Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Dans les prairies étoilées

Publié le par GéHa

Dans les prairies étoilées

"Dans les prairies étoilées" de Marie Sabine Roger - Rouergue

Présentation de l'éditeur :

Prune et Merlin ont quitté la vie citadine pour une vieille ferme pleine de promesses et de travaux à faire, perdue dans la campagne. Auteur de bandes dessinées et aquarelliste animalier, Merlin pense accéder enfin au bonheur absolu. Mais la vie ouvre soudain un de ses chapitres sombres : son meilleur pote meurt, celui qui lui a inspiré son héros préféré et lui a apporté la gloire... Que va devenir l'univers de Merlin ? Marie-Sabine Roger donne naissance à une tribu de personnages attachants et inattendus, et nous entraîne à sa suite dans l'imaginaire d'un artiste aux prises avec sa création.

Première page :

"Nous venions de trouver la maison depuis six mois à peine, Prune et moi. 
LA maison.
Celle que nous avions cherchée sur Internet des jours et nuits durant - Prune, surtout, pour être honnête, car la perverse envie de se ruiner en impôts locaux venait plus d'elle que de moi.
Notre Maison. Home Sweet Home. Celle pour laquelle nous avions traversé maintes fois la France vers le Sud-Ouest en rêvant d'une chaumière de dessin animé pour finalement nous retrouver, après huit heures de route et un mauvais sandwich, devant de vieilles bicoques sans aucun intérêt, avant de retourner chez nous, déçus, désabusés, le poil terne et la croupe basse.
Jusqu'à ce jour de mai où, le long d'une route solitaire de campagne, après deux heures de départementales désertes et de chemins communaux pourris - alors que, tel David Vincent dans la série Les Envahisseurs, nous cherchions un raccourci que jamais nous ne trouvâmes - nous dénichâmes enfin la perle rare, au bout d'un chemin sans issue."

Ce que j'en pense :

Comme souvent chez l'auteure, ce livre est un subtil mélange d'humour et de gravité. Elle sait faire vivre ses personnages (ceux du roman et leurs avatars!) d'une façon juste et émouvante. Un plaisir de lecture même si, à mon avis, ce n'est pas le meilleur livre de Marie Sabine Roger.

Dans les prairies étoilées

Dans les prairies étoiléesDans les prairies étoilées

 

 

__________

Voir les commentaires

De quelques amoureux des livres...

Publié le par GéHa

De quelques amoureux des livres...

 "De quelques amoureux des livres ..." de Philippe Claudel - Finitude

Présentation de l'éditeur :

Il y a tant de raisons possibles pour qu’un livre ne voie jamais le jour, qu’il semble quasi miraculeux qu’un beau matin quelqu'un ait pris la plume et soit parvenu à en écrire un.

Avec une délicieuse fantaisie, Philippe Claudel passe en revue une litanie d’écrivains en devenir, de malheureuses victimes de la littérature, soumises à de pathétiques aléas, à des imprévus aussi cocasses que farfelus.

Première page :

"Il y eut ainsi, depuis des siècles, vivant dans une opaque et insoupçonnable solitude, des créatures qui pensaient que ce qui sourdait de leur cerveau et se traduisait en un assemblage de mots pouvait à l’humanité servir. La consoler, l’émouvoir, l’éclairer. On pardonna beaucoup au péché d’orgueil qui animait ces êtres. On les écouta souvent. On les célébra parfois. On donna à des avenues leurs noms. On sculpta dans le marbre et le bronze leur visage et leurs mains. On les coucha dans de grands dictionnaires, des encyclopédies. Il fallait bien voir leurs efforts se prolonger d’un écho. Mais au vrai, ils ne servirent à rien qu’à distraire les mortels de leur temps. Et leurs livres sont comme des mues tombées dans les siècles aveugles et sourds. Car rien jamais ne change l’homme. Rien ne remodèle la pâte dont il est fait, pour une fois et pour toujours. L’Histoire n’existe pas. Le Temps n’est qu’une illusion qui est l’autre nom de l’espoir."

Ce que j'en pense :

C'est un livre très agréable, plein d'humour (parfois féroce, délirant, farfelu, mais souvent poétique). On a envie de partager beaucoup de ces textes et de les lire à voix haute (ce qui sera chose faite bientôt).

De quelques amoureux des livres...

De quelques amoureux des livres...De quelques amoureux des livres...

 

 

__________

 

Voir les commentaires

Le gout de la bière

Publié le par GéHa

Le gout de la bière

"Le gout de la bière" textes choisis et présentés par S. Phillipetti - Mercure de France

Présentation de l'éditeur :

Blanche, blonde, brune, noire ou ambrée? Lager, ale ou fermentation spontanée? Vieillie en fût de chêne ou en fût de bourbon? Canaille ou anthentique? Stimulés par l'essor de micro-brasseries qui ne cherchent pas à se faire mousser, le paysage et les habitudes de consommation ont évolué et la rinçure traditionnelle des soirs de matchs ne fait plus recette. L'heure est à la recherche de la bière philosophale. 
Pour rendre hommage à cette révolution brassicole, et parce que la bière est une passion qui s'est toujours partagée à plusieurs, écrivains d'hier et d'aujourd'hui accompagnent cette promenade houblonnée : Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Alexandre Dumas, Erckmann-Chatrian, William Faulkner, Benjamin Franklin, Bohumil Hrabal, Thomas Hardy, James Joyce, Milan Kundera, Carson McCullers, Arto Paasilinna, Louis Pasteur, Thomas De Quincey, Tom Robbins, Alan Silitoe, Victor Tissot...

Extrait :

- Dis, maman, demanda Gracie un après-midi, c'est quoi ce truc que papa boit ? 

- Tu veux dire le café, mon ange ?

- Non, pas le café. Beeerk ! Cet autre truc, c'est jaune et ça ressemble à du pipi.

- Gracie !

- Toi aussi, tu dis pipi.

- Eh bien, quand il est question d'aller au petit coin, oui, c'est possible. Mais je n'utilise pas ce mot pour parler d'une boisson.

Gracie fit entendre un petit gloussement. Sa mère, qui était occupée à mettre du linge dans la machine à laver, suggéra sans lever les yeux :

- Je crois que tu parles de la bière, ma chérie.

-Oh ! couina Gracie. C'est ça. De la bière. Ce truc qu'on voit toujours à la télé.

(extrait de "B comme bière" de Tom Robbins)

Ce que j'en pense :

Il y a quelques très bons textes dans ce livre mais c'est assez inégal, comme souvent dans cette collection (il en faut pour tous les goûts!). La chanson de Brel ("ça sent la bière de Londres à Berlin…" ) n'y figure malheureusement pas.

Le gout de la bière

 

 

__________

Voir les commentaires

Petit éloge de l'enfance

Publié le par GéHa

Petit éloge de l'enfance

"Petit éloge de l'enfance" par Pierre Pelot - folio

Présentation de l'éditeur :

«Cinq-Six-mouches avait décidé qu'il trouverait le nid du héron, ce qu'ils étaient tous apparemment incapables de faire dans la région, tous autant qu'ils étaient, tout juste bons à lever le nez et à s'exclamer quand le héron passait. 
Mais lui trouverait le nid. 
Il le trouverait au bord d'un des étangs du pays des étangs, comme on découvre, dans les livres, les Mines du roi Salomon ou la Vallée des Dinosaures, et il en reviendrait couvert de gloire pour avoir réussi ce que plus personne n'était capable d'accomplir.»

Première page :

"Il ne faut jamais croire les gens qui vous disent qu'il fera beau demain. Ce sont des menteurs pathétiques ou des illuminés, je ne veux pas penser une seconde qu'ils agissent par scélératesse.

Il ne faisait pas beau.

Déjà toutes ces années passées s'étaient définitivement englouties au fond de quelque tourbillon nécessairement liquide, comme il en existe dans les noiretés de certains lacs, sournois, même pas visibles en surface.

Ce n'est pas tant qu'il ne faisait pas beau, mais surtout il pleuvait. Il pleuvait à la façon qu'il pleut ici - en un instant, presque à la seconde, je me suis souvenu. La pluie sur le paysage vert et gris, immuablement, exclusivement vert et gris, pour ne pas dire vert-de-gris. Les gris, en peinture, sont accessoires à toutes les couleurs, mais en l'occurrence, ici, c'est tout de même plus volontiers le gris et le vert, sur fond de brumes pendues comme des guenilles aux pentes de la montagne."

Ce que j'en pense :

On retrouve des personnages du roman "Ce soir les souris sont bleues". Ce très beau texte avec "Cinq-Six- mouches" avait été retiré du livre chez Denoël. Le voici en folio pour notre plus grand plaisir. On reconnaît la tendresse poétique que l'auteur porte à ses personnages et à sa région.

Petit éloge de l'enfance

Petit éloge de l'enfancePetit éloge de l'enfance

 

 

__________

Voir les commentaires

Homo comicus

Publié le par GéHa

Homo comicus

"Homo comicus ou l'intégrisme de la rigolade" de François L'Yvonnet - Mille et une nuits

Présentation de l'éditeur :

Ce pamphlet est né d’un agacement, celui de voir parader sans vergogne, à longueur de médias, une ribambelle d’humoristes d’un nouveau genre, moins amuseurs que donneurs de leçons, moins  « comiques » qu’agents autoproclamés du Bien.
Ils éreintent mais sans risque, ils accusent, ridiculisent, frappent de dérision sans ménager la moindre possibilité de défense. Des procureurs hargneux, dans des procès joués d’avance. Le sérieux, voilà l’ennemi.
Ils règnent à la radio, à la télévision, dans la presse écrite, publient des livres, font des films, achètent des théâtres… C’est une nouvelle féodalité, avec ses prébendes et ses privilèges.
C’est un nouvel intégrisme, celui de la rigolade. Il faut rire de tout mais avec eux. Le rire, « leur » rire est la norme. À les écouter, ils seraient l’actuelle incarnation de la liberté d’expression et de toutes les valeurs réunies de la démocratie. On croit rêver… Leurs saillies sont pourtant d’une incroyable platitude et leurs prêchi-prêcha, troussés à la va-vite, épargnent les vrais puissants. Curieuse époque que la nôtre, qui voit le « bas-bouffon » tenir lieu de conscience et de pensée.

Première page :

"Les humoristes aujourd'hui foisonnent, leurs saillies font florès et sont légion ceux qu'elles cueillent de bon matin, les quelques millions de Français réveillés par l'inévitable « gondolade » radiophonique. Saillies toujours servies, pour ne pas dire assénées, entre des rires appuyés de circonstance. Car l'humoriste, trait distinctif des Irlandais selon George Bernard Shaw, rit de ses propres plaisanteries. S'il ne rit pas, ses confrères riront pour lui. C'est une république du rire. Tout le monde se fend la poire. On se poile. C'est la règle."

Ce que j'en pense :

Voilà un livre qui fait du bien. On n'osait pas exprimer de telles choses sur ces nouveaux humoristes mais on les pensait de plus en plus fort. C'est très bien que ce soit sorti sous la plume de François L'Yvonnet même si on aurait tendance à être un peu plus indulgent avec certains de ces bouffons.

Homo comicus

Homo comicusHomo comicus

 

 

__________

Voir les commentaires

Être ici est une splendeur

Publié le par GéHa

Être ici est une splendeur

"Être ici est une splendeur" de Marie Darrieussecq - POL

Présentation de l'éditeur :

Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c’est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n’aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907. 

Première page :

"Elle a été ici. Sur la Terre et dans sa maison.

Dans sa maison on peut visiter trois pièces. Leur accès est limité par des rubans de velours rouge. Sur un chevalet, une reproduction de son dernier tableau, un bouquet de tournesols et de roses trémières.

Elle ne peignait pas que des fleurs.

Une porte peinte en gris, fermée à clef, menait à un étage où j'imaginais des fantômes. Et quand on sortait de la maison, on les voyait, Paula et Otto, les Modersohn-Becker. Pas des fantômes mais des monstres, en habit d'époque, très kitsch à la fenêtre de leur maison de morts, par-dessus la rue, par-dessus nos têtes de vivants. Un couple de mannequins de cire, d'une laideur bicéphale à la fenêtre de cette jolie maison de bois jaune."

Ce que j'en pense :

Je ne suis pas attiré habituellement par les biographies mais celle-ci est très originale. On découvre un portrait très sensible de l'artiste et de la femme, à coups de petites touches comme si l'auteure en faisait un tableau au pinceau. Très belle rencontre entre l'écrivaine et la peintre.

Être ici est une splendeur

Être ici est une splendeurÊtre ici est une splendeur

 

 

__________

Voir les commentaires

La tête en friche

Publié le par GéHa

La tête en friche

"La tête en friche" de Marie-Sabine Roger - J'ai lu

Présentation de l'éditeur :

A quarante-cinq ans, Germain mène une vie de brute paisible, retrouvant ses amis au bistrot la journée et dormant le soir dans une caravane au fond du jardin de sa mère. Son autre distraction : compter les pigeons du parc. C'est là qu'il fait la connaissance de la très vieille mais très pétillante Margueritte, grande lectrice devant l'Eternel. Leur rencontre sous l'égide de la lecture bouscule doucement leur vie, et Germain découvrira peu à peu par les livres le monde qui l'entoure. 
Racontant l'histoire d'une drôle d'amitié, ce roman rend hommage avec beaucoup d'humour et de tendresse au plaisir de la lecture.

Première page :

"J'ai décidé d'adopter Margueritte. Elle va bientôt fêter ses quatre-vingt-six ans, il valait mieux pas trop attendre. Les vieux ont tendance à mourir.
Comme ça, s'il lui arrive un truc, je sais pas - tomber par terre dans la rue, ou se faire gauler son sac - je serai là. Je pourrai arriver tout de suite et pousser les gens du milieu, leur dire :
- Ok ! C'est bon, tirez-vous, maintenant ! Je m'en charge : c'est ma grand-mère.
Ce n'est pas écrit sur sa tête qu'elle est seulement adoptée.
Je pourrai lui acheter son journal, ses bonbons à la menthe. M'asseoir près d'elle dans le parc, aller la voir aux Peupliers, le dimanche. Et rester pour manger avec elle à midi, si je veux.
Bien sûr, avant aussi, j'aurais pu, mais je me serais senti en visite. Maintenant, ce sera par plaisir, et aussi par devoir. C'est ça qui est nouveau : les obligations familiales. C'est un truc qui va bien me plaire, je le sens."

Ce que j'en pense :

Magnifique rencontre de deux personnages décrits avec beaucoup d'empathie par Marie Sabine Roger, comme à son habitude. C'est très drôle et rempli de tendresse. C'est vraiment une lecture qu'on a envie de partager. On se dit que, dans la vie de tous les jours, on doit passer à côté de tels personnages sans y prêter attention. Ce livre nous aide à changer notre regard.

La tête en friche

La tête en fricheLa tête en fricheLa tête en fricheLa tête en friche

 

 

__________

Voir les commentaires

Incandescences

Publié le par GéHa

Incandescences

"Incandescences" de Ron Rash - Points

Présentation de l'éditeur :

Les douze nouvelles de ce recueil sont des portraits de désespoir rural, des tranches de vie oblitérées par la misère, le manque d'éducation, la drogue. Situées dans le décor sauvage et magnifique des Appalaches, déjà rencontré dans Le Monde à l'endroit et Une terre d'ombre, elles évoluent entre l'époque de la guerre de Sécession et nos jours. Elles décrivent avec une compassion affligée et lucide de pathétiques gestes de survie, une violence quotidienne banalisée par la pauvreté, des enfants sacrifiés par leurs parents au culte de la crystal meth ou des actes meurtriers commis sous couvert de bonnes intentions. Elles parlent aussi de vieux mythes et des croyances qui perdurent dans cette contrée imperméable au progrès et à la modernité. A mi-chemin entre le minimalisme de Raymond Carver et le gothique de William Faulkner, Ron Rash écrit une prose d'une noirceur poétique, laissant par instants entrevoir un éclair d'humanité même chez les êtres les plus endurcis.

Première page :

"Les temps difficiles

Jacob se tenait à l’entrée de la grange, il observait Edna qui sortait du poulailler. Elle avait les lèvres pincées, c’était donc qu’on leur avait encore pris des œufs. Il leva les yeux vers la ligne de crête et jugea à vue de nez qu’il était huit heures. À Boone la matinée devait être déjà bien avancée, mais ici la lumière était encore mouchetée d’ombre et la rosée mouillait ses brodequins. « Ce vallon-là est si bougrement sombre qu’y faut y faire entrer la lumière au pied-de-biche », avait coutume de dire son père.

Edna montra d’un signe de tête le seau à œufs qu’elle avait à la main.

« Rien sous la Bantam. Ça fait quatre jours de suite.

– Peut-être que le vieux coq l’est plus trop câlin avec elle. »

Il attendit de la voir sourire. Lorsqu’ils avaient commencé à se fréquenter, des années auparavant, c’était le sourire d’Edna qui l’avait le plus charmé. Son visage tout entier rayonnait, comme si la courbe de ses lèvres déroulait une vague lumineuse de la bouche au front.

– Vas-y, plaisante donc, lança-t-elle, mais vu le peu d’argent qu’on a, ça compte…."

Ce que j'en pense :

On retrouve avec beaucoup de plaisir la splendide écriture de Ron Rash. Évidemment, comme souvent dans un livre de nouvelles, certaines sont moins bonnes que d'autres. Comme dans "Une terre d'ombre", l'auteur sait très bien nous faire pénétrer au cœur de cette société rurale et ses personnages avec pick up et mobil home qui sont les oubliés du rêve américain.

Incandescences

IncandescencesIncandescencesIncandescences

 

 

__________

Voir les commentaires

Bris de vers, les émeutiers du XXème siècle

Publié le par GéHa

Bris de vers, les émeutiers du XXème siècle

"Bris de vers, Les émeutiers du XXème siècle" anthologie établie par Christian Poslaniec et Bruno Doucey - éditions Bruno Doucey

Présentation de l'éditeur :

L’anthologie que nous publions pour la 18ème édition du Printemps des Poètes s’apparente à un voyage dans les territoires, connus et inconnus, de la création poétique du XXe siècle. Tout commence avec Apollinaire et sa lassitude du monde ancien. Le vers se brise comme un éclat de rire, annonçant la déflagration dadaïste et surréaliste, un désir de vivre et d’écrire autrement, une rupture de la fonction des poètes et de la poésie. Mais le siècle de l’imagination créatrice est aussi celui des guerres, de l’exposition coloniale, de la Shoah et de la bombe atomique. En quinze chapitres, et quelques cent vingt poètes, Christian Poslaniec et Bruno Doucey nous invitent, dans le foisonnement des revues et des livres, à suivre « les émeutiers du XXe siècle ». Il en va de la lecture comme du voyage ferroviaire : les paysages se transforment à une vitesse étonnante. Une énergie cinétique est à l’œuvre dans ce siècle ; une tension élastique est à l’œuvre dans ce ce livre.

Extrait :

« Mon siècle ne me fait pas peur,
Je ne suis pas un déserteur.
Mon siècle misérable,
scandaleux,
mon siècle courageux,
grand
et héroïque.
Je n’ai jamais regretté d’être venu trop tôt au monde,
Je suis du vingtième siècle :
Et j’en suis fier.
Il me suffit
d’être au vingtième siècle,
là où je suis,
d’être de notre camp,
Et de me battre pour un monde nouveau… »
Nâzim Hikmet

Ce que j'en pense :

Une très belle façon de revisiter l'histoire du XXème siècle. Bien sûr il y a les poètes connus, comme Éluard, Aragon, Prévert, Desnos... mais il y a aussi énormément de belles découvertes (ou redécouvertes) d'auteurs français ou étrangers. Exemple : un jeune auteur iranien Garous Abdolmalekian qui a écrit ce très court poème : Ta robe rouge dans le vent / Voilà / Le seul drapeau que j'aime.

Bris de vers, les émeutiers du XXème siècle

Bris de vers, les émeutiers du XXème siècle

Bris de vers, les émeutiers du XXème siècleBris de vers, les émeutiers du XXème siècle

 

 

__________

Voir les commentaires

Il ne fait jamais noir en ville.

Publié le par GéHa

Il ne fait jamais noir en ville.

"Il ne fait jamais noir en ville" de Marie-Sabine Roger - Babel

Présentation del'éditeur :

Une employée effacée qui ose soudain tenir tête à sa chef de service à la suite de l’adoption imprévue d’un chaton abandonné ; une écrivaine en panne d’inspiration préoccupée par son voisin de palier un brin inquiétant ; un homme qui n’aime pas les lundis matin ; un père Noël à moto ; une femme venue dire adieu et une autre qui quitte la maison à la campagne dans laquelle elle a vécu soixante-cinq ans pour aller s’installer en ville... Les dix nouvelles qui composent ce recueil mettent en scène des personnages qui, tous, sont affectés par un événement d’apparence anodine, mais qui va bouleverser leur vie. Où Marie-Sabine Roger confirme, après Les Encombrants et La Théorie du chien perché, sa maîtrise de la forme courte, et où l’on retrouve sa manière tour à tour tendre, grinçante et décalée de croquer les petits riens de la vie qui nous façonnent et nous transforment.

Première page :

"La loi de Murphy

Le jour où j'ai trouvé Moïse, comment j'aurais pu deviner ? Ce qui arriverait, je veux dire.
Je marchais dans la rue. Je revenais de mon travail en remontant le boulevard Edison.
Déjà, il faut vous dire que je n'aurais pas dû passer par là. Parce que, normalement, le boulevard, ça rallonge. Seulement je devais rapporter un dvd chez le loueur.
C'est une digression, peut-être. Il n'empêche, on ne sait jamais ce qui va être important ou pas, lorsqu'on veut raconter une histoire. J'ai du mal à être imprécise. Surtout pour les histoires vraies. Je préfère donc ajouter : il pleuvait.
Pleuvoir, ça ne vous donnera peut-être pas une idée du temps qu'il faisait ce soir-là.
Pleuvoir, c'est vague. C'est humide, mais vague.
Des trombes d'eau, il y avait.
Et évidemment, ça tombait le jour où j'avais un DVD à rendre.
Le jour où j'étais allée chez la coiffeuse entre midi et deux. Où j'avais mes sandales en cuir et mon pantalon blanc."

Ce que j'en pense :

L'auteure sait nous entraîner à chaque nouvelle dans un monde différent. Elle fait exister admirablement ses personnages souvent malmenés par la vie. C'est gris, un peu triste, parfois grinçant mais il y a aussi quelques éclats de bonheur simple.

Il ne fait jamais noir en ville.

Il ne fait jamais noir en ville.Il ne fait jamais noir en ville.

 

 

__________

Voir les commentaires