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Tartes aux pommes et fin du monde

Publié le par GéHa

Tartes aux pommes et fin du monde

"Tartes aux pommes et fin du monde" de Guillaume Siaudeau - Pocket

Présentation de l'éditeur :

Il faudrait que les chiens puissent voler, avec des ailes en carton. Ou qu'ils se réincarnent en revolver. Il faudrait que la caissière du supermarché, pour laisser le temps aux amoureux de s'aimer, ne trouve jamais le code-barres sur les boîtes de maquereaux. Il faudrait qu'au fil suspendu des jours, les perles soient moins abimées. Bref, il faudrait que la vie, toujours, ait le goût des tartes aux pommes. Auquel cas, vraiment, ce ne serait pas la fin du monde

Extrait :

"Nous avons tous les trois essayé de secouer Bobby mais ça ne faisait que brasser un peu de poussière et recouvrir ses poils de sable rouge. Ma sœur et moi avons insisté auprès de papa pour mettre Bobby dans le coffre de la voiture et rentrer l'enterrer au fond du jardin. Négatif. Papa a dit que ça ne servait à rien, que Bobby était parti au paradis des chiens.
Alors il a pris Bobby dans ses bras, s'est approché du bord, et l'a jeté du haut de la falaise en murmurant "Maintenant envole-toi, Bobby". Non seulement Bobby ne s'est pas envolé, mais il s'est écrasé en bas à une vitesse impressionnante. Papa aurait pourtant dû savoir que Bobby ne savait pas voler."

Ce que j'en pense :

Un roman en forme de récit autobiographique. C'est plein d'humour, léger et malicieux et parfois assez amer. C'est écrit simplement avec souvent des comparaisons assez étonnantes et poétiques.

Tartes aux pommes et fin du monde

Tartes aux pommes et fin du mondeTartes aux pommes et fin du monde

 

 

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Saga

Publié le par GéHa

Saga

"Saga" de Tonino Benacquista - folio

Présentation de l'éditeur :

Nous étions quatre : Louis avait usé sa vie à Cinecittá, Jérôme voulait conquérir Hollywood, Mathilde avait écrit en vain trente-deux romans d'amour, et moi, Marco, j'aurais fait n'importe quoi - mais n'importe quoi ! - pour devenir scénariste. Même écrire un feuilleton que personne ne verrait jamais. «Saga», c'était le titre.

Première page :

"Elle était allongée sur le parquet, le front en sang et la main gauche perdue dans les rideaux.

- J'ai vos pieds dans le champ, dit le type de l'Identification.

L'inspecteur principal recula d'un pas, le temps de lui laisser prendre quelques plans d'ensemble du corps.

- Ça s'est passé quand ?

- Il y a moyen de faire du café ?

- Le voisin a entendu du bordel vers sept heures du matin.

- On peut enlever le corps ?

- Elle n'était pas censée se trouver là, l'agresseur a été pris de court.

Le plus jeune des deux inspecteurs sortit le nez de son calepin, jeta un œil vers son collègue et proposa une hypothèse avant qu'on ne la lui vole.

- Ça ressemble à du boulot de casseur, le genre qui ne bosse qu'en août et qui merdoie face aux petits impondérables.

- En tout cas il avait les clés de l'appartement. …"

Ce que j'en pense :

Bon roman. L'idée de départ est originale et les trois quarts du livre sont intéressants et constituent une bonne critique du monde de la télé. La fin est un peu "poussive" et le message perd de sa force.

Saga

 

 

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La reine aux pieds nus

Publié le par GéHa

La reine aux pieds nus

"La reine aux pieds nus" de Ildefonso Falcones - Robert Laffond

traduit de l'espagnol par Marie Vila Casas

Présentation de l'éditeur :

Dans l'Espagne absolutiste du XVIIIe siècle, le courage est leur seule arme pour retrouver la liberté. En 1748, Caridad, esclave cubaine noire affranchie, pose ses pieds nus sur la terre sévillane sans un sou en poche. Elle est recueillie par un vieux Gitan au caractère ombrageux, Melchor, qui l'impose à sa famille et à toute sa communauté dans les faubourgs de la ville. Tout en travaillant – elle roule des cigares de contrebande –, Caridad se lie d'amitié avec Milagros, la petite-fille de Melchor, une jeune femme fière, qui revendique son indépendance à travers la danse. Rejetée par la plupart des Gitans, secrètement amoureuse de Melchor mais incapable d'exprimer au grand jour ses désirs, Caridad parviendra-t-elle à se faire accepter pour ce qu'elle est, une femme courageuse et magnifique ? Et Milagros échappera-t-elle à la domination de son mari, un être méprisable qui profite d'elle pour s'enrichir en la prostituant ? De Séville à Madrid, en passant par Cadix, entre amitié, passion et vengeance, l'histoire de deux femmes qui luttent pour leur liberté et celle de leur peuple. Après les succès de La Cathédrale de la mer et des Révoltés de Cordoue, le grand retour d'Ildefonso Falcones.

Première page :

Au moment où elle allait poser le pied sur le quai de Cadix, Caridad hésita. Elle se trouvait juste au bout de la passerelle de la felouque qui les avait débarqués de La Reina : ce galion de l'armada transportait le trésor de la Couronne et avait escorté les six navires marchands autorisés et leur précieuse cargaison rapportée de l'autre côté de l'océan. La femme leva les yeux. Sous un soleil d'hiver clair et lumineux, le port connaissait l'effervescence et l'affairement suscités par le déchargement de l'un des navires marchands ayant fait route avec eux depuis La Havane. Le soleil filtrait dans les interstices de la paille de son chapeau râpé et l'éblouissait. Le tohu-bohu la fit tressaillir et elle se recroquevilla, apeurée, comme si les cris étaient lancés contre elle.

Ne reste pas là, moricaude, avance ! l'invectiva un marin derrière elle en la dépassant sans égards.

Caridad chancela et faillit tomber à l'eau. Un autre homme qui la suivait allait passer devant elle, mais la jeune femme sauta maladroitement sur le quai, s'écarta et s'arrêta de nouveau pendant que la plupart des membres de l'équipage continuaient à débarquer, riant, plaisantant, pariant avec grossièreté sur la femelle qui leur ferait oublier la longue traversée de l'océan.

Profite de ta liberté, négresse ! cria un autre homme en lui administrant au passage une claque sonore sur les fesses.

Certains de ses compagnons éclatèrent de rire. Caridad ne fit pas un geste, le regard fixé sur le catogan long et sale qui dansait sur le dos du marin, effleurant sa chemise dépenaillée au rythme de sa démarche chancelante, et s'éloignait en direction de la porte de la Mer.

Ce que j'en pense :

Certes, on apprend des choses sur l'époque, sur la relation entre l'Espagne catholique et les gitans, il y a de l'aventure, du drame, de la vengeance… mais 700 pages, c'est beaucoup trop long ! Le côté historique prend le pas sur le roman : les personnages sont assez caricaturaux et leur psychologie plutôt sommaire.

La reine aux pieds nus

 

 

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Les petits contretemps

Publié le par GéHa

Les petits contretemps

 "Les petits contretemps" de Gaëlle Héaulme - Buchet-Chastel

Présentation de l'éditeur :

Et si un jour on donnait libre cours à nos pulsions et à nos pensées les plus noires ? Sans hésiter, on se débarrasserait alors de nos bébés pleureurs et on ferait taire définitivement celui qui, depuis vingt ans, nous empêche de boire en silence le café du matin. 
"Les petits contretemps" ce sont ces moments de basculement, où tout change soudain de couleur et de rythme. Des instantanés, des "vignettes", qui, dans une écriture très visuelle, fixent avec cruauté ces instants où tout dérape. Quand une journée en apparence comme les autres peut révéler le chaos, et la fiction réaliser nos rêves inavouables. 

Première page :

"Quand je me lève, il est assis dans la cuisine.

À travers le carreau, je peux voir son dos, la saillie des omoplates, ses cheveux blanchis par endroits. Ses mains sont posées à plat sur ses genoux. La cafetière reflète en l’allongeant son visage, si bien que je peux détailler à la fois le dos sans fantaisie de mon mari et sa longue tête soporifique, légèrement tournée vers le poste de radio. Lui ne m’a pas encore vue.

Je rentre.

Aussitôt il commence à me parler. Je lui fais signe qu’il me faut d’abord mon café. Je lui fais ce geste chaque matin depuis bientôt vingt ans mais il ne peut s’empêcher de commenter les informations que la radio diffuse. Ses paroles sont exaltées, sa voix rapide pénètre dans mon crâne comme une petite aiguille blanche et brûlante.

Je m’assois en face de la fenêtre qui donne sur le jardin. Il se lève et me sert mon café sans cesser de parler. Il est massif et me cache la vue. …"

 Ce que j'en pense :

De toutes petites nouvelles, minimalistes, très visuelles. La première est extraordinaire, c'est sans contexte la meilleure du livre. Il faudrait ne lire que ce premier texte puis refermer le livre pour en lire une ou deux autres quelque temps après. Lire tout à la suite peut se révéler lassant car c'est un livre assez désespéré, avec de l'humour, de l'ironie mais aussi beaucoup de cruauté.

Les petits contretemps

Les petits contretemps

 

 

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Une saison à Longbourn

Publié le par GéHa

Une saison à Longbourn

"Une saison à Longbourn" de Jo Baker - Livre de poche

traduit de l'anglais par Sophie Hanna

Présentation del'éditeur :

Sur le domaine de Longbourn, résident Mr et Mrs Bennet et leurs cinq filles, en âge de se marier. À l'étage inférieur veillent les domestiques. Personnages fantomatiques dans l’œuvre de Jane Austen, Orgueil et préjugés, ils deviennent ici les protagonistes du roman. Mrs Hill, l’intendante, orchestre la petite troupe – son époux, la juvénile Polly, Sarah, une jeune idéaliste qui rêve de s’extraire de sa condition et, le dernier arrivé, James – d’une main de fer. Tous vivent au rythme des exigences et des aventures de leurs patrons bien-aimés. Une fois dans la cuisine, les histoires qui leur sont propres émergent et c’est tout un microcosme qui s’anime pendant qu'Elizabeth et Darcy tombent amoureux au-dessus…

Première page :

"Il était aussi impossible de porter des vêtements sans les avoir blanchis que de sortir sans vêtements, en tout cas certainement pas dans le Hertfordshire. et en septembre. Et pourtant, l'inévitable jour de lessive, cette purification du linge de la maisonnée, n'en demeurait pas moins chaque semaine une horrible perspective pour Sarah.

L'air était cinglant à quatre heures et demie du matin quand elle commençait son travail. La poignée en fer de la pompe, glacée sous ses mitaines, ravivait ses engelures tandis qu'elle tirait l'eau du trou noir puis la versait dans un seau. La journée s'annonçait longue et n'en était qu'à son début.

Tout semblait calme. Sur le flanc du coteau, les moutons se blottissaient les uns contre les autres ; les oiseaux se nichaient dans les haies, ébouriffés comme des chardons ; des feuilles mortes bruissaient au passage d'un hérisson ; la rivière capturait la lumière des étoiles, ses cailloux étincelaient. En bas, à l'étable. l'haleine des vaches formait des nuages et, dans la porcherie la truie s'agitait…"

Ce que j'en pense :

Je n'ai pas lu "Orgueil et préjugé" de Jane Austen, je ne peux donc pas comparer les deux romans. J'avoue que "Une saison à Longbourn" est plutôt un "roman de filles". On y trouve le dure labeur (et les rêves) des "petites gens" au service des "grandes gens". C'est assez bien décrit mais parfois un peu  longuet et on peut s'y ennuyer doucettement.

Une saison à Longbourn

 

 

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Souffler sur le vent

Publié le par GéHa

Souffler sur le vent

"Souffler sur le vent" de Albane Gellé - éditions La Dragonne

Présentation de l'éditeur :

« Souffler sur le vent » révèle une écriture humble, parfois légèrement déstructurée, où les phrases se font court-circuiter par la vivacité de la pensée. On y chemine avec une femme, pleinement consciente de son accomplissement existentiel, pleine aussi de questions taraudantes - mais pour quelles réponses ? Ses enfants qui la font avancer, bouger ; la présence de l'être aimé ; la passion absolue des chevaux. Et plus que tout la poésie, peu à peu devenue pure énergie. Bref, les traces concrètes d'un être humain en train de vivre et d'écrire, sans ombre superflue ni mystère inutile. Un parcours ordinaire et radieux.

Première page :

"un bout de châle sur le dos, j'échafaude

des scénarios : à faire rire les cosmonautes

 

j'oublie les mots de passe

pendant des heures, cherchant où

poser une plante : toutes les tables sont encombrées

protestent-elles (muettes) ?

 

j'arrête les mots

 

et je refais chemin de ronde

la porte s'ouvre, grise tourterelle

je marche sur des œufs,

sur des oursins

je suis d'une résistance !

(je m'agenouille)

 

je parle chinois

avec l'audace des orphelines

mes phrases trébuchent, se rattrapent

entre des idioties et l'élégance des rois mages"

Ce que j'en pense :

Il est question de quotidien, d'enfance, d'interrogations, de souffle, de respiration… et de chevaux, bien sûr. C'est léger et profond en même temps. On retrouve le rythme habituel de son écriture avec quelque chose en plus, comme un bonheur fragile et presque naïf d'être en vie.

Souffler sur le vent

Souffler sur le ventSouffler sur le ventSouffler sur le vent

 

 

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L'autre

Publié le par GéHa

L'autre

"L'autre" de Enzo Cormann - éditions de Minuit

Présentation de l'éditeur :

Ignorant tout l'une de l'autre, Mado et Lila se sont crues durant quinze ans chacune la " moitié " du même homme. Peu de temps après qu'elles ont découvert, à la faveur d'un pataquès administratif,
qu'elles n'avaient somme toute été, durant toutes ces années, que des moitiés de moitié, la disparition inexpliquée de l'homme aux deux adresses provoque leur rencontre.

Première page :

"L’HOMME AUX DEUX ADRESSES

(chez Mado)

LILA. – je suis passée fréquemment sous vos fenêtres ces dernières années

j’aime bien votre rue c’est tranquille

MADO. – je l’aime également quoiqu’à force d’y vivre je ne la voie plus

LILA. – vous avez raison on a vite fait de ne plus voir ce dont nous sommes le plus proche (un blanc)

je ne devrais pas être ici pas être ici

tranquille (mais je ne suis tranquille qu’en apparence) à vous parler comme on parle à quiconque

à me tenir comme je me tiens comme une femme ordinaire chez une femme ordinaire quand nous n’avons à nous deux rien d’ordinaire

bien sûr vous savez cela (je veux dire que vous et moi nous deux ensemble n’avons rien d’ordinaire)"

Ce que j'en pense :

Une pièce en trois parties. C'est assez particulier, insolite, et même un peu "bavard" au début. Et, au final, c'est une belle réflexion sur l'altérité et sur la création artistique.

L'autre

L'autre

 

 

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L'enfer de Church Street

Publié le par GéHa

L'enfer de Church Street

"L'enfer de Church Street" de Jake Hinkson - Gallmeister

traduit de l'américain par Sophie Aslanides

Présentation de l'éditeur :

Geoffrey Webb est en train de se faire braquer sur un parking. Et cette situation lui convient bien, il en redemanderait même. À son agresseur, il propose un marché : empocher les trois mille dollars qui se trouvent dans son portefeuille, le dépouiller de tout s'il le faut, en échange de cinq heures de voiture jusqu'à Little Rock, en Arkansas. Webb a besoin de se confesser. Ce braquage et ce pistolet pointé sur lui, il les mérite. Et il est prêt à expliquer pourquoi.

Première page :

"JE travaillais depuis trois semaines dans une usine de plastiques dans le Mississippi lorsque le contremaître – un bouseux à la dentition en décapsuleur du nom de Cyrus Broadway – commit l’erreur de me traiter de connard feignant. Alors bon, je suis peut-être feignant, mais je suis aussi méchant comme une teigne. J’ai fréquenté des prisons et des cellules de dégrisement partout dans ce pays, depuis les cachots poussiéreux à la frontière du désert Mojave jusqu’aux cabanes humides sur une île au large de la côte du Maine. Et personne ne peut m’insulter impunément, même si, pour ce gars-là, ce n’est qu’une plaisanterie. Le temps qu’on me sépare de Cyrus Broadway, je lui avais tellement écrasé la gueule qu’elle n’était plus que de la chair à saucisse. Ses grandes dents de cheval étaient dispersées sur le sol de l’atelier, à côté de lui.

Je ne me suis pas donné la peine d’attendre les flics du Mississippi pour leur raconter. Je suis parti le soir même. J’ai traversé la Louisiane en catimini, je me suis infiltré au Texas, et j’ai fini par me retrouver à traîner autour d’une station Texaco à la sortie de Sallisaw, dans l’Oklahoma. J’essayais de me faire discret, mais après deux jours sans manger, je décidai de chercher quelqu’un à braquer. Je repérai deux femmes, mais braquer des femmes, ça rapporte souvent plus d’ennuis que de fric. Les flics réagissent plus vite quand la victime est une femme …"

Ce que j'en pense :

C'est un bon roman noir avec beaucoup d'ironie sur la religion et l'hypocrisie. L'auteur nous plonge dans l'horreur sans jugement moral, avec une écriture presque plate, sans exagération. En lisant le début  on s'attend à quelque chose d'encore un peu plus fort. Même si on éprouve une toute petite déception en refermant le livre je considère que ce roman, plutôt grinçant, est vraiment plaisant.

L'enfer de Church Street

L'enfer de Church StreetL'enfer de Church Street

 

 

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Jacob, Jacob

Publié le par GéHa

Jacob, Jacob

"jacob, Jacob" de Valérie Zenatti - Editions de l'Olivier

Présentation del'éditeur :

«Le goût du citron glacé envahit le palais de Jacob, affole la mémoire nichée dans ses papilles, il s'interroge encore, comment les autres font-ils pour dormir. Lui n'y arrive pas, malgré l'entraînement qui fait exploser sa poitrine trop pleine d'un air brûlant qu'elle ne parvient pas à réguler, déchire ses muscles raides, rétifs à la perspective de se tendre encore et se tendant quand même.»
Jacob, un jeune Juif de Constantine, est enrôlé en juin 1944 pour libérer la France. De sa guerre, les siens ignorent tout. Ces gens très modestes, pauvres et frustes, attendent avec impatience le retour de celui qui est leur fierté, un valeureux. Ils ignorent aussi que l'accélération de l'Histoire ne va pas tarder à entraîner leur propre déracinement.

L'écriture lumineuse de Valérie Zenatti, sa vitalité, son empathie pour ses personnages, donnent à ce roman une densité et une force particulières.

Première page :

"Un désir confus et violent l'a mené là, au sommet de la montagne rocheuse, dans la poussière maculée de fientes d'oiseaux, parmi les cèdres et les cyprès noirs qui accrochent le regard, le retiennent une poignée de secondes avant de le libérer vers la plaine écrasée de soleil. À cette distance, les cascades paraissent immobiles, voiles mousseux peints dans l'unique but de souligner les saignées qui courent le long des gorges. En surplomb, les falaises accueillent dans leurs flancs des massifs de figues de Barbarie, puis s'élèvent dans une nudité totale : la roche a été brusquement coupée ici par une lame mystérieuse et s'étage en tranches brunes. Encore un mouvement du visage, et ses yeux distinguent le pont. Trait d'union solide suspendu entre deux pylônes de pierre blanche, il confère à la ville son caractère de forteresse, la reliant à l'hôpital et, un peu plus loin, à la gare, au monument aux morts et au cimetière.
Jacob jette un coup d'oeil à la montre reçue pour ses treize ans. Portée au poignet, elle lui donne une allure plus dégagée que les montres de gousset de ses aînés imposant la lenteur, un arrêt pour être sorties de la poche, alors que lui peut consulter la sienne d'un bref regard. Six ans que les aiguilles marquent le temps pour lui, la trotteuse est agaçante et fascinante,…"

Ce que j'en pense :

Livre hommage de l'auteure à un oncle. À partir de souvenirs familiaux Valérie Zenatti a écrit un roman plein de tendresse et d'émotion. Beaucoup de thèmes sont abordés (trop ?) : la guerre, l'amour maternel, la société algérienne avant et après la guerre 39/45, l'exil, les relations homme/femme à l'intérieur de la cellule familiale, la différence de langue , de culture, de religion…

Jacob, Jacob

Jacob, JacobJacob, Jacob

 

 

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Le phare, voyage immobile

Publié le par GéHa

Le phare, voyage immobile

"Le phare, voyage immobile" de Paolo Rumiz - Hoëbeke

traduit de l'italien par Béatrice Vierne

Présentation del'éditeur :

Paolo Rumiz n'en est pas à son premier voyage, lui qui a longé les sept mille kilomètres des frontières de l'Europe, de l'Arctique à la mer Noire, traversé les Balkans, franchi les montagnes à la recherche d'Hannibal, descendu le cours du Pô... Et pourtant il s'apprête en ce printemps 2014 à vivre le plus étonnant d'entre eux. Son premier voyage immobile. Isolé dans un phare perché sur un rocher au milieu de la Méditerranée, avec pour seuls compagnons les gardiens. Et soudain le sentiment d'être Libéré, sans agenda, sans horaires, sans aucune connexion avec le monde, enfin loin de tout mais curieusement peut-être aussi au centre de tout. Un nouvel univers où plus rien ne ressemble à rien, où même les étoiles ne semblent pas être à leur place. Se consacrant à l'exploration de son minuscule environnement, un kilomètre de long sur deux cents mètres de large, il nous raconte la nature, le cri des oiseaux, le silence des poissons, nous décrit le bâtiment où il loge, la lanterne du phare. Il nous parle tempêtes, orages, vents et nous fait partager le quotidien des gardiens, ceux d'aujourd'hui mais aussi ceux de jadis.

C'est avec une indéniable volupté que ceux qui rêvent d'île déserte et de vie d'ermite se laisseront entraîner dans ce voyage immobile tout en délicatesse, empathie et érudition. Un récit prenant, inoubliable et aussi un fabuleux livre de mer.

Première page :

"C'était ce qu'on appelle une nuit pourrie. Je gravissais le sentier à pic au-dessus de la mer, luttant contre les rafales, et dans l'obscurité il fallait poser les pieds avec circonspection. L'orage arrivait de l'ouest, la foudre mitraillait un promontoire éloigne aux faux airs de tortue. J'avais débarqué in extremis: avec ce temps de chien, allez donc savoir quand l'endroit serait de nouveau accessible. J'étais seul, je ne connaîtrais pas la route du phare et l'île était déserte, A des milles à la ronde, le teste de l'archipel était englouti dans le noir et la bruine. Pas une lumière en vue, rien.

Je ne me rappelle pas en quelle langue je criai - «Je suis là, je monte, quelqu'un pourrait-il venir à ma rencontre?» - mais seul le tonnerre des brisants me répondit. Des gardiens du phare, je ne vis pas l'ombre. Il se mit à pleuvoir …"

Ce que j'en pense :

L'auteur sait nous faire partager ce "voyage immobile", cette intimité avec les éléments. C'est une belle méditation sur notre monde moderne. Évidemment, on pense à "Ar men" de Jean Pierre Abraham mais ce "voyage immobile" de Paolo Rumiz a moins de force, sans doute parce que l'auteur n'y a passé que trois semaines. On pense également à Lampedusa qui est très proche de l'ile de Lampione où se situe le phare de ce livre.

Le phare, voyage immobile

Le phare, voyage immobileLe phare, voyage immobile

 

 

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