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rien

La traversée des terres froides

Publié le par GéHa

La traversée des terres froides

"La traversée des terres froides" de Jean Pierre Spilmont
La fosse aux ours

Présentation de l'éditeur :

Florence 1347 : Frans Heins, artisan tisserand banni de la terre flamande depuis plus de trente ans pour avoir mené, à Gand, une révolte contre les échevins de la ville, entreprend pour son neveu le récit de sa vie de proscrit. " Je te dirai ma vie d'alors. Je te dirai la très longue étape qui fut la mienne au cœur des Terres-Froides de Savoie et du Dauphiné, à l'époque où dans la ville de Vienne le concile décidait du sort de l'ordre des Templiers. J'ai côtoyé les lépreux et partagé leur désespoir... " Un hymne à la liberté et à la tolérance.

Première page :

 "Je n’ai rien oublié, Guillaume. Rien ni personne, malgré ces années passées loin de vous, loin de ces Flandres que j’ai tant aimées.

Tu as fait preuve d’une grande patience pour retrouver une trace que je n’ai au demeurant jamais cherché à brouiller, encore moins à effacer.

Tu me demandes aujourd’hui de te dire comment j’ai vécu durant cette longue absence.

Que ton désir soit respecté. Sache, pourtant, que je ne me suis jamais voulu chroniqueur de mon existence. Vivre, survivre parfois, exigeait assez d’énergie, de prudence, voire de folie, pour qu’il m’ait été permis d’apporter autre chose que d’immédiates réponses aux multiples sollicitations d’une destinée quelque peu hasardeuse.

La maladie qui depuis quelques mois sévit à Naples, à Gênes et à Venise, ne tardera pas à venir jusqu’à nous. Certains y voient déjà un signe de la colère de Dieu, d’autres guettent les astres et les comètes. Là, on fuit. Ici on accuse les lépreux. Un peu partout on brûle les juifs que l’on tient pour responsables de ce nouveau fléau."

Ce que j'en pense :

Spilmont sait nous faire sentir une atmosphère, un climat et donner vie à ses personnages. Une écriture forte et lumineuse qui dit l'essentiel Un chant d'espoir.

   

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Sainte famille

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"Sainte famille" - Jean Forton
éditions finitude

 

Présentation de l'éditeur :

Chez les Malinier, on ne badine pas avec la respectabilité. Voilà une belle famille bourgeoise, dans une ville de province : un père négociant, trois enfants promis à un bel avenir et une mère légèrement bigote, juste ce qu’il faut pour affirmer sa position sociale. Pourtant, derrière la façade, l’explosion est proche, il ne manque qu’une petite étincelle. L’arrivée d’un séduisant tartufe au cœur de cette sainte famille servira de détonateur et la débâcle sera à la hauteur de son cynisme.


Première page :

"Ce matin il faisait beau, Luc Malinier n’a pas eu le courage d’aller travailler, il est parti avec deux ou trois cahiers sous le bras, pour donner le change, mais au lieu de se rendre à la Faculté il est descendu vers le port. Le voilà sur la berge. Le fleuve reflète le ciel, il y a quelques mouettes et deux ou trois grands navires, et tout cet espace, le fleuve, la ville en demi-cercle, et dans sa bouche l’air léger qui a goût de marée, tout cela l’emplit de paix. Il est heureux. Il nomme bonheur cette sensation de ne pas peser, de ne pas souffrir, de ne pas penser, d’être là, au soleil, sans attaches et sans désirs. Ce sont des instants si rares qu’il les goûte pleinement.

D’aucuns prétendent qu’il n’est de bonheur que passé ou futur et qu’il est nécessaire de se remémorer ou de rêver. Pour sa part Luc ignore cette double nécessité. C’est un être simple, capable de profiter du moment. Il est vrai que de son passé il n’a rien à conserver qui ne soit entaché de désagrément. Quant à son futur, il ne l’imagine jamais. Il a l’imagination stérile. Demain, de quoi demain sera-t-il fait ? De rien sans doute. De rien. D’un présent semblable à celui qu’il vit, médiocre et morose."

Ce que j'en pense :

Livre inédit, écrit dans les années 60 par Jean Forton (mort en 1982). Ecriture simple, limpide, parfois cinglante pour un roman à charge contre le poids de la famille, de la bourgeoisie et de la bêtise. On pense aux comédies de Molière.

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Espèces d'espaces

Publié le par GéHa

- Jeunesse

Georges Perec -Espèces d'espaces
Galilée

Présentation :

Ce livre de Georges Perec est un essai philosophique. Tout ce qui touche au monde de la vie quotidienne intéresse Perec.
A l'origine, l'espace, c'est le vide. Mais il suffit de tracer en noir le périmètre d'un carré blanc pour que le vide ne soit plus le même. Le fil d'un tracé dessine aussitôt un dedans et un autour.
Les espaces s'empilent à la manière de poupées russes. Espace premier : la page sur laquelle vient s'écrire le livre. Et dans cet espace d'écriture viennent s'emboîter, chapitre après chapitre, le lit, la chambre, l'appartement, l'immeuble, la rue, le quartier, la ville, la campagne, le pays, l'Europe, le monde, l'espace.

Extrait :

J’ai plusieurs fois essayé de penser à un appartement dans lequel il y aurait une pièce inutile, absolument et délibérément inutile. Ça n’aurait pas été un débarras, ça n’aurait pas été une chambre supplémentaire, ni un couloir, ni un cagibi, ou un recoin. Ç’aurait été un espace sans fonction. Ça n’aurait servi à rien, ça n’aurait renvoyé à rien.

Il m’a été impossible, en dépit de mes efforts, de suivre cette pensée, cette image, jusqu’au bout. Le langage lui-même, me semble-t-il, s’est avéré inapte à décrire ce rien, ce vide, comme si l’on ne pouvait parler que de ce qui est plein, utile, et fonctionnel.

Un espace sans fonction. Non pas "sans fonction précise", mais précisément sans fonction ; non pas pluri-fonctionnel (cela, tout le monde sait le faire), mais a-fonctionnel. Ça n’aurait évidemment pas été un espace uniquement destiné à "libérer" les autres (fourre-tout, placard, penderie, rangement, etc.) mais un espace, je le répète, qui n’aurait servi à rien.

Comment penser le rien ? Comment penser le rien sans automatiquement mettre quelque chose autour de ce rien, ce qui en fait un trou, dans lequel on va s’empresser de mettre quelque chose, une pratique, une fonction, un destin, un regard, un besoin, un manque, un surplus ?

Ce que j'en pense :

Livre très facile à lire (ce qui n'est pas le cas de tous les livres de Perec). Perec nous réapprend à voir l'ordinaire autour de nous, dans notre environnement, nos gestes...

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