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Les insurrections singulières

Publié le par GéHa

Les insurrections singulières

"Les insurrections singulières" de Jeanne Benameur
Actes sud - Babel

Présentation de l'éditeur :

Au seuil de la quarantaine, ouvrier au trajet atypique, décalé à l'usine comme parmi les siens, Antoine flotte dans sa peau et son identité, à la recherche d'une place dans le monde. Entre vertiges d'une rupture amoureuse et limites du militantisme syndical face à la mondialisation, il lui faudra se risquer au plus profond de lui-même pour découvrir une force nouvelle, reprendre les commandes de sa vie.
Parcours de lutte et de rébellion, plongée au coeur de l'héritage familial, aventure politique intime et chronique d'une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières est un roman des corps en mouvement, un voyage initiatique qui nous entraîne jusqu'au Brésil.
Dans une prose sobre et attentive, au plus près de ses personnages, Jeanne Benameur signe une ode à l'élan de vivre, une invitation à chercher sa liberté dans la communauté des hommes, à prendre son destin à bras-le-corps. Parce que les révolutions sont d'abord intérieures. Et parce que "on n'a pas l'éternité devant nous. Juste la vie".

Première page :

"Il y a longtemps, j'ai voulu partir.

Ce soir, je suis assis sur les marches du perron. Dans mon dos, la maison de mon enfance, un pavillon de banlieue surmonté d'une girouette en forme de voilier, la seule originalité de la rue.

Je regarde la nuit venir.

C'était un soir, dans la cuisine, celle qui est toujours là si je me retourne, que j'ouvre la porte et que je fais six pas pour arriver au fond du couloir. C'était comme ce soir, trop chaud. Mon père fignolait une de ses maquettes de bateaux anciens. Sur la toile cirée, ses doigts, quand ils avaient appuyé longtemps, laissaient une trace, comme la buée sur les vitres. Et puis la trace disparaissait.

Ce soir-là, j'ai eu peur. Peur, si je restais dans cette cuisine, dans cette maison, de devenir comme la trace des doigts de mon père. Juste une empreinte. Qui disparaîtrait aussi.

Je fixais la maquette.

Ma mère faisait la vaisselle…"

Ce que j'en pense :

Superbe roman. Phrases courtes, tranchantes, les mots sont justes et touchent au plus profond. L’auteure sait admirablement faire parler ceux qui n’ont pas la parole ou ne savent pas s’exprimer. Ce roman aborde la difficulté d’être un ouvrier, un fils, un amant, d’être un homme dans ce monde.

   

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Petit éloge des saisons

Publié le par GéHa

Petit éloge des saisons

"Petit éloge des saisons" par Pierre Pelot
François Bourin éditeur

Présentation de l'éditeur :

On sort tout juste de l’hiver. Au printemps, le ciel est bleu et lisse comme un crâne de Schtroumpf sans bonnet, les loups sont de retour, les pollens et le redoux se rappellent à notre bon souvenir. L’été peut cacher des ciels lourds d’un poids mouillé de linge sale, les orvets se coupent en deux, les renards pointent leurs reflets de flammes, et les brimbelles nous font les dents bleues. L’automne se mijote avec les patates au lard. Pour la Toussaint, on pourrait préférer le mimosa au chrysanthème. L’hiver crisse, la lumière du jour nous met en garde à vue basse, il nous faut faire des voeux en attendant le printemps.

Bientôt.

Première page :

"Ainsi le temps qui passe, passe.

 À une virgule près, qu'un trait d'union sournois aurait fait tomber en bas du bout du banc, on voudrait nous induire dans l'erreur de croire qu'il n'existe même pas, qu'il aurait disparu? Volatilisé le temps passe-passe, passe murailles à travers les cloisonnements qui font la solide armature de l'année ? Nous faire croire qu'il n'est que jeu, en somme, un vulgaire passe-temps.

Qui sont, où se cachent ces hérauts alarmistes qui nous serinent régulièrement, au moindre carrefour de quelques pauvres sentes, qu'il n'y a plus de saisons ? Où se terrent-ils, à défaut de se taire, qu'on puisse les extirper, les éjecter de leurs douillets cocons, ces annonciateurs de misère ?"

Ce que j'en pense :

Pelot nous réserve, comme à son habitude, de merveilleux petits textes autour des saisons. On y retrouve son humour, sa causticité, sa tendresse pour sa région des Vosges et pour ses habitants.

  

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Le pas de l'adieu

Publié le par GéHa

Le pas de l'adieu

"Le pas de l'adieu" de Giovanni Arpino
traduction Nathalie Bauer - 10-18

Présentation de l'éditeur :

Chaque dimanche, le jeune Carlo rend visite à son ancien professeur Giovanni Bertola. Les deux hommes, liés par un terrible pacte, enchaînent les discussions et les parties d'échec au bord du crépuscule. Jusqu'au jour où Ginetta, jeune effrontée débordante de vie et de sensualité, vient brusquement renverser la sourde torpeur de Turin...

Première page :

"« La vie ne peut être qu'élégance, ou erreur. »

Ces mots aux caractères hésitants se détachaient sur le tableau noir parmi des arabesques mathématiques, des formules et des calculs rendus indéchiffrables par des coups de chiffon successifs. Deux flèches encore nettes partaient toutefois du terme « erreur », suggérant d'autres conclusions possibles : « malheur » et « stupidité ».

Le jeune Carlo Meroni avait lorgné la phrase en dissimulant son embarras habituel. Une nouvelle maxime l'accueillait chaque dimanche. Le tableau noir constituait, en effet, l'éphémère journal intime de son vieux maître, Giovanni Bertola, professeur de mathématiques depuis longtemps à la retraite. Carlo Meroni lui consacrait l'après-midi de ce jour férié avec une fidélité que des observateurs superficiels eussent jugée pour le moins singulière.

Le garçon à la silhouette osseuse recula en mémorisant : élégance, erreur, malheur ou stupidité. N'est-ce pas trop, professeur ? Choisissez. "

Ce que j'en pense :

Les portraits et les relations entre les personnages, l’atmosphère de la pension tenue par ces deux « vieilles filles » et la description de la ville de Turin font de ce roman un livre un peu inquiétant, bizarre et assez fascinant.

  

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Entre deux mots la nuit

Publié le par GéHa

Entre deux mots la nuit

"Entre deux mots la nuit" de Georges Bonnet
éditions l'Escampette

Présentation de l'éditeur :

Elle ne meurt pas, elle s'éloigne jour après jour, se détache de la rive pour se fondre en des brumes au-delà desquelles se trouve peut-être une île lumineuse. Son très vieux compagnon lui tient les mains, non pour la suivre - c'est impossible -, mais pour la rassurer et lui transmettre jusqu'à l'ultime seconde des paroles de chair... Des paroles d'amour, des paroles d'amour fou, car il ne s'agit que de cela et l'on sait bien, dès les premières lignes de ce récit, qu'un jour Orphée retrouvera son Eurydice...

Première page:

"Elle entre un deux février froid et ensoleillé, dans une résidence pour gens âgés et dépendants.

Les tests ont révélé, six ans auparavant, qu'elle était atteinte de la maladie à corps de Lewy, caractérisée par des moments d'agressivité, des troubles du sommeil, des idées délirantes du type paranoïde, des pertes de mémoire.

La maladie provoque un comportement pouvant varier d'un jour à l'autre, en laissant des heures de lucidité.

Il s'agit d'une affection connexe qui ressemble à la maladie d'Alzheimer, car elle implique comme elle une lente dégénérescence des cellules du cerveau.

Elle est traitable à ses débuts, mais non guérissable."

Ce que j'en pense :

Récit d’une disparition et d’un grand silence. C'est un livre pudique, tendre, souvent juste et sensible. Une écriture poétique comme (presque) dans les meilleurs livres de l’auteur.

  

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Juste une ombre

Publié le par GéHa

Juste une ombre

"Juste une ombre" de Karine Giebel
Fleuve Noir

Présentation de l'éditeur :

Tu te croyais forte. Invincible. Installée sur ton piédestal, tu imaginais pouvoir régenter le monde. Tu manipules ? Tu deviendras une proie. Tu domines ? Tu deviendras une esclave. Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable. Tu as su t'imposer dans ce monde, y trouver ta place. Et puis un jour... Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi. À partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche. Juste une ombre. Sans visage, sans nom, sans mobile déclaré. On te suit dans la rue, on ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres. On t'observe jusque dans les moments les plus intimes. Les flics te conseillent d'aller consulter un psychiatre. Tes amis s'écartent de toi. Personne ne te comprend, personne ne peut t'aider. Tu es seule. Et l'ombre est toujours là. Dans ta vie, dans ton dos. Ou seulement dans ta tête ? Le temps que tu comprennes, il sera peut-être trop tard... Tu commandes ? Apprends l'obéissance. Tu méprises ? Apprends le respect. Tu veux vivre ? Meurs en silence...

Première page :

"La rue est longue. Étroite, Obscure et humide.

Je n'ai pas très chaud dans mon manteau. Pour ne pas dire froid. Dans le dos, surtout.

J'accélère, pressée de retrouver ma voiture. Et mon lit, l'instant d'après.

Je n'aurais pas dû me garer si loin. Je n'aurais pas dû boire autant. Partir si tard.

D'ailleurs, je n'aurais pas dû aller à cette soirée. À archiver dans les moments gâchés. Les temps perdus, si nombreux. Cette soirée, j'aurais mieux fait de la passer en compagnie d'un bon livre ou d'un beau mec. Mon mec.

La moitié des lampadaires est en panne. Il fait sombre, il fait tard. Il fait seul.

Le bruit de mes pas se cogne aux murs sales. Je commence sérieusement à avoir froid. Et sans trop savoir pourquoi, à avoir peur. Sentiment vague, diffus; qui m'étrangle en douceur. Deux mains glacées se sont lovées autour de mon cou sans que j'y prenne garde.

Peur de quoi, au fait? L'avenue est déserte, je ne vais pas me faire attaquer par une poubelle !

Allez, plus qu'une centaine de mètres. Peut-être deux, à tout casser. Rien du tout quoi.,.

Soudain, j'entends quelqu'un marcher dans mon dos. Instinctivement, je passe la seconde puis je me retourne.

Une ombre! vingt mètres derrière moi. Un homme, je crois. Pas le temps de voir s'il est grand, petit, gros ou maigre."

Ce que j'en pense :

Excellent thriller (ou polar psychologique) ; écriture alerte, rapide, incisive ; personnages profonds et complexes ; intrigues très bien conduites tout au long du livre. À conseiller aux amateurs d’angoisse et de frisson.

  

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Bad boy

Publié le par GéHa

Bad boy

"Bad boy" de Peter Robinson
traduction Marina Boraso - Le livre de poche policier

Présentation de l'éditeur :

Jaff est beau, ambitieux, et sait s'entourer d'un irrésistible parfum de mystère. Mais il est aussi très dangereux. Tracy, la fille de l'inspecteur Banks, a succombé à son charme... et à son emprise. Au point d'accepter de le suivre lorsqu’il tente de semer la police qui le recherche pour détention d'arme. Pour la jeune femme, c'est le début d'une traque mortelle à travers le pays. Parti soigner sa dernière désillusion amoureuse sous le soleil de la Californie, Banks, qui ignore tout, découvre à son retour le coup de tête de sa fille. Il sera alors confronté à l'enquête la plus angoissante et la plus personnelle de sa carrière.

Première page :

"En cette fin du mois d'août, la campagne détrempée du Yorkshire évoquait une symphonie en vert et or sous un ciel bleu ponctué de nuages blancs. C'était un vrai miracle que les fermiers se soient débrouillés pour faire les foins, car la pluie était tombée sans interruption pendant des jours et des jours. Ils avaient réussi, malgré tout, et les champs étaient maintenant parsemés de meules de paille bien nettes. Des tracteurs étincelants retournaient le chaume, révélant les bruns sombres de la terre fertile. Les parfums de la dernière moisson et l'odeur des premiers froids annonciateurs de l'automne se mêlaient dans l'air doux. Sur la lande, la bruyère pourpre était en pleine floraison, tandis qu'en bordure de la route, les hirondelles rassemblées sur les fils téléphoniques se préparaient à leur longue odyssée vers l'Afrique.

Ce lundi matin, Annie Cabbot, en route pour le commissariat, regrettait beaucoup de ne pas pouvoir les accompagner. Elle aurait adoré passer quelques jours dans une réserve animalière, à croquer ou à photographier les girafes et les zèbres, les léopards, les lions et les éléphants. Ensuite elle aurait fait la route des vins, goûté à l'excellente cuisine de Cape Town et profité de la vie nocturne."

Ce que j'en pense :

Les aventures de l'inspecteur Banks décrites dans ce livre ne sont pas très palpitantes. Le personnage de la fille de Banks, ainsi que quelques uns des personnages plus secondaires, paraissent parfois un peu trop stéréotypés. Néanmoins ce livre, même s'il est un des moins intéressants de la série, peut se lire avec un certain plaisir lorsque l'on doit voyager quelques heures en train ! 

 

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Marguerite Duras La passion suspendue

Publié le par GéHa

Marguerite Duras La passion suspendue

Marguerire Duras, La passion suspendue"
entretiens avec Leopoldina Pallotta della Torre - Seuil

Présentation de l'éditeur:

« Pendant des années, j’ai eu une vie sociale et la facilité avec laquelle je rencontrais les gens ou je leur parlais se reflétait dans mes livres. Jusqu’à ce que je connaisse un homme, et peu à peu, toute cette mondanité a disparu. C’était un amour violent, très érotique, plus fort que moi, pour la première fois. J’ai même eu envie de me tuer, et ça a changé ma façon même de faire de la littérature : c’était comme de découvrir les vides, les trous que j’avais en moi, et de trouver le courage de les dire. La femme de Moderato Cantabile et celle de Hiroshima mon amour, c’était moi : exténuée par cette passion que, ne pouvant me confier par la parole, j’ai décidé d’écrire, presque avec froideur. »

Entre 1987 et 1989, après le succès foudroyant de L’Amant qui fait d’elle un écrivain mondialement reconnu, Marguerite Duras se confie en toute liberté à une jeune journaliste italienne sur sa vie, son œuvre, son obscurité, puis sa gloire, la politique, la passion. Ce dialogue a paru une fois en langue italienne et avait disparu, ignoré des admirateurs de Duras qui vont ici réentendre sa voix.

Extrait :

"Comment vous décririez-vous enfant?

Petite, je l'ai toujours été. Personne ne m'a jamais dit que j'étais mignonne, il n'y avait pas de miroir où se regarder chez nous.

Quels sont vos souvenirs les plus anciens?

C'est entre les plateaux, l'odeur de la pluie, du jasmin, de la viande, que j'isole les premières années de ma vie. Les après-midi épuisants en Indochine nous semblaient, à nous, enfants, renfermer cette impression de défi envers la nature étouffante qui nous entourait. Une impression d'interdit et de mystère pesait sur la forêt. Cette période nous plaisait tant, à mes deux frères et à moi, que nous nous aventurions, nous désenchevêtrant des lianes et des orchidées entremêlées, risquant à chaque instant de tomber sur des serpents ou, je ne sais pas, des tigres.

Après la mort de votre père, à 4 ans, vous êtes restée avec votre mère et vos deux frères.

Maintenant qu'ils sont tous morts, je peux en parler tranquillement. La douleur m'a abandonnée. Le plus jeune de mes frères avait un corps maigre, agile - il me rappelait, Dieu sait pourquoi, celui de mon premier amant, le Chinois. Il était silencieux, effrayé, et je n'ai pas pu me détacher de lui jusqu'au jour où il est mort. L'autre était un voyou, sans scrupule, sans remords, peut-être même sans aucun sentiment. Autoritaire, il nous faisait peur. Je l'associe maintenant encore au personnage de Robert Mitchum dans «la Nuit du chasseur», un mélange d'instinct paternel et d'instinct criminel. C'est de là, je crois, que provient cette méfiance que j'ai toujours éprouvée envers les hommes."

Ce que j'en pense :

Nous retrouvons dans ce livre la voix de Duras, entière, définitive, méchante parfois mais souvent très lucide sur la littérature, le cinéma, les artistes et sur sa vie intime. Un petit bémol : les questions sont parfois beaucoup plus longues que les réponses! 

 

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Le dernier lapon

Publié le par GéHa

Le dernier lapon

"Le dernier lapon" de Olivier Truc
Métailié Noir

Présentation de l'éditeur :

Kautokeino, Laponie centrale, 10 janvier. Nuit polaire, froid glacial. Demain le soleil, disparu depuis 40 jours, va renaître. Demain entre 11h14 et 11h41, Klemet va redevenir un homme, avec une ombre. Demain le centre culturel va exposer un tambour de chaman légué par un compagnon de Paul-Émile Victor. 
Mais dans la nuit, le tambour est volé. Les soupçons iront des fondamentalistes protestants aux indépendantistes sami. La mort d'un éleveur de rennes n'arrange rien à l'affaire. La Laponie, si tranquille en apparence, va se révéler terre de conflits, de colères et de mystères. Klemet, le Lapon, et sa jeune coéquipière Nina, enquêteurs de la police des rennes, se lancent dans une enquête déroutante. Mais à Kautokeino, on n'aime guère les vagues. Ils sont renvoyés à leurs patrouilles en motoneige à travers la toundra, et à la pacification des éternelles querelles entre éleveurs de rennes. 
Les mystères du 72e tambour vont les rattraper. Pourquoi en 1939 l'un des guides sami a-t-il confié à l'expédition française ce tambour, de quel message était-il porteur ? Que racontent les joïks traditionnels que chante le vieil oncle de Klemet ? Que vient faire en ville ce Français qui aime trop les très jeunes filles et qui a l'air de si bien connaître la géologie de la région ? À qui s'adressent les prières de la pieuse Berit ? Que cache la beauté sauvage d'Aslak, qui vit en marge du monde moderne avec sa femme à moitié folle ? 
Dans un paysage incroyable, des personnages attachants et forts nous plongent aux limites de l'hypermodernité et de la tradition d'un peuple luttant pour sa survie culturelle. Un thriller magnifique et prenant, écrit par un auteur au style direct et vigoureux, qui connaît bien la région dont il parle.

Première page :

"1693.
Laponie centrale.

Aslak trébucha. Signe de fatigue. Normalement, ses pas trouvaient toujours. Le vieil homme n'avait pas lâché son paquet. Il roula sur lui-même. Le choc fut amorti par la couche de bruyère. Un lemming s'en échappa. Aslak se redressa. D'un coup d'oeil derrière lui, il estima la distance de ses poursuivants. Les aboiements approchaient. Il lui restait peu de temps. Il reprit sa course silencieuse. Le visage creusé et des pommettes rebondies lui donnaient un air mystique. Ses yeux étaient enflammés. Ses pieds trouvaient à nouveau seuls la trace. Son corps se dédoublait. Il sourit, respira plus vite, à s'en faire tourner la tête, léger, le regard aiguisé, les pas infaillibles. Il savait qu'il ne chuterait plus. Il savait aussi qu'il ne survivrait pas à cette nuit doucereuse. Ils le pistaient depuis trop longtemps. Cela devait finir. Il ne perdait pas un détail de ce qui l'entourait, le plateau qui s'élevait, le mouvement des pierres, la berge élégante du lac à la forme de tête d'ours, les montagnes au loin, pelées, douces, où ses yeux distinguaient des rennes assoupis. Un torrent s'écoulait. Il s'arrêta, le souffle à peine haletant. Ici. Il fixa les lieux. Le torrent qui s'écoulait et se déversait dans le lac, les traces de rennes qui filaient dans la montagne vers l'est, où la lueur du soleil à venir indiquait le début de sa dernière journée. Il resta grave, serra son paquet. Un petit îlot s'élevait dans un coin du lac. Il s'en approcha, trancha des branches de bouleau nain à l'aide de son couteau. L'îlot était couvert de bruyère et d'arbrisseaux. Les aboiements se rapprochaient. Il se déchaussa, jeta dans l'eau les branches pour éviter de laisser ses traces dans la vase. Il continua ainsi jusqu'au rocher, grimpa, souleva les bruyères et enfouit son paquet. Il rebroussa chemin, puis il reprit sa course. Il n'avait plus peur."

Ce que j'en pense :

Ce livre nous fait découvrir un territoire, des paysages, une civilisation assez fascinants. Le duo des policiers Klemet/Nina fonctionne bien (on a même envie de les suivre dans d'autres aventures). Ce n'est pas un thriller au rythme haletant, l'écriture n'est pas non plus transcendante mais c'est un premier roman assez réussi.

  

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Certaines n'avaient jamais vu la mer

Publié le par GéHa

Certaines n'avaient jamais vu la mer

"Certaines n'avaient jamais vu la mer" de Julie Otsuka
traduit par Carine Chichereau - éditions Phébus

Présentation de l'éditeur :

L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi.
C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. 
À la façon d’un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leur misérable vie d’exilées… leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail, leur combat pour apprivoiser une langue inconnue, l’humiliation venue des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l’oubli.

Première page :

"Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes. Certaines d'entre nous n'avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n'avaient que quatorze ans et c'étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d'élégants vêtements, mais la plupart d'entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté - hérité de nos sœurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l'océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s'était jetée à l'eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à notre tour."

Ce que j'en pense :

L'écriture, avec l'utilisation du "nous" donne une grande force à ces témoignages multiples, à cette galerie de personnages aux histoires variées pour se terminer par une grande absence. Ce roman est une polyphonie bouleversante.

   

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Testament d'un paysan en voie de disparition

Publié le par GéHa

Testament d'un paysan en voie de disparition

"Testament d'un paysan en voie de disparition" de Paul Bedel
avec Catherine Ecole-Boivin, Presses de la renaissance

Présentation de l'éditeur :

Et si Paul Bedel, paysan de la pointe de la Hague reste par choix à la traîne du progrès, vous racontait sa vie d'agriculteur? S'il vous révélait ses " houoles ", ses coins pour pêcher le homard? S'il vous présentait ses vaches, Echalote, qui " sentait l'oignon " ou Copine, " toujours sympa avec tout le monde "? S'il vous parlait " des choses qui n'arrivent qu'aux vivants ", de ses coups de gueule, de ses coups de vie? Avec le succès du livre Paul dans les pas du père et du film Paul dans sa vie, Paul Bedel est devenu le passeur d'un monde en voie de disparition. Chaque année, des centaines de personnes lui rendent visite pour l'entendre témoigner de ce choix de vie, celui d'une existence toute simple. Avec ce Testament, Paul Bedel vous invite vous aussi à boire une tasse de café accompagnée de petits-beurre, sur une table en bois patinée par les ans, et à l'écouter. En refermant ce livre, vous aurez le sentiment d'avoir rencontré un homme bon, serein et clairvoyant. L'impression de la terre, son silence et sa liberté.

Première page :

J’suis un paysan sans histoire, un matériel d’avant guerre, né le 15 mars 1930 «à la ferme», dans une petite commune de la Hague, au bout de la terre d’Auderville.

Je m’appelle Paul Bedel.

Jeune sacristain, quand je sonnais le trépas, je souriais sans penser à mon dernier moment. Je tirais à bras, ça tirait dur. C’est long, quand t’es seul pendu au bout d’une corde ! Pauvre Gusto ! Le corps suivait, je rendais hommage à ma manière au bonhomme ou à la bonne femme s’envolant pour le paradis. Ça pouvait durer jusqu’à une demi-heure, suivant le niveau social de la personne morte. Ça et le travail de la terre, ça m’a fait les muscles et les os. Maintenant qu’on est au tout-électrique, j’actionne trois manettes et j’annonce. Chacun dorénavant a le droit au même temps de cloches. Notre campanile en possède deux. C’est pas plus mal, le même temps pour tous, puisque, dans le cimetière, t’es plutôt dans le bas niveau pour tout le monde.

Ce que j'en pense :

C'est un témoignage souvent émouvant, parfois drôle qui montre que l'on peut vivre (et bien vivre) en dehors d'un système basé sur l'endettement, la recherche de la rentabilité à tout prix. Le seul bémol à apporter est au niveau de l'écriture. C'est Catherine Ecole-Boivin qui a recueilli les paroles de Paul Bedel mais elle n'a pas su restituer la voix de ce paysan hors norme.


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