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L'art de voler

Publié le par GéHa

L'art de voler

"L'art de voler" de Antonio Altarriba et Kim - Denoël

Présentation de l'éditeur :

Ce livre est né d’un fait réel : le suicide d’un homme de 90 ans qui s’élance du quatrième étage de sa maison de retraite pour voler enfin librement. Dernier fils d’une famille rurale, le père d’Antonio Altarriba naît en Aragon à l’orée du XXe siècle. Son idée fixe est de quitter son village pour les lumières de la ville. Il rallie les cohortes d’Espagnols sans pain ni toit, exploités, exposés à toutes les rigueurs du temps : chute de la monarchie, Seconde République, guerre civile, dictature de Franco, exode, Deuxième Guerre mondiale, retour et exil intérieur…
À travers les tribulations extraordinaires de cet homme ordinaire, Altarriba et Kim donnent une dimension universelle à la trajectoire d’une particule élémentaire qui ne renonce jamais jusqu’à l’heure ultime à voler sur les ailes de la justice et de la liberté.

Extrait :

L'art de voler

Ce que j'en pense :

C’est l’histoire d’un homme ordinaire dans un moment important de l’histoire de l’Espagne. Les faits historiques sont donc abordés presque en arrière plan de la vie de cet homme : la guerre civile, les camps en France…. Cela nous montre assez bien la complexité des situations et toutes les désillusions qu’a connues cette génération. Le format est malheureusement trop petit par rapport au texte et au dialogue, ce qui rend la ;lecture parfois difficile.

L'art de voler

 

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Madelaine avant l'aube

Publié le par GéHa

"Madelaine avant l'aube" de Sandrine Collette - JC Lattès

Présentation  de l'éditeur :

C’est un endroit à l’abri du temps. Ce minuscule hameau, qu’on appelle Les Montées, est un pays à lui seul pour les jumelles Ambre et Aelis, et la vieille Rose.
Ici, l’existence n’a jamais été douce. Les familles travaillent une terre avare qui appartient à d’autres, endurent en serrant les dents l’injustice. Mais c’est ainsi depuis toujours.
Jusqu’au jour où surgit Madelaine. Une fillette affamée et sauvage, sortie des forêts. Adoptée par Les Montées, Madelaine les ravit, passionnée, courageuse, si vivante. Pourtant, il reste dans ses yeux cette petite flamme pas tout à fait droite. Une petite flamme qui fera un jour brûler le monde.
Avec Madelaine avant l’aube, Sandrine Collette questionne l’ordre des choses, sonde l’instinct de révolte, et nous offre, servie par une écriture éblouissante, une ode aux liens familiaux.

Première page :

La terre frémit sous leur pas lourd. Ils se hâtent, de cette lenteur presque hypnotique des grands corps épuisés après une journée de labeur — interrompue bien avant l'heure, quand l'enfant est venu.

Ils vont côte à côte l'homme et le cheval, puant l'un et l'autre la sueur séchée sur leur peau rugueuse, le premier essuie la poussière qui fait du gris sur son front et l'autre secoue la tête pour se débarrasser des mouches. L'enfant marche devant, se retourne pour les attendre. Il ne dit rien mais tout dans son attitude trahit son impatience. Il aimerait qu'ils se pressent, que l'homme que l'on appelle Eugène-le-Fort soit aussi rapide que le vent. Il voudrait que le puissant cheval s'élance et se jette et les emmène sur son dos parce que là-bas, Aelis — ou est-ce Ambre ? il ne sait pas — lui a répété d'une voix de terre : Va vite. Dis-lui que c'est grave.

Et l'enfant a couru à s'en déchirer la poitrine. Au bord du fleuve, il a hélé la passeuse

Ce que j'en pense :

Comme (presque) toujours la plume de Sandrine Collette sait nous amener dans des situations extrêmes, nous faire partager des vies de femmes et d’hommes confrontés à la dureté de la vie et de la nature. On sait que tout cela va être très sombre et magnifiquement écrit. Mais ce livre n’est pas le meilleur de l’autrice, surtout après « On était des loups » car on ressent quelques longueurs vers le milieu du roman.

Madelaine avant l'aube

 

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Petite sale

Publié le par GéHa

Petite sale

"Petite sale" de Louise Mey - Editions du Masque

Présentation de l'éditeur :

La terre est riche. Parfois, elle y pense – la terre est riche. La boue est riche. Elle pas. Tout le monde est plus riche qu’elle, même la boue.
Catherine est pauvre. Catherine fait sale. Catherine parle peu. Elle n’aime pas qu’on la regarde – les filles qu’on regarde ont des problèmes. Au Domaine où elle travaille, elle fait partie de ces invisibles grâce à qui la ferme tourne.
Monsieur, lui, est riche. Il ne parle pas non plus – il crache ou il tonne. Et il possède tout.
Mais quand sa petite-fille de quatre ans disparaît ce jour glacé de février 1969, Monsieur perd quelque chose d’une valeur inestimable.
Dans cette vallée de champs de betterave, où chaque homme et chaque femme est employé de près ou de loin par Monsieur, deux flics parisiens débarquent alors pour mener l’enquête avec les gendarmes.
Car une demande de rançon tombe. Mais le village entier semble englué dans le silence et les non-dits.  Personne ne veut d’ennuis avec Monsieur. À commencer par Catherine. Catherine qui se fait plus discrète et plus invisible encore. Catherine qui est la dernière à avoir vu la petite.

Première page :

Lundi 10 février 1969

À perte de vue la terre, brun-noir, grasse et humide sous sa croûte de gel gris.

Riche.

La terre est riche. Parfois, elle y pense – la terre est riche. La boue est riche. Elle pas. Tout le monde est plus riche qu’elle, même la boue. Les bûcherons qui s’activent dans la cour sont plus riches qu’elle. Giovanni et les autres Italiens qu’on loge dans la baraque du champ est. M. Dubuis, l’instituteur qui l’humiliait, est plus riche qu’elle. Salors, le cafetier avec ses moustaches qui sert le vin à des hommes qui ne devraient pas boire, est plus riche qu’elle. Et Monsieur, bien sûr. Monsieur est plus riche qu’elle. Tout le monde ici est plus riche qu’elle, même la boue. Parfois, elle y pense. Souvent, elle y pense. Tout le temps, elle y pense, et puis elle ravale, elle cache au fond d’elle-même, au milieu d’un dédale de secrets et d’envies, un dédale si serré et si étouffant qu’il n’y a plus qu’un nœud. Un nœud de dépit, un nœud de faim, la faim d’autre chose et d’ailleurs. Mais elle est ici, clouée au sol, les pieds dans la boue, la boue plus riche qu’elle.

Ce que j'en pense :

J’avais beaucoup apprécié un de ses précédents livres : « La deuxième femme ». Dès les premières pages je me suis dit que cela allait être dans la même veine. Mais j’ai été terriblement déçu au point que je me demande si c’est vraiment la même personne qui a écrit ces deux livres. L’intrigue est poussive, très lente. C’est difficile de s’attacher aux personnages. On a l’impression d’être complètement passé à côté de cet environnement rural, social et psychologique voulu par l’autrice.

Petite sale

 

 

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Ceux qui méritent de mourir

Publié le par GéHa

Ceux qui méritent de mourir

"Ceux qui méritent de mourir" de Carlos Salem - Actes Sud

Présentation de l'éditeur :

“Mon nom est Personne.” Tels sont les mots retrouvés sur chacune des victimes d’un redoutable tueur en série qui sévit en Espagne. Selon lui, ses proies auraient mérité leur sort, ayant échappé à la justice grâce aux failles du système. Son mode opératoire est particulier : il enveloppe le visage des morts dans du film alimentaire, comme pour effacer leurs traits. Pour arrêter “Personne”, la police se tourne vers Severo Justo, policier et ex-prêtre accablé par un deuil insurmontable, qui a décidé que cette affaire serait sa dernière avant de se suicider. Severo réunit une équipe hétéroclite composée d’une psychiatre schizophrène, d’un hacker octogénaire et d’un légiste qui sait communiquer avec les morts. Mais l’assassin est obsédé par le passé de Justo et l’attire dans ses plans sordides. Le compte à rebours est enclenché, chaque seconde rapprochant l’ancien prêtre de son ultime destinée. Personne n’est à l’abri de personne.

Première page :

— My tailor is rich, répète Rogelio Calzado, enveloppé dans une serviette éponge de couleur blanche.

La vapeur flotte dans l’immense salle de bains comme une brume légère. Rogelio se dit, comme chaque fois qu’il a le temps de prendre une longue douche sans être dérangé, que cette salle de bains serait assez grande pour faire un foot à cinq, comme quand il était gosse, là-bas, à Oviedo.

En réalité, quand il était gosse, il n’avait pas le temps de jouer au foot car il fallait travailler. De toute façon, aucune équipe ne le choisissait jamais, parce qu’il était tout petit et pas foutu de taper dans le ballon.

“T’es né avec deux pieds gauches, microbe”, se moquaient les autres enfants, à commencer par ce con de Miranda, avec sa carrure qui faisait soupirer les gamines  du quartier, les mêmes qui n’accordaient pas un regard à Rogelio.

Comme toujours quand ces souvenirs refont surface, Rogelio passe en revue la vie de ces petits péteux. Aucun d’eux n’a accompli quoi que ce soit. Miranda comme les autres. Il a fini par descendre à la mine et pointe au chômage depuis plus de dix ans.

Rogelio le sait parce qu’il possède des dossiers sur tous ces “copains” d’enfance qui l’ont si souvent tenu à l’écart de leurs jeux.

Celui qui a le mieux réussi dirige une agence bancaire dans le bled le plus paumé des Asturies. Une agence de la banque dont Rogelio est le président et l’actionnaire majoritaire.

Courir autant après le ballon pour arriver nulle part.

Ce que j'en pense :

Excellent polar. Ce livre est moins déjanté que ces précédents. Les personnages sont crédibles, même si on trouve des originaux, comme l’octogénaire ou le légiste. Le récit nous tient en haleine et il y a aussi une réflexion assez profonde sur la justice,  la vengeance et aussi sur la spiritualité (le héro est un ancien prêtre). Il va falloir être patient pour lire le prochain livre de l’auteur car il lui faut du temps pour peaufiner ses créations (tant mieux !)

Ceux qui méritent de mourir

 

 

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La dernière affaire de Johnny Bourbon

Publié le par GéHa

La dernière affaire de Johnny Bourbon

"La dernière affaire de Johnny Bourbon" de Carlos Salem - Actes Sud

Présentation de l'éditeur :

D’humeur chagrine à l’aube de son cinquantième anniversaire, le détective Arregui reprend du service pour les besoins d’une double enquête : élucider les circonstances de la mort d’un entrepreneur véreux et retrouver le chaton d’une fille aux cheveux verts et au nom de fleur.

Il pourra compter sur son acolyte Juan Carlos de Bourbon – alias Johnny Bourbon de Scotland Yard –, roi (émérite) d’Espagne, qui après avoir cédé le trône à son fils se meurt d’ennui sous les ors de son palais de la Zarzuela. Aussi facétieux et inconséquent que lors de leur première collaboration dans «Je reste roi d’Espagne», l’ex-monarque, n’aspire qu’à faire oublier une certaine partie de chasse au Botswana.

L’extravagant tandem s’embarque alors dans les péripéties les plus loufoques, comme démanteler un réseau pédophile orchestré par une ONG de protection de l’enfance.

S’il est toujours en guerre contre le monde entier et surtout contre lui-même, et qu’il a toujours la mandale facile ainsi qu’une étonnante propension à ne bien réfléchir que dans les sex-shops, le Txema Arregui de ce roman s’enrichit d’une teinte élégiaque qui sied à merveille à la tonalité parodique qui a fait le succès de Carlos Salem.

Première page :

J’arrive toujours trop tôt ou trop tard aux endroits où personne ne m’attend. Je me refuse à consulter la montre en plastique que je porte au poignet pour savoir l’heure qu’il est.

Ce serait faire insulte à la placidité des chats, qui règnent sur le cimetière et qui savent que le temps, comme dit toujours un presque ami à moi, c’est une autre histoire.

En tout cas, le soleil, qui a quelque chose d’un chat couché là-haut, me dit qu’il est midi.

L’heure sans ombre.

Le moment où Peter Pan se repose et où le capitaine Crochet rêve qu’il se fabrique des bottes en peau de crocodile pour piétiner ses peurs.

Le midi a quelque chose d’une frontière.

Que l’on regarde devant ou derrière soi, il n’y a aucune différence.

Pourtant, il y a toujours des différences.

Je suis désorienté mais bien vivant.

Toi, tu es morte.

Ce que j'en pense :

C’est un livre original, très drôle, qui m’a procuré beaucoup de plaisir à la lecture. Évidemment l’histoire est assez invraisemblable mais le fond pourrait bien avoir un peu de vérité. Les personnages, même s’ils sont un peu « foutraques », sont très attachants. C’est le deuxième livre que je lis de cet auteur mais je suis certain que j’en lirai d’autres.

La dernière affaire de Johnny Bourbon

 

 

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Kasso

Publié le par GéHa

Kasso

"Kasso" de Jacky Schwartzmann - Le livre de poche

Présentation de l'éditeur :

Après des années d’absence, Jacky Toudic est de retour à Besançon pour s’occuper de sa mère malade d’Alzheimer. Les vieux souvenirs et copains resurgissent. Les vieux travers aussi. En effet, Jacky ne gagne pas sa vie comme les honnêtes gens. Son métier : faire Mathieu Kassovitz. Car Jacky est son sosie parfait, et vu que Jacky est escroc, ça fait un bon combo. Depuis des années, se faisant passer pour l’acteur, il monte des arnaques très lucratives.
Ce retour au bercail pourrait être l’occasion de se mettre au vert, mais c’est compter sans sa rencontre avec la volcanique Zoé, avocate aux dents longues, qui en a décidé autrement.

Première page :

Maman n'est pas morte. Ce serait mieux pour tout le monde, à commencer par elle. Cela m'arrangerait, aussi. Après deux mois à Toulouse, en déplacement professionnel, je viens à peine de réintégrer mon univers : la place de Lenche, dans le Panier. J'aime Marseille parce que les gens d'ici se foutent de tout. Et, passant le plus clair de mon temps en vadrouille, c'est ce à quoi j'aspire, quand je rentre. Qu'on se foute de moi, de ce que je peux faire, dire ou penser. Évoluer à Marseille est d'une simplicité déconcertante. Il suffit d'être capable d'aligner deux ou trois remarques sur l’OM, les veilles de match. Les lendemains, surtout. Au comptoir d'un bar, dans la file du tabac, dans le métro, enfin dans tous ces lieux où une conversation peut jaillir entre des inconnus, les performances des Phocéens sont omniprésentes. La grande question étant : est-ce que cette année on va pouvoir niquer Lyon ?

Il faut aussi être capable d'affirmer des choses avec l'aplomb d'un spécialiste, et ce quel que soit le sujet…

Ce que j'en pense :

Dans la même veine que les autres livres de l’auteur : humour noir souvent désopilant, histoire plutôt amorale, personnages originaux mais bien campés, critique assez juste des travers de notre société…C’est un bon livre avec d’excellents passages. Je le trouve quand même un peu au dessous de ses autres livres comme « Shit » ou « Mauvais coûts ».

Kasso

 

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Fatrasie

Publié le par GéHa

Fatrasie

"Fatrasie" de Brigitte Fontaine - Le Tripode

Présentation de l'éditeur :

Aujourd’hui, Brigitte Fontaine a 84 ans. Son corps ne suit plus, le temps des concerts est passé, mais l’écriture, elle, subsiste. « Entre la mort et moi, un barrage : l’écriture », écrit-elle dans Fatrasie. Et quel panache ! Elle fait avec ce nouveau livre ce qu’elle fait depuis toujours, elle dit l’amour, la vie, la mort et leurs dérivés (couple, sexe, chats, corps, et aussi ce truc qu’on appelle parfois « l’Unique »). Son monde poétique résiste à la peur et à la douleur. Et il reste à découvrir, toujours aussi déconcertant et sans doute trop libre et drôle pour qu’on s’arrête à son tragique. Voici comme elle conclut son recueil : « Elle, elle ne mourut pas, elle ne mourra pas, car elle est le prophète dressé en figure de proue sur la barque d’Isis, aussi vaste que les univers. Ô le secret des mystères ! » À qui protesterait devant le non-sens de son verbe, Brigitte répond : « les expliqueurs et les expliqueuses de textes devraient tous être passés par les armes ». Elle a raison.

Extrait :

Petite poupée brune, en chiffon, à grosse tête pour le fun avec accroche-cœurs noirs mignons, énormes yeux, minuscule robe rouge et escarpins rouges, un délice ; et celle-là, toute petite lampe qui fait penser à un rideau de théâtre de nuit ; oh oui c'est joli mais pas assez pour consoler ; consoler les cœurs solitaires et désolés-désossés, patraques à mourir.

Des traînées, des monceaux de médicaments ; de grands bouquets d'habits en vrac.

Taches de café sur le drap du lit. Tasses, pailles, sacs, briquets, paquets de Craven menaçants, cendriers de fortune.

Pas de comtesse, pas de chat.

PAS DE CHAT.

Ce que j'en pense :

D’après Le Robert, une fatrasie est « Pièce poétique et satirique du Moyen Âge, d'un caractère volontairement incohérent ou absurde. » Je trouve que cela correspond vraiment à ce livre, à condition de ne pas oublier le mot « poétique ». Dans ce livre on retrouve l’univers de Brigitte Fontaine : sa truculence, sa révolte, ses provocations… mais avec un côté encore plus désespéré et acerbe sur la vie qui s’en va.

Fatrasie

 

 

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Je me demande...

Publié le par GéHa

Je me demande...

"Je me demande..." de Jean-Louis Chiflet - Hérodios

Présentation de l'éditeur :

En 1978, l’immense Georges Perec publie son fameux « Je me souviens », florilège de 480 fragments de sa vie quotidienne, une façon aussi originale que brillante de s’autobiographier.
J’ai depuis toujours une immense admiration pour cet exceptionnel poète et jongleur de mots et je rêve de lui rendre hommage mais en évitant de le plagier en égrenant des souvenirs. D’autres l’ont fait avant moi de façon plus ou moins heureuse.
J’ai plutôt imaginé des interrogations insolites et décalées à priori sans réponses.
Ces 480 « Je me demande » relèvent donc d’un pari aussi risqué que farfelu !
Puisse ce cher Georges Perec me pardonner, mais sans doute dans un autre monde, cette folle initiative.

Première page :

Je me demande pourquoi le mot abréviation est si long et mnémotechnique si difficile à retenir.

Je me demande si celui qui a inventé l'eau tiède a d'abord chauffé l'eau froide ou refroidi l'eau chaude.

Je me demande si les TGV arrivent à destination sans crier gare.

Je me demande si certains peintres ne sont pas parfois au bout du rouleau.

Je me demande si les archiprêtres ne sont pas des curés intégristes.

Je me demande si les ours blancs ne sont pas bipolaires.

Je me demande s'il existe des imbéciles malheureux et des accidents intelligents.

Je me demande s'il y a des arbres à pain aux Îles Sandwich.

Ce que j'en pense :

C’est un livre qui se lit par petits morceaux mais surtout sans attendre des éclats de rire à chaque page ! Sur les 480 fragments (qu’il ne faut absolument pas lire à la suite, au risque d’indigestion !) j’en ai trouvé sans doute 1 sur 10 plutôt drôle (ou peut-être 1 sur 20 !).

Je me demande...

 

 

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Joueuse

Publié le par GéHa

Joueuse

"Joueuse" de Benoit Philippon - Le Livre de Poche

Présentation de l'éditeur :

Maxine est une de ces femmes à qui rien ne résiste. Elle tombe sous le charme de Zack, joueur de poker professionnel comme elle, mais elle n’en montre rien. Qui maîtrise à la perfection l’art de la manipulation ne dévoile jamais son jeu.
Maxine propose à Zack une alliance contre un concurrent redoutable. Piège ou vengeance... Zack n’en sait rien. Mais comment résister à la tentation du jeu ? Maxine est une tornade qui défie le monde si masculin des joueurs de poker. Elle est bien décidée à régler ses comptes, coûte que coûte.

Joueuse est une partie de poker virtuose où chacun mise sa vie. Un nouveau livre jubilatoire, teigneux, drôle et renversant de Benoît Philippon, qui décidément aime les héroïnes qui n’ont pas froid aux yeux.

Première page :

Le père ne voulait pas que son fils trime comme un con. Faire les trois-huit, compter les mois avant la retraite, compter les semaines avant les vacances, compter les heures avant la fin de la journée. «Tant qu'à compter, compte les cartes», il lui disait. Tout ce qui se joue avec de l'argent au bout, son père l'a enseigné à Zack quand il était gamin. Dès que ça nécessitait réflexe, stratégie, veine, arnaque, il lui expliquait les rouages. Son vieux lui a tout appris, de l'appât du gain à la méfiance de l'adversaire. Il lui rabâchait que la société est fondée sur le mensonge : «L'État t'arnaque, les impôts te volent, ton patron te ment, ta femme te trompe, y a pas de raison de rentrer dans le rang. T'es pas un mouton. Sauf si t'as un penchant pour les abattoirs. Tu veux finir à l'abattoir, toi ?»

«Non», répondait le petit Zack décontenancé par la logorrhée paternelle.

«Le système, t'es forcé d'y participer, que tu le veuilles ou non. Par contre, y a des moyens de tirer ton épingle du jeu et d'en sortir gagnant. Faut pas hésiter à la jouer tordue. Eux se privent pas, toi non plus. On appelle ça la manipulation. Faut bien connaître les règles, pour mieux les contourner. Tout est question de mensonge. Tu leur fais croire que t'es un agneau, un p'tit bestiau naïf et inoffensif, et dès qu'ils baissent la garde c’est toi qui les plantes.

Ce que j'en pense :

C’est du très bon Philippon et on n’est pas obligé d’aimer le poker pour apprécier ce roman. C’est très bien écrit avec ce qu’il faut d’humour (parfois acerbe et sarcastique) et l’histoire nous tient en haleine. Les personnages, comme souvent dans ses romans, sont plutôt « cabossés » mais ils savent se défendre et se rendre sympathiques.

Joueuse

 

 

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Ces féroces soldats

Publié le par GéHa

Ces féroces soldats

"Ces féroces soldats" de Joël Egloff - Buchet Chastel

Présentation de l'éditeur :

Dans ce récit, Joël Egloff retrace l'histoire singulière et tumultueuse de sa famille durant la seconde guerre mondiale, en Moselle annexée. Pièce par pièce, il entreprend de reconstituer le puzzle de l'enfance et de l'adolescence de ses parents sous le joug nazi. En entrelaçant la petite histoire et la grande, il évoque ces années noires et retrace le périple tragique de son père, à travers l'Europe, incorporé de force par l'ennemi, à dix-sept ans, puis envoyé au front, contre son propre camp, sous le pire des uniformes.

A hauteur du regard de l'enfant qu'il a été, Ces féroces soldats dépeint cette guerre dans toute son ironie macabre et la quintessence de son absurdité

Première page :

Je voudrais cette lettre. Elle doit être quelque part dans la maison, c’est sûr. Où pourrait-elle être, sinon ?

Je l’ai eue entre les mains, pourtant, cela fait des années, et c’est moi qui l’ai rangée, je ne sais où. Elle était à la cave, auparavant, dans une vieille boîte à chaussures sans couvercle, au-dessus de l’armoire à conserves. C’est là qu’elle se trouvait depuis trop longtemps, livrée aux araignées. Je l’avais lue, puis l’avais remontée à l’étage, pour la mettre à l’abri de la poussière.

Dans la même boîte se trouvaient trois grands carnets noirs. Des agendas, des livres de comptes de la petite épicerie que tenait ta mère, avant la guerre. Une épicerie sans vitrine et sans horaires, dans une maison au pied de la côte qui montait vers l’église.

Ce que j'en pense :

Un récit bouleversant qui montre l’absurdité des guerres. L’auteur parle de ses parents (surtout de son père) avec beaucoup de tendresse, de retenue et d’émotion. Il sait nous faire partager ce que ces « Malgré nous » ont pu vivre lors de cette drôle d’époque. L’écriture est simple, délicate et nous entraîne de façon émouvante dans cette histoire familiale.

Ces féroces soldats

 

 

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