Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Les Magnolias

Publié le par GéHa

Les Magnolias

"les Magnolias" de Florent Oiseau - Allary éditions

Présentation de l'éditeur :

– Caramel
– Pompon
– Cachou…
Il y a des gens, dans la vie, dont l’unique préoccupation semble d’imaginer des noms de poneys. Alain est de ceux-là. Sa carrière d’acteur au point mort – depuis qu’il en a joué un, dans un polar de l’été, sur TF1 –, le quarantenaire disperse ses jours. Chez Rosie en matinée – voluptés de camionnette – et le dimanche aux Magnolias – où sa grand-mère s’éteint doucement. On partage une part de quatre-quarts, sans oublier les canards, et puis mamie chuchote : « J’aimerais que tu m’aides à mourir. » Autant dire à vivre… La seconde d’après, elle a déjà oublié. Pas Alain. Tant pis pour les poneys : il vient de trouver là, peut-être, un rôle à sa portée…

Dans la lignée de Je vais m’y mettre et de Paris-Venise, Florent Oiseau brosse un nouveau portrait de loser magnifique – une parenthèse en Renault Fuego où valsent sandwichs aux flageolets, secrets de famille et cuites à la vieille prune, pour l’amour d’une grand-mère.

Première page :

Ça va te faire du bien le Sud.

-De quoi ?

-Je disais : ça va te faire du bien ces quelques jours dans le Sud.

-Ah! Ouais.

-Te faire réveiller par le chant des cigales.

- Hein?

-Te faire réveiller par le chant des cigales.

-Tu plaisantes? Je les déleste! Ils commencent par chanter, c'est vrai, pour t'amadouer. Mais avant même le début du deuxième couplet, ils t'ont déjà barbé les jantes de la bagnole.

Le sèche-cheveux s'est éteint, Rico est sorti de la salle de bains, s'est posté devant moi, une serviette autour de la taille. Il tenait sa tête bien inclinée et s'enfonçait les deux tiers de l'index au fond de l'oreille.

Ce que j'en pense :

Il a une belle plume cet Oiseau là. Il y a de l’humour, de la tendresse avec juste ce qu’il faut d’ironie et d’auto dérision. J’aime bien ces histoires où l’on sent les fêlures sous le rire. Il y a de très belles trouvailles dans cette écriture qui nous laisse un sourire au coin des lèvres et des souvenirs au bord du cœur. C’est un livre qui m’a vraiment fait du bien. Peut-être un petit reproche : il est trop court !

Les MagnoliasLes MagnoliasLes MagnoliasLes Magnolias

 

 

___________

Voir les commentaires

Assassins d'avant

Publié le par GéHa

Assassins d'avant

"Assassins d'avant" de Elisa Vix - Rouergue noir

Présentation de l'éditeur :

Manuel Ferreira est flic. Lorsqu’une jeune femme lui demande une interview au sujet des effectifs de la police, il est surtout sensible à son charme. Mais quand elle dégaine une photographie prise vingt-cinq ans plus tôt, ce sont ses pires souvenirs qui remontent à la surface. Adèle Lemeur n’est pas journaliste, mais chercheuse en médecine. Surtout, elle est la fille de Marie Moineau, l’institutrice tuée dans sa salle de classe de CM2, devant ses élèves, devant Manuel qui n’a jamais oublié cette scène terrible, qui est peut-être devenu flic pour l’exorciser. Adèle veut comprendre pourquoi sa mère est morte. Et Manuel est le seul à pouvoir l’aider, à retrouver ces copains d’avant qui furent témoins du crime. Il dit oui. Pour la revoir. Pour son malheur. Parce qu’il vient de tomber amoureux de la seule femme qu’il n’a pas le droit d’aimer.
Dans un roman incisif comme elle en a le secret, Élisa Vix conduit son héroïne sur le chemin d’une vérité qui va la prendre au piège. Vingt-cinq ans ne suffisent pas à refermer des plaies ni à colmater des mensonges. Et si Adèle avait vraiment été enfermée dans une tour de silence pour son bien ? Et si ça n’existait pas, des familles sans histoire ? À son corps défendant, Adèle va aller bien plus loin qu’elle ne l’aurait imaginé.

Première page :

Manuel 

Au commencement, il y a ce pigeon idiot qui picore les miettes entre nos pieds avec la régularité d'un jouet mécanique. Le pas pressé du serveur provoque l'envol lourdaud du volatile. L'homme dépose les consommations sur la table grasse, déplie, d'une main osseuse, un ticket froissé.

Ses yeux las glissent sur nous.

Un couple banal.

Comme des milliers.

Je l'observe. Elle fouille dans son sac. Un de ces fourre-tout dans lesquels les femmes se débattent avec une inquiétude touchante. Avant d'en extirper, soulagées, l'objet convoité.

Son fin visage incliné ne m'offre que des accroche-cœurs bruns qui griffent ses joues. Ça me plaît, cette coiffure à la garçonne. De nos jours, toutes les femmes portent des cheveux longs. C'est comme si elle m'envoyait un signal ; attention, je suis spéciale.

Elle attend que le serveur s'éloigne avant de faire glisser, sur le faux marbre entre nos deux tasses, la photo exhumée du fourre-tout.

Ce que j'en pense :

C’est un roman policier bien ficelé, l’écriture est simple et fluide, on le lit très vite. Les deux personnages principaux sont attachants et on sent dès le début les non-dits, les fêlures et les blessures dans leur vie. Tout parait donc formidable dans cette lecture. Alors comment expliquer les réserves que je ressens après avoir fermé le livre ? Sans doute le fait que l’écriture à deux voix ne me semble pas justifiée et aussi les doutes sur la crédibilité de l’enquête au départ du récit.

Assassins d'avantAssassins d'avant

 

 

__________

Voir les commentaires

Et pourquoi moi je dois parler comme toi ?

Publié le par GéHa

Et pourquoi moi je dois parler comme toi! 

"Et pourquoi moi je dois parler comme toi? écrits bruts (et non bruts) réunis par Anouk Grinberg

Le Passeur

Présentation du livre :

Chez eux, l’imagination est en tête, les visions débordent, les identités sont multiples, et les sens sont à nu. L’enfance est partout, le réel est augmenté de dialogues avec des esprits et ils parlent couramment la langue du chaos ; le dedans est dehors. On dit d’eux qu’ils sont fous ou idiots. 

À leur façon, ils portent aussi le monde. Ils disent, à corps et à cri : « Je ne suis pas ce que vous
croyez », ils font des danses de vie pour éclairer leurs chambres noires, ils écrivent au monde et le monde
n’entend pas ; ils créent sans le savoir, et nous nous inclinons devant la vie qu’ils portent en eux. Ils ont eu la pulsion d’écrire, comme on a la pulsion de la vie. Ils se fichaient d’écrire « comme il faut » ; ils
obéissaient à d’autres lois, inventaient des langues pour se tenir au plus près d’eux-mêmes. Ça jette des étincelles. 

Nos coeurs sont à la fête, même quand c’est triste. On retrouve des frères, des soeurs, ou bien nous-mêmes, épluchés de nos falbalas. Avec les écrits bruts, on est à la source de pourquoi l’écriture vient, pour faire monter la vie, pour s’ébrouer du malheur et en faire des feux de camps, pour faire vivre l’esprit. 

On ne comprend pas comment le manque de tout l’élémentaire produit cet oxygène. C’est un mystère. Et
en attendant de comprendre, je tourne autour et avec eux, je me sens vivante.

Anouk Grinberg

Extrait :

Ernst Herbeck (1920-1991) a du mal à parler à cause d'un bec de lièvre, qui rend si scolarité difficile. Il devient ouvrier. Puis il part à la guerre, revient vivant, mais montre des signes de schizophrénie. On l'interne c’est là qu'il commence à écrire des poèmes.

La vie 

La vie est belle

déjà aussi belle que la vie.

La vie est tris belle

nous l'apprenons ; la vie ;

La vie est très belle.

Comme la vie est belle

Elle commence belle la vie.

Si (belle) du l'est aussi.

Ce que j'en pense :

La plupart de ces textes ont été écrits par des personnes considérées comme "folles" et enfermées pour cette raison. C'est vrai qu'il y a quelques textes difficiles à déchiffrer mais souvent ces écrits sont d'une grande transparence et nous émeuvent et nous troublent parfois. Le fait d'avoir associer des écrits d'auteurs reconnus nous questionne également sur le "bon français", la "bonne littérature" qui est promue par nos élites et notre enseignement.

Et pourquoi moi je dois parler comme toi ?Et pourquoi moi je dois parler comme toi ?Et pourquoi moi je dois parler comme toi ?Et pourquoi moi je dois parler comme toi ?

 

 

___________

Voir les commentaires

Le patient

Publié le par GéHa

Le patient

"Le patient" de Timothé Le Boucher - Glénat

Présentation de l'éditeur :

La police arrête une jeune fille errant dans la rue, couverte de sang, un couteau à la main. En se rendant chez elle, les agents découvrent avec effroi une scène de massacre : toute sa famille a été assassinée... 6 ans plus tard, Pierre Grimaud, l’unique survivant du "massacre de la rue des Corneilles", se réveille d’un profond coma. L’adolescent de 15 ans qu’il était au moment des faits est aujourd’hui un jeune homme de 21 ans. Désorienté, encore paralysé et souffrant d’amnésie partielle, il est pris en charge par le docteur Anna Kieffer, psychologue spécialisée sur les questions de criminologie et de victimologie. Pendant leurs séances, Anna tente de l’amener à se souvenir des circonstances du drame, malgré ses pertes de mémoire. Pierre lui évoque la présence mystérieuse d’un "homme en noir" qui hante ses rêves, probable réponse inconsciente à son traumatisme. Après plusieurs rendez-vous, Anna découvre en Pierre un être sensible et très intelligent. Touchée par son histoire, elle se met même à le prendre en affection. Petit à petit, une véritable complicité s’installe entre eux. Anna n’imagine pas à quel point ce patient va changer sa vie…

Extrait :

Le patient

Ce que j'en pense :

C’est une BD sur le thème de la mémoire, mais aussi de la manipulation. L’auteur est très habile pour nous montrer la complexité de la relation entre la psychologue et son patient. Il sème se doute et le trouble dans l’esprit du lecteur jusqu’à la dernière page. Graphiquement c’est de la belle ouvrage.

Le patientLe patientLe patientLe patient

 

 

__________

Voir les commentaires

Rouge Tango

Publié le par GéHa

Rouge Tango

"Rouge Tango" de Charles Aubert - Slatkine&Cie

Présentation de l'éditeur :

Niels Hogan s’est retiré loin du monde, dans une cabane de pêcheurs, au cœur d’un Sud encore sauvage. Quarantenaire bourru, il n’a que peu d’amis : son voisin Vieux Bob, pêcheur lui aussi, la fille de Bob, la détonante Lizzie, et le jeune geek Malik. Alors, quand ce dernier est porté disparu, il n’en faut pas plus pour que notre héros ordinaire reprenne du service. Son enquête le conduira sur la piste d’une vieille affaire liée au grand banditisme marseillais. De dangereux personnages viendront s’inviter à la fête, et troubler la vie si paisible que Niels s’est choisie.

Première page :

C'était l'heure du thé. Il soufflait un vent doux aux odeurs de terre humide et d'iode. L'été s'éloignait. Je songeais aux nuages qui se formaient au-dessus de la mer, la teinte gris bleu que prenaient leurs ventres lourds. Je songeais au lido sous les assauts des vagues, l'intensité vibrante du silence après la tempête. J'avais envie de rejoindre les grandes profondeurs. Le monde de surface ne me réussissait pas. Ses règles, ses enjeux, je ne les comprenais pas.

L'année précédente, trois gars s'étaient installés et avaient créé leurs marques. Trois malheureux gars ! Ça avait suffi pour me mettre dans le rouge. Leur stratégie commerciale était simple, une politique tarifaire agressive. Parfois, il suffit d'un rien. Ils proposaient des leurres pour la pêche qui ressemblaient à ceux que je fabriquais mais à des prix systématiquement inférieurs…..

Ce que j'en pense :

Voilà un roman très agréable à lire. L’auteur a une très belle plume et sait nous faire pénétrer dans ces paysages méditerranéens. On sent qu’il connaît (et aime) bien son sujet. C’est vrai que l’intrigue est souvent peu crédible et nous fait penser à des séries policières de bas de gamme, avec les « bons » contre les « méchants » de façon un peu caricaturale. Mais cela ne gâte pas notre plaisir de lecture. En bonus, l’auteur nous fait partager d’excellents haïkus en tête de chaque chapitre.

Rouge TangoRouge TangoRouge Tango

 

 

__________

 

Voir les commentaires

Histoire du fils

Publié le par GéHa

Histoire du fils 

"Histoire du fils" de Marie-Hélène Lafon - Buchet-Chastel

Présentation de l'éditeur :

Le fils, c'est André. La mère, c'est Gabrielle. Le père est inconnu. André est élevé par Hélène, la soeur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille. Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, Histoire du fils sonde le coeur d'une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences.

Première page :

Les pieds nus d'Armand glissent sur le parquet ; il ne veut pas réveiller Paul qui dort encore et fait son petit bruit de lèvres dégoûtant, comme un chiot quand il tète. Il va attendre un peu, mais pas trop longtemps, il ne faut pas que Paul se réveille, il gâcherait la féte des retrouvailles, Paul gâche tout. Paul et lui sont nés le même jour, le 2 août 1903 ; il sait, par sa mère et par sa tante, qu'il n'y avait jamais eu de jumeaux dans les deux familles avant eux. Il préférerait n'être pas jumeau, ou l'être avec Georges, sans Paul. Il comprend que c'est impossible, parce que les choses sont comme elles sont, la tante Marguerite le dit souvent, il tourne et retourne derrière ses dents cette phrase un peu bizarre qui glisse et lui échappe, il s'applique un moment à penser aux phrases grises de la tante Marguerite, et à son odeur, cendres froides et saucisson sec. Il réfléchit beaucoup aux odeurs et aux couleurs des gens…

Ce que j'en pense :

Comme dans ses autres romans, le style est toujours ciselé chez Marie-Hélène Lafon. Elle accorde beaucoup de place aux odeurs, aux sensations et il y a des chapitres absolument merveilleux. Mais l’histoire ne m’a pas conquis et parfois je me suis même ennuyé. Je me suis souvent perdu dans les personnages et dans les époques, il m’a fallu faire de nombreux retours en arrière pour m’y retrouver. Pour moi c’est  loin d’être le meilleure livre de cette auteure.

Histoire du filsHistoire du fils

 

 

__________

Voir les commentaires

La fièvre

Publié le par GéHa

La fièvre

 

"La fièvre" de Sébastien Spitzer - Albin Michel

Présentation de l'éditeur :

Memphis, juillet 1878. En pleine rue, pris d’un mal fulgurant, un homme s’écroule et meurt. Il est la première victime d’une étrange maladie, qui va faire des milliers de morts en quelques jours.

Anne Cook tient la maison close la plus luxueuse de la ville et l’homme qui vient de mourir sortait de son établissement. Keathing dirige le journal local. Raciste, proche du Ku Klux Klan, il découvre la fièvre qui sème la terreur et le chaos dans Memphis. Raphael T. Brown est un ancien esclave, qui se bat depuis des années pour que ses habitants reconnaissent son statut d’homme libre. Quand les premiers pillards débarquent, c’est lui qui, le premier, va prendre les armes et défendre cette ville qui ne voulait pas de lui.

Trois personnages exceptionnels. Trois destins révélés par une même tragédie.

Première page :

- Par pitié, laissez-moi !

Il est face contre terre, comprimé par un homme à genoux sur sa nuque. Sa pommette et son front tassent le sable du sentier. Un filet de sang dégoutte sous lui comme la poisse. Combien sont ils? Quatre? Cinq? Tous portent des toges blanches.

L'un d'eux pèse sur son dos et lui déboîte les bras, coudes aux reins, pognes au dos.

- Ahhh ! Pour l'amour de Dieu, je vous en prie. J'ai rien fait.

Un autre lui lie les chevilles si fort qu'il entrave ses artères. Son pouls bute contre le chanvre. Il a la bouche dans le sable et son cri s'y enterre parmi la bave et ce branle bas d'effroi qui coagule. Un homme rôde en retrait, chasseur tapi dans l'ombre. C'est lui le chef de ces mauvais génies en toge qui hantent les campagnes depuis des mois maintenant, semant les cadavres, épar pillant le drame et ravivant l'idée que naître noir est une malédiction.

Ce que j'en pense :

Le sujet et le contexte historique sont intéressants. Il manque cependant quelque chose pour que ce soit une bonne lecture. Sans doute l’écriture y est-elle pour quelque chose. Peut-être également que la psychologie des personnages n’est pas assez approfondie - en particulier celle du journaliste qui peut passer du ku klux klan à un humanisme presque sans faille. On a l’impression que cette histoire reste à la surface des choses. 

La fièvreLa fièvre

 

 

__________

Voir les commentaires

Oublie l'océan

Publié le par GéHa

Oublie l'océan

"Oublie l'océan" de Cathie Barreau - éditions Pneumatique

Présentation de l'éditeur :

Dans chacune de ces nouvelles, les personnages, Elise, Samuel, la petite Lily, Tedbalt… apprennent que les heurts de la vie creusent les cœurs, parfois révèlent les désirs. Un geste, un chagrin, une parole ou un effroi, tous cachés dans l’oubli, se dévoilent, transformés à travers le temps et le paysage.

Des lieux émanent une aura, un parfum de thym le long du sentier, une guitare électrique rue de Sèvres, un vent iodé par-delà le marais, une clarté sur le fleuve.

Le mystère d’une sensation captée par le corps suffit à bouleverser le regard sur la vie.

Première page :

Ma sœur bien-aimée, j'ai tout gardé en mémoire, les acrobates à la sortie du village, les chauves-souris, les crêtes, la piste sous la maigre lumière, le piqué des engoulevents dans le soir qui semblait ne jamais se vouloir nuit, les menus objets serrés dans nos sacs, la branche de ronce fleurie qui fouetta mon visage et la blessure sur ma joue qui désormais trace une ligne blanche sur ma peau, le sursaut d'Anton quand il vit les perles de sang couler dans mon cou, son malaise et ta voix coléreuse au bout de quelques minutes quand sa torpeur t'agaça au point que tu te détournas de lui et vins vers moi, tes yeux embués dont je ne comprenais pas l’émoi….

Ce que j'en pense :

On rentre dans ce recueil de nouvelles comme on entre avec tendresse et douceur chez quelqu’un qu’on aime mais que l’on n’a pas vu depuis longtemps. L’écriture de l’auteure nous transporte au fil de l’eau, sur une plage, dans la montagne… et nous habitons vraiment chaque lieu en compagnie des personnages. C’est un livre simplement vivant, fait de petits détails et de silence qui ne cache rien.

Oublie l'océanOublie l'océanOublie l'océanOublie l'océan

 

 

__________

Voir les commentaires

Ce genre de petites choses

Publié le par GéHa

Ce genre de petites choses 

"Ce genre de petites choses" de Claire Keegan - Sabine Wespieser

Présentation de l'éditeur :

En cette fin d’année 1985 à New Ross, Bill Furlong, le marchand de bois et charbon, a fort à faire. Aujourd’hui à la tête de sa petite entreprise et père de famille, il a tracé seul sa route : élevé dans la maison où sa mère, enceinte à quinze ans, était domestique, il a eu plus de chance que d’autres enfants nés sans père.

Trois jours avant Noël, il va livrer le couvent voisin. Le bruit court que les sœurs du Bon Pasteur y exploitent à des travaux de blanchisserie des filles non mariées et qu’elles gagnent beaucoup d’argent en plaçant à l’étranger leurs enfants illégitimes. Même s’il n’est pas homme à accorder de l’importance à la rumeur, Furlong se souvient d’une rencontre fortuite lors d’un précédent passage : en poussant une porte, il avait découvert des pensionnaires vêtues d’horribles uniformes, qui ciraient pieds nus le plancher. Troublé, il avait raconté la scène à son épouse, Eileen, qui sèchement lui avait répondu que de telles choses ne les concernaient pas.

Un avis qu’il a bien du mal à suivre par ce froid matin de décembre, lorsqu’il reconnaît, dans la forme recroquevillée et grelottante au fond de la réserve à charbon, une très jeune femme qui y a probablement passé la nuit. Tandis que, dans son foyer et partout en ville, on s’active autour de la crèche et de la chorale, cet homme tranquille et généreux n’écoute que son cœur.

Première page :

En octobre il y eut des arbres jaunes. Puis les pendules reculèrent d’une heure et les vents de novembre arrivèrent et soufflèrent, perpétuels, et dépouillèrent les arbres. Dans la ville de New Ross, les cheminées crachaient de la fumée qui retombait et flottait en mèches échevelées, étirées, avant de se dissiper le long des quais, et bientôt la rivière, aussi sombre que de la bière brune, se gonfladepluie. Les gens, pour la plupart, enduraient les intempéries avec contrariété. Les commerçants et les artisans, les hommes et les femmes au bureau de poste et dans la file d’attente du chômage, sur le marché aux bestiaux, à la cafétéria et au supermarché, dans la salle de bingo, dans les pubs, à la friterie, commentaient tous à leur manière le froid et la quantité de pluie qui était tombée, demandant ce que ça signifiait et s’il pouvait y avoir un présage là-dedans, car qui pouvait croire que c’était, pour la énième fois, une journée glaciale ? Les enfants relevaient leurs capuches…

Ce que j'en pense :

En un style très simple, comme elle en a l'habitude, l’autrice nous offre une sorte de conte de Noël mais on ne retrouve pas toute la profondeur de ses précédents romans et nouvelles. Il ya toujours beaucoup de retenue et de douceur dans l’écriture de Claire Keegan et la société irlandaise, en particulier l’emprise de la religion, est bien critiquée mais avec moins de force que dans ses autres écrits.

Ce genre de petites choses

Ce genre de petites choses

 

 

___________

Voir les commentaires

Le sel de tous les oublis

Publié le par GéHa

Le sel de tous les oublis

"Le sel de tous les oublis" de Yasmina Khadra - Julliard

Présentation de l'éditeur :

Lorsqu’une femme claque la porte et s’en va, elle emporte le monde avec elle. Adem Naït-Gacem l’apprend à ses dépens. Ne supportant pas le vide laissé par le départ de son épouse, l’instituteur abandonne ses élèves et, tel un don Quichotte des temps modernes, livré aux vents contraires de l’errance, quitte tout pour partir sur les chemins. Des rencontres providentielles jalonnent sa route : nain en quête d’affection, musicien aveugle au chant prophétique, vieux briscards, galériens convalescents et simples d’esprit le renvoient constamment aux rédemptions en lesquelles il refuse de croire. Jusqu’au jour où il est rattrapé par ses vieux démons.
À travers les pérégrinations d’un antihéros mélancolique, flanqué d’une galerie de personnages hors du commun, Yasmina Khadra nous offre une méditation sur la possession et la rupture, le déni et la méprise, et sur la place qu’occupent les femmes dans les mentalités obtuses.

Première page :

— Voilà toute l’histoire. 

Elle se tut. 

Comme un vent qui s’arrête subitement de souffler dans les arbres. 

Mais Adem Naït-Gacem continuait d’entendre la voix de sa femme qui cognait sourdement à ses tempes, tel un pendule contre un rempart. Pourtant, tout venait de s’évanouir autour d’eux : le jappement des chiens, la brise empêtrée dans les plis du rideau, le crissement d’une charrette en train de s’éloigner. 

Puis le silence. 

Le terrible silence qui s’abat lorsque l’on réalise l’ampleur des dégâts. 

Pendant longtemps, Adem demeura assommé. Le souffle coupé. Le cœur dans une tenaille. Il avait écouté Dalal du début à la fin. Sans l’interrompre une seule fois. Qu’en avait-il retenu ? Quelques bribes qui déflagraient en lui, lointaines et confuses, deux ou trois mots insoutenables que son esprit rejetait comme des corps étrangers. 

Ce que j'en pense :

Le contexte de cette histoire est intéressant : errance dans une Algérie qui vient de trouver son indépendance. Malheureusement, je n’ai ressenti aucune empathie ni sympathie pour le personnage principal. J’ai trouvé qu’il manquait terriblement d’épaisseur et beaucoup de ses actes, réflexions et  rencontres m’ont paru caricaturales. D’accord, dans ce livre qui peut ressembler à une fable, on est en présence d’un antihéros mais tout cela est assez schématique et plutôt moralisant.

Le sel de tous les oublis

 

 

__________ 

Voir les commentaires