Il suffit de traverser la rue
"Il suffit de traverser la rue" de Eric Faye - Seuil
Présentation de l'éditeur :
Années 2010, un journaliste vit de l’intérieur les convulsions de l’entreprise de presse pour laquelle il travaille depuis un certain temps : rachat, brutalité managériale, obsession du profit envers et contre tout... À l’occasion d’un plan de départs volontaires, il prend ses cliques et ses claques en saisissant au vol une opportunité de reconversion professionnelle. Mais, dans les méandres des organismes de formation qui sont un business à part entière, rien ne va se passer comme prévu, sous le regard de l’ex-homme d’information qui est aussi poète à ses heures perdues.
Au fil de ce roman, Eric Faye brosse le tableau d'une classe moyenne incapable de résister à l'offensive néo-libérale et de se mobiliser lorsqu'elle est attaquée.
Première page :
Souvent, dans les romans ou dans les films sur le monde du travail, des salariés à bout séquestrent leur patron dans son bureau. Ils alertent les médias. Ils badigeonnent les murs de slogans rouges ou noirs pour que les téléspectateurs se repaissent d'images fortes le soir, au journal télévisé. Ou bien, autre ressort dramatique, il arrive qu'un employé un peu plus à bout que les autres se défenestre sur son lieu de travail. La tension est à son comble. Manifestations, grands serments d'unité s'ensuivent. Soudés, les faibles l'emportent. Larme à l'oeil chez les lecteurs ou téléspectateurs car, depuis toujours, on aime voir David venir à bout de ce salaud de Goliath.
Chez MondoNews, dans le monde réel, personne ne s'est jamais jeté dans le vide : climatisation oblige, les fenêtres sont constamment verrouillées. Et puis, persiflent les plus acerbes, le vide, c'est MondoNews, impossible de s'y jeter puisque nous en faisons déjà partie. Nous baignons dedans. Quant au grand patron, il serait difficile de le prendre en otage.
Ce que j'en pense :
Le regard de l’auteur est très clairvoyant sur le monde de l’entreprise avec l’offensive néo-libérale souvent brutale. Il fait un bon portrait d’une classe moyenne incapable de résister à la marchandisation de l’information. Un humour parfois piquant mais souvent en retenue parcourt ce roman et ce n’est pas désagréable. J’ai malheureusement trouvé quelques longueurs à partir de la moitié du récit.

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