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La femme en vert

Publié le par GéHa

- Jeunesse

La femme en vert - Arnaldur Indridason
traduit de l'islandais par Eric Boury - Métailié (points)


Présentation de l'éditeur :

Dans un jardin sur les hauteurs de Reykjavik, un bébé mâchouille un objet étrange... Un os humain ! Enterré sur cette colline depuis un demi-siècle, le squelette mystérieux livre peu d'indices au commissaire Erlendur. L'enquête remonte jusqu'à la famille qui vivait là pendant la Seconde Guerre mondiale, mettant au jour les traces effacées par la neige, les cris étouffés sous la glace d'une Islande sombre et fantomatique...

Première page :

"Il remarqua qu'il s'agissait d'un os humain dès qu'il l'enleva des mains de l'enfant qui le mâchouillait, assis par terre.

La fête d'anniversaire venait juste d'atteindre son point culminant dans un bruit assourdissant. Le livreur était venu puis reparti, et les garçons s'étaient goinfrés de pizzas en avalant des boissons gazeuses et en se criant constamment les uns sur les autres. Ensuite, ils avaient quitté la table à toute vitesse comme si quelqu’un leur en avait donné le signal et s'étaient remis à courir de tous côtés, certains armés de mitraillettes, d'autres de revolvers, pendant que d'autres, plus jeunes, brandissaient des voitures ou des dinosaures en plastique. Il ne comprenait pas vraiment en quoi consistait le jeu. A ses yeux, toute cette agitation se résumait à un bruit à vous rendre fou.

La mère de l'enfant dont c'était l'anniversaire avait mis du pop-corn à éclater dans le four à micro-ondes. Elle avait annoncé qu'elle allait essayer de calmer les enfants en allumant la télévision et en mettant une vidéo dans le magnétoscope. Si cela ne suffisait pas, elle les expédierait tous dehors. C'était la troisième fois qu'elle fêtait les huit ans de son fils et elle avait les nerfs à fleur de peau. La troisième fête d'anniversaire à la suite ! ..."

Ce que j'en pense :

Une intrigue originale, intéressante, qui remue le passé en plongeant au coeur d'un foyer où sévit la violence. Il manque cependant une certaine fluidité dans l'écriture (sans doute un problème de traduction).

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L'ombre de ce que nous avons été

Publié le par GéHa

- Jeunesse

"L'ombre de ce que nous avons été " Luis Sepulveda
traduction Bertille Hausberg - Métaillé

Présentation de l'éditeur :

Dans un vieil entrepôt d'un quartier populaire de Santiago, trois sexagénaires attendent avec impatience l'arrivée d'un homme, le Spécialiste. Il a convoqué ces trois anciens militants de gauche, de retour d'exil trente-cinq ans après le coup d'Etat de Pinochet, pour participer à une action révolutionnaire. Un tourne-disque jeté par une fenêtre au cours d'une dispute conjugale va tout remettre en question, jusqu'au moment où ressurgit dans la mémoire des complices l'expression favorite du Spécialiste : "On tente le coup ?" L'auteur nous propose les portraits cocasses et attachants de trois héros cassés par l'Histoire récente et l'exil, mais qui n'ont perdu ni leur humour ni leur capacité de croire aux rêves. Ce roman est un exercice de virtuosité littéraire au service d'une histoire émouvante et sombre jouée par des perdants. Un roman écrit avec le coeur et l'estomac pour toucher et faire rire et penser.

Première page :

"Pour nous les vieux, il ne reste plus que Carlitos Santana, se dit le vétéran et il se souvint d'un autre vétéran qui, tout en lui servant du vin quarante ans plus tôt, avait eu la même idée, à une différence près, celle du nom.

- Pour nous les vieux, il ne reste plus que Carlkos Gardel, à la santé du Morocho", avait alors soupiré son grand-père en regardant avec nostalgie le vin couleur de rubis.

Et c'est tout, se rappela le vétéran. Le lendemain, le grand-père s'était fait sauter la cervelle avec un Smith & Wesson, calibre 38 spécial, un flingue qu'il avait gardé pendant des décennies toujours propre, bien graissé, avec les six projectiles dans le barillet et enve­loppé dans un morceau de feutre grenat résistant à l'humidité, aux mites et à l'oubli."

Ce que j'en pense :

De l'humour, du rythme dans ce livre. Sepulveda a échappé au piège de la nostalgie et de la mélancolie. Cependant il manque quelque chose à cette histoire. Les personnages n'ont sans doute pas assez d'épaisseur (sauf le policier).


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Espèces d'espaces

Publié le par GéHa

- Jeunesse

Georges Perec -Espèces d'espaces
Galilée

Présentation :

Ce livre de Georges Perec est un essai philosophique. Tout ce qui touche au monde de la vie quotidienne intéresse Perec.
A l'origine, l'espace, c'est le vide. Mais il suffit de tracer en noir le périmètre d'un carré blanc pour que le vide ne soit plus le même. Le fil d'un tracé dessine aussitôt un dedans et un autour.
Les espaces s'empilent à la manière de poupées russes. Espace premier : la page sur laquelle vient s'écrire le livre. Et dans cet espace d'écriture viennent s'emboîter, chapitre après chapitre, le lit, la chambre, l'appartement, l'immeuble, la rue, le quartier, la ville, la campagne, le pays, l'Europe, le monde, l'espace.

Extrait :

J’ai plusieurs fois essayé de penser à un appartement dans lequel il y aurait une pièce inutile, absolument et délibérément inutile. Ça n’aurait pas été un débarras, ça n’aurait pas été une chambre supplémentaire, ni un couloir, ni un cagibi, ou un recoin. Ç’aurait été un espace sans fonction. Ça n’aurait servi à rien, ça n’aurait renvoyé à rien.

Il m’a été impossible, en dépit de mes efforts, de suivre cette pensée, cette image, jusqu’au bout. Le langage lui-même, me semble-t-il, s’est avéré inapte à décrire ce rien, ce vide, comme si l’on ne pouvait parler que de ce qui est plein, utile, et fonctionnel.

Un espace sans fonction. Non pas "sans fonction précise", mais précisément sans fonction ; non pas pluri-fonctionnel (cela, tout le monde sait le faire), mais a-fonctionnel. Ça n’aurait évidemment pas été un espace uniquement destiné à "libérer" les autres (fourre-tout, placard, penderie, rangement, etc.) mais un espace, je le répète, qui n’aurait servi à rien.

Comment penser le rien ? Comment penser le rien sans automatiquement mettre quelque chose autour de ce rien, ce qui en fait un trou, dans lequel on va s’empresser de mettre quelque chose, une pratique, une fonction, un destin, un regard, un besoin, un manque, un surplus ?

Ce que j'en pense :

Livre très facile à lire (ce qui n'est pas le cas de tous les livres de Perec). Perec nous réapprend à voir l'ordinaire autour de nous, dans notre environnement, nos gestes...

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Le Grand Loin

Publié le par GéHa

- Jeunesse

Pascal Garnier - Le Grand Loin
Zulma

Présentation de l'éditeur :

Père placide et d’humeur conciliante, voilà Marc parti vers le sud avec sa fille Anne qu’il vient d’enlever à son hôpital psychiatrique pour le week-end. Mais la petite escapade tourne bientôt à la cavale. Anne ne veut plus rentrer, surtout pas à l’asile. Elle veut aller loin, très loin, le plus loin possible. Constellée d’incendies bizarres et semée de cadavres, la drôle d’équipée se transforme vite en un hallucinant road-movie.
Avec férocité, avec fragilité aussi, les personnages de Pascal Garnier s’accrochent à leurs rêves naïfs ou dérisoires, en éclopés de la solitude fuyant le réel pour davantage s’y perdre. Ange du mal déguisé en cordon bleu ou en tueur à gages flapi, ce sont décidément des gens comme vous et moi, des monstres candides en proie à leur plus chère folie.

Première page :

—Moi aussi, je connais Agen !

Les convives s'étaient figés en se tournant vers Marc, la fourchette en suspens. Il avait prononcé ces paroles d'une voix si forte que lui-même en avait été surpris. C'est que depuis le début de la soirée, il n'avait pas réussi à en placer une. Cependant, à part cette révélation incongrue à propos d'Agen (d'ailleurs un peu audacieuse puisqu'il n'avait séjourné dans cette ville que quelques heures une dizaine d'années plus tôt), il n'avait absolument rien à dire. Plusieurs fois, par politesse, pour faire preuve d'un minimum de convivialité, il avait tenté de s'immiscer dans des conversations, n'importe lesquelles, de faire un bon mot, mais on aurait dit que sa voix ne portait pas aux oreilles des autres. Eux non plus n'avaient rien à échanger que de profondes banalités, mais enfin, ils avaient l'air de s’entendre, ils se répondaient. ...

Ce que j'en pense :

Un très bon livre de Pascal Garnier. On se sent proche de ses personnages et de leur folie mais on redoute cette familiarité qui s'installe car on est bringueballé dans une dérive sans espoir et on sent bien que la chute sera brutale.

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Les éclaireurs

Publié le par GéHa

- Jeunesse

Les éclaireurs - Antoine Bello
Gallimard

Présentation de l'éditeur :

C'est l'histoire de Sliv, agent spécial du CFR (Consortium de Falsification du Réel), qui veut comprendre pour quoi et pour qui il travaille. C'est l'histoire d'une organisation secrète internationale, qui tente d'influer sur l'histoire des hommes, et dont l'existence est brutalement remise en cause un certain 11 septembre 2001. C'est l'histoire de Youssef, tiraillé entre sa foi et son amitié ; de Maga, jeune femme moderne que son mariage précipite dans une famille d'intégristes ; de Lena, dont la rivalité professionnelle avec Sliv cache peut-être des sentiments d'une autre nature. C'est l'histoire d'une grande nation, l'Amérique, qui trahit ses valeurs quand le monde a le plus besoin d'elle. C'est, d'une certaine façon, l'histoire du siècle qui vient.

Première page :

Comme chaque fois que je poussais la lourde porte vitrée du cabinet Baldur, Furusci & Thorberg, je méditai brièvement sur le tour qu'avait failli prendre ma vie dix ans plus tôt, ce jour où j'avais répondu à une annonce pour un poste de Chef de projet en études environnementales, Si Gunnar Eriksson, le directeur des Opérations du cabinet qui m'avait embauché, n'avait pas décelé en moi des dispositions pour un autre type d'activités, je serais probablement aujourd'hui en train d'Évaluer les risques de pollution fluviale que fait courir l'implantation d'une usine d'incinération dans la banlieue de Copenhague,

La réceptionniste, occupée à renseigner un livreur, me salua d'un sourire. Voyant en moi un consultant indépendant qui travaillait épisodiquement pour le cabinet, elle ne s'étonnait ni de mes absences prolongées ni de mes horaires erratiques. Cette couverture que nous avions mise en place avec Gunnar à ma sortie de l'Académie nous donnait entièrement satisfaction : elle répondait à la curiosité du fisc islandais et expliquait mes déplacements aux quatre coins du monde.

Ce que j'en pense :

Un peu décevant après toutes les critiques favorables des principaux médias. C'est un livre très bien documenté (trop ?); il y a beaucoup d'explications (autour du 11 septembre) mais l'imagination fait défaut.

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La route

Publié le par GéHa

- Jeunesse

La route - Cormac McCarthy
traduction François Hirsh - Points

Présentation de l'éditeur :

L'apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et son fils errent sur une route, poussant un Caddie rempli d'objets hétéroclites. Dans la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du Sud, la peur au ventre: des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l'humanité. Survivront-ils à leur voyage?
Né à Providence (Rhode Island) en 1933, Cormac McCarthy a passé sa jeunesse dans le Tennessee. Couronnée par de nombreux prix littéraires, dont le National Book Critics Circle Award et le National Book Award, son oeuvre est considérée aujourd'hui comme l'une des plus marquantes de la littérature américaine contemporaine.

Première page :

"Quand il se réveillait dans les bois dans l'obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l'enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d’avant. Comme l'assaut d'on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. À chaque précieuse respiration sa main se soulevait et retombait doucement. Il repoussa la bâche en plastique et se souleva dans les vêtements et les couvertures empuantis et regarda vers l’est en quête d'une lumière mais il n'y en avait pas. Dans le rêve dont il venait de s'éveiller il errait dans une caverne où l'enfant le guidait par la main. La lueur de leur lanterne miroitait sur les parois de calcite mouillées. Ils étaient là tous deux pareils aux vagabonds de la fable, engloutis et perdus dans les entrailles d'une bête de granit. De profondes cannelures de pierre où l'eau tombait goutte à goutte et chantait. Marquant dans le silence les minutes de la terre et ses heures et ses jours et les années sans s'interrompre jamais. Jusqu'à ce qu'ils arrivent dans une vaste salle de pierre où il y avait un lac noir et antique...."

Ce que j'en pense :

C'est un livre fort, très sombre, avec le style habituel chez McCarthy (les "et" à répétitions) qui nous parle de transmettre l'essentiel lorsqu'il ne reste que ruines et cendres : la lumière et le verbe.

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L'auberge de nulle part

Publié le par GéHa

- Jeunesse

L'auberge de nulle part de Roberto Innocenti et J. Patrick Lewis
traductrice Anne Krief - Gallimard jeunesse

Présentation :

Comme je paressais, par un morne après-midi , mon imagination,, manifestement froissée d’être aussi peu sollicitée, me faussa soudain compagnie. Je venais de perdre ce que le poète Wordsworth appelait son « œil intérieur ».
Mais avais-je réellement perdu l’imagination, ou l’avais-je simplement égarée en la laissant vaguer à sa guise dans le monde ordinaire, le monde normal ?
Qu’allais-je devenir, moi qui était un artiste ?
Comment pourrais-je continuer à travailler, à peindre, à vivre ?
J’essayai bien de me raccrocher à quelques bribes de souvenirs, mais elles étaient loin de me suffire.
S’il est vrai que les souvenirs sont de vieilles dentelles, eh bien, mon ami, l’imagination est une paire de chaussures neuves. Et, quand on a perdu ses chaussures neuves, il ne reste plus qu’à se lancer à leur recherche.

Extrait :

"Je rangeai mes pinceaux et mes chevalets, fis mon sac, fermai à double tour la porte de ma petite maison et advienne que pourra ! C'était assez incompréhensible, mais ma petite 4L rouge semblait savoir où elle allait : je roulais sur une route embouteillée en direction de jen'saisquelleville, quand la voiture s'engagea brusquement sur un chemin de terre, aussi long et désolé qu'un jour sans pain..."

- Jeunesse

Ce que j'en pense :

Un très bel album aux superbes illustrations. Hymne à l'imagination et bel hommage à tous les créateurs de Cervantès à Saint Exupéry en passant par Melville ou Andersen.

 

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Seul le silence

Publié le par GéHa

- Jeunesse

Seul le silence - R. J. Ellory
traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau
Sonatine éditions

Présentation de l'éditeur :

Joseph a douze ans lorsqu'il découvre dans son village de Géorgie le corps d'une fillette assassinée. Une des premières victimes d'une longue série de crimes. Des années plus tard, alors que l'affaire semble enfin élucidée, Joseph s'installe à New York. Mais, de nouveau, les meurtres d'enfants se multiplient... Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante. Avec ce récit crépusculaire à la noirceur absolue, R. J. Ellory évoque autant William Styron que Truman Capote, par la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu'il met en jeu.

Première page :

"Coups de feu, comme des os se cassant.

New York : sa Clameur infinie, ies ryihmes métal­lique? âpres ei le martèfement des pas, staccato inces­sant; ses métros et cireurs de chaussures, carrefours embouteillés et Iaxis jaunes ; ses querelles d'amoureux ; son histoire, sa passion, sa promesse et ses prières.

New York avala Je bruit des coups de feu sans effort, comme s'il n'avait pas plus d'importance qu'un simple battement du cœur solitaire.

Personnenc l'entendit parmi une telle abondance de vie.

Peut-être à csuse de tous les autres bruits.

Peut-être parce que personne n'ecoulaû.

Même Ja poussière, prise dans le clair de furie filtrant par Ja fenêtre du deuxième tfiagc de J'IiôteJ, soudain déplacée sous Peftel des coup^ de feu, reprit son che­min errant mais régulier,

Rien ne s^ctait produit, car c'était New Yorfc. et de telles morts solitaires et insoupçonnées étaient légion, presque indigènes, brièvement remémorées, oubliées sans effort»

La ville continuait de vaquer à ses occupations. Un nouveau jour comme nceraû bientôt, et rien d'aussi insi­gnifiant que la mort ne possédait le pouvoir de les dif­férer.

C'était juste une vie, après tout: ni plus, ni moins."

Ce que j'en pense :

Ce livre n'a eu que des critiques très élogieuses. Pour moi il est plutôt décevant. Il arrive trop de choses au héros de cette histoire qui perd en crédibilité. C'est un livre trop long. En épuisant son sujet l'auteur m'a épuisé en tant que lecteur.

 

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Mille crétins

Publié le par GéHa

- Jeunesse

Mille crétins - Quim Monzo
traduit du catalan par Edmond Raillard
Editions Jacqueline Chambon

Présentation de l'éditeur :

Quim Monzó dit que Mille crétins est son livre le plus gai. Et il est vrai qu'il faut un sacré sens de l'humour pour traiter de sujets aussi joyeusement réconfortants que la douleur, la vieillesse, la mort, le désamour ou les querelles mesquines. En lisant ses nouvelles nous rions, mais nous rions de nous-mêmes, du bonheur d'être lucides.

Première page :

"Le fils de M. Beneset arrive à la maison de retraite et salue la jeune fille de la réception, une fille aimable et sensée. De fait, lorsqu'il cherchait une résidence qui pourrait recevoir M. Beneset, c'est elle qui a fait pencher la balance et l'a poussé à choisir celle-ci plutôt qu'une autre, qui lui plaisait aussi, au Putxet. La jeune fille et le fils de M. Beneset parlent de choses et d'autres. De la vie en général, de la Semaine sainte qui approche, de la rue qu'on vient de goudronner et de l'état de santé de M. Beneset. Quand il lui semble qu'ils ont suffisamment parlé, le fils dit : "Enfin..." et sourit comme pour dire : "Cette conversation est très intéressante mais il faut que je te laisse et que je monte dans la chambre." La fille, qui dans le fond en a assez d'échanger chaque fois les mêmes lieux communs avec les parents ou les amis de tous les pensionnaires, fait une tête pour dire : "Ben oui, moi aussi je regrette, mais je comprends qu'il y a des choses plus importantes, par exemple d'aller voir son père." Si bien que le fils de M. Beneset s'éloigne du comptoir et se dirige vers la cour. ..."

Ce que j'en pense :

Des nouvelles à l'humour plutôt caustique, avec une grande originalité. Tous les textes n'ont pas la même force (ce qui est souvent le cas dans les livres de nouvelles)

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Des hommes

Publié le par GéHa

- Jeunesse

Des hommes - Laurent Mauvignier
Editions de minuit

Présentation de l'éditeur :

Ils ont été appelés en Algérie au moment des « événements », en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d'autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies.
Mais parfois il suffit de presque rien, d"une journée d’anniversaire en hiver, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

Première page :

"Il était plus d’une heure moins le quart de l’après-midi, et il a été surpris que tous les regards ne lui tombent pas dessus, qu’on ne montre pas d’étonnement parce que lui aussi avait fait des efforts, qu’il portait une veste et un pantalon assortis, une chemise blanche et l’une de ces cravates en Skaï comme il s’en faisait il y a vingt ans et qu’on trouve encore dans les solderies.

Aujourd’hui, on dira qu’il ne sentait pas trop mauvais. On n’ironisera pas sur le fait qu’il viendra manger à l’œil et que pour une fois il n’aura pas à faire semblant d’arriver à l’improviste. On l’appellera Feu-de-Bois comme depuis des années, et certains se souviendront qu’il a un vrai prénom sous la crasse et l’odeur de vin, sous la négligence de ses soixante-trois ans.

On se souviendra que derrière Feu-de-Bois on pourrait retrouver Bernard. On entendra sa sœur l’appeler par son prénom, Bernard. On se rappellera qu’il n’a pas toujours été ce type qui vit aux crochets des autres. On l’observera en douce, pour ne pas éveiller sa méfiance. On le verra avec toujours les mêmes cheveux jaunes et gris à cause du tabac et de ce charbon de bois, les mêmes moustaches épaisses et sales."

Ce que j'en pense :

Une écriture complètement différente de son précédent roman (Dans la foule) mais qui rend parfaitement le mal-être de ces anciens d'Algérie 40 ans après les "évènements". Un très grand roman.

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