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La chambre des morts

Publié le par GéHa

La chambre des morts

"La chambre des morts" de Franck Thilliez
Pocket

Présentation de l'éditeur :

Imaginez... Vous roulez en pleine nuit avec votre meilleur ami, tous feux éteints. Devant vous, un champ d'éoliennes désert. Soudain le choc, d'une violence inouïe. Un corps gît près de votre véhicule. À ses côtés, un sac de sport. Dedans, deux millions d'euros, à portée de main. Que feriez-vous ? Vigo et Sylvain, eux, ont choisi.

Première page :

"Depuis la nuit dernière, l'odeur avait encore empiré. L'infection ne se contentait plus d'imprégner les draps ou les taies d'oreiller, elle se diluait dans toute la chambre, tenace et nauséeuse. Une fois son tee-shirt ôté, la fillette l'avait écrasé sur son nez avant de nouer les extrémités autour de sa tête. Stratagème inefficace. Malgré la barrière de tissu, les molécules olfactives distribuaient leur poison invisible. Il est des fois où l'on ne peut rien contre plus petit que soi.

À travers les fenêtres verrouillées, l'été déversait une moiteur grasse, les mouches bourdonnaient, agglutinées en losanges émeraude sur un trognon de pomme pourri. De plus en plus, l'enfant se sentait impuissante face aux hordes ailées. Les insectes se multipliaient à une vitesse prodigieuse et fondaient sur le lit, trompes en avant, à chaque fois que la petite relâchait son attention. Bientôt, épuisée, affamée, elle serait forcée de capituler.

Même pas neuf ans et pourtant, déjà, l'envie de mourir.

Sa gorge brûlait, sa langue gonflait, son organisme se liguait contre elle en un arc douloureux. Il fallait boire, absolument. Ce qui impliquait quitter la couche, s'éloigner de la chambre et foncer jusqu'à la salle de bains."

Ce que j'en pense :

Un thriller (sanglant) assez bien écrit dans une région sinistrée (le Nord) ; mais la dimension sociale n'est sans doute pas assez mise en avant. L'intrigue est bien conduite mais assez "prévisible". Certains rebondissements sont un peu "tirés par les cheveux". On devine que le lieutenant de police Lucie Henebelle doit rester en vie afin d'apparaitre dans d'autres livres !

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Une femme seule

Publié le par GéHa

Une femme seule

"Une femme seule" de Marie Vindy
Fayard noir

Présentation de l'éditeur :

Un petit matin de janvier, au lieu-dit de L’Ermitage, Marianne Gil est réveillée par une pluie de coups frappés à sa porte. Son ami Joe, affolé, a découvert le corps sans vie d’une jeune fille derrière les granges, au fond de la propriété. Ils préviennent les autorités. 

Le capitaine Francis Humbert, de la brigade de recherches de Chaumont, prend la tête des opérations. Les premières constatations révèlent que la victime a été étranglée, mais rien ne permet d’établir son identité. Qui est-elle ? Et que faisait-elle seule, dans les bois, en plein hiver ? 
Mystérieuse Marianne, qui vit cachée et porte un secret que ni le silence ni la solitude n’ont su consoler. Écrivain de renom, cette femme seule à la beauté sauvage dégage une fragilité à laquelle Humbert sent confusément qu’il ne peut résister. Divorcé, englué dans une vie de caserne qui ne lui convient plus, cet enquêteur acharné va tout risquer pour la protéger de son passé...

Première page :

"La fatigue accumulée les trois derniers jours l'avait saisie la veille, à son retour. Marianne dormait d'un sommeil profond, lourd et sans rêve, quand une pluie de coups contre la porte la réveilla en sursaut. Elle ouvrit les yeux, désorientée.

Le jour se levait à peine, mais quelqu'un l'appelait. On criait son prénom. Elle reconnut la voix et son cœur fit un bond dans sa poitrine. La présence de Joe de si bonne heure ne pouvait avoir qu'une seule explication : les chevaux, ses chevaux. Elle passa un pull sur son tee-shirt et descendit pieds nus au rez-de-chaussée.

La trentaine, grand et osseux, des cheveux bruns toujours très courts, Joe avait dû prendre appui sur le chambranle de la porte pour ne pas flancher, lui qui se tenait d'habitude campé sur ses jambes comme si elles étaient faites de la même glaise que le sol."

Ce que j'en pense :

Il y a bien dans ce livre un point de départ intéressant, un endroit assez original et une certaine recherche d'atmosphère mais l'intrigue est assez lente. Les personnages manquent d'épaisseur et l'histoire d'amour entre les deux principaux protagonistes n'est pas crédible.

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Préhistoires

Publié le par GéHa

Préhistoires

"Préhistoires" de Jean Rouaud
folio Gallimard

Présentation de l'éditeur :

C'est la plus belle énigme de l'histoire du monde. Litanie de splendeurs : Lascaux, Rouffignac, Niaux... Ceux qu'on imaginait en brutes épaisses tout juste descendues du singe en savaient aussi long que nous sur la meilleure part de nous-mêmes. Il nous reste à imaginer ce qui leur passait par la tête, comment ils en vinrent à s'enfoncer sous terre, en rampant parfois, pour inventer le premier coup de pinceau et peindre des merveilles.

Un essai sur les débuts de l'histoire humaine et la naissance de la création artistique, par l'auteur des Champs d'honneur (prix Goncourt 1990).

Extrait :

"Tiens, le feu justement, qui nous a déjà tant apporté — ces ombres géantes qu'il projette sur le fond de l'abri, est-ce qu'il n'en détiendrait pas le secret de fabrication ? L'autre soir, alors que quelqu'un mouchait une torche, c'est-à-dire la frottait pour l'empêcher de fumer, notre dompteur de créatures a pensé que cette balafre noirâtre laissée sur la paroi pourrait lui éviter le fastidieux travail de gravure, les burins de silex, outre leur maniement incommode et un manque certain de précision, lui mettant les doigts en sang. Il s'est saisi d'un tison éteint, puis, de sa démarche bringuebalante, s'est approché d'un panneau de pierre. Et là, devant la petite troupe stupéfaite qui écoutait un énième récit de chasse miraculeuse, le geste grandiloquent du conteur qui tailladait l'air de sa main et observait le manège de son rival par-dessus leurs têtes est resté en suspens. Comme sa parole. Tous les regards se sont alors retournés vers l'ombre découpée d'un petit cheval au ventre rond contre la paroi, comme s'il paissait à côté d'eux, nullement dérangé par leur présence, au lieu que d'habitude il part au grand galop dès qu'il détecte dans un souffle de vent l'odeur de ces drôles de créatures qui lancent sur eux une partie de leur bras, comme on lance de mauvais sorts."

Ce que j'en pense :

C'est une réflexion sur la vie de  nos ancêtres préhistoriques, très subtile, pleine d'humour et d'une grande qualité littéraire. Ces trois courts textes se dégustent le sourire aux lèvres.

   

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Nous étions faits pour être heureux

Publié le par GéHa

Nous étions faits pour être heureux

"Nous étions faits pour être heureux" de Véronique Olmi
Albin Michel

Présentation de l'éditeur :

Quand Suzanne vient dans la maison de Serge à Montmartre, il ne la remarque pas. Elle accorde le piano de son fils. Elle est mariée, lui aussi, et à 60 ans il a ce dont rêvent les hommes : un métier rentable, une jeune femme parfaite, deux beaux enfants. Pourquoi soudain recherche-t-il Suzanne qui n est ni jeune, ni belle, et apparemment ordinaire ? Pourquoi va-t-il lui confier un secret d enfance dont il n a jamais parlé et qui a changé le cours de sa vie ? 

Pour évoquer la passion naissante, les vérités enfouies et coupables, l absence, le désir et les peurs, Véronique Olmi décline avec subtilité, en musique douce, juste et fatale, ces moments clefs où les vies basculent et cherchent désespérément la note juste.

Première page :

"Il est là, en face de moi, place des Abbesses. Il ne me voit pas. Le col de son manteau est relevé, il a mis ses gants de cuir brun, son écharpe Hermès. Les lumières du manège lancent des éclairs crus et colorés sur son visage, marquent ses cernes, et les rides à son front. Il lève parfois la main pour répondre au « coucou » de Chloé, assise sur un cheval de bois.

Il lui sourit, mais le manège a tourné, Chloé ne le voit pas, et son sourire devient nu, presque misérable sous les lumières flottantes.

Il va s'asseoir sur un banc de la place. Allume une cigarette. Il écarte les jambes, laisse ses bras tomber entre ses genoux, regarde quelque chose à ses pieds.

Ou ne regarde pas.

Le manège tourne toujours. Les enfants crient de joie et la brume flotte devant leur bouche, le vent soulève leurs cheveux, je pense à deux choses : ces enfants pourraient avoir une otite. Et aussi : je pourrais m'approcher de l'homme assis sur le banc et partir avec lui."

Ce que j'en pense :

Histoire d'amour et/ou de "non-amour" sur fond de piano bien ou mal accordé. Écriture délicate, limpide; chapitres courts; les personnages sont bien décrits (sauf le personnage masculin qui manque parfois de crédibilité). C'est un bon roman, avec de magnifiques passages, mais il n'a pas la force de certains autres livres de Véronique Olmi.

   

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Zulu

Publié le par GéHa

Zulu

"Zulu" de Caryl Ferey
Série noire Gallimard

Présentation de l'éditeur :

Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l'Inkatha, en guerre contre l'ANC, alors clandestin. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu'elles lui ont fait... Aujourd'hui chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l'Afrique du Sud, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs : la violence et le sida, dont le pays, première démocratie d'Afrique, bat tous les records. Les choses s'enveniment lorsqu'on retrouve la fille d'un ancien champion du monde de rugby cruellement assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch. Une drogue à la composition inconnue semble être la cause du massacre. Neuman qui, suite à l'agression de sa mère, enquête en parallèle dans les townships, envoie son bras droit, Brian Epkeen, et le jeune Fletcher sur la piste du tueur, sans savoir où ils mettent les pieds... Si l'apartheid a disparu de la scène politique, de vieux ennemis agissent toujours dans l'ombre de la réconciliation nationale...

Première page :

"- Tu as peur, petit homme ?... Dis : tu as peur ?
Ali ne répondait pas — trop de vipères dans la bouche.

- Tu vois ce qui arrive, petit Zoulou ? Tu vois ?!

Non, il ne voyait rien. Ils l'avaient saisi par la racine des cheveux et tiré devant l'arbre du jardin pour le forcer à regarder. Ali, buté, rentrait la tête dans les épaules. Les mots du géant cagoule lui mordaient la nuque. Il ne voulait pas relever les yeux. Ni crier. Le bruit des torches crépitait à ses oreilles. L'homme serra son scalp dans sa main calleuse :

- Tu vois, petit Zoulou ?

Le corps se balançait, chiffe molle, à la branche du jacaranda. Le torse luisait faiblement sous la lune mais Ali ne reconnaissait pas le visage : cet homme pendu par les pieds, ce sourire sanglant au-dessus de lui, ce n'était pas celui de son père. Non» ce n'était pas lui.

Pas tout à fait.

Plus vraiment.

Le sjambock claqua de nouveau.

Ils étaient tous là, réunis pour la curée, les « Haricots verts » qu'on avait formés pour maintenir l'ordre dans les townships, ..."

Ce que j'en pense :

Livre très bien documenté (parfois trop) sur l'Afrique du Sud. Intrigue captivante, bien menée. Les trois personnages principaux sont bien campés, avec leurs secrets, leurs défauts, leurs fêlures... Au final, malgré quelques longueurs, un bon polar, très noir et très "saignant".

  

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Les pays

Publié le par GéHa

Les pays

"Les pays" de Marie-Hélène Lafon
Buchet-Chastel

Présentation de l'éditeur :

À la porte de Gentilly, en venant de la gare, on n’avait pas vu de porte du tout, rien de rien, pas la moindre casemate, quelque chose, une sorte de monument au moins, une borne qui aurait marqué la limite, un peu comme une clôture de piquets et de barbelés entre des prés.

Fille de paysans, Claire monte à Paris pour étudier. Elle n’oublie rien du monde premier et apprend la ville où elle fera sa vie. Les Pays raconte ces années de passage.

Première page :

"On resterait partis quatre jours. On logerait à Gentilly, dans la banlieue, on ne savait pas de quel côté mais dans la banlieue, chez des sortes d'amis que les parents avaient. C'était le début de mars, quand la lumière mord aux deux bouts du jour, on le voit on le sent, mais sans pouvoir encore compter tout à fait sur le temps, sans être sûr d'échapper à la grosse tombée de neige, carrée, brutale, qui empêche tout, et vous bloque, avec les billets, les affaires et les sacs préparés la veille, au cordeau, impeccables alignés dans le couloir; vous bloque juste le jour où il faut sortir, s'extraire de ce fin fond du monde qu'est la ferme. On n'y passe pas, on ne traverse pas, on y va, par un chemin tortueux et pentu, caparaçonné de glace entre novembre et février..."

Ce que j'en pense :

Livre à l'écriture précise, au vocabulaire recherché, à savourer lentement. En lisant "Les pays" on pense encore à Depardon et à ses paysans mais cette fois ci il s'agit d'un départ vers la ville, contrairement à "L'annonce" où c'est la ville qui venait à la campagne. C'est un livre plein de pudeur, d'émotion retenue, de tendresse et de paix.

   

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Calligraphie des rêves

Publié le par GéHa

Calligraphie des rêves

"Calligraphie des rêves" de Juan Marsé
traductionJean-Marie Saint-Lu; Christian Bourgois

Présentation de l'éditeur :

Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, le jeune Ringo arpente les rues du quartier de Gracia, observe le quotidien de ses voisins depuis le bistrot de la señora Paquita et s'efforce de percer le mystère qui entoure les activités de son père. Au fil de ses rêveries s'esquisse l'Espagne franquiste, traversée d'interdits et de secrets.

Première page :

"Torrente de las Flores. Il avait toujours pensé qu'une rue portant ce nom ne pourrait jamais être le théâtre d'une tragédie. Depuis le haut de la Travesera de Dalt, elle amorce une forte pente qui s'atténue jusqu'à mourir dans la Travesera de Gracia, croise quarante-six rues, a une largeur de sept mètres et demi, est bordée d'immeubles peu élevés et compte trois bars. En été, durant les jours parfumés de la fête patronale, endormie sous un toit ornemental de bandes de papier de soie et de guirlandes multicolores, la rue abrite une agréable rumeur de roselière bercée par la brise et une lumière sous-marine et ondulante, comme d'un autre monde. Lors des nuits étouffantes, après dîner, la rue est un prolongement du foyer familial.

Tout cela est arrivé il y a bien longtemps, quand la ville était moins vraisemblable qu'aujourd'hui, mais plus réelle. Un peu avant deux heures, un dimanche après-midi de juillet, le soleil resplendissant et une averse soudaine se fondent durant quelques minutes, laissant en suspens dans l'air une lumière frisottante, une transparence hérissée et trompeuse tout au long de la rue. Cet été est torride ..."

Ce que j'en pense :

Rêve, réalité, fantastique, musique, cinéma... tout se mêle dans ce livre sur le Barcelone franquiste de l'après-guerre. Les personnages de ce quartier populaire de la capitale catalane sont terriblement attachants, avec leurs délires, leurs fêlures et leurs secrets, leur humour... Avec ce livre, où la chronologie ne se présente pas de façon linéaire (ce qui peut un peu perturber au départ), on voyage en plein réalisme poétique.

   

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La nuit tombée

Publié le par GéHa

La nuit tombée

"La nuit tombée" de Antoine Choplin
éditions La fosse aux ours

Présentation de l'éditeur :

Un homme sur une moto, à laquelle est accrochée une remorque bringuebalante, traverse la campagne ukrainienne. Il veut se rendre dans la zone interdite autour de Tchernobyl. Il a une mission. Le voyage de Gouri est l'occasion pour lui de retrouver ceux qui sont restés là et d'évoquer un monde à jamais disparu où ce qui a survécu au désastre tient à quelques lueurs d'humanité.

Première page :

"Après les derniers faubourgs de Kiev, Gouri s'est arrêté sur le bas-côté de la route pour vérifier l'attache de la remorque. Avec force, il essaie de la faire jouer dans un sens puis l'autre et, comme rien ne bouge, il finit par se frotter les mains paume contre paume, l'air satisfait. Une voiture le dépasse en klaxonnant et il adresse sans savoir un petit signe de la main dans sa direction. Il tire sur les pans de sa veste de cuir, referme jusqu'au menton la fermeture éclair. Après quoi, il enfourche sa moto et redémarre. Il roule tranquillement, attentif aux reliefs inégaux de la chaussée. Parfois, il donne un coup de guidon pour éviter un nid de poule et, derrière lui, son attelage vide se met à brinquebaler méchamment avant de se recaler comme il faut dans son sillage. La lumière est douce, tamisée par les bois de bouleaux et de résineux qui encadrent la route. Un semblant de voile, moins qu'une brume, paraît ainsi jeté sur le paysage, et on peut en distinguer le grain dans l'air. Il est plus de quatre heures, il ne tardera pas à faire froid. Gouri devrait rejoindre Chevtchenko avant la nuit.

Cela fait bientôt deux ans qu'il n'est pas revenu ici et forcément son regard balaye les espaces avec gourmandise."

Ce que j'en pense :

Grâce à l'écriture délicate de Choplin tout est dit sur ces paysages abandonnés, ces villes inhabitées avec leurs fantômes mystérieux, sur ces personnes qui  continuent à vivre, à aimer, à se souvenir, à rêver et à souffrir ... Un roman magnifique; du grand Choplin.

   

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L'homme-joie

Publié le par GéHa

L'homme-joie

"L'homme-joie" de Christian Bobin
L'iconoclaste

Présentation de l'éditeur :

Christian Bobin renoue avec la fibre narrative de ses grands livres : Le Très-Bas, Prisonnier au berceau, et construit son livre en quinze récits : des portraits d êtres aimés (son père), des rencontres (Maria l enfant gitane, une mendiante) des figures emblématiques (Soulages, Glenn Gould, Matisse, Pascal), des visions (une branche de mimosa, une cathédrale) et une longue lettre à la femme aimée et perdue, « la plus que vive ». Entre ces récits, viennent des paragraphes courts, parfois écrits à la main, condensés sur une pensée, fulgurants de profondeur et d humanité. Un même fil rouge unifie tous ces textes, c est la voix de Bobin, à nulle autre pareille et son regard de poète qui transfigure le quotidien.

Première page :

"Partons de ce bleu, si vous voulez bien. Partons de ce bleu dans le matin fraîchi d'avril. Il avait la douceur du velours et l'éclat d'une larme. J'aimerais vous écrire une lettre où il n'y aurait que ce bleu. Elle serait semblable à ce papier plié en quatre qui enveloppe les diamants dans le quartier des joailliers à Anvers, ou Rotterdam, un papier blanc comme une chemise de mariage, avec à l'intérieur des grains de sel angéliques, une fortune de Petit Poucet, des diamants comme des larmes de nouveau-né.

Nos pensées montent au ciel comme des fumées. Elles l'obscurcissent. Je n'ai rien fait aujourd'hui et je n'ai rien pensé. Le ciel est venu manger dans ma main...."

Ce que j'en pense :

Magnifique ! Par sa conception, ses idées, son écriture. Et, pour une fois à la lecture d'un livre de Bobin, je n'ai pas eu de ces irritations lorsqu'il essaie de nous entrainer dans ses méandres mystiques. Non, ici tout est beau, tout est bleu. Sans doute un des meilleurs Bobin.

   

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Pike

Publié le par GéHa

Pike

"Pike" de Benjamin Whitmer
traduction Jacques Mailhos - éditions Gallmeister

Présentation de l'éditeur :

Douglas Pike n'est plus l'effroyable truand d'autrefois, mais il a beau s'être rangé, il n'en est pas plus tendre. De retour dans sa ville natale proche de Cincinnati, dans les Appalaches, il vit de petits boulots avec son jeune comparse Rory, qui l'aide à combattre ses démons du mieux qu'il peut. Lorsque sa fille Sarah, disparue de longue date, meurt d'une overdose, Pike se retrouve chargé de sa petite-fille de douze ans. Mais tandis que Pike et la gamine commencent à s'apprivoiser, un flic brutal et véreux, Derrick Krieger, manifeste un intérêt malsain pour la fillette. Pour en apprendre davantage sur la mort de Sarah, Pike, Rory et Derrick devront jouer à armes égales dans un univers sauvage, entre squats de junkies et relais routiers des mauvais quartiers de Cincinnati.

Première page :

Le bras gauche du gosse saille en biais de la neige sale comme une branche de bois noir cassée. Derrick tâte le corps de la pointe de sa botte de cow-boy. Aucun mouvement. Il rengaine son Colt 911 et balaye la ruelle du regard. Les anciens bâtiments industriels en brique rouge le dominent de trop haut; un antique escalier de secours se décolle et pend d'une façade, menaçant d'entraîner le mur délabré dans sa chute. Droit devant, la ruelle s'achève en cul-de-sac sur un chenil grillagé abritant deux pit-bulls entraînés à déchiqueter le corps des flics blancs. Derrick tourne les talons et repart vers la Grand-rue de Cincinnati. Stase du matin, bottes qui crissent sur la neige dure au rythme du cœur qui bat, froid et métronomique, sous sa cage thoracique.

 Pas le moindre putain de doute : le gosse avait senti le coup venir. C'était forcé, vu comme il l'avait jouée cool jusqu'au moment où il avait surpris Derrick, visage penché sur une cigarette rougeoyante, pour faire alors volte-face et filer par la porte de la cuisine en ne lui laissant voir qu'une traînée afro floue et le dessous de ses talons. Le temps que Derrick sorte son .45 de son holster, le gosse avait déjà dix mètres d'avance et cavalait pour sauver sa peau.

 Puis il avait continué à bien jouer le coup sur les deux premiers blocs. Il s'était tenu à l'écart des petites rues latérales et avait rameuté tout le quartier. Et tous les autochtones ne dormaient pas; assis sur leurs perrons décatis, quelques-uns d'entre eux suivaient la scène de leurs yeux rougis par la bière....

Ce que j'en pense :

Roman noir où tout est très noir : paysage, neige, personnages, humour... Les descriptions de scènes violentes sont sèches et froides, les dialogues sont courts et percutants. L'auteur réussit malgré tout à nous faire aimer la plupart de ses personnages. Il joue beaucoup avec les métaphores, souvent de façon originale.

  

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