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Des arbres à abattre

Publié le par GéHa

Des arbres à abattre

"Des arbres à abattre" de Thomas Bernhard - folio

Présentation de l'éditeur :

Forêt, forêt de haute futaie, des arbres à abattre : tel est le cri du cœur (et le cri de guerre) que ne peut s'empêcher de pousser le comédien du Burgtheater au cours du dîner artistique donné en son honneur, à l'issue de la première du Canard sauvage, par les époux Auersberger, représentants on ne peut plus typiques de cette société artistique viennoise que l'auteur-narrateur abhorre et avec laquelle il se flatte d'avoir rompu une bonne fois pour toutes quelque trente ans auparavant.
Forêt, forêt de haute futaie, des arbres à abattre : parole emblématique opposant à une réalité monstrueusement tangible de l'artifice social le rêve d'un état naturel révolu (et peut-être à réinventer), mais aussi formule magique susceptible de calmer la formidable irritation qui gagne le narrateur au contact renouvelé de cette épouvantable société artistique viennoise qu'il s'était juré de fuir à jamais et à laquelle il est bien forcé de constater qu'il n'a pas cessé d'appartenir.

Première page :

"Tandis qu'ils attendaient tous le comédien qui leur avait promis de venir dîner chez eux, dans la Gentzgasse, vers onze heures trente, après la première du Canard sauvage, j'observais les époux Auersberger, exactement de ce même fauteuil à oreilles dans lequel j'étais assis presque chaque jour au début des années cinquante, et pensais que c'avait été une erreur magistrale d'accepter l'invitation des Auersberger. Pendant vingt ans, je n'avais plus vit les époux Auersberger, et voilà que le jour même de la mort de notre amie commune Joana, comme par hasard, je suis tombé sur eux au Graben et j'ai accepté sans hésiter de me rendre à leur dîner artistique comme les époux Auersberger ont appelé leur souper. Pendant vingt ans, je n'ai plus rien voulu savoir des époux Auersberger, et pendant ces vingt ans, j'avais eu la nausée rien que d'entendre leur nom prononcé par des tiers, pensai-je dans le fauteuil à oreilles, et voilà maintenant que les époux Auersberger me confrontent avec leurs et avec mes années cinquante. Pendant vingt ans, j'ai fait en sorte de ne pas me trouver sur le chemin des époux Auersberger, en vingt ans, je ne les ai pas rencontrés une seule fois, et c'est juste maintenant, comme par hasard, qu'il a fallu que je tombe sur eux…"

Ce que j'en pense :

C’est un réquisitoire sans appel de la « bonne société culturelle » de Vienne, dont l’auteur faisait lui-même partie. Tout parait dérisoire dans ce monde « artistique ». L’écriture est pleine de rage, d’ironie et d’humour.  Ce livre gagne beaucoup à être lu à voix haute en se laissant emporter par la parole impétueuse de Thomas Bernhard.

Des arbres à abattre

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Salut à toi ô mon frère

Publié le par GéHa

Salut à toi ô mon frère

"Salut à toi ô mon frère" de Marin Ledun - Gallimard, série noire

Présentation de l'éditeur :

La grouillante et fantasque tribu Mabille-Pons : Charles, clerc de notaire pacifiste, Adélaïde, infirmière anarchiste et excentrique, les enfants libres et grands, trois adoptés. Le quotidien comme la bourrasque d'une fantaisie bien peu militaire. 
Jusqu'à ce 20 mars 2017, premier jour du printemps, où le petit dernier manque à l'appel. Gus, l'incurable gentil, le bouc émissaire professionnel, a disparu et se retrouve accusé du braquage d'un bureau de tabac, mettant Tournon en émoi. Branle-bas de combat de la smala! Il faut faire grappe, retrouver Gus, fourbir les armes des faibles, défaire le racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, lutter pour le droit au désordre, mobiliser pour l'innocenter, lui ô notre frère.

Première page :

"La trappe du grenier se soulève en grinçant, libérant une avalanche de hurlements et de bruits de cavalcades. La voix de Camille s'élève en trémolos dans l'espace exigu de ma chambre, rauque et engageante comme un lundi matin.

— Rose, c'est toi qui m'as encore piqué mon tee-shirt bleu, tu sais, celui avec des paillettes?

Le réveil est brutal. En dessous, ça grouille. Dans tous les sens du terme et dans toute la maison. Ça s'agite en grand nombre. En quinconce. C'est rempli d'une masse confuse et en mouvement.

C'est «plein de», tout court. Dixit le Larousse illustré.

Huit au total.

Un père, une mère et leurs six enfants. Deux filles, quatre garçons. Une équipe mixte de volley-ball et deux remplaçants, ma famille au grand complet. Neuf en comptant le chien. Onze si l'on ajoute les deux chats. Et douze si l'on compte la petite voix de l'oreiller qui me susurre en ce moment même, par ordre décroissant : de dire à ma sœur cadette que je l'aime d'un amour vrai et sincère, de l'étrangler, de la jeter en bas de l'escalier, puis de refermer cette maudite trappe…."

Ce que j'en pense :

C’est un beau portrait d’une famille très originale et décalée par rapport aux normes d’une société « bien pensante ». On retrouve les thèmes de l’auteur : dénonciation du racisme « ordinaire », de la bêtise et de l’intolérance. L’intrigue est assez légère mais l’écriture est agréable.  L’humour est omniprésent avec toutefois une propension trop grande à faire des clins d’œil, des allusions à des films, des séries, des chansons … C’est supposé participer au portrait de la narratrice mais cela exclut souvent le lecteur.

Salut à toi ô mon frère

Salut à toi ô mon frère

 

 

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Tenir jusqu'à l'aube

Publié le par GéHa

Tenir jusqu'à l'aube

"Tenir jusqu'à l'aube" de Carole Fives - Gallimard, l'arbalète

Présentation de l'éditeur :

«Et l'enfant ? 
Il dort, il dort. 
Que peut-il faire d'autre ?» 
Une jeune mère célibataire s'occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l'étouffement, la mère s'autorise à fuguer certaines nuits. À quelques mètres de l'appartement d'abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d'un semblant de légèreté. 
Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore? 
On retrouve, dans ce nouveau livre, l'écriture vive et le regard aiguisé de Carole Fives, fine portraitiste de la famille contemporaine.

Première page :

"Avec quelle confiance l’enfant a avalé ses pâtes, ses légumes. Il a même terminé le yaourt aux fraises, son biberon de lait tiède. Avec ça, il devrait être calé.

Elle lui a lu une histoire, est restée près de lui jusqu’à ce que les petits poings se desserrent et relâchent enfin sa main.

Elle a encore patienté quelques minutes, l’obscurité de la pièce à peine perturbée par le stroboscope de la veilleuse lapin.

La porte d’entrée qu’elle referme avec mille précautions derrière elle.

Dans le hall, l’éclairage automatique se déclenche.

Il y a encore tant de monde dehors.

Un grand vent frais.

Marcher, juste, marcher. À peine le tour du pâté de maisons.

De la musique sort des fenêtres ouvertes d’un appartement, des rythmes de salsa. Elle perçoit des silhouettes."

Ce que j'en pense :

Livre très bien écrit, simplement, sans effet, sans pathos. L’auteure décrit de manière précise tous les sentiments que ressent cette femme seule avec l’enfant. C’est d’une grande force. C’est aussi une excellente idée d’avoir fait le parallèle, au fil des pages, avec la chèvre de Monsieur Seguin, cette façon de « tirer sur la corde » pour retrouver un semblant de liberté, et le loup (l’ensemble de la société) qui est toujours à l’affut.

Tenir jusqu'à l'aube

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Khalil

Publié le par GéHa

Khalil

"Khalil" de Yasmina Khadra - Julliard

Présentation de l'éditeur :

Vendredi 13 novembre 2015. L'air est encore doux pour un soir d'automne. Tandis que les Bleus électrisent le Stade de France, aux terrasses des brasseries parisiennes on trinque aux retrouvailles et aux rencontres heureuses. Une ceinture d'explosifs autour de la taille, Khalil attend de passer à l'acte. Il fait partie du commando qui s'apprête à ensanglanter la capitale.
Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là ?
Dans ce nouveau roman, Yasmina Khadra nous livre une approche inédite du terrorisme, d'un réalisme et d'une justesse époustouflants, une plongée vertigineuse dans l'esprit d'un kamikaze qu'il suit à la trace, jusque dans ses derniers retranchements, pour nous éveiller à notre époque suspendue entre la fragile lucidité de la conscience et l'insoutenable brutalité de la folie.

Première page :

"Paris, Ville lumière.

Qu’un seul de ses lampadaires s'éteigne, et le monde entier se retrouve dans le noir.

Nous étions quatre kamikazes; notre mission consistait à transformer la fête au Stade de France en un deuil planétaire.

Serrés dans la voiture qui nous transportait à vive allure sur l'autoroute, nous ne disions rien. Il y avait deux frères que je ne connaissais pas, un devant avec Ali le chauffeur, l'autre sur la banquette arrière à côté de Driss, et moi.

Le frère de devant avait glissé un CD dans le lecteur de bord et depuis, nous ne faisions qu'écouter cheikh Saad el-Ghamidi déclamer les sourates, la voix aussi pénétrante qu'un envoûtement. Je n'ai jamais entendu quelqu'un réciter le Coran mieux que ce savant de l'islam. Ce n'étaient pas des cordes vocales qu'il avait, mais un arc-en-ciel chantant dans la gorge. Je crois que nous en étions émus aux larmes…"

Ce que j'en pense :

C’est le premier de Yasmina Khadra que je lis. Il faut reconnaître que l’auteur sait nous accrocher. On lit ce livre rapidement, c’est simple, direct, percutant. L’auteur essaie de nous faire pénétrer dans la tête d’un kamikaze : Khalil. Pour cela il emploie le « je » en faisant parler Khalil. Ce « je » est en fait un « il » puisque c’est plus l’auteur qui parle à la place de Khalil. Une fois que l’on a compris cela on rentre mieux dans ce livre.

Khalil

Khalil

Khalil

 

 

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Tu ne tueras point

Publié le par GéHa

Tu ne tueras point

"Tu ne tueras point" de Edna O'Brien - Sabine Weispeser

Présentation de l'éditeur :

Quand, au milieu des tourbières où il l’a entraînée, le père de Mary se met à tâter le tissu de sa robe et à pincer son corsage, la petite fille sait ce qui l’attend, comme si le viol qu’elle allait subir était inéluctable. Durant de longues années, malgré ses tentatives désespérées pour lui échapper, elle supportera, dans la solitude, la terreur et la honte, les assauts répétés de son agresseur.
Enceinte, elle réussit à convaincre une voisine de l'accompagner en Angleterre pour avorter. Mais tout se sait à la campagne, et une meute de conservateurs intégristes parvient bientôt à la rattraper. Le scandale devient national, et les redresseurs de torts catholiques, clamant publiquement leur indignation, sont prêts aux dernières extrémités pour qu’elle garde son bébé.
La violence physique et verbale qu’Edna O’Brien met ici en œuvre, dans une Irlande rurale et rétrograde qu’elle a bien connue, trouve son pendant dans le vibrant portrait d’une très jeune femme silencieuse et secrète, d’une bouleversante intensité, puisant en elle d’insoupçonnables facultés de résistance.

Première page :

"DEVANT EUX, la route décrit une longue ondulation entrelacée de boue, de goudron rapetassé et de fjords de verdure, les surfaces herbeuses sont sillonnées d’ornières et piétinées, mais les jeunes pousses pointent vers le soleil ; fleurs et herbes folles s’en donnent à cœur joie, une vision de carnaval : les digitales, les plus hautes et les plus souveraines de toutes, avec de grosses abeilles velues furetant dans les recoins froids et mouchetés des clochettes mauve et blanc. Ô soleil. Impudent albatros jaune d’œuf ; ailleurs tacheté et filtré par différentes mousselines de feuille ; un relent à l’endroit où le pauvre âne s’est effondré, est mort et s’est décomposé ; une carcasse de voiture, jadis turquoise ; bordée de rouille ; patiences et orties drapant les sièges éventrés ; un sanctuaire où un homme ivre et désespéré a mis fin à sa vie, puis, de-ci de-là, des tas d’ordures, bouteilles, canettes, papier imprimé et flaques fétides laissées par le rebut de la ville venu se soulager au cœur de la nuit. « Des vauriens », a dit son père. Il disait toujours ça en passant devant ces tas d’ordures tout en jurant d’examiner les actes de son aïeul et de remettre de l’ordre dans ses affaires. Ils marchent en silence, l’homme à plusieurs lieues devant, avec son chapeau marron clair qui ressemble à un tesson verdâtre sous la lumière éclatante du soleil…"

Ce que j'en pense :

Voilà une critique virulente de l’Irlande de la fin du XXème, une Irlande catholique où l’avortement est un crime (même en cas de viol), où les femmes ne sont pas libres de leur corps. C’est donc un livre qui aurait pu être très fort. mais je me suis « forcé » pour aller au bout de ce roman. Le style de l’auteure y est pour beaucoup. Cela parait souvent confus, parfois incohérent. Il y a bien quelques pages qui sont magnifiques mais l’ensemble est difficile à lire.

Tu ne tueras point

 

 

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Monteperdido

Publié le par GéHa

Monteperdido

 "Monteperdido" de Agustin Martinez - actes noirs, Actes Sud

Présentation de l'éditeur :

Monteperdido : un village de montagne acculé contre les plus hauts pics des Pyrénées. Des routes sinueuses, impraticables en hiver, des congères, des rivières qui débordent. Quelques familles, souvent coupées du monde, des sangliers et des chevreuils dans les forêts de peupliers et de pins noirs. C’est là que disparaissent un jour deux fillettes de onze ans qui, comme tous les soirs, traversaient la pinède de retour du collège. Malgré la mobilisation exemplaire du village, on n’a jamais retrouvé leurs traces.
Cinq ans plus tard, au fond d’un ravin, une voiture accidentée et le cadavre d’un homme. À ses côtés, une adolescente désorientée mais vivante : Ana, une des fillettes disparues. Si l’autre est toujours en vie, le temps presse. Qui se cache derrière cet enlèvement ? Deux inspecteurs de Madrid viennent rouvrir l’enquête mais se heurtent à l’hostilité des habitants qui chassent en meute, faisant front contre l’élément exogène, prêts à lutter jusqu’à la mort pour cacher leurs terrifiants secrets. Il apparaît pourtant qu’Ana connaît son ravisseur. Est-ce uniquement la peur et la proximité de son bourreau qui la musellent ? Comment comprendre la troublante triangulation qui s’est jouée pendant cinq ans dans le sous-sol exigu d’un refuge de montagne ? 

Première page :

"Le glacier fondait sous la chaleur de l'été. Les plaques se lézardaient en émettant de légers craquements, et un fin ruissellement d'eau zébrait les parois du mont Perdu qui surplombait le village et lui donnait son nom : Monteperdido.

A quelques kilomètres de là, plus bas, au fond d'un ravin, les roues avant de la voiture tournaient encore. Elle était à l'envers, le pare-brise brisé dessinait une toile d'araignée au milieu d'un nuage de poussière et de fumée. Quelques centaines de mètres plus haut, le chemin de terre d'où elle était tombée s'accrochait au flanc de la montagne. La chute avait laissé un sillon d'arbres arrachés et de terre labourée.

Le vent balaya la fumée et révéla une flaque rouge à l'intérieur de la voiture, alimentée par un filet de sang, comme un robinet mal fermé, qui prenait sa source au front du chauffeur suspendu en l'air, retenu par la ceinture de sécurité. Le choc lui avait ouvert le crâne.

Malgré les sifflements du vent, on percevait un gémissement. Presque un sanglot. Une fille, les bras marqués par une fine pluie de coupures, les vêtements en lambeaux et les cheveux sur le visage, se traînait hors du véhicule par la lunette arrière, également brisée. Les éclats de verre s'enfonçaient dans ses cuisses. Elle avait à peine seize ans. Elle surmonta la douleur et, dans un dernier effort, parvint à s'extraire entièrement.

Elle se laissa tomber, épuisée. Sa respiration, encore irrégulière, la secouait tout entière chaque fois qu'elle cherchait à reprendre son souffle."

Ce que j'en pense :

Évidemment on a envie d’aller au bout de ce livre et l’auteur multiplie les « fausses pistes » afin de nous accrocher. Mais c’est long, on finit presque par s’ennuyer. Les personnages, nombreux, manquent d’épaisseur et, surtout, l’écriture (et/ou la traduction) est assez catastrophique (parfois cela frôle le ridicule). C’est sans doute la base d’un scénario pour une énième série policière mais ce n’est pas un bon polar.

Monteperdido

 

 

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Mort de l'écrivain Arto Paasilina

Publié le par GéHa

Le grand écrivain finlandais Arto Paasilina est mort le 15 octobre 2018. Il a écrit 35 romans dont :

Le Lièvre de Vatanen.
Le Meunier hurlant
Le Fils du Dieu de l’orage
La Forêt des renards pendus
Prisonniers du paradis
La Cavale du géomètre
La Douce empoisonneuse.
Petits suicides entre amis
Un homme heureux
Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen
Le Cantique de l'apocalypse joyeuse
Les Dix Femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi

Mort de l'écrivain Arto Paasilina

 

Il a construit une oeuvre très originale avec des personnages assez singuliers. Il est particulièrement connu pour son sens de l'humour plutôt burlesque et assez souvent grinçant.

« Les Finlandais ne sont pas pires que les autres, mais suffisamment mauvais pour que j’aie de quoi écrire jusqu’à la fin de mes jours. »

 ... Et bien voilà, c'est fait !

 

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Les yeux ouverts Propos sur le temps présent

Publié le par GéHa

Les yeux ouverts Propos sur le temps présent

"Les yeux ouverts Propos sur le temps présent" de Jean Pierre Siméon - Le Passeur

Présentation de l'éditeur :

Il y a certes bien des façons d'agir quand, citoyen alerté, on juge mauvais le cours des choses et en péril les valeurs essentielles d'humanité : manifester dans la rue, militer dans des associations ou des partis politiques, lancer des pétitions... Je ne suis jamais dérobé pour ma part à ce genre de nécessités. Mais je suis poète et contrairement à de vieux préjugés à la peau dure qui veulent que la poésie soit hors du monde, je considère que le poète qui tient parole a son mot à dire sur la marche du monde, ni plus ni moins que les sociologues, psychologues, politologues et autres machinologues en tout genre... La parole du poète n'est sûrement pas meilleure ni plus avisée que les leurs mais, nourrie de l'effort de conscience et de l'exigence d'une langue libre et indocile qui sont ses caractères fonciers, elle est peut-être autre. Parole intempestive, intransigeante autant que fraternelle, elle peut, révolte d'âme, rappeler, au-delà des débats de circonstance, qu'en toutes choses doit prévaloir sans compromis le vœu d'une humanité ouverte et affranchie de ses peurs. 

Extrait :

"Éloge du bistrot

Je le dis tout net, je ne crains ni les sarcasmes ni les froncements de sourcils, je suis un amateur, un collectionneur, un spécialiste, un entiché du bistrot. Oui-da, vous m'avez bien lu, du bistrot, du bistrot dans tous ses états, troquet minable ou café rupin, caboulot louche ou bar à snobs, sombre taverne ou pub branché, boui-boui de quartier ou brasserie chic, tout m'est égal plaisir, tout m'est confort.

Qu'on ne se méprenne pas pourtant, je suis plus sobre qu'un grain de sable du Sahel : au bistrot, je ne vais pas pour boire. C'est autre chose. Je tiens le bistrot pour une des plus heureuses inventions de l'homme et j'en veux faire ici l'éloge convaincu, ému, reconnaissant.

D'ailleurs, j'écris ces lignes sur une table du Richelieu entre deux portes ouvertes sur une charmante nuit d'octobre, face à un peuple de chaises vides dont je devine les confidences goguenardes. C'est qu'elles savent ces chaises-là ce que pèse un homme. Oh, je ne parle pas du poids des corps dont le souci n'intéresse que notre vanité, je parle de ce poids de joies, de colères, d'inquiétudes, d'espoir, de détresse et d'ennui…"

Ce que j'en pense :

Une succession de chroniques (qui malheureusement ne sont pas datées) avec la verve, l’humour, l’intelligence, la malice et le talent que l’on connaît à Jean Pierre Siméon. Tous les textes ne se valent pas, bien sûr, mais c’est un livre qui fait du bien. On y apprécie la grande culture de l’auteur, son humanité et son amour de la poésie.

Les yeux ouverts Propos sur le temps présent

Les yeux ouverts Propos sur le temps présentLes yeux ouverts Propos sur le temps présent

 

 

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Une croix sur l'enfance

Publié le par GéHa

Une croix sur l'enfance

"Une croix sur l'enfance en Vendée"  de Jean Pierre Sautreau - Geste

Présentation de l'éditeur :

Je viens d’avoir 11 ans cet avril 1960, et j’apprends que je vais partir au Séminaire de Chavagnes-En-Paillers rejoindre des dizaines d’autres enfants. Comme eux, on m’a découvert la vocation sacerdotale. J’ai soi-disant reçu un mystérieux appel à être prêtre. En réalité, cette élection ne résulte ni d’un événement extraordinaire, ni d’un choix personnel, mais de la conjuration d’adultes : enseignant, abbés de la paroisse, recruteur spécial autour du bon élève d’une famille catholique modèle plus ou moins subjuguée.

Je deviens ainsi l’agneau sacrifié d’une Église en mal de troupes pour assurer son développement. Mon enfance va m’être arrachée, ma singularité piétinée. Je vais connaître l’humiliation et la souillure, la solitude et la mélancolie avant d’être chassé six ans plus tard du troupeau et revenir vers des parents déçus et incompréhensifs. Bousculé dans ma construction d’être, privé notamment d’adolescence, je resterai marqué à vie par ces années, blessé en particulier par la distension du lien avec une mère qui m’a alors laissé partir.

Extrait :

"Séminaire, le mot funeste est dans l'en-tête du feuillet que ma mère me déplie début août. Le mot du printemps totalement gommé par l'enivrante parenthèse de juillet. Le courrier du Petit séminaire De Chavagnes-en-Paillers détaille les modalités de ma rentrée mi-septembre, les conditions pécuniaires de ma pension, liste le trousseau et les fournitures nécessaires. Cette fois je dégringole de ma marelle. Je reste planté bêtement. Les anneaux se resserrent. Je découvre qu'on m'a inscrit dans cet établissement dans la foulée de ma retraite pascale. La décision a été forcément prise conjointement entre la paroisse et mes parents. Pourquoi ne m'ont-ils rien dit? Ont-ils été manœuvrés? Ont-ils simplement donné leur bénédiction ou épousent-ils la flatteuse vaticination de ce Monseigneur à la pince alerte? Aucun mot, aucune larme, je suis totalement pris de court, décontenancé. Je ne sais pas même rebondir au t'as l'air surpris que ma figure, sans doute défaite, inspire à ma mère. Je file dans le jardin auprès du vieux cerisier boursouflé et gommeux. Je n'ai pas de chambre où laisser aller ma douleur, mon lit est toujours parmi eux. Je n'ai pour refuge que cet arbre cabane.

J'ai onze ans et je ne veux pas être différent des autres. J'ai onze ans et je me vois comme les autres."

Ce que j'en pense :

Un livre qui démonte de manière implacable cette « chasse aux vocations » organisée par l’église catholique de Vendée dans les années 1960. L’auteur démontre comment des parents aimants peuvent ainsi confier un enfant à une « machine à broyer l’esprit » et surtout comment on peut réussir à imposer le silence pendant autant d’années. On retrouve bien sûr dans ce livre la plume ciselée et riche de Jean Pierre Sautreau.

Un livre puissant, indispensable pour comprendre le poids de l'église dans ces années, en particulier en milieu rural.

 Une croix sur l'enfanceUne croix sur l'enfanceUne croix sur l'enfanceUne croix sur l'enfance

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Qui a tué mon père

Publié le par GéHa

Qui a tué mon père

"Qui a tué mon père" de Edouard Louis - Seuil

Présentation de l'éditeur :

« L’histoire de ton corps

accuse l’histoire politique. »

Édouard Louis a publié deux romans, En finir avec Eddy Bellegueule et Histoire de la violence, qui ont été traduits dans une trentaine de langues.

Première page :

"Si ce texte était un texte de théâtre, c’est avec ces mots-là qu’il faudrait commencer : Un père et un fils sont à quelques mètres l’un de l’autre dans un grand espace, vaste et vide. Cet espace pourrait être un champ de blé, une usine désaffectée et déserte, le gymnase plastifié d’une école. Peut-être qu’il neige. Peut-être que la neige les recouvre petit à petit jusqu’à les faire disparaître. Le père et le fils ne se regardent presque jamais. Seul le fils parle, les premières phrases qu’il dit sont lues sur une feuille de papier ou un écran, il essaye de s’adresser à son père mais on ne sait pas pourquoi c’est comme si le père ne pouvait pas l’entendre."

Ce que j'en pense :

Livre trop court, qui se veut percutant (et qui l’est parfois). Il y a des émotions dans ces relations père/fils mais cela passe vite et n’atteint jamais la profondeur du livre de Didier Eribon. L’analyse politique qui vient se plaquer sur les dernières pages parait plutôt sommaire.

Qui a tué mon père

Qui a tué mon père

 

 

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