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Cutter

Publié le par GéHa

- Jeunesse

Cutter - Yves Ravey
éditions de minuit

Présentation de l'éditeur :

L’Institut de surveillance avait placé Lucky et Lili au service des Kaltenmuller. Lili était chargée du ménage, Lucky des fleurs, sous l’autorité de leur oncle Pithiviers qui leur avait ordonné de taire tout ce qu’ils voyaient.

Mais c’était sans compter sur l’amour de Lucky pour sa sœur ni sur les multiples usages du cutter.

Première page :

"Des fleurs, nous en avions partout chez ma mère et sur la tombe de mon père avant mon renvoi du foyer familial. Aussi ai-je ressenti un grand bonheur, dès notre admission à l'Institut de surveillance, quand ma sœur Lili et moi sommes entrés un jour par semaine au service de la famille Kaltenmuller.

Lili s'occupait du ménage et moi du jardin. Mon oncle Pithiviers, homme à tout faire au service de madame Kaltenmuller, avait favorisé notre inscription. Ce dont ma mère lui a toujours été reconnaissante."

Ce que j'en pense :

Avec une économie de mots Ravey montre de l'intérieur la violence faite à un enfant de 10/12 ans, sans pathos. Efficace. Coupant (les instruments tranchants ne manquent pas dans ce livre)

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Le doigt d'Horace

Publié le par GéHa

- Jeunesse

Le doigt d'Horace - Marcus Malte
Folio policier

Présentation de l'éditeur :

" Je viens de tuer trois personnes mais j'aime beaucoup votre façon de jouer. " A l'évidence, l'homme qui vient de se présenter n'est pas ordinaire. Il émane de lui une aura qui dépasse la violence des mots ; une sorte de musique de l'âme, troublante, touchant à l'absolu. Dans ses silences et ses mystères, Franck est un être profondément seul. Traqué par le milieu, lié à un attentat sanglant, intelligent et porteur d'un rêve immense qu'il a décidé de rendre possible, le jeune homme croise la route d'un duo tout prêt à l'adopter : Bob, le chauffeur de taxi qui ne prend jamais de clients, et Mister, taillé en hercule, qui joue du jazz la nuit. Pour eux, le passé de Franck est une partition inachevée. Une harmonie brisée. Un blues profond qui mérite, ô combien, qu'on en retrouve les notes...

Première page :

"Ils étaient trois à l'intérieur de la fourgonnette. Tous les trois à l'avant. L'homme au volant, c'était José. Sombre et rond. Un père mexicain, sans doute, ou quelque chose d'approchant. Un père qui lui avait laissé une épaisse tignasse brune sur le crâne et la même chose, en miniature, au-dessus de chacun de ses yeux noirs et mauvais ; une peau couleur bronze et puis des poils, encore des poils, partout sur le corps. Qu'est-ce qu'on dit ? Merci'pa.

Le bide, au ras du volant, ça c'était pas héréditaire. C'était plutôt dû au mélange de tout un tas de saloperies, comme les sandwiches aux rillettes, les canettes chaudes et la route, tous ces kilomètres sans lever le cul de son siège, à juste écraser les pédales. Des trucs comme ça, et toujours un peu d'angoisse dans le fond, dissimulée, accumulée. La vie de José, quoi."

Ce que j'en pense :
Un très bon polar. Une écriture qui rappelle Fajardie pour le côté "rentre dedans" et Pouy pour l'humour froid... mais au total, un style est bien personnel.


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Le premier qui pleure a perdu

Publié le par GéHa

- Jeunesse

Le premier qui pleure a perdu - Sherman Alexie
Traduction Valérie Le Plouhinec - Illustrations Ellen Forney
Albin Michel

Présentation de l'éditeur :

Voici les péripéties poignantes et drôles de Junior, un jeune Indien Spokane, né dans une Réserve. Rien ne lui sera épargné – il a été le bébé qui a survécu par miracle, l’enfant dont on se moque et il est désormais l’adolescent qui subit en soupirant coups de poings et coups du sort. Jusqu’au jour où cet éternel optimiste réalise qu’un déplorable avenir l’attend s’il ne quitte pas la Réserve. Admis à Reardan, une école prestigieuse surtout fréquentée par les Blancs, Junior, se sent devenir un Indien à temps partiel… Dans ce roman plein d’humour où se devine l’autobiographie, Sherman Alexie raconte à merveille, tous les combats, petits et grands, contre soi-même et les autres, qui se gagnent de haute lutte, à condition de porter bien haut les armes de l’intelligence, de la lucidité et de l’humour.

Première page :

Je suis né avec de l'eau sur la tête.

Bon d'accord, ce n'est pas tout à fait vrai. En fait, je suis né avec trop de liquide céphalo-rachidien à l'intérieur du crâne. Mais « liquide céphalo-rachidien », c'est tout simplement le terme savant qu'emploient les médecins pour parler d'huile de cervelle. Et l'huile de cervelle fonctionne dans les lobes comme l'huile de moteur dans une voiture. Elle fait tourner l'ensemble rapidement et sans accroc. Mais moi, bizarre comme je suis, je suis né avec trop d'huile dans le crâne, elle est devenue pâteuse, vaseuse, gluante, et tout ce qu'elle a fait c'est embourber le mécanisme. Le moteur qui me permettait de penser, de respirer et de vivre a ralenti et s'est enlisé.

Ce que j'en pense :

Sujet très intéressant mais le trait semble un peu forcé (style, humour). Les illustrations n'apportent pas grand chose au  livre.


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Les lionnes

Publié le par GéHa

- Jeunesse

Les lionnes - Jean François Chabas
Neuf de L'école des loisirs

 

Présentation de l'éditeur :

Ce sont deux lionnes qui avancent sans bruit dans les herbes sèches. Il y a la mère. Un an plus tôt, deux de ses soeurs ont été tuées à coups de tonnerre court par les hommes à l’odeur nouvelle, avec des peaux par-dessus leurs peaux. Il y a la fille. Elle a eu des petits jadis, ils ont été dévorés par un mâle rival de leur père. Depuis, elle ne s’est plus accouplée. Ensemble, elles ont quitté la harde, côte à côte, d’un seul pas. Elles sont seules.

La première page :

"La mère a rampé dans les hautes herbes sèches, elle s'y est installée et elle a attendu. Les hommes commençaient à allumer leurs lampes pour la soirée. La mère n'aimait pas ces lumières aiguës qui perçaient les ténèbres et faisaient mal à ses yeux déjà habitués à l'obscurité. Elle a posé sa tête sur ses pattes de devant. Ses moustaches, qui avaient été hérissées tandis qu'elle progressait vers l'ennemi, se trouvaient désormais collées à la partie inférieure de sa face.

La mère haïssait les hommes, de cette haine qu'on peut seulement éprouver lorsqu'elle est provoquée par la peur ou la volonté de vengeance. Un an auparavant, elle avait vu deux de ses sœurs se faire tuer à ses côtés. Les hommes avaient brandi des tiges luisantes, il y avait eu des bruits étranges, des sortes de tonnerres courts, et ses sœurs étaient mortes."

Ce que j'en pense :

Très bon roman, bien écrit, pour jeunes à partir de 10/11 ans. C'est (presque) une fable qui nous montre qu'il est "bien plus terrible de vivre en hyène que de mourir en lionne".

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Le convoi de l'eau

Publié le par GéHa

Le convoi de l'eau - Akira Yoshimura
traduit par Yutuka Makino - Actes Sud

Présentation de l'éditeur :

Un homme étrange s'engage au sein d'une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Perdu dans la brume, tout au fond d'une vallée mal connue, se révèlent les contours d'un hameau, mais les travaux ne sont pas remis en question par cette découverte : le village sera englouti sous les eaux. Au cours de ce terrible chantier, le destin de cet homme entre en résonance avec celui de la petite communauté condamnée à l'exil. A la veille du départ qui leur est imposé, il observe les premières silhouettes alignées sur le sentier escarpé. Elles sont innombrables et portent sur leur dos un singulier fardeau. Des images de toute beauté, inoubliables.

La première page :

"De l'avant de la file nous parvint un joyeux tumulte.

Les voix qui s'élevaient dans la pénombre de la forêt déclenchèrent les cris aigus et les battements d'ailes d'oiseaux sauvages.

Nous avions tous attendu cet instant avec impatience.

Nous nous sommes arrêtés, avons levé la tête, avant de repartir au pas de course. Nous ne sentions plus le poids des sacs, ni nos jambes complètement engourdies. Malgré notre impatience, nous n'avancions pas comme nous le voulions, notre marche était pénible. Nos corps étaient tirés subitement vers l'avant ou vers l'arrière, exactement comme si la traction d'un long convoi au démarrage nous parvenait, et nous ne pouvions pas marcher selon notre propre volonté. C'était dû à l'épaisse corde qui nous reliait tous au niveau des hanches, mesure de sécurité indispensable pour éviter les dangers de la marche en montagne."

Ce que j'en pense :

Un livre mystérieux, âpre, d'une grande tension mais avec également de la lenteur et une grande douceur.

 

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L'annonce

Publié le par GéHa

 

 

L'annonce - Marie Hélène Lafon
Buchet Chastel

Présentation de l'éditeur :

Eric savait par coeur certaines annonces choisies, Célibataire quarante-quatre ans un mètre soixante-sept soixante-neuf kilos sans enfants chauffeur agriculteur cherche jeune femme aimant campagne voulant fonder un foyer heureux désirant enfants ; ou encore, Cherche compagne cinquante soixante-deux ans féminine (bien bustée) sans attaches pour vie alternée Paris campagne. Paul, quarante-six ans, paysan à Fridières, Cantal, ne veut pas finir seul. Annette, trente-sept ans, vit à Bailleul dans le Nord avec son fils. Elle n'a jamais eu de vrai métier. Elle a aimé Didier, le père d'Eric, mais ça n'a servi à rien. Elle doit s'en aller. Recommencer ailleurs. Elle répond à l'annonce que Paul a passée. Ce nouveau roman de Marie-Hélène Lafon raconte leur rencontre et leur histoire. C'est une histoire d'amour.

La première page :

"Annette regardait la nuit. Elle comprenait que, avant de venir vivre à Fridières, elle ne l'avait pas connue. La nuit de Fridières ne tombait pas, elle montait à l'assaut, elle prenait les maisons les bêtes et les gens, elle suintait de partout à la fois, s'insinuait, noyait d'encre les contours des choses, des corps, avalait les arbres, les pierres, effaçait les chemins, gommait, broyait. Les phares des voitures et le réverbère de la commune la trouaient à peine, l'effleuraient seulement, en vain. Elle était grasse de présences aveugles qui se signalaient par force craquements, crissements, feulements, la nuit avait des mains et un souffle, elle faisait battre le volet disjoint et la porte mal fermée, elle avait un regard sans fond qui vous prenait dans son étau par les fenêtres, et ne vous lâchait pas, vous les humains réfugiés blottis dans les pièces éclairées des maisons dérisoires."

Ce que j'en pense :

Il faut un peu de temps pour pénétrer ce roman (le style parfois un peu "travaillé", les répétitions, l'absence de dialogue) et puis nous sommes pris par la main et emportés dans cette histoire de gens sans histoires. Bien sûr on ne peut s'empêcher de penser à Depardon et à ses paysans.

 

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L'histoire de Clara

Publié le par GéHa

L'histoire de Clara

L'histoire de Clara
de Vincent Cuvellier - illustration de Charles Dutertre
Gallimard jeunesse - Giboulées

Résumé :

Clara est une enfant née dans une famille juive à Paris, en 1942. Lors d'un dimanche ensoleillé, les membres de sa famille passent la journée au Jardin d'Acclimatation. A leur retour, ils sont tous arrêtés par la Gestapo, sauf Clara, cachée par sa mère. Dix narrateurs différents racontent comment ils l'ont préservée et lui ont permis de grandir, pendant et après la Seconde Guerre mondiale.

Extrait:

Ma douce, oh ma fleur,

Tu ris quand sonne l'heure

De rentrer au pays

Oh ma douce, oh ma fleur...

Tu aimes cette chanson, Clara? Je crois que oui. Je le vois à tes yeux qui se ferment doucement quand je la fredonne à tes petites oreilles. Si tu pouvais parler... tu ne dirais rien... tu sourirais et tu t'endormirais, comme tu le fais à l'instant. Oh ma douce, oh ma fleur...

Ça fait longtemps que tes joues n'ont pas vu le soleil. Oh, ce n'est pas ma faute, tu sais, si je le pouvais, je dresserais ta chambre au milieu d'un champ, mais il est devenu difficile pour nous de voir le ciel, de sentir le vent, de boire l'eau fraîche.

Ce matin, ma Clara, je t'ai mis ta plus belle robe, la rosé, celle que j'ai brodée de ton nom. J'ai habillé ton frère aussi, Schlomo, et tes sœurs, Rachel et Simone. Rachel était tout excitée. Tu le sais, elle est un peu garçon manqué, elle n'aime rien tant que sauter au cou des girafes, rugir après les lions, faire des grimaces aux singes.

Ce que j'en pense:

Un livre touchant, émouvant mais sans doute trop "parfait" car tous les personnages rencontrés sont de "bons français". Le style n'est pas non plus à la hauteur, les voix données aux différents narrateurs paraissent empruntées.

 

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L'invention de Hugo Cabret

Publié le par GéHa

L'invention de Hugo Cabret

L'invention de Hugo Cabret, Brian Selznick
traduction Danièle Laruelle - Bayard jeunesse

Présentation de l'éditeur :

Hugo Cabret est orphelin. Son oncle l'héberge dans les combles de la gare dont il est chargé de régler les horloges. Or le garçon a une obsession : achever de réparer l'automate sur lequel son père travaillait avant de mourir dans l'incendie du musée où il était employé. Hugo est persuadé que cet automate a un important message à lui délivrer...
Brian Selznick, à la fois conteur, dessinateur et concepteur de livres, crée une forme de récit original où textes et images s'alternent et se complètent pour former la trame d'une aventure graphique inédite.
Il a reçu pour ce livre le prix le plus prestigieux des Etats-Unis : le prix Caldecott.

Extrait :

"DE SON PERCHOIR DERRIÈRE L'HORLOGE, Hugo domine tout et observe. Il caresse nerveusement le petit carnet qu'il a dans sa poche et s'encourage à la patience.

Dans le kiosque à jouets, le vieux se dispute avec la fille. Elle a à peu près l’âge d'Hugo ; il la voit souvent entrer dans la petite échoppe avec un livre sous le bras et disparaître derrière le comptoir.

Le vieillard paraît agité aujourd'hui. S'est-il aperçu qu'il lui manque des jouets? Tant pis. C'est trop tard, personne n'y peut rien.

Hugo a besoin de ces jouets.

Le vieux et la fille se disputent un moment encore. Enfin, elle ferme son livre et part en courant."

 

L'invention de Hugo Cabret

 

Ce que j'en pense :
Merveilleux hommage aux débuts du cinéma, à Georges Méliès en particulier. Livre très étonnant, ambiance originale. C'est un conte où l'écrit et l'illustration sont alternés. Livre pour enfants à partir de 10 ans jusqu'à ...


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Monnaie bleue

Publié le par GéHa

Monnaie bleue

"Monnaie bleue" Jérôme Leroy
Editions La Table Ronde (Petit Vermillon)

Présentation de l'éditeur :

Monnaie bleue est l'histoire secrète, violente et sombre de la France de la toute fin du vingtième siècle.
On assistera, dans ce roman noir, à la vie habituelle des proies et des cibles d'un ordre social d'autant plus impitoyable qu'il est menacé.
On assistera également aux manipulations, chantages et assassinats divers orchestrés par ceux qui veulent continuer à défendre l'indéfendable : polices parallèles, conseillers occultes et chiens de garde médiatiques.
Mais il sera aussi et surtout question, ici, de vengeance, d'honneur et d'amour fou.

Né en 1964, Jérôme Leroy est l'auteur d'une vingtaine de livres (romans, novellas, essais et anthologies), dont Le Déclenchement muet des opérations cannibales (Équateurs, 2006), Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine (Mille et une Nuits, 2007) et La Minute prescrite pour l'assaut (Mille et une Nuits, 2008).

La première page :

"Peut-être parce que je n'avais pas bu depuis trois jours, peut-être parce qu'il s'agissait du premier après-midi de soleil après des mois de pluie, peut-être parce que mon sang, enfin, ne charriait plus d'adrénaline ni de nicotine, je sentis le vent de folie et d'angoisse qui me dévastait silencieusement refluer comme une armée en déroute.

Je m'installai à la terrasse du Carillon. Ce café marquait une manière de frontière entre le centre ville et les quartiers dangereux de la Herse, de la Fosse aux Loups et des Gourées Rouges. C'était là que vingt-cinq nationalités vivaient une misère cosmopolite et restaient finalement le seul signe de vie dans cette ville du Nord qui s'enfonçait dans la crise, une crise larvée, tenace, couleur de cadavre.

En m'asseyant, j'eus l'impression que mon corps me revenait d'un seul coup. Le poids sur le plexus solaire s'était levé, la pression légère, mais persistante derrière mes globes oculaires avait disparu et cette vilaine moiteur au creux de mes paumes également. Le soleil me caressa la gorge, accentuant mon envie de pleurer et je saluai dans ces larmes avortées un retour parmi les hommes."

Ce que j'en pense :

Sur fond de révolte des banlieues (livre écrit en 1997), l'auteur montre l'état de la société française, ses contradictions, ses hypocrisies. Parfois violent, mais très bien écrit.


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Apnées

Publié le par GéHa

 

Apnées

 

Apnées - Antoine Choplin
La fosse aux ours

Présentation de l'éditeur :

Alors qu'il se rend au bord d'un lac pour une séance d'apnée (discipline âpre, exigeante et de faible profit), un homme est victime d'une panne de voiture et échoue à Plan-les-Ouates, bourgade qu'il ne connaît pas. Ainsi, dans l'attente d'une réparation, s'ouvrent à lui quelques heures d'une vacuité parfaite dans un espace vierge de tout repère. Embarrassé par cette liberté inopinée - que faire de ce temps ? Pourquoi se diriger ici plutôt que là -, il décide de confier son itinéraire à celui d'une femme dont il entreprend la filature. Le récit de cet homme, avec son appétit des mots, est singulier et témoigne d'un lien ambigu à la complexité du monde qui l'entoure : sa passion ludique pour la lexicographie serait une manière de tenter de l'embrasser ; son besoin d'apnée, le signe d'une incapacité à le faire.

Les premières lignes :

"Les jours précédents, le joran avait soufflé fort, flanquant au pays un bon coup de rebuse.

De cet hiver mollasse, ce fut l'ultime ruade.

Et aujourd'hui, ce que l'on flairait à l'avant des brumes encore voyageuses, c'était surtout cet air neuf et pépiant avec une verve retrouvée, dissipant toute menace d'un retour de cramine.

Bref, le printemps commençait à pousser ses pions.

J'étais de sortie.

Enfin, de sortie.

 

Dans l'habitacle, une odeur de chaud.

J'ouvris la vitre, mis le coude à la portière, un peu le nez aussi. A l'extérieur, c'était pire encore. Les pots d'échappement rendaient de petits cumulus noirâtres et les avertisseurs, une polyphonie énergique et plutôt atonale.

 

En vérité, j'étais salement englué dans un embouteillage.

J'avais hésité avant de renoncer au contournement autoroutier de Genève. Finalement, j'avais cédé à l'appel d'une trajectoire aux apparences optimales, joliment tangentielle à la pointe sud du lac.

Je bisquai à l'endroit d'Euclide et des postulats de sa géométrie.

Tentai de me rassurer en convoquant la mécanique des fluides et ses dénouements, fréquemment heureux.

Je remontai la vitre."

Ce que j'en pense :

On retrouve dans ce livre la "patte Choplin" : une grande douceur, des personnages dont nous découvrons à peine quelques secrets, et de la légèreté, du silence. En plus, dans ce livre, il y a les mots, riches, désuets, vieillis, magiques. Un livre "long en bouche", à déguster.

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