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L'avortement

Publié le par GéHa

L'avortement

"L'avortement" de Richard Brautigan - Points

Présentation de l'éditeur :

Un homme vit cloîtré dans une bibliothèque insolite qui accueille jour et nuit des manuscrits refusés par les éditeurs. Un jour, une femme sublime vient lui confier son livre. Elle raconte l'histoire de son corps, cette " horrible chose " qu'elle ne supporte plus. Entre le bibliothécaire farfelu et cette étrange créature, une histoire d'amour est née, et les ennuis commencent.

Première page :

"C'est une belle bibliothèque, parfaite de tempo, luxuriante et américaine. A l'horloge, il est minuit et la bibliothèque, profonde, est emportée, comme un enfant qui rêve, jusque dans l'obscurité de ces pages. Bien que la bibliothèque soit « fermée », je n'ai pas besoin de rentrer chez moi parce que chez moi, c'est ici et cela depuis des années. D'ailleurs, il faut que j'y sois en permanence; cela fait partie de mon travail. Je ne voudrais pas passer pour un petit fonctionnaire beso­gneux mais quand même, j'aime mieux ne pas penser à ce qui arriverait si, par hasard, quelqu'un venait et je n'étais pas là.

Cela fait des heures que je suis assis à ce bureau, le regard perdu parmi les rayons obscurs où s'alignent les livres. J'aime leur présence, le poids de leur présence, et l'honneur qu'ils font au bois des étagères.

Je sais qu'il va bientôt pleuvoir.

Toute la journée déjà, les nuages ont joué avec l'écriture bleue du ciel, emménageant leurs lourdes malles noires mais, jusqu'ici, de pluie rien n'est encore arrivé.

J'ai « fermé » la bibliothèque à neuf heures mais, si quelqu'un veut apporter un livre, il y a toujours, près de la porte, la cloche qu'on peut sonner et qui m'appelle et me fait abandonner sur-le-champ mon occupation du moment…."

Ce que j'en pense :

C'est tendre, plein d'humour, ça frôle l'absurde mais c'est surtout très poétique. Il suffit de quelques images, souvent décalées, pour que l'auteur nous entraîne dans son monde mélancolique et joyeux à la fois. Voilà une lecture qui nous fait du bien.

L'avortement

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Le silence de Grace

Publié le par GéHa

Le silence de Grace

"Le silence de Grace" de Peter Robinson - Le livre de poche

Présentation de l'éditeur :

Après la mort de sa femme, le compositeur hollywoodien Chris Lowndes décide de revenir s’installer dans son Yorkshire natal. Il y retrouve les belles landes sauvages de Kilnsgate House. Mais, très vite, l’atmosphère dans la vieille demeure s’avère troublante. Chris apprend que l’ancienne propriétaire des lieux, Grace Elizabeth Fox, a été condamnée à la pendaison pour le meurtre de son mari, un éminent médecin, soixante ans plus tôt. Et si Grace était innocente ? Cette question l’obsède. Au point de revisiter toute l’affaire.

Première page :

PROCÈS CÉLÈBRES : GRACE ELIZABETH FOX, AVRIL 1953, PAR SIR CHARLES HAMILTON MORLEY

Le matin du 23 avril 1953, à 6 h 30, Grâce Elizabeth Fox se leva de son lit et s'habilla avec l'assistance de la jeune surveillante de garde Mary Swann. Elle se contenta d'un petit déjeuner léger, composé d'un toast à la marmelade et de thé, puis s'occupa à écrire des lettres à sa famille et à ses amis. Peu avant 8 heures, elle but un petit verre de cognac afin de calmer ses nerfs, puis elle passa l'heure qui suivit seule à seul avec l'aumônier.

Trente secondes avant 9 heures, M. Albert Pierrepoint pénétra dans la cellule de Grâce accompagné de son assistant et, avec sa courtoisie et sa promptitude coutumières, attacha les mains de la prisonnière dans son dos par le moyen d'un lien souple en cuir de vachette avant de l'escorter sur la courte distance les séparant du bâtiment des exécutions, situé juste au-dessus. Dans la grisaille de ce matin pluvieux, les marches glissantes étaient plongées dans l'obscurité. A 9 heures précises, le petit groupe entra sur les lieux de l'exécution, où attendaient déjà le directeur, le médecin, ainsi que deux témoins…

Ce que j'en pense :

Ce livre est classé dans les policiers car Robinson écrit habituellement des enquêtes de l'inspecteur Banks. Il y a bien enquête dans ce livre mais assez "poussive" et plutôt laborieuse. C'est un roman qui pourrait être qualifié d'historique. La vie des infirmières lors de la seconde guerre mondiale constitue l'intérêt principal de ce livre.

Le silence de Grace

 

 

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L'enfant de Bruges

Publié le par GéHa

L'enfant de Bruges

"L'enfant de Bruges" de Gilbert Sinoué - folio

Présentation de l'éditeur :

Bruges, 1441. Arborant un air mystérieux, l'index posé sur les lèvres, Jan Van Eyck avait chuchoté : Petit, il faut savoir se taire, surtout si l'on sait. Qui pouvait se douter alors que, derrière la recommandation du maître flamand, se cachait le Grand Secret ? À travers les brumes de Flandre et la luminosité éclatante de la Toscane, un enfant de treize ans va se retrouver confronté à une effroyable conspiration. Un monde occulte, empli de ténèbres qu'il lui faudra affronter avec l'innocence pour toute arme. Pourquoi veut-on sa mort ? Que sait-il qu'il n'aurait jamais dû connaître ? Pour quelle raison des peintres de génie, des apprentis, des orfèvres, des penseurs, des architectes sont-ils la cible de meurtriers invisibles ? Quels sont les fils mystérieux qui les relient entre eux et les tirent insensiblement au bord de l'abîme ? Autant de questions auxquelles l'enfant de Bruges devra s'efforcer de répondre s'il ne veut pas disparaître à son tour dans la nuit.

Première page :

"Florence, juin 1441

La chaleur qui régnait sur la Toscane depuis le début de l'été s'était encore accrue. De la piazza délia Signoria à Santa Maria del Fiore on avait l'impression d'avancer dans un nuage de brume. Même le campanile s'était comme affaissé et son revêtement de marbre vert et rose ne reflétait plus qu'une teinte unique, brouillée de soleil.

Agenouillé devant la porte du baptistère San Giovanni, Lorenzo Ghiberti, le front luisant de sueur, finit d'apposer une ultime feuille d'or sur le profil de Caïn.

Malgré son âge, soixante-trois ans, aucune faiblesse n'affectait le mouvement de sa main. Le geste était aussi maîtrisé qu'il y a plus de quarante ans, lorsqu'il avait concouru face aux plus grands artistes de la ville."

Ce que j'en pense :

Je n'apprécie que moyennement les romans historiques et celui-ci ne fait pas exception. Certes on apprend des choses en particulier sur la peinture flamande et italienne au quinzième siècle mais l'intrigue est souvent poussive et un peu tirée par les cheveux.

L'enfant de Bruges

 

 

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Les contes à réchauffer

Publié le par GéHa

Les contes à réchauffer

"les contes à réchauffer" de Eric Durnez - Lansman

Présentation de l'éditeur :

Les Contes à réchauffer naviguent à vue dans les eaux du délire et du non-sens. Ils sont pourtant étrangement sérieux.

Quelque part entre Kafka et Nino Ferrer, sous le haut patronage des deux illustres citoyens d'Honfleur, Erik Satie et Alphonse Allais, Eric Durnez a composé ces petites histoires décalées, fragments suspendus dans le vide d'un monde à la dérive qui ressemble à s'y méprendre au nôtre.

Une étrange galerie de personnages s'affirme au fil des contes : Madame Dumonceau, le Colonel Ségur, Charles Desmet, un dermatologue génial, Gisèle et Jean-Louis... Ils hantent la mémoire du narrateur, le "je", qui semble toujours à la recherche de son âme perdue...

Extrait :

"La mélancolie

A côté du corps de ma sœur, j'ai déposé le couteau. Je suis sorti de la chambre. J'ai débouché la bouteille de vin que nous gardions pour les grandes occasions. C'en était une. Quel calme...

 La vacance

Pour sauvegarder les apparences, Gisèle et moi avons accepté de nous rendre à ce fameux réveillon. Je suis encore très amoureux de Gisèle. Elle, plus du tout. Dehors, il a neigé. Nos hôtes ont dit : dormez ici. Vers quatre heures du matin, j'ai proposé à Gisèle de nous coucher. Elle n'avait pas envie de dormir à mes côtés mais j'ai insisté pendant près d'une heure et elle a fini par dire oui. Je suis monté le premier. Elle n'est pas arrivée. Je suis redescendu. Elle embrassait un homme à pleine bouche. Je suis resté une minute à la regarder. Ensuite, elle est venue."

Ce que j'en pense :

C'est très inégal. Certains textes sont délicieusement délirants, débordants d'humour très noir et d'autres peuvent tomber à plat. Pour du théâtre ou de la lecture à haute voix il faudra veiller à la sélection.

Les contes à réchauffer

 

 

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Le livre de Timothé

Publié le par GéHa

Le livre de Timothé

"Le livre de Timothé" de Isabelle Damotte - éditions Potentille

Présentation de l'éditeur :

Un enfant, une femme. Deux histoires, deux voix.

Aucune discordance dans l’écriture d’Isabelle Damotte, mais bien une justesse qui interroge le mot accueil. Et ce, sans fioritures, avec pudeur et réalité mélangées. Les mots disent, aussi simplement, ce qui est ; mais ce qui est n’est pas si simple à approcher. Et c’est cela qui fait la force de cette poésie.

Extrait :

"Maintenant

chez eux

je dois dormir le soir

me lever le matin

manger à table

mettre les nouveaux vêtements

 

Je cache toutes les armes

et les oiseaux

sous l’oreiller

c’est mon secret

 

Je crie

mais pas aussi haut que les vagues

mais pas plus fort que mes 6 ans

« Rendez-moi ma vie d’avant »"

Ce que j'en pense :

Isabelle Damotte sait mettre des mots sur ce que l'on ne peut (presque) pas dire, et c'est écrit simplement. Bien que ces deux livres soient très différents dans la forme, je fais le  parallèle avec le livre  de Marie Sabine Roger "Les tartines au ket cheup", pour cette parole juste, donnée à l'enfant.

Le livre de Timothé

Le livre de TimothéLe livre de Timothé

 

 

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Les tartines au két-cheup

Publié le par GéHa

Les tartines au két-cheup

"Les tartines au két-cheup" de Marie-Sabine Roger - Rouergue (Dacodac)

Présentation de l'éditeur :

" Quand j'arrive à l'école maternelle Jean-Jaurès, j'ai même pas le temps de jouer dans la cour, c'est juste l'heure de rentrer. Les autres sont déjà rangés en petittrain pour aller faire pipi. Moi je suis le dernier. C'est nul, je peux doubler personne. " Entre la maison et l'école, Nicolas n'a pas toujours la vie facile. Heureusement, il y a petit Toiseau et Fourmisseau auxquels il peut tout raconter...

Première page :

"Ce matin, je suis drôlement pas content. J'ai raté mon dessin animé, et maman m'a pas fait mes tartines.
«Pas le temps, pas le temps, mon réveil a pas sonné ! Dépêche-toi, Nicolas, on va être en retard. Qu'est-ce qu'elle va dire, hein, ta maîtresse
?»
M'en fiche. Je veux mes tartines.
«Tu vas pas me faire un caprice ? À cinq ans ! T'es plus un bébé, quand même !... Allez, bois vite ton lait, je te donnerai des BN, à la place.»
Je veux bien des béhennes, mais ça remplace pas mes tartines du tout.
En plus, quand on arrive à l'école maternelle Jean-Jaurès, j'ai même pas le temps de jouer dans la cour, c'est juste l'heure de rentrer. Les autres sont déjà rangés en petit train pour aller faire pipi. Moi je suis le dernier. C'est nul, je peux doubler personne. En sortant des toilettes, je me mets premier en poussant Magali dans le mur, et je pars à fond les manettes, pile quand la maîtresse fait :

 «Allez, avancez, doucement et sans faire de bruit !»"

Ce que j'en pense :

On est dans la tête d'un petit garçon maltraité dans sa famille qui, heureusement, se réfugie dans l'imaginaire. C'est à la fois drôle et très émouvant. l'auteure connaît très bien le milieu enseignant et la description de ce monde est parfois impitoyable. Je suis toujours un inconditionnel des livres de Marie Sabine Roger, ce n'est pas encore celui-ci qui me décevra. C'est un livre pour ado mais qui peut (doit) être lu par les adultes. 

Les tartines au két-cheup

Les tartines au két-cheupLes tartines au két-cheupLes tartines au két-cheup

 

 

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Chouf

Publié le par GéHa

Chouf

"Chouf" de Sébastien Joanniez - éditions espace 34

Présentation de l'éditeur :

Écrits au cours de voyages entre la France et l’Algérie, issus de rencontres ou totalement inventés, les textes de Chouf sont des pépites du passé, des bribes d’aujourd’hui, les éléments d’un pont qui se jette par-dessus la Méditerranée.

Ici, la poésie tente de dire le silence et l’espoir.

La page presque blanche allume des feux dans la nuit.

Car l’Histoire n’a pas encore éteint nos souvenirs, ni coulé nos bateaux, ni entamé nos appétits.

Extrait :

"À la réflexion

Pacification 
c’est pour ça qu’on était là-bas
pour pacifier
avec des armes
et des troupes

 

À la cuisine

en Algérie à l’époque
on dansait sur un volcan

on le savait
mais on était heureux

tous ensemble
les deux pieds dans le feu"

Ce que j'en pense :

L'air de rien, de façon très poétique, à partir de petites touches légères et banales, ce texte traite en profondeur du lien franco-algérien. Il parle, de chaque côté de la Méditerranée, du passé, du présent et des rêves.

Chouf

ChoufChoufChouf

 

 

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L'inconnu du grand canal

Publié le par GéHa

L'inconnu du grand canal

"L'inconnu du grand canal" de Donna Leon - Points

Présentation de l'éditeur :

Qui est donc cet homme défiguré dont le corps flotte dans le Grand Canal de Venise ? Aucun élément d'identification, aucun signalement de disparition dans la région, aucun indice si ce n'est une chaussure... Le commissaire Brunetti a pourtant l'impression de connaître le noyé. C'est son assistante, l'irremplaçable mademoiselle Elettra, qui parviendra à l'identifier sur une vidéo de manifestation d'agriculteurs. La piste est fragile, mais elle permet au commissaire de remonter jusqu'à un abattoir situé sur les terres. Dans cet univers corrompu, plongé dans les scandales de l'industrie de la viande, Brunetti mène l'enquête.

Première page :

"L’homme était couché, calme, aussi calme qu’un morceau de viande sur un étal de boucher, aussi calme que la mort elle- même. Malgré le froid qui régnait dans la pièce, il n’était couvert que d’un drap fin en coton, qui lui laissait le cou et la tête libres. Vue à une certaine distance, sa poitrine semblait démesuré- ment haute, comme si son dos prenait appui sur une sorte de support, disposé sur toute la longueur. Si cette forme blanche était une crête de montagne enneigée et l’observateur un randonneur fatigué et obligé, après une longue journée de marche, de la franchir, il y a fort à parier qu’il préférerait marcher tout le long du corps, afin d’entreprendre l’ascension au niveau des chevilles et non pas de la poitrine. L’ascension serait en effet trop pénible et trop raide, et qui sait à quelles difficultés il se heurterait lors de la descente sur l’autre versant ? Vue de côté, la hauteur anormale de la poitrine sautait aux yeux, et si depuis le sommet le randonneur pouvait contempler l’homme, c’était le cou qui attirait l’attention. Le cou – ou peut- être, pour être plus précis, l’absence de cou. En effet, ce cou était une grosse colonne, descendant des oreilles aux épaules, sans marquer le moindre rétrécissement ; il était aussi large que la tête."

Ce que j'en pense :

On ne sait pas si ce livre est mal écrit ou mal traduit mais il est souvent pénible à lire. De plus, c'est très lent, le suspens n'existe pas, les personnages sont mal décrits. Les digressions, les apartés n'ont aucun intérêt (sauf d'être la plupart du temps proches du ridicule) et l'humour, lorsqu'il y en a, est involontaire. A éviter !

L'inconnu du grand canal

 

 

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Meursault contre-enquête

Publié le par GéHa

Meursault contre-enquête

"Meursault contre-enquête" de Kamel Daoud - Actes Sud

Présentation de l'éditeur :

Il est le frère de l'Arabe" tué par un certain Meursault dont le crime est relaté dans un célèbre roman du XXème  siècle. Soixante-dix ans après les faits, Haroun, qui depuis l'enfance a vécu dans l'ombre et le souvenir de l'absent, ne se résigne pas à laisser celui-ci dans l'anonymat : il redonne un nom et une histoire à Moussa, mort par hasard sur une plage trop ensoleillée.

Haroun est un vieil homme tourmenté par la frustration. Soir après soir, dans un bar d'Oran, il rumine sa solitude, sa colère contre les hommes qui ont tant besoin d'un dieu, son désarroi face à un pays qui l'a déçu. Étranger parmi les siens, il voudrait mourir enfin...

Hommage en forme de contrepoint rendu à L'Étranger d'Albert Camus, Meursault, contre-enquête joue vertigineusement des doubles et des faux-semblants pour évoquer la question de l'identité. En appliquant cette réflexion à l'Algérie contemporaine, Kamel Daoud, connu pour ses articles polémiques, choisit cette fois la littérature pour traduire la complexité des héritages qui conditionnent le présent.

Première page :

"Aujourd'hui, M'ma est encore vivante.

Elle ne dit plus rien, mais elle pourrait raconter bien des choses. Contrairement à moi, qui. à force de ressasser cette histoire, ne m'en souviens presque plus.

Je veux dire que c'est une histoire qui remonte à plus d'un demi-siècle. Elle a eu lieu et on en a beaucoup parlé. Les gens en parlent encore, mais n'évoquent qu'un seul mort - sans honte vois-tu, alors qu'il y en avait deux, de morts. Oui, deux. La raison de cette omission ? Le premier savait raconter, au point qu'il a réussi à faire oublier son crime, alors que le second était un pauvre illettré que Dieu a créé uniquement, semble-t-il, pour qu'il reçoive une balle et retourne à la poussière, un anonyme qui n'a même pas eu le temps d'avoir un prénom.

Je te le dis d emblée : le second mort, celui qui a été assassiné, est mon frère. Il n'en reste rien. Il ne reste que moi pour parler à sa place, assis dans ce bar, à attendre des condoléances que jamais personne ne me présentera. Tu peux en rire, c'est un peu ma mission : être revendeur d'un silence de coulisses alors que la salle se vide. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai appris à parler cette langue et à l'écrire ; pour parler à la place d'un mort, continuer un peu ses phrases. Le meurtrier est devenu célèbre et son histoire est trop bien écrite…"

Ce que j'en pense :

Il y a du malaise, de l'étouffement, du vertige (et de l'absurde) dans ce livre miroir de "L'étranger" (et aussi de "La chute"). C'est un livre complexe et difficile, il faudrait en faire plusieurs lectures pour en appréhender toutes les nuances. Ce livre donne surtout envie de relire Camus.

Meursault contre-enquête

Meursault contre-enquête

 

 

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Le livre de la jongle

Publié le par GéHa

"Le livre de la jongle" de Stéphane De Groodt - Plon

Présentation de l'éditeur :

Amoureux de la langue française et jongleur de mots, Stéphane De Groodt revisite à sa manière, drôle et absurde, les expressions de notre langue. Un ouvrage inédit dans la droite ligne de ses best-sellers, Voyages en absurdie et Retour en absurdie. Dernier carat " Il est dit que c'est le dernier carat parlé qu'aura raison. " C'est Byzance ! " Non, c'est Istanbul. Indique qu'il serait grand temps de mettre à jour votre GPS. " Sur un coin de table " Expression que nous devons aux chevaliers de la Table ronde. " Dessins de Raphaël Cruyt

Extrait :

"Avoir quartier libre
Nous devons l’expression "avoir quartier libre" à Jacques Cartier, non pas d’Orange mais de Saint-Malo. Célèbre navigateur qui à force de faire le malouin avec ses cartes finit par découvrir le golfe du Saint-Laurent, ce qui le rendit Yves de bonheur, enfin c’est ce que Jacques Caddy, et le fit aussitôt rentrer dans le club très fermé des grands découvreurs. "Avoir quartier libre" renvoie donc aux voyages en mer, ou inversement si vous êtes malades en bateau."

Ce que j'en pense :

Au mieux on sourit une fois toutes les vingt pages. Dommage, car l'homme est intéressant à entendre mais là il est un peu fatigant à lire. Je pensais qu'un tel livre aurait gagné à être lu à voix haute mais ça ne fonctionne pas. N'est pas Pierre Repp qui veut, à redécouvrir ici : https://youtu.be/oy-H9R2LEGY

 

 

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