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>>>"Je pleure encore la beauté du monde" de Charlotte McConaghy

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Inti Flynn, une jeune biologiste, arrive en Écosse pour diriger une équipe de scientifiques chargés de réintroduire le loup dans les Highlands. Ses efforts pour réensauvager la nature meurtrie se heurtent rapidement à l'hostilité des locaux, inquiets pour leur sécurité et celle de leur bétail. Quand elle découvre le corps atrocement mutilé d'un éleveur, Inti comprend que les coupables seront vite désignés. Sans réfléchir, elle fait disparaître le cadavre. Mais si les loups n'ont rien à voir avec tout ça, quel monstre rôde donc dans les forêts ? Véritable phénomène en librairie, ce roman de Charlotte McConaghy est avant tout l'histoire inoubliable d'une femme sensible à la douleur du monde, prête à tout pour sauver les êtres qu'elle aime.

Première page :

On avait huit ans le jour où papa m’a coupée en deux, de la gorge jusqu’au bas du ventre.

Dans une forêt des territoires sauvages de la Colombie-Britannique se tenait son atelier, rempli de poussière et puant le sang. Il y faisait sécher des peaux de bête accrochées çà et là, qui balayaient nos fronts quand on se faufilait entre elles. J’avais déjà des frissons à l’époque, alors qu’Aggie avançait devant moi, un sourire malicieux aux lèvres, tellement plus téméraire. J’avais passé plusieurs étés à me demander ce qui pouvait bien se tramer dans cette cabane mais tout à coup, j’avais très envie de déguerpir.

Il avait attrapé un lapin et même s’il nous emmenait crapahuter avec lui dans les bois, il ne nous avait jamais montré l’acte de tuer.

Aggie était excitée comme une puce et dans son agitation, elle heurta du pied une barrique d’eau salée, le bruit mat résonna longuement et je ressentis l’impact dans mon propre pied. Papa leva les yeux en soupirant.

— Vous êtes sûres que vous voulez voir ça ?

Aggie hocha la tête.

— Vous vous sentez prêtes ?.

Ce que j’en pense :

La première phrase de ce roman donne une irrésistible envie de lire la suite. Et la suite est vraiment très bien avec ces deux personnages féminins de sœurs jumelles … et avec les loups dans ces paysages d’Écosse. L’autrice s’interroge sur la violence : est-elle celle des animaux sauvages ou celle des hommes ? Peut-être y a-t-il trop de thèmes dans ce livre et sans doute un peu trop de pathos vers la fin pour que ce soit vraiment un coup de cœur.

 

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>>> "Vie, vieillesse et mort d'une femme du peuple" de Didier Eribon

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Il y a quelques années, la mère de Didier Eribon est entrée en maison de retraite. Le choc fut brutal et, quelques semaines seulement après son arrivée, elle y est décédée.

Après la mort de sa mère, Didier Eribon reprend le travail d’exploration personnelle et théorique qu’il avait entrepris dans Retour à Reims après la mort de son père. Il retrace la vie de sa mère, et notamment les périodes où elle était femme de ménage, ouvrière puis retraitée, la saisissant dans toute sa complexité, de sa participation aux grèves à son racisme obsessionnel, jusqu’à son déclin progressif. Ce parcours l’amène à réfléchir sur nos rapports aux personnes âgées et à la mort mais aussi sur le vieillissement, expérience-limite dans la philosophie occidentale et angle mort de la réflexion politique.

Au contraire, Didier Eribon fait de la vieillesse le point d’appui d’un questionnement sur la politique : comment pourraient se mobiliser celles et ceux qui n’ont plus de mobilité ? comment les personnes âgées pourraient-elles parler si personne ne fait entendre leur voix ?

Première page :

Je ne serai donc allé à Fismes que deux fois. À un moment où je pensais que cette commune de quelques milliers d’habitants, située à 30 kilomètres au nord de Reims, allait devenir, au cours des mois et peut-être des années à venir, l’un des cadres de mon existence.

Je me disais que je visiterais un jour l’hôtel de ville qui, à peine édifié en 1912, avait été presque totalement détruit pendant la Première Guerre mondiale, puis reconstruit au milieu des années 1920, dans le même style Renaissance tardive qu’auparavant. Que je marcherais, derrière ce bâtiment étrangement solennel au centre d’un décor ni tout à fait villageois ni tout à fait urbain, sur la place du marché bordée de magasins divers et de maisons hautes, dont certaines affichent fièrement des ornementations « Art déco », semblables à celles que l’on trouve dans le centre de Reims puisque édifiées à la même époque et dans les mêmes circonstances. Je m’imaginais entrant dans la « Maison de la presse-librairie-papeterie-cadeaux », dont la vitrine présentait, en un déroutant bric-à-brac, les derniers volumes des Œuvres complètes de Faulkner récemment parus dans la « Bibliothèque de la Pléiade », avec un panneau promotionnel des éditions Gallimard annonçant un prix de lancement,…

.Ce que j’en pense :

J’avais lu « Retour à Reims » et j’avais beaucoup apprécié. On retrouve des thèmes assez semblable dans ce livre mais avec une réflexion plus profonde autour de la vieillesse. J’ai particulièrement aimé les questionnements que pose cet essai car on se pose presque tous ces mêmes questions. Certains passages, dans la dernière partie, m’ont paru  assez complexes. C’est un livre d’une grande justesse qui suscite beaucoup d’émotion.

 

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>>> "Un non pour un oui" de Jean-Pierre Siméon

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

« Je vivais comme vous dans ce monde contraire à lui-même, je veux dire se contrariant sans cesse, et j’étais comme vous effaré de ses enthousiasmes brutaux, toujours tombant dans leur propre vide. Mais j’ai refusé l’envoûtement. J’ai regardé haut. Et je vous retrouve ainsi, vous qui tenez la lampe, compagnes et compagnons des non de roc et du oui primordial. »

Première page :

1

Je vivais comme vous dans ce monde contraire à lui-même, je veux dire se contrariant sans cesse, et j’étais comme vous effaré de ses enthousiasmes brutaux, toujours tombant dans leur propre vide. Mais j’ai refusé l’envoûtement. J’ai regardé haut. Et je vous retrouve ainsi, vous qui tenez la lampe, compagnes et compagnons des non de roc et du oui primordial.

2

À quoi bon l’humanité si elle ne devient le poème d’elle-même qu’elle a toujours combattu férocement ?

3

Sachez, débâtisseurs de l’âme, que la joie est un chiendent qui tient même dans les ruines.

4

De l’air, de l’air ! Un bond dans l’ouvert, que diable ! Étirons la lumière, bousculons l’horizon, soyons d’insolents voyageurs, sans règles ni coutumes, prêts à donner leur peau pour la bourrasque claire qui souffle les miasmes

.Ce que j’en pense :

Jean Pierre Siméon est fidèle à lui-même en publiant ce nouveau recueil : la poésie est faite pour habiter le monde, le comprendre et résister. Ce livre ressemble fort à une suite d’aphorismes bien que l’auteur s’en défende. On peut lire ce livre en une ou deux heures mais il vaut mieux pour vraiment l’apprécier le découvrir par série de quelques pages.

 

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>>> "La ferme du Paradis" de Bernard Comment

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Robert rencontre Camille, un soir de pluie d’été. Elle l’arrache à sa routine, et à ses fantômes. Ils quittent Paris, descendent vers le Sud où la jeune femme va faire sa saison de maître-nageuse. Ils voudraient s’échapper, oublier, mais le passé remonte, par strates.

Derrière Camille se profilent plusieurs femmes de sa famille, qui ont chacune vécu des drames de frontière et d’identité, entre la France et la Suisse.

Ça se passe demain. Ça s’est passé hier. L’Histoire est une spirale, les événements reviennent, mais pas à la même place.

Imprégné par les lieux, l’auteur écrit un roman en constant mouvement (Paris, le sud de la France entre Nice et Marseille, le Doubs, l’Ajoie, et enfin le lac Léman). Un roman de fuites, de passages, sur fond d’intolérance. Et avant tout, un roman d’amour.

Première page :

Cela nous est arrivé très rarement de dîner ensemble, tous les deux, en tête à tête, Main et moi. D'habitude ce sont des déjeuners, amicaux, complices, à la pleine lumière du jour, j'étais donc particulièrement heureux de cette exception, dictée par des agendas trop pleins. Quoique parti très en avance, j'étais déjà un peu en retard. Toujours ce problème des contrôles policiers, avec resserrements de chaussée, papiers, coffre, vérifications par téléphone et le sifflement des drones dans le ciel. Près de quarante minutes pour traverser la place Denfert-Rochereau qui portait son nom mieux que jamais. C'est pour cela qu'Anne n'avait pas voulu s'y installer, autrefois, un appartement nous y attendait, qu'elle avait hérité de ses grands-parents, un quartier idéal pour nous, je travaillais à côté, elle non loin, mais le nom lui déplaisait. J'avais ri dans un premier temps, mais non, elle avait cela en tête, place d'Enfer, et c'est elle qui avait raison, la place s'était bien appelée ainsi, avant d'être rebaptisée place Denfert-Rochereau du nom du valeureux gouverneur..

Ce que j’en pense :

Oui bien sûr on ne reste pas en place, on va de ville en ville, d’hôtel en hôtel de restaurant en restaurant…on égrène des noms de villes, de villages… Oui bien sûr il y a des thèmes contemporains comme le réchauffement climatique, les réfugiés, les contrôles policiers…mais tout cela est froid, sec, impersonnel, dépourvu de « chair » et, finalement, en refermant le livre on se dit que ce roman aurait très bien pu être écrit par l’IA !

 

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>>> "Nos armes" de Marion Brunet

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

1997. Mano et Axelle, étudiantes aussi passionnées que révoltées, évoluent dans le milieu militant d’une ville de province. Exaltées par leurs idéaux, entourées d’un groupe soudé, elles rêvent à un autre ordre social, tout en laissant naître entre elles un amour fou. Jusqu’à ce qu’elles participent à un braquage qui tourne mal. Alors que l’une descend un policier et se retrouve condamnée à une longue peine de prison, l’autre parvient à s’échapper. Aujourd’hui, vingt-cinq ans plus tard, dans la campagne française où elle a posé sa caravane,  Mano attend, bouleversée, car une femme la cherche. Est-ce la possibilité de retrouvailles si longtemps rêvées ou le moment de solder les comptes ?

Première page :

Alors c'est elle

Une femme la cherche au village. C'est son ami John qui la prévient, avec son accent impossible, derrière sa barbe buissonnière. Ses yeux bleu pâle font semblant de ne pas observer, de ne pas insister, mais Mano sait très bien qu'il aimerait en savoir plus. Qu'elle lui explique, lui raconte. Elle ne dit rien, met de l'eau à chauffer sans trembler.

— À quoi elle ressemble ?

— Maigre. Petite.

Mano sourit, incapable de réfléchir. Le chuintement de l'eau qui bout absorbe son regard, perdu dans les petites bulles brûlantes qui lèchent les parois en inox.

— Comment tu sais que c'est moi qu'elle cherche ?

— Elle a demandé après toi, avec ton nom complet.

— Tu lui as parlé ?

Il lève les yeux sur elle, secoue la tête, son regard grimpe aux arbres par la fenêtre de la caravane. Mano coupe le gaz, saisit la casserole à deux mains, verse doucement dans une théière en fonte, lourde comme un parpaing. L'eau recouvre une mixture de feuilles sèches qui révèlent soudain leur odeur de forêt. Les gestes lui permettent de repousser le moment d'être inquiète, celui de comprendre.

Ce que j’en pense :

C’est un roman d’amour et de colère mais c’est également un roman politique au sens large puisqu’il parle des prisons (surtout), du pouvoir, du racisme, de la famille… de la société en général L’autrice nous fait pénétrer dans l’intime de ses personnages principaux d’une façon très sensible. Son récit est admirablement construit, se jouant de la temporalité sans jamais nous perdre. Pour moi c’est le meilleur roman de Marion Brunet, c’est un magnifique coup de cœur.

 

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>>> "Une enfance catholique" de Véronique Olmi

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Pour la première fois, Véronique Olmi se confie sur son enfance dans une famille aux prises avec une religion hantée par le péché originel. Avec tendresse, humour et gravité, elle raconte comment elle a traversé ces années de peur et d’espérance, avant de trouver sa liberté.

Extrait :

La religion était tout. Contenait tout. Dirigeait tout. Elle était en nous, nous l'avions intégrée et Dieu, qui avait tout créé, était partout : il voyait tout, pas seulement ce que nous faisions, les bonnes et les mauvaises actions, pas seulement ce que nous pensions - les fameuses « mauvaises pensées », mais aussi qui nous étions, au plus profond de nous-mêmes, la couleur de notre cœur, que nous noircissions à chacun de nos péchés, et qu'il fallait éclaircir en nous accusant en confession. Et les fautes avouées, la pénitence faite, nous pouvions de nouveau communier, notre cœur nécrosé avait retrouvé une blancheur presque transparente, nous étions aptes à recevoir l'hostie de la communion, le plus souvent à jeun, et sans la mordre pour ne pas faire mal à Jésus en l'imbibant discrètement de salive pour la ramollir et la faire glisser dans la gorge, et toujours je pensais aux calissons d'Aix que j'aimais tant, cette pâte d'amande sur son « lit d'hostie ».

Ce que j’en pense :

En une bonne centaine de pages Véronique Olmi nous fait revivre ce que nous, les catholiques de sa génération, avons vécu. C’est un livre percutant mais d’une grande finesse, avec quelques notes d’humour. On frôle parfois la colère face à la religion telle qu’elle pouvait nous « emprisonner » , cette religion qui s’est éloignée de la parole du Christ. C’est à la fois intime et universel.

 

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>>> "Ne m'oublie pas" de Alix Garin

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

La grand-mère de Clémence souffre de la maladie d'Alzheimer. Face à son désespoir, elle prend la décision de l'enlever de la maison de retraite et de prendre la route en quête de l'hypothétique maison d'enfance de sa mamie.

Une fuite, une quête, un égarement, l'occasion de se retrouver ? À moins que ce ne soit plutôt des adieux…

Extrait :

 

 

 

Ce que j’en pense :

C’est un album qui déborde de tendresse, de sentiments simples et plein de pudeur. L’autrice nous conduit par ses dessins (et ses silences) en même temps dans le monde de la vieillesse et de la jeunesse. Les sujets d’actualité sont également bien présents. C’est un roman graphique avec peu de mots mais c’est  très fort et très juste.

 

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>>> "Déguster le noir" recueil de nouvelles

Publié le par GéHa

 

Présentation de l’éditeur :

Nicolas Beuglet, Christian Blanchard, Pierre Bordage, Patricia Delahaie, Sonja Delzongle, R. J. Ellory, Jacques Expert, Jérémy Fel, Nicolas Jaillet, Anouk Langaney, Ian Manook, Bernard Minier et Cédric Sire.

Ces treize auteurs prestigieux, maîtres incontestés du frisson, nous entraînent dans une exploration sensorielle inédite autour du goût. Autant de nouvelles originales, singulières et terrifiantes, à la rencontre de personnages succulemment cruels ; autant d’histoires délicates qui satisferont papilles et méninges les plus affûtées.

Un recueil plein de vengeance, de coups bas et mortels, à savourer froid ou chaud, avec tous les sens en alerte.
Vous n’en ferez qu’une bouchée !

Première page :

Le soleil était déjà bas sur l'horizon lorsqu'elle aperçut le barrage.

— Ralentis.

Mais Hassan n'avait pas attendu l'ordre pour lever le pied de l'accélérateur. Des soldats américains. Un check-point en plein désert. Des gamins nerveux, morts de trouille ou camés, baignant dans leur sueur depuis le matin, le doigt sur la détente de leur M16...

— STOP ! hurla l'un d'eux.

Derrière lui, le soleil avait l'air d'une orange sanguine — ou d'un énorme coeur palpitant, irriguant le ciel d'Irak, le ciel de Babylone et de Ninive, de ses milliers d'artères et d'artérioles flamboyantes. Leila Ramani fouilla fébrilement dans la boîte à gants, à la recherche de son laissez-passer délivré par le ministère de l'Intérieur irakien. Elle travaillait pour le Musée archéologique de Bagdad, en tant que spécialiste des époques néobabylonienne et achéménide.

Le soldat contourna la vieille Peugeot de son côté. Avec son M16, les dix magasins de rechange, les grenades et le 9 mm à sa ceinture, son gilet pare-balles en kevlar, son casque et le DCU — l'uniforme de camouflage pour le déset…

Ce que j’en pense :

C’est un recueil que je ne conseille pas. D’abord il n’y a aucun mot sur chaque auteur (je ne dis pas autrice car il n’y en a que 2 sur 13). Deux nouvelles sont excellentes : celle de Patricia Delahaie et celle de Christian Blanchard et je pense que je lirai leurs livres. Les autres peuvent être « lisibles » mais il y en a quand même près de la moitié qui sont sans intérêt.

 

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>>> "l'amour" de François Begaudeau

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

J’ai voulu raconter l’amour tel qu’il est vécu la plupart du temps par la plupart des gens : sans crise ni événement. Au gré de la vie qui passe, des printemps qui reviennent et repartent. Dans la mélancolie des choses. Il est nulle part et partout, il est dans le temps même.

Les Moreau vont vivre cinquante ans côte à côte, en compagnie l’un de l’autre. C’est le bon mot : elle est sa compagne, il est son compagnon. Seule la mort les séparera, et encore ce n’est pas sûr.

F. B.

Première page :

La première fois que Jeanne voit Pietro, c’est au gymnase où sa mère fait le ménage.

Quand c’est le jour de nettoyer les gradins, la mère embarque sa fille, on n’aura pas trop de quatre bras. Jeanne y gagne 20 francs, ça fait un petit complément à sa paye de l’hôtel. Et puis ça l’occupe.

Un mercredi de février, leurs horaires coïnci­dent avec l’entraînement de l’équipe de basket. Les semelles de caoutchouc crissent sur le parquet, les shorts en nylon luisent sous les projecteurs. Il est là en débardeur rouge, ses cheveux noirs mi-longs ceints d’un bandeau éponge. Chiffon en main, Jeanne se concentre sur le bois verni du banc qu’elle astique pour ne pas le regarder, mais c’est impossible car du haut de ses deux mètres il domine son monde. On ne voit que lui.

À un moment un ballon rebondit jusqu’à elle agenouillée pour lustrer le sol. Elle le renvoie d’un geste malhabile. Il ramasse la grosse boule râpeuse d’une seule main, quand il en faudrait trois à Jeanne. Elle songe qu’elle n’est pas de taille. Elle n’y songe même pas.

Ce que j’en pense :

Un amour simple, basique, quotidien jusqu’à la mort. C’est une très belle histoire qui tient en peu de pages. Entre les mots, entre les paragraphes il y a tout ce qui existe sans être dit, tout ce que nous ressentons dans ce qui parait complètement banal. C’est du bonheur sans fioritures. On se sent bien en lisant ce livre et cela dure après l’avoir terminé.

 

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>>> "Mère à l'horizon" de Jacques Gamblin

Publié le par GéHa

Présentation de l’éditeur :

Son premier baiser, elle l'a donné entre les casseroles et les pinces multiprises.

Aujourd'hui, elle reste assise de longues heures, les rideaux à peine ouverts, elle veut bien voir le dehors mais que le dehors ne la voie pas.

Elle a commencé à perdre l'audition il y a quelques années. La mémoire a suivi et couru à sa perte. Sans bruit. Sans choc.

Pour combler les phrases qu'elle ne prononce plus, son fils, complice, capture les instants, pour l'aimer encore, autrement, pour l'aimer mieux.

Première page :

— Demain on change d’heure.

— Ah oui comment je vais m’y retrouver ?

— Je vais régler ta montre à l’heure de demain. Comme ça quand tu te réveilleras, tu seras à la bonne heure.

— Oui mais… demain il sera quelle heure ?

— Je ne sais pas. Quand tu vas te réveiller. Voilà j’ai réglé ta montre, la pendule, ton réveil… Ils seront à l’heure de demain.

— Oui mais l’heure elle va tourner cette nuit !

— Eh oui et comme ça demain elle sera à la bonne heure de demain.

— Oui mais si tu la mets maintenant à l’heure de demain et qu’elle continue de tourner cette nuit, elle ne sera pas à l’heure demain.

— Maman…

Ce que j’en pense :

Dans ce livre il y a beaucoup de tendresse et d’amour. Gamblin raconte sa mère, et lui également par la même occasion,avec beaucoup de sensibilité et d’humour. Même si cela est parfois un peu brouillon ce livre est un magnifique hommage à une mère qui disparaît lentement à l’horizon.

 

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