mari pose les mains sur sa nuque. Ça marchera le mois prochain. Voilà bientôt deux ans qu'il lui répète ces mêmes mots. Ça marchera le mois prochain. C'est pas son corps à lui qui fabrique un nid douillet pour leur bébé, qui se prépare à l'accueillir et qui doit tout détruire parce que rien ne se passe, qui construit et qui casse, qui y croit et qui en chiale douze fois par an. Sa colère tape dans ses reins. Elle avale un cachet. Ça calme le ventre mais pas l'injustice.

Ce que j’en pense :

C’est encore un roman très court (comme son précédent « Du même bois ») mais cela ne l’empêche pas d’être très puissant, sensible, doux comme un rêve et surtout merveilleusement écrit. On peut le qualifier de poétique et surréaliste. Ce personnage de l’inconnu silencieux est troublant mais réussit à nous faire croire à un miracle possible. Un beau coup de cœur.

 

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>>> "Traverser les forêts" de Caroline Hinault

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Trois femmes, une forêt.

La forêt c’est la dernière forêt primaire d’Europe, aux confins de la Pologne. Un sanctuaire sauvage peuplé d’une grande faune disparue ailleurs.

C’est là que vit Véra, journaliste biélorusse exilée depuis le printemps au milieu des arbres et des bêtes.

C’est là qu’est revenue s’installer Nina, elle qui a rêvé que sa beauté lui ouvrirait les portes de l’Occident mais qui, remâchant ses illusions perdues, occupe avec son fils l’ancienne maison forestière de ses parents.

C’est là, enfin, dans cette « zone rouge » où patrouillent désormais les militaires, qu’Alma tente de franchir la frontière.

Sans qu’elles le sachent, la forêt va entremêler le destin de ces trois femmes. Mais comment traverser ce labyrinthe ? Quelle direction prendre ?

Première page :

Alma

Octobre

L'espace est muré. Partout, autour d'eux : des arbres tordus, démultipliés, plantés dans les gencives noires de l'humus. Bessem ne dit rien. Alma non plus. Ils sont à l'arrêt. Pétrifiés devant la gorgone végétale. Étouffés par la pelote de peur qui étire son lierre en eux.

Alma fixe le barbelé de branches. Aspire le sang d'une coupure à la main.

Crache.

Des oiseaux croassent. Le vent leur souffle au visage son haleine de compost. L'air s'est encore assombri. Le ciel est mort depuis longtemps.

Alma ne crèvera pas ici. Elle s'élance. Arrache les branches. Pulvérise la structure de bois mort. Brise tout ce qui l'entrave. Tout ce qui l'empêche. Elle fait ployer les rejets qui explosent comme une multitude d'incendies végétaux. Frappe. Lève les pieds. Les poings. Se protège le visage. Les branches cassent. La mordent. Le bois explose. Fait jaillir des étincelles d'échardes. C'est un combat inégal. Un feu sans flammes. Elle saigne. Pousse des cris sans mots. Grognements de hargne et de volonté.

Ce que j’en pense :

C’est un roman puissant avec trois voix de femmes (et un peu celle d’un homme : « l’homme-mésange ») dans une forêt qui, elle aussi, est très présente. L’écriture, différente pour chacun des personnages, nous permet de les suivre avec beaucoup d’empathie. Le sujet du livre est malheureusement d’actualité et nous emmène dans une région peu connue aux limites de la Pologne et de la Biélorussie. Pour moi, ce roman est aussi fort que « Solak » le précédent livre de l’autrice.

 

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>>> "L'âge de détruire" de Pauline Peyrade

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

J’entends ma mère qui entre dans la chambre. Ses pas sont lents. Elle marche sur la pointe des pieds. Elle effleure les barreaux de l’échelle, suit le bord de la couchette du haut jusqu’au milieu du matelas. Je me terre dans l’angle. Elle grimpe sur le rebord du lit, plie son coude autour de la barrière, elle se tient, le corps tendu dans le vide. Je sens ses yeux, ils scrutent les reliefs à travers le garde-corps ajouré. Elle tâte la couette à ma recherche. Quand elle me trouve, ses doigts se referment, ils tentent d’identifier leur prise. Une masse de cheveux, une fesse, un talon. Sa main s’arrête sur mon épaule. Elle reste là, sans bouger.

Première page :

Les mollets sculptés et les pieds douloureux dans ses escarpins à talons carrés, debout, seule au milieu de la chambre, ma mère trace une petite croix dans l'angle supérieur gauche du plan de l'appartement. Au-dessus de la croix, elle note le mot « cloques ». Juste en dessous, elle précise «plafond». Elle lève les yeux et fixe un moment la peinture boursouflée, les bulles maculées de taches vertes aux contours dilués au-dessus de sa tête. Les restes d'un dégât des eaux. Il y a peu de risques que cela s'aggrave. Elle se demande si une telle remise en état lui coûterait cher en travaux. Un soupir lui échappe, bref et nerveux.

L'appartement fait cinquante-six mètres carrés. Il occupe le quart du troisième étage d'un morceau de résidence construite dans les années 1970, un ensemble de tours jaune clair de différentes formes géométriques, rassemblées autour d'une cour pavée de ciment…

Ce que j’en pense :

Le sujet du roman est la relation mère/fille entre une mère toxique et une fille (d’abord enfant puis adulte) qui va rester dans cette emprise dont elle ne peut se débarrasser. L’écriture est froide et sèche et laisse beaucoup de place aux non-dits. La violence n’est jamais vraiment décrite mais on la ressent encore plus fortement. Cela peut être dérangeant, presque malsain mais c’est un livre absolument bouleversant.

 

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>>> "Obsolète" de Sophie Loubière

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

2224. Depuis le Grand Effondrement de la civilisation fossile, l'humanité s'est adaptée. Économiser les ressources, se protéger du soleil, modifier son habitat, ses besoins, en finir avec toute forme de violence, vivre en harmonie et adhérer au tout-recyclage.

Y compris celui des femmes. Afin d'enrayer le déclin de la population, les femmes de cinquante ans doivent quitter leur famille et laisser la place à une autre en âge de procréer, pour entamer un autre cycle de vie au Domaine des Hautes plaines.

L'heure a sonné pour Rachel. Solide et sereine, elle est prête. Mais qu'en est-il de son mari et de ses enfants ? Et que faire de ses doutes grandissants ? Car personne ne revient jamais des Hautes-Plaines. Et Rachel sent bien que ce n'est pas le lieu de rêve promis par la Gouvernance aux futures Retirées...

Première page :

Je n'oublierai jamais ce long voyage, l'accélération du train et l'euphorie qu'elle procure.

Abandonnées, les cendres de mon village.

Je ne suis encore qu'une gamine que l'odeur de sa peau rassure, blottie contre le dossier d'un siège au cuir capitonné, une boule au creux du ventre. Mes pieds ne touchent pas le sol, mes doigts agrippent les accoudoirs, et mes parents somnolent.

Nous traversons un tunnel sans fin, creusé à cent cinquante mètres sous terre. L'obscurité offre son écran au paysage virtuel. Sur les parois vitrées du compartiment, je vois défiler des forêts dentelées de sapins, des bataillons de troncs bardés de pics sous un tourbillon de neige, des cascades prêtes à engloutir le train et qui donnent le vertige, de vastes campagnes dépourvues d'éoliennes où, dans le bleu de la brume, se dévoilent de jolies chaumières tapissées de rosiers, et des châteaux harnachés de tours. Des images d'un autre temps que je ne peux rattacher à aucune réalité, entrecoupées de messages à caractère informatif offerts par la Gouvernance territoriale.

Ce que j’en pense :

C’est un très bon roman d’anticipation qui nous interroge sur notre actualité. Les personnages sont bien décrits et nous les suivons dans leur quotidien avec empathie. Les thèmes abordés sont sans doute un peu trop nombreux : intelligence artificielle, féminisme, écologie, dérèglement climatique, manipulation mentale, vieillesse, recherche d’un au-delà,…Dommage !

 

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>>> "Leçons de grec" de Han Kang

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

«  Muette, elle est assise parmi les élèves qui répètent d’une voix énergique. Le professeur de grec ne fait plus de remarque à propos de son mutisme. Tourné de trois quarts, il efface les phrases qui couvrent le tableau en faisant de grands gestes avec sa main qui tient un chiffon molletonné.  »

  Elle a perdu sa voix, lui perd peu à peu la vue. Les blessures de ces personnages s’enracinent dans leur jeunesse et les ont coupés du monde. À la faveur d’un incident, ils se rapprochent et, lentement, recouvrent le goût d’aller vers l’autre, celui de communiquer. Leçons de grec est une ode magnifique à la reconstruction des êtres, au-delà de la résilience, et le roman de la grâce retrouvée.

Première page :

« Il saisit l’épée et il la pose nue entre eux », c’est ce que Borges a demandé de faire graver sur sa tombe. À la jeune et belle Maria Kodama, métisse japonaise, qui était sa secrétaire, puis son épouse alors que l’écrivain avait 87 ans. Elle avait ainsi partagé les trois derniers mois de sa vie et était présente à ses côtés lors de sa mort, survenue à Genève où il avait passé son adolescence et où il avait souhaité être enterré.

Un chercheur a déclaré dans un ouvrage que cette brève inscription sur sa tombe était un « symbole à la lame tranchante ». Alors qu’il voyait là une clé permettant d’entrer dans la littérature de Borges – un couteau posé entre la réalité littéraire du passé et l’écriture borgésienne –, j’ai pris cela pour un aveu tout à fait délibéré et personnel.

Cette phrase succincte est tirée d’un poème épique de l’antiquité scandinave. La première et dernière nuit qu’un homme et une femme passent ensemble, une épée est posée entre eux jusqu’à ce que l’aube arrive. Que pouvait être cette « lame tranchante » sinon la cécité qui s’était interposée à la fin de sa vie entre Borges et le monde ?

Ce que j’en pense :

C’est très beau, magnifiquement écrit sans doute. C'est une rencontre très sensible entre quelqu’un qui perd la vue et une autre qui n’a plus la voix mais qui s’accroche à une langue morte. C’est aussi très poétique… mais ce n’est pas d’une lecture facile, c’est d’une grande tristesse et le rythme est très lent… si bien que j’ai fini par m’y ennuyer !

 

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>>> "Le maitre a de plus en plus d'humour" de Mo Yan

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

L'usine a fait faillite, maître Ding est licencié. À seulement un mois de la retraite, c'est tout un monde qui s'effondre. Mais il retrouve soudain sa joie de vivre grâce à une idée géniale. Oui, mais cette idée... ne serait-elle pas un peu criminelle ?

Dans ce court roman empreint de tendresse et d'humour, Mo Yan exerce une fois de plus son regard décapant sur la société chinoise contemporaine.

Première page :

À un mois de l'âge de la retraite fixé par l'État, Ding Shikou fut licencié par l'Usine de fabrication de matériel agricole de la ville, où il avait travaillé pendant quarante-trois ans. Le caractère shi, « dix », placé à l'intérieur du caractère kou, «bouche », donne le caractère «champ »; le mot ding évoque un robuste gaillard ; un robuste gaillard qui possède un «champ » n'aura pas à s'inquiéter de son habillement et de sa nourriture: voilà le bel espoir que nourrissait pour lui son père, un paysan, en lui choisissant ce prénom 2. Mais le destin n'avait pas permis à Ding Shikou de posséder un champ, il lui avait permis d’entrer comm ouvrier à l’usine…

Ce que j’en pense :

Petit livre (très petit) facile et agréable à lire, ayant la forme d’une fable sur le « capitalisme » chinois, écrit il y a 25 ans. C’est plein d’un humour parfois désuet ou légèrement cynique mais c’est assez éloigné de la critique sociale ou politique. On éprouve peu d’empathie pour les personnages et la fin permet de boucler le livre de façon assez originale.

 

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>>> "Le roi des cendres" de S. A. Cosby

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Roman est à la tête d'une entreprise de gestion de patrimoine florissante à Atlanta. Quand il apprend que son père a été victime d'un accident de la route, il décide de revenir à Jefferson Run, la petite ville de Virginie où il a grandi. Il sait qu'il va y être confronté à quelques souvenirs qu'il a tout fait pour oublier : la mystérieuse disparition de sa mère, dont il ne s'est jamais remis ; l'entreprise de pompes funèbres de son père, ses odeurs de mort et de cendres, qu'il n'a jamais supportées. Il y retrouve sa soeur et son frère, qu'il culpabilise toujours d'avoir abandonnés le jour où il a fui Jefferson Run. Cet ancien fleuron industriel de l'État est aujourd'hui devenu une ville en perdition, gangrenée par la pauvreté, la drogue et une violence extrême. Lorsqu'il apprend que son frère Dante est impliqué dans une affaire criminelle, Roman veut tout faire pour l'aider. Il va alors subir de plein fouet la réalité désastreuse de l'Amérique, où une nouvelle génération, sans aucun scrupule et prête à tout, tient désormais les rues. Et il n'est pas au bout de ses surprises : comme dans toute famille qui se respecte, tout le monde cache des choses. Son père a-t-il vraiment été victime d'un accident de la route ? Et la disparition de sa mère est-elle vraiment aussi mystérieuse que tout le monde le croit ?

Première page :

Il rêve de sa mère.

À travers le filtre sépia du projecteur qui diffuse ces images inconscientes, la couleur acajou de la peau de sa mère lui paraît plus profonde, plus foncée. Ses grands yeux scintillent comme des lucioles. Ses cheveux, coupés court au niveau de la nuque et bouclés sur le sommet du crâne, brillent aussi. Elle porte la blouse d'infirmière dans laquelle il l'a vue pour la dernière fois, ce jour-là. Sur le revers de la jambe gauche de son pantalon, de minuscules gouttes de sang qui évoquent un tatouage abstrait au henné.

Dans son rêve, il tend la main — pas celle qui arbore une montre à douze mille dollars, mais l'autre, celle qu'il avait à seize ans. Hélas, alors qu'il s'apprête à effleurer sa mère, celle-ci s'estompe peu à peu, tel un Polaroid au développement inversé.

Et il se réveille, son nom sur ses lèvres.

Sur ses lèvres persiste aussi le goût de l'amante étendue à côté de lui, un goût qui l'emplit de honte. La femme passe une de ses fines cuisses cuivrées par-dessus la sienne et murmure :

« Roman ? »

Il y a presque de la piété dans la façon dont elle a prononcé son prénom. Il se retourne afin de lui présenter son dos. Elle lui a donné son nom de scène la veille mais, à cet instant, il ne s'en souvient plus.

« Hmmm ? fait-il.

— On va prendre le petit déjeuner ? » suggère-t-elle.

Ce que j’en pense :

Difficile de dire que l’on n’a pas aimé ce livre alors qu’on l’a lu avec un certain intérêt (presque) jusqu’à la fin. Il faut dire que Cosby sait écrire ! Je suis quand même déçu car l’auteur m’avait habitué à des romans plus forts, avec des personnages pour qui on éprouvait beaucoup d’empathie, même si la violence était toujours bien présente. Je n’ai eu aucune sympathie pour Roman, le personnage principal, et sa façon très bizarre et presque magique de faire fructifier l’argent.

 

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