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Mamie Luger

Publié le par GéHa

Mamie Luger

"Mamie Luger" de Benoit Philippon - Les Arènes

Présentation de l'éditeur :

Six heures du matin, Berthe, cent deux ans, canarde l’escouade de flics qui a pris d’assaut sa chaumière auvergnate. Huit heures, l’inspecteur Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La grand-mère au Luger passe aux aveux et le récit de sa vie est un feu d’artifice. Il y est question de meurtriers en cavale, de veuve noire et de nazi enterré dans sa cave.
Alors aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la vieille édentée, mais il sent qu’il va falloir creuser. Et pas qu’un peu.

Première page :

"6h08

Blam ! Blam !

Berthe recharge. Ses membres tremblent. Beaucoup d'émotions pour une vieille de cent deux ans. Elle pense à sa camomille qui prend la poussière sur l'étagère de sa cuisine et se dit qu'elle s'en ferait bien une tasse. Les sirènes qui résonnent au loin ne sonnent peut-être pas encore le glas, mais reculent inéluctablement la perspective du réconfort d'un bon pisse-mémère.

De Gore gît à quelques pas de la niche de son chien. Du sang autour de lui. Il a un trou dans le dos, un autre dans le cul, en plus de l'officiel. Merde, elle y a peut-être été un peu fort. Berthe ne l'a jamais aimé, de Gore. Le digne descendant de sa raclure de père. Elle ne pensait pas pour autant qu'il finirait au bout de son canon. Même si l'idée l'a souvent titillée.

Rien de ce qui est arrivé ce matin n'était prémédité. Roy et Guillemette avaient besoin d'un moyen de locomotion et de temps, et Berthe s'apprêtait à leur procurer les deux. À son âge, on ne peut plus…"

Ce que j'en pense :

On retrouve la petite vieille du roman précédent de Philippon « Cabossé ». On retrouve également la même plume truculente de l’auteur (on pense toujours à Audiard). Mais cela passe moins bien que dans le premier livre, il y a un essoufflement, une lassitude après les deux tiers du livre.

Mamie Luger

Mamie Luger

 

 

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Le cœur de Berlin

Publié le par GéHa

Le cœur de Berlin

"Le cœur de Berlin" de Elie Maure - Les allusifs

Présentation de l'éditeur :

Simon ne vit que pour le temps qu’il consacre à l’écriture et au vélo. À la mort de son chien, ses repères s’effritent, et lentement remonte à la surface le souvenir de Béatrice, sa sœur depuis longtemps disparue et dont il était autrefois si proche. Convaincu qu’elle se trouve encore quelque part, il décide de retrouver sa trace et de refermer le cercle d’injustice créé autour d’elle. Il trompe l’ennui d’un été caniculaire en reconstituant le vénéneux récit familial à travers ses souvenirs et l’évocation de son enfance vécue en Algérie. Mais il se lance aussi dans une quête plus profonde, celle de l’identité qu’un fils construit à partir d’un père qu’il ne connaît pas.
De choses tues en révélations, de personnages brisés en êtres dédiés à la vie, Le cœur de Berlin brosse dans un style intimiste et émouvant un portrait cru du mal parfois fait aux siens, du désir d’exister et des conséquences du mensonge.

Première page :

"ÉTÉ

J écris un livre pour y cacher mes pensées. Ma sœur est comme un astre noir, j'essaie de le regarder mais je n'y vois que de l'obscurité. Cette nuit m'envahit et crée autour de moi une densité dont je n'arrive plus à me détacher. J'erre dans l'été comme un Inuit dans une immensité glacée, je parcours la ville à vélo et il me semble qu'il s'agit toujours de la même rue. Je vois les arbres, les érables généreux qui ploient vers moi et, m'enfonçant dans ce tunnel vert, je fixe cet asphalte que je déteste si ce n'est quand il est lisse et sec et que j'entends à peine le crissement de mes pneus. J'avance aveuglément avec cette crainte constante que le mal paralyse à nouveau mes jambes et je redoute ce poison insidieux qui s'infiltre dans mes muscles alors que des sources dont j'ignorais l'existence se mettent à jaillir et répandent le liquide de l'inertie sous mes sens affolés. Je pédale plus rapidement, profitant de chaque accélération pour échapper au sort qui m'attend, mais mes cuisses s'engourdissent déjà et je pousse sur chaque pédale avec bientôt des jambes de bois. Il fait chaud, c'est la belle saison, je ne l'oublie pas, les gens sont légers et moi plus profondément malheureux que je ne l'ai jamais été. Je me dirige vers le quartier de Verdun et délaissant la piste cyclable du canal de Lachine devant le pont piétonnier qui mène au marché…"

Ce que j'en pense :

Ce n’est pas un livre qui se lit facilement. On sent bien qu’il y a le poids de lourds secrets mais c’est volontairement lent, comme si l’auteure réservait les révélations pour la fin… et c’est ce qu’elle fait ! J’ai lu d’autres romans plus forts sur le même thème (et par des auteurs québécois). Reste quand même une belle description d’une presque impossibilité à vivre lorsque les non-dits commencent à se révéler.

Le cœur de Berlin

Le cœur de Berlin

 

 

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La vraie vie

Publié le par GéHa

La vraie vie

"La vraie vie" de Adeline Dieudonné - L'Iconoclaste

Présentation de l'éditeur :

C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

D’une plume drôle et fulgurante, Adeline Dieudonné campe des personnages sauvages, entiers. Un univers acide et sensuel. Elle signe un roman coup de poing.

Première page :

"À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres. 

Des daguets, des sangliers, des cerfs. Et puis des têtes d’antilopes, de toutes les sortes et de toutes les tailles, springboks, impalas, gnous, oryx, kobus… Quelques zèbres amputés du corps. Sur une estrade, un lion entier, les crocs serrés autour du cou d’une petite gazelle. 

Et dans un coin, il y avait la hyène. 

Tout empaillée qu’elle était, elle vivait, j’en étais certaine, et elle se délectait de l’effroi qu’elle provoquait dans chaque regard qui rencontrait le sien. Aux murs, dans des cadres, mon père posait, fier, son fusil à la main, sur des animaux morts…"

 

Ce que j'en pense :

J’ai toujours beaucoup de méfiance lorsqu’un livre fait l’unanimité dans la presse et dans la blogosphère… mais là … je m’associe au concert de louanges à la publication de ce premier roman d’une auteure belge (il y a quand même beaucoup de gens talentueux chez les belges !). Je n’ai pas pu lâcher le livre avant la fin. C’est une écriture magnifique à la fois pleine d’humour, d’inventions et de forces. On se dit, après avoir lu une dizaine de pages, que ça ne va pas pouvoir tenir avec cette énergie jusqu’au bout… et bien si, ça tient ! C’est un conte sauvage, initiatique, drôle, cruel, sensuel, poétique, sombre… (et on pourrait ajouter d’autres adjectifs pour monter la richesse de ce livre). 

La vraie vieLa vraie vieLa vraie vieLa vraie vieLa vraie vie

 

 

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Le jour d'avant

Publié le par GéHa

Le jour d'avant

"Le jour d'avant" de Sorj Chalandon - Le livre de poche

Présentation de l'éditeur :

« Venge-nous de la mine, avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis. À sa mort, mes poings menaçant le ciel. Je n’ai jamais cessé de le lui promettre. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J’allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n’avaient jamais payé leurs crimes. »

Suite au décès de son frère Joseph, mineur, à cause du grisou dans la fosse Saint-Amé à Liévin en décembre 1974, Michel Flavent se promet de le venger un jour et quitte le nord de la France. Quarante ans après, veuf et sans attache, il rentre au pays pour punir le dernier survivant, un vieux contremaître, et enfin tourner la page.

Première page :

"Joseph, mon frère

(Liévin, jeudi 26 décembre 1974)

Joseph, serré tout contre moi. Lui sur le porte-bagages, jambes écartées par les sacoches comme un cow-boy de rodéo. Moi penché sur le guidon, main droite agaçant la poignée d'accélération. Il était bras en l'air. Il chantait fort. Des chansons à lui, sans paroles ni musique, des mots de travers que la bière lui soufflait.

Les hurlements de notre moteur réveillaient la ville endormie.

Mon frère a crié.

— C'est comme ça la vie !

Jamais je n'avais été aussi fier.

J'avais conduit la mobylette de Jojo une seule fois avant cette nuit-là. En rond dans notre cour de ferme, comme un cheval de manège empêché par sa longe. Il avait acheté cette Motobécane pour remplacer la vieille Renault qu'il n'utilisait plus. Il ne réparait pas sa voiture, il la ranimait. Et la laissait vieillir le long du trottoir."

Ce que j'en pense :

C’est un roman qu’on lit avec beaucoup d’émotion. Chalandon a vraiment beaucoup de talent pour nous faire pénétrer dans cet univers des corons, dans ce monde des mineurs. Il sait aussi nous réserver des surprises et des rebondissements… Il faut lire les romans de Chalandon !

Le jour d'avant

Le jour d'avant

Le jour d'avantLe jour d'avant

 

 

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Comme un lundi

Publié le par GéHa

Comme un lundi

"Comme un lundi" de Thomas Vinau - La fosse aux ours

Présentation de l'éditeur :

Avec délicatesse et poésie, Thomas Vinau chante « la petite fumée de nos vies ». Il cherche le mot juste pour dire la solitude des matins gris, la lassitude des jours qui se ressemblent, puis, comme un éclair, la beauté d'un instant suspendu.

Ses poèmes en prose sont à la fois mélancoliques et lumineux.
Lire Thomas Vinau c’est porter un regard différent sur les choses et les situations du quotidien. C'est se laisser entraîner dans une rêverie poétique, des textes courts où les émotions se chevauchent, nous faisant passer du sourire à la profondeur.

Extrait :

"Nous

Dire la glace sur ta joue. Nos discussions et nos partages. Mes colères ridicules. Nos petits riens. Nos pieds sales. Tes danses sauvages. Dire le vent dans les arbres. Et les jets d'eau. Et les moineaux qui s'y baignent. Et la lumière sur les pierres de la terrasse. Dire les jouets qui ruminent à l'ombre. Le Polux à roulettes. le ballon Spiderman. le Tigrou dans la poussière. Dire les araignées. Les plantes grasses qui tombent. Nos orteils dans les mauvaises herbes. La piqure de moustique qui trône entre tes seins. Puisque Avoir c'est Perdre et que le temps est un menteur, je note les éclats de rire, les tomates-cerises, les gouttes de sueur. Nous n'avons pas peur de la peur. Nous bricolons à petits pas. Nous sommes fourmis dans le broyeur et peut importe où va l'égout. Sur notre bouchon de fortune, nous savons ce que veut dire nous.  Nous plaignons ceux qui ne savent pas."

Ce que j'en pense :

Poèmes en prose avec du quotidien souvent banal. Vinau nous aide à voir ce qui souvent nous échappe. On se demande comment on a pu éviter cette poésie de l’ordinaire. Voilà un livre qui fait du bien !

Comme un lundi

Comme un lundiComme un lundiComme un lundi

 

 

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La petite gauloise

Publié le par GéHa

La petite gauloise

"La petite gauloise" de Jérôme Leroy - la manufacture de livres

Présentation de l'éditeur :

Dans une grande ville de l'Ouest, le temps est suspendu et l'on s'attend au pire. Enfin, si seulement on savait à quoi s'attendre... Mais il aurait fallu que l'indic parle plus tôt. Ou que le flic auquel il s'est confié avant d'être descendu ne soit pas lui aussi tué par erreur. Il aurait fallu que les types qui préparent le coup ne se retrouvent pas éparpillés aux quatre coins de la ville, planqués dans des caves et des entrepôts. Il aurait fallu que cette affaire là ressemble à ce que l'on connaît. Seulement qui pouvait prévoir que tout repose entre les mains d'une gamine encore au lycée, de cette petite gauloise mystérieuse et prête à tout pour que sa vie ait un sens. Après Le Bloc et L'Ange gardien, Jérôme Leroy, subtil observateur des dérives politiques et identitaires de notre société, nous offre un nouveau roman incisif et troublant.

Première page :

"La raison pour laquelle la tête du capitaine de police Mokrane Méguelati, de l'antenne régionale de la Direction générale de la sécurité intérieure, vient d'exploser sous l'effet d'une balle de calibre 12, sortie à une vitesse initiale de 380 mètres par seconde du canon de 51 cm d'un fusil à pompe Taurus, fusil lui-même tenu par le brigadier Richard Garcia, policier municipal, est sans doute à chercher dans des désordres géopolitiques bien éloignés de la banlieue caniculaire qui surplombe cette grande ville portuaire de l'Ouest, connu pour son taux de chômage aberrant, ses chantiers navals agonisants et sa reconstruction élégamment stalinienne après les bombardement alliés de 1944."

Ce que j'en pense :

C’est plein d’ironie assez mordante et parfois féroce mais pour moi c’est toujours clairvoyant. Il faut bien sûr rentrer dans l’écriture de Jérôme Leroy qui se situe souvent entre humour et désespoir. La vie dans le lycée, les personnages de profs, d’écrivain, d’élèves… sont parfaitement décrits. Très grand roman noir (plutôt court : 140p).

La petite gauloiseLa petite gauloiseLa petite gauloiseLa petite gauloise

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Or noir

Publié le par GéHa

Or noir

"Or noir" de Dominique Manotti - folio policier

Présentation de l'éditeur :

Marseille, 1973. Le commissaire Daquin, vingt-sept ans, prend son premier poste au commissariat de l'Évêché. Il découvre une ville ensanglantée par les règlements de comptes liés à la liquidation de la French Connection. Il tente de faire son trou au sein des services de police en guerre larvée. Il assiste à la naissance mouvementée d'un nouveau marché de produits pétroliers, et à l'ascension fulgurante des traders assoiffés d'argent frais qui le mettent en œuvre. En somme, tout pour le pousser à constater sans tarder que les requins les plus dangereux ne sont pas ceux que l'on croit...

Première page :

"Mai 1966, New York

Au mois de mai à New York, il fait beau, l’air est doux, loin des chaleurs écrasantes de l’été, un temps propice aux mondanités. Ce jour-là, Michael Frickx, le trader le plus en vue de CoTrade, société de trading de minerais dont le siège est à New York, épouse Emily Weinstein, la petite-fille de Nat Weinstein, le patron de la Société des Mines d’Afrique du Sud, à la grande synagogue de la 5e Avenue.

Après la cérémonie religieuse et avant un grand dîner de plusieurs centaines de couverts dans un grand hôtel de la ville, Joshua Appelbaum, le patron de CoTrade, reçoit chez lui une cinquantaine de proches, pour leur présenter lui-même la jeune épouse, et arroser entre amis l’heureux événement.

Il habite un appartement de deux étages au sommet d’un gratte-ciel sur la 5e Avenue. Debout dans le petit salon qui jouxte l’entrée, il reçoit ses invités en compagnie de la mariée, âgée de vingt ans. Les invités la dévisagent avec curiosité et une touche de méfiance. Personne ne la connaît, elle débarque directement de l’Afrique du Sud, …"

Ce que j'en pense :

Encore un polar bien écrit et très bien documenté de Dominique Manotti. Le rythme est un peu lent car il est ralenti par les explications politico-financiéro-mafieuse des environs de Marseille. Dommage.

Or noir

Or noir

 

 

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Les bracassées

Publié le par GéHa

Les bracassées

"Les bracassées" de Marie-Sabine Roger - La brune au Rouergue

Présentation de l'éditeur :

Fleur et Harmonie ont des prénoms un peu... trompeurs. Harmonie est jeune, nerveuse, sensible. Elle est affligée d'un syndrome pénible, et se collète résolument avec une vie qui ne lui fait pas de cadeaux. Fleur est âgée, obèse, pétrie d'angoisses, de manies. Elle vit seule avec son chien Mylord et son armoire à pharmacie. Elle se méfie de tout le monde, sauf de son thérapeute, le cher docteur Borodine. Autour d'elles, Elvire, Tonton, le merveilleux Monsieur Poussin. Autant de personnages singuliers, touchants et drôles. Rien n'aurait dû les rassembler, si ce n'est leur étrangeté et le fait que la société fait d'eux des inclassables, incapables, déclassés, bras cassés. Dans ce roman, il y a de la musique russe, un petit chien en surpoids, des gens un peu fêlés, des monstres improbables, de très beaux portraits en noir et blanc, de la traîtrise et du drame, et - ce n'est pas du luxe - un peu de tolérance.

Première page :

"Lundi 26 juin 16 h 38

J’ai rendez-vous à 18 h 15 avec la jeune femme qui m’a téléphoné pour l’annonce, et je me suis aperçue après son appel que je n’avais même pas pensé à lui demander son nom. C’est stupide de ma part, et d’une telle indélicatesse ! Je n’ai pas osé la rappeler. Je me le suis vertement reproché, même si j’ai des excuses, car parler au téléphone est bien trop pénible pour moi. Le docteur Borodine m’encouragerait à ce genre d’exercice, j’en suis sûre. Il aurait certainement raison. Malgré tout, si je peux éviter de me mettre toute seule dans des situations que je déteste, je ne vais pas m’en priver. Thérapie ou pas thérapie.

Je ne sais pas de quelle façon cette jeune femme aura interprété mon manque de curiosité. Je ne voudrais pas passer à ses yeux pour une de ces personnes prétentieuses pour lesquelles une employée de maison en vaut une autre, sans qu’il soit nécessaire de connaître son nom.

De plus, elle m’a fait très bonne impression, même si j’ai eu par moments quelques difficultés à la comprendre."

Ce que j'en pense :

Dans ce livre on retrouve chez Marie Sabine Roger l’humour, la tolérance, le respect et l'empathie pour les personnes « différentes ». Il y a bien sûr des portraits très réussis et c’est le cas de la jeune « Harmonie ». Pour la vieille « Fleur » c’est beaucoup moins crédible.

Les bracassées

Les bracasséesLes bracassées

 

 

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Snapshots - Nouvelles voix du Caine Prize

Publié le par GéHa

Snapshots - Nouvelles voix du Caine Prize

"Snapshots - Nouvelles voix du Caine Prize - Zulma

Présentation de l'éditeur :

Cette sélection de six longues nouvelles saluées par le Caine Prize pour la littérature anglophone d’Afrique – émanation du fameux Booker Prize – nous démontre superbement l’originalité et la puissance d’invention de cette toute jeune génération d’écrivains. À commencer par NoViolet Bulawayo, qui nous bouscule sans retenue avec son saisissant Snapshots, où tout du long, l’auteur interpelle son héroïne. Une petite fille au départ d’une vie déshéritée, entre un père bronchiteux qui fume sa mort, une mère esclave colérique, ses frères et sœurs qui iront l’un après l’autre tenter la malchance funeste de l’autre côté de la frontière, en Afrique du Sud. La fillette grandit comme un brin d’ivraie épargnée par la faux, vend des œufs durs au chaland quand naissent ses petits seins « à la coque à l’amour ». « Tu as quatorze ans et demi quand tu rencontres Givemore sur Main Street. » Celle que Givemore appelle Sunrise au matin de leur rencontre et Sunset le soir venu ne connaîtra pas l’âge adulte. Mais irrésistiblement contée dans une langue parlée des plus accomplies, son histoire lamentable devient pour nous emblématique du désastre humanitaire au Zimbabwe comme dans tout le « Tiers-Monde », alors que l’immense énergie opprimée de la jeunesse ne demande qu’à inventer l’avenir.
Tous ces auteurs ont en partage des thématiques les plus actuelles, dans des zones d’urbanisation éruptives où règnent violence, misère et corruption, mais aussi les plus folles espérances. Trempée dans les réalités mutantes des grandes cités, cette langue anglaise postcoloniale devient un extraordinaire espace de métamorphose des imaginaires et des sensibilités.

Première page :

"Un matin ta mère plonge la main dans le soutif qu'elle a quémandé à sa sœur Noma trois ans plus tôt, et elle en sort un billet de vingt. Elle cache toujours son argent dans son soutif pour que ton retraité de père n'aille pas mettre la main dessus pour t'envoyer à la boutique lui acheter deux paquets de cigarettes Kingsgate et ensuite empester le tabac toute la sainte journée (il fume trop). Ta mère te donne le billet de vingt et un sac plastique de chez TM Hyper et te dit, Toi, va voir Maplanka et achète-moi un-pain-blanc-et-demi-avec-une-pinte-de-chimombe.

Tu enfiles vite fait tes pata-patas jaunes (qui depuis un moment sont un peu lâches parce que ton père s'acharne quelquefois à y enfoncer ses grands pieds) et tu traces ta route pata-pata jusqu'à la boutique de Maplanka. Il te faut à peu près onze minutes, sept si on te dit de te grouiller d'un ton qui rigole pas, et seulement cinq et demi si c'est ta mère qui t'envoie. Sur le chemin tu croises Namgcobha, la vieille toute courbée qui habite dans la cahute minuscule au bout du pâté de maisons."

Ce que j'en pense :

Ces nouvelles sont des découvertes littéraires d’une génération d’écrivains africains anglophones bourrés de talent. On les reçoit comme de véritables coups de poing, tant au niveau des thèmes (très variés) que de l’écriture. Bravo aux éditions Zulma pour cette initiative. On a envie de découvrir d’autres livres de ces jeunes auteur(e)s.

Snapshots - Nouvelles voix du Caine Prize

Snapshots - Nouvelles voix du Caine PrizeSnapshots - Nouvelles voix du Caine PrizeSnapshots - Nouvelles voix du Caine Prize

 

 

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Mes soirs sans tweet

Publié le par GéHa

Mes soirs sans tweet

"Mes soirs sans tweet" de Jean Bernard Pouy - Folies d'encre

Présentation de l'éditeur :

En 2008, dans Mes soixante huîtres, le repas dominical se terminait par un parricide symbolique de "l'ex-soixante-huitard-attardé". En 2018, autour de la blanquette, "ça ne crie plus, ça oublie les noms d'oiseaux, et ça parle encore moins, et ça sent l'huile essentielle". Non, la descendance pianote sur le Smart-phone. Mais le soixante-huitard est de moins en moins attardé, il s'est offert un Iphone, a musclé ses pouces, est devenu l'Art Tatum du smartfaune. Alors, par portables interposés, s'engage une conversation qui commence par : #JeSuisPapa : Je trouve que la blanquette, maman l'a vraiment réussie. Non ? Macron, lui, adorerait. Et vous ? Mais ceci n'est que le début, continuons le repas, les tweets, le combat !

Première page :

"Ça y est ! Cinquante balais ! Les nuits bleues parisiennes, la France en grève quasi générale, les rues pleines de gens rieurs, aimez-vous les uns sur les autres, ça fait cinquante ans, un demi-siècle. Et c'est quoi, cinquante ans ? L'espérance de vie en 1900 ? La ménopause, l'andropause ? La France en Marche ?

2001 l'Odyssée de l'Espace, ça fait cinquante ans, bordel...

Il n'y avait pas encore de TGV... Et surtout, il y a cinquante ans, pas encore de Smartphones. La troisième révolution (sic) industrielle n'avait pas commencé.

A table, le dimanche, ça s'engueulait…"

Ce que j'en pense :

C’est un jeu, une pochade de la part d’un anar libertaire qui ne se prend pas au sérieux. Et ça marche ! La critique sociale est bien présente et on se marre. Pour moi c’est typiquement un livre qui fait du bien (rien à voir avec un livre « feel good »). C'est court mais c'est bon.

Mes soirs sans tweet

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