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L'année du soulèvement

Publié le par GéHa


- Nouvelles

"L'année du soulèvement" - Hubert Mingarelli
Seuil

Présentation de l'éditeur :

"Alors il pensa aux forêts sous la neige et aux premières branches des sapins, si lourdes qu'elles ploient jusqu'au sol.
Il se souvint du renard qui dormait au pied d'un sapin, sous l'une de ces branches, à l'abri du froid et de la neige. Il avait les couleurs de son lit d'aiguilles de pin. II se souvint de l'impression de chaleur qu'il avait ressentie en le voyant, pour lui-même et pour le renard, alors que la température était tombée en dessous de zéro. Il l'avait laissé dormir, le museau posé sur ses pattes de derrière, soufflant des petits nuages d'haleine blanche.
En s'en allant il lui avait dit: "Je te laisse parce que tu dors." Puis il lui avait souhaité que leurs chemins ne se croisent plus jamais." Souvenir d'une partie de chasse, d'un renard qui dort. Construire un feu et écouter la voix paisible du vent. Oublier que les hommes ont été ennemis. "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier", écrivait Stig Dagerman.

Première page :

"Les trois hommes gravissaient le versant doré de la colline, entre les fougères et la bruyère. Par endroits, ils enjambaient la source qui descendait le flanc escarpé. L'officier San-Vitto marchait en tête. On lui avait retiré sa veste d'uniforme et sa ceinture. Afin que son pantalon tienne, il en avait roulé le haut sur ses hanches, et pour cacher qu'on lui avait pris sa ceinture, il avait sorti sa chemise par-dessus. La plupart du temps il regardait par terre, là où il posait les pieds, et il faisait un grand pas au-dessus de l'eau lorsqu'elle traversait le sentier. Lorsqu'il levait les yeux pour apercevoir le sommet, il ne le voyait pas à cause des châtaigniers et des chênes. Alors il regardait vers le bas, il voyait des routes, des champs jaunes et des maisons. Derrière lui, Daniel grimpait en suivant des yeux le bord du sentier. Il chantonnait tout bas. Il était jeune et maigre, et par moments, il se voûtait comme un vieillard et du menton il touchait son sternum. Quelquefois, il levait les yeux sur le prisonnier."

Ce que j'en pense :

Je suis plutôt un inconditionnel de Mingarelli. J'apprécie particulièrement sa façon très simple de traduire le silence, l'attente, la nature, le "presque rien"... Il a écrit quelques livres que je trouve magnifiques : Une rivière verte et silencieuse, La dernière neige, La beauté des loutres, La promesse. Mais dans ce dernier livre ça ne fonctionne plus, sauf à de trop rares moments.

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Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit" - Fabio Viscogliosi
Stock

Présentation de l'éditeur :

" Il s'agissait de le traverser, ce couloir, le plus lentement possible, sans se toucher, sans même s'effleurer. Cela pouvait prendre plusieurs longues minutes. Privé de lumière, le temps s'étirait, et nous aussi. Le moindre souffle déclenchait alors l'hystérie, et il n'était pas rare de prendre un coup de genou dans le foie ou dans le nez. Des larmes nous montaient brusquement aux yeux, et il était difficile de décider si l'on pleurait de joie ou de douleur. "
Voici un livre en puzzle, 154 courts chapitres - récits, portraits, souvenirs, tableaux, légendes, rêveries, tout à la fois. Par bonds successifs, on croise ainsi Buster Keaton et ses chaussures, un Picasso amoureux des chauves-souris, le chien Snoopy et l'ombre de Tristram Shandy ; on visite les faubourgs de Rome, les trottoirs de Houston Street (NY) ou la gare de Chambéryy. Les pièces s'assemblent en cascade dans ce voyage vibrant où se mêlent les pas du narrateur et ceux de son père, figure omniprésente et absente à jamais.

Première page :

« Le bonheur ne produit pas d'histoires. » Voilà ce qu'aurait dit un jour le cinéaste Michelangelo Antonioni. Je me souviens d'avoir découvert cette phrase définitive au milieu d'un cahier spécial du journal Le Monde publié à l'occasion de sa mort. Je l'ai relue plusieurs fois, sautillant d'un pied sur l'autre. D'emblée, l'idée m'a déplu. Planté au milieu de mon salon - c'était au tout début de l'après-midi, par les fenêtres je voyais la lumière qui venait frapper les immeubles voisins et, plus loin, la ville réduite en miniature, avec la petite tour scintillante de l'aéroport et au-delà encore toute la chaîne des Alpes dominée par cette vieille crapule de mont Blanc -, il m'a bien fallu reconnaître que, d'un certain point de vue, Michelangelo n'avait pas tort.

Ce que j'en pense :

De courtes chroniques ou récits qui s'imbriquent finement et qui nous font toucher pudiquement ce qui fait le quotidien de l'auteur.

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Sébastien

Publié le par GéHa

- Nouvelles

Sébastien - Jean Pierre Spilmont
La fosse aux ours

Présentation de l'éditeur :

À l'école primaire, quand j'avais sept ans, il m'est arrivé un incident étrange. À la suite d'une insolation, j'ai perdu la mémoire. Je suis resté pendant six mois en état de choc, ne me souvenant plus que d'une grande lumière, puis je suis brusquement redevenu normal. Pendant toute cette période, on m'avait mis dans une section spéciale de mon école, réservée aux élèves déficients mentaux. Nous étions huit, et devions porter un uniforme noir, alors que les élèves normaux étaient habillés en blanc. Quand je me suis comme réveillé, on m'a redonné l'uniforme blanc, et les élèves considérés comme débiles m'ont demandé : "Mais qu'est-ce que tu fais là, habillé en blanc comme tous ces cons ?" " Hugo Pratt, Le Désir d'être inutile.

Sébastien portait un uniforme noir.

Première page :

"J'ai froid.

J'ai toujours froid quand on me regarde comme ça.

L'homme en face de moi s'appelle Bourgoin. C'est le nom que la femme en uniforme a crié quand elle m'a poussé dans le bureau.

C'est pour toi, Bourgoin.

La pièce est minuscule. Il y a juste la place pour lui derrière sa table couverte de papiers.

Derrière la vitre, dans la rue, un camion passe avec écrit dessus une pub pour du café.

Bourgoin me regarde toujours. J'essaie de me sentir bien sur ma chaise. Je n'y parviens pas. Je dois ressembler à Dubochel quand il se tortillait sur son banc jusqu'à ce que Frémieux lui dise d'aller pisser.

Bourgoin me fait penser à Frémieux. Il a le même regard."

Ce que j'en pense :

Une écriture simple et limpide. Un texte fort sur l'enfance, la différence, le non dit. Un livre qu'on a envie d'offrir au lieu d'en parler.

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Avril rouge

Publié le par GéHa

- Nouvelles

Avril rouge - Santiago Roncagliolo
traduction Gabriel Iaculli - Points Seuil

Présentation de l'éditeur :

Félix Chacaltana Saldivar exerce depuis peu la fonction de substitut du procureur dans la ville péruvienne d'Ayacucho. Fonctionnaire tranquille et solitaire, il se voit confier l'enquête sur la mort d'un homme sauvagement assassiné dont le cadavre a été retrouvé calciné et dépecé. Il pense immédiatement à une réactivation de l'organisation terroriste Sentier lumineux. Malgré les réticences de la police et des autorités militaires, Chacaltana poursuit ses investigations, ne faisant que semer derrière lui toujours plus de cadavres atrocement mutilés, apparemment selon des rituels religieux. Et plus l'horreur le poursuit, plus il refuse de la voir et semble perdre l'esprit. Jusqu'au moment où l'évidence se fait si brutale, qu'il est impossible de la nier. Qui a tué tuera, et peu importe alors que l'on soit un ancien terroriste, un commandant des forces armées, un chef de la police ou un simple citoyen. En s'appuyant sur l'histoire du Sentier lumineux, Santiago Roncagliolo a écrit un roman magistral en forme de thriller sur les traumatismes individuels et collectifs de la guerre contre le terrorisme.

Première page :

"Le substitut du procureur écrivit le dernier mot et eut une moue dubitative. Il relut la déclaration, effaça un accent et ajouta une virgule à l'encre noire. Maintenant, ça allait. C'était un bon rapport. Il suivait toutes les pro­cédures réglementaires, choisissait ses verbes avec pré­cision, et ne tombait pas dans le jargon des épithètes propres aux écritures juridictionnelles. Il évitait les mots incluant un accent circonflexe - que son Olivetti de 1975 avait perdu -, mais son vocabulaire était assez étendu pour qu'il pût s'en passer. Il pouvait écrire « pareil » à la place de «même» et «se trouver» à la place d'«être». Satisfait, il se dit une nouvelle fois que, dans son cœur d'homme de loi, il y avait un poète qui ne demandait qu'à voir le jour.

Il tira les feuilles hors du rouleau, rangea le papier carbone pour les documents à venir, et mit chaque copie de l'acte dans une chemise différente ; une irait aux archives, une autre au procureur, une serait jointe au dossier et une remise au commandement militaire de la région. Il ne lui restait qu'à ajouter le rapport du médecin légiste. Avant de se rendre au commissariat, il écrivit une fois de plus, comme tous les matins, sa requête de renouvel­lement de matériel, incluant une machine à écrire, deux crayons et une main de papier carbone. Il en avait déjà envoyé 36 semblables dont il gardait les copies signées."

Ce que j'en pense :

Un polar original surtout pour la description d'un univers géo politique très particulier : le Pérou, les Indiens, le terrorisme... La personnalité très étonnante du héros vaut également le détour.

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Journal secret du Petit Poucet

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"Journal secret du Petit Poucet"
Textes Philippe Lechermeier - Illustrations : Rébecca Dautremer
Gautier Languereau

Résumé :

Voici, sous la forme d'un journal intime, la vie du Petit Poucet, dans ces temps de si grande misère que le maître d'école mange les tables... Les 7 frères, l'abominable marâtre Popette, et la très incroyable et très fantastique aventure dans la forêt... jusqu'à la chaumière de l'Ogre et de ses 7 filles.

Pour en savoir plus sur les auteurs, visitez leur site :

Philippe Lechermeier

Rébecca Dautremer

Extraits :

- Nouvelles

 

- Nouvelles

Ce que j'en pense :

Beaucoup d'humour, de fraicheur, d'imagination dans les textes et les illustrations. Un très bel album pour les plus grands.

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Mari et femme

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"Mari et femme" - Régis de Sa Moreira
Au diable vauvert (poche)

L'histoire :

Un couple en pleine séparation se réveille un beau matin en se retrouvant mystérieusement dans le corps l'un de l'autre. Le choc est complet et il est très difficile pour eux de se faire à leurs nouveaux corps. Lui est un écrivain en panne d'inspiration qui s'occupe de la maison pour ne pas rester inactif alors que sa femme travaille dans une maison d'édition et ramène l'argent nécessaire au fonctionnement du ménage. Lui se laisse aller alors qu'elle est végétarienne et s'occupe de son corps, la nouvelle cohabitation corps-esprit s'annonce très difficile …

Régis de Sá Moreira est né en 1973, il vit aujourd’hui à New York. Après Pas de temps à perdre (lauréat du Prix Le Livre Élu en 2002), Zéro tués et Le Libraire, paru au Livre de Poche et vendu à plus de 20.000 exemplaires cumulés, Mari et femme est son quatrième roman.

Première page :

« La première chose qui t’étonne lorsque tu ouvres les yeux c’est le plafond de votre chambre.
Ça fait des mois que tu dors dans le salon.
Tu ne comprends pas.

Tu tournes la tête sur le côté, ta femme n’est pas dans le lit.
Mais ses longs cheveux blonds s’étalent sous ta joue.
Tu ne comprends pas du tout.

Tu montes une main pour te gratter la barbe.
Ta barbe a disparu.
Tu ne respires plus.

Tu descends ta main sous le drap.
Tu cherches quelque chose entre tes jambes.
Tu ne trouves rien.
Tu te redresses d’un coup.
Tu te tournes vers l’armoire à glace.
Tu cries.
Ta femme crie à ta place. »

Ce que j'en pense :

"Le libraire", un de ses précédents romans, m'avait enchanté. "Mari et femme" est différent mais l'écriture est tout aussi originale. C'est une belle traversée du corps de l'autre. C'est vrai que parfois, avec le jeu des pronoms, il faut relire certaines phrases mais cela n'enlève rien à la subtilité, à l'humour et à la poésie de ce livre.

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Les Idiots (petites vies)

Publié le par GéHa

- Nouvelles

Les Idiots (petites vies) de Ermanno Cavazzoni
traduction Monique Baccelli - éditions Attila

Présentation de l'éditeur :

Pigozzi rêve de faire décoller sa Fiat. Pelagatti assure que le Christ est un extraterrestre. Scalabrini adore lancer des objets en l'air. Primavera a un rapport dramatique aux allumettes. Pierini ne luit que du calcul mental. Vacondio s'attend au carambolage de la planète. Sauro prend la tension des gens en rase campagne. Naldo voit des Albanais partout, même chez sa femme... Parodiant les vies de saints du Moyen Âge, Ermanno Cavazzoni dresse 31 portraits d'idiots contemporains. Les paresseux et les croyants peuvent lire et méditer un portrait par jour, et tenir ainsi un bon mois. Et même se reposer le dimanche. Les autres font comme ils veulent.

Première page :

"Le signor Pigozzi avait lu dans le journal qu'un Allemand de l'Est, ingénieur mécanicien, ayant construit en 1976 un petit aéroplane à moteur avec des pièces récupérées sur de vieilles automobiles, s'était enfui en Allemagne de l'Ouest en survolant la frontière. C'était l'époque où les peuples étaient opprimés par le communisme.

Comme Pigozzi possédait une vieille Fiat et ne s'entendait ni avec sa femme ni avec sa fille, il s'était mis à caresser l'idée de s'envoler un beau jour et de ne plus jamais revenir. C'était un technicien confirmé qui s'y connaissait en moteurs. De plus, il avait été influencé par une encyclopédie de géographie illustrée. Son idée était d'alléger au maximum sa Fiat, et il avait pour ce faire supprimé les portières et presque toute la carrosserie. Il avait également enlevé les roues arrière qu'il avait remplacées par une petite roue centrale récupérée chez un ferrailleur."

Ce que j'en pense :

Il vaut mieux lire ce livre à petite dose; ainsi on a plus de chance de rire de certains portraits.


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Le pont Un effondrement

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"Le pont, Un effondrement" - Vitaliano Trevisan
traduction Vincent Raynaud - Gallimard

Présentation de l'éditeur :

Lorsque Thomas apprend la mort de Pinocchio, qui fut longtemps son meilleur ami, il comprend qu'il va devoir rentrer en Italie, dix ans après avoir quitté Vicence suite à la disparition tragique du fils de Pinocchio. L'adolescent, pour qui il était un second père, a fait une chute mortelle à bicyclette, un accident dont tous jugèrent Thomas responsable sinon coupable. Depuis, celui-ci vit en Allemagne, près de Brême, et mène une existence solitaire d'écrivain en exil. À cette nouvelle, il se remémore tout ce qu'il a laissé derrière lui : l'enfance, la famille et les relations exécrables qu'il a toujours eues avec elle, la jeunesse et les amis perdus, et l'Italie qui s'écroule tel un pont, comme l'avait prédit Pasolini dans ses écrits politiques. Le voyage à moto qu'il entreprend alors l'oblige non seulement à faire face à son sentiment de culpabilité mais aussi à accepter une vérité dérangeante. Tour à tour burlesque et poignant, Le pont (Un effondrement) est un récit d'une rare force. Avec ce roman, Vitaliano Trevisan s'affirme comme une des voix les plus marquantes de la littérature italienne actuelle.

Première page :

"Et donc Pinocchio est mort. Jamais je ne l'aurais cru possible.

De fait, je ne m'en étais pas aperçu. Comme cela m'arrive souvent, j'avais feuilleté le journal machinalement, en pilote automatique, pour ainsi dire, sans penser ou plus précisément en pensant à autre chose ; et c'est ainsi, en pensant à autre chose, que je m'étais arrêté sur un article à la rubrique des faits divers intitulé « Mort dans l'accident de sa Ferrari », mais, distrait par l'image d'une Ferrari Testarossa qui s'écrase contre un mur aussitôt apparue dans mon esprit, je n'avais absolument pas pensé à celui qui s'était écrasé et j'étais passé à autre chose. Le cerveau fonctionne d'une façon étrange. Voir sans voir, lire sans lire. Rien de plus normal. Et puis, allez savoir, peut-être avais-je d'autres choses auxquelles penser. En effet, depuis des mois je me concentrais sur un texte que je ruminais depuis des années, sur lequel je me sentais désormais prêt à fondre et dont je goûtais déjà toutes les possibilités intrinsèques, et, la veille à peine, il avait fait un brusque écart ..."

Ce que j'en pense :

Long monologue où se mêlent des récriminations contre la famille, l'Italie, les intellectuels... et des références à Pasoloini et Thomas Bernhardt. Parfois un peu difficile à suivre mais écriture et voix très originales.

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Un nouveau Mingarelli

Publié le par GéHa

- Nouvelles

Voici le prochain "Mingarelli".

À paraitre le 1er  Avril prochain

Pour plus de détails voir le site du Seuil

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Marcus Malte écrit à Pascal Garnier

Publié le par GéHa


Je ne ris pas souvent, paraît-il. Encore moins souvent aux éclats. Ça doit être pour ça que je me souviens si bien de ces quelques moments, rares, précieux, où un fou rire m’a secoué.

Mon dernier, c’est à Pascal que je le dois.

C’était au cours d’un dîner, dans quelque festival dit « littéraire », plutôt guindé, et c’était à propos d’une attachée de presse, je crois. Les attachées de presse sont un bon sujet de rigolade, c’est vrai, mais pour me faire m’esclaffer de cette façon encore fallait-il savoir choisir les mots et les manier à la perfection. Et ça, Pascal savait.

Comme de nombreuses fois au cours de ces quinze dernières années, nous avions pris place côte à côte autour de la table. Histoire de se servir mutuellement de repère dans ces endroits où, l’un comme l’autre, avions quelquefois l’impression de nous être égarés. Et donc, entre fromage et dessert, Pascal m’a glissé à l’oreille ce bon mot, ce merveilleux mot sur l’attachée de presse, et on est partis à rire tous les deux. À se bidonner. À se tenir les côtes. À se marrer comme des bossus sous l’œil circonspect des autres convives. Et c’était bon.

Putain, oui, c’était bon.

Je pourrais me souvenir d’autres moments, aussi rares, aussi précieux.

Je pourrais me souvenir d’une douce soirée de printemps dans un bled paumé du Sud-ouest. Trois types assis à la terrasse déserte d’un café : Pascal, Michel et moi. Le patron du troquet qui sort sa vieille guitare et Pascal qui se met à jouer, à chanter le blues. Rien que pour nous.

Ça lui allait bien, le blues. Et en plus, il avait une belle voix, ce salaud.

Je pourrais me souvenir d’un matin très tôt à l’autre bout de la France, où deux couillons debout sur le quai d’une gare attendaient un train qui n’est jamais, jamais arrivé.

Des trains, des quais, des gares : on en aura eu pas mal en commun.

Je pourrais me souvenir, enfin, d’un dimanche de novembre 2009 à Lamballe.

Pascal quittait le salon plus tôt que moi. Il est venu me dire au revoir. Je l’ai regardé s’éloigner, casquette sur le crâne, canne à la main, et quelque chose de tellement fragile dans sa silhouette. Tellement « sur le fil ». J’avoue que mon cœur s’est serré.

Nous ne le savions pas, mais c’était la dernière fois qu’on se voyait.

Je ne ris pas souvent, certes, mais je ne pleure pas souvent non plus.

Et mes dernières larmes, c’est encore à lui que je les dois.

Alors, un type qui réussit à m’arracher à la fois et des rires et des larmes, moi je lui dis : Chapeau.

Et je lui dis : Merci.

À un de ces quatre, Pascal… Qui sait ?

Marcus

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