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Clara lit Proust

Publié le par GéHa

Clara lit Proust

"Clara lit Proust" de Stéphane Carlier - Gallimard

Présentation de l'éditeur :

« Proust. Avant, ce nom mythique était pour elle comme celui de certaines villes — Capri, Saint-Pétersbourg... — où il était entendu qu’elle ne mettrait jamais les pieds. »
Clara est coiffeuse dans une petite ville de Saône-et-Loire. Son quotidien, c’est une patronne mélancolique, un copain beau comme un prince de Disney, un chat qui ne se laisse pas caresser. Le temps passe au rythme des histoires du salon et des tubes diffusés par Nostalgie, jusqu’au jour où Clara rencontre l’homme qui va changer sa vie : Marcel Proust.

Première page :

Mme Habib sur le trottoir, en chemisier malgré le froid, tend le bras pour éloigner sa cigarette, l'autre est replié sous sa poitrine. À la fois raide et frissonnante, elle examine la vitrine de son salon comme si elle cherchait à en percer le mystère. Les lettres blanches de l'enseigne, l'immense poster sur lequel une femme coiffée comme Louise Brooks a l'air de regarder ses pieds, la liste des tarifs sur la porte cn verre. Et, à l'autre extrémité, tout en bas, inutile et solitaire dans son vase transparent, une tige de bambou qui n'a jamais poussé de plus d'un centimètre.

— C'est le nom qui ne va pas. Cindy. La fille de l'ancien propriétaire s'appelait comme ça. C'était à la mode en 1982 mais aujourd'hui ça ne dit plus rien à personne.

Mme Habib se méprend complètement sur le standing de son salon. Elle en a tellement rêvé qu'elle a fini par se convaincre qu'elle dirigeait l'équivalent d'un Dessange alors que Cindy Coiffure est minuscule, tout en longueur, caché dans un renfoncement lui-même planqué dans un passage, et survit grâce à une clientèle d'habituées dont la moyenne d’âge avoisine les soixante-dix ans.

Ce que j'en pense :

Bien sûr que Proust est un des grands auteurs de notre littérature. Bien sûr que la découverte d’un auteur, d’un livre, peut bousculer, nous faire découvrir de nouveaux mondes. Bien sûr que l’écriture de Proust peut rebuter énormément de personnes. C’est vrai aussi que le monde peut se partager en deux catégories : ceux et celles qui ont lu Proust (les moins nombreux) et les autres, qui ont essayé de le lire mais ont abandonné, qui n’ont jamais essayé, qui se moquent complètement de Proust. Y a-t-il une catégorie supérieure à l’autre ?  C’est un peu ce que laisse transparaître ce roman. Dommage ! Il m'a quand même donné envie de me replonger dans Proust... mais j'ai abandonné une fois de plus, je ne dois pas faire partie de la bonne catégorie !

Clara lit Proust

 

 

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Le loup, l'épée et les étoiles

Publié le par GéHa

Le loup, l'épée et les étoiles

"Le loup, l'épée et les étoiles" de Lola Lafon - L'Aube

Présentation de l'éditeur :

"C'est chaque fois un bonheur de lire Lola Lafon. Ses bonheurs d'écriture deviennent des bonheurs de lecture, mais prenons garde à la douceur de la langue qui parfois se coupe jusqu'au sang. [... ] Qu'elle traite du mépris masculin tournant à la goujaterie ou qu'elle fasse un sort à la "gauche" qu'elle n'évoque qu'avec des guillemets pour s'en protéger, tant elle a trahi ses idéaux et ceux qui la soutenaient, Lola Lafon n'y va pas avec le dos du clavier pour faire ses gammes côté grave ou côté aigu. [... ] [Elle] écrit juste, d'une écriture accordée à tous les temps de la joie ou de la colère, de l'émotion ou de la lutte. C'est pourquoi, une fois le livre ouvert, on peine à le refermer avant la toute fin." Eric Fottorino Directeur de l'hebdomadaire Le 1

Première page :

Vaincre : la cellulite, la timidité, le stress et le hoquet.

Gagner : en masse musculaire, en influence, en endurance, en Bourse.

Coups de gueule : d'un ministre, d'un acteur, textes coups de poing d'un auteur, séduction terrassante des certitudes uppercut.

Petite musique martiale qui rythme nos quotidiens : ici, un virus « gagne du terrain », là, un élu « fait la course en tête », un roman de rentrée littéraire « écrase la concurrence ».

Vénération de la fermeté : des seins, des cuisses, des discours politiques « musclés », couillus. Tout sauf être un Flanby : horreur du friable, du mou, du tremblement.

Icônes médiatiques puissantes, éblouissantes, aveuglantes.

Ce que j'en pense :

C’est un recueil de courts textes, qui peuvent ressembler à des billets d’humeur. C’est un plaisir de partager les humeurs de l’autrice. C’est très bien écrit et certains textes sont de véritables pépites, comme « La traversée » ou « Lettre à Sylvie ».

Le loup, l'épée et les étoiles

 

 

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Miracle à la combe aux Aspics

Publié le par GéHa

Miracle à la combe aux Aspics

"Miracle à la combe aux Aspics" de Ante Tomic - Libretto

Présentation de l'éditeur :

À sept kilomètres de Smiljevo, haut dans les montagnes, dans un hameau à l’abandon, vivent Jozo Aspic et ses quatre fils. Leur petite communauté aux habitudes sanitaires, alimentaires et sociologiques discutables n’admet ni l’État ni les fondements de la civilisation – jusqu’à ce que le fils aîné, Krešimir, en vienne à l’idée saugrenue de se trouver une femme.

Bientôt, il devient clair que la recherche d’une épouse est encore plus difficile et hasardeuse que la lutte quotidienne des Aspic pour la sauvegarde de leur autarcie.

La quête amoureuse du fils aîné des Aspic fait de ce road-movie littéraire une comédie hilarante, où les coups de théâtre s’associent pour accomplir un miracle à la Combe aux Aspics.

Première page :

Chapitre 1

Consacré aux dizaines de manières de préparer la polenta, aux choses à ne pas faire lorsqu’on lave des vêtements de couleur, et à la soupe servie dans un cendrier. Deux hommes manquent de se faire assassiner, un autre désire se marier, et l’on ne sait pas qui est le plus à plaindre.

Loin dans les montagnes se niche la Combe aux Aspics. Difficile a trouver, cachée, protégée comme une forteresse, avec une unique route praticable a travers un défilé sinueux qui, après un dernier contour, s’élargit soudainement sur un plateau karstique, pour buter, a peine deux cents mètres plus loin, sur une falaise a pic. La, sur cette terre rocailleuse, rarement ensoleillée, s’étalent quelques champs de trèfle, deux ou trois rangs de patates et de pois chiches, deux insignifiants lopins d’oignons arrachés a grand-peine a l’enchevêtrement de ronces, de frênes et de charmes. Les fleurs orange des citrouilles rôtissent sur une minuscule parcelle défrichée ceinte d’un muret de pierres sèches.

Ce que j'en pense :

C’est un bon roman burlesque et léger avec des personnages attachants. A la lecture j’ai pensé aux romans de Arto Paasilinna, ce qui est quand même une excellente référence. J’ai bien fait d’écouter les conseils de mon libraire. Alors que je lui faisais part de mes réserves avec des romans « drôles, comiques, amusants », il m’a assuré que celui-ci je pouvais le lire les yeux fermés ! Il avait raison : c’est un livre qui met de bonne humeur.

Miracle à la combe aux Aspics

 

 

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La petite menteuse

Publié le par GéHa

La petite menteuse

"La petite menteuse" de Pascale Robert-Diard - L'iconoclaste

Présentation de l'éditeur :

" Je veux être défendue par une femme ", a dit Lisa en se présentant à Alice Keridreux.

Un face-à-face commence. Ni l'une, ni l'autre ne savent jusqu'où il va les mener.

 Première page :

Elle s'est plantée, voilà tout. Alice n'a pas besoin de se retourner. Elle devine que son client lui en veut. Il y a des jours comme ça où le métier ne suffit pas. Ou alors c'est l'inverse. Il y a trop de métier. Trop de phrases déjà prononcées. Trop de mots usés. Ça glisse, ça s'affale et ça s'oublie. Même la jurée aux lunettes rouges, si appliquée, a lâché son stylo pendant qu'elle plaidait. Les autres l'ont écoutée poliment, ils devaient se dire que les avocats sont moins forts en vrai qu'à la télé. À un moment, l'un des juges assesseurs a somnolé, le menton écrasé dans sa bavette.

Gérard a pris douze ans. Pile ce qu'avait requis l'avocat général. Sa plaidoirie n'a servi à rien. Pas la moindre inflexion, histoire de reconnaître qu'elle s'est battue.

Ce que j'en pense :

L’idée de départ du roman est intéressante et il fallait oser parler ainsi de mensonge lors d’un procès de viol. On voit bien aussi que l’autrice, chroniqueuse judiciaire, connaît son sujet. Je n’ai cependant pas réussi à m’attacher aux personnages qui, à mon avis, manquent de profondeur. L’écriture est simple mais sans chaleur, surtout dans la première moitié.

La petite menteuse

 

 

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Deux secondes d'air qui brule

Publié le par GéHa

Deux secondes d'air qui brule

"Deux secondes d'air qui brule" de Diaty Diallo - Seuil

Présentation de l'éditeur :

Entre Paname et sa banlieue : un quartier, un parking, une friche, des toits, une dalle. Des coffres de voitures, chaises de camping, selles de motocross et rebords de fenêtres, pour se poser et observer le monde en train de se faire et de se défaire. Une pyramide, comme point de repère, au beau milieu de tout ça.

Astor, Chérif, Issa, Demba, Nil et les autres se connaissent depuis toujours et partagent tout, petites aventures comme grands barbecues, en passant par le harcèlement policier qu’ils subissent quotidiennement.

Un soir d’été, en marge d’une énième interpellation, l’un d’entre eux se fait abattre. Une goutte, un océan, de trop. Le soulèvement se prépare, méthodique, inattendu. Collectif.

Première page :

Le dessous

16 juillet ; soir ; sous la place.

Derrière un grillage sans fin s'étend un terrain vague, zone d'habitat en devenir peuplée de jeunes pousses, de buissons et d'arbustes à qui les jours sont comptés. Cette friche, le terrain des aventures de notre enfance. J’élargis à coups de pied une ouverture dans la clôture puis j'y faufile mon grand corps, adulte depuis quelques étés. Ã des mètres au-dessus du lieu de rendez-vous, le sol vibre déjà. Les branches et feuilles d’espèces indiscernables dans le noir de la nuit tremblent au rythme des pulsations souterraines. ]e décide de me diriger à 1'orei]le et me figure un passage au milieu des cailloux, canettes et dunes cabossées. J’aperçois le point d'accès.

Un chambranle de béton encadre une porte de métal mangée par la rouille. Elle claque dans le vent léger. S'ouvre et se referme sur le début d'un trou. Je le scrute et l’écoute avant d'y sauter. ]'y connais un escalier.

Ce que j'en pense :

Dans ce roman il y a des pages très fortes qui nous plongent avec une grande intensité dans l’univers de ces jeunes de Seine Saint Denis contrôlés à tout va par des forces de police cherchant le conflit et la violence (étant persuadées de leur impunité). D’autres passages (trop nombreux à mon goût) excluent le lecteur qui ne possède pas assez bien le langage des banlieues. Au final cette lecture me laisse plutôt dubitatif.

Deux secondes d'air qui brule

 

 

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Les derniers jours des fauves

Publié le par GéHa

Les derniers jours des fauves

"Les derniers jours des fauves" de Jérôme Leroy - La manufacture de livres

Présentation de l'éditeur :

Nathalie Séchard, celle qui incarna l’espoir de renouveau à la tête de l’État, a décidé de jeter l’éponge et de ne pas briguer un second mandat. La succession présidentielle est ouverte. Au sein du gouvernement commence alors un jeu sans pitié. Dans une France épuisée par deux ans de combats contre la pandémie, les antivaxs manifestent, les forces de police font appliquer un confinement drastique, les émeutes se multiplient. Le chaos s’installe. Et Clio, vingt ans, normalienne d’ultragauche, fille d’un prétendant à la présidence, devient une cible...

Première page :

Nathalie s’en va

 Nathalie Séchard, cheffe des Armées, grande maîtresse de l’ordre national de la Légion d’honneur, grande maîtresse de l’ordre national du Mérite, co-princesse d’Andorre, première et unique chanoinesse honoraire de la basilique Saint-Jean-de-Latran, protectrice de l’Académie française et du domaine national de Chambord, garante de la Constitution et, accessoirement, huitième présidente de la Ve République, en cet instant précis, elle baise.

Et Nathalie Séchard baise avec ardeur et bonheur.

Nathalie Séchard a toujours aimé ça, plus que le pouvoir. C’est pour cette raison qu’elle va le perdre. C’est comme pour l’argent, a-t-elle coutume de penser, quand elle ne baise pas. Les riches ne sont pas riches parce qu’ils ont un génie particulier. Les riches sont riches parce qu’ils aiment l’argent. Ils n’aiment que ça, ça en devient abstrait. Et un peu diabolique, comme tout ce qui est abstrait. Dix milliards plutôt que huit. Douze plutôt que dix. Toujours. Ça ne s’arrête jamais.

Ce que j'en pense :

C’est un livre qui promet de traiter du pouvoir politique avec beaucoup de drôlerie et de férocité. Dans les cinquante premières pages, on sent que ce roman va tenir ses promesses. Mais on est assez vite déçu car l’auteur tombe dans la facilité pour dérouler un récit qui ne nous accroche plus tellement il en rajoute dans les attentats et les complots.

Les derniers jours des fauves

 

 

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Je serai là

Publié le par GéHa

Je serai là

"Je serai là" de L'homme étoilé - Calmann Levy

Présentation de l'éditeur :

En remontant le fil de ses souvenirs professionnels et personnels, l’Homme étoilé raconte la naissance de sa vocation de soignant.
Ce nouvel opus bouleversant confirme son talent et sa profonde humanité: il achève de nous convaincre qu’on peut aussi soigner avec ses mots et sa présence

Extrait :

Je serai là

Ce que j'en pense :

Roman graphique aux dessins simples mais efficaces. Le sujet est sensible et d’une brûlante actualité : comment faire entrer le plus possible « d’humain » dans les soins, en particulier lorsque la mort est proche. On a tous eu l’occasion de remarquer le manque de moyens dans certains secteurs de la santé : la psychiatrie, les maisons de retraite…Ce livre nous aide à ne pas oublier tout ce qui reste à faire dans beaucoup de domaines. Ce qui m’a toutefois gêné à la lecture, c’est la « fausse modestie » de l’auteur, cette façon de se mettre en avant au détriment du travail d’équipe.

Je serai là

 

 

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L'heure des oiseaux

Publié le par GéHa

L'heure des oiseaux

"L'heure des oiseaux" de Maud Simonnot - les éditions de l'Observatoire

Présentation de l'éditeur :

Île de Jersey, 1959. Pour survivre à la cruauté et à la tristesse de l’orphelinat, Lily puise tout son courage dans le chant des oiseaux, l’étrange amitié partagée avec un ermite du fond des bois et l’amour inconditionnel qui la lie au Petit.

Soixante ans plus tard, une jeune femme se rend à Jersey afin d’enquêter sur le passé de son père. Les îliens éludent les questions que pose cette étrangère sur la sordide affaire qui a secoué le paradis marin. Derrière ce décor de rêve pour surfeurs et botanistes se dévoilent enfin les drames tenus si longtemps secrets.

Première page :

La buanderie est une étuve décrépie, entourée de longs bancs et de hublots sales par lesquels même les jours radieux ne filtre qu’une grisaille diffuse, mais c’est la pièce préférée de Lily. Car ici on l’oublie parfois pendant des heures à la tâche, ici la fillette est enfin tranquille.

Cachée derrière une pile de linge, elle aperçoit dans l’encadrement de la porte l’intendante et le surveillant en chef en train de s’embrasser. Si la jeune femme blonde a un visage disgracieux, le surveillant est bien plus repoussant avec ses manières grossières et l’éclair mauvais qui anime son regard. Lily, comme tous les enfants de l’orphelinat, le déteste et le craint.

D’abord surprise par cette scène inattendue, la fillette sourit. Tant que ces deux-là s’occuperont de leurs affaires, ils ne seront pas derrière elle.

Ce que j'en pense :

Le sujet aurait pu être intéressant s’il avait été traité d’une façon plus originale et surtout plus profonde. L’alternance entre passé et présent n’apporte pas grand-chose au récit car l’enquête de la narratrice parait un peu « magique ». L’écriture voudrait être poétique mais parait souvent froide et remplie de clichés. Sans doute que l’autrice s’est bien documentée sur ce qui s’est passé dans cet orphelinat mais elle n’a pas réussi à me faire entrer dans son livre.

L'heure des oiseaux

 

 

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Sa préférée

Publié le par GéHa

Sa préférée

"Sa préférée" de Sarah Jollien-Fardel - Sabine-Wespieser

Présentation de l'éditeur :

Dans ce village haut perché des montagnes valaisannes, tout se sait, et personne ne dit rien. Jeanne, la narratrice, y grandit en apprenant à éviter les accès de violence de son père, à les anticiper. Si sa mère et sa soeur se résignent à la déferlante des mots orduriers, aux coups, aux retours avinés, préludes à de nouvelles scènes, Jeanne, malgré la peur permanente, lui tient tête. Jusqu'au jour où, pour une réponse péremptoire prononcée avec toute l'assurance de ses huit ans, il la roue de coups. Quand arrive le médecin du village, appelé à son chevet, elle est convaincue que cet homme éduqué et bienveillant va mettre fin au cauchemar : mais, à l'instar des proches et des voisins rustauds, il fait comme si de rien n'était, comme si elle avait été victime d'une simple chute.
Dès lors, son dégoût face à tant de lâcheté, et aussi son désir d'échapper à la terreur quotidienne vont servir de viatique à Jeanne. Grâce à la complicité d'une professeure, elle parviendra à s'inscrire à l'École normale d'instituteurs sans l'autorisation de son père. Cinq années de répit, dans la ville de Sion, loin du foyer familial. Mais le suicide de sa soeur agit comme une énième réplique de la violence fondatrice.
Réfugiée à Lausanne, inadaptée sociale, la jeune femme, que le moindre bruit fait encore sursauter, trouve une forme d'apaisement dans ce nouvel exil volontaire, et dans de longues séances de natation dans le lac Léman. Le plaisir de nager, découvert loin de son père, est le seul qu'elle parvienne à s'accorder. Habitée par sa rage d'oublier et de vivre, elle se construit une existence, s'ouvre aux autres, et s'autorise peu à peu une vie amoureuse.

Première page :

Tout à coup, il a un fusil dans les mains. La minute d’avant, je le jure, on mangeait des pommes de terre. Presque en silence. Ma soeur jacassait. Comme souvent. Mon père disait « Elle peut pas la boucler, cette gamine ». Mais elle continuait ses babillages. Elle était naïve, joyeuse, un peu sotte, drôle et gentille. Elle apprenait tout avec lenteur à l’école. Elle ne sentait pas lorsque le souffle de mon père changeait, quand son regard annonçait qu’on allait prendre une bonne volée. Elle parlait sans fin. Moi, je vivais sur mes gardes, je n’étais jamais tranquille, j’avais la trouille collée au corps en permanence. Je voyais la faiblesse de ma mère, la stupidité et la cruauté de mon père. Je voyais l’innocence de ma soeur aînée. Je voyais tout. Et je savais que je n’étais pas de la même trempe qu’eux. Ma faiblesse à moi, c’était l’orgueil. Un orgueil qui m’a tenue vaillante et debout. Il m’a perdue aussi. J’étais une enfant. Je comprenais sans savoir.

Ce que j'en pense :

Une écriture percutante, un livre qui aborde la violence des pères d’une façon parfois assez terrifiante. C’est un roman bouleversant qui ne peut laisser personne sur la touche. Pour moi c’est un immense coup de cœur qui mériterait amplement d’avoir un prix prestigieux.

Sa préférée

 

 

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Jusqu'à la fin des jours

Publié le par GéHa

Jusqu'à la fin des jours

"Jusqu'à la fin des jours" de Tom Lavallée - Librinova

Présentation de l'éditeur :

Toussaint est un enfant ordinaire. À première vue, du moins. Coincé entre une mère violente et un père léthargique, voilà qu'il se persuade un jour qu'il est mort. Alors, il essaie de comprendre, lutte pour se défaire de cet inextricable tourment existentiel, mais rien n'y fait. Toussaint voit les jours défiler avec cette impression diffuse d'existence intermédiaire : vivant parmi les morts ? Ou bien mort parmi les vivants ? Et quelle différence ?
Louison, quant à elle, voit un beau matin sa vie pulvérisée en haute définition. N'en subsistent qu'une carcasse fumante et un cercueil vide. Livrée à elle-même, Louison va devoir apprendre à maîtriser d'étranges pulsions qui l'assaillent, froides et électriques. Seul refuge pour elle, la tombe de sa mère.
Et soudain survient ce jour inouï, celui du compte à rebours des jours de Toussaint, et commencent alors les pérégrinations macabres et loufoques de ces deux êtres poussés dans la marge du monde, unis par leurs différences autant que par les circonstances.
Une grille de fer grince, puis sous leurs pas le gravier crisse : les voilà maîtres désormais de cet endroit où se cristallisent les craintes, les angoisses. Ce lieu du repos éternel, cerné de hautes murailles de pierres et de tabous. Et de cette enclave où joies et effervescences n'ont d'ordinaire pas droit de cité, Louison et Toussaint feront l'écrin de leurs extravagances.

Première page :

Ce fut par noyade qu’il mourut la première fois.

Accident éminemment stupide à l’origine duquel ne fut pas étranger l’incontournable con d’Étienne, et qui vaudrait à Toussaint Desormeaux administration d’une volée par sa crevure de mère. Laquelle, en la matière, n’en était pas à ses premiers faits d’armes.

C’était la fin d’un été que peu regretteraient. Un été comme vache qui pisse, tant et si bien que les anciens en étaient à se lever la nuit pour vider les pluviomètres. Les plans d’eau du bocage vendéen en avaient ras la gueule, et les habitants, la casquette. Tout comme les rivières, les humeurs saturaient ; et les genoux grinçaient et les dents aussi. Au village, les discussions atmosphériques confinaient au paroxysme, cette inhabituelle mouillure estivale ayant pour paradoxal effet d’échauffer les esprits.

Alors, mourir en ces temps maussades, après tout. L’élève Desormeaux s’éviterait ainsi le supplice d’une nouvelle rentrée scolaire. Et pourtant, quelques jours plus tard, celui-ci cheminerait vers l’école, farci d’un doute existentiel à côté duquel son cartable de cahiers bombé ne pesait pas bien lourd.

Mais, la première fois ? Du moins celle que Toussaint perçut comme telle, n’ayant pas souvenir d’en avoir vécu d’autres auparavant – c’est-à-dire, d’autres morts. Car il y songea, bien sûr. Ne le ferions-nous pas ? Damnation et vacuité de l’existence humaine, largement employée à nous imaginer après coup ce qui a bien pu se passer avant : nous vivons à rebrousse-poil, aspirés par l’irrémédiable fuite en avant du temps, mais le regard invariablement tourné vers l’arrière, dans un futile et permanent fantasme de réhabilitation.

Ce que j'en pense :

Un roman burlesque plein d’humour (noir), souvent macabre, parfois tendre mais toujours captivant. Les deux jeunes personnages, très « décalés » dans leur milieu, sont décrits avec beaucoup de justesse. L’écriture est parfaite, très efficace et les apartés réguliers de l’auteur sont savoureux. Voilà un roman auto édité qui vaut largement bien d’autres productions sorties de maisons renommées. Une belle plume dont on attend le prochain titre.

Jusqu'à la fin des jours

 

 

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