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Attends-moi au ciel

Publié le par GéHa

Attends-moi au ciel

"Attends-moi au ciel" de Carlos Salem - Actes Sud (actes noirs)

Présentation de l'éditeur :

Quand Piedad de la Viuda, une femme séduisante et dévote au seuil de la cinquantaine, s’éveille ce lundi-là, elle ignore que sa vie va basculer à jamais. Un mois plus tôt, Benito, son époux, dont le succès dans les affaires doit tout à la fortune de sa belle-famille, est décédé dans un accident de voiture. Brusquement, elle s’aperçoit que son mari n’était pas celui qu’elle croyait : des années durant il a détourné de grosses sommes, et il s’apprêtait à s’enfuir avec sa jeune maîtresse. Sa mort, quant à elle, ne serait pas accidentelle. Ébranlée par ces révélations, Piedad se donne pour mission de sauver l’entreprise familiale, lourdement endettée, et de récupérer la centaine de millions d’euros cachée par Benito avant ceux qui entendent eux aussi mettre la main sur cet argent. En l’espace d’une folle semaine, Piedad la bigote va devoir s’aventurer dans les bas-fonds madrilènes, devenir une femme fatale, et une meurtrière.
Avec «Attends-moi au ciel», Carlos Salem signe un nouveau polar déjanté, sensuel et burlesque. Pas très catholique.

Première page :

Ce matin, au réveil, j’ai calculé qu’il me restait une semaine avant mes cinquante ans, j’ai eu de la peine pour Toby, le chien des Alcántara, et je me suis rappelé les avant-derniers mots de Benito, mon mari. Tout ça en même temps.

Toby a repris ses aboiements plaintifs. J’ai compati au malheur de cette pauvre bête, reléguée dans la cour quelques mois seulement après avoir été offerte aux enfants comme une simple peluche. J’ai aussi pensé aux pauvres Alcántara. Parce que si les hurlements de Toby m’empêchaient de dormir alors que je vis à cinquante mètres, pour eux ça devait être une torture. Puis je me suis souvenue que les Alcántara étaient partis en vacances et avaient laissé Toby aux bons soins de Paco, le gardien de la résidence, qui lui donne à manger et change son eau une fois par jour. Quand il n’oublie pas. C’est que le pauvre Paco est débordé avec tout ce qu’il y a à faire dans la résidence. J’ai décidé qu’à la prochaine réunion de copropriétaires je proposerais qu’on augmente son salaire. Évidemment, ça risque de ne pas plaire à tout le monde, parce que de nombreux voisins se plaignent de ce que Paco ne fait rien, mais je défendrai mon point de vue à l’aide d’un des imparables proverbes de papa ou d’une citation quelconque de sa collection.

Ce que j'en pense :

Voilà un roman noir très original qui peut surprendre agréablement. C’est plein d’humour, souvent noir, parfois assez « coquin » et même burlesque. L’auteur semble s’amuser en inventant toutes sortes de rebondissements, en nous faisant suivre un drôle de jeu de piste. Le dialogue entre Piedad et son double est absolument succulent. Il faut se laisser surprendre par ce livre déjanté et jubilatoire.

Attends-moi au ciel

 

 

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et recoudre le soleil

Publié le par GéHa

et recoudre le ciel

"et recoudre le ciel" de Gaëlle Josse - Notabilia

Présentation de l'éditeur :

« J'ai écrit ces textes dans des carnets, des cahiers, sur des pages volantes, des agendas, des tickets, des listes, des enveloppes, des marque-pages ou dans mon téléphone ; je les ai écrits dans les gares, les trains, les hôtels, les cafés, chez moi, dans le métro, en ville et en d'autres lieux.
La poésie demeure pour moi comme une apparition, une attention portée à l'infime, comme le surgissement d'un éclat fugace au cœur de nos vies. L'éclosion d'invisibles soleils. Peut-être, à cet instant-là, les mots peuvent-ils saisir quelque chose de ce jaillissement.
Elle est le regard nu, débarrassé de ce qui pèse, de ce qui encombre, elle est le retour à la source, la lumière qui s'attarde sur un mur, le frémissement qui parcourt un visage, la chaleur d'un corps aimé, elle est le mot que l'on attend et qui nous sauvera peut-être.
J'ai eu envie de vous offrir aujourd'hui cette moisson de mots cueillis jour après jour, qu'ils aient été d'orage ou d'allégresse. Mais vivants. Vivants, oui, et vibrants, toujours. » Gaëlle Josse

Extrait :

l'odeur d'herbe fraîche de la nuit
le cri d'un oiseau entre les feuilles

un vêtement oublié sur un banc
il frissonne comme
un bouquet abandonné

et peut-être il danse
lorsque tout dort au jardin

Ce que j'en pense :

J’ai lu tous les livres de Gaëlle Josse et je les ai tous beaucoup appréciés. Je savais qu’elle avait commencée par la poésie avant d’écrire ses romans. On retrouve dans ses poèmes toute sa finesse d’écriture, cette grande attention qu’elle porte au presque rien et cette douceur simple mais chaleureuse qui la caractérise dans ses écrits. C’est un livre qu’on a envie d’offrir à ceux que l’on aime.

et recoudre le ciel

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Microfictions 2022

Publié le par GéHa

Microfictions 2022

"Microfictions 2022" de Régis Jauffret - Gallimard

Présentation de l'éditeur :

"Le monde est une fiction terrible et fabuleuse que les humains se racontent."R. J.

Première page :

APPLAUDIR LA FRANCE

 

Les murs sont proches. Je pourrais les toucher depuis mon lit de mes quatre membres déployés. J’ai un téléphone à moitié mort pour me distraire et photographier mes devoirs. Certains enseignants les retoquent sitôt reçus quand ils trouvent les clichés trop pourris. D’autres me prennent en pitié, m’accordent des notes astronomiques.

— Puisque les points ne coûtent rien.

Au supermarché je remplis un chariot de saumon, de cerises, de gâteaux, de champagne. Je l’abandonne devant une caisse. Je vais chercher mes cordons bleus. Le type de la sécurité ouvre sa bouche violette.

— Pourquoi vous faites ça à chaque fois, mais pourquoi ?

Je choisis le plus gros des ananas à prix coûtant. Il me suit sur le parking. Il me montre du doigt l’appartement qu’il occupe au vingtième étage d’une tour saccagée.

— Je voudrais vous inviter à dîner.

Sûrement pour coucher avec moi. Une bonne raison d’éviter de braver le couvre-feu.

— Je vais me faire verbaliser par les flics.

— Vous leur direz que vous allez aider un vieux.

J’ai apporté l’ananas emballé dans la feuille de papier cadeau doré qui recouvrait le fond d’un tiroir. Demeuraient chez lui des traces de personnes évanouies. Une brosse à cheveux au manche fendu, le capuchon d’un tube de rouge à lèvres dans une coupelle en faïence au chevet du grand lit. Dans la chambre d’enfant sur le tapis taché d’encre où souriait Mickey des fragments de poupée crissaient sous les pieds. Les décalcomanies de monstres et d’animaux donnaient un côté vitrail aux vitres….

Ce que j'en pense :

Un livre « monstre » : plus de 1000 pages mais aussi 500 histoires courtes mais féroces, méchantes, cyniques, violentes, provocantes, dérangeantes et, parfois, tendres, subtiles… Surtout, surtout, ne pas lire toutes ces nouvelles à la suite, vous risquez une forte indigestion ! Il faut prendre le temps de déguster chaque histoire puis les laisser se reposer. Ce n’est qu’à cette condition que vous pourrez apprécier ce livre.

Microfictions 2022

 

 

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Le lac de nulle part

Publié le par GéHa

Le lac de nulle part

"Le lac de nulle part" de Pete Fromm - Gallmeister

Présentation de l'éditeur :

Cela fait bientôt deux ans que Trig et Al, frère et sœur jumeaux, n’ont plus de contact avec leur père. Et voilà qu’il réapparaît dans leur vie et réclame "une dernière aventure" : un mois à sillonner ensemble en canoë les lacs du Canada. À la fois excités à l’idée de retrouver la complicité de leur enfance et intrigués par ces retrouvailles soudaines, les jumeaux acceptent le défi de partir au milieu de nulle part. Mais dès leur arrivée, quelque chose ne tourne pas rond, les tensions s’installent. Contrairement à ses habitudes, leur père paraît mal préparé à l’expédition, qui s’annonce pourtant périlleuse par ce mois de novembre froid et venteux. Tous les trois devront naviguer avec la plus grande prudence entre leurs souvenirs et la réalité qui semble de plus en plus leur échapper.

Première page :

LES DOUTES SOULEVÉS par son premier texto se confirment à Minneapolis, sitôt que je retrouve Papa, non pas devant la zone de retrait des bagages, martelant avec impatience le volant de l’Aventuremobile, mais en train d’errer dans les tréfonds du terminal E, du côté contrôlé du point de contrôle. Il a l’air un peu perdu, un peu désœuvré, puis il m’aperçoit et se met à faire de grands gestes, comme s’il avait tout prévu à la seconde près. En réalité, il paraît surtout soulagé.

Nous fendons la foule, il me tape dans le dos et m’interroge sur le vol depuis San Francisco.

— Comment tu t’es débrouillé pour passer le point de contrôle ? dis-je au même moment.

Au lieu de me répondre, il me touche le coude pour me faire pivoter.

— Ce ne serait pas…

Une femme au moins aussi grande qu’Al et tout aussi blonde déambule devant nous, un sac étanche usé à l’épaule. Elle ne semble pas tant se diriger vers un lieu précis que faire du lèche-vitrines.

Ce que j'en pense :

Comme la plupart du temps chez Pete Fromm, on est plongé au cœur d’une nature superbe mais souvent hostile. Tous les sujets sont abordés avec beaucoup de délicatesse, sans excès de pathos et avec la juste dose d’humour. Et pourtant c’est un livre qui aborde des thèmes assez lourds comme les traumatismes de l’enfance, la maladie d’Alzheimer. L’auteur décrit de façon subtile, forte et parfois un peu inquiétante, le lien indéfectible qui lie les jumeaux Al et Trig.

Le lac de nulle part

 

 

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Le démon de la colline aux loups

Publié le par GéHa

Le démon de la colline aux loups

"Le démon de la colline aux loups" de Dimitri Rouchon-Borie - Le Tripode

Présentation de l'éditeur :

Un homme se retrouve en prison. Brutalisé dans sa mémoire et dans sa chair, il décide avant de mourir de nous livrer le récit de son destin.
Écrit dans un élan vertigineux, porté par une langue aussi fulgurante que bienveillante, Le Démon de la Colline aux Loups raconte un être, son enfance perdue, sa vie emplie de violence, de douleur et de rage, d'amour et de passion, de moments de lumière... Il dit sa solitude, immense, la condition humaine.
Le Démon de la Colline aux Loups est un premier roman. C'est surtout un flot ininterrompu d'images et de sensations, un texte étourdissant, une révélation littéraire.

Première page :

Mon père disait ça se passe toujours comme ça à la Colline aux Loups et ça s’était passé comme ça pour lui et pour nous aussi. Maintenant je sais que ça s’est arrêté pour de bon. La Colline aux Loups c’est là que j’ai grandi et c’est ça que je vais vous raconter. Même si c’est pas une belle histoire c’est la mienne c’est comme ça.

La Colline aux Loups j’aime pas en parler d’habitude. Le Démon est né là et c’est là qu’il m’a pris. Mais si je devais taire tout ça à jamais j’aurais l’impression qu’il a volé mon âme pour de bon et bien plus encore mon histoire. J’espère que vous saurez vous montrer miséricordieux ou quelque chose comme ça parce que j’ai un parlement qui est à moi et pendant tout ce temps ces mots c’était ma façon d’être moi et pas un autre. Et comme j’ai pas fait l’école longtemps à cause du père, du Démon, de la mère et des autres, il manque des cases dans mon entendement des choses.

À qui j’écris ce journal alors je ne sais pas. Peut-être à moi-même et à celui que j’étais avant le Démon.

Ce que j'en pense :

Évidemment que cette histoire est terrible, sordide, violente et très éprouvante pour le lecteur. Le style adopté par l’auteur est très particulier et semble très bien adapté au sujet, au moins dans le premier tiers du livre. Ensuite on décroche un peu car plusieurs niveaux de langage se mélangent. Il y a cependant  de splendides fulgurances, par exemple : « Je ne me rendais pas compte que marcher quand on est dans ses pensées ça emmène n’importe où et c’est exactement là où je suis allé. ». En refermant le livre on se dit qu’on est passé assez près d’un grand roman et on ressent une petite déception.

Le démon de la colline aux loups

 

 

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Dans les brumes de Capelans

Publié le par GéHa

Dans les brumes de Capelans

"Dans les brumes de Capelans" de Olivier Norek - Michel Lafon

Présentation de l'éditeur :

Une île de l'Atlantique battue par les vents, le brouillard et la neige.
Un flic qui a disparu depuis six ans et dont les nouvelles missions sont classées secret défense.
Sa résidence surveillée, forteresse imprenable protégée par des vitres pare-balles.
Une jeune femme qu'il y garde enfermée. Et le monstre qui les traque.
Dans les brumes de Capelans, la nouvelle aventure du capitaine Coste se fera à l'aveugle.

Première page :

ANNA

 Niché dans son berceau, au fil des rêves, ses yeux roulant sous ses paupières… Il n’est rien de plus imparfait, de moins abouti, de plus fragile qu’un nourrisson. Il n’était pas plus grand que les peluches qui l’entouraient et son souffle irrégulier était si léger que j’avais dû poser la main sur son ventre pour la sentir s’élever doucement sous sa respiration. Au sommet de sa tête, le crâne informe n’était pas encore soudé et laissait là l’espace de la fontanelle, sans plus de protection qu’une fine membrane. J’aurais pu, si je l’avais voulu, y plonger mon doigt sans effort, comme dans un fruit mûr.

Je l’avais soulevé avec mille précautions, le bébé s’était agité un instant à la lisière du réveil, puis, rassuré par le cocon protecteur que formaient désormais mes bras, il avait sombré à nouveau dans le sommeil.

Nous avons quitté sa chambre et au milieu du couloir, mes pas amortis par le lit d’une moquette épaisse, j’ai entrebâillé la porte de celle de ses parents.

Ce que j'en pense :

Encore un très bon Norek. On a plaisir à retrouver Coste dans un cadre complètement différent. L'ile de St Pierre et ses brumes forment un décor particulièrement original. Les personnages sont toujours aussi complexes, très attachants mais surtout très humains. L'intrigue est prenante et pleine de rebondissements.

Dans les brumes de Capelans

 

 

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La tectonique des sentiments

Publié le par GéHa

La tectonique des sentiments

"La tectonique des sentiments" de Eric-Emmanuel Schmitt - Albin Michel

Présentation de l'éditeur :

Peut-on passer en une seconde de l'amour à la haine ?En s'abandonnant à Richard, qui l'a conquise avec acharnement, Diane se sent à la fois heureuse et fragile. Lorsqu'elle soupçonne qu'il l'aime moins, l'orgueil l'entraîne à commettre l'irréparable... sans mesurer qu'elle sera la dernière victime de sa machination. Une comédie élégante et cruelle, voilée de tendresse, entre humour et émotion. Un suspense psychologique qui analyse les séismes de la passion amoureuse, et renoue avec les plus belles réussites théâtrales d'Éric-Emmanuel Schmitt, tels ses Petits Crimes conjugaux.

Première page :

CHEZ DIANE

 

Tout commence par un baiser.

L’homme garde la femme enlacée contre lui. Debout, ils s’embrassent de façon longue, soutenue.

Puis l’homme détache ses lèvres et murmure avec douceur :

RICHARD. Je reviens.

Aux gestes qu’elle a pour le retenir, on devine qu’elle souhaiterait que leurs caresses durent davantage. Il insiste avec grâce.

RICHARD. Cinq minutes ?

On dirait qu’il négocie.

RICHARD. Cinq minutes ?

D’un sourire résigné, elle consent à son départ.

DIANE. Va.

RICHARD (attendri). Tu survivras à ces cinq minutes ?

DIANE. Peut-être.

RICHARD. Jure-le-moi.

DIANE. Non, c’est un risque que tu prends. Et toi, tu survivras ?

RICHARD. J’essaierai ; moi, je te le jure.

Il s’éloigne, élégant, nonchalant, plein de l’assurance propre aux hommes qui plaisent et se savent aimés.

Entre d’un autre côté Madame Pommeray, la mère de Diane, qui aperçoit Richard en train de quitter le salon.

Ce que j'en pense :

La lecture est plaisante et l’intrigue semble bien ficelée, comme souvent chez cet auteur, mais tout cela parait vraiment invraisemblable. Les sentiments (bons et mauvais) ont un côté souvent factice. Peut-être qu’un bon metteur en scène peut donner de la force et de la véracité à cette pièce… mais j’ai des doutes !

La tectonique des sentiments

 

 

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Mahmoud ou la montée des eaux

Publié le par GéHa

Mahmoud ou la montée des eaux

"Mahmoud ou la montée des eaux" de Antoine Wauters - Verdier

Présentation de l'éditeur :

Syrie. Un vieil homme rame à bord d’une barque, seul au milieu d’une immense étendue d’eau. En dessous de lui, sa maison d’enfance, engloutie par le lac el-Assad, né de la construction du barrage de Tabqa, en 1973.

Fermant les yeux sur la guerre qui gronde, muni d’un masque et d’un tuba, il plonge – et c’est sa vie entière qu’il revoit, ses enfants au temps où ils n’étaient pas encore partis se battre, Sarah, sa femme folle amoureuse de poésie, la prison, son premier amour, sa soif de liberté.

Première page :

Les couloirs verts et or de ma lampe torche

 

Au début, les premières secondes, je touche toujours mon cœur pour vérifier qu’il bat.

Car j’ai le sentiment de mourir.

J’ajuste mon masque, me tenant à la proue.

Je fais des battements de jambes.

Le vent souffle fort.

Il parle.

Je l’écoute parler.

Au loin, les champs de pastèques,

le toit de la vieille école et des fleurs de safran.

L’eau est froide malgré le soleil,

et le courant chaque jour plus fort.

Bientôt, tout cela disparaîtra.

Crois-tu que les caméras du monde entier se déplaceront pour en rendre compte ?

Crois-tu que ce sera suffisamment télégénique pour eux, Sarah ?

Qu’importe.

Agrippé à la proue, je vois mon cabanon, une vache qui paît en dessous des arbres, le ciel immense.

Tout est loin.

De plus en plus loin.

J’enfile mon tuba. Je fixe ma lampe frontale afin qu’elle ne bouge pas.

Et je palme lentement pour maintenir mon corps d’aplomb.

Ce que j'en pense :

En se mettant dans la peau d’un vieux poète syrien, l’auteur nous fait découvrir ce pays en profondeur, avec beaucoup de délicatesse, de douceur et de nostalgie. Nous en apprenons énormément sur ce pays toujours en guerre. La forme de ce récit, en vers libres, peut certes décontenancer certains lecteurs mais il faut se laisser happer par les mots, comme si on plongeait dans un long poème. Au fil de ses "poèmes-romans", Antoine Wauters s'affirme comme un des grands écrivains francophones contemporains.

Mahmoud ou la montée des eaux

 

 

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Odette Toulemonde et autres histoires

Publié le par GéHa

"Odette Toulemonde et autres histoires" de Eric-Emmanuel Schmitt - Albin Michel

Présentation de l'éditeur :

« Cher monsieur Balsan,Je n'écris jamais car, si j'ai de l'orthographe, je n'ai pas de poésie. Or, il me faudrait beaucoup de poésie pour vous raconter l'importance que vous avez pour moi. En fait, je vous dois la vie. Sans vous, je me serais tuée vingt fois.Odette »La vie a tout offert à l'écrivain Balthazar Balsan et rien à Odette Toulemonde. Pourtant, c'est elle qui est heureuse. Lui pas. Leur rencontre fortuite va bouleverser leurs existences.Huit récits, huit femmes, huit histoires d'amour. De la petite vendeuse à la milliardaire implacable, de la trentenaire désabusée à une mystérieuse princesse aux pieds nus en passant par des maris ambigus, des amants lâches et des mères en mal de filles, c'est une galerie de personnages inoubliables qu'Eric-Emmanuel Schmitt poursuit avec tendresse dans leur quête du bonheur.

Première page :

Wanda Winnipeg

En cuir, l’intérieur de la Royce. En cuir, le chauffeur et ses gants. En cuir, les valises et les sacs bourrant la malle. En cuir, la sandale tressée qui annonce une jambe fine au bord de la portière. En cuir, le tailleur jupe écarlate de Wanda Winnipeg.

Les chasseurs s’inclinent.

Wanda Winnipeg franchit le seuil sans regarder personne ni vérifier que ses affaires suivent. Comment en serait-il autrement ?

Derrière le comptoir de l’hôtel, les employés frémissent. Faute de pouvoir capter son attention derrière ses lunettes fumées, ils débordent de formules accueillantes.

– Bienvenue, madame Winnipeg, c’est un grand honneur pour nous que vous descendiez au Royal Emeraude. Nous ferons tout pour rendre votre séjour le plus agréable possible.

Ce que j'en pense :

Ce sont huit nouvelles « à chute » et on sent bien que l’auteur maîtrise son sujet, même si, de temps en temps, les effets sont « attendus ». C’est une lecture rapide, distrayante, et, comme dans les autres livres de nouvelles, certaines sont supérieures à d’autres. Il y a souvent de la douceur, de l’émotion, du suspens, un petit peu de cynisme et parfois de la facilité. Mais, au total, ce livre fait du bien (même si cela ne dure pas longtemps !)

Odette Toulemonde et autres histoires

 

 

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Sous le ciel des hommes

Publié le par GéHa

Sous le ciel des hommes

"Sous le ciel des hommes" de Diane Meur - Sabine Wespieser éditeur

Présentation de l'éditeur :

Rien ne semble pouvoir troubler le calme du grand-duché d’Éponne. Les accords financiers y décident de la marche du monde, tout y est à sa place, et il est particulièrement difficile pour un étranger récemment arrivé de s’en faire une, dans la capitale proprette plantée au bord d’un lac.

Accueillir chez lui un migrant, et rendre compte de cette expérience, le journaliste vedette Jean-Marc Féron en voit bien l’intérêt : il ne lui reste qu’à choisir le candidat idéal pour que le livre se vende.

Ailleurs en ville, quelques amis se retrouvent pour une nouvelle séance d’écriture collective : le titre seul du pamphlet en cours – Remonter le courant, critique de la déraison capitaliste – sonne comme un pavé dans la mare endormie qu’est le micro-État.

Subtile connaisseuse des méandres de l’esprit humain, Diane Meur dévoile petit à petit la vérité de ces divers personnages, liés par des affinités que, parfois, ils ignorent eux-mêmes. Tandis que la joyeuse bande d’anticapitalistes remonte vaillamment le courant de la domination, l’adorable Hossein va opérer dans la vie de Féron un retournement bouleversant et lourd de conséquences.

C’est aussi que le pamphlet, avec sa charge d’utopie jubilatoire, déborde sur l’intrigue et éclaire le monde qu’elle campe. Il apparaît ainsi au fil des pages que ce grand-duché imaginaire et quelque peu anachronique n’est pas plus irréel que le modèle de société dans lequel nous nous débattons aujourd’hui.

Première page :

La ville dormait non pas de son sommeil nocturne, mais de la trompeuse somnolence de ses dimanches après-midi. Un dimanche de novembre à Landvil vers les trois ou quatre heures, laisser derrière soi les rues du Vieux Quartier pour s’aventurer sur les pentes des diverses collines, de leurs banlieues effilochées sans comment ni pourquoi : une expérience du vide, ou de l’infini ? Le ciel est bas, sans l’être. Dans ces pays de montagnes où même le fond des vallées est déjà en altitude, la couche des nuages, c’est vrai, paraît à portée de main. Mais chacun y connaît aussi les coups de théâtre qui, en moins d’une demi-heure, peuvent déchirer ce voile accroché aux sommets, chacun le sait donc aussi relatif qu’éphémère.

D’ailleurs ce n’est pas du ciel chargé que tombe cette somnolence. C’est de la ville qu’elle monte. De ses réverbères, dont la lueur fond en halo dans le léger brouillard ; de ses tramways qui, dans les courbes, émettent un grincement poussif comme pour proclamer : Attention, aujourd’hui nous sommes rares. Trafic dominical.

Chaque rue semble une impasse. Chaque immeuble semble le dernier de la rue. …

Ce que j'en pense :

Beaucoup de personnages dans ce roman choral, et sans doute un peu trop. Les pages consacrées à l’écriture d’un pamphlet anti capitaliste qui sert d’épine dorsale au roman m’a particulièrement « ennuyé ». Au point que j’en ai sauté pas mal de pages, alors que sur le fond je suis assez d’accord avec la thèse soutenue. Il reste quand même dans ce roman quelques belles pages, en particulier lorsque l’autrice parle des migrants.

Sous le ciel des hommes

 

 

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