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Midi pile

Publié le par GéHa

Midi pile

 "Midi pile" de Rebecca Dautremer - Sarbacane

Présentation de l'éditeur :

Nous voici retournés au beau pays de Jacominus Gainsborough.
Il a donné rendez-vous à Douce à midi pile, car il va s’embarquer et il a quelque chose de très important à lui dire…

Viendra-t-elle ? Et arrivera-t-elle à temps ?
En attendant, il l’imagine : il voit avec ses yeux, entend avec ses oreilles…

Le lecteur « traverse » presque physiquement ce livre d’artiste aux pages finement découpées : il est à la fois dans la tête de Jacominus, ce petit lapin à l’âme sensible si humain, dont il partage les doutes et les élans – et dans la peau de Douce, qui s’avance vers lui. Les tableaux se succèdent, tandis que l’impatience de Jacominus grandit : on suit le chemin de l’aimée qui se met en route, on « traverse » le verger, les faubourgs, la place du marché… comme si l’on marchait avec elle.
Et c’est toujours avec Douce qu’on parcourt les derniers mètres sur le port et qu’on aperçoit enfin, sur le pont d’un bateau en partance, la petite silhouette de Jacominus Gainsborough…

Extrait :

 

Ce que j'en pense :

On ne peut pas dire que ce soit un livre pour la jeunesse mais plutôt un livre qui nous redonne jeunesse. On le manipule avec une grande délicatesse et cette délicatesse pénètre en nous. L'idéal est bien sûr de se mettre à plusieurs pour en tourner les pages, le plaisir en sera multiplié.

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Je ne suis plus inquiet

Publié le par GéHa

Je ne suis plus inquiet

"Je ne suis plus inquiet" de Scali Delpeyrat - Actes-Sud - Papiers

Présentation de l'éditeur :

“Le livre, composé de proses assez brèves, qui sont autant de petits tableaux, certains très drôles, d’autres très émouvants, entretient ce sens du hiatus, de l’intervalle énigmatique. Chaque texte semble séparé d’un autre par un suspens, une chose tue… L’humour, la dinguerie, la grâce du livre sont toujours conquis sur un affolement premier, parfois même une panique, heureusement dominés et jugulés. Ainsi avance, au fil de ces textes concis et précis, la silhouette littéraire, paradoxale, drôle et mélancolique de Scali Delpeyrat.” DENIS PODALYDÈS

Extrait :

 Salle d'attente 

J'étais dans la salle d'attente d'un cabinet médical. Il régnait dans la pièce le silence particulier des malades qui attendent de voir le docteur. C'est là, dans ce silence, entouré d'une dizaine de personnes, que je me suis laissé aller à un des actes les plus incongrus de mon existence. J'ai siffloté. J'ai siffloté dans la plus parfaite inconscience et sans aucune retenue pendant bien vingt secondes. Autant dire une éternité. C'est le regard discrètement affligé de la dame assise en face de moi qui me fit revenir à moi-même. Comment avais-je pu faire une chose pareille ? Siffloter dans une pièce aussi exiguë, entouré de personnes silencieuses et probablement malades ?

Ce que j'en pense :

C'est un livre doux et tendre fait de plaisirs et de souvenirs minuscules, qui raconte par petites touches une véritable histoire d'amour. Même si on va dans des temps et des lieux différents au fil de la lecture c'est très bien construit. Ce monologue sur scène doit être superbe.

Je ne suis plus inquietJe ne suis plus inquietJe ne suis plus inquietJe ne suis plus inquiet

 

 

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Open bar (1 et 2)

Publié le par GéHa

Open bar (1 et 2)

Open bar (1 et 2) 

"Open bar tome 1 et 2" par Fabcaro -  Delcourt

Présentation de l'éditeur :

Fabcaro revient, dans l'esprit de Zaï Zaï Zaï Zaï, dans un recueil de gags qui revisite notre quotidien et nos contemporains à travers le filtre d'un humour absurde ravageur.Que fait un bébé éléphant dans la salade ? Quels sont les ingrédients pour s'assurer un horrible voyage en TGV ? L'Inde ou le Yémen, quel pays visiter pour pouvoir mieux frimer ? On découvre sous un angle inédit, à la sauce Fabcaro, la rentrée littéraire, la rentrée sociale, l'alimentation bio, la radicalisation, tout ce qui fait notre quotidien, qui deviendra bien plus supportable et léger après la lecture du livre.

Extrait :

 Open bar (1 et 2)

Ce que j'en pense :

On éclate souvent de rire au fil de ces BD. On sent qu'il peut tout se permettre en se moquant des travers de la société. Et comme on fait partie de cette société on en prend aussi pour notre grade... mais ça fait du bien. Le tome 1 est particulièrement réussi. Dommage que le tome 2 ne soit pas à la même hauteur!

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Broadway

Publié le par GéHa

Broadway

"Broadway" de Fabrice Caro - Gallimard (Sygne)

Présentation de l'éditeur :

La vie n’est pas une comédie musicale.
Une femme et deux enfants, un emploi, une maison dans un lotissement où s’organisent des barbecues sympas comme tout et des amis qui vous emmènent faire du paddle à Biarritz… Axel pourrait être heureux, mais fait le constat, à 46 ans, que rien ne ressemble jamais à ce qu’on avait espéré. Quand il reçoit un courrier suspect de l’Assurance maladie, le désenchantement tourne à l’angoisse. Et s’il était temps pour lui de tout quitter? De vivre enfin dans une comédie musicale de Broadway?
Après Le Discours, Fabrice Caro confirme son talent unique de prince de l’humour absurde et mélancolique.

Première page :

Le 20 juillet 1988, quand était arrivée la lettre de Sandrine Cazes alors en vacances à Juan-les-Pins et que j’avais rencontrée une semaine auparavant dans un bal de village, je l’avais saisie d’une main tremblante (en réalité, elle était d’abord passée par les mains de ma mère, c’est elle qui allait au courrier, C’est pour toi, avait-elle déclaré d’un ton solennel, suscitant chez moi un sentiment mêlé de honte et d’excitation), je m’étais réfugié dans ma chambre pour l’ouvrir en toute tranquillité et j’avais découvert une carte postale d’une vue de Juan-les-Pins accompagnée d’une longue lettre d’une écriture tout en rondeur, à l’encre bleue sur du papier parfumé. Sandrine Cazes évoquait notre rencontre, parlait de ses vacances, de son petit frère insupportable, puis soudainement, au milieu d’une phrase sur la température de l’eau, entre parenthèses, surgissait un (pile là à la radio, «… fermer les volets et ne plus changer  l’eau des fleurs…», qui me fait douloureusement penser à toi)…

Ce que j'en pense :

On retrouve le ton habituel de Fabrice Caro : un humour très ironique. Sa façon de décrire des situations banales et quotidiennes de manière plutôt « décalée »  et « absurde » est souvent plaisante. Mais je me suis lassé au fil des pages, à suivre les réflexions de ce personnage d’Alex. Je crois vraiment que l’humour de l’auteur est mieux mis en valeur dans ses bandes dessinées.

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Le discours

Publié le par GéHa

Le discours 

"Le discours" de Fabrice Caro - folio

Présentation de l'éditeur :

Je prononcerai ce discours à une condition, Ludo, une seule : que tu arrêtes de faire grincer ta fourchette dans ton assiette. Je pourrais tuer pour ça. Il y a des codes, Ludo, sinon c'est le bordel. Sept milliards de névrosés essayant de vivre ensemble, se faisant croire que c'est possible, qu'on ne tue pas pour un grincement de fourchette dans l'assiette, qu'on ne quitte pas son amoureux parce qu'il fait du bruit en buvant son café." Lors d'un dîner en famille, Adrien, qui vient de se faire plaquer, apprend qu'il doit prendre la parole au mariage de sa soeur. Entre le gratin dauphinois et les tentatives de discours toutes plus absurdes les unes que les autres, il n'espère qu'une chose : que Sonia revienne. Un récit digne des meilleures comédies romantiques, où l'on retrouve l'humour décalé de Zaï zaï zaï zaï.

Première page :

Tu sais, ça ferait très plaisir à ta sœur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie. Il laisse tomber ces quelques mots, comme ça, sans plus d’ornements, sans même me regarder, appliqué à se servir un verre de vin rouge qu’il vide dans la foulée. Le détachement, l’absence totale de solennité qu’il imprime à cette phrase empêchent toute négociation. Débattre d’une telle proposition relève du superflu, voire du grotesque. J’ai beau chercher, je n’y décèle pas l’ombre d’une intonation interrogative. Son autorité naturelle ne s’encombre d’aucune question, de volume sonore, de regard droit. Rien de très élaboré, hein, quelques mots, ça la toucherait beaucoup. Oui oui, bien sûr, avec plaisir. C’est tout ce que je trouve à répondre. Ma sœur et ma mère reviennent de la cuisine à ce moment-là, il ne manquait plus que ça pour me pourrir la soirée, un discours.

Ce que j'en pense :

C’est drôle et touchant, parfois désabusé et ironique et même assez cruel à certains moments. On a de l’empathie pour ce personnage de looser fragile décrit souvent avec une certaine tendresse. On peut s’y reconnaitre un peu lors de ces repas familiaux. On retrouve « la patte »  et l’humour de Fabcaro l’auteur de BD. Même si dans ce roman on se fait de belles images je pense que les BD de l’auteur sont supérieures à ses écrits.

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Tempêtes

Publié le par GéHa

Tempêtes 

"Tempêtes" de Andrée A. Michaud - Rivages/noir

Présentation de l'éditeur :

Marie Saintonge emménage dans une maison léguée par son oncle, récemment suicidé, située dans le Massif bleu, une montagne québécoise. Confinée à l’intérieur à cause d’une tempête de neige, elle y vit des phénomènes à l’apparence paranormale et finit par perdre pied...
Ric Dubois est resté le prête-plume de l’écrivain Chris Julian jusqu’à sa mort par suicide. Délivré de ses obligations à son égard mais déterminé à terminer le manuscrit  pour se prouver sa propre valeur, Ric se rend au campint du Massif bleu, afin d’y travailler sur le roman. Plusieurs meurtres ont lieu au camping ; bien que soupçonné par beaucoup de locaux à cause de son statut d’étranger, Ric s’efforce de mettre la main sur le véritable coupable. 
Deux versants de la montagne, deux destins tragiques qui vont se rejoindre. 

Première page :

L’homme était là, debout derrière la maison, qui m’épiait depuis trois jours, ou peut-être n’était-ce qu’une ombre, un arbre figé dans la tempête auquel mon épuisement donnait forme humaine. J’avais pourtant la certitude qu’il se rapprochait, que chaque nuit il faisait quelques pas de plus, quittant peu à peu le couvert de la forêt pour l’espace dégagé qui s’ouvrait devant le hangar.

Une autre que moi aurait peut-être tenté d’aller à sa rencontre, mais j’étais tétanisée par son immobilité, par son immuable silence, un homme de pierre ou de bois qui demeurait indifférent à mes supplications et à mes injures, aux cris que je lançais depuis le pas de la porte pour lui demander de s’en aller, de sacrer son camp, de me ficher la paix : va donc chez le diable, hostie de malade !

Quand mes hurlements frôlaient ainsi l’hystérie, j’étais persuadée qu’il s’amusait, que son visage masqué par l’obscurité s’éclairait du sourire de l’homme qui vous sait prise au piège et qui prend tout son temps, pas à pas, pour vous rendre folle. Sitôt la porte refermée, je la bloquais avec un fauteuil, le fauteuil de Franck, et m’assoyais près de la baie vitrée, une hache à mes pieds, sur la lame de laquelle je voyais son sourire se refléter, un homme de pierre ou de bois qui voulait ma perte, ou la sienne, lorsque mes nerfs lâcheraient et que j’abattrais la hache sur son crâne enneigé.

Ce que j'en pense :

 Cauchemars, folie, alcool, visions, hallucinations effrayantes, solitude face aux éléments déchainés.... voilà de quoi est fait ce livre qui peut paraitre assez dérangeant car l'autrice, avec sa très belle écriture, sait nous mettre dans cette ambiance très sombre. C'est un récit où l'on ne sait jamais si on est dans le réel ou dans l'imagination des protagonistes. Le lecteur peut se sentir possédé, piégé par cette atmosphère assez étouffante.

TempêtesTempêtes

 

 

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Adios cow-boy

Publié le par GéHa

Adios cow-boy

"Adios cow-boy" de Olja Savicevic - JC Lattès

Présentation de l'éditeur :

De retour dans sa ville natale, Dada retrouve sa mère  et sa soeur avec l’espoir de libérer sa famille du passé. Telle une cavalière solitaire, elle enfourche sa mobylette  pour tenter de faire la lumière sur la mort de son jeune frère,  passionné de westerns, disparu quatre ans plus tôt.

Cet envoûtant roman d’apprentissage nous offre le portrait  saisissant d’une génération perdue, au cœur d’une banlieue  croate abîmée par la guerre. Une œuvre magistrale sur l’intolérance et la violence, sur le désir et la liberté d’être  différent.

Première page :

L’été 200X était arrivé avant l’heure. Ce qui signifiait une chaleur infernale accumulée depuis fin avril. Dans les parcs et les plates-bandes, les roses de mai expiraient.

Fin juillet, j’ai fait mes bagages, j’ai quitté l’appartement étranger où j’avais vécu quelques années perdues, et je suis rentrée chez moi.

Ma sœur m’attendait dans la cuisine de notre vieille maison, sa valise prête pour le départ. Au cours de l’heure et demie qu’a duré notre entrevue, elle s’est levée de table quatre fois, une fois pour me servir du lait, trois pour aller aux toilettes. À la fin, elle est revenue la bouche peinte en rose vif, ce qui m’a étonnée, même si je n’ai rien dit – elle n’utilisait pas cette nuance de rouge à lèvres auparavant. Elle a envoyé quelques SMS, tout en discutant avec moi, puis elle s’est définitivement levée, a lissé sa jupe, s’est engagée dans le long couloir, a descendu les marches.

Ce que j'en pense :

C’est un livre qui me laisse dubitatif. Il y a des passages absolument superbes et le personnage principal est très bien montré, avec ses ambigüités, ses inquiétudes et ses recherches. La guerre y est sous jacente mais jamais vraiment présente. Mais j’ai eu souvent l’impression de confusion dans le récit. L’écriture se veut recherchée, poétique mais n’y réussit pas toujours, loin de là.

Adios cow-boy

 

  

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Chavirer

Publié le par GéHa

Chavirer

"Chavirer" de Lola Lafon - Actes Sud

Présentation de l'éditeur :

1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes.

2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation.

Devenue danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’un passé qui ne passe pas est revenu la chercher, et qu’il est temps d’affronter son double fardeau de victime et de coupable.

Chavirer suit les diverses étapes du destin de Cléo à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent.

Revisitant les systèmes de prédation à l’aune de la fracture sociale et raciale, Lola Lafon propose ici une ardente méditation sur les impasses du pardon, tout en rendant hommage au monde de la variété populaire où le sourire est contractuel et les faux cils obligatoires, entre corps érotisé et corps souffrant, magie de la scène et coulisses des douleurs.

Première page :

Elle avait traversé tant de décors, des apparences, une vie de nuit et de recommencements. Elle savait tout des réinventions. Elle connaissait les coulisses de tant de théâtres, leur odeur boisée, ces couloirs tortueux où les danseuses se bousculaient, les murs roses et râpés de loges sans fenêtre au lino terni, ces miroirs encadrés d’ampoules, les coiffeuses sur lesquelles une habilleuse disposait son costume, épinglé d’une note de papier : CLÉO

Un string crème, une paire de collants chair à enfiler sous les résilles, un soutien-gorge semé de perles et de sequins, les gants ivoire jusqu’au coude et les sandales à talons renforcées d’un élastique corail sur le cou-de-pied.

Cléo arrivait avant les autres, elle aimait ce temps-là où personne ne s’affairait encore autour d’elle. Ce silence plat à peine troublé des voix des techniciens qui vérifiaient la bonne marche des éclairages sur scène. Elle ôtait ses vêtements de ville, enfilait un pantalon de survêtement, puis, torse nu, assise face au miroir, entamait ce processus qui la verrait disparaître.

Une demi-heure pour s’effacer : elle versait le fond de teint Porcelaine 0.1 au creux de sa paume, en imprégnait l’éponge en latex, le beige annulait le rose de ses lèvres…

Ce que j'en pense :

C’est un livre qui m’a fait « chavirer ». Le récit est parfaitement construit avec des retours en arrière, des parties consacrées à des personnages rencontrés par Cléo. L’auteure a très bien su nous faire ressentir la honte, la culpabilité de victime de viol (même si ce mot n’est jamais écrit)… et puis le silence qui s’installe tout au long d’une vie qui s’interroge sur le pardon, l’oubli, la réparation. J’ai trouvé l’écriture magnifique à la fois forte, délicate et pudique, pleine de retenue et de non-dits.

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Les orageuses

Publié le par GéHa

Les orageuses

"'Les orageuses" de Marcia Burnier - Cambourakis

Présentation de l'éditeur :

« Depuis qu’elle avait revu Mia, l’histoire de vengeance, non, de “rendre justice”, lui trottait dans la tête. On dit pas vengeance, lui avait dit Mia, c’est pas la même chose, là on se répare, on se rend justice parce que personne d’autre n’est disposé à le faire. Lucie n’avait pas été très convaincue par le choix de mot, mais ça ne changeait pas grand-chose. En écoutant ces récits dans son bureau, son cœur s’emballe, elle aurait envie de crier, de diffuser à toute heure dans le pays un message qui dirait On vous retrouvera. Chacun d’entre vous. On sonnera à vos portes, on viendra à votre travail, chez vos parents, même des années après, même lorsque vous nous aurez oubliées, on sera là et on vous détruira. »

Un premier roman qui dépeint un gang de filles décidant un jour de reprendre comme elles peuvent le contrôle de leur vie.

Première page :

Meuf, meuf, MEUF respire. Respire comme on t'a appris, ouvre ta cage thoracique, si allez, ouvre-la bien fort. Merde. Prends ton téléphone, allez, prends-le, arrête, mais ARRETE de trembler. Voilà, comme ça. Respire on a dit. T'arrête surtout pas de respirer. Regarde pas la traînée sur ton pull, regarde-la pas, on s'en fout si ça partira au lavage, au pire tu le jetteras, tu l'aimais même pas ce pull. Ton téléphone. Arrête de pleurer. Appelle. Rappelle. Rappelle encore une fois, elle t'en voudra pas. Tu vois elle décroche, elle est inquiète. Raconte-lui putain, t'appelles pas à cette heure-là pour savoir comment elle va. Crache. Parle-lui du couloir. Parle-lui de ses mains sales et de ton corps glacé. Explique-lui cette nuit de garde, les pas qui s'approchent, ton soupir, tant pis si c'est brouillon, écoute sa voix à l'autre bout du fil elle t'écoute, elle est totalement réveillée. Respire encore un peu. Ralentis. L'histoire est pas compliquée, rappelle-toi : il est venu à ton étage, cet étage à moitié vide, à l'heure où les gamines dorment toutes profondément. Il a discuté, c'est pas grave si tu te rappelles pas de quoi, probablement du dernier skinhead qu'il a tabassé, elle s'en fout tu vois bien. T'as soupiré, il t'agace depuis longtemps, tu le trouves inintéressant, presque stupide, tu l'évites toujours soigneusement. Tu ne te rappelles pas de quoi vous avez parlé, mais tu te rappelles qu'il a soudain essayé de t'embrasser, tu te rappelles ses mains qui serraient ton cou…

Ce que  j'en pense : 

C’est un livre plein de rage et percutant. L’auteure décrit très bien comment le viol peut complètement détruire la vie des femmes. Elle nous montre aussi qu’il est possible de renaitre, d’exister à nouveau, de retrouver son corps,  en se regroupant entre filles, en créant une vraie sororité. Devant un tel sujet je suis assez mal à l’aise en mettant un petit bémol sur la qualité de l’écriture qui m'a fait "tiqué" en quelques occasions.

Les orageusesLes orageusesLes orageuses

 

 

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Qui sème le vent

Publié le par GéHa

Qui sème le vent

"Qui sème le vent" de Marieke Lucas Rijneveld - Buchet Chastel

Présentation de l'éditeur :

À dix ans, la narratrice de Qui sème le vent vit en rase campagne aux Pays-Bas. Les repas de famille, les travaux de la ferme, les heures passées à observer les crapauds, tout devient par la grâce de son regard un fascinant terrain d’apprentissage. Mais quelques jours avant Noël, après avoir lancé un funeste présage à son grand frère parti patiner sur le lac, son monde va être brusquement bouleversé, tout comme celui de sa famille.

Au fil d’un texte poignant, la voix de la fillette, bouleversante de justesse, dit la violence d’une enfance vécue dans un monde de non-dits.

Première page :

J'avais dix ans et je ne quittais plus ma parka. Ce matin-là, maman nous a enduits, l'un après l'autre, de graisse à traire pour nous protéger du froid aigre ; elle plongeait les doigts dans une boite jaune de la marque Bogena pour en tirer un onguent qui sert normalement à prévenir crevasses, callosités et nodules en chou-fleur aux trayons des vaches. Le couvercle de la boite étant tout gras, elle ne pouvait se passer d'un torchon pour le dévisser. De ce produit émane la même odeur que de la mamelle qui mijote parfois dans un bouillon sur la cuisinière, en tranches épaisses saupoudrées de sel et de poivre, un plat qui m'horrifie tout autant que la pommade qui emboucanait ma peau ce jour-là. Cela n'empêchait pas maman de nous planter ses gros doigts en pleme figure, comme dans un des fromages dont elle tâte la croûte avant de la tapoter pour vérifier la progression de sa maturité. Sous la lumière de l'ampoule de la cuisine, tapissée de fientes de mouches, nos joues pâles luisaient. Depuis une éternité, on attendait l'abat-jour. un bel abat-jour fleuri, mais quand on en repérait un au village, maman mettait un pomt d'honneur à chercher plus avant. Un manège qui durait depuis déjà trois ans. Le matin en question, avant-veille de Noël, sentant la pression de ses pouces visqueux dans mes orbites, j'eus peur,…

Ce que j'en pense :

C’est une histoire bouleversante mais assez difficile à supporter dans la longueur. L’auteure sait parfaitement se mettre à la place de « Parka » et montrer tout ce qui peut cheminer dans sa tête après le décès du frère. Elle sait très bien rendre tous les états d’âme de la narratrice, cette atmosphère avec les silences des parents et le poids de la religion. Rien ne nous ai épargné, l’écriture est sans fioriture et assez crue… ce qui pourrait un peu lasser dans la dernière partie du livre.

Qui sème le ventQui sème le ventQui sème le vent

 

 

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