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Une autre saison comme le printemps

Publié le par GéHa

Une autre saison comme le printemps

"Une autre saison comme le printemps" de Pierre Pelot - Héloïse d'Ormesson

Présentation de l'éditeur :

Devenu un auteur à succès aux États-Unis, où il vit désormais, François Dorall revient en France pour participer à un festival de polar, à Metz. Une nuit, lorsque Elisa, une amie d’enfance, le supplie de retrouver son fils de 9 ans qui a été kidnappé, il a soudain l’étrange impression d’être plongé dans l’un de ses livres. N’est-il pas spécialiste des disparitions mystérieuses ? Dorall hésite, mais ne lui doit-il pas cela ? Le romancier se mue en enquêteur. Et pendant ce temps-là, un petit garçon se dirige vers le Sud en compagnie d’un homme qu’il appelle papa.

Une autre saison comme le printemps est une histoire qui ne ressemble à aucune autre, où les indices de l’énigme sont savamment distillés au détour des mots. Mais c’est avant tout une interprétation poignante de ce que peut faire l’amour quand la mort l’a privé de son objet.

Première page :

"AVANT, LES PRÉS DESCENDAIENT en pente douce jusqu’à la rivière, en dessous de la maison. Des arbres bordaient le cours d’eau. La route passait de l’autre côté, à une dizaine de mètres au plus près de la rive, calquant ses méandres sur ceux de la rivière. Avant, quand les arbres avaient des feuilles, on ne voyait même pas la route.

Et puis le tout-venant des hommes politiques se retrouva à même de prendre des décisions, et ces gens-là ne s’adressaient plus à des « citoyens » mais à des « consommateurs », des « électeurs », des « automobilistes ». Ces gens-là estimaient manquer leur carrière s’ils n’avait pas à leur actif la création d’une portion quelconque d’autoroute, une voie de contournement ou une zone industrielle.

Ils tracèrent donc la route de ce côté-ci de la rivière, en plein milieu des prés, ce qui coupa quelques virages, permit aux usagers de rouler un peu plus vite, aux accidents de se multiplier. Au trafic des camions de s’écouler sans discontinuer.

Un de ces camions avait tué le chien du vieil homme.

Le chien n’était plus tout jeune. Lui aussi avait vécu le temps où l’ancienne route passait de l’autre côté de la rivière…"

Ce que j'en pense :

Voilà une histoire complexe où il est question de revenants, de deuil… mais ce n'est pas un roman fantastique, ni complètement un polar. Difficile de le faire entrer dans une case (c'est souvent le cas chez Pelot). Les retours en arrière sont fréquents. Les indices sont distribués au compte goutte. C'est plaisant à  lire à condition d'accepter de se laisser surprendre.

Une autre saison comme le printemps

Une autre saison comme le printempsUne autre saison comme le printemps

 

 

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Rêves oubliés

Publié le par GéHa

Rêves oubliés

"Rêves oubliés" de Léonor de Récondo - Points

Présentation de l'éditeur :

À l’ombre des pins, ils ont oublié le bruit de la guerre et la douleur de l’exil. Dans cette ferme au cœur des Landes, Aïta, Ama et leurs trois enfants ont reconstruit le bonheur. Dans son journal, Ama raconte leur quotidien, l’amour, la nécessité de s’émerveiller des choses simples et de vivre au présent. Même dans la fuite, même dans la peur, une devise : être ensemble, c’est tout ce qui compte.

Première page :

"Aïta est assis sur le lit défait, il tient sa tête entre ses mains. Partir maintenant. Ces mots martèlent sa pensée. Partir maintenant à Irún. Il se lève, fait quelques pas dans la chambre. Il jette un coup d’œil distrait au miroir qui surplombe la commode. Il scrute un instant cette vie qu’il laisse. Pour combien de temps ? Quelques mois, tout au plus. Le temps de retrouver Ama et les enfants. Être ensemble, c’est tout ce qui compte. Il s’approche de la commode et prend une des photos encadrées, celle qu’il préfère, celle qu’il regarde chaque soir avant de se coucher. Il y a Ama et son sourire, Ama et leurs trois fils. Le petit est dans ses bras, les deux autres s’accrochent à sa jupe. Bonheur furtif, piégé sur du papier, volé par lui un après-midi ensoleillé, alors qu’ils se promenaient dans les jardins d’Aranjuez, cette ville qu’il doit quitter. Il sort la photo de son cadre en verre biseauté. Il la caresse du regard, puis la glisse dans la poche de sa chemise."

Ce que j'en pense :

C'est un livre rempli de mélancolie et de tristesse. Il y a aussi bien sûr de l'émotion à suivre le parcours de ces exilés espagnols. On se dit que c'est un beau texte mais on ne réussit pas complètement à y entrer comme si tout cela était trop lisse.

Rêves oubliés

 

 

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Une longue impatience

Publié le par GéHa

Une longue impatience

"Une Longue impatience" de Gaëlle Josse - Notabilia

Présentation de l'éditeur :

Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille. 

Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. Pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini. 

Avec Une longue impatience, Gaëlle Josse signe un roman d’une grande retenue et d’une humanité rare, et un bouleversant portrait de femme, secrète, généreuse et fière. Anne incarne toutes les mères qui tiennent debout contre vents et marées. 

« C’est une nuit interminable. En mer le vent s’est levé, il secoue les volets jusqu’ici, il mugit sous les portes, on croirait entendre une voix humaine, une longue plainte, et je m’efforce de ne pas penser aux vieilles légendes de mer de mon enfance, qui me font encore frémir. Je suis seule, au milieu de la nuit, au milieu du vent. Je devine que désormais, ce sera chaque jour tempête. »

 

Première page :

"Ce soir, Louis n’est pas rentré. Je viens d’allumer les lampes dans le séjour, dans la cuisine, dans le couloir. Leur lumière chaude et dorée, celle qui accompagne la tombée du jour, si réconfortante, ne sert à rien. Elle n’éclaire qu’une absence. Dans leur chambre, baignés, séchés, au chaud dans leurs pyjamas aux couleurs douces, les petits sont à leurs  jeux, à leurs leçons, à leur monde. Puis ils ont faim, les voilà à la cuisine, qui me demandent pourquoi Louis n’est pas là. Je ne sais que leur dire. Peut-être vais-je leur expliquer qu’il va arriver ; il sera resté faire ses devoirs chez un ami, ils auront bavardé, il se sera attardé et aura laissé passer l’heure. Et j’essaierai de croire mes propres paroles tout en préparant le repas, en surveillant le four, en disposant les assiettes, les verres, en rangeant la vaisselle superflue empilée sur l’évier, il ne va pas tarder, venez dîner."

Ce que j'en pense :

Un livre d'une très belle écriture, légère, poétique, qui nous donne une grande émotion. C'est à la fois d'une immense tristesse et d'un amour considérable, au point de ressembler à une tragédie grecque.  En peu de mots les atmosphères sont présentes, respirables. C'est un très beau portrait de femme, un des meilleurs livres de Gaëlle Josse.

Une longue impatienceUne longue impatienceUne longue impatienceUne longue impatienceUne longue impatience

 

 

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L'art presque perdu de ne rien faire

Publié le par GéHa

L'art presque perdu de ne rien faire

"L'art presque perdu de ne rien faire" de Dany Laferrière - Grasset

Présentation de l'éditeur :

La nonchalance est une affaire de connaisseur. « J’étais devenu un spécialiste mondial de la sieste », nous révèle Dany Laferrière dès le début de son livre. Cela n’interdit pas de lire et de réfléchir – la sieste y est, au contraire, propice. Elle permet aux pensées de jaillir, s’attachant aux petites et aux grandes choses, aux rêves et aux lectures. Dany Laferrière nous parle d’Obama et de l’Histoire, de ses premières amours nimbées d’un parfum d’ilang-ilang, de Salinger et de Borges, de la guitare hawaïenne, du nomadisme et de la vie – car cet Art presque perdu de ne rien faire est, ni plus ni moins, un art de vivre.

Première page :

"Dès qu’on commence à se plaindre que le son est trop fort dans les discothèques, que les policiers sont trop jeunes et qu’ils nous font rire sous cape quand ils prennent cette allure de faux cow-boys, que les voitures roulent trop vite, que les gens ne respectent plus les règles de la circulation et que plus personne ne sait à quoi sert le feu jaune, que la politesse est devenue une forme de flatterie publique, que les femmes qu’on a connues rajeunissent à si folle allure qu’on a l’impression de les croiser en remontant le temps, que les médecins sont devenus insensibles aux états d’âme de patients eux-mêmes survoltés, qu’on n’arrive pas à comprendre ce que disent ces animateurs de la télé qui n’articulent pas et parlent décidément trop vite, dès qu’on se plaint que des gens qu’on connaît à peine vous téléphonent tôt le dimanche matin, qu’il n’y a plus de bons écrivains comme du temps de Malraux et Miller, que le cinéma italien a connu son âge d’or dans les années 60 et qu’on n’aura plus jamais de cinéastes comme Fellini, Rossellini et Antonioni, que Kerouac et sa bande nous semblent décidément trop insouciants pour qu’on les suive aveuglément dans cette joyeuse balade à travers une Amérique qui tente timidement de s’échapper de ces molles années 50, que l’injustice et le racisme restent les deux mamelles du capitalisme comme du communisme, que c’était plus rassurant pour l’équilibre du monde quand la Russie pouvait encore faire face aux États-Unis, dès qu’on ne se souvient plus de ce qu’on faisait le jour de la mort de John Kennedy,…"

Ce que j'en pense :

Des réflexions sages, philosophiques au fil de la vie, sur des sujets très divers. C'est à la fois simple et érudit, familier et grave, il y a de l'humour, de l'ironie. Ce n'est pas un livre à lire d'une traite (on risquerait de le trouver trop long) mais il faut l'ouvrir au hasard et déguster quelques pages.

L'art presque perdu de ne rien faire

L'art presque perdu de ne rien faire

 

 

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De cendre et d'os

Publié le par GéHa

De cendre et d'os

"De cendre et d'os" de John Harvey - Rivages/Noir

Présentation de l'éditeur :

Katherine, la fille de l'inspecteur Frank Elder, est toujours profondément traumatisée par le viol qu'elle a subi de la part d'un criminel que traquait son père. Ce dernier est toujours rongé par la culpabilité. A Londres, le sergent Maddy Birch se remet difficilement d'une arrestation violente au cours de laquelle l'un de ses jeunes collègues a été tué. Depuis ce tragique épisode, elle a l'impression d'être épiée, son cadavre sera découvert quelques semaines plus tard auprès d'une voie de chemin de fer désaffectée. Frank Elder n'a jamais oublié Maddy, ils avaient connu un bref moment de passion amoureuse, il y a seize ans. Alors Frank va accepter de collaborer à l'enquête sur la mort et retrouver le chemin des souvenirs, aux côtés de deux femmes officiers de police, Karen et Vanessa. 

Première page :

"Maddy Birch avait bel et bien dépassé le cap de la trentaine. Et même celui de la quarantaine. S'écartant du miroir, elle regarda d'un sale œil les rides qui commençaient à se dessiner aux coins de sa bouche, de ses yeux ; le gris qui s'insinuait dans ses cheveux par ailleurs bruns, presque châtains. A son prochain anniversaire, elle fêterait ses quarante-quatre ans. Inspectrice à la S07, la brigade de répression du crime organisé, elle avait quelques centaines de livres à la banque, et un appartement dont elle n'avait pas fini de payer les traites, situé dans cette partie de Upper Holloway que les agents immobiliers du nord de Londres se permettaient de rebaptiser Highgate Borders. Le bilan était maigre pour une femme qui avait passé la moitié de sa vie dans la police. Les rides mises à part.

Tirant énergiquement ses cheveux en arrière, elle les noua à l'aide d'un bandeau écarlate qu'elle avait sorti de sa poche. Elle recula d'un pas, jeta un coup d'œil à ses chaussures montantes, au devant de son jean, ferma les attaches en Velcro de son gilet pare-balles, tira une dernière fois sur sa queue de cheval, et regagna la salle principale.

Le personnel concerné était si nombreux que le briefing avait dû se tenir dans la salle de réunion…"

Ce que j'en pense :

 Un bon polar qui continue la série des "Elder". On retrouve beaucoup d'ingrédients qui ont fait le succès de John Harvey : l'humanité, l'empathie, la solitude, une approche sociétale assez juste, une tendresse un peu maladroite, les relations familiales complexes... et la Cornouailles, même si elle est moins présente dans ce livre.

De cendre et d'os

De cendre et d'osDe cendre et d'os

 

 

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De chair et de sang

Publié le par GéHa

De chair et de sang

"De chair et de sang" de John Harvey - Rivages/Noir

Présentation de l'éditeur :

APRES TRENTE ANS DE BONS ET LOYAUX SERVICES DANS LA POLICE DE NOTTINGHAM, L'INSPECTEUR PRINCIPAL FRANK ELDER A DONNÉ SA DÉMISSION. IL S'EST RÉFUGIÉ DANS UN COTTAGE EN CORNOUAILLES, MAIS LE PASSÉ CONTINUE DE LE HANTER. IL NE S'EST JAMAIS REMIS D'UNE AFFAIRE NON ÉLUCIDÉE : LA DISPARITION, EN 1998, DUNE ADOLESCENTE NOMMÉE SUSAN BLACKLOCK. DEUX PSYCHOPATHES CONDAMNÉS À L'ÉPOQUE POUR LE VIOL ET LE MEURTRE D'UNE AUTRE JEUNE FILLE RESTENT POUR L'INSPECTEUR DES SUSPECTS IDÉAUX.
APPRENANT QUE L'UN D'EUX VA BÉNÉFICIER D'UNE LIBÉRATION, FRANK ELDER S'INTÉRESSE DE NOUVEAU À L'AFFAIRE BLACKLOCK. IL NE SE DOUTE PAS QU'IL VA PLONGER JUSQU'AU COU DANS UN DRAME AUQUEL SERA MÊLÉE SA PROPRE FAMILLE.
CE PREMIER ROMAN DE LA SÉRIE CONSACRÉE À FRANK ELDER CONFIRME TOUTE L'ÉTENDUE DU TALENT DE JOHN HARVEY, RÉCOMPENSÉ EN GRANDE-BRETAGNE PAR UN DIAMOND DAGGER POUR L'ENSEMBLE DE SON OEUVRE.

Première page :

"Caressant et insidieux, le chat lui frôla le visage. Elder, encore aux trois quarts endormi, le repoussa du bras. Quelques instants plus tard, l'animal revenait à la charge, lui donnant des petits coups de tête, son ronronnement sonore résonnant dans le crâne d'Elder. Aiguisées, les griffes du chat pétrirent la chair tendre du haut de son épaule, de sa nuque. Sous lui, l'oreiller exhalait une acre odeur de sueur. Laborieusement, il se tourna pour soulever l'animal et l'écarter de lui. Sous ses doigts, il sentit une fourrure moite aux poils entremêlés, une peau flasque qui pendait, trop ample, sur une cage thoracique étriquée. À travers les fentes des paupières, les yeux brillaient d'une lueur jaune dans la quasi-obscurité.
Tandis qu'Elder faisait l'effort de se redresser sur son séant, le chat se tortilla entre ses mains et le mordit profondément à la base du pouce. Poussant un juron, Elder laissa l'animal tomber sur le lit d'où il bondit sur le plancher en crachant. Quand Elder porta sa main à sa bouche, le goût de son propre sang lui parut âpre et piquant.
Et à présent il y avait d'autres chats, en groupes serrés de deux ou trois, qui émergeaient de l'ombre aux confins de la chambre. Elder entendait le souffle un peu rauque de leur respiration sauvage…"

Ce que j'en pense :

Un bon polar : du suspens, des personnages avec de l'épaisseur, une grande humanité chez l'inspecteur (et chez les autres policiers), une bonne qualité d'écriture, de la chair (un peu plus que dans la série des Ressnick)… un livre qui donne envie de continuer la série des Elder.

De chair et de sang

De chair et de sangDe chair et de sang

 

 

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La tresse

Publié le par GéHa

La tresse

"La tresse" de Laetitia Colombani - Grasset

Présentation de l'éditeur :

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Première page :

"Smita

Village de Badlapur, Uttar Pradesh, Inde.

Smita s’éveille avec un sentiment étrange, une urgence douce, un papillon inédit dans le ventre. Aujourd’hui est une journée dont elle se souviendra toute sa vie. Aujourd’hui, sa fille va entrer à l’école.

À l’école, Smita n’y a jamais mis les pieds. Ici à Badlapur, les gens comme elle n’y vont pas. Smita est une Dalit. Intouchable. De ceux que Gandhi appelait les enfants de Dieu. Hors caste, hors système, hors tout. Une espèce à part, jugée trop impure pour se mêler aux autres, un rebut indigne qu’on prend soin d’écarter, comme on sépare le bon grain de l’ivraie. Comme Smita, ils sont des millions à vivre en dehors des villages, de la société, à la périphérie de l’humanité.

Tous les matins, c’est le même rituel. À la manière d’un disque rayé rejouant à l’infini une symphonie infernale, Smita s’éveille dans la cahute qui lui sert de maison, près des champs cultivés par les Jatts. Elle lave son visage et ses pieds à l’eau rapportée la veille du puits, celui qui leur est réservé. Pas question de toucher à l’autre, celui des castes supérieures, pourtant proche et plus accessible. Certains sont morts pour moins que ça. Elle se prépare, coiffe Lalita, embrasse Nagarajan. Puis elle prend son panier de jonc tressé, ce panier que sa mère portait avant elle et qui lui donne des haut-le-cœur rien qu’à le regarder, ce panier à l’odeur tenace, âcre et indélébile, qu’elle porte toute la journée comme on porte une croix, un fardeau honteux. Ce panier, c’est son calvaire. Une malédiction. Une punition. Quelque chose qu’elle a dû faire dans une vie antérieure, il faut payer, expier, après tout cette vie n’a pas plus d’importance que les précédentes, ni les suivantes, c’est juste une vie parmi les autres, disait sa mère. C’est ainsi, c’est la sienne."

Ce que j'en pense :

Écriture simple, l'auteure va directement au but en racontant succinctement trois histoires qui se croisent. C'est bien fait, émouvant (surtout pour la partie Indes), c'est fait pour plaire. J'aurai souhaité que le récit de Smita, l'indienne intouchable, soit plus approfondi, plus long, plus fouillé car on est à la fois attiré et révolté par cette civilisation.

La tresse

La tresse

 

 

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Ton père

Publié le par GéHa

Ton père

"Ton père" de Christophe Honoré - Mercure de France

Présentation de l'éditeur :

«Je m'appelle Christophe et j'étais déjà assez âgé quand un enfant est entré dans ma chambre avec un papier à la main.» 
C'est par cette première phrase que Christophe Honoré nous fait entrer dans le fulgurant autoportrait romancé d'un homme d'aujourd'hui qui lui ressemble mais qui n'est pas tout à fait lui. Lui, le cinéaste, le metteur en scène de théâtre et d'opéra, mais avant tout l'écrivain. 
Sur le papier que sa fille de dix ans a trouvé épinglé à la porte de son appartement, ces mots griffonnés au feutre noir : « Guerre et Paix : contrepèterie douteuse». Alors, très vite, tout s'emballe et devient presque polar. Qui a écrit ces mots? Qui le soupçonne d'être un mauvais père? Peut-on être gay et père? Le livre nous conduit soudain dans tous les recoins d'une vie mais aussi au cœur de l'adolescence – en Bretagne, avec la découverte du désir, des filles, des garçons, du plaisir, de la drague. 
Un livre à la fois puissant et énigmatique, d'une merveilleuse liberté, à la mesure de son sujet.

Première page :

"Je m’appelle Christophe et j’étais déjà assez âgé quand un enfant est entré dans ma chambre avec un papier à la main. Il a agité le papier. Il a agité une punaise dans l’autre main. Il a continué et rapproché ses mains et les a éloignées et un courant magnétique a semblé circuler entre ses bras.

— J’ai trouvé ça sur la porte d’entrée.

Il était neuf heures moins le quart.

— J’ai le droit de dormir un peu plus longtemps un dimanche non ?

J’étais nu sous la couette et je ne bougeais pas. L’enfant avait gardé son blouson. Il se balançait d’un pied sur l’autre comme un petit garçon qui se retient et il me fixait ; je me suis baissé péniblement vers le parquet, plus péniblement j’ai ramassé mon caleçon, sans ménager mes soupirs, décidé à ne rien prendre au sérieux de si bonne heure, et lui s’inquiétait.

— Alors ?

— C’est moi qui suis inquiet. Tu devrais faire attention avec cette punaise parce que tu vas te blesser.

— Tu ne veux pas lire ?

— Non et je ne veux pas que tu te crèves un œil.

— Pourquoi ?

— Je n’aime pas qu’on abîme mes affaires, vois-tu !"

Ce que j'en pense :

Roman (autobiographique?) d'une grande sincérité. L'auteur se pose beaucoup de question autour de la paternité et de l'homosexualité. Il affirme ses choix  et nous montre sa fragilité. C'est à la fois une enquête et un témoignage,  et c'est très bien écrit.

Ton père

Ton pèreTon père

 

 

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Derniers sacrements

Publié le par GéHa

Derniers sacrements

"Derniers sacrements" de John Harvey - Rivages/Noir

Présentation de l'éditeur :

Douze ans ont passé, pourtant Lorraine Preston s'en souvient comme si c'était hier : son frère dans le box des accusés, la condamnation à perpétuité et la honte. Aujourd'hui Michael Preston va sortir de prison, mais seulement pour quelques heures. il bénéficie d'une permission exceptionnelle afin d'assister aux obsèques de sa mère. son père est déjà mort depuis longtemps, c'est lui qui l'a tué. un acte aussi violent qu'inexplicable. Pour l'inspecteur Resnick, cette libération n'est pas une bonne nouvelle. La présence d'un meurtrier en ville est la dernière chose qu'il souhaite alors qu'il doit faire face à des bandes armées et à une explosion du trafic de drogue. et, comme un signe du chaos ambiant, sa relation avec Hannah Campbell se détériore... Derniers sacrements clôt en beauté le cycle de Resnick qui s'interroge sur les motivations humaines et la nature des sentiments.

Première page :

"Cela faisait douze ans qu'elle ne l'avait pas vu. Elle aurait bien voulu, pourtant ; mais elle ne lui avait pas écrit assez souvent, au début, pour lui demander de changer d'avis. Des lettres à destination de Feather-stone, Haverigg, Wandsworth, des Scrubbs. Le suppliant, ou presque. Avec le temps, pensait-elle, il va bien finir par passer l'éponge, par se rendre à de meilleurs sentiments.

Au début, elle y était allée quand même, s'infligeant les trajets interminables, parfois en voiture, le plus souvent par le train. Non pas pour braver son interdiction, simplement pour être sur place, près de lui, pour partager un peu de la même atmosphère, du même air. De loin, elle observait les visiteuses massées devant les grilles : les épouses, les amantes, portant leurs plus beaux vêtements, coiffées pour l'occasion, maquillage retouché au dernier moment ; d'autres, accablées, entravées, tirant par la main des mômes avachis qui boudent et traînent les pieds. Au moment de la sortie, elle essayait si possible de se mêler à la fournée, d'attraper au vol des bribes de conversation pour son usage personnel. Et puis, tout à coup, elle cessa de faire le déplacement. Au lieu de cela, elle lui écrivit, régulièrement, le premier de chaque mois. Son rituel à elle. Les potins familiaux, des anecdotes concernant les enfants."

Ce que j'en pense :

C'est un bon Resnick, on y retrouve son humanisme, son attention à défendre les "laissés pour compte" de la société. On sent également une lassitude chez l'inspecteur et sans doute aussi chez l'auteur, comme s'il était temps de clôturer la série.

Derniers sacrements

Derniers sacrementsDerniers sacrements

 

 

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Au fil de ma mère

Publié le par GéHa

Au fil de ma mère

"Au fil de ma mère" de Jean-Pierre Sautreau - Opéra

Présentation de l'éditeur :

Lignes des semis, lignes des coutures, mon père jardinait, ma mère cousait. Et leur petite graine se pique de semer des mots et coudre des poèmes. Il y a trois ans, je vous invitais dans le jardin de mon père. Aujourd'hui, je vous entraîne au fil de ma mère dans ce même temps d'une vie simple, commune à beaucoup. Une enfance dans les années cinquante, rythmée par le tempo d'une machine à faufiler le bonheur. Ouvrage, à nouveau, subtilement accompagné par les merveilleuses compositions du peintre Camélus.

Extrait :

"Il est des objets qu'il ne faudrait jamais retrouver, laisser sous le tapis de l'enfance. Des objets qu'il ne faudrait approcher que des yeux. Ainsi ce dé où je glisse aujourd'hui mon index. Elle s'en couvrait l'annulaire, quand j'en chaussais mon pouce. Il est des objets qu'il ne faudrait jamais renverser sur la page, dans lesquels on peut se noyer, qui contiennent la mère des poissons qui est bien gentille.

Sans être sa bague au doigt, ce dé faisait alliance avec ma couturière. Heaume étincelant vissé jusqu'au cou, il était son chevalier servant, à la tête de sa phalange. Il la défendait des piques qui le mouchetaient de fossettes et faisait rentrer la griffe du chas dans son fourreau. Parfois, le jeudi, il retournait l'arme, poussait la fine épée dans l'armure d'un coutil, devenant bouchon flottant au fil de son sourire.

On pense avoir grandi, jeté l'enfant avec l'encrier, puis sortent d'un chapeau nickelé des mon petit lapin, des plus c'est petit c'est mignon d'un pavillon. Il est des objets qu'il ne faudrait jamais réécouter, des grains de voix qu'il ne faudrait jamais remoudre sur la page. Il est des objets qui grondent dans l'oreille. Ainsi ce dé dont je frotte mon blues qui pleure la mère qu'on aime bien avec du citron.

N'écris pas avec des mots, écris avec des objets et avec des sentiments conseillait le poète Max Jacob. Ce que j'ai tenté sans imaginer que de ce minuscule cornet de métal rouleraient tant de muscades. Celui qui se pique de poésie est nu et sans défense. Avec ce dé appuyé contre ma plume ou ma pointe Bic serai-je demain moins vulnérable ? Trouverai-je enfin le fil à repêcher la mère qui a l'œil tout rond ? "

Ce que j'en pense :

Ça fait du bien de lire un tel livre avec une écriture magnifique qui n'empêche pas l'émotion. L'auteur joue, rebondit sur des mots, des paroles de chansons, des bruits... pour nous faire découvrir et aimer cette femme, qui pourrait être notre mère. Voilà un livre qu'on a envie de lire en dégustant chaque phrase. Magnifiques illustrations du peintre Camelus.

Au fil de ma mère

Au fil de ma mèreAu fil de ma mère

 Au fil de ma mère

 

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