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Hiver à Sokcho

Publié le par GéHa

Hiver à Sokcho

"Hiver à Sokcho" de Elisa Shua Dusapin - Zoé

Présentation de l'éditeur :

A Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n'est jamais allée en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l'inspiration depuis sa Normandie natale. C'est l'hiver, le froid ralentit tout, les poissons peuvent être venimeux, les corps douloureux, les malentendus suspendus, et l'encre coule sur le papier, implacable : un lien fragile se noue entre ces deux êtres aux cultures si différentes. Ce roman délicat comme la neige sur l'écume transporte le lecteur dans un univers d'une richesse et d'une originalité rares, à l'atmosphère puissante.

Première page :

"Il est arrivé perdu dans un manteau de laine.

Sa valise à mes pieds, il a retiré son bonnet. Visage occidental. Yeux sombres. Cheveux peignés sur le côté. Son regard m'a traversée sans me voir. L'air ennuyé, il a demandé en anglais s'il pouvait rester quelques jours, le temps de trouver autre chose. Je lui ai donné un formulaire. Il m'a tendu son passeport pour que je le remplisse moi-même. Yan Kerrand, 1968, de Granville. Un Français. Il avait l'air plus jeune sur la photo, le visage moins creux. Je lui ai désigné mon crayon pour qu'il signe, il a sorti une plume de son manteau. Pendant que je l'enregistrais, il a retiré ses gants, les a posés sur le comptoir, a détaillé la poussière, la statuette de chat fixée au-dessus de l'ordinateur. Pour la première fois je ressentais le besoin de me justifier. Je n'étais pas responsable de la décrépitude de cet endroit. J'y travaillais depuis un mois seulement.

Il y avait deux bâtiments. Dans le premier, réception, cuisine, salle commune, deux étages de chambres en enfilade."

Ce que j'en pense :

C'est un roman très intimiste dont le principal intérêt est de faire découvrir la vie quotidienne en Corée (ce qui est rare en littérature). L'auteure a voulu donner du rythme avec des phrases courtes (et souvent très courtes) mais l'ensemble est plutôt plat et presque insignifiant. Cependant, par moment, elle réussit à retrouver l'univers de certains écrivains asiatiques mais c'est trop rare.

Hiver à Sokcho

 

 

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La poudre et la cendre

Publié le par GéHa

La poudre et la cendre

"La poudre et la cendre" de Taylor Brown - Autrement

Présentation de l'éditeur :

 Ils fuient. Dans l'Amérique sauvage, au rythme de folles chevauchées, deux adolescents ont décidé de sauver leur peau. Callum, jeune orphelin de quinze ans, est un cavalier hors pair. Ava, dix-sept ans, est enceinte. Pris dans la violence de la guerre de Sécession, les voici poursuivis par des chasseurs de prime. Commence une course éperdue sur des terres de désolation, à la recherche d'une vie meilleure. Bivouaquant dans le froid, se nourrissant de bêtes abattues, ils sont l'unique horizon l'un de l'autre. Joyaux brut dans la lignée des oeuvres de Cormac McCarthy et des films de Quentin Tarantino, La Poudre et la cendre nous transporte tambour battant dans une épopée remplie d'amour, de sang et de poussière.

Première page :

"Une pâle lumière s'insinuait à travers la forêt de sapins noirs, fourmillant sous la couche de cendres, dans le cœur rougeoyant des braises finissantes. Les hommes émergeaient de leur campement, silencieux, et rompaient le pain d'un vieux pillage entre leurs doigts noircis. L'un d'entre eux faisait son propre examen. Suie et poudre, cendre et crasse. Des croissants de saleté accumulée sous ses ongles rongés et noirs, comme s'il avait dû s'extraire d'un trou dans la terre. Ou bien s'y enfouir.

D'autres mâchaient bruyamment. Du pain sec dans des bouches sèches. Pas de gobelets qui tintent. Pas de café depuis plusieurs jours. Dans le calme de l'aube, il avait toujours envie de leur parler, de briser le silence qui les unissait en une sinueuse ran­gée de cavaliers. Nulle couleur parmi les arbres. Ni écusson ni uniforme. Peut-être trouveraient-ils une certaine paix s'ils restaient hanter encore un peu cette brume au lieu d'enfourcher leurs montures ? Mais leur rituel était immuable.

Alors, le premier, il se mit en selle. Il déglutit le dernier croûton tout au fond de son gosier..."

Ce que j'en pense :

Récit d'une aventure assez violente dans une Amérique ravagée par la guerre civile. On s'attache à ces deux jeunes, blessés par la vie, ainsi qu'à leur cheval - héros à part entière. Les personnages secondaires sont également bien campés. Lecture intéressante dans un contexte historique original… mais de là à comparer ce livre à "La route" de Cormac McCarthy, il ne faut quand même pas exagérer !

La poudre et la cendre

La poudre et la cendre

 

 

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Le wagon à vaches

Publié le par GéHa

Le wagon à vaches

"Le wagon à vaches" de Georges Hyvernaud - Le Dilettante

Présentation de l'éditeur :

À l'aube des années 1950, dans la grisaille provinciale de l'après-guerre, un homme tente d'écrire le roman de sa vie, découragé par sa propre médiocrité et la petitesse ordinaire de son entourage. Le notable, le gardien de square, l'enseignant, l'ex-collabo, la bouchère, le chanoine, le collègue invisible. Quelle épopée construire à partir de tant d'oubliés, de solitaires, de pauvres, de morts-vivants ? 
Il tient son titre cependant : ce sera Le Wagon à vaches, à l'image de ce train de prisonniers qui l'emportait naguère vers l'Allemagne, de ce troupeau humain en route vers un autre néant. Ce sera un récit de révolte et de pitié, une chronique de l'absurde. Un plaidoyer pour rappeler qu'un monument ne suffit pas aux morts si la mémoire fait défaut aux vivants.

Première page :

"Bourladou me demande souvent :

– Enfin, qu’est-ce que tu peux bien y foutre, dans ta chambre, tout seul, comme ça, des soirées entières ?

Parce que lui, Bourladou, dès qu’il ne parle pas à quelqu’un, il s’emmerde.

Ce que j’y fous, ça ne regarde pas Bourladou. Ni personne. J’y creuse mon trou. On a quand même bien le droit de creuser son trou.

– Je lis, tu sais, je travaille…

– Ah oui, fait Bourladou.

Creuser son trou dans l’épaisseur de la ville et de la nuit. Et s’y blottir, s’y gratter, s’y lécher, en attendant le sommeil et la mort. Bourladou regarde des bouquins épars sur ma table, et se demande ce que ça peut bien être, mon travail."

Ce que j'en pense :

Dans l'après guerre, l'auteur règle son compte à la médiocrité ambiante. Il a un regard lucide, froid, souvent acerbe et désenchanté, mais avec une pointe d'humour, sur tous les imbéciles qui exhibent leurs médailles dans cette France des années 1950, mais aussi sur les gens ordinaires manipulés par un système toujours gagnant.

Le wagon à vaches

Le wagon à vachesLe wagon à vachesLe wagon à vaches

 

 

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Les contes défaits

Publié le par GéHa

Les contes défaits

 "Les contes défaits" de Oscar Lalo - Belfond

Présentation de l'éditeur :

Peau d'âme, noire neige, le petit poussé... Il était zéro fois... c'est ainsi que commencent Les contes défaits.
L'histoire est celle d'un enfant et de l'adulte qu'il ne pourra pas devenir.
Je suis sans fondations. Ils m'ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m'empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s'y inscrit s'évapore.
Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence...
Et c'est en écrivant l'indicible avec ce premier roman qu'il est entré de façon magistrale en littérature.

Première page :

"Ce qui m'est arrivé ne m'est pas arrivé. Ce que je sais, c'est que c'est arrivé à d'autres, et qu'eux non plus ne le savent pas. Ma vie est un conte qui n'existe pas. Un conte invente qui, depuis, me hante. Un conte impossible : ni fec, ni citrouille, ni carrosse. Un conte vide.

J'ai commencé par un livre qui n'était pas le mien. Voilà quarante ans que j'écris docilement le livre d'un autre. En fait, de plusieurs autres, selon la personne à laquelle je veux faire plaisir. Plaisir ? Je parle d'un territoire inconnu. Je n'ai cessé d'en donner en revanche. Pourvoyeur de plaisirs pourvoyeurs.

Ma vie est un conte inachevé. Impasse. Dead end : morte fin. Contractée en début de vie. Une aube crépusculaire. Une lumière incertaine. Entre chien et loup. Une faible lueur dont on ne sait si clic annonce le jour ou la nuit. Ordre de se coucher ! Chien donc. Ordre intimé par le loup. Ordre qui fout le bordel. D'où ces contes défaits.

J'ai dans la main un stylo qui ne veut rien dire. Je le force à me comprendre à rebrousse-poil. Peut-être aurais-je dû m'armer d'un pinceau plutôt. Plus tôt. Pourtant…"

Ce que j'en pense :

C'est un livre bouleversant qui sait faire crier le silence. C'est une histoire d'enfance détruite et c'est écrit avec beaucoup de pudeur, d'originalité et de force. C'est un roman qui prend aux tripes. C'est à la fois un coup de poing et un grand coup de cœur.

Les contes défaits

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Principe de suspension

Publié le par GéHa

Principe de suspension

"Principe de suspension" de Vanessa Bamberger - Liana Levi

Présentation de l'éditeur :

«10% de talent, 90 % d’efforts.» C’est la devise de Thomas pour défendre son usine et ses salariés. Depuis qu’il a racheté Packinter, une PME de la filière plastique, il lutte pour conjurer le déclin de l’industrie dans sa région du Grand Ouest. Un hiver pourtant tout bascule, et il se retrouve dans la chambre blanche d’un service de réanimation, relié à un respirateur. À ses côtés, Olivia, sa femme, attend son réveil. Calme, raisonnable, discrète. Comme toujours. Dans ce temps suspendu, elle revit les craintes des ouvriers, les doutes de Thomas, les trahisons intimes ou professionnelles qui les ont conduits jusqu’à ce grand silence, ce moment où se sont grippés le mécanisme des machines et la mécanique des sentiments. Parce que la vie s’accommode mal de l’immobilisme, il faut parfois la secouer un peu, selon le «principe de suspension».
Un premier roman juste et subtil sur le blues du petit patron et le fragile équilibre du couple.

Première page :

"« Principe » : norme constituant une référence fondée sur des considérations théoriques, des valeurs sur lesquelles il convient de régler une action ou sa conduite.

4 mars

Dans la chambre de réanimation du Centre hospitalier de Cambregy, l’air est rare et poisseux. Le soleil de printemps, anormalement fort, s’infiltre en fines rayures à travers les stores baissés. Il dépose ses particules de lumière cuivrée sur les murs, où les couches successives de peinture blanche rappellent à Olivia que cette même chambre, cet espace clos et carré a scellé la fi n d’autres vies. Thomas est étendu sur le lit médicalisé, son long corps est couvert d’un drap jusqu’aux aisselles, le blond clair de ses cheveux se fond sur la taie d’oreiller, ses orteils et son crâne touchent les extrémités du lit comme si on l’y avait fait entrer de force. Sa peau a pris une teinte crayeuse, ses paupières semblent faites de mousseline, ses lèvres sont déformées par le sparadrap et le long tube flexible qui en jaillit, relié au respirateur dont Olivia entend le bruit de lave-vaisselle. La poitrine de son mari se soulève et retombe mécaniquement au rythme du soufflet de la machine, et Olivia scrute avec inquiétude ses côtes saillantes que le drap souligne au lieu de dissimuler."

Ce que j'en pense :

C'est un sujet original qui mêle habilement les déboires d'un patron de PME et les interrogations de son épouse. Visiblement l'auteure s'est bien documentée sur le sujet. L'écriture est précise, fluide. Malheureusement il manquait quelque chose pour que je rentre complètement rentré "dans la peau" des deux personnages principaux.

Principe de suspension

Principe de suspension

 

 

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Une bouche sans personne

Publié le par GéHa

Une bouche sans personne

"Une bouche sans personne" de Gilles Marchand - Aux Forges de Vulcain

Présentation de l'éditeur :

Un comptable se réfugie la journée dans ses chiffres et la nuit dans un bar où il retrouve depuis dix ans les mêmes amis. Le visage protégé par une écharpe, on ne sait rien de son passé. Pourtant, un soir, il est obligé de se dévoiler. Tous découvrent qu'il a été défiguré. Par qui, par quoi? Il commence à raconter son histoire à ses amis et à quelques habitués présents ce soir-là. Il recommence le soir suivant. Et le soir d'après. Et encore. Chaque fois, les clients du café sont plus nombreux et écoutent son histoire comme s'ils assistaient à un véritable spectacle. Et, lui qui s'accrochait à ses habitudes pour mieux s'oublier, voit ses certitudes se fissurer et son quotidien se dérégler. Il jette un nouveau regard sur sa vie professionnelle et la vie de son immeuble qui semblent tout droit sortis de l'esprit fantasque de ce grand-père qui l'avait jusque-là si bien protégé du traumatisme de son enfance. 
Léger et aérien en apparence, ce roman déverrouille sans que l'on y prenne garde les portes de la mémoire. On y trouve les Beatles, la vie étroite d'un comptable enfermé dans son bureau, une jolie serveuse, un tunnel de sacs poubelle, des musiciens tziganes, une correspondance d'outre-tombe, un grand-père rêveur et des souvenirs que l'on chasse mais qui reviennent. Un livre sur l'amitié, sur l'histoire et ce que l'on décide d'en faire. Riche des échos de Vian, Gary ou Pérec, lorgnant vers le réalisme magique, le roman d'un homme qui se souvient et survit - et devient l'incarnation d'une nation qui survit aux traumatismes de l'Histoire. 

Première page :

"J'ai un poème et une cicatrice.

De ma lèvre inférieure jusqu'au tréfonds de ma chemise, il y a cette empreinte de l'histoire, cette marque indélébile que je m'efforce de recouvrir de mon écharpe afin d'en épargner la vue à ceux qui croisent ma route. Quant au poème, il me hante comme une musique entêtante, ses mots rampent dans mon crâne d'où ils voudraient sortir pour dire leur douleur au monde. Poème et cicatrice font partie de moi au même titre que mes jambes, mes bras ou mes omoplates. Je ne me sens pas tenu de les examiner pour savoir qu'ils existent. J'ai seulement appris à essayer de les oublier.

Voilà pour mon armoire à souvenirs. J'ai pris soin de la cadenasser solidement et, la plupart du temps, cela marche. C'est la seule solution pour rester, à ma manière, assez heureux. Mais les cadenas sont fragiles et il est impossible d'oublier une cicatrice lorsque celle-ci fait office de masque que l'on ne peut retirer."

Ce que j'en pense :

Ce livre peut paraître un peu déconcertant avec son mélange de légèreté, de folie, d'irrationnel, d'humour et de rocambolesque… tout en sachant qu'il y a au dessus de tout cela une terrible cicatrice. C'est vrai qu'il faut  "s'accrocher" dans les premières pages avant de se laisser apprivoiser par cette histoire loufoque, par ces personnages hors norme. On découvre en refermant le livre, comment le rêve, la poésie peuvent "réenchanter" le réel.

Une bouche sans personne

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Mariages de saison

Publié le par GéHa

Mariages de saison

"Mariages de saison" de Jean-Philippe Blondel - Pocket

Présentation de l'éditeur :

Toujours les mêmes conversations, les mêmes buffets, les mêmes belles-mères... Vidéaste de mariage, Corentin connaît par cœur le spectacle du bonheur. Tous les samedis d'été, il enfile sa cravate, attrape son matériel et part assister à l'union des autres – qu'il sait regarder, enregistrer comme personne. Personne, il l'est – à leurs yeux du moins. À force de vivre en marge, sans s'engager, Corentin fait du surplace sans le savoir. Il est grand temps qu'il passe de l'autre côté de la caméra. Du côté de la vie, enfin... 

Première page :

"La sonnerie du réveil. 6 h 30. Corentin tente de se raccrocher quelques secondes à son rêve, il était question d'eau, d'océan ou de rivière, mais trop tard, l'aquatique s'est retiré et Corentin est échoué sur son lit, en nage. A côté de lui, Aurore n'a pas bougé d'un iota. C'est étonnant de s'appeler Aurore et d'avoir un sommeil de ce plomb-là. Aurore n'émerge jamais avant la fin de la matinée, quand elle est en repos. Corentin soupire. Il n'a pas du tout envie de vivre la journée qui se profile devant lui. Dehors, les oiseaux pépient déjà - de quoi vous donner envie d'acheter une carabine et de tirer dans le tas.

Corentin sort de la chambre sans faire de bruit. Il jette un coup d'œil au costume suspendu à la tringle à rideaux. Samedi 8 juin. Aujourd'hui. Un mariage. Encore un. Son esprit commence à anticiper - les préparatifs, la coiffure, la cérémonie -, mais Corentin refuse de se laisser entraîner. D'abord, un café. Une cafetière entière. Ses parents ont proposé de lui offrir une nouvelle machine, de celles qu'on trouve partout désormais, avec les capsules hors de prix à commander…"

Ce que j'en pense :

Un bon petit roman, agréable à lire, mais pas le meilleur de Blondel. Cela se lit facilement, certaines situations sont cocasses, drôles, mais le plus souvent c'est assez convenu.

Mariages de saison

Mariages de saison

 

 

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Écoutez nos défaites

Publié le par GéHa

Écoutez nos défaites

"Écoutez nos défaites" de Laurent Gaudé - Actes Sud

Présentation de l'éditeur :

Il a mené des opérations pour les renseignements français de Bamako à Genève, de Beyrouth à Tanger. Il a vu des régimes tomber, des peuples se relever, des hommes mourir. Aujourd’hui, Assem Graïeb est fatigué. La mission qu’il accepte est peut-être la dernière : retrouver un ancien membre des commandos d’élite américains soupçonné de divers trafics. À Zurich, Assem croise Mariam, une archéologue irakienne qui tente de sauver des œuvres d’art dans la zone dévastée du Moyen-Orient. En une nuit , tous les deux partagent bien plus que quelques heures d’amour. 
En contrepoint de cette rencontre, le récit fait retentir le chant de trois héros glorieux : le général Grant écrasant les confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l’envahisseur fasciste. Mais quand une bataille se gagne au prix de vies fauchées, de corps suppliciés, de terres éventrées, comment prétendre qu’il s’agit d’une victoire ? 
Évocation tremblée d’un monde contemporain insondable, Écoutez nos défaites compose une épopée mélancolique et inquiète qui constate la folie des homme et célèbre l’émotion, l’art, la beauté – seuls remèdes à la tentation de la capitulation face au temps qui passe.

Première page :

"Tout ce qui se dépose en nous, année après année, sans que l'on s'en aperçoive : des visages qu'on pensait oubliés, des sensations, des idées que l'on était sûr d'avoir fixées durablement, puis qui disparaissent, reviennent, disparaissent à nouveau, signe qu'au-delà de la conscience quelque chose vit en nous qui nous échappe mais nous transforme, tout ce qui bouge là, avance obscurément, année après année, souterrainement, jusqu'à remonter un jour et nous saisir d'effroi presque, parce qu'il devient évident que le temps a passé et qu'on ne sait pas s'il sera possible de vivre avec tous ces mots, toutes ces scènes vécues, éprouvées, qui finissent par vous charger comme on le dirait d'un navire. Peut-être est-ce cela que l'on nomme sagesse : cet amas de tout, ciel d'Afrique, serments d'enfants, courses poursuites dans la médina de Tanger, visage de Shaveen, la combattante kurde aux lourdes tresses noires, tout, les noms utilisés, les rendez-vous pris, les hommes abattus et ceux protégés, je ne peux pas, moi, sagesse de quoi, cet amas vivant ne me sert pas à être plus clairvoyant, il ne me pèse pas non plus, non, c'est autre chose : il m'aspire. Je sens de plus en plus souvent mon esprit invité à explorer ce pays intérieur. La foule en colère sur la route …"

Ce que j'en pense :

Avec l'auteur on s'interroge tout au long du livre sur nos "victoires", nos "défaites", sur ce que signifie "être vainqueur" ou "être vaincu". Gaudé nous entraîne dans une réflexion historique et nous révèle que seuls l'art et la poésie résistent à  la barbarie. Un grand livre, à lire, à offrir.

Écoutez nos défaites

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Trois jours et une vie

Publié le par GéHa

Trois jours et une vie

"Trois jours et une vie" de Pierre Lemaitre - Le Livre de poche

Présentation de l'éditeur :

« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d'événements tragiques s'abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien.»
Pierre Lemaitre, Prix Goncourt 2013 avec Au revoir là-haut, revient ici à une forme brève de roman psychologique noir, où l’on retrouve son art unique d’émouvoir et de torturer son lecteur.

Première page :

"À la fin de décembre 1999 une surprenante série d'événements tragiques s'abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien. Ulysse. Ne cherchez pas la raison pour laquelle son propriétaire, M. Desmedt, avait donné à ce bâtard blanc et fauve, maigre comme un clou et haut sur pattes, le nom d'un héros grec, ce sera un mystère de plus dans cette histoire.

Les Desmedt étaient les voisins et Antoine, qui avait alors douze ans, était d'autant plus attaché à ce chien…"

Ce que j'en pense :

On connaît l'assassin dès le début du roman et c'est justement ce qui fait la force de ce livre. On est dans la tête du personnage et on suit avec beaucoup de crainte et d'espoir les péripéties de ce suspense psychologique. Un bon livre de Pierre Lemaitre.

Trois jours et une vie

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Trente-six chandelles

Publié le par GéHa

Trente-six chandelles

"Trente-six chandelles" de Marie-Sabine Roger - Babel

Présentation del'éditeur :

Allongé dans son lit en costume de deuil, ce 15 février, à l'heure de son anniversaire, Mortimer Décime attend sagement la mort car, depuis son arrière-grand-père, tous les hommes de sa famille sont décédés à onze heures du matin, le jour de leurs 36 ans. 
La poisse serait-elle héréditaire, comme les oreilles décollées ? Y a-t-il un gène de la scoumoune ? Un chromosome du manque de pot ?
Que faire de sa vie, quand le chemin semble tout tracé à cause d'une malédiction familiale ? Entre la saga tragique et hilarante des Décime, quelques personnages singuliers et attendrissants, une crêperie ambulante et une fille qui pleure sur un banc, on suit un Mortimer finalement résigné au pire.
Mais qui sait si le Destin et l'Amour, qui n'en sont pas à une blague près, en ont réellement terminé avec lui ? Dans son nouveau roman, Marie-Sabine Roger fait preuve, comme toujours, de fantaisie et d'humour, et nous donne une belle leçon d'humanité.

Première page :

"Je m'étais levé plus tôt que d'habitude. Six heures du matin. La journée était importante, et je savais déjà que je n'irais pas jusqu'au bout.
Je suis allé chercher des croissants à la boulangerie, je me suis fait un café. J'ai regardé mes albums de photos. J'ai repassé un petit coup de chiffon inutile sur ma cuisinière impeccable, j'ai essayé de regarder un film, de lire, sans succès. J'ai consulté deux cents fois la pendule. C'est curieux comme le temps semble se ralentir, à l'approche d'un rendez-vous. Les heures deviennent visqueuses, s'étirent en minutes élastiques et gluantes comme un long fil de bave sous la gueule d'un chien. J'attendais ce moment final depuis tellement longtemps. Je n'irai pas jusqu'à dire que je m'en faisais une fête, mais j'étais curieux de savoir ce qui allait se passer. J'étais simplement contrarié que ça se passe ici. Au cours des dernières années, j'avais échafaudé mille projets insolites ou grandioses : tirer ma révérence au fin fond de la Chine, dans une fumerie d'opium ; chez les Aborigènes, au son mélancolique d'un vieux didgeridoo. Sur les pentes d'un volcan."

Ce que j'en pense :

Beaucoup d'humour, .de la fantaisie, du rythme comme dans les autres romans de Marie Sabine Roger. Et ce don de l'auteure, que l'on retrouve dans la plupart de ses livres, pour mettre de la poésie, de la tendresse dans les petites choses de la vie. Voilà un livre qui fait vraiment du bien.

Trente-six chandelles

Trente-six chandellesTrente-six chandelles

 

 

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