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Au cœur d'un été tout en or

Publié le par GéHa

 

"Au coeur d'un été tout en or" de Anne Serre - Mercure de France

Présentation de l'éditeur:

Une mère inconnue qui ressemble à Liz Taylor, un père tendrement aimé qui se prend pour Musset, un amant marié qui joue avec un revolver, un autre qui apparaît le jour de la mort de Beckett, des amies en Allemagne, en Corse, en Angleterre, dont parfois le souvenir a presque disparu, et un Je tantôt féminin, tantôt masculin, vulnérable ou assassin, apparaissent tour à tour, comme on abat des cartes, dans ce nouveau jeu d’Anne Serre placé sous le signe de Lewis Carroll. Un autoportrait en trente-trois facettes.

Première page :

Ma mère a fait ses paquets, elle est prête à partir. Mais le dimanche après-midi, au tout dernier moment, elle téléphone pour nous proposer de venir dîner avec elle. J'ai mis le frigidaire à dégivrer, m explique-t-elle. Il faut bien que je fasse cuire ce poulet avant qu il ne se gâte.

Rien ne peut me surprendre autant que ces mots de ma mère qui est une femme élégante, peu douée pour la vie pratique, ne s occupant jamais de son frigidaire ni de cuisiner : elle a pour cela une aide ménagère qu'autrefois on appelait une cuisinière. Mais maman, lui dis-je, je ne te comprends pas, que se passe-t-il ? C'est comme je te le dis, dit ma mère qui n'a jamais employé cette expression de toute sa vie, ça m'embêterait que ce poulet se perde, et puis vous pouvez bien venir dîner de temps en temps, Françou et toi. François est mon compagnon, je ne l'ai jamais appelé Françou ni quiconque à ma connaissance, et ma mère encore moins qui l'a toujours vouvoyé. Maman, lui dis-je, il y a quelque chose qui ne va pas. Je ne te reconnais pas. Ce n'est pas ta manière de parler.

Ce que j'en pense :

Ce sont des nouvelles très courtes et souvent assez étranges et mystérieuses. Toutes les nouvelles ne m’ont pas intéressé de la même façon mais je reconnais que certaines sont assez exceptionnelles par leur côté fascinant et énigmatique. En deux ou trois pages Anne Serre nous emmène dans un monde imaginaire où le réel est tout proche mais comme en suspens.

Au cœur d'un été tout en orAu cœur d'un été tout en orAu cœur d'un été tout en orAu cœur d'un été tout en or

 

 

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De la démocratie en pandémie

Publié le par GéHa

De la démocratie en pandémie

"De la démocratie en pandémie" de Barbara Stiegler - Tracts Gallimard

Présentation de l'éditeur :

La conviction qui nous anime en prenant aujourd’hui la parole, c’est que plutôt que de se taire par peur d’ajouter des polémiques à la confusion, le devoir des milieux universitaires et académiques est de rendre à nouveau possible la discussion scientifique et de la publier dans l’espace public, seule voie pour retisser un lien de confiance entre le savoir et les citoyens, lui-même indispensable à la survie de nos démocraties. La stratégie de l’omerta n’est pas la bonne. Notre conviction est au contraire que le sort de la démocratie dépendra très largement des forces de résistance du monde savant et de sa capacité à se faire entendre dans les débats politiques cruciaux qui vont devoir se mener, dans les mois et les années qui viennent, autour de la santé et de l’avenir du vivant.

Première page :

Ceci n’est pas une pandémie, et ce n’est pas un «rassuriste» qui le dit. C’est Richard Horton, le rédacteur en chef de l’une des plus prestigieuses revues internationales de médecine: «Covid-19 is not a pandemic .» Il s’agit plutôt d’une «syndémie», d’une maladie causée par les inégalités sociales et par la crise écologique entendue au sens large. Car cette dernière ne dérègle pas seulement le climat. Elle provoque aussi une augmentation continue des maladies chroniques («hypertension, obésité, diabète, maladies cardiovasculaires et respiratoires, cancer», rappelle Horton), fragilisant l’état de santé de la population face aux nouveaux risques sanitaires. Présentée ainsi, le Covid-19 apparaît comme l’énième épisode d’une longue série, amplifié par le démantèlement des systèmes de santé. La leçon qu’en tire The Lancet est sans appel. Si nous ne changeons pas de modèle économique, social et politique, si nous continuons à traiter le virus comme un événement biologique dont il faudrait se borner à «bloquer la circulation», les accidents sanitaires ne vont pas cesser de se multiplier.

Ce que j'en pense :

C’est à mon avis un petit livre très important qui nous fait découvrir qu’avec la crise du Covid on est devant un vrai choix de société. Ou bien nous basculons complètement dans « un monde d’après » autoritaire et liberticide avec cette « manufacture du consentement » qui a été mise en place à l’occasion de cette crise. Ou nous résistons au tout numérique pour garder de l’humain dans nos relations sociales en nous mobilisant de façon très ample (mais ce ne sera pas facile !).

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Paris-Venise

Publié le par GéHa

Paris-Venise

"Paris-Venise" de Florent Oiseau - Pocket

Présentation de l'éditeur :

Une bonne pâte, ce Roman. Une bonne tête. Un peu mou, mais honnête, comme le bon pain. Pas étonnant qu'il déniche ce boulot idéal : garçon de cabine dans le Paris-Venise – train-couchettes. De quoi redonner le sourire à Mlle Pajot, sa banquière. Et à lui le goût du voyage. Car il s'en passe, la nuit, dans ce monde en perpétuel mouvement : les objets perdus qu'on empoche, les clandestins qu'on planque moyennant finances, les combines en loucedé... C'est qu'il en faut, de l'argent, quand on est amoureux et qu'on roule vers Venise. Et Roman est amoureux...

Première page :

– Les taxis à Prague, ils roulent comme des dingues.

– Ah bon ?

– Ouais, des furieux les gars.

– Et c’est beau, Prague ?

– En sais rien. Jamais allé. 

Didier, il savait des trucs. Il ne disait pas toujours d’où il les savait, mais le gars maîtrisait ses sujets. Une pointure, selon ses dires.

Didier, ce n’était pas la peine de lui parler de poissons, il en avait forcément chopé un plus lourd que toi. Si tu évoquais le moteur de ta bagnole, c’était pareil, le sien faisait le double, au bas mot. Avec lui, c’était tout le temps la même histoire. Mais en réalité, la seule chose que Didier avait de plus gros que les autres, c’était sa femme, Shirley. Une commode. Pas dans le sens sympathie, non, dans le sens mobilier. Une commode avec les mêmes proportions, la même tendance à envahir une pièce, la rendre étouffante. Une commode, sans les tiroirs, ce qui permettait de ne pas se tromper au moment de ranger son chéquier.

Ce que j'en pense :

Il y a de l’humour, de l’ironie, mélangé à du sérieux, c’est un peu la marque de fabrique de cet auteur. Un intérêt de ce livre c’est qu’il nous montre assez bien les conditions de travail du personnel dans un train de nuit. Malheureusement on a pas ou peu d’empathie pour les personnages et on se lasse petit à petit au fil des pages. Je n’ai pas retrouvé le plaisir que j’ai eu à la lecture de son dernier roman « Les magnolias »… sans doute que cet auteur est comme le bon vin !

Paris-VeniseParis-Venise

 

 

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Le tailleur de Relizane

Publié le par GéHa

Le tailleur de Relizane

"Le tailleur de Relizane" de Olivia Elkaim - Stock

Présentation de l'éditeur :

Relizane, pendant la guerre d’Algérie. Lorsqu’en pleine nuit, on frappe à la porte, Marcel, le grand-père d’Olivia Elkaim, craint pour sa vie et celles de sa femme et de leurs deux enfants. On lui enfile une cagoule sur la tête, il est jeté dans un camion et emmené dans le désert. Va-t-il être condamné à mort ou gracié ? Il revient sain et sauf à Relizane trois jours plus tard, et ses proches se demandent quel est le secret de ce sauf-conduit. A quoi a-t-il collaboré ? Quels gages a-t-il donné et à qui ? Viviane, son épouse, ses frères, sa mère, ses voisins, tous questionnent le tailleur juif. Mais il garde le silence. Quand un jeune apprenti arabe se présente devant son échoppe, Marcel comprend que tôt ou tard, il lui faudra quitter son pays natal. 

Après ce début d’une folle intensité romanesque, Olivia Elkaim retrace l’histoire de sa famille, l’exil des siens, leur arrachement à cette terre africaine, et leur fuite chaotique vers une France où rien ne les attend - ni confort, ni sympathie, ni même aucune aide administrative. 

Ces valeureux que le soleil caressait il y a peu, deviennent des réprouvés qui ne connaîtront que l’ombre d’une cave humide à Angers. Les grands-parents d’Olivia Elkaim, Viviane et Marcel, sont deux magnifiques personnages, entre Albert Cohen et Anna Magnani, qui ne cesseront de rêver d’échapper à cette triste France. 

Au-delà de tout ce que nous savons du retour d’une famille pied-noire en métropole, au-delà du drame humain, familial, politique, souvent commenté par les historiens, Olivia Elkaim explore sa part algérienne, juive, lyrique, à la fois enchantée et hantée, que son père Pierre avait tenté en vain de lui transmettre.

Par ce livre qui rend hommage à ses ancêtres, et à travers la photographie jaunie d’une grand-tante, retrouvée par hasard dans le cimetière juif de Relizane, elle se révèle aussi à elle-même. 

Première page :

Ils portent des fusils de chasse en bandoulière, des dagues fichées dans leurs ceintures. Ils cognent contre la porte vitrée, au troisième étage du 39, boulevard Victor-Hugo. Ils ont trouvé l'appartement dans le noir. Ils étaient bien renseignés.

Ils patientent dans la coursive.

Combien sont-ils ? Cinq, six, pressés les uns contre les autres, et un septième au volant du camion qui attend en bas, à l'angle de la rue du Fortin. Moteur coupé, phares éteints.

L'eau jaillit de la fontaine au milieu du patio. Son murmure se mêle aux chuchotements des hommes et à un cri autoritaire :

- Sors, Marcel !

Un silence épais lui répond.

Depuis des années, depuis cette Toussaint rouge où tout a basculé, les voisins ne font que somnoler.

Ce que j'en pense :

C’est à la fois un livre sur l’exode et une quête d’identité (identité personnelle, géographique, familiale, religieuse). L’auteure a su nous faire pénétrer cet univers et cette époque avant et après la guerre d’Algérie. C’est une histoire familiale qui nous fait comprendre l’histoire, avec tous les questionnements, les ambiguïtés, la violence de cette époque. C’est un très bon livre, documenté, mais aussi très sensible et rempli de pudeur.

Le tailleur de RelizaneLe tailleur de RelizaneLe tailleur de RelizaneLe tailleur de Relizane

 

 

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Ubac

Publié le par GéHa

Ubac

 

"Ubac" de Elisa Vix - Rouergue Noir

Présentation de l'éditeur :

Cette saison-là, les loups sont revenus dans la vallée. Et Nadia est arrivée. Nadia dont Estelle n’avait jamais entendu parler. La sœur jumelle de son mari pourtant. Après quatre années passées à New York, elle s’est installée dans le chalet de l’ubac, chez les jeunes époux. Là où ils ont fait leur nid voici quelques mois à peine, juste après leur mariage. Mais avec la présence de Nadia, quelque chose a changé. Estelle a commencé à avoir peur. Peur pour son bébé. Sa petite Lilas si fragile. Si essentielle.
Avec un art consommé du suspense, Elisa Vix signe un texte glaçant dans le décor impérieux des Alpes hivernales. Le temps d’une saison de neige, tout peut basculer, dans plus d’une vie.

Première page :

Dans un long crissement, les wagons s’étaient immobilisés en gare de Modane. La ville, enchâssée dans ses montagnes sombres, ployait sous un ciel blanc et aveugle. Le quai humide, brillant comme un miroir, semblait s’élancer vers une hypothétique sortie, mais stoppait brutalement, quelques mètres plus loin, dans le ballast rouge foncé.

Nadia descendit du train comme une reine et marcha vers moi sans me voir. Vêtue d’un noir de grand deuil, elle foulait le sol glissant d’un pas altier, ouvrant devant elle le flot épars des voyageurs.

Bien que la découvrant pour la première fois, je la reconnus. À cause de la ressemblance. Je l’appelai. Elle s’arrêta et tourna vers moi un regard de lave froide qui sembla suspendre le temps.

Les autres passagers avaient gagné la sortie. Couverte d’un blouson de cuir râpé, Nadia se tenait seule sur le quai, figée comme une statue et curieusement insensible au froid.

Ce que j'en pense :

L’atmosphère de ce roman se veut très lourde, pesante et stressante. L’autrice a tendance à en rajouter : le côté sombre de  la montagne, l’innocence du bébé, la froideur coupante de Nadia…On se demande tout au long de la lecture si le personnage d’Estelle n’est pas au bord de la folie mais on sait bien que ce n’est pas le cas. Finalement on ne réussit pas vraiment à pénétrer dans ce roman, on reste un peu en marge. Oui, c'est glaçant mais on ne tremble pas!

Ubac

  

 

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Ce matin-là

Publié le par GéHa

Ce matin-là

 "Ce matin-là" de Gaëlle Josse - Noir sur blanc

Présentation de l'éditeur :

Un matin, tout lâche pour Clara, jeune femme compétente, efficace, investie dans la société de crédit qui l’emploie. Elle ne retournera pas travailler. Amis, amours, famille, collègues, tout se délite. Des semaines, des mois de solitude, de vide, s’ouvrent devant elle.

Pour relancer le cours de sa vie, il lui faudra des ruptures, de l’amitié, et aussi remonter à la source vive de l’enfance.

Ce matin-là, c’est une mosaïque qui se dévoile, l’histoire simple d’une vie qui a perdu son unité, son allant, son élan, et qui cherche comment être enfin à sa juste place.

Qui ne s’est senti, un jour, tenté d’abandonner la course ?

Une histoire minuscule et universelle, qui interroge chacun de nous sur nos choix, nos désirs, et sur la façon dont il nous faut parfois réinventer nos vies pour pouvoir continuer. 

Gaëlle Josse saisit ici avec la plus grande acuité de fragiles instants sur le fil de l’existence, au plus près des sensations et des émotions d’une vie qui pourrait aussi être la nôtre.

Première page :

Ce 2 juillet 2006, au soir

The End s’affiche en noir et blanc sur l’écran de la télévision, en majuscules fixes et tremblotantes, pendant que la musique du générique enveloppe la pièce d’un envol symphonique, cordes, trompettes et cavalcade. Clara passe le dimanche soir chez ses parents, une habitude. Ils dînent, regardent un film, puis elle va. Ils aiment les classiques, les westerns parfois, les vrais, Rio Bravo et les jambes d’Angie Dickinson, La Charge héroïque, La Prisonnière du désert, L’Homme qui tua Liberty Valance. Comme dans une flamboyante, une rassurante pureté originelle, le Bien et le Mal, le Destin et la Justice s’affrontent sans masque sur fond de Monument Valley et de désert Mojave, dans les hennissements des chevaux et le sifflement des balles. On y boit du whisky dans des verres sales et du café amer dans des quarts en métal cabossé, accompagné par la mélancolie de l’harmonica autour du feu de camp. L’amour triomphe avec pudeur des flèches et des serpents à sonnettes ;

Ce que j'en pense :

C'est un livre magnifique, sans doute un des meilleurs de l’autrice. Gaëlle Josse nous entraine dans une histoire intime avec pudeur, justesse, sensibilité et de douceur. Elle traduit avec beaucoup de vérité cet accablement et cette façon de tout abandonner qui peut saisir les  personnes victimes d’une dépression en grande partie liée au travail. Le personnage, à la fin du roman, commence à retrouver gout à la vie, grâce à « une main posée sur l’épaule ». De plus les éditions noir sur blanc ont fait un très bel ouvrage : qualité et couleur du papier, impression, police de caractère… A lire et à offrir.

Ce matin-làCe matin-làCe matin-làCe matin-làCe matin-là

 

 

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La Disparition du paysage"

Publié le par GéHa

La Disparition du paysage"

"La Disparition du paysage" de Jean-Philippe Toussaint - Minuit

Présentation de l'éditeur :

Je passe ma convalescence à Ostende, immobilisé dans un fauteuil roulant, après avoir été victime d’un attentat. Les travaux qui ont commencé sur le toit du casino bouchent progressivement la vue de ma fenêtre. Le jour n’entre quasiment plus dans l’appartement, mon horizon se scelle, le paysage disparaît irrémédiablement.

Première page :

Je passe ma convalescence à Ostende. Une aide-soignante, qui ne parle pas français (peut-être ne parle-t-elle que néerlandais), vient tous les jours, qui me couche le soir et m’assiste pour mon lever. J’ai le sentiment qu’il n’y a pas de discontinuité dans ma vie, que cela fait des mois maintenant que je suis immobilisé ici dans un fauteuil roulant et que les journées se succèdent, identiques, devant la fenêtre de cet appartement. Combien de temps va durer ma convalescence, je l’ignore. Je n’ai pas froid, je ne manque de rien.

Ce que j'en pense :

Ce texte très court devait être interprété par Denis Podalydès au cours de ce mois de janvier mais le spectacle est reporté en fin d’année. Ce petit livre (par le nombre de pages) évoque bien sûr la Disparition (noter la majuscule dans le titre), la perte, l’absence mais aussi (et surtout) cette sombre inquiétude devant la mort. On peut même se demander si l’homme n’est pas mort lors de cet accident violent dont il est question. Attendons le mois de novembre pour voir et entendre ce texte qui sera mis en scène par Aurélien Bory.

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Les effluves indélébiles

Publié le par GéHa

Les effluves indélébiles

 

"Les effluves indélébiles" de Tom Lavallée - Librinova

Présentation de l'éditeur :

Dans un petit bourg de campagne, quatre jeunes trentenaires vivent au rythme des traditions locales, entre soirées arrosées et matinées embrumées. Chacun reste bien à sa place, de sorte que rien ni personne ne dépasse. La routine est un anesthésique puissant et bienfaiteur, pour qui préfère oublier les affres du passé. Quand, au hasard d’une sortie en ville, Vince découvre un roman faisant le récit de leur traumatisme commun, la machine bien huilée des interactions de la clique se grippe. Les tourments refont alors surface. De fil en aiguille, Brioche, La Biche, Vince et Rousine vont devoir sortir de leur torpeur, s’ouvrir les uns aux autres et partager cette peine qui les ronge depuis des années.

Et toujours ces questions, qui les obsèdent : où est-il, le monstre à l’origine de leur malheur ? Qui est-il, celui qui a fauché leur ami d’enfance et par là-même volé leur insouciance ? Si onze années ont passé, la colère est intacte. Les relents du passé ne s’effacent jamais vraiment.

Première page :

Derrière son comptoir, Brigitte regarda avec dépit l’un de ses plus gros clients se précipiter vers les toilettes. La maîtresse des lieux le comprit rapidement : cette course était perdue d’avance. De fait, lorsque le liquide chaud et acide lui jaillit de la gorge, Brioche trébucha dans sa course et s’étala avec un manque de classe manifeste dans la flaque rosâtre tout juste formée sur le carrelage à damier noir et blanc du bistrot. Le tapis du billard, d’un vert déjà inégal, et l’accoudoir gauche du canapé en velours brun se virent eux aussi repeints par la ration rendue.

— Merde, Charles ! Pas encore ! explosa-t-elle.

Car ce n’était pas la première fois que l’animal échouait à atteindre la cuvette avant l’ouverture des vannes ; il s’avérait même ces derniers temps, de l’avis général, un expert en la matière. Son pote Rousine ironisait volontiers sur cette générosité de sa part : pour chaque verre offert, il en rendait deux.

Depuis les huit années que Brigitte avait repris le bar du village, elle en avait vu, des galettes. Mais elle ne s’y habituait pas pour autant ; et là, il faisait fort. Brioche invoquait pour sa défense des problèmes gastriques, disait même ne rien sentir venir avant qu’il soit trop tard. Bref, ce n’était pas sa faute. Bien sûr, s’il buvait moins… mais ça, Brigitte ne lui ferait pas remarquer, c’était peine perdue. Autant lui demander de moins respirer.

Ce que j'en pense :

C’est un livre paru en auto-édition chez Librinova. On y trouve donc les défauts souvent fréquents dans ce genre de publication : quelques problèmes de mise en page, une couverture assez « bizarre » et la présence de quelques phrases qui auraient méritées un retravail. Mais, malgré tout cela, ce livre est intéressant. Les personnages sont crédibles et bien décrits. Le récit est bien maitrisé. L’environnement social et géographique sont parfaitement restitués. L’auteur nous montre bien que sous ce qui apparaît au quotidien, se trouvent des fêlures, des manques mais aussi des passions que l’on cache pour ne pas se mettre en avant, pour ne pas se singulariser. C’est quelque chose qui arrive souvent dans nos milieux ruraux et particulièrement entre hommes.

Les effluves indélébilesLes effluves indélébiles

 

 

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Les Magnolias

Publié le par GéHa

Les Magnolias

"les Magnolias" de Florent Oiseau - Allary éditions

Présentation de l'éditeur :

– Caramel
– Pompon
– Cachou…
Il y a des gens, dans la vie, dont l’unique préoccupation semble d’imaginer des noms de poneys. Alain est de ceux-là. Sa carrière d’acteur au point mort – depuis qu’il en a joué un, dans un polar de l’été, sur TF1 –, le quarantenaire disperse ses jours. Chez Rosie en matinée – voluptés de camionnette – et le dimanche aux Magnolias – où sa grand-mère s’éteint doucement. On partage une part de quatre-quarts, sans oublier les canards, et puis mamie chuchote : « J’aimerais que tu m’aides à mourir. » Autant dire à vivre… La seconde d’après, elle a déjà oublié. Pas Alain. Tant pis pour les poneys : il vient de trouver là, peut-être, un rôle à sa portée…

Dans la lignée de Je vais m’y mettre et de Paris-Venise, Florent Oiseau brosse un nouveau portrait de loser magnifique – une parenthèse en Renault Fuego où valsent sandwichs aux flageolets, secrets de famille et cuites à la vieille prune, pour l’amour d’une grand-mère.

Première page :

Ça va te faire du bien le Sud.

-De quoi ?

-Je disais : ça va te faire du bien ces quelques jours dans le Sud.

-Ah! Ouais.

-Te faire réveiller par le chant des cigales.

- Hein?

-Te faire réveiller par le chant des cigales.

-Tu plaisantes? Je les déleste! Ils commencent par chanter, c'est vrai, pour t'amadouer. Mais avant même le début du deuxième couplet, ils t'ont déjà barbé les jantes de la bagnole.

Le sèche-cheveux s'est éteint, Rico est sorti de la salle de bains, s'est posté devant moi, une serviette autour de la taille. Il tenait sa tête bien inclinée et s'enfonçait les deux tiers de l'index au fond de l'oreille.

Ce que j'en pense :

Il a une belle plume cet Oiseau là. Il y a de l’humour, de la tendresse avec juste ce qu’il faut d’ironie et d’auto dérision. J’aime bien ces histoires où l’on sent les fêlures sous le rire. Il y a de très belles trouvailles dans cette écriture qui nous laisse un sourire au coin des lèvres et des souvenirs au bord du cœur. C’est un livre qui m’a vraiment fait du bien. Peut-être un petit reproche : il est trop court !

Les MagnoliasLes MagnoliasLes MagnoliasLes Magnolias

 

 

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Assassins d'avant

Publié le par GéHa

Assassins d'avant

"Assassins d'avant" de Elisa Vix - Rouergue noir

Présentation de l'éditeur :

Manuel Ferreira est flic. Lorsqu’une jeune femme lui demande une interview au sujet des effectifs de la police, il est surtout sensible à son charme. Mais quand elle dégaine une photographie prise vingt-cinq ans plus tôt, ce sont ses pires souvenirs qui remontent à la surface. Adèle Lemeur n’est pas journaliste, mais chercheuse en médecine. Surtout, elle est la fille de Marie Moineau, l’institutrice tuée dans sa salle de classe de CM2, devant ses élèves, devant Manuel qui n’a jamais oublié cette scène terrible, qui est peut-être devenu flic pour l’exorciser. Adèle veut comprendre pourquoi sa mère est morte. Et Manuel est le seul à pouvoir l’aider, à retrouver ces copains d’avant qui furent témoins du crime. Il dit oui. Pour la revoir. Pour son malheur. Parce qu’il vient de tomber amoureux de la seule femme qu’il n’a pas le droit d’aimer.
Dans un roman incisif comme elle en a le secret, Élisa Vix conduit son héroïne sur le chemin d’une vérité qui va la prendre au piège. Vingt-cinq ans ne suffisent pas à refermer des plaies ni à colmater des mensonges. Et si Adèle avait vraiment été enfermée dans une tour de silence pour son bien ? Et si ça n’existait pas, des familles sans histoire ? À son corps défendant, Adèle va aller bien plus loin qu’elle ne l’aurait imaginé.

Première page :

Manuel 

Au commencement, il y a ce pigeon idiot qui picore les miettes entre nos pieds avec la régularité d'un jouet mécanique. Le pas pressé du serveur provoque l'envol lourdaud du volatile. L'homme dépose les consommations sur la table grasse, déplie, d'une main osseuse, un ticket froissé.

Ses yeux las glissent sur nous.

Un couple banal.

Comme des milliers.

Je l'observe. Elle fouille dans son sac. Un de ces fourre-tout dans lesquels les femmes se débattent avec une inquiétude touchante. Avant d'en extirper, soulagées, l'objet convoité.

Son fin visage incliné ne m'offre que des accroche-cœurs bruns qui griffent ses joues. Ça me plaît, cette coiffure à la garçonne. De nos jours, toutes les femmes portent des cheveux longs. C'est comme si elle m'envoyait un signal ; attention, je suis spéciale.

Elle attend que le serveur s'éloigne avant de faire glisser, sur le faux marbre entre nos deux tasses, la photo exhumée du fourre-tout.

Ce que j'en pense :

C’est un roman policier bien ficelé, l’écriture est simple et fluide, on le lit très vite. Les deux personnages principaux sont attachants et on sent dès le début les non-dits, les fêlures et les blessures dans leur vie. Tout parait donc formidable dans cette lecture. Alors comment expliquer les réserves que je ressens après avoir fermé le livre ? Sans doute le fait que l’écriture à deux voix ne me semble pas justifiée et aussi les doutes sur la crédibilité de l’enquête au départ du récit.

Assassins d'avantAssassins d'avant

 

 

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