Apnées

Apnées - Antoine Choplin La fosse aux ours
Présentation de l'éditeur :
Alors qu'il se rend au bord d'un lac pour une séance d'apnée (discipline âpre, exigeante et de faible profit), un homme est victime d'une panne de voiture et échoue à Plan-les-Ouates, bourgade qu'il ne connaît pas. Ainsi, dans l'attente d'une réparation, s'ouvrent à lui quelques heures d'une vacuité parfaite dans un espace vierge de tout repère. Embarrassé par cette liberté inopinée - que faire de ce temps ? Pourquoi se diriger ici plutôt que là -, il décide de confier son itinéraire à celui d'une femme dont il entreprend la filature. Le récit de cet homme, avec son appétit des mots, est singulier et témoigne d'un lien ambigu à la complexité du monde qui l'entoure : sa passion ludique pour la lexicographie serait une manière de tenter de l'embrasser ; son besoin d'apnée, le signe d'une incapacité à le faire.
Les premières lignes :
"Les jours précédents, le joran avait soufflé fort, flanquant au pays un bon coup de rebuse.
De cet hiver mollasse, ce fut l'ultime ruade.
Et aujourd'hui, ce que l'on flairait à l'avant des brumes encore voyageuses, c'était surtout cet air neuf et pépiant avec une verve retrouvée, dissipant toute menace d'un retour de cramine.
Bref, le printemps commençait à pousser ses pions.
J'étais de sortie.
Enfin, de sortie.
Dans l'habitacle, une odeur de chaud.
J'ouvris la vitre, mis le coude à la portière, un peu le nez aussi. A l'extérieur, c'était pire encore. Les pots d'échappement rendaient de petits cumulus noirâtres et les avertisseurs, une polyphonie énergique et plutôt atonale.
En vérité, j'étais salement englué dans un embouteillage.
J'avais hésité avant de renoncer au contournement autoroutier de Genève. Finalement, j'avais cédé à l'appel d'une trajectoire aux apparences optimales, joliment tangentielle à la pointe sud du lac.
Je bisquai à l'endroit d'Euclide et des postulats de sa géométrie.
Tentai de me rassurer en convoquant la mécanique des fluides et ses dénouements, fréquemment heureux.
Je remontai la vitre."
Ce que j'en pense :
On retrouve dans ce livre la "patte Choplin" : une grande douceur, des personnages dont nous découvrons à peine quelques secrets, et de la légèreté, du silence. En plus, dans ce livre, il y a les mots, riches, désuets, vieillis, magiques. Un livre "long en bouche", à déguster.
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