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Le camion

Publié le par GéHa

Le camion

"Le camion" de Per Wahlöö
traduction Philippe Bouquet - Rivages/Noir

Présentation de l'éditeur :

Espagne, début des années 1960. Willi Möhr, un jeune peintre marginal, a fui l’Allemagne de l’Est pour s’installer dans un village de pêcheurs où il cohabite avec un couple d’artistes scandinaves. Möhr est tiré de sa torpeur et de sa passivité morale le jour où ils disparaissent, pendant une partie de pêche. Il est persuadé qu’ils ont été assassinés. Mais dans cet univers étouffant, où les rapports humains ont été subtilement corrompus par la dictature de Franco, on ne parle guère et la police veille.

Première page :

 "Willi Mohr fut arrêté le 7 octobre vers 2 heures de l'après-midi, au milieu de la sieste.

 Il vivait seul dans une maison de deux étages en mauvais état du Barrio Son Jofre, dans la partie sud de la ville, qui était aussi la plus ancienne et celle située le plus en hauteur.

 L'homme qui vint l'interpeller était un garde civil d'âge mûr au visage somnolent, aux traits marqués et à la moustache grise coupée court. Il portait sa carabine en bandoulière et était venu à pied du cantonnement, à une certaine distance de là. À son arrivée dans la petite ruelle pavée qui montait en serpentant vers le Barrio, il observa une pause pour reprendre son souffle. Il n'était pas pressé.

Cinq minutes avant, Willi Mohr savait déjà que quelqu'un était en route vers son domicile. Il était couché sur le dos dans la pénombre, les mains jointes derrière la nuque, et regardait le plafond sans penser à quoi que ce soit en particulier. Il perçut un léger frottement et tourna la tête. Il vit alors le chat pénétrer par la chatière et pro­jeter une petite ombre oblique sur le losange de soleil qui éclairait le sol. Comme il passait directement de l'ombre au soleil, ses pupilles se dilatèrent au point de dévorer presque entièrement ses iris vert clair et de prendre une forme totalement circulaire. L'animal ne s'enfonça pas dans la pièce et s'arrêta près de la porte en jetant des regards prudents en direction de la ruelle. "

 Ce que j'en pense :

Ce livre paru en 1962 décrit parfaitement la chape de plomb qui existait dans l'Espagne franquiste. Silences, non-dits, vengeance, culpabilité, réalisme social... et puis : chaleur, humidité, odeur de poisson... mais également : écriture, intrigue, personnages... tout cela fait de ce roman noir un très bon livre.

  

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Un renard à mains nues

Publié le par GéHa

Un renard à mains nues

"Un renard à mains nues" de Emmanuelle Pagano
P.O.L.

Présentation de l'éditeur :

Les personnages de ces nouvelles ne se trouvent pas au milieu du récit, ils marchent dans les marges, se tiennent au bord de leurs vies, de leur maison, de leur pays, au bord des routes, à côté de leurs familles, de leur mémoire, à la lisère de l''ordinaire et de la raison, comme il leur arrive de faire du stop : au cas où on s'arrêterait pour les prendre. Je les ai pris dans mon livre.

Première page :

"Je venais là, au lac, tous mes étés de petite fille. Je  vivais dans un arc de plage délimité par des barrières en  bois et une forêt si dense que nous n’y construisions pas  des cabanes, nous les creusions dans les fourrés. Dans ce  morceau de rive, mon oncle avait construit une maison,  puis une baraque pour les outils et le pédalo, des terrasses  bancales jusqu’aux vaguelettes. Il avait délimité, tout près  des roseaux, à deux pas de leurs chants froissés et de leurs  nids de passereaux, un pré où nous cherchions le soleil et  les jeux. En retrait de ces jeux, il avait fait naître un jardin,  ma tante y arrachait des carottes fraîches et crues pour  mes apéritifs de petite nièce choyée. Un soir de surprise,  mon oncle avait posé une échelle contre le plus grand arbre  pour y accrocher une balançoire, mais moi j’ai toujours  détesté me balancer, j’avais trop peur de la vitesse. Du lac  taciturne et froid je n’avais pas peur, j’étais pourtant frileuse, mais dans le lac non, je le traversais à la nage, je  faisais le tour en vélo, j’étais chez moi."

Ce que j'en pense :

 Les personnages, les lieux, les paysages, de ces nouvelles se croisent, se répondent. C'est par exemple, assez troublant de retrouver un personnage rencontré dans une nouvelle devenir la narratrice dans une autre. Il se produit ainsi de douces collisions/collusions et le lecteur, grâce à l'écriture d'Emmanuelle Pagano, se retrouve lui aussi en bordure, en lisière, à la marge de toutes ces vies.

   

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Dans le terrier du lapin blanc

Publié le par GéHa

Dans le terrier du lapin blanc

"Dans le terrier du lapin blanc" de Juan Pablo Villalobos
traduction Claude Bleton - Actes Sud

Présentation de l'éditeur :

Il était une fois un petit garçon très intelligent passionné par les chapeaux, les dictionnaires, les samouraïs et la délicatesse infinie des sans-culottes. Un jour, il se pique de doter son zoo privé d’hippopotames nains du Liberia, et qu’importe que l’espèce soit en voie d’extinction ! Il les aura car papa peut tout. Papa est riche et puissant : il travaille dans la cocaïne. Depuis la forteresse où il vit reclus avec son narcotrafiquant de père et sa cour, le “Candide” observe un monde fantasmagorique et pourtant réel qui répond au moindre de ses désirs. S’il paraît extravagant, il est plein, en vérité, d’une cohérence implacable : le caprice puéril n’est qu’une réplique en miniature de la démence adulte.

Puisant avec brio à la source de l’ironie pour bâtir ce court roman philosophique, l’auteur brandit le pouvoir subversif de la dérision pour pointer une violence mexicaine prégnante et l’affilier, surtout, à une longue tradition humaine. Il semblerait, en effet, que toutes les civilisations comptent leurs coupeurs de têtes et qu’il ne soit pas si rare que les petits lapins blancs se transforment en serpents à sonnette.

Première page :

"Certaines personnes disent que je suis un garçon précoce. Surtout parce qu'elles croient que je suis trop petit pour savoir les mots difficiles. Mais j'en sais plusieurs, par exemple : sordide, néfaste, impeccable, pathétique et foudroyant. En réalité, il n'y a pas beaucoup d'adultes qui disent que je suis un garçon précoce. Le problème, c'est que je n'en connais pas beaucoup, au maximum treize ou quatorze, dont quatre disent que je suis un garçon précoce, ou que je fais plus grand que mon âge. Ou au contraire, que je suis trop petit pour ce genre de choses. Ou, au contraire du contraire, que je suis un nain. Mais je ne pense pas être un garçon précoce. A vrai dire, j'ai un truc, comme les magiciens qui sortent des lapins de leur chapeau, sauf que je sors des mots du dictionnaire. Tous les soirs, avant de m'endormir, je lis le dictionnaire. "

Ce que j'en pense :

À la fois glaçant et amusant car on navique tout le long de ce petit livre (il ne fallait pas plus de cette centaine de pages)  entre horreur et innocence.

 

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Les Milanais tuent le samedi

Publié le par GéHa

Les Milanais tuent le samedi

"Les Milanais tuent le samedi " de Giorgio Scerbanenco
traduction Laurent Lombard - Rivages Noir

Présentation de l'éditeur :

"Avec la civilisation de masse naît la criminalité de masse. Aujourd'hui, la police ne peut plus rechercher tel ou tel criminel, ni enquêter sur telle ou telle affaire. Aujourd'hui on fait d'énormes coups de filet... On pêche dans cette mer fangeuse du crime et on en sort de répugnants poissons, des petits et des gros ; et c'est comme ça qu'on fait le ménage. Mais on n'a pas le temps de s'occuper d'une fille qui mesure presque deux mètres, pèse cent kilos, simple d'esprit, et qui a disparu de chez elle, volatilisée dans l'immense Milan où une personne disparaît chaque jour sans qu'on puisse la retrouver."

Duca Lamberti, lui, va prendre le temps de s'intéresser à cette affaire.

Première page :

"- Oui ? dit Duca Lamberti.

C'était moins une question qu'une approbation.

De l'autre côté de la table, l'homme vieux mais robuste, solide, large, musclé, les oreilles et les sourcils broussailleux, se remit alors à parler :

- Chaque fois que j'allais au commissariat,  le commissaire me disait : « Ne vous inquiétez pas, on va la retrouver, votre fille, laissez-nous le temps, on a tellement de travail vous savez. » J'y suis allé une fois par semaine et le commissaire me répondait toujours la même chose : qu'on allait la retrouver, ma gamine. Mais ça fait cinq mois et toujours rien, et moi je ne vis plus. Brigadier, je vous en supplie, retrouvez-la-moi, sinon je ne sais pas ce que je vais faire.

Duca Lamberti n'était pas brigadier, mais il ne corrigea pas ; il n'aimait pas corriger qui que ce soit, faire la leçon à qui que ce soit. Il regarda le vieil homme - pas si vieux au fond, il ne devait pas encore avoir soixante ans - il regarda ce visage de vieux taureau brave et débonnaire que déformait, à ce moment-là, un rictus proche des larmes.

- Bien entendu, nous ferons tout ce qu'il faut, lui dit-il."

Ce que j'en pense :

On retrouve pour la dernière fois les enquêtes d l'inspecteur Duca Lamberti, qui nous entraine dans les bas-fonds de la ville de Milan. Pour moi, l'intérêt principasl de ce roman est de permettre de redécouvrir l'univers de Giorgio Sverbanenco dans les années 60.

 

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Un enfant de Dieu

Publié le par GéHa

Un enfant de Dieu

"Un enfant de Dieu" de Cormac McCarthy
traduction Guillemette Belleteste - actes sud (points)

Présentation de l'éditeur :

A quel moment Lester est-il devenu un monstre ? Chassé de chez lui, il erre dans les montagnes comme un charognard guettant ses proies. Ses raisonnements se simplifient, les actes laissent place aux pulsions et ses gestes deviennent ceux d'un animal traqué. Un monologue où se mêlent insultes et sanglots s'élève dans sa grotte peuplée de cadavres ; le grognement à peine humain d'un enfant de Dieu. A quel moment Lester est-il devenu un monstre ? Chassé de chez lui, il erre dans les montagnes comme un charognard guettant ses proies. Ses raisonnements se simplifient, les actes laissent place aux pulsions et ses gestes deviennent ceux d'un animal traqué. Un monologue où se mêlent insultes et sanglots s'élève dans sa grotte peuplée de cadavres ; le grognement à peine humain d'un enfant de Dieu.  

Première page :

"Ils arrivèrent comme une caravane de forains à travers les basses terres envahies de laîches et franchirent la colline dans le soleil du matin, le camion bringuebalant et plongeant dans les ornières, les musiciens en équilibre instable sur des chaises dans la caisse, en train d'accorder leurs instruments ; le gros type avec sa guitare souriait et gesticulait en direction des autres dans la voiture derrière, se penchant pour donner la note au violoneux qui tournait une clef de son crincrin, l'oreille tendue, le visage plissé. Ils passèrent sous les pommiers en fleur, le long d'une mangeoire en rondins colmatée de boue orange, traversèrent un ruisseau à gué pour arriver en vue d'une vieille masure à essentes, ombre bleue sous la paroi montagneuse. Au-delà se dressait une grange. Un des hommes à l'arrière du camion donna un coup de poing sonore sur le toit de la cabine et le véhicule s'immobilisa. Des voitures et des camions arrivaient à travers les herbes folles dans la cour, il y avait des gens à pied.

A observer ces choses qui émergent d'une matinée par ailleurs silencieuse et champêtre, un homme, devant la porte de la grange. Il est petit, crasseux, mal rasé. Il se déplace dans la balle sèche au milieu de la poussière et des lames de soleil avec une brutalité contenue. Du sang saxon et celte. Un enfant de Dieu, sans doute comme vous et moi."

Ce que j'en pense :

C'est un livre très bien écrit, concis, sans aucun superflu. L'auteur va directement à l'essentiel, ce qui donne un livre très noir, sans espoir, qui peut même nous faire éprouver un sentiment de malaise.

  

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Les murs de sang

Publié le par GéHa

Les murs de sang

"Les murs de sang" de Jérôme Camut et Nathalie Hug
calmann-lévy

Présentation de l'éditeur :

Douze ans que Jack van Bogaert est séparé de sa fille, Lucie. Après une jeunesse tumultueuse et un séjour prolongé dans une prison balinaise, il coule des jours paisibles auprès de Libby, la femme qu’il aime, sur une petite île paradisiaque. Un bonheur inespéré auquel s’ajoutent des retrouvailles avec Lucie, dont la mère vient de mourir et qu’il est venu récupérer en Suisse. Survient un stupide accident de voiture sur une route de montagne, et tout bascule.

 Avec cette intrigue ingénieuse filée sur trois époques, Jérôme Camut et Nathalie Hug nous offrent un thriller complexe, sensible, virtuose.

Première page :

"Le matin du jour où sa vie bascula, Jack van Bogaert prit la route du volcan. À mi-chemin du sommet, il se gara sur le bas-côté et coupa le moteur de sa Jeep. De cet endroit d'Elisabeth Island, le regard portait loin et l'altitude créait l'illusion d'une courbure de l'horizon. Jack s'arrêtait là chaque jour pour scruter le relief des îles Vierges et la longue silhouette de Saint-Domingue, plus à l'ouest.

Il s'abîma longtemps dans la contemplation du paysage avant de s'engager sur une route défoncée et caillouteuse, jusqu'à une paillette nichée sur les berges du cratère. Cette bicoque enfouie sous un entrelacs de palmiers, décolorée par le soleil, servait à la fois de résidence et de magasin à une vieille Créole surnommée Gnokie.

Le carton occupée placardé sur la vitrine de l'épicerie indiquait que la propriétaire des lieux jardinait. Jack entra dans le magasin, se fraya un chemin entre les piles de caisses et les rayonnages branlants, puis poussa la petite porte rouge qui donnait sur le potager.

Le dos courbé entre deux rangs de tomates, Gnokie binait la terre en marmonnant, ses quelques dents serrées sur une pipe en écume. D'un rapide coup d'oeil, Jack repéra la demi-douzaine de cagettes qui s'entassaient dans l'ombre d'un auvent ; sa commande du jour."

Ce que j'en pense :

Ce livre est bien fait pour qu'on le lise jusqu'au bout : suspense, rythme, émotions...Mais on avance dans l'intrigue sans vraiment y croire : il y a des invraisemblances géographiques, les ficelles sont souvent très grosses et le style frôle parfois le ridicule. On peut lire ce livre pour s'occuper, se vider la tête...

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Le sel de la vie

Publié le par GéHa

Le sel de la vie

"Le sel de la vie" de Françoise Héritier
Odile Jacob

Présentation de l'éditeur :

 " II y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d'exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c'est de cela que j'ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie". Dans cette méditation tout en intimité et en sensualité, l'anthropologue Françoise Héritier traque ces choses agréables auxquelles notre être profond aspire, ces images et ces émotions, ces moments empreints de souvenirs qui font le goût de notre existence, qui la rendent plus riche, plus intéressante que ce que nous croyons souvent et dont rien, jamais, ne pourra être enlevé à chacun.

Extrait :

"... écouter religieusement Mozart, les Beatles ou Astrud Gilberto, faire un aller-retour en une nuit en Suisse pour assister à un concert de son chanteur préféré, se gorger de fraises des bois, prendre les chemins côtiers un jour de grand vent, attendre une éclipse ou le passage nocturne d'un grand duc, se creuser la tête pour savoir ce qui ferait plaisir à l'autre, marcher nu-pieds, prêter l'oreille à des voix répercutées par la mer, s'étirer et bâiller, allumer juste une petite lampe ou de gros projecteurs, courir le guilledou et faire des compliments, être à l'affût des regards qui en disent long, corner une page même si cela ne se fait pas, envoyer bouler un temps la politesse, oublier de prendre son courrier, se tenir par le bras ou par la main, marcher à contre-courant, tenir la porte à un élégant vieux monsieur, se rouler en boule, ..."

Ce que j'en pense :

C'est une belle idée au départ : faire une énumération (à la Perec ou ito Naga) de tout ce qui donne gout à la vie. Mais il y en a trop de sel et cela finit par être presque indigeste. La mise en page ne favorise pas non plus la lecture.

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Le testament américain

Publié le par GéHa

Le testament américain

"Le testament américain" de Franz Bartelt
Gallimard

Présentation de l'éditeur :

Le village de Neuville s'enorgueillit d'avoir vu naître, à la faveur d'un accident d'avion, l'illustre Clébac Darouin, milliardaire américain. Celui-ci est resté reconnaissant à ce coin de campagne de lui avoir permis de voir le jour, et il inonde le bourg de ses bienfaits. Son dernier cadeau est le plus somptueux : il offre par testament aux Neuvillois un cimetière hors normes. Chaque habitant y aura sa tombe, vaste comme une maison. La cité funéraire se bâtit à l'abri de murs, et chacun y a son petit palais de marbre. Le nouveau cimetière va bientôt attirer les journalistes (dont la jeune et trop excitante Anne-Marie), mais aussi quelques complications inattendues... On retrouve ici l'univers inimitable de Franz Bartelt, et son style formidable de précision, d'ironie et de roublardise.

Première page :

"Tout le monde savait que Clébac Darouin avait racheté des hectares de plaine et de forêt qu'il avait fait entourer de murs et au milieu desquels s'élevait son tombeau, une construction plus massive que l'église, mais allégée par un ensemble de baies et de vitraux, de cheminées ouvragées, d'escaliers et de balcons, dans un style qui était la synthèse du Bauhaus, de la Renaissance italienne et du kitsch hollywoodien. Il était mort et toute la population l'avait conduit à sa dernière demeure.

Une semaine plus tard, le notaire, qui était de la ville, rassembla tous les habitants sur la place du village, devant le bistrot Matouillet. Des tables avaient été installées dehors et, comme il faisait beau, chacun était venu avec son siège. Il n'y avait pas de mystère, car plus d'une fois et pendant près d'une décennie, Clébac Darouin avait affirmé, oralement comme par écrit, qu'il n'avait oublié personne sur son testament et que sa fortune serait équitablement partagée entre chaque citoyen de Neuville, son village natal.

Juché sur une table, le notaire examinait la petite foule avec un air de profond dégoût."

Ce que j'en pense :

Franz Bartelt nous a montré qu'on peut rire en littérature. Ce dernier livre est dans la même veine que les précédents mais cela fonctionne moins bien sans que je puisse définir vraiment pourquoi... Peut être y a-t-il un peu moins de folie et un peu trop de gauloiserie?

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Nos vies désaccordées

Publié le par GéHa

Nos vies désaccordées

"Nos vies désaccordées" de Gaëlle Josse
éditions Autrement

Présentation de l'éditeur :

"Avec Sophie, j'ai tout reçu, et tout perdu. Je me suis cru invincible. Je nous ai crus invincibles. jamais je n'ai été aussi désarmé qu'aujourd'hui, ni plus serein peut-être." François Vallier, jeune pianiste célèbre, découvre un jour que Sophie, qu'il a aimée passionnément puis abandonnée dans des circonstances dramatiques, est internée depuis plusieurs années. Il quitte tout pour la retrouver. Confronté à un univers inconnu, il va devoir se dépouiller de son personnage, se regarder en face. Dans ce temps suspendu, il va revivre son histoire avec Sophie, une artiste fragile et imprévisible, 
jusqu'au basculement. La musique de nos vies parfois nous échappe. Comment la retrouver ?

Première page :

 "À l'heure dite, je suis venu chercher les clés. Je n'avais pas changé d'avis, c'était l'essentiel, mais en laissant derrière moi cette agence immobilière assoupie dans son décor de publicités champêtres, j'ai dû m'arrêter quelques instants. Vertige.

 Devant mes yeux, les passants, les terrasses des cafés et les affiches des cinémas se sont rejoints en une valse lente, et le mouvement s'est accéléré. Je me suis assis à la table la plus proche. La valse a ralenti.

 Je dois dire que depuis quelques mois, ma vie ressemble à un manège dont les nacelles, figées entre ciel et terre, auraient perdu tout espoir d'en redescendre un jour.

 Il est vrai que de Carnegie Hall à Paris, et de Paris à cette bergerie perdue des Pyrénées, tout est allé vite. Pas assez à mon goût, mais le fait est là : me voici arrivé à un embranchement imprévu."

Ce que j'en pense :

Récit inspiré de l'histoire de Robert et Clara Schumann. Ce livre (très différent de son premier livre "Les heures silencieuses") raconte une belle histoire d'amour et de pardon, de musique, de deuil et de folie... Pas d'effet de style dans ce court roman à l'écriture juste et fine.

  

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Paris Gare du Nord

Publié le par GéHa

Paris Gare du Nord

"Paris gare du Nord" de Joy Sorman
l'arbalète gallimard

Présentation de l'éditeur :

Joy Sorman s’est installée pendant une semaine Gare du Nord pour écrire ce livre. Convaincue qu’il suffit d’attendre pour que quelque chose surgisse, le lundi 2 mai à 16h40, elle voit successivement apparaître Brice Hortefeux puis une adolescente qui tient par la main un hamster… et voilà son texte lancé. Entre enquête et collection de coïncidences, Paris Gare du Nord est la mise en récit d’un lieu gigantesque et des foules qui le traversent. Une nouvelle manière de dire notre monde contemporain, avec précision, humour et sensibilité.

Première page :

"16 h 40 :

ARRIVÉE

Gare du Nord on sait déjà qu'il y aura la foule, l'Europe qui débarque par le Thalys et l'Eurostar, on sait qu'il y aura des masses de voyageurs en transhumance sur les quais, des milliers de valises à roulettes, des vendeurs de journaux et des hommes d'affaires. Ça on le sait déjà, on le voit quand on va prendre son train, on n'est pas étonné.

Mais ce matin je n'ai pas de train à prendre, rien à faire de sérieux à la gare du Nord, pas même un rendez-vous. Je suis là pour regarder.

Et quand on se pose quelque part pour ne plus en bouger il se passe des choses invraisemblables, des choses qui surgissent parce qu'on a pris le temps de les attendre, parce qu'on est resté."

Ce que j'en pense :

L'idée est intéressante et la contrainte également (écrire et poster en temps réel) et cela donne quelques belles pages. Mais on referme le livre avec un sentiment mitigé : on s'attendait à quelque chose de plus intense.

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