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T.S.

Publié le par GéHa

T.S.

"TS" de Fabrice Vigne - L'Ampoule

Présentation de l'éditeur :

"Les mots ont des rapports invisibles entre eux parce que tous les mots qui existent, finalement, ne sont jamais construis qu'avec les mêmes vingt-six lettres."
Pour dissiper les brumes de son enfermement existentiel, le jeune héros de TS mobilise la petite réserve de lumière contenue dans les mots de son vieux dictionnaire.

Première page :

"Plutôt que de parler, moi je veux bien écrire. Mais je préviens tout de suite que je ne sais pas si j’y arriverai, je ne sais pas si j’aurai le droit d’écrire les mots qu’il faut, les mots justes. Monsieur Bernardini me dit que je dois arrêter de me demander si j’ai le droit de ceci ou le droit de cela, il dit que pour parler, pour écrire, pour dire la vérité, on a bien tous les droits qu’on veut. Je ne sais pas encore si je dois le croire sur ce point précis. Monsieur Bernardini me dit que ce serait bien si j’écrivais l’histoire, que ça « m’aiderait ».
Là, je ne sais pas quoi penser. Ça m’aiderait à quoi ? Raconter l’histoire, ça ne peut pas m’aider à autre chose qu’à faire en sorte que l’histoire soit racontée.

En plus, je me méfie parce qu’il me dit ça avec le même sourire qu’il a toujours, la bouche très large et presque ouverte comme s’il était la seconde avant de me dire quelque chose de gentil, sauf qu’il n’ajoute rien, il reste rigoureusement immobile, il me regarde, ses yeux fixes dans les miens, la tête très très légèrement penchée, il sourit et c’est tout. "

Ce que j'en pense :

Voilà un livre que l'on ne peut pas lire rapidement, car il faut prendre le temps de "rentrer" dans la peau de l'adolescent (mal dans sa peau) et de découvrir comment les mots du dictionnaire peuvent libérer une parole. C'est un livre assez poignant par moments, avec un personnage principal très attachant.

T.S.

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Moonlight Mile

Publié le par GéHa

Moonlight Mile

"Moonlight Mile" de Dennis Lehane - Rivages thriller

Présentation de l'éditeur :

Patrick Kenzie et Angela Gennaro ne sont plus détectives privés. Patrick travaille pour une grosse société de surveillance qui refuse de l'embaucher définitivement car il n'est pas assez « lisse » pour son patron. Il est toujours consumé par la colère face aux injustices et c'est peut-être cela - ainsi que la culpabilité - qui le pousse à accéder à la demande de Béatrice, la tante d'Amanda McCready. Douze ans plus tôt, Angie et lui avaient enquêté sur la disparition de la petite Amanda, mais le fait d'avoir retrouvé l'enfant s'était soldé par un fiasco humain. Selon Beatrice, Amanda, aujourd'hui âgée de 16 ans, a de nouveau disparu et elle est peut-être en danger... 
Comme Gone, Baby, Gone, Moonlight Mile est un roman totalement contemporain qui dépeint une Amérique en proie à une grave crise morale et sociale. L'auteur de Mystic River et de Shutter Island n'a rien perdu de son art de la métaphore, des dialogues incisifs et des scènes choc. L'art de faire palpiter la vie à chaque page. 

Première page :

"L'air était inhabituellement doux en ce bel après-midi de début décembre quand Brandon Trescott est sorti du spa du Chatham Bars Inn, à Cape Cod, pour monter dans un taxi. Une fâcheuse succession d'arrestations pour conduite en état d'ivresse lui ayant coûté le droit de prendre le volant dans l'État du Massachusetts pendant encore trente-trois mois, il se déplaçait toujours en taxi. A vingt-cinq ans, pourvu d'une solide rente depuis sa naissance, ce rejeton d'une magistrate de la Cour suprême et d'un magnat des médias locaux ne se contentait pas d'être un banal petit con de gosse de riches ; il battait tous les records dans sa catégorie. Lorsque les autorités lui avaient finalement retiré son permis, il en était à sa quatrième infraction pour conduite en état d'ivresse. Les deux premières s'étaient soldées par une amende pour excès de vitesse, la troisième lui avait valu un sévère rappel à l'ordre, mais la quatrième avait donné lieu à une action en justice car elle avait occasionné des blessures sur une personne autre que le conducteur, qui s'en était tiré sans une égratignure.

En cette journée hivernale où le thermomètre indiquait un peu moins de cinq degrés, Brandon portait un sweat-shirt à capuche…"

Ce que j'en pense :

Style efficace, intrigue bien menée, regard critique sur le monde, humour bien présent… c'est un livre agréable à lire. Mais on sent qu'il manque quelque chose pour qu'il soit au niveau de certains livres du même auteur, comme "Mystic river" ou "Shutter island".

Moonlight Mile

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Carnets de déroute

Publié le par GéHa

Carnets de déroute

"Carnets de déroute" de Michel Monnereau - La table ronde

Présentation de l'éditeur :

A tourner dans mon deux-pièces comme un chômeur en cage, je me suis rencontré trois fois dans le miroir ovale qui me vient de maman, puis l'ai retourné contre le mur. Entre les injonctions des Assedic, l'ennui qui croît, les amours qui s'absentent, les petits boulots qui se raréfient, un homme, la cinquantaine, ancien soixante-huitard, entame la rédaction de son journal intime. Sans emploi depuis plusieurs mois, il y dit le temps qui passe, le regard des autres, l'esseulement, l'errance. Avec un humour grinçant et dans une langue acérée, voici le roman d'une dérive et la chronique d'une génération, celle des baby-boomers, comblée puis laminée.

Première page :

"26 mars

Je suis un type bien. J'ai juste tué maman.

27 mars

Un type un peu trop seul, peut-être. Comme vous en croisez dans les megapoles fin de millénaire et sur lesquels vous vous retournez d'instinct, la pointe de la peur entre les épaules. La haine me tient debout, c'est ce que vous perce­vez en me croisant. Je suis le voisin que vous n'aimeriez pas avoir.

29 mars

Je ne voudrais pas être à ma place.

30 mars

Sept mois déjà que j'ai jeté mon semainier dans la pou­belle de mon bureau climatisé, supprimé tous mes mails, détruit mes dossiers personnels, éteint mon Mac et que je suis parti sans saluer mes collègues. Sept mois - autant dire une petite éternité"

Ce que j'en pense :

Une chronique assez juste mais plutôt désabusée (voire désespérée) sur le quotidien d'un chômeur. C'est écrit avec beaucoup de finesse mais ça ne manque pas de piquant et parfois de méchanceté.

Carnets de déroute

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De nos frères blessés

Publié le par GéHa

De nos frères blessés

"De nos frères blessés" de Joseph Andras - Actes Sud

Présentation de l'éditeur :

Alger, 1956. Jeune ouvrier communiste anticolonialiste rallié au FLN, Fernand Iveton a déposé dans son usine une bombe qui n'a jamais explosée. Pour cet acte symbolique sans victime, il est exécuté le 11 février 1957, et restera dans l'Histoire comme le seul Européen guillotiné de la guerre d'Algérie. Ce roman brûlant d'admiration, tendu par la nécessité de la justice et cinglant comme une sentence, lui rend hommage.

Première page :

"Pas cette pluie franche et fière, non. Une pluie chiche. Mesquine. Jouant petit. Fernand attend à deux ou trois mètres de la route en dur, à l’abri sous un cèdre. Ils avaient dit treize heures trente. Plus que quatre minutes. Treize heures trente, c’est bien ça. Insupportable, cette pluie sournoise, pas même le courage des cordes, les vraies de vraies, juste assez pour mouiller la nuque du bout des doigts, goutte avare, et s’en tirer ainsi. Trois minutes. Fernand ne quitte plus sa montre des yeux. Une voiture passe. Est-ce elle? Le véhicule ne s’arrête pas. Quatre minutes de retard. Rien de grave, espérons. Une seconde voiture, au loin. Une Panhard bleue. Immatriculée à Oran. Elle se range sur le bas-côté – la calandre toute déglinguée, celle d’un vieux modèle. Jacqueline est venue seule; elle regarde autour d’elle en sortant, à gauche puis à droite, à gauche encore. Tiens, voilà les papiers, tu as toutes les indications dessus, Taleb a tout prévu, ne t’inquiète pas. Deux feuillets, un par bombe, avec les indications précises. Entre 19 h 25 et 19 h 30. Avance du déclic, 5 minutes… Entre 19 h 23 et 19 h 30. Avance du déclic 7 minutes… Il n’est pas inquiet : elle est là, présente, c’est tout ce qui importe. Fernand glisse les papiers dans la poche droite de son bleu de travail."

Ce que j'en pense :

Très belle écriture au service d'une histoire dramatique qui fait honte à la France. C'est écrit de façon délicate et c'est un hommage d'une grande dignité à cet homme guillotiné pour l'exemple (alors que François Mitterrand était garde des sceaux). Premier roman d'une grande force, qui ne peut pas laisser insensible.

De nos frères blessés

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Dérive sanglante

Publié le par GéHa

Dérive sanglante

"Dérive sanglante" de William G. Tapply - Gallmeister

Présentation de l'éditeur :

À la suite d'un mystérieux accident de montagne qui lui a fait perdre la mémoire, Stoney Calhoun est un homme sans passé. Cinq ans après avoir quitté l'hôpital, une confortable somme d'argent en poche, il a refait sa vie dans le Maine et coule des jours paisibles entre la boutique de pêche où il travaille et sa cabane enfouie au coeur des bois. Jusqu'à ce que son meilleur ami disparaisse. Calhoun se lance alors sur sa piste et accumule les révélations macabres. Au fur et à mesure, il se découvre d'inattendus talents d'enquêteur qui vont l'obliger à affronter les fantômes de son passé. Cette première aventure de Stoney Calhoun nous promène à travers les paysages idylliques et chargés d'histoire du Maine avant un final aussi violent qu'inattendu.

Première page :

"IL ÉTAIT ENVIRON HUIT HEURES DU MATIN lorsque Stoney Calhoun entendit la sonnette tinter : signal qu'on passait le seuil de la boutique. Il leva les yeux de son étau. Un homme aux cheveux blancs se tenait dans l'embrasure de la porte, d'où il examinait le casier des cannes Sage et Orvis adossées au mur. Calhoun reporta son attention sur la mouche presque achevée dans son étau. Une minute plus tard, l'homme était devant lui.
- Nom de nom, qu'est-ce que c'est que ça ? Calhoun garda les yeux baissés.
- Une bunker fly, marmonna-t-il avec l'accent du coin, ce qui donnait quelque chose comme "bunka fly".
Il en remettait toujours une louche pour les clients des autres États, histoire de faire couleur locale. C'était une idée de Kate : les touristes, les gens des plaines, tous ceux qui "venaient de loin" - et ce vieux type avec son pantalon de toile tout juste sorti du pressing, ses mocassins rutilants, son polo vert boutonné jusqu'au cou et son accent garanti vieux Sud, si lui ne venait pas de loin ! -, tous ces gens-là s'attendaient à ce que Calhoun parle comme un guignol de pub télévisée. Et Kate était d'avis qu'ils seraient plus enclins à dépenser leur argent dans sa boutique s'ils n'étaient pas déçus.
- Un peu plus de "ouaip", Stoney, lui disait-elle sans répit. Joue les taciturnes. Et si tu arrives à le placer, dis-leur des trucs comme "Y a pus d'saison, mon pauv'monsieur"."

Ce que j'en pense :

C'est un livre assez sympathique et original dans le monde du "polar". Le héros  ne boit pas d'alcool et l'intrigue se passe la plupart du temps en pleine nature (on pourrait presque s'initier à la pêche à la mouche). Au final, plutôt un bon livre même si nos deux héros sont un peu trop "parfaits" et si tout cela manque un peu d'humour.

Dérive sanglante

Dérive sanglante

 

 

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Roland est mort

Publié le par GéHa

Roland est mort

"Roland est mort" de Nicolas Robin - Editions Anne Carrère

Présentation de l'éditeur :

Roland est mort. Les sapeurs-pompiers l'ont retrouvé la tête dans la gamelle du chien. Ils viennent enlever le corps et se débarrassent du caniche en le confiant à son voisin de palier, un homme proche de la quarantaine, au chômage, très seul. Roland est mort depuis une semaine. Son voisin ne le connaissait pas vraiment, mais il aurait dû s'en douter : il n'entendait plus les chansons de Mireille Mathieu, derrière le mur. II écope du chien, puis de l'urne contenant les cendres du défunt. Que faire de ce lourd héritage chargé de poils et de céramique ? Le voisin va tout tenter pour s'en débarrasser, mais en a-t-il vraiment envie ? Ce livre est un ovni. La force des mots, l'immense sensibilité qui s'en dégage font qu'il laisse une trace et qu'on le quitte avec regret.

Première page :

"Roland est mort. C'est la voisine du dessous qui me dit ça. Elle pleure devant ma porte. Ses yeux sont rouges et elle a le nez qui coule. Elle porte son gilet mauve et des espadrilles aux pieds. J'ai envie de lui claquer la porte au nez.

La voisine du dessous vient toujours m'annoncer des mauvaises nouvelles. Elle me parle des gens dans le monde qui n'ont pas de bras ni de jambes, qui font la manche à la sortie du métro, des gens qui ont des maladies congénitales et qui démarrent dans la vie du mauvais pied. Elle me parle des trous dans la couche d'ozone et des vaches qui pètent au Paraguay. Elle me donne sa théorie sur le désordre climatique, et même qu'il ne faudra pas s'étonner si un jour il neige en juillet. Elle me parle des célébrités qui divorcent, se droguent ou se jettent par la fenêtre. Elle me dit que finalement l'argent ne fait pas le bonheur. La voisine du dessous croit toujours bon de me sortir des phrases toutes faites et de me raconter des choses qui ne m'intéressent pas. Ce soir, elle m'apprend que mon voisin de palier est mort. Elle me dérange. J'étais en train de regarder un film porno à la télé. Roland est mort mais je m'en fous…"

Ce que j'en pense :

Voilà un roman qui peut paraître léger, voire même superficiel. Il pourrait ressembler à tous ces livres qui sont là pour nous faire rire, qui donnent l'impression de ne pas se prendre au sérieux et que l'on oublie sitôt lus. Mais ce roman, même si les situations sont cocasses, est beaucoup plus profond qu'il n'y parait. Le regard est assez juste et percutant (avec un peu de cynisme) sur le quotidien de notre société.

 Roland est mortRoland est mortRoland est mort

 

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Robe de marié

Publié le par GéHa

Robe de marié

"Robe de marié" de Pierre Lemaitre - Le Livre de poche thriller

Présentation de l'éditeur :

Nul n’est à l’abri de la folie. Sophie, une jeune femme qui mène une existence paisible, commence à sombrer lentement dans la démence : mille petits signes inquiétants s’accumulent puis tout s’accélère. Est-elle responsable de la mort de sa belle-mère, de celle de son mari infirme ? Peu à peu, elle se retrouve impliquée dans plusieurs meurtres dont, curieusement, elle n’a aucun souvenir. Alors, désespérée mais lucide, elle organise sa fuite, elle va changer de nom, de vie, se marier, mais son douloureux passé la rattrape… L’ombre de Hitchcock et de Brian de Palma plane sur ce thriller diabolique.

Première page :

"Assise par terre, le dos contre le mur, les jambes allongées, haletante.

Léo est tout contre elle, immobile, la tête posée sur ses cuisses. D'une main, elle caresse ses cheveux, de l'autre elle tente de s'essuyer les yeux, mais ses gestes sont désordonnés. Elle pleure. Ses sanglots deviennent parfois des cris, elle se met à hurler, ça monte du ventre. Sa tête dodeline d'un côté, de l'autre. Parfois, son chagrin est si intense qu 'elle se tape l'arrière de la tête contre la cloison. La douleur lui apporte un peu de réconfort mais bientôt tout en elle s'effondre de nouveau. Léo est très sage, il ne bouge pas. Elle baisse les yeux vers lui, le regarde, serre sa tête contre son ventre et pleure. Personne ne peut s'imaginer comme elle est malheureuse.

Ce matin-là, comme beaucoup d'autres, elle s'est réveillée en larmes et la gorge nouée alors qu'elle n'a pas de raison particulière de s'inquiéter. Dans sa vie, les larmes n'ont rien d'exceptionnel : elle pleure toutes les nuits depuis qu'elle est folle."

Ce que j'en pense :

Très bien construit, machiavélique, cauchemardesque et terrifiant, pas d'esbroufe au niveau du style, c'est simple et efficace, voilà un roman captivant de Pierre Lemaitre. À conseiller dans la catégorie thriller.

Robe de marié

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Eux

Publié le par GéHa

Eux

"Eux" de Patrick Isabelle - Leméac

Présentation de l'éditeur :

Eux, c'est l'histoire d'un adolescent victime d'intimidation. Un jeune battu, extorqué, ridiculisé à outrance par des camarades de classe. Un jeune dont la détresse est ignorée par les témoins silencieux que sont les autres élèves, le personnel et l'école, les parents, les rares amis. Sa douleur est si aigüe et son agonie si longue qu'elle l'inciteront à se venger de ses tortionnaires, à devenir la source d'une violence à priori inconcevable.
Par de courts chapitres inquiétants et poétiques, "Eux" raconte la genèse d'un drame, tout aussi terrible mais plus insidieux. Patrick Isabelle brouille la ligne séparant les victimes des bourreaux, et incite à réfléchir au potentiel de cruauté, mais également d'empathie, qui sommeille en chacun. Et si Eux, c'était nous? Un roman-choc, aussi troublant qu'essentiel.

Première page :

"Je suis laid. Je me sens laid. Je me trouve stupide de me sentir laid. Mais c'est plus fort que moi. Quand je me regarde dans le miroir, ce n'est pas moi que je vois. Mon reflet n'a rien en commun avec celui que je suis. C'est comme si mon âme s'était trompée de corps à ma naissance.

Je ne vais plus dans les vestiaires. Je vais discrètement me changer aux toilettes après mon cours d'éducation physique. Je ne veux pas que les autres gars me voient. Je ne veux pas les voir non plus. Je suis hideux. Je ne suis pas comme eux.

Eux. Ils se dandinent torse nu, musclés, découpés, sans complexe. Certains d'entre eux sont déjà beaucoup plus poilus que moi et ils se dénudent sans honte, sans gêne, en exposant leur sexe à qui veut bien le regarder. Et si tu le regardes, c'est que tu es une tapette et ils te donnent des coups. Ils rient de toi, de ton corps horrible, mal formé, imberbe, comme celui d'un ti-cul."

Ce que j'en pense :

Ce livre, d'une centaine de pages, est classé jeunesse mais peut être lu aussi bien par les adultes que les ados. L'auteur nous fait ressentir de l'intérieur les souffrances vécues par le personnage du "martyr" sans jamais basculer dans la moralisation.  C'est dramatique, intense et bouleversant.

Eux

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Pas assez pour faire une femme

Publié le par GéHa

Pas assez pour faire une femme

"Pas assez pour faire une femme" de Jeanne Benameur - Babel

Présentation de l'éditeur :

Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l’amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu’elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l’aime immédiatement, c’est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu’il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde.
Bref et intense, ce récit est celui d’une métamorphose : portée par l’amour qu’elle donne et reçoit, Judith se découvre un corps, une voix, des opinions, des rêves. L’entrée dans le monde de la littérature, de la pensée, de l’action politique lui ouvre un chemin de liberté. Jusqu’où ?

Première page :

"Je suis nue.

Lui aussi. Tout près de moi.

La tête sur son coude replié il me regarde.

Tout à l'heure il a enlevé ses petites lunettes rondes cerclées de métal et j'ai aimé voir ses yeux. Son vrai regard. Comme si les yeux aussi pouvaient être nus. Tout son visage offert.

J'ai pris son visage dans mes mains et je me suis sentie transportée d'amour. Pour ce visage, ce corps, l'odeur de sa peau, son épaule. Lui. Tout lui. Complètement présent pour moi. Rien que pour moi. J'en avais tellement rêvé. Et je pensais tellement que c'était impossible.

C'est en l'écoutant que ça a eu lieu. Dans un amphi plein à craquer à la fac. C'est par sa voix par ses mots que c'est arrivé. Ce qui ne m'était jamais arrivé. Jamais. Au micro il parlait de grève de lutte et moi j'ai eu l'image de ce garçon nu contre moi et je l'ai voulu. Ma peau contre sa peau. Tout son corps contre le mien.

Moi qui à dix-sept ans n'arrivais toujours pas à éprouver quoi que ce soit de ce côté-là. J'ai eu cette envie si forte que j'en ai été arrachée à tout le reste."

Ce que j'en pense :

Une jeune fille qui devient femme au cœur des années 70, une révolution intime, une découverte du "vivre libre". C'est un roman à part dans l'univers de Benameur mais on y retrouve bien sûr son écriture sensible qui résonne en chacun de nous (même si on est un homme!).

Pas assez pour faire une femme

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Le nom des étoiles

Publié le par GéHa

Le nom des étoiles

"Le nom des étoiles" de Pete Fromm - Gallmeister

Présentation de l'éditeur :

Confortablement installé avec les siens à Great Falls, une ville paisible du Montana, Pete Fromm a depuis longtemps troqué sa tenue de ranger contre celle de père de famille. Il pensait que ses expériences dans les espaces sauvages des États-Unis appartenaient définitivement au passé. Jusqu’à ce qu’on lui propose de s’installer un mois au cœur de la Bob Marshall Wilderness afin de surveiller la croissance d'œufs de poissons. Comment refuser pareille occasion de renouer avec ces grands espaces qui font partie intégrante de son être ? Plus de vingt ans après son séjour à Indian Creek, voici donc Pete Fromm au seuil d’une nouvelle aventure en solitaire. 

Entre souvenirs d’enfance, anecdotes de ranger et confessions d’un père désireux de transmettre son amour de la nature à ses enfants, Pete Fromm confie avec une incroyable sincérité son parcours de vie et nous fait partager ses échappées dans les grands espaces américains.

Première page :

"Pendant un moment, l’orage semble s’apaiser – bourrasques monotones, pluie qui ne tombe plus vraiment comme si le ciel même n’était fait que d’eau. Je me baisse pour regarder par la fenêtre de la cabane, examiner la couverture nuageuse, la colonne rouge du thermomètre qui atteint péniblement les 5 °C, les rafales qui parcourent en vagues la prairie. Les accalmies instaurent presque le silence, on entend juste parfois crépiter les branches de sapin dans le poêle, puis le souffle accru du vent fouette les rondins de la cabane, la pluie tambourine sur les bardeaux de cèdre. Déjà 9 heures passées et, malgré le mauvais temps, je dois faire ma ronde de seize kilomètres pour vérifier où en sont les œufs des ombres, ma tâche quotidienne. Je me tortille pour enfiler les vêtements de pluie fatigués, le haut et le bas, j’ajuste les fermetures Éclair situées en bas de la veste pour dégager le spray anti-ours et le revolver.

Dehors en plein vent, la pluie s’engouffre sous le bord du toit, me pique les joues, ruisselle dans le haut de ma barbe tandis que je contourne la cabane, soulève chacun des volets conçus pour résister aux ours, malmène les hayons. La routine. Je m’engage ensuite sur le chemin boueux, par-dessus le monticule et parmi les arbres, vers l’ouverture du brûlis, le virage qui descend vers la North Fork, le bras nord de la Sun River. Marchant d’un pas laborieux, je me réchauffe un peu et je regarde les gouttes d’eau glisser sur mes bottes …"

Ce que j'en pense :

Voilà un livre qui nous transporte parmi les bois, les rivières, les animaux… et qui nous fait lire et vivre au rythme de la nature en appréciant chaque moment du récit. L'auteur nous fait dormir avec lui dans sa cabane du Montana, nous suivons avec lui les traces d'ours ou de loup sur la boue des pistes et nous l'accompagnons dans ses réflexions sur la vie, la paternité. Un vrai coup de cœur.

Le nom des étoiles

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