Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

>>> "Valet de pique" de Joyce Carol Oates

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Quel auteur n’envierait le sort d’Andrew J. Rush ? Écrivain de romans policiers vendus à plusieurs millions d’exemplaires, père de famille heureux, Andrew vit dans une petite ville du New Jersey où il trouve le calme nécessaire pour édifier son œuvre.
Mais Andrew a un secret que même ses plus proches ignorent : sous le pseudonyme de Valet de pique, il écrit des romans noirs, violents, pervers, qui scandalisent autant qu’ils intriguent le monde littéraire.

Cet équilibre tout en dissimulation qu’Andrew a patiemment élaboré est soudain menacé. Tout commence par la plainte d’une voisine, Mme Haider, qui l’accuse d’avoir plagié ses textes. Parallèlement sa fille lui pose des questions gênantes après avoir trouvé des traces autobiographiques dans un récit du Valet de pique ; sa femme Irina est soupçonnée par Andrew d’entretenir une liaison avec un professeur de maths. Ces éléments menaçants vont faire ressurgir le passé, mais aussi réveiller la voix désormais plus insistante, plus terrifiante du Valet de pique…

Première page :

La hache

Et soudain, la hache. On ne sait comment il y avait une hache et décrivant une courbe sauvage en direction de ma tête elle s'éleva et s'abattit à l'instant même où je cherchais à me relever et perdais l'équilibre en tentant désespérément de fuir, mes jambes se dérobant sous moi, et cette voix rauque, implorante : « Non! Non je vous en supplie ! Non » — (était-ce ma propre voix, étranglée, méconnaissable?) — et la lame de la hache frappa et fendit le bureau manquant ma tête de quelques centimètres ; je m'étais alors écroulé lourdement sur le sol, un sol dur, inhospitalier, sous le tapis d'Orient élimé. Je m'efforçais de me redresser, d'empoigner la hache, avec un désespoir farouche, aveugle, mes bras battant l'air, et la voix (la mienne ? celle de mon agresseur?) suraiguë et à peine humaine — « Non! N000n» — un aperçu fugitif des doigts courtauds de l'agresseur, de bras livides et noueux sous les manches vaporeuses d'un vêtement de nuit, et un grognement de triomphe et de fureur; et de nouveau la terrible élévation de la hache, …

Ce que j’en pense :

L’autrice sait nous mettre dans une ambiance plutôt dérangeante. On ne sait jamais si on est dans le réel ou la fiction (ou le mensonge). On ne sait pas non plus, mais on le pressent tout de même, si notre héros et son double ont basculé dans la folie, la schizophrénie. C’est très bien ficelé, efficace  et c’est un très bon moment de lecture.

 

Voir les commentaires

>>> "Norferville" de Franck Thilliez

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Détective et criminologue à Lyon, Teddy Schaffran apprend que le corps de sa fille a été découvert dans une ville minière très isolée du Grand Nord québécois, Norferville. Morgane a été sauvagement mutilée, abandonnée dans la neige non loin d'une réserve autochtone. Sans réfléchir, Teddy plaque tout pour se rendre sur place, bien décidé à comprendre ce qui s'est passé.
Là-bas, Léonie Rock, une flic métisse, est mise sur l'affaire. Elle est alors contrainte de renouer avec cet endroit coupé de tout où elle est née et où, adolescente, trois inconnus l'ont violée. Un retour vers son enfer, alors que les températures frôlent les
-20°C.
Ensemble, ces deux êtres éprouvés par la vie vont se démener pour trouver des réponses malgré l'inhospitalité de la nature et des hommes.

Première page :

Prologue, 1996

Léonie n’aurait pas dû prendre ce dernier verre, mais l’ivresse l’avait enveloppée dans son cocon moelleux, d’une telle douceur qu’elle ne souhaitait plus s’en extraire. À ses côtés, sa copine Maya avait déjà franchi la frontière depuis longtemps. Ses lèvres luisaient d’un mélange de sirop d’érable, de vin rouge et de vodka, sa tête dodelinait à contretemps de la musique nord‑américaine diffusée dans la salle. Bientôt, elle serait incapable de rentrer chez ses parents. Léonie colla ses lèvres sur celles de l’adolescent à sa droite. Il s’appelait Todd.— On y va, avec Maya. Todd ne proposa pas de les raccompagner, trop occupé à boire des coups avec ses copains. Demain, ils n’avaient pas cours, la soirée ne faisait que commencer. Alors Léonie se leva, enfila son manteau d’hiver lourd comme un gilet pare‑balles, sa tuque ainsi que ses gants fourrés en peau d’orignal, et secoua son amie.— Allez, Maya, on rentre. Le Bliz était sans doute le bar le plus ringard de tout le Québec, avec ses photos d’explorateurs en chapeau de feutre qui ornaient les murs, ses bois de caribou accrochés derrière le comptoir et ses tables colorées des années 70.

Ce que j’en pense :

C’est du polar bien ficelé, réalisé par un spécialiste français de la discipline. C’est agréable à lire. Le lieu est assez dépaysant et le sujet qui tourne autour des autochtones du Québec est intéressant et mérite qu’on s’y intéresse. …  Mais quelque chose fait qu’on n’est pas complètement embarqués dans cette histoire. Certaines situations sont un peu trop prévisibles. Quelques « découvertes » faites par le criminologue paraissent un peu « magiques ». Ce n’est donc pas le meilleur Thilliez.

 

Voir les commentaires

>>> "Fin de siècle" de Sébastien Gendron

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Une femme est sauvagement assassinée dans sa villa de Cap-Martin. Ses voisins n’ont rien entendu. Pour Armel Kœstler, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase clos et luxueux où son mari et elle s’étiolent. Il faut fuir à tout prix. Mais c’est oublier les mégalodons, ces requins géants revenus de façon inexplicable du fond des âges. Personne ne s’aventure plus sur l’eau. Seule la Méditerranée est protégée par deux herses et les ultra-riches sont concentrés là, entre Gibraltar et Port-Saïd. Sauf que voilà ! L’entreprise publique qui gérait ces grilles a été vendue à un fonds de pension canadien qui en a négligé l’entretien. La grille de Gibraltar vient de céder et personne ne le sait encore.

Première page :

Preghero

Villa Stellar, Roquebrune-Cap-Martin, France

43045720W / 7°29'8.57"E

Élév. 35 m.

Alors qu'elle baisse la tête pour considérer le pot de Ben & Jerry's Blondie Brownie qui lui échappe des mains, Perdita Baron a le temps d'apercevoir ce bout de lame crantée qui lui surgit du plexus. Une seconde plus tôt, un violent coup de poing entre les omoplates lui a fait lâcher sa crème glacée. Deux secondes plus tard, alors que la lame crantée disparaît et qu'un peu de sang commence à couler vers son nombril, elle a le temps de penser que celui qui se tient derrière a fait le nécessaire pour la conduire jusqu'à la cuisine. Force est de constater qu'elle a parfaitement suivi la manoeuvre.

À l'horloge lumineuse du four, il est 0:53 am. Il ne reste plus à la jeune femme que dix minutes à vivre.

Ce que j’en pense :

Au début tout peut paraître un peu déroutant. Les chapitres sont courts, se passent dans des lieux différents, avec des personnages nouveaux qui n’ont pas de lien entre eux. On semble être dans une dystopie un peu déjantée. Il faut donc abandonner une certaine logique pour continuer la lecture. Si c’est le cas on ne le regrette pas car l’auteur nous offre une fable délirante, féroce et cruelle sur l’avenir de notre monde s’il continue à évoluer comme il le fait actuellement

 

Voir les commentaires

>>> "Tout ce qui brûle" de Lisa Harding

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Sonya est une jeune mère célibataire, ancienne comédienne en mal de paillettes, au besoin irrépressible d’amour et de reconnaissance. Elle aime plus que tout son fils de quatre ans, Tommy, et avec leur chien Herbie ils forment un trio indéfectible. Dans la banlieue dublinoise, la famille vit en vase clos, au rythme des excès de Sonya : excès de vitesse, excès d’amour, excès d’alcool. Car Sonya boit, parfois au point de mettre la vie de son fils en danger.
Un jour, son père fait un retour décisif dans sa vie, et l’emmène dans un couvent réaménagé en centre de désintoxication pendant que Tommy est placé par l’assistance sociale. Seule, Sonya va devoir affronter les angoisses et la paranoïa qui ressurgissent, raccrochée à cette volonté de reformer sa famille, pour, enfin, apprendre à composer une vie normale avec Tommy.
Première page :

Elle est là, létale, irrésistible, mon acolyte survoltée, et j'entends cette chanson scélérate, Impossibly Beautiful. Le ciel si haut, la lumière si vive, et le sable, un velours chaud sous mes plantes de pieds ; alors arrive une bouffée de bonheur absolu, le sentiment intense d'être connectée à tout ce qui est juste et bon dans ce monde : la main poisseuse de mon fils dans la mienne tandis qu'il regarde le ciel, mon chien trottant à nos côtés, ses poils noirs brillant dans la lumière du soleil.

«Ne regarde pas le soleil en face, mon coeur, ça brûle les yeux. — Mais, Yaya, toi tu le fais.»

Je me penche pour l'embrasser sur le front, encore et encore, et il éclate de rire et fait semblant de me chahuter. Tandis que nous déambulons le long de Sandymount Strand, nous ressemblons à tous les autres ; chien et enfant, marques de normalité. Pas d'homme, certes, mais ça n'a rien d'inhabituel de nos jours. Tommy me lâche la main et il court en zigzaguant comme s'il était ivre — non, pas ça, oublie —, il part en titubant en direction des vagues, les langues d'écume qui lèchent le sable. «Va Herbie, va surveiller Tommy ! » Le chien bondit à sa suite et tous deux folâtrent au bord de l'eau et je ressens, par vagues successives, des choses délicieuses, mon corps vibre en rythme, le bout de mes doigts électriques, une bouffée de chaleur pulse en moi.

Ce que j’en pense :

C’est un roman très dur car l’écriture de l’autrice nous met vraiment à la place de cette jeune mère célibataire qui s’auto détruit à petit feu mais essaie de prendre les moyens de vivre avec un fils qu’elle adore. Plusieurs sujets sont abordés avec beaucoup de justesse : l’alcoolisme, la cure de désintoxication, les relations familiales, l’amour possessif…. tous ces sujets « qui brûlent ». Pour moi c’est un grand roman mais il faut accepter d’en être remué à sa lecture.

 

Voir les commentaires

>>> "Les ogres" de Louise Mey

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Enquêtrice à la Brigade des crimes et délits sexuels du nord de Paris, Alex Dueso ne compte plus les affaires de violences conjugales, de viols ou de harcèlements en tout genre auxquelles elle a dû faire face depuis des années. Loin de s’y habituer, elle sent néanmoins le besoin d’une pause. Son compagnon lui propose alors de partir quelques jours dans le Puy-de-Dôme pour se ressourcer. Mais les prédateurs se fondent comme personne dans les situations les plus banales, et Alex, qui ne peut s’empêcher de voir le mal partout, est bien placée pour le savoir. Instinct ou paranoïa ? La flic peut-elle encore se faire confiance ou est-elle en train de perdre pied ?

Première page :

Mardi 12 septembre

— Marre, lâcha Alex en se baissant.

En rentrant une heure plus tôt, elle avait laissé tomber sa veste sur le sol. Il faisait encore chaud et le vêtement l'avait encombrée toute la journée. dès qu'elle avait passé la porte de chez elle, elle l'avait abandonné par terre. Elle avait aussi jeté son sac dans un coin de sa minuscule entrée, et retiré ses chaussures avec des grognements d'ourse maussade. Ensuite, elle avait traîné les pieds jusqu'à sa chambre, enfilé un bas de jogging râpé puis avait rejoint son canapé

trop vieux, dans son salon trop petit, et s'était calée contre les coussins.

D'un geste mou, elle avait récupéré sur la table basse un magazine laissé par la baby-sitter d'Ana, et passé de

longues minutes à commenter sa lecture à voix haute, avec une hargne assumée.

— « Notre sélection de crèmes antirides ». À deux cents balles le pot? «Sculptez vos bras comme Wonder Woman ». Ah, ça y est, ça ne suffit plus d'avoir des bras qui servent à porter des trucs, maintenant. Quand j'étais jeune on complexait sur nos cuisses, nos ventres et nos seins, mais je suppose que ça ne vendait pas assez, il a fallu inventer autre chose, démultiplier les opportunités marketing ou je ne sais quoi. Un oeuf en jade pour stimuler son... Son quoi ? Son yoni ??? Son YONI ?! Oh mon Dieu, elles se mettent ça dans le vagin. Marco, tu entends ? Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? …

Ce que j’en pense :

On va dire que ce livre est un polar très documenté sur un sujet très sensible : les violences sexuelles envers les femmes et les enfants. Il y a bien une enquête policière mais c’est plutôt lent. Le style n’est pas toujours fluide. Ce n’est donc pas un livre qui se dévore comme d’autres de la même autrice (par exemple « La deuxième femme ») mais il nous fait prendre conscience de cette terrible réalité.

 

Voir les commentaires

>>> "Tenir debout" de Melissa Da Costa

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Jusqu’où peut-on aimer ? Jusqu’à s’oublier…

Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous plonge au cœur de l’intimité d’un couple en miettes et affronte, avec une force inouïe, la réalité de l’amour, du désespoir, et la soif de vivre, malgré les épreuves.

Première page :

Éléonore

Les mines sont lugubres dans cette salle d'attente à l'odeur de désinfectant et de vieux magazines. Les regards sont fermés, fuyants. Nul ne songerait à croiser celui de son voisin. Tout juste si les yeux se posent sur l'écran de télévision allumé. Les actualités du jour n'intéressent personne. On suit les allées et venues des soignants dans le couloir à travers la porte entrebâillée, on jette un coup d'oeil furtif au-dehors comme pour s'assurer que le monde extérieur continue de tourner et on s'étonne de trouver un ciel toujours bleu, automnal, des oiseaux qui volent avec insouciance.

Contrairement à mes voisins, j'ignore l'extérieur, et le couloir ne m'intéresse pas vraiment. Je sais qu'on ne viendra pas me chercher tout de suite. Sauf si cela tournait mal. Sauf s'il mourait pendant l'intervention. C'est possible. Je n'ai pas lu les statistiques avant de venir. D'ailleurs je ne sais même pas vraiment ce qu'ils sont censés réparer. Je sais juste que c'est sérieux, qu'il faudra six à dix heures d'intervention. Ils ont parlé de « polytraumatisme ». Qu'est-ce que c'est censé signifier ? Je sortais de la salle de sport quand j'ai écouté le message vocal. Je suis venue sans réfléchir. Maintenant, j'ai les cheveux luisants et plaqués en arrière par la transpiration, une légère hypoglycémie me donne le tournis…

Ce que j’en pense :

Bien sûr c’est un roman qui peut beaucoup plaire avec le sujet du handicap. C’est vrai également que l’écriture en est fluide et l’autrice connaît bien son travail pour intéresser lecteurs et lectrices. Mais que c’est long, beaucoup trop long ! Et le pathos ! Je ne déconseille pas forcément ce roman mais il faut éviter de le lire juste après un excellent livre (pour moi c’était « Les grues volent vers le sud »)

 

Voir les commentaires

>>> "Les grues volent vers le sud" de Lisa Ridzén

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Bo n’a plus beaucoup de temps devant lui. À quatre-vingt-neuf ans, il vit isolé dans un village suédois et sa santé décline rapidement. Sa solitude n’est troublée que par le va-et-vient de ses aides à domicile. Parmi les rares choses qui lui restent, il y a les appels à son meilleur ami et la fidèle compagnie de Sixten, son gros chien auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux. Bo aime s’endormir avec lui, sa main enfouie dans l’épais pelage. Quand son fils juge qu’il ne peut plus s’occuper d’un tel animal, l’orgueilleux Bo plonge dans un tourbillon d’émotions. Père et fils n’ont jamais su communiquer. Comment dire aujourd’hui ce qui compte vraiment? Bo dresse le bilan de sa vie, de ses liens familiaux, et se penche sur la façon imparfaite dont il a exprimé son amour au fil des ans.

Première page :

JE RÊVE DE LE DÉSHÉRITER, de faire en sorte qu'il ne reçoive pas un centime.

Il prétend que s'il veut m'enlever Sixten, c'est autant pour mon bien que pour le sien. Que les personnes âgées comme moi ne devraient pas se promener dans la forêt et que les chiens comme Sixten ont besoin de balades plus longues qu'un simple aller-retour jusqu'à la route.

Je regarde Sixten, allongé à côté de moi sur la banquette de la cuisine. Il ouvre sa gueule dans un grand bâillement, puis pose sa tête sur mon ventre. je plonge mes doigts gonflés dans son pelage, avant de secouer la tête, agacé. Qu'est-ce qu'il en sait d'ailleurs, cet idiot ? Il n'aura pas ce qu'il veut, c'est hors de question.

Ingrid, assise à la table de la cuisine, soupire.

— Je ne peux rien te promettre, Bo, mais je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir. Parce que c'est vraiment pas acceptable, elle insiste en continuant à écrire dans le cahier de liaison des aides à domicile.

Je hoche la tête et esquisse un sourire. Si quelqu'un peut m'aider avec Sixten, c'est bien Ingrid.

Le feu crépite. Je ne peux pas détacher mon regard des flammes qui dansent autour des bûches de bouleau. Mes pensées reviennent à la conversation de ce matin avec Hans, je suis fou de rage. Pour qui se prend-il, notre fils ? Ce n'est quand même pas à lui de décider où Sixten doit vivre.

Ce que j’en pense :

C’est un roman qui a l’air de faire l’unanimité et j’ai plutôt tendance à me méfier quand c’est trop consensuel… Mais là, je n’hésite pas à dire que pour moi c’est un très beau coup de cœur. L’autrice a parfaitement rendu par son écriture, la fin de vie de cet homme : on a vraiment l’impression de retrouver un parent très proche ou même de se mettre à la place de Bo. C’est bouleversant de vérité, de tendresse, de retenue et rempli d’humanité.

 

Voir les commentaires

>>> "Que sur toi se lamente le tigre" de Emilienne Malfatto

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Dans l’Irak rural d’aujourd’hui, sur les rives du Tigre, une jeune fille franchit l’interdit absolu : hors mariage, une relation amoureuse, comme un élan de vie. Le garçon meurt sous les bombes, la jeune fille est enceinte : son destin est scellé. Alors que la mécanique implacable s’ébranle, les membres de la famille se déploient en une ronde d’ombres muettes sous le regard tutélaire de Gilgamesh, héros mésopotamien, porteur de la mémoire du pays et des hommes.

Inspirée par les réalités complexes de l’Irak qu’elle connaît bien, Emilienne Malfatto nous fait pénétrer avec subtilité dans une société fermée, régentée par l’autorité masculine et le code de l’honneur.  

Première page :

C'est venu comme une vague. Une lame de fond qui montait du fond de moi. D'abord, je n'ai pas compris. La terre tremblait dans mon ventre. Comme un coup sur une porte, comme un raz-de-marée. Je n'ai pas voulu comprendre. J'ai levé la tête. Des colombes volaient en cercle contre les nuages. Dedans, la vague refluait. Le ciel a vacillé. Je suis tombée les mains dans la poussière, au milieu des voiles noirs. Un morceau de coton me caressait la joue. Le deuxième coup est arrivé, deuxième déchirement de tonnerre, deuxième tremblement de terre. À ce moment-là, contre le sol, au milieu des voiles noirs, dans la poussière, j'ai compris. Et l'univers s'est écrasé sur moi.

La mort est en moi. Elle est venue avec la vie. Ces coups dans mon ventre, ce déchirement de la chair portent en eux la mort et la mort est en chemin. Elle va arriver tout à l'heure, au coucher du soleil…

Ce que j’en pense :

C’est concis, précis et la dénonciation est sans ambiguïté , on ne peut qu’être d’accord avec l’autrice et, en ce sens, c’est une réussite. Je pense qu’il aurait fallu un peu plus de temps pour cerner mieux les personnages. L’écriture, dans l’ensemble, sauf les paroles du fleuve Tigre, laisse un goût d’inachevé.

 

Voir les commentaires

>>>"Je pleure encore la beauté du monde" de Charlotte McConaghy

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Inti Flynn, une jeune biologiste, arrive en Écosse pour diriger une équipe de scientifiques chargés de réintroduire le loup dans les Highlands. Ses efforts pour réensauvager la nature meurtrie se heurtent rapidement à l'hostilité des locaux, inquiets pour leur sécurité et celle de leur bétail. Quand elle découvre le corps atrocement mutilé d'un éleveur, Inti comprend que les coupables seront vite désignés. Sans réfléchir, elle fait disparaître le cadavre. Mais si les loups n'ont rien à voir avec tout ça, quel monstre rôde donc dans les forêts ? Véritable phénomène en librairie, ce roman de Charlotte McConaghy est avant tout l'histoire inoubliable d'une femme sensible à la douleur du monde, prête à tout pour sauver les êtres qu'elle aime.

Première page :

On avait huit ans le jour où papa m’a coupée en deux, de la gorge jusqu’au bas du ventre.

Dans une forêt des territoires sauvages de la Colombie-Britannique se tenait son atelier, rempli de poussière et puant le sang. Il y faisait sécher des peaux de bête accrochées çà et là, qui balayaient nos fronts quand on se faufilait entre elles. J’avais déjà des frissons à l’époque, alors qu’Aggie avançait devant moi, un sourire malicieux aux lèvres, tellement plus téméraire. J’avais passé plusieurs étés à me demander ce qui pouvait bien se tramer dans cette cabane mais tout à coup, j’avais très envie de déguerpir.

Il avait attrapé un lapin et même s’il nous emmenait crapahuter avec lui dans les bois, il ne nous avait jamais montré l’acte de tuer.

Aggie était excitée comme une puce et dans son agitation, elle heurta du pied une barrique d’eau salée, le bruit mat résonna longuement et je ressentis l’impact dans mon propre pied. Papa leva les yeux en soupirant.

— Vous êtes sûres que vous voulez voir ça ?

Aggie hocha la tête.

— Vous vous sentez prêtes ?.

Ce que j’en pense :

La première phrase de ce roman donne une irrésistible envie de lire la suite. Et la suite est vraiment très bien avec ces deux personnages féminins de sœurs jumelles … et avec les loups dans ces paysages d’Écosse. L’autrice s’interroge sur la violence : est-elle celle des animaux sauvages ou celle des hommes ? Peut-être y a-t-il trop de thèmes dans ce livre et sans doute un peu trop de pathos vers la fin pour que ce soit vraiment un coup de cœur.

 

Voir les commentaires

>>> "Vie, vieillesse et mort d'une femme du peuple" de Didier Eribon

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Il y a quelques années, la mère de Didier Eribon est entrée en maison de retraite. Le choc fut brutal et, quelques semaines seulement après son arrivée, elle y est décédée.

Après la mort de sa mère, Didier Eribon reprend le travail d’exploration personnelle et théorique qu’il avait entrepris dans Retour à Reims après la mort de son père. Il retrace la vie de sa mère, et notamment les périodes où elle était femme de ménage, ouvrière puis retraitée, la saisissant dans toute sa complexité, de sa participation aux grèves à son racisme obsessionnel, jusqu’à son déclin progressif. Ce parcours l’amène à réfléchir sur nos rapports aux personnes âgées et à la mort mais aussi sur le vieillissement, expérience-limite dans la philosophie occidentale et angle mort de la réflexion politique.

Au contraire, Didier Eribon fait de la vieillesse le point d’appui d’un questionnement sur la politique : comment pourraient se mobiliser celles et ceux qui n’ont plus de mobilité ? comment les personnes âgées pourraient-elles parler si personne ne fait entendre leur voix ?

Première page :

Je ne serai donc allé à Fismes que deux fois. À un moment où je pensais que cette commune de quelques milliers d’habitants, située à 30 kilomètres au nord de Reims, allait devenir, au cours des mois et peut-être des années à venir, l’un des cadres de mon existence.

Je me disais que je visiterais un jour l’hôtel de ville qui, à peine édifié en 1912, avait été presque totalement détruit pendant la Première Guerre mondiale, puis reconstruit au milieu des années 1920, dans le même style Renaissance tardive qu’auparavant. Que je marcherais, derrière ce bâtiment étrangement solennel au centre d’un décor ni tout à fait villageois ni tout à fait urbain, sur la place du marché bordée de magasins divers et de maisons hautes, dont certaines affichent fièrement des ornementations « Art déco », semblables à celles que l’on trouve dans le centre de Reims puisque édifiées à la même époque et dans les mêmes circonstances. Je m’imaginais entrant dans la « Maison de la presse-librairie-papeterie-cadeaux », dont la vitrine présentait, en un déroutant bric-à-brac, les derniers volumes des Œuvres complètes de Faulkner récemment parus dans la « Bibliothèque de la Pléiade », avec un panneau promotionnel des éditions Gallimard annonçant un prix de lancement,…

.Ce que j’en pense :

J’avais lu « Retour à Reims » et j’avais beaucoup apprécié. On retrouve des thèmes assez semblable dans ce livre mais avec une réflexion plus profonde autour de la vieillesse. J’ai particulièrement aimé les questionnements que pose cet essai car on se pose presque tous ces mêmes questions. Certains passages, dans la dernière partie, m’ont paru  assez complexes. C’est un livre d’une grande justesse qui suscite beaucoup d’émotion.

 

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>