Le pas de l'âne
"Le pas de l'âne" de Michel Séonnet - Gallimard
Présentation de l'éditeur :
Ce pourrait n'être qu'une accumulation de faits divers misérables.
Élise a quitté mari et enfants et erre sur les routes.
Noël vit dans la rue et dort dans des containers à poubelles.
Isabelle est une enfant malade qui meurt autant de solitude.
Deux filles se pendent à la même poutre d'une usine désaffectée. Loâna abandonne dans la benne à ordures l'enfant sortie de son ventre.
Hervé, handicapé mental, fugue.
La vieille Marthe va mourir.
Des vies de rien. De celles que l'on croise sans les voir au détour d'une rue, d'un article de journal.
Mais ici, au lieu de se perdre dans l'oubli et l'indifférence, c'est comme si elles venaient se greffer les unes sur les autres. Elles s'éveillent mutuellement. Se poussent en avant un peu comme des boules. Habituellement, dans les romans, les vies se croisent. Ici elles s'ajoutent.
«Ce n'était peut-être qu'un seul mouvement, répète Élise, un seul mouvement de vie à l'intérieur duquel tout pouvait se déplacer, se transformer, s'échanger.»
Les ânes sont les artisans de ce mouvement en avant qui vient tirer les personnages de l'oubli. De la mort aussi. Qui les conduit les uns aux autres.
Le «pas de l'âne», c'est le mouvement de l'écriture elle-même.
Première page :
"Où avait-elle déniché ce gosse qui l'accompagnait, gamin enfui, sans doute, un jour de plus que rage, lançant son poing dans la gueule du père trop saoul, trop con, trop violent, et parti sur les routes (le gamin), tombant un beau jour sur cette femme qui avait l'âge d'être sa mère, ne sachant pas qui elle était, d'où elle venait, mais se laissant faire par cette douceur dont il n'avait pas même idée, douceur de mère ou bien d'amante il n'aurait su le dire puisqu'il n'avait connu d'amour que dans les coups et la violence et même ce qu'il avait cru aimer c'était encore taper sur la fille quand ça lui prenait, et le poing dans la gueule du père c'était peut-être pour en finir avec tout ça, même s'il n'avait pu prévoir cette femme sur sa route, sa tendresse, ses caresses, les mots qu'elle lui disait comme de petites histoires, et lui qui écoutait, la tête posée sur son épaule, ou entre ses seins.
- Allez viens maintenant.
Et ils reprenaient la marche, ou le stop, sous le regard interrogateur des camionneurs qui du coup dévisageaient la femme comme si c'était une pute - si le petit con la tirait, ils voyaient pas pourquoi ils allaient se gêner -…"
Ce que j'en pense :
C'est subtil, profond, sensible, très bien construit et remarquablement écrit, avec des moments d'une grande force. C'est une très belle découverte (merci à Jean Pierre Simeon qui parle de Michel Séonnet dans son dernier livre "La poésie sauvera le monde"). Pourquoi un tel auteur est-il pratiquement absent des médias ?
Pour en savoir plus, aller sur son site: http://petitspointscardinaux.net/la-vie-les-livres/





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