Jusqu'à la fin des jours
"Jusqu'à la fin des jours" de Tom Lavallée - Librinova
Présentation de l'éditeur :
Toussaint est un enfant ordinaire. À première vue, du moins. Coincé entre une mère violente et un père léthargique, voilà qu'il se persuade un jour qu'il est mort. Alors, il essaie de comprendre, lutte pour se défaire de cet inextricable tourment existentiel, mais rien n'y fait. Toussaint voit les jours défiler avec cette impression diffuse d'existence intermédiaire : vivant parmi les morts ? Ou bien mort parmi les vivants ? Et quelle différence ?
Louison, quant à elle, voit un beau matin sa vie pulvérisée en haute définition. N'en subsistent qu'une carcasse fumante et un cercueil vide. Livrée à elle-même, Louison va devoir apprendre à maîtriser d'étranges pulsions qui l'assaillent, froides et électriques. Seul refuge pour elle, la tombe de sa mère.
Et soudain survient ce jour inouï, celui du compte à rebours des jours de Toussaint, et commencent alors les pérégrinations macabres et loufoques de ces deux êtres poussés dans la marge du monde, unis par leurs différences autant que par les circonstances.
Une grille de fer grince, puis sous leurs pas le gravier crisse : les voilà maîtres désormais de cet endroit où se cristallisent les craintes, les angoisses. Ce lieu du repos éternel, cerné de hautes murailles de pierres et de tabous. Et de cette enclave où joies et effervescences n'ont d'ordinaire pas droit de cité, Louison et Toussaint feront l'écrin de leurs extravagances.
Première page :
Ce fut par noyade qu’il mourut la première fois.
Accident éminemment stupide à l’origine duquel ne fut pas étranger l’incontournable con d’Étienne, et qui vaudrait à Toussaint Desormeaux administration d’une volée par sa crevure de mère. Laquelle, en la matière, n’en était pas à ses premiers faits d’armes.
C’était la fin d’un été que peu regretteraient. Un été comme vache qui pisse, tant et si bien que les anciens en étaient à se lever la nuit pour vider les pluviomètres. Les plans d’eau du bocage vendéen en avaient ras la gueule, et les habitants, la casquette. Tout comme les rivières, les humeurs saturaient ; et les genoux grinçaient et les dents aussi. Au village, les discussions atmosphériques confinaient au paroxysme, cette inhabituelle mouillure estivale ayant pour paradoxal effet d’échauffer les esprits.
Alors, mourir en ces temps maussades, après tout. L’élève Desormeaux s’éviterait ainsi le supplice d’une nouvelle rentrée scolaire. Et pourtant, quelques jours plus tard, celui-ci cheminerait vers l’école, farci d’un doute existentiel à côté duquel son cartable de cahiers bombé ne pesait pas bien lourd.
Mais, la première fois ? Du moins celle que Toussaint perçut comme telle, n’ayant pas souvenir d’en avoir vécu d’autres auparavant – c’est-à-dire, d’autres morts. Car il y songea, bien sûr. Ne le ferions-nous pas ? Damnation et vacuité de l’existence humaine, largement employée à nous imaginer après coup ce qui a bien pu se passer avant : nous vivons à rebrousse-poil, aspirés par l’irrémédiable fuite en avant du temps, mais le regard invariablement tourné vers l’arrière, dans un futile et permanent fantasme de réhabilitation.
Ce que j'en pense :
Un roman burlesque plein d’humour (noir), souvent macabre, parfois tendre mais toujours captivant. Les deux jeunes personnages, très « décalés » dans leur milieu, sont décrits avec beaucoup de justesse. L’écriture est parfaite, très efficace et les apartés réguliers de l’auteur sont savoureux. Voilà un roman auto édité qui vaut largement bien d’autres productions sorties de maisons renommées. Une belle plume dont on attend le prochain titre.

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