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Maison des autres

Publié le par GéHa

Maison des autres

"Maison des autres" de Sylvio D'Arzo - Verdier poche

traduit de l'italien par Philippe Renard et Bernard Simeone

Présentation de l'éditeur :

«Ici, en haut, il y a une certaine heure. Les ravines et les bois, les sentiers et les pâturages deviennent d'une couleur vieille rouille, puis violette, puis bleue : dans le soir naissant, les femmes soufflent sur leurs réchauds, penchées au-dessus des marches, et le bruit des clarines de bronze arrive clairement jusqu'au village. Les chèvres se montrent aux portes avec des yeux qui semblent les nôtres.» La douloureuse question qu'une vieille femme, après lapsus et repentirs, pose au prêtre d'un village perdu de l'Apennin, dans Maison des autres, ne peut avoir de réponse : l'univers minéral et désolé où elle affleure, par la magie d'une prose obsédante, se referme sur le drame indicible qui fait le livre. Tout aussi dense est la rencontre d'un instituteur et d'un «veuf de village», à la fin de la guerre, dans Un moment comme ça, qui débusque le tragique sous l'apparence du sordide, et qu'on peut lire comme un double de Maison des autres dont la figure féminine serait absente. Mais le vrai mystère de ces deux récits tient à la façon dont leur rythme même transforme en consolation la profondeur du deuil.

Extrait :

"Et maintenant, c’était fini. Quelque chose était arrivé, une fois, une seule, et maintenant tout était fini.

Pourtant, je n’éprouvais même pas de douleur, ni de remords, de mélancolie ou quoi que ce soit de ce genre. Je sentais seulement en moi un grand vide comme si désormais plus rien n’avait pu m’arriver. Rien jusqu’à la fin des siècles.

Je faisais les cent pas dans la pièce où pour la première fois elle m’avait si bêtement parlé, je déplaçais un livre, le déplaçais à nouveau, ou tapais comme ça sur une vitre : et maintenant même un enfant aurait pu me conduire par la main. Une absurde vieille, un absurde prêtre : toute une absurde histoire de quatre sous.

Un bruit monta de la ruelle. Les six vieilles de Bobbio arrivaient à l’instant. Toutes les haies avaient gelé. Les six vieilles se réchauffaient en battant des pieds. Un filet de fumée sortit d’une autre maison.

Le garçon monta et frappa à la porte.

« Monsieur le curé, m’annonça-t-il sans entrer. Je cours sonner la cloche. À présent, la Melide a fini.

— J’arrive », dis-je.

Il faisait froid. Décembre est froid chez nous."

 

Ce que j'en pense :

Il se passe peu de chose dans ces deux récits mais cela touche quand même à l'essentiel. L'écriture est originale mais simple et évite tout pathos pour un sujet qui demeure grave.

Maison des autres

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La petite lumière

Publié le par GéHa

La petite lumière

"La petite lumière " de Antonio Moresco - Verdier

traduit de l'italien par Laurent Lombard

Présentation de l'éditeur :

" Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant " : ainsi commence La Petite Lumière. C'est le récit d'un isolement, d'un dégagement, mais aussi d'une immersion. Le lecteur, pris dans l'imminence d'une tempête annoncée mais qui tarde à venir, reste suspendu parmi les éléments déchaînés du paysage qui s'offrent comme le symptôme des maux les plus déchirants de notre monde au moment de sa disparition possible. Le narrateur est intrigué par une petite lumière qu'il perçoit au loin tous les soirs et dont il décide d'aller chercher la source. Il part en quête de cette lueur et trouve une étrange maison où vit un enfant. Il parvient à établir un dialogue avec lui et une relation s'ébauche, empreinte de mystère. Cet enfant, qui est-il? Pourquoi vit-il tout seul ? La petite lumière sera comme une luciole pour les lecteurs qui croient encore que la littérature est une entreprise dont la portée se mesure dans ses effets sur l'existence.

Première page :

"Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant.

Le soleil vient tout juste de s effacer derrière la ligne de crête. La lumière s'éteint. En ce moment, je suis assis à quelques mètres de ma petite maison, face à un abrupt végétal. Je regarde le monde sur le point d'être englouti par l'obscurité. Mon corps est immobile sur une chaise en fer dont les pieds s'enfoncent de plus en plus dans le sol, et pourtant, de temps en temps, j'ai le souffle coupé, comme si je chutais assis sur une balançoire aux cordes fixées en quelque endroit infiniment lointain de l'univers.

Le ciel est traversé par les dernières hirondelles qui volent, ça et là, comme des flèches. Elles passent en rase-mottes au-dessus de moi, s'abattant tête la première sur de vastes sphères d'in­sectes suspendus entre ciel et terre. Je sens le vent de leurs ailes sur mes tempes. Je vois distinctement devant moi le corps noir, plus caréné et plus grand, de quelque insecte englouti par une hirondelle qui le suivait le bec grand ouvert en lançant des cris. Le silence est tel que j'arrive même à entendre le craquement de son corps qui continue à souffrir, broyé et démembré, dans le corps de l'autre animal qui remonte grisé dans le ciel.

Je reste encore un long moment assis là. La lumière disparaît progressivement, tout ce monde végétal devient de plus en plus sombre devant mes yeux. De tous côtés commencent à se lever les cris des animaux nocturnes, invisibles dans le feuillage noir.

Pas un signe de vie humaine.

Excepté, quand l'obscurité se fait encore plus épaisse et que les premières étoiles commencent à paraître, de l'autre côté de cette étroite gorge abrupte, sur une partie plus plane de la ligne de crête, incurvée au milieu des bois comme une selle, chaque nuit, chaque nuit, toujours à la même heure, cette petite lumière qui s'allume soudain."

Ce que j'en pense :

Roman étrange et mystérieux, fable métaphysique, surnaturelle, presque mystique. C'est une ode à la nature, à la solitude. Le style est étonnant, avec des expressions "bizarres" qui reviennent très souvent (par exemple "on se sait où", on ne sait qui"…) et beaucoup de propositions relatives. Longtemps après avoir fermé le livre, "la petite lumière" reste allumée.

La petite lumière

La petite lumièreLa petite lumièreLa petite lumière

 

 

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B comme bière

Publié le par GéHa

B comme bière

"b comme bière" de Tom Robbins - Gallmeister

Présentation de l'éditeur :

À la veille de ses six ans, Gracie s'interroge. Quel est ce mystérieux liquide que les adultes ingurgitent avec une telle satisfaction ? Si son père élude ses questions sur la bière, l'Oncle Moe s'avère plus loquace. Il propose même à sa nièce de l'emmener visiter la Brasserie Redhook. Mais quand elle apprend que la visite n'aura pas lieu, Gracie a un accès de colère et engloutit une canette trouvée dans le frigo. Elle voit alors surgir la sympathique Fée de la Bière. Commence alors pour la fillette un voyage fabuleux et instructif au pays de l'alcool couleur de miel.

 B comme bière est un conte enchanteur dont la lecture a l'art d'enivrer petits et grands. À consommer sans modération.

Première page :

"Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi votre papa aime tant la bière ? Vous êtes-vous demandé, le soir avant de vous endormir, pourquoi il est un peu “bizarre” après avoir bu de la bière ? Peut être même vous êtes-vous aussi demandé d’où vient la bière, parce que vous vous doutez bien qu’elle ne sort pas du pis des vaches. Eh bien, Gracie Perkel se posait exactement les mêmes questions.

— Dis, maman, demanda Gracie un après midi, c’est quoi ce truc que papa boit ?

— Tu veux dire le café, mon ange ?

— Non, pas le café. Beeerk ! Cet autre truc, c’est jaune et ça ressemble à du pipi.

— Gracie !

— Toi aussi, tu dis pipi.

— Eh bien, quand il est question d’aller au petit coin, oui, c’est possible. Mais je n’utilise pas ce mot pour parler d’une boisson."

Ce que j'en pense :

C'est rempli d'humour (et aussi d'informations sur la bière !), un livre de bon vivant, une fable pétillante.

B comme bière

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La complainte oubliée

Publié le par GéHa

La complainte oubliée

"La complainte oubliée" de Didier Daeninckx - Le grand livre du mois

Présentation del'éditeur :

Je ne crois pas que je m'en sortirai.
La première balle m'a broyé le genou, trois doigts ont été emportés par celle qui a suivi. Les quelques promeneurs et les jeunes qui jouent au volley-ball, près des barques échouées sur le sable des marées basses, les empêchent encore d'approcher pour finir leur travail.

 Première page :

"Je ne crois pas que je m'en sortirai. La première balle m'a broyé le genou, trois doigts ont été emportés par celle qui a suivi. Je ne sais pas comment j'ai réussi à conduire la voiture jusqu'à cette plage. Les quelques promeneurs et les jeunes qui jouent au volley-ball, près des barques échouées sur le sable des marées basses, les empêchent encore de s'approcher pour finir leur travail. J'ai installé le caméscope compact que m'avait offert Valérie sur le plastique du tableau de bord, juste derrière le volant, l'objectif braqué sur mon visage. La batterie indique une autonomie de quarante minutes. C'est peut-être plus qu'il ne me reste à vivre.

Je porte le même nom, Bernard Peyroles, que le traître dans Le Bossu, un livre de Paul Féval que je n'ai jamais lu et que je ne lirai certainement jamais. Je me souviens seulement de quelques images d'un film avec Jean Marais, de la bande annonce d'un autre dans lequel Daniel Auteuil reprenait le rôle titre. Il y a quinze jours encore, j'étais le plus heureux des hommes."

Ce que j'en pense :

Court récit qui permet à l'auteur d'aborder l'histoire de l'indépendantisme breton et de son lien avec le nazisme. C'est très bien documenté, comme toujours chez Daeninckx, mais ici c'est un peu trop car l'intrigue en pâtit. C'est loin d'être du bon Daeninckx.

La complainte oubliée

 

 

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Juke-Box

Publié le par GéHa

Juke-Box

Juke-Box" de Jean-Philippe Blondel - Pocket

Présentation de l'éditeur :

Insérez une pièce. Sélectionnez un titre. Réglez le volume. C'est parti. La mémoire est un juke-box. Parfois, c'est une mélodie, parfois une voix, ou même simplement le nom d'une chanson : et le souvenir revient, dansant, précis... Des vacances familiales ou un chagrin d'amour, un instant de pur bonheur, un drame ou un voyage. Le Lundi au soleil, Le Sud, La Bombe humaine ou Macumba... Tant et tant de tubes qui émaillent la bande originale de la vie de Yoann. Insérez une pièce... Et tendez bien l'oreille.

Première page :

"Let the Sunshine in (Hair)

Anita est entrée dans la chambre et elle m'a tendu le disque. Elle a dit que c'était pour moi. Elle a dit aussi que, comme elle trouvait plus la pochette, elle m'en avait fait une autre avec du papier orange et qu'elle avait écrit le nom de la chanson dessus avec du feutre noir et puis son nom à elle aussi « pour que tu ne m'oublies pas ».

Anita, je peux pas l'oublier. C'est ma meilleure amie.

C'est aussi l'amoureuse de mon grand cousin Julien. Mon grand cousin Julien a onze ans de plus que moi, il est vraiment beaucoup plus vieux mais je l'aime bien aussi, il a des sabots noirs et des cheveux longs. Il porte un pull irlandais mais pas en ce moment, parce que c'est l'été et qu'on est à la mer. On est en vacances dans la même résidence que mon oncle et ma tante - le Paradis des Vagues. Il paraît qu'on est déjà venus dans la résidence il y a trois ans…"

Ce que j'en pense :

C'est la "musique Blondel" : doux, mélancolique, nostalgique, surprenant, parfois énervant (avec les "ménages à trois"). Les étapes musicales de la vie du héros n'ont pas toutes la même force mais il y a  une bonne dizaine d'excellents chapitres.

Juke-Box

Juke-BoxJuke-Box

 

 

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Entre courir et voler il n'y a qu'un pas papa

Publié le par GéHa

Entre courir et voler il n'y a qu'un pas papa

"Entre courir et voler il n'y a qu'un pas papa" de Jacques Gamblin - Le dilettante

Présentation de l'éditeur :

Jacques Gamblin n'est pas seulement comédien, Entre courir et voler il n'y a qu'un pas papa est son troisième roman. "J'ai tout arrêté et j'ai couru, couru sur le sable pour soigner mes égratignures. Je n'en voyais pas le bout mais j'étais bien. Oui j'étais bien à courir sur le sable, le mouillé, le sec, le mouvant. A toutes les marées, à toutes les saisons. Dans les labours aussi. Dans la boue, la merde et les éclaboussures. Sur l'herbe aussi, grasse, sur le gazon des golfs, sur les greens, comme ils disaient en France et en Angleterre. J'étais bon sur les greens, c'était doux. Et sur les dunes aussi. Ne pas peser, pas s'enliser, le pied léger. A toutes les heures, le jour, la nuit, sans ombre. Aveuglément je courais. Éperdument je courais. Infiniment, avec le chien, avec le loup, entre les deux je courais. À toute vitesse et longtemps. Entre les arbres, sur les chemins creux, sans essouffler. Dans les vallons je dévalais, short en coton, à toute allure pour trois marrons. Et dans la neige aussi, dans la poudreuse, la terre glacée, à toute vibure, dans la rocaille, sur les rochers, dans la pierraille. Échappée belle...

Première page :

"Avant-hier, je suis parti avec ma femme et la voiture. Le ciel était bleu. On avait décidé de faire le pont. J'étais en rtt. Ma femme était enceinte. C'était ma première RTT. Quand le temps est au beau dans ces coins-là, c'est vraiment très beau.

À mi-route la voiture s'est déportée sur le côté. Il se passait quelque chose de bizarre dans le volant. On aurait dit un pneu qui se dégonfle, je ne sais pas. À part reconnaître ma droite de ma gauche, je n'y connais rien en mécanique mais j'ai quand même arrêté la voiture. Je suis descendu. J'ai ouvert le capot, quand on n'y connaît rien en mécanique on se dit toujours que ça va suffire. Il n'y avait rien, rien d'anormal je veux dire. J'ai regardé les pneus, tout allait bien."

Ce que j'en pense :

C'est décalé, un peu surréaliste, c'est sans doute à voir au théâtre, interprété par Gamblin lui-même. On suit le cheminement de l'auteur, au hasard de ses pensées, comme si l'on courait avec lui.

Entre courir et voler il n'y a qu'un pas papa

Entre courir et voler il n'y a qu'un pas papa

 

 

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Le liseur

Publié le par GéHa

Le liseur

"Le liseur" de Bernhard Schlink - Gallimard

Présentation de l'éditeur :

A l'âge de quinze ans, Michaël – le narrateur – découvre l'amour dans les bras d'Hanna, une voisine de vingt ans son aînée ; pendant six mois, il la rejoint tous les jours et partage avec elle plaisirs de la chair et moments de lecture. Mais sa maîtresse, personnage secret, disparaît un jour mystérieusement. Sept ans plus tard, Michaël la retrouve par hasard, alors qu'il assiste à un procès pour crime de guerre, où elle figure au banc des accusés ; il découvre à cette occasion un fait qui pourrait atténuer sa condamnation, mais choisit de n'en rien dire, par respect pour celle qui a marqué si profondément sa vie. Il renouera leur relation au cours des dix-huit années d'incarcération de celle qu'il comprend enfin un peu mieux.

Première page :

"À quinze ans, j'ai eu la jaunisse. La maladie débuta en automne et se termina au printemps. Plus l'année finissante devenait froide et sombre, plus j'étais faible. C'est seulement avec l'année nouvelle que je remontai la pente. Janvier fut tiède, et ma mère installa mon lit sur le balcon. Je voyais le ciel, le soleil, les nuages, et j'entendais les enfants jouer dans la cour. Par un début de soirée de février, j'entendis chanter un merle.

Ma première sortie, de la rue des Fleurs où nous habitions au deuxième étage d'un gros immeuble datant du début du siècle, fut pour aller dans la rue de la Gare. C'est là qu'un matin d'octobre, en rentrant du lycée, j'avais été pris de vomissements. Cela faisait plusieurs jours que je me sentais faible, plus faible que je ne l'avais jamais été encore de ma vie. Chaque pas me coûtait. Quand je montais des escaliers, à la maison ou au lycée, mes jambes me portaient à peine. Je n'arrivais pas non plus à manger. Même lorsque je me mettais à table en ayant faim, les aliments me dégoûtaient tout de suite. Le matin, je me réveillais la bouche sèche, avec l'impression que dans mon ventre les organes pesaient et n'étaient pas à leur place. J'avais honte d'être aussi faible. J'eus encore plus honte de vomir."

 

Ce que j'en pense :

Livre sensible, sensuel et délicat, lorsqu'il évoque les relations entre Michaël  et Hanna, de vingt ans son aînée, mais également quand il parle du nazisme, de culpabilité et de responsabilité de toute une génération. Il est préférable de lire ce livre sans avoir vu le film car le mystère et le questionnement qui entourent Hanna ont beaucoup moins de force.

Le liseurLe liseurLe liseur

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Et rester vivant

Publié le par GéHa

Et rester vivant

"Et rester vivant" de Jean-Philippe Blondel - Pocket

Présentation de l'éditeur :

Le narrateur a vingt-deux ans. Il a perdu sa mère, son frère, dans un accident de voiture. L'histoire commence, il vient de perdre son père dans un accident de voiture... Seul désormais, il décide de vendre l'appartement familial et de partir avec ses deux plus proches amis : Laure et Samuel. Direction : Morro Bay, Californie. Morro Bay : une obsession nourrie depuis des années par la chanson de Lloyd Cole. La Californie : le pays mythique qui a marqué une génération. "Et rester vivant" raconte ce voyage initiatique. Entre fous rires et douleur. Découvertes, rencontres et retours sur le passe. Pour la première fois, Jean-Philippe Blondel se raconte. On retrouve sa douceur; on découvre son incroyable capacité de résistance. Et ce texte, qui fait définitivement le deuil, rend surtout un véritable hommage à la vie.

Première page :

"Bien sûr, ça m'a déjà traversé l'esprit, d'écrire sur cette période-là.

J'ai tourné autour. J'ai effleuré.

Mais je me disais que si je me mettais vraiment à raconter ce qui s'était passé, personne ne me croirait.

Parce qu'il y a des limites à la fiction, mine de rien.

Bref, je ne l'ai jamais fait.

Je n'ai pas changé d'avis.

Je ne cherche pas l'adhésion. C'est un combat perdu d'avance.

Simplement, hier soir, j'ai reçu ce drôle de message électronique. 11 émanait d'un collègue écrivain que je connais à peine mais dont je lis avec plaisir les rares romans - il est du genre dilettante, dans l'écriture de livres, un tous les quatre ou cinq ans, ça semble lui suffire. Il s'appelle Laurent Sagalovitsch.

Il habite sur la côte Pacifique du Canada. Hier, il devait s'ennuyer un peu.

Alors il a surfé sur Internet, comme nous le faisons tous parfois, par pur désœuvrement. Il est allé sur le site de Lloyd Cole, un chanteur anglais dont il avait beaucoup écouté les disques dans les années quatre-vingt…

Ce que j'en pense :

C'est sobre, lucide, plein de pudeur, pas  de pathos dans cette autobiographie. On entre dans la tête du narrateur, c'est parfois étonnant, décousu, mais il y a de très belles pages.

Et rester vivant

Et rester vivant

 

 

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Le pas de l'âne

Publié le par GéHa

Le pas de l'âne

"Le pas de l'âne" de Michel Séonnet - Gallimard

Présentation de l'éditeur :

Ce pourrait n'être qu'une accumulation de faits divers misérables.
Élise a quitté mari et enfants et erre sur les routes.
Noël vit dans la rue et dort dans des containers à poubelles.
Isabelle est une enfant malade qui meurt autant de solitude.
Deux filles se pendent à la même poutre d'une usine désaffectée. Loâna abandonne dans la benne à ordures l'enfant sortie de son ventre.
Hervé, handicapé mental, fugue.
La vieille Marthe va mourir.
Des vies de rien. De celles que l'on croise sans les voir au détour d'une rue, d'un article de journal.
Mais ici, au lieu de se perdre dans l'oubli et l'indifférence, c'est comme si elles venaient se greffer les unes sur les autres. Elles s'éveillent mutuellement. Se poussent en avant un peu comme des boules. Habituellement, dans les romans, les vies se croisent. Ici elles s'ajoutent.
«Ce n'était peut-être qu'un seul mouvement, répète Élise, un seul mouvement de vie à l'intérieur duquel tout pouvait se déplacer, se transformer, s'échanger.»
Les ânes sont les artisans de ce mouvement en avant qui vient tirer les personnages de l'oubli. De la mort aussi. Qui les conduit les uns aux autres.
Le «pas de l'âne», c'est le mouvement de l'écriture elle-même.

Première page :

"Où avait-elle déniché ce gosse qui l'accompagnait, gamin enfui, sans doute, un jour de plus que rage, lançant son poing dans la gueule du père trop saoul, trop con, trop violent, et parti sur les routes (le gamin), tombant un beau jour sur cette femme qui avait l'âge d'être sa mère, ne sachant pas qui elle était, d'où elle venait, mais se laissant faire par cette douceur dont il n'avait pas même idée, douceur de mère ou bien d'amante il n'aurait su le dire puisqu'il n'avait connu d'amour que dans les coups et la violence et même ce qu'il avait cru aimer c'était encore taper sur la fille quand ça lui prenait, et le poing dans la gueule du père c'était peut-être pour en finir avec tout ça, même s'il n'avait pu prévoir cette femme sur sa route, sa tendresse, ses caresses, les mots qu'elle lui disait comme de petites histoires, et lui qui écoutait, la tête posée sur son épaule, ou entre ses seins.

- Allez viens maintenant.

Et ils reprenaient la marche, ou le stop, sous le regard interrogateur des camionneurs qui du coup dévisageaient la femme comme si c'était une pute - si le petit con la tirait, ils voyaient pas pourquoi ils allaient se gêner -…"

Ce que j'en pense :

C'est subtil, profond, sensible, très bien construit et remarquablement écrit, avec des moments d'une  grande force. C'est une très belle découverte (merci à Jean Pierre Simeon qui parle de Michel Séonnet dans son dernier livre "La poésie sauvera le monde"). Pourquoi un tel auteur est-il pratiquement absent des médias ?

Pour en savoir plus, aller sur son site: http://petitspointscardinaux.net/la-vie-les-livres/

Le pas de l'âneLe pas de l'âne

Le pas de l'âneLe pas de l'âneLe pas de l'âne

 

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Chiennes de vies

Publié le par GéHa

Chiennes de vies

"Chiennes de vies, chroniques du sud de l'Indiana" de Frank Bill - Gallimard

Présentatioin de l'éditeur :

Bienvenue dans l'Amérique profonde d'aujourd'hui, où les jobs syndiqués et les fermes familiales qui alimentaient les revendications sociales des Blancs ont cédé la place aux labos de meth, au trafic d'armes et aux combats de boxe à mains nues. Les protagonistes de Frank Bill sont des hommes et des femmes acculés au point de rupture - et bien au-delà. Pour un résultat toujours stupéfiant.
Si le sud de l'Indiana dépeint par Frank Bill est hanté par un profond sentiment d'appartenance à une région qui rappelle le meilleur de la littérature du Sud, ses nouvelles vibrent aussi de toute l'énergie urbaine d'un Chuck Palahniuk, et révèlent un sens de l'intrigue décapant, inspiré de récriture noire à la Jim Thompson.
Une prose nerveuse, à vif, impitoyable et haletante, qui fait l'effet à la fois d'une douche glacée et d'un coup de poing à l'estomac.

Première page :

"La porte éraflée s'ouvrit à la volée sur Trident et Darnel, qui déboulèrent dans la chambre de motel comme deux décharges de chevrotine. Se servant du lit à la courtepointe imprimée de marguerites pour établir une frontière entre les acheteurs et les vendeurs, Trident planta le Colt 45 dans sa main droite au milieu de la broussaille des sourcils joints de Karl, en même temps qu'il plaçait entre les yeux verts d'Irvine le canon scié calibre 12 qu'il tenait dans sa main gauche. Il éloigna ensuite du matelas les deux jeunes, les fit s'arrêter devant le mur repeint à la nicotine et ordonna : «Lâche les sacs, Karl !»
Des spasmes convulsifs contractèrent les bras de débardeur de Karl, qui finit par laisser tomber les deux lourds sacs à dos militaires. Irvine, immobile à côté de lui, la poitrine se soulevant et s'abaissant à un rythme précipité, protesta d'un ton geignard, digne d'un vrai cul-terreux du sud de l'Indiana : «Hé, c'est not' deal, merde !»
Derrière Trident, son grand frère Darnel repoussa d'un coup de pied la porte de la chambre, puis dirigea les deux acheteurs vers la droite du lit, tout contre la table de chevet, avant d'abattre une matraque en cuir lesté sur la pointe de cheveux en haut du front de Dodo Kirby, permettant ainsi aux genoux de ce dernier de lier connaissance avec la moquette trouée à la cigarette. Le cadet de Dodo, Uhl, avança d'un pas, et, dévoilant une mauvaise dentition en damier, articula : «Bordel, mec, tu peux pas...»"

Ce que j'en pense :

Il faut bien s'accrocher pour aller au bout de ces 17 tranches de vie très rudes dans cette Amérique profonde : alcoolisme, violence conjugale, drogue, viol, retour de guerres (Vietnam, Afganistan…). C'est sombre, noir, violent, sans espoir et c'est sans doute ce qui fait la limite d'un tel livre de nouvelles.

Chiennes de vies

Chiennes de vies

 

 

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