La vie en chantier
"La vie en chantier" de Pete Fromm -Gallmeister
Présentation de l'éditeur :
Marnie et Taz ont tout pour être heureux. Jeunes et énergiques, ils s’aiment, rient et travaillent ensemble. Lorsque Marnie apprend qu’elle est enceinte, leur vie s’en trouve bouleversée, mais le couple est prêt à relever le défi. Avec leurs modestes moyens, ils commencent à retaper leur petite maison de Missoula, dans le Montana, et l’avenir prend des contours plus précis. Mais lorsque Marnie meurt en couches, Taz se retrouve seul face à un deuil impensable, avec sa fille nouveau-née sur les bras. Il plonge alors tête la première dans le monde inconnu et étrange de la paternité, un monde de responsabilités et d’insomnies, de doutes et de joies inattendus.
La Vie en chantier est une histoire qui touche au cœur. À travers ce troublant mélange de peine et d’amour, Pete Fromm écrit magnifiquement sur la vie qui donne toujours une seconde chance à celui qui sait la saisir.
Première page :
LORSQU’ELLE le lui dit, Taz est à genoux ; à force de manier le marteau ses bras vibrent, palpitent et picotent. Il lève les yeux, les oreilles bourdonnantes, la pince à levier et les doigts coincés sous encore quinze centimètres de sous-plancher en kryptonite de malheur.
Les pouces accrochés à sa ceinture à outils, comme si finalement elle comptait s’attaquer au fichu lattis, Marnie le regarde avec un sourire en coin et répète sa phrase.
Il cligne des yeux, hausse un sourcil et libère ses doigts, les frotte pour en retirer la poussière.
— C’est vrai ? demande-t-il.
Tâchant de contenir son sourire, elle commence à extraire un test de grossesse de sa ceinture, à peine un centimètre ou deux, avant de l’enfoncer à nouveau.
— L’aiglon a atterri.
Taz regarde autour de lui, le mur réduit à son ossature face à la cuisine, le sol maculé de plâtre, la constellation de trous laissée par les lattes qu’ils ont arrachées. Les moulures en pin ont été retirées et empilées près de l’atelier dans le jardin, où elles attendent qu’il trouve le temps de décaper un siècle de peinture. Encore du plâtre qui s’écaille, là où se trouvaient les moulures. Des fils électriques noirs d’un autre âge, gainés de tissu, affleurent entre les montants du mur, entourés çà et là de boutons et de tubes en porcelaine d’un blanc pisseux. Le plancher semble avoir explosé, des éclats de contreplaqué se dressent vers le plafond.
Ce que j'en pense :
C’est sobre, sans fioriture et sans pathos et pourtant l’émotion est très présente dans ce livre. On est continuellement avec le héros Taz mais aussi avec les autres protagonistes présents réellement ou définitivement absents : Marnie, l’ami, la belle mère, la nounou et bien sûr la petite Midge que l’on voit grandir. L’écriture de Pete Fromm sait nous mettre au milieu de tout cela, d’une manière particulièrement simple et juste. C’est magnifique.

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