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Amours solitaires

Publié le par GéHa

Amours solitaires

"Amours solitaires" de Morgane Ortin - Albin Michel

Présentation de l'éditeur :

Autrefois, les amoureux échangeaient des lettres.

Aujourd'hui, ils s'envoient des textos.

La poésie n'a pas disparue entre temps.

Depuis qu'elle a créé le compte Instagram Amours Solitaires, Morgane Ortin a recueilli des milliers de conversations intimes d'amoureux anonymes. Des mots doux, des mots crus, exaltés, érotiques, simples, drôles, sensuels, habiles, piquants.

Elle en a sélectionné 278 pour composer l'histoire d'amour que vous vous apprêtez à lire. Une histoire que l'on pourrait introduire comme suit : des amours, il en a connu avant. Elle en a vu passer aussi. Ce livre raconte le leur. Celui qui tombe comme un couperet, ici et maintenant.

Premiers échanges :

14 janvier

00h45

Tu veux mon numéros ?

Que tu le veuilles ou non, le voici.

A composer pour toute urgence/

FAQ sur ma vie/ bain à toute

heure. Merci pour le diner,

et pour le reste. J’ai bien aimé.

A bientôt j’espère.

 

02h22

Je ne suis pas dans un état

normal et je ne veux pas dire

des choses anormales mais

je te souhaite la meilleure nuit

depuis que la nuit est nuit

et que le monde est monde.

Ce que j'en pense :

Très belle démarche de l’autrice, qui montre que l’écrit (l’écrit amoureux, romantique…) n’est pas mort, malgré ce qu’on appelle « les réseaux sociaux ». Cela renouvelle le genre épistolaire. Et finalement on y croit à cette histoire d’amour, même si certains passages paraissent vraiment trop naïf, voire même un peu « Harlequin ».

Amours solitaires

Amours solitairesAmours solitaires

 

 

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Moi, Marthe et les autres

Publié le par GéHa

Moi, Marthe et les autres

"Moi, Marthe et les autres" de Antoine Wauters - Verdier

Présentation de l'éditeur :

Dans un Paris dévasté par une catastrophe (accident nucléaire, cataclysme naturel, guerre de religion ?), un groupe de jeunes gens arpentent les rues, tentent de survivre en mangeant ce qu’ils trouvent, chantent des airs de John Holiways et fuient la violence de leurs ennemis en cherchant un ailleurs.

Car ce monde en lambeaux, il s’agit malgré tout de l’habiter, de s’y vêtir et d’y trouver des raisons d’espérer. Comment tenir ? Comment trouver en soi de quoi réjouir la vie quand tout a sombré ? Ce sont les questions que se posent, avec humour et cruauté, les protagonistes de cette aventure.

 

Première page :

  1. Nous arpentons le boulevard SainGerm et inspectons les restes des combats de nuit. Nous regardons devant nous, nous agenouillons, Josh dit: y a que des macchabées par ici, Hardy, que de la chair carbonisée. Il prend ma main et nous nous en allons, empruntant les petites rues et le funicul nous menant en droite ligne chez nous.
  2. Je n’aime pas quand Josh s’approche trop quand il parle. Une odeur de charogne, Josh, à chaque fois qu’il s’approche trop près. Le monde est un lieu terrible, dis-je à Ossip en me collant à lui de retour dans la grotte, mais la bouche de Josh est encore plus infecte. Ossip sourit et me prend dans ses bras: t’es bête, Hardy. On s’endort en fixant la lune. La lune est bleue.
  3. Nous fouillons les poubelles. Entrons dans de vieux magasins. Marthe nous devance, obsédée à l’idée de trouver du lait pour nourrissons. Ça sert à rien, Marthe, on lui dit. Tu le sais bien. Mais nos petits vont mourir si les choses continuent! hurle-t-elle. Et elle verse des larmes à peine perceptibles, que nous ne regardons pas, que nous ne regardons plus: nous avançons.

  Ce que j'en pense :

Petit roman, par le nombre de pages, mais grand livre par sa force et sa densité. C’est un roman de survie et d’oubli, d’amour et de renaissance, d’espoir et de désespoir mêlés. C’est écrit de façon splendide, très poétique, avec quelques touches d’humour. Auteur à découvrir absolument.

Moi, Marthe et les autres

Moi, Marthe et les autresMoi, Marthe et les autresMoi, Marthe et les autres

 

 

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Vagabond

Publié le par GéHa

Vagabond

"Vagabond" de Frank Bouysse - livre de poche

Présentation de l'éditeur :

La journée, il erre dans les rues et s’arrête parfois pour écrire des chansons, voyant à peine ceux qui sillonnent la ville d’un pas pressé. Ses soirées, il les passe à jouer du blues dans les cafés, habité par sa musique. La nuit, il rejoint son hôtel miteux pour dormir, pour rêver à Alicia, celle avec qui il y a quinze ans il partageait la scène, celle qui est partie et lui a brisé le cœur. Et justement Alicia est en ville pour y chanter. L’apparition de ce fantôme va pousser l’homme à replonger dans son passé, dans son enfance et ses mystères.
Errant sur les traces de ce vagabond, Franck Bouysse nous entraîne sur une trajectoire incertaine, guidés par une voix littéraire profonde et puissante, dans une mélopée poétique qui côtoie autant l’ombre que la lumière.

Première page :

L'homme releva la tête à l'heure où le jour sombrait. Des gouttes d'asphalte sur son visage, à demi. Sous son crâne, le blues­man Robert Johnson, à presque un siècle de distance, disait sa rencontre avec le diable. L'homme pensa que lui aussi avait rencon­tré l'un, ou l'autre. Il reposa sa tête, regar­dant l'envers des feuilles des platanes, entre lesquelles le gris et le bleu le confortèrent dans l'idée qu'il n'était pas à sa place, qu'il n'en avait pas vraiment, qu'il ne serait mieux nulle part, alors il fit une volte et sa face se désagrégea contre des gravillons épars et la douleur lui fit définitivement reprendre contact avec une réalité de bruits.

Ce que j'en pense :

 Encore un des premiers livres de Bouysse réédités après qu'il ait connu le succès à partir de "Grossir le ciel". On voit bien que dans ce petit livre la forme et le fond ne sont pas vraiment en harmonie. C'est du bon blues mais on ne rentre pas complètement dedans; on ne rentre pas entièrement dans cette poésie noire qui traine sa mélancolie entre bar et désespoir.

Vagabond

Vagabond

 

 

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Né un mardi

Publié le par GéHa

Né un mardi

"Né un mardi" de Elnathan John - Métailié

Présentation de l'éditeur :

Dantala vit dans la rue avec les voyous de Bayan Layi, fume la wee-wee sous le baobab, fait le coup de poing pour le Petit Parti. Souvent, les bagarres tournent mal mais, comme on dit, tout ce qui arrive est la volonté d’Allah. Un soir d’émeutes, pris en chasse par la police, il doit s’enfuir. 
Sans famille, il trouve refuge à Sokoto auprès d’un imam salafiste. Il apprend l’anglais avec son ami Jibril, tombe amoureux, psalmodie l’appel à la prière, lit tout ce qu’il peut. Le gamin naïf mais curieux découvre l’étendue de ses contradictions et la liberté de la pensée, et gagne sa place et son nom dans un monde chaotique et violent. Alors que les tensions entre communautés ne cessent de croître, un imam irascible fait sécession et part à la campagne fonder une secte extrémiste.
Loin de l’exotisme et du tiers-mondisme bien-pensant, Elnathan John nous emmène dans une région dont on ignore presque tout : harmattan, poussière des routes, vendeurs de koko, et le goût du dernier morceau de canne à sucre – le meilleur. On brandit des machettes, on assiste à des matchs de lutte, on prend toutes sortes de transports, on marche, on court, on aime, on est Dantala de bout en bout, passionnément. Un formidable roman d’apprentissage, sensible et poignant, dont on sort complètement retourné.

Première page :

"2003

Les garçons qui dorment sous les branches du kuka à Bayan Layi aiment bien se vanter à propos des gens qu'ils ont tués. Je ne me joins jamais à la conversation car je n'ai jamais tué un homme. Banda oui, mais il n'aime pas en parler. Tout ce qu'il fait, c'est fumer de la wee-wee pendant que les autres parlent tous en même temps. La voix de Gobedanisa est toujours la plus forte. Il aime bien rappeler à tout le monde le jour où il a étranglé un homme. Je n'interromps jamais son histoire même si j étais avec lui ce jour-là et si j'ai vu ce qui s'est passé. Gobedanisa et moi, on avait été dans un lambu pour voler des patates douces, mais le fermier nous a surpris pendant qu'on y était. Alors qu'il nous poursuivait, en jurant de nous tuer s'il nous attrapait, il est tombé dans un piège à antilopes. Gobedanisa ne l'a pas touché. On est seulement restés à côté de lui et on l'a regardé se débattre et se débattre et puis arrêter de se débattre.

Je me moque que Gobedanisa mente à propos de ce qui s'est passé mais parfois j'ai juste envie de lui dire de la fermer. À l'entendre parler de meurtre, on pourrait croire qu'il espère que ça lui vaudra Al Djannah, qu'Allah lui réservera la meilleure place. Je sais pourquoi il parle comme ça. Il raconte ça pour impressionner les garçons plus jeunes. Et pour qu'ils aient peur de lui. Son visage est couvert de cicatrices, la plus voyante étant une mince et longue entaille qui s'étire du coin droit de sa bouche à son oreille droite. …"

Ce que j'en pense :

On a peu l’occasion de lire des romans de jeunes auteurs l’Afrique anglophone. Voilà un écrivain qui mérite d’être suivi. Son roman est puissant et original. A travers le parcours de Banda on découvre la montée des extrémismes au Nigéria (et l’actualité est malheureusement là pour nous le rappeler). Ce n’est pas un livre très facile à lire car il est parsemé de textes du Coran en langue locale, mais il faut vraiment aller jusqu’au bout, c’est une lecture qui laisse des traces.

Né un mardi

Né un mardiNé un mardi

 

 

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Pour services rendus

Publié le par GéHa

Pour services rendus

"Pour services rendus" de Iain Levinson - Liana Levi

Présentation de l'éditeur :

En 1969, ils étaient au Vietnam, embourbés dans la jungle et dans une guerre de plus en plus absurde. Fremantle, sergent aguerri, à la tête d’une section de combat, Drake, jeune recrue pas très douée. En 2016, ces deux-là se retrouvent, après quarante-sept ans… L’ancien sergent dirige sans enthousiasme le commissariat d’une petite ville du Michigan, et le soldat malhabile est un sénateur en campagne pour sa réélection. Ce dernier a raconté ses faits d’armes au Vietnam, version Disney Channel, pour s’attirer un électorat de vétérans, et il recourt à son ancien chef pour les valider. Ce ne sera qu’une petite formalité, une interview télévisée amicale, dans laquelle Fremantle ne devra pas vraiment mentir, non, il devra juste omettre de dire toute la vérité. Pas de quoi fouetter un flic…

Un roman au vitriol, où le mensonge est le nerf de la guerre et de la politique.

Première page :

"Tunnels de Cu Chi, 30 km au nord de Saïgon Mai 1969

La première chose que voit Billy Drake en descendant du camion est le corps d’un homme mort étendu par terre. Celui-ci ne porte qu’un pantalon noir qui n’est guère plus qu’une guenille, et ses cheveux sont emmêlés autour de son visage comme s’ils étaient mouillés. Billy remarque qu’il est petit et très maigre. On distingue nettement ses côtes. Il ne repère aucune blessure sur le cadavre étendu au soleil, manifestement vietnamien, et se demande s’il est mort de faim. Des soldats fument à proximité et Billy s’approche d’eux. «Hé, fait-il, je cherche la deuxième section, compagnie Bravo. » Un des hommes le regarde, un grand, décharné, à la peau comme du cuir. Il indique sa gauche sans un mot. Aucun des autres soldats ne lève les yeux sur lui. Billy tourne la tête et remarque des camions-citernes à l’arrêt et deux hommes qui discutent, penchés sur une carte étalée sur le capot d’une jeep. Il y a d’autres corps alignés sur le sol, en guenilles noires, sans chemise, tous maigres et les cheveux collés au visage; pas de blessures ni de sang apparents. …"

Ce que j'en pense :

Pas de manichéisme dans ce très beau roman mais beaucoup de lucidité. L’ancien sergent au Vietnam et le sénateur en campagne sont très bien décrits avec leurs ambigüités, mais avec beaucoup d’empathie. La critique de la politique aux États-Unis (on peut élargir à bien d’autres pays) est cinglante, ironique et très efficace.

Pour services rendus

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Désordre

Publié le par GéHa

Désordre

"Désordre" de Leslie Kaplan -POL

Présentation de l'éditeur :

Ce petit livre est issu d’un mouvement de colère et d’indignation. Et d’un constat : le monde marche sur la tête. Il y a un mensonge sur l’origine de la violence. La violence vient d’abord d’en haut, pas d’en bas. De ceux qui possèdent le pouvoir, l’argent, l’éducation, etc., et qui se comportent comme des privilégiés. Elle ne vient pas des opprimés, des exploités, qui cherchent à défendre ou à élargir de maigres acquis en usant de moyens parfaitement légaux et inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, comme le droit de manifester. C’est drôle, inquiétant et cruel. C’est une farce sanglante qui rappelle certains textes de Voltaire ou de Dostoïevski.

Première page :

"Il y eut ce printemps-là une série de crimes particuliers, rapidement nommés dans la presse « crimes du XIXe siècle ». Ceux qui les commettaient étaient des exploités de toutes sortes, employés, salariés, ouvriers agricoles, domestiques variés, misérables divers, et ceux qui étaient assassinés étaient des patrons, des patronnes, des gens pour qui « il n’y avait qu’à », qu’à faire quoi ?"

Ce que j'en pense :

Tout petit livre (une cinquantaine de pages) mais dans tous les sens du terme. Le bandeau "ça suffit la connerie" est sans doute ce qu'il y a de meilleur. L'éditeur en met des tartines pour présenter ce livre, mais de là à le comparer à des textes de Voltaire ou Dostoïevski, il ne faut pas exagérer. La lecture peut parfois faire sourire ou rire jaune en pensant à l'actualité mais Leslie Kaplan nous avait habitué à bien mieux.

Désordre

 

 

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Sans défense

Publié le par GéHa

Sans défense

"Sans défense" de Harlan Coben - Pocket

Présentation de l'éditeur :

Dix ans que le privé Win Lockwood attend ce moment. Dix ans qu'il tente de retrouver la trace de deux enfants kidnappés. Et l'un d'eux est là, devant lui, dans cette ruelle malfamée de Londres. Win touche au but. Le happy end est proche. Mais le garçon lui échappe. Retour à la case départ. Le moment est venu pour Win d'appeler du renfort : son associé, son meilleur ami, le détective Myron Bolitar. 
Après huit ans d'absence, Bolitar fait son grand retour dans une enquête explosive, à très haute fréquence artérielle. 

Première page :

"LE GARÇON DISPARU DEPUIS DIX ANS s’avance dans la lumière.

Je ne suis pas du genre hystérique ni même enclin au sentiment qu’on nomme communément la stupéfaction. Durant mes quarante et quelques années d’existence, j’en ai vu de toutes les couleurs. J’ai failli être tué… et j’ai tué. J’ai été confronté à une perversité que beaucoup trouveraient difficile à imaginer, voire inconcevable. D’aucuns argueraient que j’en ai fait autant. J’ai appris au fil des ans à contrôler mes émotions et, qui plus est, mes réactions dans des situations stressantes ou explosives. Je peux frapper vite et violemment, mais je n’agis jamais sur un coup de tête ni de manière irréfléchie.

Disons que ces qualités m’ont sauvé, moi et ceux qui me sont chers, à plus d’une occasion.

J’avoue cependant que, en voyant ce garçon – du reste, c’est un adolescent maintenant –, je sens mon pouls s’accélérer. Mes oreilles se mettent à bourdonner. Inconsciemment, je serre les poings."

Ce que j'en pense :

L’intrigue est très bien ficelée, les personnages sont presque tous bien campés (on peut se demander ce que certains viennent faire dans ce livre si on n’a pas lu les précédents aventures avec les mêmes enquêteurs). L’écriture est agréable avec beaucoup d’humour, des dialogues assez mordants. Pas vraiment un coup de cœur mais un bon moment de lecture.

Sans défenseSans défense

 

 

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Oxymort

Publié le par GéHa

Oxymort

"Oxymort" de Franck Bouysse - Moissons Noires

Présentation de l'éditeur :

Je jure que, s'il m'en laisse la moindre occasion, je le tuerai.
Je me demande depuis combien de temps je suis enfermé ici. Je ne sens plus les muscles de mon corps. J'ai beau chercher, je ne comprends pas ce que je fais là.
La chaîne mesure environ trois mètres. La longueur nécessaire pour atteindre la porte, l'effleurer. On me glisse toujours mon repas lorsque je dors. Plus d'une fois, j'ai tenté de rester éveillé pour surprendre l'arrivée du plateau, mais je n'y suis jamais parvenu. À croire qu'on m'épie en permanence...
Enfermé.
La pire des choses à vivre pour un homme.

Première page :

"C’était tout de même pas si difficile que ça de mourir. Quelque chose qu’il fallait faire un jour ou l’autre. Ça ne devait pas faire bien mal, vingt centimètres de lame froide dans le ventre. Il ne s’était pas foutu de la gueule du type. Du premier choix, cette lame. Achetée à un armurier de la rue de la Cité aux airs de Robert Mitchum.

Avant d’enfoncer la lame dans les tripes du type, il s’était renseigné, puis entraîné à chercher le foie et les poumons. Au moment de passer à l’acte, l’instinct avait parlé. Un surgissement primal. Il s’était vite rendu à l’évidence que trouver l’un ou l’autre des organes visés n’était pas important ; que ça laissait suffisamment de traces pour entraîner la mort. "

Ce que j'en pense :

Livre décevant lorsqu’on a lu les autres livres de Franck Bouysse. C’est une mauvaise idée des éditions « Moissons noires » d’avoir réédité ce livre en faisant croire que c’est un nouveau « Bouysse ». On ne retrouve pas la force et la profondeur de l’auteur. Son style est trop « visible » et on trouve l’intrigue et les personnages assez formels ; on ne rentre pas complètement dans ce thriller.

Oxymort

 

 

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Une femme en contre-jour

Publié le par GéHa

Une femme en contre-jour

"Une femme en contre-jour" de Gaëlle Josse - Notabilia

Présentation de l'éditeur :

« Raconter Vivian Maier, c’est raconter la vie d’une invisible, d’une effacée. Une nurse, une bonne d’enfants.

Une photographe de génie qui n’a pas vu la plupart de ses propres photos.

Une Américaine d’origine française, arpenteuse inlassable des rues de New York et de Chicago, nostalgique de ses années d’enfance heureuse dans la verte vallée des Hautes-Alpes où elle a rêvé de s’ancrer et de trouver une famille.

Son œuvre, pleine d’humanité et d’attention envers les démunis, les perdants du rêve américain, a été retrouvée par hasard – une histoire digne des meilleurs romans – dans des cartons oubliés au fond d’un garde-meubles de la banlieue de Chicago.

Vivian Maier venait alors de décéder, à quatre-vingt-trois ans, dans le plus grand anonymat. Elle n’aura pas connu la célébrité, ni l’engouement planétaire qui accompagne aujourd’hui son travail d’artiste.

Une vie de solitude, de pauvreté, de lourds secrets familiaux et d’épreuves ; une personnalité complexe et parfois déroutante, un destin qui s’écrit entre la France et l’Amérique.

L’histoire d’une femme libre, d’une perdante magnifique, qui a choisi de vivre les yeux grands ouverts.

Je vais vous dire cette vie-là, et aussi tout ce qui me relie à elle, dans une troublante correspondance ressentie avec mon travail d’écrivain. »

G.J.

Dix ans après la mort de Vivian Maier, Gaëlle Josse nous livre le roman d’une vie, un portrait d’une rare empathie, d’une rare acuité sur ce destin troublant, hors norme, dont la gloire est désormais aussi éclatante que sa vie fut obscure.

Première page :

Chicago, Rogers Park, décembre  2008 Sous le ciel blanc de ces derniers jours de décembre, les goélands argentés et les canards cisaillent l’air en piaillant au-dessus du lac Michigan gelé. Une femme âgée, très âgée, les suit du regard. Elle est sortie malgré le froid, malgré la neige qui enserre la ville dans son emprise depuis de longues semaines. Elle est venue s’asseoir, comme chaque jour, sur ce banc, son banc, face au lac. Pas trop longtemps, impossible de rester immobile par un tel froid. Ses pensées sont emmêlées, agitées comme le vol des oiseaux au-dessus du lac gelé qui cherchent des eaux encore libres de glace. Ce lac, comme une mer. On ne voit pas l’autre rive. Et si c’était la mer? Peut-être le souvenir de quelques bateaux lui revient-il fugitivement en mémoire. Mais comment savoir, car tout vacille. La scène ressemble à une photo qu’elle aurait pu prendre. Composition parfaite. Le banc, avec ces deux arbres nus, de chaque côté, au garde-à-vous, figés dans l’engourdissement de l’hiver.

Ce que j'en pense :

C’est sans doute lié à la personnalité de Vivian Maier, secrète, ambiguë, presque invisible mais le livre de Gaëlle Josse ne m’a pas vraiment touché comme ses autres livres. Le début, en particulier parait confus, on peut se perdre dans ces histoires de famille. On sait qu’on n’en saura pas plus sur cette femme et cela est un peu frustrant. Voilà un nouveau genre de livre : une biographie sur une presque inconnue qui a laissé un nombre incalculable de photos. Je conseille, après lecture de ce livre, d’aller voir les photos et de lire la courte pièce de Guillaume Poix « Tout entière » (éditions théâtrales).

Une femme en contre-jour

Une femme en contre-jour

 

 

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Tout entière Et le ciel est par terre

Publié le par GéHa

Tout entière Et le ciel est par terre

"Tout entière, Et le ciel est par terre de Guillaume Poix - éditions théâtrales

Présentation de l'éditeur :

Deux nouveaux univers théâtraux unis par une grande maîtrise littéraire et dramaturgique : Guillaume Poix, l’auteur du très repéré Straight, propose des textes à l’écriture puissante et à la théâtralité immédiate. 

On la croit Tout entière exposée dans ses autoportraits. Elle est en fait insaisissable, changeante, tour à tour monstre et merveille. L’auteur fait de Vivian Dorothy Maier une figure mythologique, hydre des temps modernes, dont certaines facettes nous sont encore très mystérieuses. Il tente d’apprivoiser  par la fiction cette photographe et nounou discrète, qui a du mal à se laisser tirer le portrait et pourrait bien retourner le viseur contre celle qui tente de l’enfermer dans une petite boîte noire… Dans ce face-à-soi, le monologue se dédouble et laisse entendre la voix de l’artiste dont les rafales de mots sont autant de clichés dangereux à développer.

Avec Et le ciel est par terre, on est pris de vertige devant l’immensité du vide qui se creuse peu à peu entre les quatre membres d’une même famille — la mère, son fils et ses deux filles. Tandis que devant eux les tours de la cité sont détruites et tombent une à une, les secrets restent bien gardés, emmurés comme ceux qui les portent. Dans ce huis-clos où l’amour ne se vit plus qu’en luttant, on s’échappe par le déni, le silence — ou l’humour.

Extrait :

"ça doit se passer comme ça

vous avez arpenté la ville

à l’affût

vous étiez dans la rue toute la journée

dans la rue comme les autres

au milieu des gratte-ciel

perchée sur les trottoirs

passante anonyme

et puis vous avez vu quelque chose

vous avez repéré

un truc

alors soudain

vous vous approchez

du truc

discrète parmi tous les autres qui continuent leur marche

entrent dans une parfumerie traînent un chien jettent un mégot dans le caniveau regardent un jean en vitrine hèlent un taxi

et au milieu des gens qui passent à toute allure

vous vous figez

vous vous placez

vous êtes en poste maintenant

et vous regardez

il y a sûrement du vent

dans les rues des grandes villes américaines je suis certaine qu’il y a du vent

vos yeux doivent recevoir quelques mèches de vos cheveux

ça ne vous trouble pas vous les remettez

puis…"

Ce que j'en pense :

Écriture très directe, incisive et poétique, surtout pour la première pièce. On trouve plus de cruauté et d’humour dans la seconde pièce. C’est pour moi une magnifique écriture et j’ai vraiment envie de voir ce que peuvent en faire les metteur·e·s en scène.

Tout entière Et le ciel est par terreTout entière Et le ciel est par terreTout entière Et le ciel est par terre

 

 

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