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La dernière nuit blanche

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"La dernière nuit blanche" de Alessandro Perissinotto
traduction Patrick Vighetti - Gallimard

Présentation de l'éditeur :

Cela fait maintenant un an qu'Anna Pavesi a tout plaqué à Turin - son travail de psychologue et son mari - pour refaire sa vie à Bergame et travailler comme détective privée spécialisée dans la recherche de personnes disparues. Mais l'on n'échappe pas si facilement à son passé... Alors que les festivités des XXes Jeux olympiques d'hiver battent leur plein à Turin, Anna reçoit un appel à l'aide de Piera, une ancienne amie et collègue avec qui elle menait un travail de prévention auprès des jeunes toxicomanes turinois. Cette dernière lui apprend qu'une éducatrice appréciée des drogués locaux a disparu depuis plusieurs jours. A l'association d'aide aux toxicomanes on commence à s'inquiéter sérieusement, d'autant que la police semble plus intéressée à faire régner l'ordre olympique qu'à retrouver la jeune fille. Par amitié, Anna accepte de revenir dans cette ville pleine de souvenirs, bons et mauvais. À ses risques et périls...

Première page :

"Samedi 25 février 2006

Impossible de me l'ôter de la tête, de m'en défaire une bonne fois pour toutes : l'image de ce baigneur pendu revient tel un sombre présage. Et avec elle, cette sensation de froid et de mort. Comme si la lame du couteau était là, sur ma gorge, la main gauche du copain de Jennifer, la main libre, encore sur mon sein, le serrant, le broyant pour me maintenir immobile; sa poitrine et son bas-ventre pressé contre mon dos. À chacun de mes pas retentissant sur le trottoir désert, cette sensation remonte, comme si la réalité revenait toujours au point de départ, et que le temps était cyclique. Un souvenir pareil ne s'efface pas de sitôt, et même, une psychologue devrait le savoir, il ne s'efface jamais.

Impossible de ne pas me sentir suivie. C'est peut-être le cas. Peu importe. Bientôt surgira, je le sais, la foule immense de la grande fête, de la dernière nuit blanche. Je m'y plongerai et mènerai ma traque jusqu'au bout: la vérité est proche. Une vérité bien différente de celle que j'avais imaginée à la suite du coup de fil de Piera, il y a un peu plus d'une semaine."

Ce que j'en pense :

Intrigue et personnage principal intéressants mais il manque quelque chose à ce livre pour qu'il soit captivant. On ne pénètre pas vraiment dans l'univers de ce roman. Turin est sillonnée de long en large mais les images de la ville ne parviennent pas précisément au lecteur.

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Piqués des vers

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"piqués des vers ! 300 coups de coeur poétiques"
Colette Nys-Mazure, Christians Libens 
éditions "Renaissance du livre"

Présentation de l'éditeur :

Pour le 300e titre de la collection Espace Nord, le comité éditorial, sous la direction de Colette Nys-Mazure et Christian Libens, vous propose une anthologie de la poésie belge.
De Verhaeren à Verheggen, un bouquet de 300 coups de coeur, parmi lesquels vous retrouverez de grands noms, des redécouvertes et de délicieuses surprises.

Extraits :

Inertie de la masse

 Plus elle ouvre les yeux

Et moins elle y voit.

L'hiver a dévoré l'été

Et chaque objet nommé

A perdu un contour.

À tâtons on cherche

Une chandelle.

Ne brûlent que nos nerfs effrayés.

En chute libre dans l'infini.

Kathleen Lor (1983)

 

Il montera sur elle

Ils s'emboutiront l'un dans l'autre

Ils mêleront leurs broussailles

Ils feront les mouvements appropriés

Ils râleront des incohérences

Ils auront quelques soubresauts

Un long cri de soulagement

Ils seront tout mouillés

Ils se sépareront en s'essuyant le mieux possible

Ils recommenceront le plus tôt qu'ils pourront

C'est pour ça qu'ils vinrent au monde

Louis Scutenaire (1905)

Ce que j'en pense :

Très beau "panorama" (qui se revendique incomplet) de la poésie belge. Il y a de tout : des vieux, des jeunes, des vivants, des morts. Il y en a pour tous les goûts : pour rire ou pour pleurer, pour chanter ou réfléchir... Ne pas hésiter à puiser au hasard une fois (ou plus) par jour.

   

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Mon vieux et moi

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"Mon vieux et moi" - Pierre Gagnon
Editions Autrement

Présentation de l'éditeur :

Le livre : "Léo est devenu vieux. Les vieux oublient, s'étouffent, font répéter, voient trouble, tombent, n'en veulent plus, en veulent encore, ne dorment plus la nuit, dorment trop le jour, font des miettes, oublient de prendre leurs médicaments, nous engueulent tant qu'on serait tenté de les engueuler à notre tour, pètent sans le savoir, répondent quand on n'a rien demandé, demandent sans attendre de réponse, échappent puis répandent, ont mal, rient de moins en moins, gênent le passage, s'emmerdent, souhaitent mourir et n'y parviennent pas..." À la retraite, le narrateur décide d'adopter Léo, 99 ans, que rien ne prédestinait à venir s'installer chez lui. C'est le début d'une grande aventure, faire de tour petits riens. De silences qui veulent dire beaucoup, de tendresse, de rires pour conjurer le déclin... Mon vieux et moi, est-ce que ça peut durer toujours, comme dans les romans d'amour ?

L'auteur : Pierre Gagnon est né en 1957 à Arthabaska. Il vit à Québec depuis 1960. D'abord musicien, il publie en 2005 5-FU (éditions L'Instant mème), qui s'élève en haut du palmarès des meilleures ventes au Québec. Mon vieux et moi est son quatrième livre.

Première page :

"Je viens d'adopter...
Pensionné, je vivais seul, sans enfant ni parent. J'ai des amis, bien sûr, que je vois à l'occasion. Cela me suffit. Taciturne ? Pas du tout. Faut entendre les anciens collègues : «Toujours le pre
mier à organiser les fêtes au bureau, une vraie dynamo.» Ou encore : «Un coeur grand comme ça !» Bref, le candidat tout désigné pour le parrainage.

Je ne ressens pas le besoin de posséder un bateau ou une maison à la campagne. Quant à faire le tour du monde... Je partage l'opinion de cet auteur de génie qui a écrit : «Le voyage, ce petit vertige pour couillons.»
Un bonheur paisible, ici, chez moi, avec celui que j'aimerai comme mon enfant, sans avoir à l'éduquer. La voilà, ma retraite !
Il s'appelle Léo, il a quatre-vingt-dix-neuf ans. Je l'ai connu au centre d'hébergement où je visitais ma tante, les dimanches gris. Léo attendait. Il avait bon caractère. Je le sais pour l'avoir mis à l'épreuve plus d'une fois : je lui chipais ses Whippet... Il ne disait rien. Je les lui rendais et aussitôt, il m'en offrait un.
Ma tante décéda et je me mis immédiatement à m'ennuyer... de Léo..."

Ce que j'en pense :

Très court roman (trop court?) où les thèmes liés à l'accompagnement de la vieillesse (et de la maladie d'Alzeimer) sont juste effleurés avec beaucoup de simplicité, de pudeur et d'émotion.

  
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L'oiseau canadèche

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"L'oiseau canadèche" - Jim Dodge
Traduction Jean Pierre Carasso - éditions Cambourakis

Présentation de l'éditeur :

Le livre : Orphelin, Titou est recueilli par son grand-père, solitaire et excentrique, porté sur le jeu et la bouteille, réfractaire à toutes les contraintes sociales, travail et impôts en premier lieu. Malgré quelques divergences de caractère - Titou a la passion des clôtures, Pépé Jake les déteste - le duo fonctionne bien, et mieux encore du jour où déboule Canadèche, canard boulimique hautement sympathique, qui devient leur inséparable compagnon. Trésor de malice et de tendresse, "L'Oiseau Canadèche" est un délicieux conte naturaliste moderne, brillant comme un coeur de canard.

L'auteur : Né en 1945, Jim Dodge est une figure atypique de la littérature américaine, à la fibre résolument écologiste et libertaire. Auteur de seulement quatre livres (dont "Stone Junction", publié en 2008 dans la collection Lot 49), l'homme a pris le temps de vivre, exercé divers métiers - bûcheron, berger, joueur professionnel... Il appartient à sa manière à la communauté des poètes du Grand Ouest américain : on pense à Richard Brautigan et son Général sudiste de Big Sur pour les divagations pacifiques, au James Crumley de "La Danse de l'Ours" pour mille raisons, au Denis Johnson de "Déjà mort" pour les vies d'aventure remontées au petit bonheur, à Will Oldham de "Palace Music" pour le trémolo dans la voix, à Sherman Alexie pour l'eau de feu, les visions... à tous ces tendres déconneurs qui dans les effluves matinaux de café remettent leur casquette, leur épaisse chemise à carreaux, et remontent dans le pick-up intersidéral de leurs vies cabossées.

Première page :

Elle avait dix-sept ans ; elle s'appelait Gabrielle Santee; elle était enceinte de trois mois quand elle se maria avec Johnny Makhurst, dit le Super­sonique. Lui, il était pilote d'essai chez Boeing et venait de faire un héritage ; il lui était échu la modeste fortune d'un quincaillier de l'Etat de d'Ohio.

Le mariage eut lieu sur le terrain d'aviation de Maffit, dans un hangar festonné de papier cré­pon : la cérémonie se déroula en présence d'une vingtaine de bons potes de Johnny le Super­sonique, tous ronds comme des queues de pelle. Les jeunes mariés prononcèrent le « oui » fatidique debout sur l'aile d'un chasseur à réaction de type X-77. Cette aile, très précisément, se détacha de l'avion à treize cents kilomètres-heure au-dessus du désert de Mojave, deux mois avant l'accouchement de Gabrielle. Johnny était aux commandes...

Ce que j'en pense :

Livre assez court, intense, limpide, loufoque, métaphysique, poétique... qui raconte de façon elliptique la vie d'un ménage à trois : le grand-père, son petit fils et un canard (et un sanglier, et du whisky, et des clôtures... et... )

   

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Le cantique de l'apocalypse joyeuse

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"Le cantique de l'apocalypse joyeuse" - Arto Paasilinna
traduit par Anne Colin du Terrail - Folio

Présentation de l'éditeur :

Terre, XXI siècle. Partout le chaos. Alors que l'économie s'effondre, des hordes de miséreux sillonnent les continents. La Troisième Guerre mondiale est sur le point d'éclater... Pourtant, dans la forêt finlandaise, un havre de paix demeure. Là où, des années plus tôt, sur son lit de mort, un vieux communiste a chargé son petit-fils de construire une église en bois. Autour d'elle, une communauté de Finlandais délirants s'est peu à peu formée : ensemble ils revisitent les techniques de subsistance de leurs ancêtres, loin d'un monde en déconfiture. Avec un humour ravageur, Arto Paasilinna plaide pour une vie plus proche de la nature, sans les diktats de la société de consommation.

Première page :

Le grand brûleur d'églises Asser Toropainen se préparait à mourir. C'était la quinzaine de Pâques, la veille du Vendredi saint.

Asser venait de fêter ses quatre-vingt-neuf ans. Il semblait à présent qu'il ne parviendrait pas vivant au terme de sa quatre-vingt-dixième année. Mais c'est ainsi, la mort finit par faucher même les plus solides.

Le vieillard était alité dans sa grande salle de ferme en bois gris, dans le hameau de Kalmon-màki, au cœur des forêts du sud du Kainuu. Une antique horloge à poids tictaquait dans son coffre en bouleau flammé, égrenant les derniers instants de son propriétaire. Les femmes de la famille, deux sœurs âgées et une nièce, ne marchaient plus qu'en chaussettes, sur la pointe des pieds. La semaine précédente, le médecin du centre de santé de Sotkamo était passé prendre la tension du malade. L'appareil de mesure avait explosé. C'était mauvais signe.

Ce que j'en pense :

Ce n'est pas le meilleur livre de Paasilinna même s'il reste parfois le mordant, la loufoquerie et l'humour (presque) rabelaisien de l'auteur du "Meunier hurlant" ou de "La forêt des renards pendus".

 

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L'éternité est inutile

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"L'éternité est inutile" - Pierre Autin-Grenier
L'arpenteur

Présentation de l'éditeur :

" Au cours de la longue évolution de l'espèce ayant abouti à l'humain, souvent j'en suis venu à me mordre les doigts de n'avoir su rester, en ce qui me concerne, à scolopendre ou coccinelle, modestement m'être arrêté à margouillat paressant au soleil du côté de Sokoto m'eût certainement suffi et sans doute autrement comblé que déboucher brutalement et sans préparation aucune sur la condition d'homme pour laquelle je n'ai jamais montré une très grande aptitude ni même le minimum des qualités requises, ce qui m'a longtemps laissé assez désorienté et, aujourd'hui encore, bien que cette drôle d'expérience approche pour moi le bout de l'impasse, j'en suis toujours à m'interroger sur la réelle nécessité qu'il y avait à me dresser sur mes deux pattes de derrière et aller de la sorte des années durant parmi mes congénères plutôt que demeurer tranquillement à croupetons au milieu des crapauds du bocage. "

Extrait :

"J'ai bu le coup de l'étrier dans un troquet de derrière la place Bellecour, j'ai regardé une dernière fois briller la petite lumière paille du maçon à travers le verre craquelé de la topette sur le marbre du guéridon, j'ai fait rouler trois francs six sous au bout du zinc et, il a bien fallu s'y résigner, j'ai levé l'ancre pour reprendre la route cap plein sud. Quand même je me suis offert le détour par les Halles, histoire d'attraper un saucisson en brioche chez Colette Sibilia ; cinq, six quenelles de brochet, un pot de sauce Nantua. Je n'allais pas rentrer bredouille d'une si longue bordée et me retrouver, au hasard de la fourchette, avec seulement des navets du Vaucluse dans mon assiette ou des rutabagas à faire sauter et la baraque avec..."

Ce que j'en pense :

 Dernier tome de "Une histoire", sans doute le moins intéressant. Quelques récits (trop rares) gardent la saveur des précédents livres mais dans l'ensemble la lecture n'en est pas agréable : phrases longues et difficiles à comprendre à la première lecture.

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L'homme inquiet

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"L'homme inquiet" de Henning Mankell
traduction Anna Gibson - Seuil

Présentation de l'éditeur :

Grand-père d’une petite Klara, Wallander a réalisé ses rêves : vivre à la campagne avec son chien.

Après avoir évoqué avec le commissaire la guerre froide et une affaire de sous-marins russes dans les eaux territoriales suédoises, le beau-père de sa fille Linda, ancien officier de marine, disparaît, puis c’est le tour de la belle-mère. Soupçons d’espionnage. Au profit de la Russie ? Des États-Unis ? Parallèlement à la police de Stockholm et aux services secrets, Wallander mène sa dernière enquête. C’est alors qu’il amorce sa propre plongée en profondeur : les années écoulées et les femmes de sa vie défilent. Et la petite Klara devient son ultime balise.

Au-delà de l’intrigue, la force et la beauté du roman résident dans le portrait riche et bouleversant de celui qui se dévoile ici sous la plume de son créateur, Henning Mankell.

Extrait :

L'année de ses cinquante-cinq ans, Kurt Wallander réalisa à sa propre surprise un rêve qu'il portait en lui depuis une éternité. Plus exactement depuis son divorce d'avec Mona, qui remontait à près de quinze ans maintenant. Ce rêve était de quitter l'appartement de Mariagatan, où les souvenirs douloureux étaient incrustés dans les murs, et de partir s'installer à la campagne. Chaque fois qu'il rentrait chez lui après une journée de travail plus ou moins désespérante, il se rappelait qu'il avait autrefois vécu là en famille. Il lui semblait que les meubles eux-mêmes le regardaient avec un air désolé et accusateur.  

Il ne se faisait pas à l'idée qu'il continuerait à vivre là jusqu'au jour où il serait tellement vieux qu'il ne pourrait plus se débrouiller seul. Il n'avait même pas atteint la soixantaine, mais le souvenir de la vieillesse solitaire de son père le hantait. S'il avait une certitude, c'était qu'il ne voulait pas reproduire le modèle. Il lui suffisait d'apercevoir son reflet dans la glace en se rasant le matin pour constater qu'il ressemblait de plus en plus au vieux alors que, dans sa jeunesse, il avait eu plutôt les traits de sa mère. L'âge venant, son père paraissait peu à peu prendre possession de lui, tel un coureur qui serait resté longtemps embusqué dans le peloton de queue et qui, à l'approche de la ligne d'arrivée, passait à l'attaque.

Ce que j'en pense :

Avec ce dernier livre de la série des enquêtes de Wallander, le policier s'efface derrière l'homme. L'intrigue devient presque secondaire (il reste d'ailleurs beaucoup de points non éclaircis dans l'enquête) et on suit avec beaucoup d'empathie cet "homme inquiet" devant la vieillesse et la maladie.

  

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On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux"
Robert Bober - P.O.L.

Présentation de l'éditeur :

C'est le mercredi 24 janvier 1962 que Jules et Jim, dans lequel Bernard Appelbaum avait fait de la figuration, sortit sur les écrans, et c'est le vendredi soir qu'avec sa mère, il est allé le voir au cinéma Vendôme, avenue de l'Opéra. Après la séance, malgré le froid, sa mère lui donnant le bras, ils sont rentrés à pied jusqu'à leur domicile, au 7 de la rue Oberkampf, tout près du Cirque d'Hiver. "As-tu lu le livre d'où a été tiré le film?" Non, il ne l'avait pas lu."J'aimerais bien le lire", lui,a-t-elle dit, et ce fut le commencement de ce qu'il allait apprendre de ses parents. Cette histoire de Jules et Jim et Catherine - un pur amour à trois, avait dit François Truffaut - était comme l'écho de ce que sa mère avait vécu. Ainsi, il avait fallu un film pour que cette histoire - un peu de son histoire - lui parvienne enfin. "Si la vie est éphémère, disait Vladimir Jankélévitch, le fait d'avoir vécu une vie éphémère est un fait éternel."

Extrait :

Je suis né le 2 mai 1940. Ma mère aurait souhaité m’appeler Joseph, du nom de mon grand-père

maternel, Yossel Berish, mais c’était déjà la guerre et la sagesse avait incité mes parents à me prénommer Bernard.

Mon père a été arrêté en juillet 1942, quelques jours après la rafle du Vel’ d’Hiv dans des circonstances sur lesquelles je reviendrai. Il avait jusque-là été employé en qualité de coupeur de tiges dans une manufacture de chaussures de la rue Julien-Lacroix. J’ai encore chez moi un couteau à parer le cuir que ma mère a conservé et avec lequel je taille mes crayons.

En 1946, lors d’une soirée de bienfaisance organisée à l’Hôtel Intercontinental par l’Union des Sociétés Juives de France, ma mère retrouva un ami d’enfance, Leizer, originaire comme elle de Przytyk, rescapé d’Auschwitz, qui, après de longs mois d’errance en camps de personnes déplacées,  était finalement arrivé à Paris. Bon tailleur, il avait trouvé sans difficulté une place de mécanicien, chez un entrepreneur de vêtements pour dames dans la rue de Turenne, et curieusement, alors que ma mère empruntait cette rue tous les jours pour se rendre rue des Francs-Bourgeois, où elle était vendeuse dans une bijouterie-joaillerie spécialisée en bijoux anciens, ils ne s’étaient jamais rencontrés.

Un an après est né Alex, mon demi-frère. En 1949, Leizer, devenu mon beau-père, décida d’aller voir sa soeur, partie adolescente de Pologne pour New York, avec l’espoir de devenir danseuse de music-hall. L’avion dans lequel mon beau-père avait pris place s’écrasa du côté de l’archipel des Açores. Il n’y eut aucun survivant. Il y a de cela douze ans.

Ainsi, je ne me souvenais pas de mon père, mais je me souvenais du père de mon frère, qui, lui, ne s’en souvenait pas.

Ce que j'en pense :

Très belle balade dans le Paris de l'après guerre, riche en références cinématographique (Truffaut, Jules et Jim...). Récit qui mêle le réel et la fiction; un livre à la fois grave et léger.

   

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Indignez vous

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"Indignez-vous" de Stéphane Hessel
Indigène éditions

« 93 ans. La fin n’est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance ! » Quelle chance de pouvoir nous nourrir de l’expérience de ce grand résistant, réchappé des camps de Buchenwald et de Dora, co-rédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948, élevé à la dignité d’Ambassadeur de France et de Commandeur de la Légion d’honneur !
Pour Stéphane Hessel, le « motif de base de la Résistance, c’était l’indignation. » Certes, les raisons de s’indigner dans le monde complexe d’aujourd’hui peuvent paraître moins nettes qu’au temps du nazisme. Mais « cherchez et vous trouverez » : l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au “toujours plus”, à la compétition, la  dictature des marchés financiers et jusqu’aux acquis bradés de la Résistance – retraites, Sécurité sociale… Pour être efficace, il faut, comme hier, agir en réseau : Attac,  Amnesty, la Fédération internationale des Droits de l’homme… en sont la démonstration.Alors, on peut croire Stéphane Hessel, et lui emboîter le pas, lorsqu’il appelle à une« insurrection pacifique ».

 Sylvie Crossman


Faire comme pour "Matin brun", en acheter plusieurs exemplaires (3euros) et les distribuer autour de nous.

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Le jeu de l'ange

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"Le jeu de l'ange" de Carlos Ruiz Zafon
traduction François Maspero - Robert Laffont

Présentation de l'éditeur :

Barcelone, années 1920. David Martin, dix-sept ans, travaille au journal La Voz de la Industria. Son existence bascule un soir de crise au journal : il faut trouver de toute urgence un remplaçant au feuilletoniste dominical. Sur les conseils de Pedro Vidal, chroniqueur à ses heures, David est choisi. Son feuilleton rencontre un immense succès et, pour la première fois, David est payé pour ce qu'il aime le plus au monde : écrire. 
En plein succès, David accepte l offre de deux éditeurs peu scrupuleux : produire à un rythme effréné des feuilletons sous pseudonyme. Mais après quelques années, à bout de force, David va renoncer. Ses éditeurs lui accordent alors neuf mois pour écrire son propre roman. Celui-ci, boudé par la critique et sabordé par les éditeurs, est un échec. David est d'autant plus désespéré que la jeune fille dont il est amoureux depuis toujours - et à laquelle le livre est secrètement dédié - va épouser Pedro Vidal. 
Son ami libraire, Sempere, choisit ce moment pour l emmener au Cimetière des livres oubliés, où David dépose le sien. Puis arrive une offre extraordinaire : un éditeur parisien, Corelli, lui propose, moyennant cent mille francs, une fortune, de créer une texte fondateur, sorte de nouvelle Bible, « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d être tués, d offrir leur âme ». 
Du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique du meurtre se met en place autour de David. En vendant sa liberté d écrivain, aurait-il vendu son âme au diable ? Épouvanté et fasciné, David se lance dans une enquête sur ce curieux éditeur, dont les pouvoirs semblent transcender le temps et l espace. 

Première page :

"Un écrivain n'oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d'argent ou quelques éloges en échange d'une histoire. Il n'oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu'il désirait le plus au monde : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr, vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu : son âme a un prix.

Ce moment, je l'ai connu un jour lointain de décembre 1917. J'avais alors dix-sept ans et travaillais à La Voz de la Industria, un journal au bord de la faillite qui végétait dans une bâtisse caverneuse, jadis siège d'une fabrique d'acide sulfurique, dont les murs sécrétaient encore une vapeur corrosive qui rongeait le mobilier, les vêtements, les cerveaux et jusqu'à la semelle des souliers. Elle se dressait derrière la forêt d'anges et de croix du cimetière du Pueblo Nuevo et, de loin, sa silhouette se confondait avec celle des mausolées se découpant sur un horizon criblé de centaines de cheminées et d'usines qui faisaient régner sur Barcelone un perpétuel crépuscule écarlate et noir."

Ce que j'en pense :

On a l'impression que l'auteur, ayant trouvé un "bon filon", a voulu faire un livre dans la même veine que le précédent (L'ombre du vent), mais ça ne fonctionne plus... Il ne reste qu'une intrigue alambiquée que l'on suit (jusqu'au bout quand même) sans être complètement "accroché".

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