Le chemin s'arrêtera là
"Le chemin s'arrêtera là" de Pascal Dessaint - Rivages/Noir
Présentation de l'éditeur :
Sur une côte nordiste fantomatique, des hommes survivent au jour le jour, hantés par un passé mortifère. Mais qui sont ces laissés-pour-compte de notre époque, qui semblent camper dans un temps suspendu ? Des êtres qui, derrière l'apparence de normalité qu'ils essayent de préserver, ont été broyés ou souillés, à l'image du pays qu'ils habitent, marqué par les stigmates d'une industrie lourde moribonde et d'une nature qui reprend ses droits, de plus en plus inquiétante.
Première page :
"Louis
J'aimerais raconter le vent qui mugit dans l'acier, et puis notre méchanceté. La méchanceté est en nous, tout particulièrement. Parfois, je me demande si ce n'est pas plus justement de la cruauté. Est-ce de la méchanceté ou de la cruauté quand je mets un insecte dans un bocal et que je joue avec lui ? Je choisis toujours un gros scarabée. Il ne cherche pas tout de suite à s'enfuir, à s'envoler. Il fait le tour du bocal que je secoue. Il essaie de grimper sur le verre. Ses pattes glissent. Il s'épuise. Et après, ça dépend de mon humeur. Soit, je le relâche. Soit, comme j'ai vu faire avec un scorpion dans un vieux film, je le couvre d'un feu de brindilles. C'est là sans doute toute la différence entre la simple méchanceté et la pure cruauté.
Wilfried, à sa façon, est méchant également. Wilfried pêche dans la vague. Il pêche en surfcasting. Il aime cette expression anglaise, la seule qu'il connaîtra jamais. Wilfried n'est pas plus riche que nous mais il possède un matériel coûteux. Il s'est privé et se prive encore de tout pour ça, et même s'il a besoin du poisson qu'il pêche, car à l'en croire il ne mangerait pas grand-chose d'autre, il n'est pas toujours respectueux."
Ce que j'en pense :
C'est du très noir. Le récit se déroule dans un paysage industriel plutôt effrayant, avec des usines, un port, une centrale nucléaire, des friches… On découvre peu à peu la vie des personnages : chômage, pauvreté, alcool, misère affective, violence et secrets. Portraits sans concession et assez effrayant d'un monde où malgré tout quelques petites lueurs subsistent. On sent bien que l'auteur connaît parfaitement ce pays… et l'aime. Du très bon Pascal Dessaint.




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